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La Dimension du sens que nous sommes
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My Son : ruines du royaume Cham (centre Vietnam). Quelques images pour me délivrer de la vérité d’avoir été là.

13 Mars 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #essais

chamr1---copie.jpgUne centaine de kilomètres au sud-ouest de Da Nang.
Un peu moins par la Nationale 1, goudronnée sur une cinquantaine de kilomètres jusqu’à l’embranchement de My Son.
Le reste est empierré sur une dizaine de kilomètres, puis le voyage se poursuit sur terre battue, impraticable pendant la saison des pluies.


Mais à vrai dire, il est plus pénétrant d’y aller en partant de Da Nang en moto, par les pistes du nord : de Hoa Vang à Than My, puis Lang Ro, pour redescendre sur My Son en coupant par la montagne de Yang Brai.
La piste est somptueuse, jaune nuancée d’ocres rouges et de bruns aux tonalités soutenues. Elle coupe des villages de paille que peu d’occidentaux ont traversés.

Tous les dix kilomètres, un lac ou une rivière qu’il faut franchir sur un bac ou ce qui en tient lieu : des barques de paysans sur lesquelles il n’est pas commode d’installer son véhicule.
Des rivières larges comme l’embouchure du Rhône, la jungle enclavant l’impeccable géométrie des rizières. Et de loin en loin, d’immenses cimetières bouddhistes clairsemés de monuments multicolores.

rizieres---copie.jpgMy Son. La guérite du gardien et le panneau dérisoire de Mercedes Benz qui finance sans trop y croire la réfection des ruines. Une jeep, cinq kilomètres de jungle par des ravines défoncées. La solitude dès lors, le silence, absolu, d’un monde décampé.

Même lors du petit été –mars, avril-, la chaleur et le taux d’humidité sont tels que dès le troisième pas l’on suffoque. La rosée ne se lève jamais, recouverte en permanence d’une chape de nuages obturant la vallée comme un couvercle de plomb. Partout cette végétation épaisse, dense, impénétrable. Trois kilomètres à pied, un pont de liane et le décor sublime qui crève d’un coup les yeux. L’étonnement. Brutal. De trouver au cœur du Vietnam un lingam érigé en pleine nature, des statues de Ganesh et de quelques autres divinités hindoues.

deesse-cham---copie.jpgLes ruines du royaume Cham datent du VIIe siècle. Partout des cratères laissés par les bombes larguées des B52 -les ruines abritaient une base Vietcong. Les bombardiers américains ont tenté de raser la cuvette sans y parvenir. Mais ce n’est pas leur souvenir ou les traces qu’ils ont laissées qui retient le souffle : c’est cet étrange surgissement d’une masse de briques rouges envahies par le vert si intense de la végétation qui règne en virtuose sur ce monde (Henri Miller : "à la fin, l’herbe aura raison de tout").

Dans cette humidité pressante, la réfraction des couleurs est littéralement fantasmagorique ! C’est cela. Oui. Une fantasmagorie. Ce paysage. L’intensité de ses couleurs. La fantaisie d’une présence confuse, quasi spectrale. L’humain absent mais son humanité intrigant la nature au paysage plombé par cette mémoire étincelante, au paysage brusquement pénétré, révélé, ouvert à l'ouvert de l'homme pourtant disparu, au paysage soudain convoqué sous des espèces humaines.


Je vivais pourtant seul soudain, m’assurant malgré moi que tout être recommence le monde. Accueillant l’appel retentissant, achoppant là-bas contre la bute de jasmin, peut-être de ce secret mot d’ordre qui, selon Walter Benjamin, traverse l’univers.
Et malgré le ciel de plomb, ou plutôt l’absence de ciel -pas d’infini, plus d’infini quand surgissait autre chose dans cet Ici trop palpable-, traversant le regard à la nage, avec à l’autre bout du rivage une main tendue d’on ne savait quel abîme. Et puis, tenace, l’impossibilité de regarder ce dehors avec un grand regard d’animal (Rilke), éloigna de moi l’extrême lointain de cet univers dans lequel je ne parvenais pas à prendre pied.

chamr2---copie.jpgPourtant je crus un instant vivre dans son arrangement sublime, comme si l’accès m’avait été livré d’un coup et comme par soustraction, à cette sorte de sérénité que dépose parfois en nous la vie "naturelle", cette douceur "nue" de la vie comme zoê (Aristote), cette vie que le monde classique a exclue de la Polis, surgie en moi par on ne sait quel détour et comme si cette vie nue avait pu m’atteindre enfin pour m’inviter à glisser vers "l’obscurité où meurent les métaphores" (Claudio Margis). Mais l’instant ne tint pas. Je fis quelques images pour me délivrer da la vérité d’avoir été là.
—joël jégouzo--.

