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La Dimension du sens que nous sommes
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ALORS, LA COLERE, C’EST FINI ?

12 Novembre 2009 Publié dans #Politique

Mépris, menteries benoîtes, falsifications éhontées de l’Histoire (voir le ridicule 9 novembre de Nicolas), auxquels ajouter l’incroyable diatribe du député Raoult contre Marie Ndiaye (http://bibliobs.nouvelobs.com/20091109/15794/eric-raoult-rappelle-marie-ndiaye-a-son-devoir-de-reserve) . Le tout énoncé dans une langue d’une vulgarité sans borne…
Combien de temps encore, nous prendront-ils pour des crétins ?


 « Au commencement, il y a la colère » (Act Up). Quelques hommes en colère qui voient mourir par milliers leurs compagnons, leurs amis. Avant cela, la colère de l’abbé Pierre au cours de l’hiver 54. Et bien avant encore, les vagues successives de colère des femmes, une moitié du ciel dissimulée dans la brume. Aujourd’hui, on pourrait multiplier à l’envi, tant les raisons de se mettre en colère sont nombreuses dans la société française contemporaine : les chômeurs, les précaires, les stagiaires, les sans-papiers, les immigrés et toutes les victimes de ces discours puérils et sots du pouvoir politique… L’on n’en finirait pas d’énumérer les groupes susceptibles d’en rallier les rangs.

«Notre sort dépend maintenant du degré de colère que vous pourrez atteindre», affirmait L. Kramer, le 14 mars 1983, (repris dans New-York Native), lors d’une réunion d’Act Up N.Y.
La figure de la colère fut forte chez Act Up. Elle structura le mouvement,  comme rite constitutif d’un groupe en marche vers son identité. On se rappelle l’équation : SILENCE = MORT, COLERE = ACTION, ACTION = VIE. Il n’est que de relire le livre de Didier Lestrade - ACT UP : Une histoire - pour comprendre à quel point Act Up ouvrit, dans le champ des luttes sociales, des modalités novatrices qui, dans une large mesure, ont bouleversé et le militantisme ronronnant des années marxisantes, et la contestation publique d’une France endormie sur d’éphémères conquêtes. L’intelligence d’Act Up, entre autres, aura ainsi été de n’en pas s’en tenir à la seule lutte minoritaire. Tout comme d’autres groupes historiquement exclus, les femmes, les SDF, etc., les homosexuels parisiens se sont eux emparés du Sida comme d’un révélateur de l’état de la société française. De l’histoire sociale du sida à l’histoire politique de cette société, c’est tout ce mouvement sur lequel il faudrait peut-être aujourd’hui revenir pour comprendre où nous en sommes, politiquement par exemple, et nous convoquer les uns les autres pour dresser l’état des lieux :

Alors, la colère, c’est fini ?
- Devant le danger du silence qui plombe les revendications sociales menaçant l’ordre dominant, faut-il oser la colère, de nouveau ?
- Quel est le prix à payer pour être entendu par les pouvoirs politiques ?
- Entre normalisation et dissidence, où situer la lutte aujourd’hui ?
- Les Lois invitent-elles à une normalisation des contestations jadis radicales ?
- La loi est-elle le meilleur instrument de production d’égalité ou de justice ?
- Quels sont les conséquences, sociales, politiques, de cette mise en forme juridique ?
- Comment construire un problème public ?
- Comment définir aujourd’hui les égalités à l’origine des revendications qui se font jour ?
- Quoi de l’urgence sociale, quand il y a ce réservoir de pauvreté qui la remplit sans cesse?
- Où intervenir ?
- On a eu, lors des grandes luttes passées, des constructions identitaires qui n’allaient pas de soi sociologiquement : femmes, homosexuels, SDF… Et pour chaque «groupe», une stratégie de représentation, tout un travail rhétorique qui pesa sur la définition de la cause et des idées mêmes à défendre. Quoi, aujourd’hui, de l’identité de ce sujet collectif : notre misère sociale et politique ?
- Peu ou prou, ces luttes ont pesé sur la définition du concept d’égalité. Le modèle républicain fonde notre démocratie sur une unité enracinée dans une conception abstraite des individus. Où placer dans ce modèle les différences sociales, culturelles ?
- Les principes fondateurs de la doctrine républicaine sont-ils mauvais ?
- Faut-il changer le cadre de la légalité républicaine ?
- Ou se contenter de changer l’univers du discours politico-médiatique dominant ?
- Etc. …

