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La Dimension du sens que nous sommes
Articles récents

Du "Moi Président, je..." au "Nous", en démocratie…

27 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

le_radeau_de_la_meduse1.jpg"Dans une campagne électorale, chaque candidat parle au nom de tous. Est gagnant celui qui a trouvé la petite astuce langagière de la totalité symbolique", explique Benny Lévy dans son essai Le Meurtre du pasteur, critique de la vision politique du monde.

Quel crédit accorder dans ces conditions à ce "nous" que l’on profère ici et là dans le champ du discours politique ?

Le "nous", en démocratie, est régalien. Mais on ne peut dire "nous" dans un système politique qui ne respecte pas ses propres principes. Il ne peut y avoir de cohésion, il ne peut y avoir de peuple là où le pouvoir a perdu toute substance symbolique. Il faut de même rompre avec la logique auto-référentielle du Souverain qui déploie la truculence d’un Nous mensonger pour mieux le subsumer sous la confiscation politicienne du Bien Commun. Il faut rompre avec cette logique qui récuse l’idée d’auto-organisation de la société. Nous ne comptons pour rien dans les Affaires de l’Etat : ce dernier n’est plus identique à la société civile, pas même à la société politique. Il faut penser, au contraire, l’hétéronomie du Principe souverain et admettre que l’unité d’un état réellement démocratique ne peut être que celle d’un sommet contingent labile. Un sommet labile, nécessairement. Mais d’une labilité qui serait articulée par une alternance plus mature que celle du "faire et défaire le roi". La conception de la démocratie est nécessairement liée à une philosophie de la liberté. Qui n’existe qu’en actes. Simples, individuels, mais qui ne peuvent se déployer que dans l’espace commun.

Le monde n’est ni vide ni absurde, nous ne sommes pas des vagabonds de la faim, ni des hommes refusés qui devraient déléguer à la nature la responsabilité d’écrire leur projet de vie. Il faut changer d’optique, reconstruire autrement le sens commun, décrire le monde à la lumière de la logique du sensible qui rend les choses perceptibles dans leurs articulations internes. Ne plus subir la pathologie du politique contemporain, qui se traduit par un Etat qui protège les vies dans un certain ordre hiérarchique. Quelles sont en effet les grandes options de la société française ? Nous ? Non : une préférence accordée à certaines vies au détriment d’autres, au détriment des vies des chômeurs, des précaires, des immigrés, des rroms, des morts de la rue, etc. Si bien que la seule possibilité pour en sortir aujourd’hui, tant qu’à parler de Nous, c’est de parler d’eux et de se porter aux côtés de ceux dont l’existence même contredit l‘idéologie néo-libérale et son "Nous" péremptoire. C’est de leur côté, du côté des minorités morales que se dessine notre salut. 

 

Benny Lévy, Le Meurtre du pasteur, critique de la vision politique du monde, Le livre de Poche, Collection : Biblio Essais, 25 août 2004, 318 pages, ISBN-13: 978-225313090.

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Européennes 2014 : l'avant-dernier virage à Droite

26 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 
 
marine.jpgLe dernier virage à Droite de la France verra Marine Le Pen accéder au Pouvoir de la fonction suprême d'une Vème République au bord de son propre gouffre. Elle signera alors la faillitte définitive de ce système politique.
Et pourtant... Avec près de 13% de non-inscrits, 4% de votes blancs et 56,5% d'abstentions, on le voit, le FN ne représente qu'environ 10% des français en âge de voter... Mais s'il n'en représente que 10%, le PS, parti au pouvoir, lui, n'en représente pas même 5%... Mais ils ne changeront rien. Manuel Valls, Premier Ministre d'une comédie sinistre, dans son allocution pitoyable d'hier soir, faisant semblant de prendre acte d'un soit-disant séisme, n'a fait qu'égrener les raisons de sa propre débâcle. Ils ne changeront rien, parce que le calcul cynique de François Hollande sera d'en appeler le jour venu au front républicain pour espérer sauver les meubles de cette Vème à bout de souffle, qui ne fait que promouvoir, élection après élection, le parti de la haine. Ils ne changeront rien, parce qu'il leur faudrait avouer qu'ils ne disposent d'aucune légitimité réelle.
Ce n'est pas faute pourtant de nous avoir asséné que la volonté du peuple ne pouvait que s'exprimer sous cette forme devenue débile d'un prétendu suffrage universel... Comme si celui-ci en était l’ultime et seule expression acceptable. Or l’histoire a largement démontré que le suffrage universel ne pouvait établir une identité entre la volonté des gouvernements et celle des gouvernés.
Mieux, ce que l’on ne cesse de nous asséner, cette forme exclusivement électoraliste de notre liberté politique, était défendue naguère par des théoriciens néo-fascistes tel que Carl Schmitt, affirmant par ailleurs que c’était pure folie que d’approuver la volonté du Peuple… Pour ce même Schmitt, c’était l’identification et non l’identité qui caractérisait le mieux cette relation entre gouvernant et gouvernés. Cette fameuse identification qui est au coeur du lien tissé par la Vème entre son Président et son Peuple... Un lien qui ressemble à s'y méprendre à celui auquel songeait Scmitt, dessinant les contours d’un pouvoir s'énonçant à la première personne du singulier ("Moi Président, je...") pour exprimer une volonté à ses yeux plus réelle que celle du Peuple, heureusement introuvable, prétendait-il. Un pouvoir qui donc aurait su prendre des décisions personnelles et non publiques, pour incarner à travers cette décision privée la volonté populaire enfin révélée à elle-même… Pour se parer de la tyrannie de la majorité, affirmait encore Schmitt, il fallait subordonner l’idéal démocratique à des principes qui lui étaient transcendants, seuls capables de garantir les libertés individuelles, y compris contre l’assentiment du Peuple. Ainsi pour Schmitt, mieux que la décision Publique, la voix du Chef d’Etat seule comptait. Et surtout, espérait-il, qu’aucune astreinte démocratique n’impose de limites à l’exercice de son pouvoir, nécessairement placé au delà des juridictions civiques, car ce n’est qu’à ce compte qu’un Chef peut régner et son Parlement fonctionner…  
Si l’on y tenait absolument, l’opinion publique pouvait à ses yeux représenter le lieu de la légitimité démocratique, plutôt que ces formes archaïsantes pour lui, trop complexes sinon chaotiques de l’expression populaire, qu'étaient une Constituante, ou la rue.
Or toujours, faut-il le rappeler avec Guizot, pour plaire aux libéraux de tous poils (UMP, PS), que la souveraineté de droit n’appartient à personne ? Le parlementarisme, lors même qu’il répond à sa vocation première, ce dont il est permis de douter aujourd'hui, ne peut conduire à aucune vérité : sa seule mission est le dialogue.
L’Europe, tout comme l'Etat français, sont aujourd’hui des systèmes qui ne respectent pas ou plus leurs propres principes et nous livrent aux outrages d'irruptions illégitimes, comme cette montée en puissance spectaculaire du Front Nationale dans les urnes françaises. Demain, la Vème, telle qu'elle, saura lui fournir les armes des décisions iniques, autoritaires, qu'il saura prendre dans le secret d’officines détachées de toute légitimité publique. Demain, un parti minoritaire triomphera sur un autre parti minoritaire pour empocher notre avenir et le transformer en cauchemar. Merci à l'UMP, merci au PS, de si bien savoir nous livrer à l'iniquité du politique qu'ils ont bâti !
 