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L’ETERNEL RETOUR AU VOYAGE…

12 Mars 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #entretiens-portraits

Ki_no_Tsurayuki_2.jpgLE VOYAGE EST-IL LE VRAI LIEU DE L’IMAGE ET DE LA LITTERATURE ?
COMMENT LE THEMATISER A PARTIR DE L’EXPERIENCE JAPONAISE ? (2/2)

Diplômé de l’université de Kéio,  ancien élève de Susumu Ohno, spécialiste de littérature japonaise médiévale, Ryozo Hiyama,  linguiste, sociologue, a intégré le groupe de recherche «Morphologies», de l’EHESS.






jJ : Le voyage est-il le vrai lieu de l’image ou de la littérature ?
Ryozo Hiyama : Il existe une littérature écrite en langue Kana, système japonais basé sur 50 syllabes phonétiques, qui s’est développée très tôt à côté du système chinois, intégré comme écriture du pouvoir et des hommes. Or le premier texte écrit en Kana est un récit de voyage. Ecrit au Xe siècle par Kino Tsurayuki, il l’a été sous un pseudonyme de femme : les femmes n’avaient pas le droit d’écrire dans l’idéogramme chinois. Cette écriture a donc trouvé l’une de ses premières grandes expressions dans le récit de voyage d’un homme déguisé en femme… Certes, avant l’écriture "kana", le recueil de Manyôshû,  compilé au début du VIIIe siècle, évoquait déjà le voyage. Mais associé à la privation : «J'ai laissé ma femme chez moi /  abaissez la montagne / car je veux voir ma femme».

jJ : Mais pourquoi justement un récit de voyage ?
Ryozo Hiyama : Dans ce type de récit, la question de la perception est au centre. Il n’y a pas de conceptualisation : Tsurayuki ne fait pas œuvre de géographe, il s’inscrit dans la perception du moment. On ne peut construire le concept tant qu’on est en contact avec l’inconnu. Car cet inconnu n’entre pas dans le système du concept, qui se construit dans la familiarité, donc dans l’après-coup du retour. À l'époque où Tsurayuki écrit son journal de voyage, qui décrit le retour à la capitale Heian (Kyoto), une autre œuvre littéraire liée au voyage fut écrite, en kana aussi, vers 905 : "le conte d'Isé". Son héros, Ariwara Narihira, issu de la famille impériale, est écarté du pouvoir. Son voyage commence ainsi : «Il était une fois un homme qui avait décidé de partir en voyage vers l'Est, loin de la capitale, considérant son existence comme inutile.»  Il met en scène le paradoxe de la distance : plus il s'éloigne de la capitale, plus est présente son image. Présence imagée produite par l'absence du réel. Ce décalage entre distances objectives et subjectives n'est-il pas à la fois le propre de l'image et celui du voyage ?

jJ : Et le lien avec la littérature ?
Ryozo Hiyama : C'est aussi sans doute ce paradoxe qui nourrit la littérature japonaise. Il s'agit toujours de privation, le fond nostalgique du voyage est inchangé. Mais à l'époque de Manyôshû, l'absence restait absence, alors que chez Narihira, l'absence est présence sur un mode imaginaire. Notre héros compose d'ailleurs le poème d'un amour avorté : "La lune se cache : le printemps n'est plus le printemps d'autrefois, alors que moi, je reste inchangé." Mais le moi de Narihara est-il réel ? N'a-t-il pas inventé le moi inchangé en image ? Ce paradoxe fut reconfiguré au XVIIe siècle par Bashô, qui introduit le quotidien et l'historicité dans le voyage, pour inventer un autre paradoxe : l'éternel dans l'éphémère du quotidien. Le voyage devient la vie : la richesse comme effet de la privation. Or une nouvelle image du voyage est introduite au XVIIIe siècle : touristique si l’on peut dire -ou profane. On y pense moins en termes de privation que de richesse des spécificités régionales. Ainsi, le thème du voyage n'est pas seulement lié à la gestation de l'écriture japonaise : il revient toujours  avec le polymorphisme qui lui est propre. Je serais ainsi tenté de parler de l'éternel retour au voyage.
--Propos recueilli par joël jégouzo--.