La possibilité de la contestation ouverte, revendicative, si l’on en croit le sociologue Boltanski, ne trouve à s’épanouir que dans un horizon où ce désir paraît jouable et non risquer de subir un échec. Mais cet horizon ne s’ouvre que normativement, comme espace d’un imaginaire collectif que seule une structure d’écho majoritaire peut déployer. Quelle visibilité lui donner donc, aujourd’hui, pour qu’il puisse prendre forme dans une société dominée par des médias vendus à l’ordre dominant ?
joël jégouzo--.

ACT UP : Une histoire, Didier Lestrade, Denoël, coll. Impact, janv. 2000, 446p., 22 euros, ISBN : 9782207248836
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MANAGERS : LE PRIX DE L'INCOMPETENCE...

10 Novembre 2009 Publié dans #essais

Managers , rassurez-vous : d’autres ont fait pire !

«Un patron, ça prend sept bonnes décisions pour deux foireuses et une carrément mauvaise», affirmait le baron Bic, roi du stylo à bille. Sans doute avait-il en tête le souvenir de son parfum jetable dont les femmes n’avaient pas voulu. Echec total, que ne compensa jamais le pathétique «Je ne vous ai pas comprise», lancé en guise de rattrapage, le 27 mai 91. La liste est longue des bévues commises par des patrons soit-disant performants en matière de marketing ou de communication. C’est par exemple Coca-Cola, faisant malgré lui descendre dans la rue ses consommateurs en 1985, parce que la firme voulait changer le goût de leur boisson. Ou bien Kodak refusant d’entendre l’inventeur du polaroïd en prétextant que les clients n’étaient pas pressés de récupérer leurs photos, voire Peugeot refusant l’Espace….
Innover, certes, c’est dans 70% des cas échouer. Mais ne pas innover, c’est 100% d’échec.
Le livre égrène, selon un plan pas très cohérent, les douze erreurs types du management. Elles sont classées en deux catégories : les erreurs de bugs et celles de management. Parmi les premières, le fameux exemple de la Mercedes Classe A qui ne tenait pas la route. Parmi les secondes, les dysfonctionnements d’entreprise, dont la mauvaise communication interne. L’histoire des grandes erreurs du management se lit ainsi comme un polar et comme tel, nous invite à (re)devenir «underdog» pour réussir : challenger permanent.
joël jégouzo--.

Le prix de l’incompétence, Christine Kerdellant, Denoël, coll Impacts, mai 2000, 474 p., épuisé.
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LE SIECLE SE PAYAIT DE PETITS ESCROCS...

9 Novembre 2009 Publié dans #en lisant - en relisant

Le siècle se payait de petits escrocs, tandis que s’affirmait le caractère radicalement minable du IIIe Reich...

Publié d’abord à Berlin en 1956, commencé en 35 et achevé en août 39, Feuchtwanger conçut Exil comme le roman historique de l’opposition allemande au nazisme, émigrée en France. Pour point de départ de cette immense fresque, il prit l’enlèvement du journaliste juif allemand Berthold Jacob par les SS et le rachat du journal d’opposition Westland par le IIIe Reich. C’est l’époque où les nazis exterminent leur opposition dans toute l’Europe sans trop se soucier de conséquences, les pays européens s’obstinant à les trouver fréquentables.
Le cadre est donc celui de la rédaction parisienne d’un journal de l’émigration allemande. Une poignée de personnages minutieusement décrits nous fait entrer dans l’intimité de cette émigration. Plongée dans la misère, c’est son inévitable dégradation sociale et morale que Feuchtwanger nous dépeint. L’exil, son ampleur, son étroitesse, nous est conté sans fioriture : la misère brise les vies. Déconvenues, ratages, rien ne nous est épargné de ces malentendus cruels où les vies basculent. Ni rien non plus du carriérisme qui sévit dans les milieux nazis parisiens, qu’ils soient du reste allemands ou français. Et ce qui fait la force narrative de ce roman : cette petite voix intérieure qui contamine tous les personnages, scrutant, soupesant les éléments de leur décision. Une petite voix envoûtante, qui refuse de se perdre.
joël jégouzo--.