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Quel genre d’ordre est en train de prendre forme en Europe ?

25 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

anti-democratiqueOn le voit avec le contournement du référendum français, la confiscation du référendum en Grèce, l’arrivée au pouvoir des banquiers en Italie. On le voit à l’étude attentive des liens tissés ici et là à la faveur de la crise : Mario Draghi, nommé un beau jour président de la Banque centrale européenne, proche de Mario Monti, un autre jour président désigné du Conseil Italien, proche de Lucas Papadémos, déboulant au poste de Premier ministre grec, tous les trois appointant à la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, qui ne cesse d’étendre en Europe son réseau d'influence.
Partout en Europe, ce que l’on peut observer, c’est la montée en puissance d’un ordre fondamentalement ennemi à toute démocratie, préparé de longue date par l’arrivée au pouvoir, dans les années 80, d’un Reagan ou d’une Thatcher, l’un pour faire de l’Europe l’auxiliaire de l’Empire américain, l’autre pour en faire la plus fabuleuse pompe à fric que le monde occidental ait créée.
Depuis, l’Europe est devenue cette communauté de fausses valeurs qui se berce d’illusions et nous endort dans l’autosatisfaction béate de ses élites, qui ont fini par atteindre un degré de vanité inégalé. Car au mieux, et aux yeux des américains toujours, qui s’y connaissent en supercherie, l’Europe ne représente qu’un tour de force administratif au terme duquel, à la faillite de son système économique, programmée par ses propres dirigeants pour mieux lui soustraire des dividendes hors norme, se sera ajoutée une faillite morale.
Il est temps de réécrire notre histoire européenne, pour avouer que le seul objectif de cette Europe là était d’accroître le rendement dans les Affaires et d’approfondir le capitalisme dans ce qu’il avait de plus vil. De sorte que l’Union Européenne n’incarne plus un système de valeurs, mais un système politique qui repose essentiellement sur la faiblesse tactique de ses peuples, vidés de leur substance politique : l’Europe des populations à genoux devant les banques. C’est l’Europe des experts au pouvoir qui suspendent allègrement la démocratie au prétexte d’une réflexion pseudo rationnelle, en oubliant une chose : c’est que la politique n’est pas une science, mais une sagesse.
Une sagesse, oui, celle-là même qui reconnaît que nous sommes limités dans nos décisions et que la prudence doit toujours prévaloir. Une sagesse au sens où nous devons, collectivement, décider de l’avenir de la cité, sans autorité extérieure nous surplombant pour imposer ses contraintes. Une sagesse en ce sens que la morale de la citoyenneté consiste à penser collectivement le cadre dans lequel nous voulons voir nos vies s’épanouir.
eurodictature-strategie-lumps-L-O8xh NPenser collectivement : non comme savoir mais comme lucidité qui contraint à prendre soin des hommes autant que du monde. Car tout comme la philosophie, la politique est un exercice de lucidité, au terme duquel il ne s’agit pas de voir ce qui est mais ce qui institue le bon fonctionnement de la cité, dont l’être humain est la finalité, non les moyens. De ce point de vue, force est d’admettre que nous connaissons, en France, la forme la moins enviable du libéralisme. Un libéralisme qui ne cesse de nous faire le coup du discours moral toujours réactualisé sur la nécessité d’introduire un peu de morale dans la gestion du pouvoir, quand déjà le XVIème siècle posait cette même question de fixer des limites morales au pouvoir des gouvernements ! Quand depuis des siècles les libéraux ne prétendent cesser d’y songer, au nom du Bien Commun !
Des siècles plus tard, nous en sommes toujours là, à savoir que le Bien Commun, à leurs yeux, ne peut venir d’une coercition. Quand nous savons tous que lorsque l’on essaie de faire respecter un principe politique en s’appuyant sur la menace, on ne fait que traiter les individus comme de simples moyens, de simples objets de coercition. C’est le cas en Grèce, tout comme en France avec cette classe politico-médiatique qui ne cesse de diviser pour produire la moins grande quantité possible de valeurs communes !
Quel type d’engagement moral faut-il donc rechercher comme fondement à l’idéal républicain ? Et sur quoi fonder nos principes moraux sinon sur des motifs prudentiels ?
L’état ne peut quant à lui fonder sa légitimité que sur le principe de neutralité garanti par le dialogue rationnel et le respect égal des personnes. La norme du dialogue rationnel pour établir la distinction entre la preuve et la justification destinée à ceux qui ne partagent pas notre avis et dégager ce qu’il reste de commun à tous, le respect EGAL des personnes –et l’inscription de cette simple égalité donne à imaginer le vertige d’un Etat qui ne cesse de traiter inégalement ses citoyens : il n'y a qu'à voir la situation faite en France aux rroms et aux enfants issus de l'immigration !
Un égal respect des personnes qui, au fond, nous contraint à poursuivre toujours plus avant le débat public, inclinant l’Etat à fonder cet idéal procédural sans lequel il n’est qu’un aveu possible : c’est que nous ne vivons plus, en France, dans un Etat libéral. Pas même libéral devrais-je écrire. Et quant à l’Europe, elle n’est en effet plus que la caricature de ce que devrait être une union démocratique des peuples européens.