Images : Kino Tsurayuki, tirée d’une série de peintures des « 36 poètes immortels », anonyme, Xème siècle, Musée Guimet, Paris.
Ki no Tsurayuki (紀貫之), 872 - 945. L’un des plus important rédacteur du Kokin Wakashū.
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LE VOYAGE EST-IL LE VRAI LIEU DE L’IMAGE ET DE LA LITTERATURE ? COMMENT LE THEMATISER A PARTIR DE L’EXPERIENCE JAPONAISE ? (1/2)

11 Mars 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #entretiens-portraits

basho.gifDiplômé de l’université de Kéio,  ancien élève de Susumu Ohno, spécialiste de littérature japonaise médiévale, Ryozo Hiyama,  linguiste, sociologue, a intégré le groupe de recherche «Morphologies», de l’EHESS.






jJ : Comment thématiser la question du voyage à partir de l’expérience japonaise ?
Ryozo Hiyama : D’un côté il y aurait le voyage comme la recherche de son image dans un pays lointain, inconnu, qui n’est effectué bien souvent que pour confirmer cette image, et de l’autre, loin d’elle, la confrontation avec une réalité qui n’a pas encore d’image. Ce qui implique l’idée du chemin qu’on parcourt. En japonais il existe un mot pour cela : Tao Michi, qui signifie le chemin, mais comme lieu. Pour l’occident, le chemin n’est pas un lieu, mais le moyen d’aller d’un lieu à un autre. Différence énorme, puisque le moyen devient but au Japon. Du coup, ce qui importe, c’est de savoir comment marcher. Arriver à sa destination n’est pas important : le voyageur japonais ne marche pas droit, il zigzague : il vit le chemin.

jJ : Comment ?
Ryozo Hiyama : Matsuo Basho, poète «itinérant» du XVIIe siècle, voyageait pour écrire. Il pratiquait une poésie faite en groupe : le Maître commence, des disciples développent un thème proposé, le Maître poursuit en le changeant… Basho partait sur des sites connus et proposait d’affronter leur aura. Il construisait une tension entre cette image et ce qu’il vivait à ce moment, comme Autre de la temporalité. Basho a ainsi perçu l’infini autrement que Pascal ... C’est cela, le voyage : non seulement un déplacement dans un espace historique, mais une temporalité surgissant de côté. C’est quelque chose d’essentiel, ce rapport entre conscience de l’historicité et poids du moment du déplacement.

jJ : Vous établissez un rapport très net entre voyage et image…
Ryozo Hiyama : C’est à travers l’image que tout commence. L’image relie le connu à l’inconnu. Mais cette liaison se fait dans un clair-obscur. Ce n’est pas tout à fait clair parce qu’on ne connaît pas le lieu où l’on va, ni tout à fait obscur parce que sinon, on n’irait pas ! Entre l’image et le voyage il y a ainsi un certain isomorphisme, longtemps rejeté par la pensée occidentale.

jJ : L’occident n’aurait fait que projeter ses images sur des lieux visités ?
Ryozo Hiyama : La modernité a deux aspects : elle cherche la clarté et découvre le clair-obscur. Qu’elle réserve aussitôt à la poésie. Au XVIIIe siècle, Hiro Shige a dessiné Eido, la cité de Tokyo. Le tourisme est devenu une passion japonaise à la même période. Hiro Shige dessinait chaque quartier dans une sorte d’itinéraire touristique. Ce qui m’intéresse là, c’est qu’on assiste à la construction d’un point de vue, mais dans la liberté de ce que l’on voit. En occident on construit le concept de ce qu’il faut voir, au Japon, on façonne la perception. C’est une grande différence ! On indique dans le point de vue un cheminement possible du voir, mais pas ce que l’on voit. La mise en valeur de la perception au Japon ne pouvait que s’accompagner de la valorisation du voyage. En occident la question de la perception a été laissée dans la nature. En réalité, la perception est d’abord culturelle. Elle est à la fois culturelle et primitive. C’est cela que les japonais ont inventé : les techniques de perception, le faire percevoir comme on veut.
--Propos recueillis par joël jégouzo.--


Basho Matsuo (1644 ~ 1694), fut le premier grand poète de l'histoire du haïkaï (et du haïku). Il commença par écrire des hokkus, sur le mode de la plaisanterie, avant de leur attacher une plus grande importance et de se pencher sur l’esprit du haïkaï, sous l’influence Tchouang-tseu, « philosophe » chinois du 4e siècle av. J.-C., soutenant que la valeur véritable ne pouvait s’établir que dans l’inutile, sinon le futile.

Plan : la structure en spirale de Edo.
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LE ZEN DANS L'ART CHEVALERESQUE DU TIR A L'ARC

10 Mars 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #essais

tirarc.jpgBras tendus au-dessus de la tête, de l'extrémité de l'arc, quelque chose s'en va percer le ciel, tandis qu'à l'autre bout un fil de soie vibre.
Du sein de ce "devenir rien" de l'archer, dont on ne sait où il se trouve exactement dans ce dispositif pourtant simple, un événement a surgi, comme un éclair, qui fonde en lui sa propre essence.
Le satori s'offre comme oubli de soi où s'intégrer à l'événement qui surgit.
Etrange mouvement fondateur de la surrection, qui n'est pas sans faire écho à cet énigmatique moment du cogito cartésien où le "Je" fait surrection sur fonds de panique, et ne trouve à fonder son essence que dans cette volte, sans parvenir jamais à s'assurer de lui-même, sinon de l'instabilité de cette volte.