Exil, Lion Feuchtwanger, traduit de l’allemand par Nicole Casanova, Editions du Félin et Arte éditions, coll. A la croisée, 4e trimestre 2000, 682p., 38 euros, EAN : 978-2866453831.
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PRECAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !

27 Octobre 2009 Publié dans #Politique

Combien sont-ils exactement, pigistes, auxiliaires du Public et autres précaires contraints de travailler sans filet ni aucun des avantages consentis aux autres catégories de salariés ? Ecrit dans la tourmente de leur propre précarité, la première mouture du livre d’Anne et Marine Rambach s’emparait avec une rare intelligence d’un phénomène social dont notre société n’a toujours pas voulu prendre la mesure. Pour preuve l’édition de 2009 qui, sans emporter sur le fond de convictions nouvelles, témoigne d’une amplification de la crise. Et pour cause ! Non seulement la société française ne sait plus créer d’emplois, mais cette population disséminée offre une main d’œuvre corvéable à merci, sur-diplômée, professionnelle, passionnée, rémunérée – non, ce n’est pas le mot : dédommagée avec condescendance et mépris. Mais si la précarité des travailleurs intellectuels répond à une logique libérale des plus sauvages et à la vue particulièrement courte, leur sociologie reste à écrire. De façon plus urgente encore au regard des témoignages rapportés dans la nouvelle édition, tout comme au regard de l’extension de la paupérisation qui frappe, en fin de compte, une population qui en d’autres circonstances aurait pu œuvrer sereinement à définir un nouvel avenir français. Anne et Marine Rambach se sont employées en tout cas à nous en dessiner les réalités et les conséquences. Pratiques professionnelles, culturelles, modes de consommation, si l’ouvrage ne se veut pas scientifique, du moins balise-t-il l’opportunité d’une étude qu’il serait bon de mener enfin. Qui sont-ils, ceux dont les difficultés et les choix ne cessent de révéler l’inadéquation des politiques de l’emploi de l’administration française ? Compétents, polyvalents, ces consommateurs hyperactifs de produits culturels à forte valeur ajoutée forment une population symptomatique, sinon homogène, d’horizons à reconstruire. Il n’est en outre pas indifférent d’observer que l’émergence d’une prise de conscience de ce groupe mal défini rencontre une énorme difficulté, liée à l’absence de discours cohérents sur le sujet. Que les médias ne s’en fassent pas ou peu l’écho, au demeurant, ferme toute possibilité de radicalisation politique d’une classe sociale dont le discours pourrait offrir à la collectivité des horizons de pensée novateurs. Un coup de gueule ancien, réactualisé en 2009, sacrément d’actualité.--joël jégouzo--.

Les intellos précaires de Anne et Marine Rambach, Fayard, sept. 2001, 330p., ISBN : 2213609276.
Les Nouveaux Intellos Précaires, de Anne et Marine Rambach, STOCK, avril 2009, 448 pages, 22,50 euros, 978-2234061279.

 

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A PROPOS DE L’ETHIQUE DU CAPITALISME