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GOUVERNANCE EUROPEENNE : LA DEMOCRATIE VIDEE DE SA SUBSTANCE...

24 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 

vieux nouveauIl faut cesser de croire qu’il n’existe pas d’Europe politique. L’Union Européenne EST un régime politique. Et le pire qui soit, celui que les faucons américains nous envient, laboratoire du plus fabuleux rapt des valeurs démocratiques modernes qui soit, un régime néo-libéral autoritaire, articulé par le mépris des classes dirigeantes à l’égard des peuples européens. L’UE, dans ce que sa gouvernance révèle, n’est ni plus ni moins que la main mise d’une oligarchie au service du seul objectif qui lui importe : la promotion de la liberté des marchés financiers.  

Voyez la farce des consultations bafouées, comme en France, anticipée par la bouffonnerie de médias stipendiés –qui se rappelle Colombani fustigeant son lectorat parce qu’il désavouait une Constitution qui livrait l’endettement public aux marchés privés ?

Leur Europe, dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas, est celle qui est venue à bout de la souveraineté politique des nations européennes par des pratiques économiques qui sont, il n’en faut pas douter, une manière redoutablement contemporaine de faire de la politique autrement, à savoir, sans l’embarras démocratique qui préside encore –si peu- au destin des nations qui la forment.

Observez, avec Perry Anderson, l’historien le plus averti de cette Europe stipendiée, scrutant au scalpel les institutions de l’UE pour en dégager le sens profond, observez comment s’équilibrent les forces institutionnelles au sein de cette UE : une Commission Européenne, son exécutif, où siègent des fonctionnaires nommés par les Etats membres, sans aucun mandat démocratique donc. Un Conseil des Ministres transformé en instance législative délibérant secrètement, un Conseil européen des chefs de gouvernement convoquant les récalcitrants pour leur dicter ses décisions…

L’UE est un pseudo exécutif nous dit à juste titre Perry Anderson. Un pseudo législatif, une pseudo démocratie, l’imitation historique de l’absolutisme prussien, où le processus de décision est télécommandé par des entrepreneurs ayant avalisé une construction politique autoritaire et volontairement parcellaire : le Parlement européen, seule instance "populaire" élue démocratiquement, ne dispose d’aucun pouvoir fiscal, d’aucun pouvoir budgétaire, d’aucun contrôle sur les nominations, d’aucun réel droit législatif, sinon celui d’amender à la marge ou d’opposer son veto. Il n’est, selon la belle expression de Perry Anderson, qu’une façade rituelle symbolique, un corps législatif d’un autre âge, car dans cette histoire, le pouvoir est confisqué en réalité par le Conseil des Ministres, coiffé par Le Coreper, comité des représentants permanents fixe, et le Conseil européen des chefs d’Etat, lui-même à la solde de l’Allemagne.

Une violation constante du principe de séparation des pouvoirs constitutionnels, un déficit démocratique sans précédent, auquel même les faucons américains n’ont jamais osé rêver.

L’UE est en outre l’affaiblissement volontaire du politique. Voyez la Grèce, voyez l’Italie, voyez la France. Voyez où se discutent l’essentiel de notre avenir et comment. Voyez qui prend les décisions et comment, et ce que ces décisions concernent : des questions qui étaient autrefois débattues au sein des parlements nationaux : nos emplois, notre couverture sociale, nos impôts, etc.

Or, à Bruxelles, ces questions sont débattues dans le secret, comme des négociations diplomatiques. On convoque le premier Ministre grec ! On lui ordonne de renoncer à son référendum ! Le traitement de ces questions, observe avec pertinence une fois encore Perry Anderson, est celui que l’on réserve d’ordinaire aux Affaires Etrangères ou militaires !

Et quand ces questions paraissent ne devoir être que l’apanage des experts, voyez ce qu’elles impliquent, voyez comment les taux d’intérêts organisent le déplacement de la politique macro-économique vers Bruxelles. Avec à la clef, encore une fois, nos vies et notre avenir : emplois, impôts, protection sociale…

L’Union Européenne, aujourd’hui, c’est enfin l’état minimal tel qu’aucun ultra-libéral ne saurait l’espérer : une fonction publique réduite à néant, des dépenses étranglées, un contrôle impossible, bref : la démocratie vidée enfin de sa substance ! 



Le Nouveau Vieux Monde, sur le destin d’un auxiliaire de l’ordre américain, Perry Anderson, traduit d el’anglais par Cécile Arnaud, éd. Agone, coll. Contre-feux, octobre 2011, 738 pages, 30 euros, ean : 978-2-7489-0143-6.