Les éditions Dervy ont réédité ce grand classique de la culture Zen. Un livre séduisant, écrit comme le témoignage d'un occidental qui a voulu partager son expérience de la mystique japonaise de l'art sans art. Loin de toute rhétorique initiatique, cet ouvrage se lit comme un récit d'apprentissage. Il ne s'agit cependant pas d'une sorte de guide de la vie bienheureuse. Aucune réponse n'est apportée à la question de savoir ce qu'est le Zen, dont les processus, incompréhensibles en eux-mêmes, sont pourtant entièrement saisissables. L'auteur, avec une grande simplicité, a tenté de nous décrire ses doutes, ses échecs, ses découvertes ou ses succès, et réussit à nous rendre intelligible une expérience qui reste fort étrangère à notre culture.--joël jégouzo—



Le zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, de
Eugen Herrigel, éd Dervy, Collection : L'Etre et l'Esprit, novembre 1998, 131 pages, 9 euros, ISBN-13: 978-2850769313.

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HAÏJINS JAPONAISES, Anthologie : DU ROUGE AUX LEVRES

9 Mars 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #poésie

rougelevres.jpgUne anthologie… qui plus est dans ce format et chez un «grand» éditeur, ce n’est généralement pas bon signe : c’est un  peu ce que l’on publie lorsque l’on ne sait plus quoi publier, ou que l’on veut se débarrasser d’une équipe gagnante…

-Parfois / Des canards mandarins / veulent être seuls-…

Une anthologie de poésie japonaise qui plus est, la forme du Haïku tant et tant balisée, divulguée, banalisée, ne devrait pas réjouir plus que cela. Mais une reprise en poche tout de même, comme pour offrir à portée de main un voyage à grand pas au cœur d’une histoire trop longtemps mineure de la poésie japonaise : celle des femmes, tant l’art du haïku passa presque entièrement dans nos esprits sous la plume des hommes.
Un art donc, auquel ces femmes n’ont pu se consacrer que tardivement, laissant entrer leur quotidien stipendié dans une scansion par trop officielle. Soucis domestiques, émoi des enfances contiguës, une sensibilité peu parcourues en somme, où la cause des femmes japonaises rejoint celle des occidentales – un quotidien brossé de souffrances éparses, voire le plain-chant rêche des amateur(e)s sous les gravats radioactifs.
--joël jégouzo--.

La jeune fille souriait ce matin.
Ses habits d’été sont maintenant
Imbibés de sang.

(Nagasaki, Sueko Yoshida)



Du rouge aux lèvres : haïjins japonaises , Edition bilingue français-japonais, étalie et traduites (du japonais) par Makoto Kemmoku et Dominique Chipot, Points Seuil, coll. Points Poésie, février 2010, 270 pages, 7,50 euros, isbn : 978-2-7578-1632-5
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SUKKWAN ISLAND, de David Vann

8 Mars 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #en lisant - en relisant

sukkwan.jpgRoy, treize ans. Et son père.
Lui et son père.
Seuls au milieu de la forêt, des ours, du froid polaire.
Perdus, littéralement, quelque part sur une île du sud de l’Alaska où Jim, le père, a entraîné le fils dans une aventure qui aurait dû leur prendre une année entière.
Une initiation, une quête, l’espoir de se retrouver, d’apprendre à vivre de nouveau.
Roy et son père.
Un père qui ne sait pas, n’a jamais su.
Un père qui pleure la nuit.
Un père défaillant, fragile.
Un père qui s'embourbe en lui comme dans un monde désolant, improvisant leur vie au cœur d’une nature hostile, où l’on ne peut rien improviser. Un père qui joue à mourir, à aimer, qui se confesse sans pudeur à son fils, incapable de lui parler la langue des pères sans parvenir à lui parler celle des fils et qui se hisse sur les épaules du fils pour l’écraser de tout son poids de désespérance. Un père chevillé à son fils dans le grand nulle part des âges, la confusion des générations soudain imbriquées pour le pire à l’écart du monde. Huis clos, certes, mais sans la ligne de fuite d’un face à face interdit au fils par la conjuration de ce père plongé dans l’immanence de ses déroutes. Emphatique, à dramatiser et mettre en scène ses abaissements, jusqu’à tendre au fils le revolver dont il n’a su tirer sa délivrance, dans un geste doucereux, et que le fils retourne contre sa tempe.
Ô l’étrangeté absolue de ce roman ! Roy s’est tiré une balle dans la tête. Roy ne s’est pas suicidé : il s’est tiré dans la tête la balle que son père n’a pas osé tirer dans la sienne. Ensuite la dérive du père. Tantôt fou, tantôt rusé. Jamais lucide. Le père heurté cependant enfin par quelque objet tenace, la mort de son fils le réconfortant, en un sens, car elle l’arrime enfin au monde dont il a décroché. Roy, au fond, n’était-il pas venu sur l’île pour tenter de sauver son père ? Ce père exaspérant, seul lieu d’une vie trop courte pour avoir pu dresser les contre-feux disputés à l’aulne d’une existence à peine contractée. Et puis la nature derrière tout cela. L’impossibilité d’y vivre dans une pure immanence. Quel singulier roman au sein d’une maison d’édition dédiée au Nature Writing, convoquant ici toute l’étrangeté du monde naturel où rien ne semble plus pouvoir tenir de ce qui est humain, pas même après une lutte âpre, parce que les choses n’y sont que d’être, de toute éternité, ce qu’elles sont loin de nous.
–joël jégouzo--.