24 Octobre 2009 Publié dans #Politique

Voilà près d’un siècle que la réception de Weber campe sur l’interprétation de Lehmann, affirmant que sa thèse se voit rarement confirmée par l’analyse des historiens.
Quelle thèse ? Celle d’une conjonction entre protestantisme et capitalisme. Voilà près d’un siècle que la vulgate, y compris dans les milieux universitaires, prête à Weber l’idée que les exclus des grandes charges publiques, cherchent à s’investir dans les sphères marginales des métiers de l’argent. Or rien n’est plus éloigné de Weber que ce type d’assertion ! Le seul objet d’étude que ce dernier s’était fixé n’était autre que celui de la rationalité à l’œuvre dans l’esprit du capitalisme, portée par des hommes de foi très peu marginaux ! Ce que Weber postulait en définitive, n’était rien moins que l’examen d’un principe tiers : la spécificité de la ratio occidentale. Les termes qu’il mettait ainsi en relation, n’étaient pas vraiment protestantisme et capitalisme, mais ce qui, dans l’un et l’autre, relevait de cette nouvelle rationalité. Moins donc ce qui dans la religion protestante l’inaugurait que ce qui avait permis à la religion protestante d’émerger elle-même. Une petite différence, certes, mais qui n’est pas sans importance : on ne peut réduire le capitalisme à de prétendues origines protestantes. Sans doute cette réduction vient-elle, par-delà les malentendus inauguraux de sa réception, de ce que le texte de référence, en France en particulier, est resté celui de 1905, alors qu’il fut largement réécrit dans sa version de 1920. C’est cette version qu’offre Champs-Flammarion.
Mieux qu’une traduction inédite, l’accès enfin donné à la compréhension savante de Weber.
—joël jégouzo--.

L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, traduction inédite et présentation par Isabelle Kalinowski, Flammarion, coll. Champs, janvier 2000, 396p., 5 euros, EAN : 978-2080814241.

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AVIS NECESSAIRE A CEUX QUI VEULENT DEVENIR RICHES

23 Octobre 2009 Publié dans #essais

Savant, Homme d’Etat, la réputation de Benjamin Franklin, l’imprimeur de Philadelphie, n’est plus à faire. L’homme qui révéla la foudre, Maître des Postes des colonies, cachait pourtant bien d'autres casquettes. Restait ainsi à découvrir le moraliste en lui. Chose faite avec cet ouvrage, copieux d’enseignements sur des principes dont on dit volontiers qu’ils inspirèrent l’Amérique moderne. Benjamin Franklin publia sous le pseudonyme de Richard Saunders une morale de l’argent, développant un art de la vertu peu commun. Sa vie laborieuse, orientée en permanence vers ce qui est utile, paraît avant la lettre fidèle à l’esprit de quelque petit traité des grandes vertus bien connus chez nous. Vérité, sincérité, intégrité, voilà le tiercé gagnant, le voudrait-il du moins, qui doit permettre aux hommes d’humble condition de s’élever au-dessus d’eux-mêmes dans une nation prospère, au sein de laquelle les riches ont besoin de gens honnêtes pour faire fructifier leurs affaires et devenir très riches – c’est-à-dire bien moins honnêtes et scrupuleux sur le respect des susdites valeurs, cela va de soi. Honnête, c’est-à-dire évidemment «industrieux». Dur au labeur plutôt que rusé, un rien empressé à bien faire. Et s’il lui en reste le temps, l’honnête homme selon Benjamin se montrera soucieux d’audace (quelle expression !), n’hésitant pas à saisir toutes les opportunités d’enrichissement. Car, conformément à la morale protestante, les règles de prudence ne valent que dans la conduite des affaires privées. Dans le monde, le déploiement de l’intelligence pratique est la règle.joël jégouzo--.


Avis nécessaire à ceux qui veulent devenir riches, Benjamin Franklin, coll « Mémoire des Amériques », éditions Comeau et Nadeau, puis Agone, mars 2000, 286p., EAN : 978-2910846268.
Réédité en 2005 par les éditions Lux Québec, isbn : 2922494128

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L’INDIVIDUALISME LIBERTAIRE DES MARCHES FINANCIERS ET LEUR FAILLITTE.