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Sauver leur Europe ? Jamais !

23 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

 

piketty.jpgIl faut repenser, et très vite encore, le projet européen, car l'Europe nous fragilise, affirmait Thomas Piketty dans cet ouvrage, une série d'articles écrits entre 2004 et 2011, et dans laquelle on sentait très nettement monter l'urgence et l'inquiétude devant l'accumulation ahurissante des sommets de la dernière chance qui n'ont toujours rien réglé à ce jour.

Vite, refaire l'Union Européenne, se défaire du calamiteux directoire Merkel-Hollande. 

Il faut cesser de se contenter de colmater les brèches de cette passoire fiscale qu'est devenue l'Europe, doublée d'une pompe à fric sans vergogne. Il faut donner enfin un vrai poids à ce nain politique qu'est l'Europe aux abois. Et tordre le cou à la logique inepte, absurde, criminelle de la Banque Centrale Européenne, qui n'a cessé de mettre à la disposition des banques privées des sommes monstreuses que ces dernières se sont empressées de prêter aux pays européens en difficulté à des taux d'usuriers !

Vite, il faut en finir avec la culture de l'arrangement du Conseil des Chefs d'Etat. Car oui, il faut d'abord et peut-être surtout réformer au plus vite les institutions européennes, les plus anti-démocratiques jamais conçues dans le monde occidental. Voilà une urgence à laquelle souscrire des deux mains, tant il crève les yeux qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de l'Union Européenne. Mais sur ce point, Piketty se montre très peu convaincant, à ne proposer que d'empiler une nouvelle couche institutionnelle à celles qui écrasent déjà de tout leur poids la démocratie en Europe. Car notre économiste ne songe qu'à créer un Sénat européen, qui aurait certes la haute main sur les Dettes et sur l'Agence européenne de la Dette, mais dont on comprend mal quel serait le pouvoir réel ni de qui il le tiendrait vraiment. Car enfin... tant que les peuples européens n'auront pas repris le pouvoir qui leur a été confisqué, il ne servira à rien d'empiler les chambres les unes sur les autres. Il faut en réalité réviser de fond en comble le fonctionnement des pouvoirs dans cette Europe construite loin des peuples européens. Une Europe qui, dans sa gouvernance, ne témoigne que de la main mise d’une oligarchie au service du seul objectif qui lui importe : la promotion de la liberté des marchés financiers. Car il faut cesser de croire que l'UE n'est pas un régime politique : elle en est un, et le pire qui soit, offrant l'expression la plus tragique de la structure oligarchique du monde néo-libéral. Voyez la farce des consultations bafouées, comme en France. Leur Europe devrait-on écrire, dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas, qui est celle qui est venue à bout de la souveraineté politique des nations européennes par des pratiques économiques qui sont, il n’en faut pas douter, une manière redoutablement contemporaine de faire de la politique autrement, sans l’embarras démocratique qui préside encore –si peu- au destin des nations qui la forment. Et si vous en doutez, observez comment s’équilibrent les forces institutionnelles au sein de cette UE : une Commission Européenne, son exécutif, où siègent des fonctionnaires nommés par les Etats membres, sans aucun mandat démocratique. Un Conseil des Ministres transformé en instance législative délibérant secrètement, un Conseil européen des chefs de gouvernement convoquant les récalcitrants pour leur dicter ses décisions…Ajoutez à cela un pseudo législatif, où le processus de décision est télécommandé par des entrepreneurs ayant avalisé une construction politique autoritaire et volontairement parcellaire : le Parlement européen, seule instance «populaire» élue démocratiquement, qui erre entre Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg (quand on y songe !), et ne dispose d’aucun pouvoir fiscal, d’aucun pouvoir budgétaire, d’aucun contrôle sur les nominations, d’aucun réel droit législatif, sinon celui d’amender à la marge ou d’opposer son veto ! Un corps législatif d’un autre âge donc, qui observe, tétanisé, le pouvoir confisqué par le Conseil des Ministres, coiffé par Le Coreper, comité des représentants permanents fixe, et in fine, le Conseil européen des chefs d’Etat. Soit une violation constante du principe de séparation des pouvoirs constitutionnels, un déficit démocratique sans précédent, auquel même les faucons américains n’ont jamais osé rêver. euro dictature2Ce que Piketty ne sait pas suffisamment observer au fond, c'est que l'UE est l’affaiblissement volontaire du politique. Voyez où se discutent l’essentiel de notre avenir et comment. Voyez qui prend les décisions et comment, et ce que ces décisions concernent : des questions qui étaient autrefois débattues au sein des parlements nationaux, négociées désormais dans le secret. Le traitement de ces questions, observe avec pertinence l'historien Perry Anderson, est celui que l’on réserve d’ordinaire aux Affaires Etrangères ou Militaires ! Des questions confisquées par de prétendus experts, mais dont nous nous rendons bien tous compte, comme les taux d’intérêts, qu'elles organisent le déplacement de la politique macro-économique vers Bruxelles. Avec à la clef, encore une fois, nos vies et notre avenir : emplois, impôts, protection sociale…

L’Union Européenne, aujourd’hui, c’est enfin l’état minimal tel qu’aucun ultra-libéral n'a jamais osé l’espérer : une fonction publique réduite à néant –20 000 fonctionnaire !- des dépenses étranglées, un contrôle impossible, bref : la démocratie vidée enfin de sa substance ! Allez : on a bien vu quel genre d'ordre tentait de s'imposer dans cette UE. On l'a vu avec le contournement du référendum français, la confiscation du référendum en Grèce, l’arrivée au pouvoir des banquiers en Italie. On le voit à l’étude attentive des liens qui se tissent ici et là à la faveur de cette pseudo crise : Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, proche de Mario Monti, président désigné du Conseil Italien, proche de Lucas Papadémos, Premier ministre grec, tous trois appointant à la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, qui ne cesse d’étendre en Europe son réseau d'influence.

