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La Dimension du sens que nous sommes
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LE LIVRE, HISTOIRE DE LA LECTURE ET DES LECTEURS (au seuil des sociétés sans livres).

12 Janvier 2010 Publié dans #LITTERATURE

lectureDans le même temps où l’on créait en France, en 1959, un Ministère de la Culture, les élites intellectuelles et politiques s’inquiétaient de l’apparition d’une culture de masse...
Elle découvraient, effarées, l’existence de cultures hétérogènes, porteuses de valeurs qui pouvaient être antagonistes au sein d’une même société, voire d’une même classe ou d’un même groupe. Quoi, dans ces conditions, de la fonction sociale de la lecture ?

De Sartre à Barthes, revint comme un credo l’idée qu’il existait deux types de lectures, l’une intensive, l’autre extensive.
La première prétendait relever d’une démarche quasi philosophique, tandis que la seconde se voyait rejetée, non sans mépris, dans l’ordre du romanesque. La question du lecteur, évidemment, ne se posait qu’à l’intérieur d’une configuration intellectuelle qui le dépouillait de toute pertinence quant à l’évaluation de son acte. Il y avait des bons et des mauvais lecteurs, il fallait éduquer les derniers…
Il y aurait donc une pratique cultivée de la lecture qui serait la vraie, à laquelle s’opposerait une pratique populaire...
Faguet ouvrit tout de même une brèche dans ce moralisme indigent, en affirmant qu’il n’y avait au fond que des livres, introduisant des modalités de lecture différentes.

Le livre justement, depuis les années 1960, est devenue une valeur consensuelle. Il ne l’a pourtant pas toujours été : au XIXe siècle par exemple, on pensait que le peuple lisait trop. Et de nos jours, seule une infime minorité d’intellectuels essaient de penser vraiment les conséquences de l’abandon des valeurs d’une civilisation fondée sur le livre et la lecture (Sloterdijk). Non sans raison, ils montrent que la lecture lettrée n’est plus le paradigme de la culture. Sa valorisation inconditionnelle, assortie d’une inquiétude sociale pour les non-lecteurs, n’est devenue un thème politique qu’à partir des années 1950.

Qu’exprime donc la lecture dans nos sociétés ? A travers son «universalité», tente-t-elle de reformuler une sorte de religion d’après la religion ? La mort de Dieu aurait-elle impliqué l’assomption du Livre ? Tout se passe en effet comme si les critères de la valeur littéraire, en se substituant aux critères de moralité, remplissaient la même fonction… Quand on ne parle pas tout simplement de lien social. Mais la lecture est-elle vraiment le lieu du lien social ?

Anne-Marie Chartier et Jean Hébrard n’ont pas répondu à ces questions. Ils en ont construit les fondements. Ce n’est déjà pas si mal… Leur immense travail décrit ainsi une pratique qui peu à peu s’est inscrite dans la sphère privée, alors qu’elle relevait pour l’essentiel de phénomènes sociaux. Histoire politique, sociale, culturelle, ils nous éclairent sur les modèles qui se sont disputés ses enjeux. Trois, essentiellement : catholique, républicain et celui d’un corps voué à son «administration» : celui des bibliothécaires. Au fil du temps, les parentés des deux premiers s’établissent clairement : la lecture relève de la formation morale, critique, intellectuelle, voire civique de l’individu. Face à cela, les bibliothécaires mirent en place un discours paradoxalement plus «consumériste», et inventèrent l’idée de lecture comme aventure personnelle. C’est cet horizon qui paraît triompher dans nos sociétés, y compris dans le monde scolaire, où la lecture est devenue, peut-être à l'excès, moyen et non fin.

Le Livre introduit aussi directement à une certaine idée de la société. Les humanités classiques, dont il constituait l’assise, maintenaient l’idéal d’un monde humain fictif construit sur l’idée d’une société unanime et centrée. A l’heure où nous découvrons qu’il pourrait exister une culture sans littérature, quels enjeux la lecture peut-elle représenter ?
joël jégouzo--.

Discours sur la lecture (1880 – 2000), Anne-Marie Chartier, Jean Hébrard, éd. Fayard / Bibliothèque du Centre Pompidou, 762 p., août 2000, 29 euros, ISBN-13 :  9782213607351


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POESIE ANDRE GAIN : PAR LA FENETRE INSOUMISE...