Sukkwan island, de David Vann, Traduit de l'américain par Laura Derajinski, Editions Gallmeister, Collection NAT WRITING, 7 janvier 2010, 212 pages, 21,70 euros, ISBN-13: 978-2351780305.

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SYLVIA, DE LEONARD MICHAELS, rentrée littéraire janvier 2010.

20 Février 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #en lisant - en relisant

sylvia.jpgUne critique unanime, unanimement dithyrambique. Mérité.


1960. Michaels est pris de passion pour Sylvia Bloch. Ils ont vingt ans, lui beaucoup plus, elle un peu moins. Vingt ans tout de même : cette manière d’être en chemin de soi dans le monde, encore. Ils ont l’âge des équilibres précaires. Lui n’a pas terminé sa thèse et se lance à corps perdu dans l’écriture, raturant, griffonnant, revenant sans cesse aux mots qui lui résistent, tandis que Sylvia s'allègue fiévreusement dans ces années de frénésie généralisée. Ils s’installent à New York. Dans le Village, on trouve encore des vieilles qui crient en italien d’une fenêtre l’autre, et par la fenêtre de leur piaule minable, ils aperçoivent l’Hudson River ou les falaises du New Jersey, ou le désordre brutal qui travaille la ville.
Sylvia, lourde crinière noire. Yeux noirs. Long cou fin. Son exotisme est foudroyant. Est-elle belle ? Au delà de toute beauté. Fin de l’été 60, ils s’installent donc ensemble. Déjà l’un avec l’autre comme de toujours. "Cette histoire a commencé sans début", note Leonard dans son Journal. Car il tient un journal, très vite, dans lequel il note les tumultes de cette passion, ses égarements, ses excès.

Sylvia est brillante, ses parents viennent de mourir. Non : il ne faudrait pas la réduire à cette mesure. Sylvia est brillante. Elle s’en fiche et vit le contraire. Ils se disputent épouvantablement. Tous les jours. Sous n’importe quel prétexte. Pour se construire, peut-être, un espace de rage où tenir. Corps à corps frénétique. Sylvia est véhémente. D’une véhémence que rien ne peut soumettre : celle de l’Autre. Tandis qu’autour d’eux la grosse Pomme trépide. Charlie Mingus, Mile Davies, les débuts de l’héroïne, de la coule, de l’étrangeté d’être en vie dans les années 60… Sylvia décline sa vie en latin, en grec. Homère. Virgile, son poème : Plaine fumantes de poussières. Dans les affres de son hystérie, elle trouve toujours le temps d’une pause et d’un rien d’élégance froide. Sa demande d’amour demeure pourtant exorbitante : la véhémence de l’Autre. Bien qu’elle ne soit pas dupe de sa comédie. Mais New York en ce temps-là est comédie, Kennedy flirtant avec des actrices de cinéma, Ornette Coleman "éviscérant" le jazz… Tout y est fringant. Il faut donc l’être -tandis que les français brimbalent, entre Staline et Sade. Bientôt Kerouac entre dans leur entourage, puis Ginsberg et la marijuana. Et l’époque tout entière, dans son injonction la plus arrêtée : rien n’existe plus en soi, tout doit relever d’un sens caché. Le paradigme linguistique officie désormais, structurant et la Connaissance et l’émotion du monde, de soi – et accessoirement il nourrit, abreuve, sature la paranoïa de Sylvia tant les sixties l’imposent.