22 Octobre 2009 Publié dans #Politique

Ce n’est certainement pas un exercice auquel se plie volontiers l’historien, que celui de vouloir prédire l’avenir.
E. J. Hobsbawm, le père du Court XXe siècle, s’y est livré avec tout le scrupule de sa science, au cours d’une conversation certes informelle, mais menée avec le plus grand sérieux. Et plutôt que de se hasarder à parier sur un avenir incertain, sagement, mais avec une clairvoyance surprenante, il s’est contenté de dégager les tendances structurante du siècle qui venait, inscrites dans le présent parfaitement identifiable du siècle finissant.
De tous les indicateurs retenus au cours de cet entretien, deux se dessinaient comme particulièrement fondamentaux.
Ecartons donc d’emblée celui de l’effondrement de l’URSS, épouvantail commode des démocraties en manque de souffle, même si, sous-estimée, l’ampleur de cette catastrophe et de ses conséquences nous sont encore largement inconnues.
Le premier indicateur fort tenait au hiatus ouvert entre logique du développement économique et logique politique. Selon Hosbawm, la faillite -pour lui proche en 2000 !-, du fondamentalisme du marché, nécessitait l’intervention conjointe et unanime des Etats. Mais ces derniers semblent avoir perdu leurs moyens de coercition. On assiste même à une sorte de renversement historique. L’Etat moderne, parvenu à son apogée lorsque la protestation sociale s’y institutionnalisa, ne s’impose plus avec la même évidence. Comment, dans ces conditions, ces états « démonétisés » pourraient penser efficacement cette faillite et lui proposer une sortie pertinente ?
Second indicateur fort, dont nous entrevoyons mieux aujourd’hui les contours : l’individualisme libertaire qui régit les marchés ne saurait en rien convenir aux exigences de la politique internationale. A quelques années de distance, la crise financière survenue, on ne peut qu’admirer la clairvoyance de l’historien !
joël jégouzo--.

Les enjeux du XXIe siècle, Eric J. Hobsbawm, entretien avec Antonio Polito, traduit de l’anglais par Lydia Zaïd, éditions Complexe, coll Questions à l’Histoire, mars 2000, 200p., 14,50 euros, EAN : 978-2870278123.
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Histoire de baromètre : le bip 40 (www.bip40.org). Il y a un cadavre dans les placards de la République : celui de la France d’en bas -3/3.

21 Octobre 2009 Publié dans #Politique

Quelle nouvelle narration politique rendra réellement justice du sort réservé au grand nombre ? A moins que la misère du monde ne soit, aux yeux des élites politiques, qu’une différence discursive ouvrant la voie aux manipulations textuelles de tragédies dont personne n’a rien à faire.