1 Janvier 2010 Publié dans #poésie

 3394610357_54bda532b0.jpgLe repos des becs luisants

Sur les murs éblouis de souffles

Molle croix ondulante

Rivière au ciel geyser

La musique est subtile – qui songe aux phénomènes ?


Les femmes espagnoles se suspendent aux grilles

Et font choix du sublime postées dans la nuit

Que des chevaux éclatent.

Publié dans la revue L’Art Contemporain Kilomètre O, cote BNF FN14608, format 30x40cm. Rédaction : 21, rue Valette, Paris 5eme. Imprimé en avril 1929 sur les Presses de l’Imprimerie de la Société Nouvelle d’Editions Franco-Slave, Paris, 32 rue de Ménilmontant, Paris XXème. Prix : 10 Frcs.

 

image : affiche Marinetti.

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31 DECEMBRE 406, L’ANNIVERSAIRE QUI FÂCHE : DES BARBARES EMIGRENT MASSIVEMENT EN GAULE, POUR S’Y ETABLIR…

31 Décembre 2009 Publié dans #IDENTITé(S)

pertus4Près de 500 000 immigrés, imaginez !

En une nuit ! 500 000…

De quoi faire chevroter Besson pour le restant de ses jours…

Et si ça se trouve, l’un d’entre eux fut son aïeul !

500 000 qui profitèrent des grandes gelées de l’hiver 406 pour traverser le Rhin à pied et débarquer en Gaule.

La plus grande vague d’immigration que connut l’Empire romain, fort de 25 millions d'âmes –une paille à l’échelle de nos seuls 66 millions de compatriotes ! Des Vandales, autrement dit des cousins depuis lors, certains marchant jusqu'à l'Espagne pour s’établir ensuite en Tunisie. Des cousins, on vous dit ! Tandis que les autres faisaient souche chez nous (cela veut-il dire quelque chose ?) et inventaient ce qui n’existait pas encore : demain la France.

Des Vandales et des Francs, du norois Frekkr : hardi. Germains en fait, nos ancêtres, aussi sûrement que nos gaulois. Ah ces gaulois… Ancêtres mythiques, relevant d’une construction historiographique rudimentaire, qui supposait qu’avec eux, la France avait déjà implicitement conscience d’exister comme Nation… Une reconstruction a posteriori de l’Histoire française comme (grande) marche de la nation vers son accomplissement « français ». Il vaut la peine d’en décrypter les présupposés, tournant toujours autour de deux grands axes : celui de la constitution de la Nation autour des rois d’Ile-de-France puis de l’Etat centralisateur (autorisant la construction d’un thème national articulé par la notion de Peuple), celui de l’évolution de ce Peuple vers une République de citoyens façonnés par l’Instruction Publique (autorisant la construction d’un thème démocratique articulé par l’idée de Nation républicaine).

Le tout savamment localisé par le tracé d’une géographie impeccable, nous calfeutrant à l’intérieur de frontières prétendument « naturelles ». Mais en France moins que partout ailleurs il existe de frontières naturelles :  les Alpes ouvrent de grands boulevards avec leurs vallées transversales, le Rhin, bien qu’impétueux, offre de multiples occasions de traversée et quant aux Pyrénées, elles sont elles-mêmes déchirées par de grandes coulées qui autorisent bien des passages (parlez-en aux Basques).

Quelles frontières naturelles, dès lors, et d’autant que, paradoxalement, le seul fleuve à « faire frontière » en France est le Rhône… Alors pensez : les Gaulois… Mais certes, quel bel outil de réconciliation nationale… Quel levier de fabrication et d’estampillage made in France, de cette France articulée secrètement par l’idée de l’Etat-Roi gommant toutes les coutumes et tous les droits… De sorte qu’écrire l’Histoire de France n’a jamais été, et ô combien nous le vérifions aujourd'hui, qu’écrire l’histoire de la Volonté de l’Etat-Roi français.joël jégouzo--.

 

Image : anonyme. Dans cette troublante iconographie, remarquons que l’imaginaire de l’invasion barbare ouvre à l’idée de son retrait, une fois l’invasion repoussée (tôt ou tard). Sauf qu’en ce qui concerne cette invasion, nombre d’entre eux s’établirent dans le pays "envahi" pour y faire souche et enrichir le fait local de leur propre culture…

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BRZĘKOWSKI Jan : Poèmes 3 (1929).