Alors au terme de cette aventure, Leonard vagabonde dans les couloirs d’une fin qui le sépare de lui-même. Dire que les pages sont belles ? Que l’écriture est forte ? Cela n’a pas de sens. C’est superbe. Subsumant toute réalité pour la soumettre à la seule nécessité d’une écriture mûrie pendant trente longues années. La vie évanescente, saisie enfin dans la mort disparue. Un journal mais autre chose, une autobiographie mais autre chose, un récit, un roman et plus que le roman, moins pénétré par le réel d’une culpabilité équivoque que par l’absence d’un Discours qui aurait pu, jadis, porter secours à l’un et l’autre : il n’y avait pas de discours pour dire Sylvia, et surtout pas celui de la psychanalyse bientôt triomphante. Mais tous l’ignoraient, à commencer par Sylvia qui ne pouvait que le chaos de sa geste imparfaite. Il n’y avait pas de Discours. Pas même celui de la confusion des sentiments, pas même celui du dérèglement des sens, juste la nécessité, à trente ans d’intervalle, de la chose achevée et de son lieu aujourd’hui : l’écriture.—joël jégouzo--.

 

Sylvia, de Leonard Michaels, traduit de l’américain par Céline Leroy, éd. Christian Bourgois, janvier 2010, 17 euros, ISBN : 9782267020618.

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LE GRAND LOIN, DE PASCAL GARNIER, rentrée littéraire de janvier 2010.

19 Février 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #en lisant - en relisant

Le-grand-loin.jpgMarc connaît Agen. Enfin : il y est passé.
Et dans les repas mondains, c’est à peu près tout ce qu’il trouve à dire.
N’ayant rien à faire la plupart du temps, il se contente d’être.
Mais à plus de soixante ans, qu’être ?
Alors Marc se met surtout à s’absenter, à s’absorber dans la contemplation des grands loin(s) qui bordent nos vies, penché au-dessus du parapet d’un pont d’autoroute, à contempler le flux des voitures surgissant de nulle part.
Ou bien il habite un monde minuscule : le tapis du salon, quelques infimes débris domestiques.
Un jour il s’arrête devant une animalerie.
Il achète un chat. Vieux. Malade.
«J’ai acheté un chat».
Gros, vieux, amoché.
Tandis que sa femme, Chloé, continue de meubler sa vie comme un espace. Là-bas. Loin.
Il songe alors qu’au loin, tout est différent. Sûrement. Incomparable. Alors qu’Ici, tout est vrillé. Une seconde idée lui vient, après celle du chat : le Touquet. Aller au Touquet. Avec sa fille Anne. Pour lui offrir quelque chose de… Différent, peut-être. Quelque chose d’autre que son hôpital psychiatrique. Au Touquet, il y a la mer, quand même. Elle monte, elle descend.
Et puis rien d’autre, découvrent-ils en compagnie du chat Boudu. Sinon un jeune barman de l’hôtel. Désiré. Anne veut que son père paie Désiré pour qu’il couche avec elle. Marc offre cinq cent euros au barman. Et puis tout s’enchaîne vraiment : Marc ne veut plus rentrer, ni sa fille. La virée tourne à la cavale : reste Agen. Go to Agen. Où tout commence et où tout fini.
Mais ils n’entreront pas dans Agen. Ils s’arrêteront juste devant. Pour atterrir dans une caravane sans confort. Des semaines. D’un rêve innocent poursuivi sauvagement. La vie au paradis. L’insignifiance poussé à la perfection. Avec tout juste assez de réel pour faire qu’on existe. Marc s’y heurte. Bêtement. Il se blesse sur une pointe rouillée. Son doigt s’infecte. Devient tout noir. Il pense qu’il faut le couper. Anne le lui coupe. A vif. Le monde est effarant. Il est resté plus grand que nous. Sans retour possible. De quoi revenir du reste? Revient-on de vieillir ? Revient-on de mourir ? Revient-on de trop de solitude, de tout ce vide entre les corps ? Il y aurait peut-être une solution : faire comme si rien ne s’était passé. Désiré, le pizzaïolo brûlé vif dans sa caravane, le doigt coupé, Anne suffocant d’une implacable hystérie. Des histoires. Une histoire. Rien.  Non : une histoire, juste une histoire. Il ne s’est rien passé d’autre que cette histoire superbement écrite. Celle d’une dérive infinie, sur place : celle des mots où tout ordre échoue à être.
—joël jégouzo--.


Le Grand Loin, de Pascal Garnier, éditions Zulma, janvier 2010, 158 pages, 16,50 euros, ISBN-13: 978-2843044984.
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DE LA REALITE DES AMERIDIENS AUJOURD’HUI.