Partout en Europe, ce que l’on peut observer, c’est la montée en puissance d’un ordre fondamentalement ennemi de toute démocratie, préparé de longue date par l’arrivée au pouvoir, dans les années 80, d’un Reagan ou d’une Thatcher qui n'avaient d'autre horizon que de faire de l’Europe la plus fabuleuse pompe à fric que le monde occidental ait jamais inventée. Alors sans doute, oui, est-il temps non seulement de repenser le fonctionnement des institutions européennes, ainsi que nous y invite Piketty, mais de reprendre le pouvoir dans cette Union au fond très peu européenne. Et sans doute est-il temps de la penser collectivement : non comme savoir mais comme lucidité qui contraint à prendre soin des hommes autant que du monde. Car tout comme la philosophie, la politique est un exercice de lucidité, au terme duquel il ne s’agit pas de voir ce qui est mais ce qui institue le bon fonctionnement de la cité, dont l’être humain est la finalité, non les moyens. Et sans doute est-il vraiment temps de réaliser que l’Union Européenne n’incarne plus un système de valeurs universelles, mais un système politique qui repose essentiellement sur la faiblesse tactique de ses peuples, vidés de leur substance politique : l’Europe des populations à genoux devant les banques.

 

Thomas Piketty, Peut-on sauver l'Europe ? éd. LLL, janvier 2012, 272 pages, 20 euros, ean 978-2918597469.

 

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Elie Stephenson, Terres mêlées (Guyane française)

22 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

 
elie-stephenson.jpgLe livre recouvre trois ensembles de recueils publiés par le poète sur une période d’une quarantaine d’années : Terres mêlées, Ismée ou les oiseaux de lumière et Hasta sempre. Assez pour dessiner une trajectoire, d’une poésie de combat à une poésie d’ébranlement dirions-nous, du militantisme adjurant à l’intime imploré.
Témoignage, indignation, exhortation, dénonciation, les premiers poèmes placent la souffrance des peuples opprimés au centre de leur raison d’être, travaillant dans une langue manifeste ce «désespoir des terres affamées », des HLM où l'on entassa les immigrés à cette savane dévastée des peuples d’Afrique noire. Algérie, Palestine, Liban, Amérique du Sud, Elie Stephenson conjugue toutes les souffrances de tous les peuples dont le combat séculaire a fini par s’affirmer comme notre seul vrai héritage, dans cette obstination des miséreux à vivre et dessiner un nouvel horizon de justice. Poésie incandescente invoquant la tourmente coloniale, le racisme jamais achevé, toujours en reste de nos sociétés malgré ces «clartés rapiécées» des vagues promesses démocratiques qui se sont succédées depuis les années soixante, malgré ce «soleil des non-alignés» où se sont entrechoqués les discours, brassant comme l’immense houle d’un monde à la dérive qui partout a fini par nous réduire à ses nécessités meurtrières -partout les puissants ont restauré la terreur raciste. Les images sont fortes, qui parlent de ces «solitudes d’envergure» qui sont les nôtres désormais et de cette Révolution avortée des années soixante, qui parlent un désir qui n’a pu revenir de son exil et a fait de nous des «dormeurs aux yeux abrupts».
 
A lire les recueils dans leur succession historique, il est impressionnant de réaliser ce que cette trajectoire dessine, de la survie de tous à la survie de soi, comme si, ne trouvant à éclore dans l’ordre du politique, le désir avait fini par percer violemment au plus intime de nos chairs pour nous rappeler à l'ordre de sa nécessité. Quelle leçon finalement que cette trajectoire, intimant l’appel du désir dans l’intimité pressente de l’être. Guérilleros désarmés, le désir nous sommes de traduire dans nos corps son urgence. Mais c’est aussi comme un appel isolé, enfermé dans une demande d’amour désespérée, comme il en va dans Ismée, dont l’absence est partout désenchantée dans notre monde. L’Autre sans cesse espéré est comme recouvert d’ombres et de cendres. Il est étrange de lire poème après poème cet appel lancé depuis une si profonde solitude de l’être, où l’Autre jamais présent s’entend comme d’une bataille qu’il faudrait d’abord mener contre soi. La route est longue en effet qui mène à l’autre quand le monde n’en a plus crayonné le chemin, plus longue encore depuis notre défaite commune devant ce désir de révolution abandonné en chemin. La route est longue qui ne nous distingue plus que dans le tourment d’être soi, si peu aptes à ouvrir une voie pour l’aimé qui ne serait pas qu’une simple folie personnelle. Il entre de la prière désormais dans cette écriture, sous les mots presque candides que le poète déploie. Peut-être parce que nous ne savons où vivre cette demande d’amour ? «Que faire en ces villes / Ce pays / Où tout m’égare ?». Le temps de l’exil est devenu la norme, chaque Un rabougri à la dimension de ses piètres émotions. A survivre plutôt qu’à vivre dans ce «pays de chien-de-race» qu’est devenue la France, profondément assoupie sur des montagnes de cadavres. Rien d‘étonnant alors à ce que l’écriture la plus récente du poète se soit presque faite innocente, épousant la romance des mots usés jusqu’à la corde que les médias diffusent à longueur de journée pour tenter d’y inscrire le réconfort de ne pas se croire seul. On est presque surpris par cet usage confiant qu’Elie Stephenson fait des mots les plus galvaudés et qui tentent d’accrocher l’Autre dans la perspective de l’intimité à soi. Des mots d’amour, mais d’une intimité qui peine à vivre. L’appel est incessant, insistant, réitéré d’un poème l’autre, tant et tant que se dessine au fond sa déroute, une défaite évidente à le renouveler sans cesse. A tant vouloir aimer et tant le répéter, qu’est-ce qui rate dans cette exhorte qu’il faille tant la réitérer ? Qu’il n’y ait pas d’espace commun pour la recueillir ? «Pour toi je fais naître / un peuple de héros», affirme le poète. Ce peuple disparu, tous les hommes que l’on voudrait levés, l’espoir d’une gestation au final plutôt que d’une geste…  Alors de quel poids réel dans ce monde découragé la possibilité du baiser ? Qui plus est loin du charnu des lèvres, inscrite si obsessionnellement dans l’orbe du poème ? La grammaire consigne même ici son aveu, celui d’un imparfait : «tes pas ressemblaient », c’est assez dire qu’ils ne sont plus, qu’ils ne sont pas. Ou bien le vers s’affirme dans un présent qui ne déroule qu’une attente : «C’est l’aube je t’attends» - mais tu n’es pas. Comme si la force incantatoire de la poésie pouvait tout juste nous sauver encore un peu de cette déroute des temps présents, tandis que la mémoire se rappelle ces lieux confiants où jadis l’amour pouvait vraiment surgir : ceux d’une communauté humaine construite sur le lien attentif de soi à autrui. Quand il ne nous reste que le déchirement de la mémoire des peuples jetés à fond de cale, leur martyre jamais soldé. C’est sans doute de cette vie lacérée que «le désir oublié de la chair» doit surgir en fait, là où s’enracinent et le désir et la plainte d’aimer, qu’Elie Stephenson sait si bien convoquer.
 