30 Décembre 2009 Publié dans #poésie

spectacle.jpgIl faut parler des choses

Comme les couleurs

Et de celles qui sont le produit discret

De la civilisation

 

A quoi bon célébrer les facéties de l’Automobile Club

Ou les toiles de Mondrian

Quand

S’enfle

Dans les mains la réalité qui étend

Au-dessus des yeux une brume

Une brume

Vêtue de matin caoutchouteux

Et de chair Vénus

A l’odeur de phénol.

 


Je chante

La beauté des approchements

Et

La nuit

Qui dans les yeux se répand en plomb

La nuit épanouie

Comme une criante cravate de soie.

 

Plus près de moi ta bouche

Penchée et tendue

Je ne peux

Je ne peux penser en couleur

Le nu est blanc.

 

Et transparent

Le sourire qui n’a pas mûri.

 

 

Publié dans la revue L’Art Contemporain Kilomètre O, cote BNF FN14608. Rédaction : 21, rue Valette, Paris 5eme. Imprimé en avril 1929 sur les Presses de l’Imprimerie de la Société Nouvelle d’Editions Franco-Slave, Paris, 32 rue de Ménilmontant, Paris XXème. Prix : 10 Frcs.


Image : Spectacle métallique, Paris, 1937, Editions Sagesse, Librairie Tschann, Collection Anthologique, nr 37 (Stan dobry. Zaw. 8 wierszy franc. zamieszczonych w pełnej, ilustrowanej wersji "Spectacle metallique" (z rys. M.Ernsta). Układ typograf. odmienny od wersji ilustrowanej).

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LA FASCINANTE INCERTITUDE DE L’IDENTITE HUMAINE…

29 Décembre 2009 Publié dans #IDENTITé(S)

bandoulier.jpgLe Nouveau monde, en un temps où il était vraiment un monde autre, nouveau, celui des mille destins possibles. Un monde du reste sans véritables commencements, où l’on pouvait fuir en paix ses trop discernables origines.

Un monde labile, traversé d’histoires et de cette fascinante incertitude des vies humaines. Roman picaresque, aux mille aventures entrecroisées, Le Bandoulier du Mississippi se soucie peu des époques, des contrées aussi bien que des nombreuses identités que la vie paraît devoir emprunter. Soldat, compositeur, trafiquant de cadavres, que peut-on saisir du passé qui fut le sien ? Quelle part reviendrait au détail ? Le passé n’est plus. Qu’en pouvons-nous établir ? Le rétablir alors, comme une sorte de malade dont le sort nous importerait encore ? Mais à quoi être sensible ? A quel signe de la main valider cette vie que l’on raconte ? Et balayant l’infime, ne faudrait-il donc consigner que ces grands événements dont on nous dit qu’ils forment l’essentiel de nos vies ? Du passé qui n’est plus, à l’avenir qui n’est rien, où peser l’instant des vies passées ? Tout près de mourir, le narrateur tente encore d’interroger le jeune homme qu’il fut, dont il n’ose affirmer qu’il était. Cela exista-t-il vraiment ? Il erre autour de ce fantôme : soi. Quelle énigme que ce qui fut. La vie est une surface, rien d’étonnant à ce que cette autobiographie paraisse relever des catégories de la géographie. Récit de vie ? De voyage plutôt, où jamais ne s’accomplit le retour promis, le grand bouclage du cycle de la vie. C’est là sa force : les territoires de l’imaginaire sont des espaces que nous arpentons pour faire retour à ce même point de néant où tout a commencé.—joël jégouzo--.

 

Le bandoulier du Mississippi, Alain Demouzon, éd. Fayard, coll. Alter ego, janv. 2001, 280p., 15 euros, isbn : 2213608180

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A L’ASSAUT DU GRAND RÊVE AMERICAIN

28 Décembre 2009 Publié dans #en lisant - en relisant

aventuriers.jpgLes premières expéditions anglaises vers l'Amértique débutèrent en 1536 et se soldèrent par des échecs désastreux.

Très vite, le Nouveau Monde fut donc renvoyé à son étrangeté.

Il faudra attendre 1585 pour qu’un homme, Walter Ralegh reprenne à son compte le projet.