18 Février 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #IDENTITé(S)

chantduloup.jpgHommage à Howard Zinn, qui ne fut peut-être pas le premier, mais l’un des plus déterminants à ranimer cette mémoire améridienne, ensevelie ici sous des tonnes de mensonge, là sous des tonnes de culpabilité.
Hommage comme une parenthèse ingénue qui révèle pourtant, brusquement, page après page, la stupéfiante beauté d’un texte qui finit par vous prendre à la gorge.

Tom est de retour dans la vallée qui fut jadis le territoire de sa tribu. Son oncle, un vieil indien que tout le monde prenait pour un fou, vient de mourir dans les bois où il s’était enfoncé après avoir tiré sur les engins de terrassement venus détruire son pays. Mais personne ne comprend ce retour. Il faut dire que Tom est très peu indien après son passage dans les universités californiennes. Partout, il ne rencontre que l’hostilité ou l’incompréhension.
C’est que tout disparaît patiemment dans ce coin paumé du nord des Etats-Unis : après les indiens, au tour des bûcherons de périr - il n’y a plus assez d’arbres pour les faire vivre. Ultime projet pour maintenir un semblant de vie, l’exploitation d’une mine de cuivre, dont une grosse société a racheté les droits avec la complicité de l’état fédéral et ce, malgré la promesse de ne pas toucher à la réserve.

pays-de-sombres.jpgAvec obstination, accablé par le souvenir du vieil homme qui l’a éduqué, Tom ne veut en démordre. Il ne sait plus rien des lignes de crête où l’on chassait le gibier jadis, mais il veut rester là, à faire l’indien sans même savoir ce que c’est que de l’être. Ce faisant, il nous livre une superbe méditation sur la disparition d’une civilisation dont nous n’avons conservé que des images falotes, se demandant, dans ses accès de désespoir, si ce n’est pas des idioties toutes ces histoires d’initiation, d’esprit du loup, de Grand-père corbeau occupé à déchirer l’écorce d’un cèdre rouge pour la transformer en corde. Il songe aux expéditions avec son oncle dans les vieilles futaies, à cette biche qu’ils avaient tuée et dont ils avaient fait offrande de ses os à la rivière. Peut-on vraiment croire encore à ces histoires ? Et si l’on veut y croire, dans quel langage parler ce monde lié à la magie ? Dans cette réserve si fragile, abandonnée de tous, Tom s’irrite d’ignorer à ce point ce que c’était que d’être indien avant l’arrivée des blancs.
L’enterrement de son oncle est l’occasion d’un chapitre absolument bouleversant, ouvrant par-delà la symbolique d’un univers recouvert de ronces à l’abandon du monde, le nôtre, errant dans le vide de son absolu manque de foi. Peinture subtile d’une société en décomposition, la nôtre plus sûrement que celle, disparue, des indiens d’Amérique. Peinture accablante d’une Amérique qui a tellement travaillé son image des indiens montant à cru leur monture et défiant l’homme blanc, qu’aucun indien ne sait plus exister en dehors de cette image, si réductrice quand leurs peuples comptaient une telle diversité, une telle richesse de coutumes et de cultures. Gommés par cette image, ils sont devenus, à l’exemple de Tom, irréels. Un chant peut-être, à peine, un rêve, ou le surgissement d’une voix ténue, celle de Louis Owens précisément, indien lui-même en quête de son histoire et de sa langue. Et si Tom découvre qu’on n’est plus guère indien de nos jours que socialement, stigmatisé dans une marginalité économique partagée par tous les exclus, qui sont légion en Amérique, ce n’est pas pour s’enfermer dans cette découverte mais tenter de la surmonter dans la quête incessante des objets dont cette langue se nourrissait : essentiellement ici les pentes des grands glaciers du nord de l’Amérique. C’est alors, mieux que la disparition d’un monde naturel, l’évocation de la naturalisation d’un monde que nous offre Louis Owens. Un roman certes noir, mais dans la digne tradition des poète transcendantalistes américains, d’un Thoreau par exemple, capable d’écrire sur la nature des pages d’une époustouflante beauté, comme seuls les poètes américains savent les écrire semble-t-il. Louis Owens compose ainsi une ode effectivement superbe à la nature, enfouie elle aussi, recouverte, énucléée par la civilisation occidentale. Une nature dont rien n’a survécu. Car s’il existe encore de vrais loups, il n’y a plus d’indiens pour leur donner vie.
Sur le sentier de sa guerre, Tom commet un attentat en forme de geste désespéré, contre le chantier en train. Pourchassé, il s’enfonce dans la forêt, gravit les glaciers pour s’ouvrir enfin, dans cet ultime combat, à son identité recouvrée : l’esprit du loup font sur lui dans une superbe vision, au moment où le lecteur s’y attend le moins, lui offrant une symbolique d’une incroyable force : c’est tout l’acte d’écrire qui prend forme ici et récupère sa beauté, son souffle, sa vraie nature.
—joël jégouzo--.