Elie Stephenson, Terres mêlées, Ismée ou les oiseaux de lumière, Hasta sempre, édition A3, 2007, 200 pages, 15 euros, ean : 9782844361400.
 
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L'EUROPE REACTIONNAIRE...

21 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

grece.jpgFaudra-t-il finir par croire que nous autres, européens, ne sommes que les héritiers du fascisme et du national-socialisme ? Et nous décourager de les voir tous les deux relever partout en Europe leur tête immonde, pour déblayer l’horizon sinistre d’un monde usé jusqu’à la corde ? Autriche, Allemagne, France, le tiercé néo-fasciste de tête, où les mouvements d’extrême droite peuvent nourrir l’espoir d’un revival féroce, tant les relais de ces Etats leur sont favorables.

L’Europe raciste se conjugue à merveille sous les ors de la République…

greece12.jpgEt pas loin du tiercé de tête, la Norvège, les Pays-Bas embusqués et le Danemark encore, la Hongrie et tous ces pays dans lesquels les gouvernements ont passé des accords avec les partis d’extrême droite, ou confié des portefeuilles ministériels à des racistes patentés, sinon à d’authentiques fascistes, comme en Italie il y a peu encore. Pas l’ombre d’un franc-tireur dans cette ronde étatique, ni la Belgique ni la Suisse, la liste est longue, des reniements. Et partout, des populations livrées à la violence économique. Comme en Grèce, qui revit aujourd’hui l’affreux cauchemar des colonels, sous les traits de néo-colonels de la Finance cette fois…

glezos2.jpgPartout des populations offertes aux coups de sociétés hystériques. Partout des populations livrées à la maltraitance économique, à l’exercice légal de la violence économique. Sans considération pour la misère réelle dans laquelle sont plongés des millions d'européens ! Alors que la misère tue ! Mais voilà une violence dont on peut être sûr que le Droit européen ne l’inscrira pas au registre des crimes punissables. Tous les militants des droits de l’Homme feraient bien de se méfier du reste : les prochaines élections ne leur permettront peut-être pas de ne pas finir dans des stades, et cela bien avant que le capitalisme ne nous régale de sa fête sauvage, promesses du Traité Atlantique obligent…

Il y a un cadavre dans le placard de l’Union Européenne : celui des Peuples d’Europe…Il n'y a qu'à voir la manière dont on traite les grandes figures de la Résistance contre le nazisme, en Grèce par exemple, où Manolis Glezos, l'homme qui osa arracher, en 1941, le drapeau hitlérien qui flottait sur l’Acropole, fut frappé par la police lors des émeutes d’Athènes, parce qu'il dénonçait avec vigueur les menaces qui pèsent sur l’Europe sous la domination des marchés financiers.

 

Images : Manolis Glezos frappé par la police...

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Le repentir de Jérôme Kerviel...