Le BIP 40 est un baromètre des inégalités et de la pauvreté. Non retenu par l’INSEE. Il témoigne d’une aggravation sans précédent de la pauvreté en France à partir de 2003. L’indicateur élaboré par le Réseau d’alerte sur les inégalités indique une hausse de 5,5% par rapport à 2002. Le précédent record du Bip 40 remontait à 1998. Nous serions entrés dans une spirale morbide d’accroissement des inégalités et de la pauvreté. Les chiffres du Dow Jones et du Cac 40 sont relayés partout dans les médias. Pas ceux du BIP 40. Sous Raffarin, cette spirale a connu un rythme inédit. D’abord sous l’impulsion de la hausse du chômage. Ensuite grâce à une politique monétaire qui favorisa une baisse importante de l’impôt sur le revenu, mais une augmentation des prix à la consommation. Enfin, grâce aux nouvelles conditions de licenciement. L’arrêté pris le 12 janvier 2006 par la chambre sociale de la Cour de cassation autorise désormais le licenciement pour "sauvegarde de la compétitivité de l’entreprise". Une entreprise peut ainsi licencier sur simple étude de prospective, en arguant d’une difficulté qu’elle pourrait rencontrer sur le long terme. Le licenciement économique peut être rendu nécessaire, selon cet arrêté, "pour prévenir des difficultés économiques à venir, liées à des évolutions technologiques et leurs conséquences sur l’emploi, sans être subordonnées à l’existence de difficultés économiques à la date du licenciement". La France est l’un des pays d’Europe où la formation continue est la moins développée, et où cette formation profite d’abord aux plus formés. Seuls 13% de ceux qui n’avaient aucun diplôme ont eu accès à la formation en 2000, contre 51% des bac + 3. Plus de la moitié des cadres supérieurs y ont eu accès, contre 1/5e des ouvriers et 1/3 des employés. Dans les universités françaises, moins du ¼ des populations étudiantes en premier cycle, est issu des familles ouvrières ou d’employés. 12% en 3ème cycle. La population française compte 60% d’ouvriers et d’employés. Selon une enquête inédite (en septembre 2009) des Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS) 75% des 667 antennes sondées évoquent une augmentation très rapide des demandes d’aides individuelles depuis le dernier trimestre 2008 (une hausse moyenne de 30% dans 30% des centres). Les aides demandées sont d’abord tournée vers des besoins alimentaires (36% des demandes). Aux populations précaires habituelles s’ajoutent selon les responsables de ces centres des publics nouveaux, inconnus jusque là de leurs services. Près de 20% de ces demandes nouvelles concernent en 2009 des populations salariées. Les pourvoyeurs de repas gratuits sont eux aussi débordés. La Fédération Française des banques alimentaires, qui ravitaille plus de 5 000 associations, enregistre une hausse de plus de 16% de la quantité des produits livrés entre mars 2008 et mars 2009. Dans 250 vestiaires de la Croix-Rouge, le nombre d’acheteurs est en hausse de plus de 15%. A La Fondation Abbé Pierre, la plate-forme téléphonique lancée le 1er juin 2009 a reçu près de 1200 appels de demandent de secours d’urgence, principalement pour faire face aux loyers impayés. Le nombre de dossiers pour surendettement en France a fait un bond de 11% entre juin 2008 et juin 2009.—joël jégouzo--.