C’est sous son égide que l’Amérique prendra dans notre imaginaire un tour nouveau : celui du nouvel Eden, et que les indiens deviendront de «bons sauvages». Mais il faudra attendre le Mayflower (1620) pour que démarre vraiment notre histoire de l’Amérique, et non la leur.
Le récit qu’en construit Giles Milton s’avère plus efficace qu’un simple roman, même si l’élaboration romanesque n’est pas absente de sa perspective. Sans doute parce que, construit sur le modèle du récit, il intègre de larges aspects documentaires qui nous donnent à «juger», dans cette distanciation critique, l’aventure rapportée. D’une certaine manière, son récit se fait ainsi le témoin des aléas, de la misère et de l’ambition d’hommes portés par un grand rêve et de rudes nécessités. Et comme tout témoignage, ce dont il rend d’abord compte c’est d’une distance, c’est de tout ce qui, désormais, nous sépare de leur histoire. Déplaçant sans cesse la perspective, il nous permet alors autant de ressentir que de connaître les conditions de cette entreprise proprement héroïque. Héroïque, oui, car il fallut du temps avant que l’Amérique ne devienne une préoccupation anglaise. La poignée d’hommes qui se lança tout d’abord vers ses côtes le fit donc dans l’indifférence générale et paya cher sa solitude.
joël jégouzo-
-.
 
Les aventuriers de la Reine, à l’assaut d’un Nouveau Monde de Giles Milton, traduit de l’anglais par Anne-Marie Hussein, éd. Noir sur Blanc, janv. 2002, 384p., ISBN : 2882501099

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LA TERRE, POEME DE J. KUREK, 1929

27 Décembre 2009 Publié dans #poésie

formistes.jpgD’un manteau d’acier

Des pas battent les matinées

Des pavés en cuirasse verte.

Nous ne voulons pas des roses

Ni les carrés des villes balancés par la mer.


Les draps frais comme un douloureux signe d’interrogation

Je m’épingle à toi

Le plus près de l’océan.

Tu te réveilles blanche

Défaillante martelée par les clous des talons

Par la nuit délaissée.


L’hier est mort l’aujourd’hui se réveillera

D’une main

Le dérouillé du ciel

 


Publié dans la revue L’Art Contemporain Kilomètre O, cote BNF FN14608.

Rédaction : 21, rue Valette, Paris 5eme. Imprimé en avril 1929 sur les Presses de l’Imprimerie de la Société Nouvelle d’Editions Franco-Slave, Paris, 32 rue de Ménilmontant, Paris XXème. Prix : 10 Frcs.

image : A. Meczyslaw Szczuka, Poland, 1925

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IDENTITES DE CONSOLATION…

26 Décembre 2009 Publié dans #IDENTITé(S)

multicultu.gifDans la préface à l’édition poche, chez Flammarion, le livre de Jean-Loup Amselle paraît plus incisif que dans sa première parution, de 1996.

C’est que l’enjeu lui était apparu par la suite de taille, dans le contexte qui se faisait jour en France, d’émiettement des groupes sociaux : de nouveaux champs d’identification s’étaient dès lors ouverts aux individus, en particulier ceux de l’appartenance communautaire. Identités nouvellement revendiquées, exacerbées par l’encouragement reçu de l’Etat français lui-même, se félicitant presque un temps de voir émerger une société civile communautariste, sans pour autant se donner les moyens de repenser les termes de son mandat dans ce nouveau cadre et juste avant de faire spectaculairement marche arrière en criant désormais «au feu» -qu’il avait lui-même allumé.

De fait, ce nouvel Etat, que l’auteur nomme Etat libéral communautaire, impliquait l’instauration d’un nouveau contrat social, que nul, dans les hautes sphères du Pouvoir, ne s’était risqué à thématiser. L’Etat, au discours si volontiers démagogique, s’était contenté d'irriter les discours identitaires tout en leur déniant toute représentation officielle – on imagine volontiers pourquoi : avant cet épisode, seul Vichy avait imaginé pareilles représentations… Or le surgissement de ces identités de «consolation» a vu, depuis les années 80, les porte-paroles de ces communautés s’installer à la place laissée vacante par l’Etat… Qui aujourd’hui ne propose pour seul cadre de réflexion que celui que l’on sait, façonné par la sottise et le calcul électoraliste…

En décrivant les fondements paradoxaux de la logique républicaine contemporaine, l’ouvrage d’Amselle nous invite à repenser sérieusement nos catégories politiques et décrit, presque par la bande, les enjeux intellectuels qui vont s’offrir à nous désormais, comme celui de devoir penser le culturel autrement que sur le modèle du biologique.joël jégouzo--.