20 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #essais

trader.jpgIl le prétend du moins et dans le message qu'il a délivré, il semble sincèrement vouer une vraie détestation à l'homme qu'il était. Mais de quoi se repentir ? D'avoir aimer jouer ? D'avoir aimer l'argent ? D'avoir tant aimer n'être plus dans le réel ? Il y a bien sûr le problème de la Justice et ses carences dans cette affaire, scandaleuses, qui ont ouvert la voie à la sauvegarde de la Société Générale jamais conduite à s'expliquer vraiment, cette omerta dont Jérôme Kerviel parle avec conviction et non sans raison. Et puis le fond du problème, ces régulations non humaines dont la Finance est aujourd'hui le fer de lance d'une société qui pousse peu à peu à son paroxysme l'inhumanité de ses rationalités. C'est de cela qu'il faudra, encore, parler entre nous, de ce "nous" que la Finance ne cesse de briser, de lancer tête dans le mur pour assurer son apocalyptique devenir.
Salle des marchés. Open space tendu à l’extrême. Un emprunt à la marge, mille milliards d’euros. Naguère les cotations se faisaient à la criée, Zola en sautoir. Open space : il faut de l’agitation pour créer des stimuli. Exit les cloisons, donc. Open space : le modèle par excellence du stimulus operandi.
Depuis quand les banques ont-elles pris possession des Bourses ?
En 1531 fut créé à Amsterdam la première vraie Bourse du monde occidental. Déjà la maîtrise de l’information y était essentielle. A Paris, la Compagnie des agents de change vit le jour en 1801. En 1895 fut créé le MATIF. Et de nos jours nous avons le CAC 40. Cotation Assistée en Continu. Mais il ne s’agit plus aujourd’hui de disposer de l’information utile, il faut la devancer. Il faut pouvoir, toujours, disposer d’une information nouvelle. Et produire sa rationalisation. Le marché a peur, par exemple. Le marché s’emballe, manque de confiance le pauvre chou, le marché est supendu à un mot, un chiffre, qui l'aidera à déployer ses métaphores, sportives et militaires. En ordre de bataille, les traders attaquent. Ils montent à l’assaut. Se replient. Ou font une trève. Pour empocher les dividendes, avant de remonter au front. Et puisqu’il faut bien se vendre, le trader passe aussi une partie de son temps à envoyer des signaux sur sa rentabilité.
Trader. Une économie psychique pulsionnelle. Penser profit. Calculer. Tout le temps. Seul compte l’arbitrage des mathématiques. Il faut mettre en équation des données, des chiffres, les courbes du marché. Toute la journée. Ne se soucier que du profit. Gagner à la hausse, gagner à la baisse. Trader, c’est être capable de formuler plusieurs stratégies contradictoires en même temps. Et formaliser la présentation de son raisonnement. Car si le monde des hommes n’existe pas dans la salle des marchés, il faut lui donner le change : produire un discours moral sous couvert d'explications scientifiques, à l’attention des sociétés humaines que l’on veut plumer. Un discours moral vaut toujours mieux qu’un discours politique pour berner les gens. Trader, le droit de vie et de mort. Jeter un pays entier dans la misère : trois lignes de chiffres. Détenir le nomos grec, donc. Je fais et défais. La guise est mathématique. Imparable.
Trader : la sauvagerie à l’état pur. Le Droit n’est qu’un art de fortune, vu depuis la salle des marchés, et depuis qu’elle est devenue ce que la cité juge de plus indispensable. De plus indispensable mais de plus fermé. Une clôture essentiellement masculine du reste. Derrière laquelle dissimuler les complicités les moins avouables. La salle des marchés ? Un espace depuis lequel domestiquer les êtres sans pudeur.
Exit le Droit, le politique, ne subsiste que l’expression d’un jugement construit au plus juste des lois mathématiques. Car là où le Droit établit un lien de vérité, le trader, lui, rétablit l’absurdité de cette attente de vérité.
Trader, l’instance même de la dé-socialisation des couches les plus favorisées de la Nation. La nouvelle économie est plus nouvelle qu’on ne saurait l’imaginer. Car être trader, c’est explorer des régulations non humaines de la cité. C’est dépasser l'assignation du politique. C’est travailler à la lettre le concept de réquisition de Heidegger, où substituer la programmation à la conscience.
Trader, une inspiration post-ontologique, qui ne puise ses justifications que dans l’auto-référence. Non pas une bulle, fût-elle financière, mais une circularité parfaite où accomplir le grand œuvre de destruction de l’humain.
http://www.soutien-officiel-kerviel.com/blog/


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LEUR EUROPE, UNE AFFAIRE D’ETAT RESOLUMENT ANTIDEMOCRATIQUE

19 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

logo-europgroupeA quelques jours du vote, les dirigeants européens ne peuvent masquer la réalité de cette Europe dont ils avaient pris tant de soin à travestir les vrais enjeux, dessinant au passage une géographie morale du continent en question à tout le moins insupportable, au service de la grande Finance Internationale. Ce faisant, ils nous rappellent opportunément que cette Europe qu’ils ont voulue, eux et non nous, n’aura jamais était une histoire des Peuples européens : l’Europe aura toujours été l’affaire des Etats, une construction anti-démocratique par excellence, dont les peuples sont aujourd’hui les prisonniers.

Et ce dès les origines, dans l’esprit même de son "Père" fondateur, Jean Monnet, dont la biographie mériterait d’être dépoussiérée ! Un Monnet qui sut en effet dès le début ne s’entourer que de technocrates pour penser notre destin. Car même si dans le projet de la CECA, la base sociale de cette Europe fut élargie à ces couches que l’on avait ignorées jusque là dans les sphères de pouvoir, les paysans, les ouvriers, l’Europe resta la grande affaire des nantis et… des américains. Qui se rappelle en effet que notre cher Jean Monnet était un proche de la famille Dulles, dont Alan fut le fondateur de la CIA ? Qui se rappelle ce Monnet, proche des sphères du pouvoir américain, côtoyant dans les années 50 le groupe Harvard chargé de réfléchir une construction européenne favorable aux Etats-Unis ? Qui se rappelle le jeune banquier accomplissant toute sa carrière dans la finance internationale, soupçonneux des exigences démocratiques des peuples et ne songeant qu’à se délester au plus vite des forces sociales tout comme des frontières nationales pour mieux asseoir sa vision capitaliste de l’Europe ? Peu attachée au cadre de l’Etat Nation, cette carrière paraît aujourd’hui emblématique du destin européen que les banquiers nous ont fabriqué. Une Europe méprisant les électorats populaires, une Europe dictant ses conditions aux Etats membres, une Europe construite autour de la notion d’allégeance plutôt que de consensus, relevant non pas de la participation civique mais de l’adhésion coutumière. Une Europe dont la force repose sur la faiblesse politique de ses peuples. Et plus que jamais, une Europe autoritaire exaltant la suspicion de Monnet, cherchant toujours à contourner les volontés populaires dans son processus de constitution. Une Europe qui se fabrique avec un faible soutien social, tour de force administratif que les faucons américains nous envient tant elle est un modèle du genre, pour des régimes dits républicains que leur démocratie embarrasse désormais.