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La France d’en bas, cher nous, comment vit-elle ? Il y a un cadavre dans les placards de la République : celui de la France d’en bas (2/3).

20 Octobre 2009 Publié dans #Politique

Quelle narration politique rendra réellement justice du sort réservé au grand nombre ?
A moins que la misère du monde ne soit, aux yeux des élites, qu’une différence discursive ouvrant la voie aux manipulations textuelles de tragédies dont personne n’a rien à faire.


Partout, des couches menacées de dégringolade sociale. Le onzième rapport du Secours Catholique sur l’évolution de la pauvreté en France recense 650 000 situations de pauvreté. Dont le logement. Où l’on assiste à la progression fulgurante de l’habitat précaire depuis 2004. La pauvreté s’enracine en France. 2 chômeurs sur 3 ne sont pas indemnisés. De 1988 à 2002, selon l’INSEE, le pouvoir d’achat des revenus monétaires de la propriété a augmenté de 202 %. Au cours de cette même période, le revenu moyen des français est resté stable. Comment est-ce possible ? L’INSEE divise la France en deux : les riches d’un côté, les pauvres de l’autre, et mélange les deux pour calculer le "taux relatif de pauvreté" de la population française. De 1984 à 2000, selon l’institut, le taux de pauvreté relative serait passé de 7,1% à 6,5% (Insee Première n°942, décembre 2003). En fait, et compte tenu du mode de calcul adopté par l’INSEE, c’est parce qu’il y a eu une hausse fabuleuse de l’enrichissement des riches. La Comptabilité nationale, élaborée par l’Insee, indique que les revenus de la propriété ont augmenté (de moins de 8% du PIB en 1978 à près de 14% en 2002). En lisant avec application les rapports de l’INSEE, on peut se rendre compte que le nombre de grandes fortunes a explosé en France : il suffit de se référer aux statistiques de la Direction générale des impôts. En 2001, l'INSEE précisait son mode de calcul: "certains (souligné par l’auteur) revenus du patrimoine inscrits sur le formulaire fiscal" seulement sont pris en compte. Or, selon l’Insee même, les données fiscales ne peuvent appréhender qu’1/5ème des revenus du patrimoine. La quasi totalité de ces revenus sont donc écartés de la connaissance statistique. Le samedi 24 décembre 2005 paraissait au Journal Officiel un décret portant modification d'un article du code du travail au sujet du contrôle des personnes inscrites sur la liste des demandeurs d'emploi. Aux termes de ce décret, il est donné droit aux agents du ministère de l'Emploi d’obtenir communication, "à leur gré", par les administrations fiscales, de toutes "données et documents nécessaires à l'accomplissement de leur mission". L’article précise en outre que ces mêmes agents pourront avoir" accès aux données et documents nécessaires à l'accomplissement de leur mission détenus par l'Agence nationale pour l'emploi, les organismes de l'assurance chômage et les administrations sociales". De l’aveu des agents du ministère, cette disposition de suspicion ne concerne que 0,006% des chômeurs. L’amendement 264, voté le vendredi 21 octobre 2005, à minuit, offre un abattement exceptionnel: 75% sur les actions détenues depuis plus de six ans. Si on prend en compte les deux autres volets du paquet offert - le bouclier fiscal limitant à 60% des revenus le montant cumulé de tous les impôts, ISF compris, et les exonérations des plus-values pour participation détenue depuis plus de 8 ans-, les 15 000 contribuables concernés par ces dispositions se voyaient offrir 2,6 milliards (soit le coût du plan Borloo pour le logement social). La quasi totalité des patrons des sociétés cotées au CAC 40 ne paie pas l’ISF. Ils en sont exemptés dès lors qu’ils ont investi dans des œuvres d’art ou leur outil de travail (bureaux), dans l’achat de bois et forêts, voire de voitures de collection. Cet avantage s’étendra au moment où ils prendront leur retraite: ils bénéficieront alors d’un abattement de 20% sur leurs emprunts en cours pour l’achat de leur résidence principale… Depuis trente ans, l’apparition de nouvelles formes de précarité et d’exclusion n’ont pas soulevé la moindre amorce de réflexion politique. Les outils de mesure de ces nouvelles pauvretés n’existent pas. Pour mesurer la pauvreté, l’INSEE ne retient pour seuil que le revenu moyen, qu’elle divise par deux. Dans ce calcul sont exclus les revenus du patrimoine. En 1994, le seuil de pauvreté était fixé à 530€ par mois. On comptait alors 4,5 millions de pauvres. Après intégration des revenus du patrimoine, le nombre de pauvres est passé à 5,5 millions. Depuis, l’INSEE écarte de ses calculs les revenus du patrimoine. Selon de vagues estimations, il y aurait en France de 1,2 à 3,5 millions de travailleurs pauvres - percevant des salaires inférieurs à 600 euros par mois. Il y aurait en France de 1 à 2 millions d’enfants pauvres. L’INSEE a commencé de publier ses chiffres sur l’état de la pauvreté en France en 1990. Dans le volumineux dossier de l’INSEE Economie et statistique, consacré en 1997 à la pauvreté, l’institut en comptabilisait 5,5 millions. Dans l’un des articles de ce document, l’INSEE révélait que ce taux de 10% de pauvres en France était à peu près stable. En 2001, l’INSEE a ramené le taux de pauvreté à 6,1%. En quelques années, 30% de pauvres ont disparu de la statistique nationale.—joël jégouzo--.