Howard Zinn est mort le 28 janvier 2010. Militant depuis toujours, universitaire engagé, il travaillait la mémoire d’une Nation plutôt que celle d’un Peuple, très peu unanime au demeurant, et moins encore celle d’un Etat. Son Histoire populaire des Etats-Unis, publiée en 1980, connut un succès énorme, partout dans le monde, sauf en France, où elle fut boudée par les «grands» éditeurs pourtant pourvoyeurs d’opinion, pour ne connaître qu’une publication quasi militante, aux éditions Agone.


Le Chant du loup, de Louis Owens, Editions 10/18, Domaine Etranger, septembre 1999, 298 pages, ISBN-13: 978-2264026484

Le pays des ombres, de Louis Owens, traduit d el’anglais (américain) par Pierre et Danièle Bondil (Traduction), 10/18, Collection : Domaine étranger, oct. 2009, 398pages, 7,40 euros, ISBN-13: 978-2264038968.

Même la vue la plus perçante, de Louis Owens, Albin Michel, coll. Terre indienne, nov. 94, 350 pages, 19,80 euros, ISBN-13: 978-2226075086.
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UNE AUTRE HISTOIRE DE L’AMERIQUE…

17 Février 2010 , Rédigé par texte critique Publié dans #IDENTITé(S)

histoire-populaire-lempire-americain-L-1.jpegSélectionné pour le prix du festival de la BD d’Angoulêmecette année, Vertige Graphic a publié un objet éditorial tout à fait passionnant, autour d’Howard Zinn et de sa relecture mordante de l’histoire américaine.

Une autre histoire de l’Amérique donc, cette terre qui immola sans état d’âme ses enfants. Une histoire scandée par des milliers de massacres, de celui Wounded knee à ceux perpétrés lors de l’invasion des Philippines. Une histoire que l’on peine à suivre sans haut le cœur, interdisant à tout jamais de ne l’entendre contée que sous les espèces d’une conquête héroïque d’un territoire vierge, ou mieux encore, sous celles d’une progression constante vers la démocratie, le summum étant qu’aujourd’hui les Etats-Unis se sont arrogés le droit d’être le seul pays à pouvoir prendre en charge moralement, politiquement et économiquement le monde !

Une histoire dont ne sont présentées ici que les idées les plus pertinentes du grand historien, mais avec quelle force, mêlant le trait du dessin de BD aux images d’archives, avec pour fil conducteur un personnage incarnant Howard Zinn en conférence, reprenant, inlassablement, sa dénonciation du modèle américain dominant.

L’ouvrage s’ouvre sur les attentats du 11 septembre et l’interpellation d’un Bush ré-articulant à l’occasion le vieux modèle de pensée américain, alors que les invasions de l’Irak et de l’Afghanistan sont tout sauf circonstanciés, et relèvent en réalité d’un schéma constant du comportement des dirigeants américains, enracinant avec une continuité rare leurs décisions dans la doctrine Monroe (1823).

black.jpgDe ce livre foisonnant, on retiendra le passage si poignant de l’extermination des Indiens. 1890, le massacre de Wounded Knee, point culminant de 400 ans de violences. L’armée avait été envoyée au prétexte d’empêcher les Sioux de pratiquer leur danse des Esprits. Mais après avoir encerclé leur chef Big Foot et obtenu de ses hommes leurs armes, elle s’était livrée ensuite à une vraie extermination de masse, assassinant hommes, femmes, enfants, abandonnés sur les lieux mêmes de ce supplice une année durant, avant qu’en 1891 une équipe de civils fût dépêchée sur les lieux, moins pour les ensevelir dignement que les faire disparaître, chaque civil touchant 2 dollars par cadavre exhumé et jeté dans ces fosses communes qui n’ont cessé de jalonner l’histoire de la plus prometteuse des nations occidentales.—joël jégouzo--.

 

Une Histoire Populaire de l'Empire Américain, d’après Howard Zinn, mise en image par Mike Konopacki et Paul Buhle, éd. Vertige Graphic, 27 août 2009, 288 pages, 22 euros, ISBN-13: 978-2849990766.

 

Déplorons qu’il n’existe pas de traduction française du livre du sioux Oglala : Black Elk Speaks, datant de 1932 et relatant le massacre, Oglala en étant l’un des rares survivants.

 

Black Elk Speaks : Being the Life Story of a Holy Man of the Oglala Sioux, de John G. Neihardt, University of Nebraska Press, novembre 2004, 3rd Revised edition, 320 pages, ISBN-13: 978-0803283855.

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