Et pour calmer toute fronde anti-européenne, une Europe au sein de laquelle les élites volent au secours des banquiers pour convoquer une longue et belle histoire cousue de fil blanc. Une histoire qui nous raconte par exemple que cette Europe est née de deux grandes unifications, chrétienne puis celle, humaniste, de la Renaissance, en oubliant volontairement que dans la réalité, chacune de ces unifications s’est conclue par l’émergence de forces centripètes qui ont produit beaucoup de résistances et de diversifications, laissant surgir de nouvelles singularités qui mirent chaque fois à mal cette fameuse unification européenne décidée par le haut. Il existe ainsi en Europe, en permanence, des mécanismes qui produisent des différences et font obstacle aux mécanismes d’unification.

monnet-dullesJean Monnet ne l’ignorait pas, lui, qui chercha toute sa vie à faire sortir la question européenne du champ symbolique pour la faire entrer dans celui des techniques politiques.

Mais aujourd’hui, on est arrivé à la limite de ce processus qui faisait l’Europe à l’insu des européens.

Le danger est double du reste, depuis l'éclosion d'une technocratie toute puissante, à l'émergence d'un imaginaire social réactionnaire fleurissant sur les décombres de cette Europe stipendiée, laissant s’épanouir des replis identitaires des plus funestes.

Face à ce double danger, qui aura le courage, en particulier, d’évoquer le rôle positif de l’immigration dans le processus de construction de l’Europe ? Qui saura affirmer les aspects culturels nous permettant une meilleure compréhension de l’immigration comme processus d’intégration européenne ?

Qui saura réécrire en somme cette histoire, en prenant appui sur celle, comparative, de la circulation des œuvres littéraires et de leurs traductions, seule histoire culturelle au fond, permettant d’écrire une vraie histoire de l’Europe ? 

 

 

Photos : De gauche à droite, Jean Monnet, John Foster Dulles, Kirk Spieremburg, Dwight D. Eisenhower, David Bruce, Franz Etzel, William Rand. A Washington, Juin 1953.

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SOUVERAINETE NATIONALE ET PEUPLE EUROPEEN INTROUVABLE

17 Mai 2014 , Rédigé par texte critique Publié dans #Politique

Quelle est la place du politique dans notre société?
On s’en rappelle : le projet de Constitution européenne avait ouvert une crise aux puissantes répercussions sur ce questionnement : quoi des frontières, des Etats, des Peuples ?
Souveraineté politique et identité politique semblent ne plus coïncider avec souveraineté nationale et identité nationale. Aux enjeux transnationaux qui devraient, nous dit-on, s’imposer à nous, paraissent répondre des communautés ouvertes, au sein desquelles le territoire perd de plus en plus sa fonction discriminante.
Comment, dans ces conditions, clarifier l’écart qui s’est ouvert avec nos représentations classiques de la souveraineté et du politique ?
Si les processus délibératifs doivent s’élargir au-delà du cadre national, et on l’imagine volontiers face aux enjeux écologiques par exemple, comment de nouvelles communautés politiques pourront-elles prendre forme ?
La constellation post-nationale dans laquelle nous nous trouverions, ouvre des enjeux décisifs pour l’avenir du politique. En son temps, La revue Les Temps Modernes ouvrit une belle promesse de débat sur ce sujet. Même si l’on pouvait y regretter l’absence de penseurs tels que Michaël Zürn, ou ceux de l’école allemande regroupée autour d’Ulrich Beck (élève de Niklas Luhmann), qui auraient apporté une contradiction plus profitable, en particulier sur la question européenne.
Et justement, où en sommes-nous aujourd’hui de l’identité politique européenne ?
Quand est-il, surtout, de la démocratie en Europe ? Deux arrêtés pris il y a quelques années n'ont guère soulevé d'interrogation quant à cette question, alors qu'ils pointaient précisément l'ampleur du mal européen.
Celui de la Cour allemande (du 30 juin 2009), était sans doute celui qui disait le mieux cette crise que l’Europe ne cesse de connaître. Il nous importe pour ce qu’il pointe, en particulier de «déficit structurel de démocratie» en Europe, ouvrant à une vraie défiance politique, en exigeant nommément que les peuples européens, à travers leurs Parlements nationaux, «restent maîtres des traités», ce qu'ils ne sont pas. L'arrêté rappelait alors avec pertinence que la source de la légitimité du Parlement de Strasbourg, faute d’un Peuple européen, ne restait que très vague, en tirant la conclusion que la primauté du Droit européen ne prévalait qu'en campant sur ce déficit démocratique. En conséquence de quoi la Cour constitutionnelle allemande se réservait le droit de bloquer toute loi européenne ne garantissant pas sa souveraineté ou son identité constitutionnelle.
«Il n’est pas de démocratie en dehors de la nation, l’échelon supranational n’étant que le produit d’un traité entre nations», conclueait-il, refusant, comme c’est bien souvent le cas aujourd’hui, que les Parlements nationaux soient mis devant le fait accompli au terme de décisions prises souvent dans des conditions hâtives, sans vraies délibérations, ou réduites à leur minimum.



LAW AND GOVERNANCE IN POSTNATIONAL EUROPE, by Michael Zürn and Christian Joerges (eds.). Cambridge University Press, Cambridge, 2005. 312pp.,, £45.00. ISBN: 0521841356.

La Souveraineté, Horizons et Figures de la Politique Les Temps Modernes, n°610, nov. 2000, 450p, 84F, ISSN : 00403075

 

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