en vignette, le Que faire ?, de Lénine.

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Crise financière : l’ophtalmologie de la peau de saucisson. Il y a un cadavre dans le placard de la République française -celui de la France d’en bas.1/3

19 Octobre 2009 Publié dans #Politique

Quelle nouvelle narration politique
rendra réellement justice du sort réservé au grand nombre ?
A moins que la misère du monde ne soit, aux yeux de nos élites, qu’une différence discursive ouvrant la voie aux manipulations textuelles de tragédies dont personne n’a rien à faire.


Le revenu moyen des ménages français est de 50 % plus élevé que celui des familles habitant les zones urbaines dites sensibles. La pauvreté est telle dans les Cités que « là-bas », la part des revenus inférieurs à 455 euros mensuels frappe, comme à Toulon ou Perpignan, 60% des ménages. Les 10 % des français les plus pauvres perçoivent 4 % de la masse totale des revenus. Les 10 % les plus riches en reçoivent 22,7 %. En y ajoutant les revenus du patrimoine, le déséquilibre est en réalité plus important. Sur le sujet, les plus récentes études de l’INSEE remontent à 1996. A une époque où le recul du chômage avait provoqué une hausse temporaire des revenus des ménages du bas de l’échelle (+7,8%). Depuis, les progressions les plus fortes des revenus ne se sont faites sentir que parmi les catégories les plus aisées : + 12,6 %, pour les 10 % les plus riches. 10% des français vivent avec des revenus inférieurs à 650 euros par mois. 40% avec moins de 1040 euros. Les cadres supérieurs gagnent deux fois plus d’argent que la moyenne des salariés. Mais les données de l’Insee excluent de leur enquête les avantages financiers accordés aux cadres : stock-options, primes, etc. Et ne tiennent aucun compte de l’effet de génération : les cadres sont généralement plus jeunes que les autres salariés. A âge équivalent, l’écart est gigantesque. Enfin, l’étude exclut de son champ le temps partiel, éliminant pour le coup le très grand nombre de femmes employées précairement. (Source : Insee, données 2003). Depuis 1990, la proportion de ceux qui partent en vacances stagne désormais en France, voire périclite. 4 français sur 10 ne quittent jamais leur domicile. 90% des cadres partent en vacances. En vacances, les plus modestes passent leurs nuitées en famille. Les cadres partent moins longtemps mais plus souvent, à l’étranger et séjournent à l’hôtel. Selon l’INSEE, employés et ouvriers partent aujourd’hui moins qu’il y a cinq ans, et nettement moins qu’il y a dix ans. 90 % des cadres sont en bonne santé. Les chômeurs, selon les études de la Sécu, ont une probabilité de près de 7% plus élevée qu’un actif de développer une maladie grave. A 35 ans, l’espérance de vie d’un ouvrier est inférieure de 6,5 ans à celle d’un cadre. Les ouvriers et les non-diplômés recourent deux fois moins aux spécialistes qu’aux généralistes. Le taux de recours aux spécialistes, en France, varie du simple au double selon que le ménage possède un revenu mensuel inférieur à 600 euros ou supérieur à 2000 euros. Les bébés de moins d’un an ne fréquentent le pédiatre qu’une fois sur trois consultations nécessaires dans un ménage d’ouvriers, contre une fois sur deux chez les cadres. Lorsque l’on se retrouve au chômage, statistiquement, on a trois fois plus de risques de décéder qu’un homme actif. Selon une enquête du Credes (1996-1997), 25% des chômeurs sont victimes d’une dépression, contre 13 % des actifs. 1/5ème des employés étaient en dépression lors de cette enquête, contre 10% de cadres supérieurs. Selon les études du CREDES, les ingénieurs vont plus souvent chez le dentiste que les ouvriers. La proportion de cadres supérieurs qui sont allés chez le dentiste lors de cette enquête est deux fois plus élevée que celle des ouvriers. le 21 mars 2004, pour la première fois depuis 1902, la France adoptait une loi de santé publique. Dans le cadre de cette Loi, la question des inégalités d’accès aux soins médicaux ne fut pas discutée. Pourtant, l’article 1er du projet de Loi relatif à la politique de santé publique, stipule que celle-ci «concerne la réduction des inégalités, par la promotion de la santé, le développement de l’accès aux soins et aux diagnostics sur l’ensemble du territoire». In extremis, lors du passage du texte au Sénat, le 14 janvier 2004, Jack Ralite, a demandé que soit ajoutée la formule : «et par la lutte contre l’ensemble des facteurs d’inégalités sociales de santé». Il a aussi tenté d’évoquer la réalité de la pauvreté dans sa commune d’Aubervilliers, dont certains citoyens «en étaient à un point tel qu’ils étaient comme hors santé ». Jean-François Mattéi lui opposa une fin de non recevoir, affirmant que cela pouvait mener les Comptes Publics à la catastrophe. L’amendement 276 a été rejeté par les sénateurs. La loi de santé publique limitait du coup son champ d’application au seul système de prévention et de soins. La France occupe le dernier rang en Europe pour les inégalités sociales. Le texte de Loi sur la Santé n’a pas force de Loi en France : il s’agit d’un simple référentiel, délivrant le sens général de l’esprit français en matière de santé. Parmi les «cent objectifs de santé publique» que se donne l’État dans ce document, un seul concerne «la réduction des inégalités devant la maladie et la mort ». Six autres portent sur la réduction des «troubles musculo-squelettiques». Aucun indicateur d’évaluation n’est mis en place pour mesurer les disparités devant la santé. La directive recommande de ne prendre en compte que « des résultats globaux». Selon le ministère de l’Emploi, près de 7 millions de français vivent aujourd’hui avec des minima sociaux. --joël jégouzo--.
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