 

Vers un multiculturalisme français, L’empire des coutumes de Jean-Loup Amselle, Champs Flammarion, janvier 2001, 184p., ISBN : 2080814761

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CORPUS CHRISTI : L'INCARNATION FACE AU LOGOS GREC

25 Décembre 2009 Publié dans #en lisant - en relisant

corpus.gifThomas, pétri de doute et de culpabilité, part à la recherche du corps du Christ. Voyage initiatique, dans l’égarement de sa propre chair, conduit sur le mode de l’enquête romanesque.

Au lendemain de la crucifixion, les gardes, sous le choc, découvrent le vol du corps du Christ. Ils capturent une femme qui s’était glissée dans le tombeau. Tirza est torturée : on la soupçonne d’avoir des complices. Pendant ce temps, le récit de la résurrection du Christ se répand. Thomas ne peut y croire. Il reste frappé par le spectacle d’un Christ balbutiant sur la Croix des mots impuissants. Mais il veut s’assurer de la mort du Sauveur, toucher son corps. Poursuivant son enquête, son chemin croise celui du bourreau. Tirza est entre ses mains. Il est, tout comme Thomas, à la recherche de la vérité, qu’il scrute lui aussi dans le corps des suppliciés. Au fond, tous deux parlent la même langue : celle du logos. Mais quelle direction suivre dans la chair morte pour découvrir la lumière ? Thomas veut toucher, observer, vérifier des marques. Mais il découvrira qu’on ne peut accéder à Christ qu’en passant par Christ (la foi), non en le contournant par les stigmates incrustés dans son corps. Le toucher serait ainsi passer derrière sa trace et désavouer cet instant où, ressuscitant, il nous sauve de la mort.

Patrick Roth ose dans ce roman des images éblouissantes, comme celle de Tirza veillant le Christ, réchauffant son cadavre de son corps puis s’endormant, tandis qu’IL ressuscite de la foi de cette étreinte quasi amoureuse.—joël jégouzo--.

 

Corpus Christi, Patrick Roth, traduit de l’allemand par Philippe Giraudon, éd. Flammarion, 172p., mars 2000, 19 euros,  ISBN : 2080674382.

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DU CONTE, LE JOUR DE NOËL : Le capitaine Patch, de Theodore Francis Powys

24 Décembre 2009 Publié dans #en lisant - en relisant

patch.jpgDécidément, la famille Powys recélait bien des talents. On connaissait John Cowper, l’auteur des Enchantements, voici Theodore, plus secret mais pas moins brillant. Désertant les milieux littéraires, menant une vie recluse dans un presbytère de l’intrigant XIXe siècle anglais, Theodore aura passé sa vie à camper les gens rudes qui évoluaient autour de lui. Fasciné par leur étrangeté, il s’est appliqué à observer leurs manies et ces phobies par lesquelles un être donne du sens à sa vie. Chacun ne fait en effet jamais qu’obéir à sa marotte et répète inlassablement la même idée fixe autour de laquelle sa vie aura tournée. Ainsi du Capitaine Patch, nouvelle qui donne son titre au recueil. Ouvrier tailleur, il ne rêve que d’être officier de marine à la retraite, arpentant la jetée avant de rentrer se détendre dans son intérieur cossu. La mer ? Il déteste. Dans un uniforme usurpé, il se lie à une femme de ménage travestie en duchesse. L’un et l’autre se mentent. Qu’import La farce de leur vie se poursuit dans la ténacité de cette fiction qu’ils s’inventent. Ailleurs, c’est un fermier qui s’entiche d’un gong. Fossoyeur amoureux du silence, il a refusé le mariage qui conduit toujours à la parole… Le conte est un art difficile dans lequel peu d’écrivains excellent. Sa technique est subtile, faite tout à la fois du précis et de l’indécis – l’ouvert plutôt. L’intrigue doit y multiplier les rebondissements tout en préservant sa cohérence malgré un tel chaos. Du naturel à l’allégorie, pas facile de gérer tous les registres d’écriture que le conte impose. Theodore Powys y triomphe en grand maître.joël jégouzo--.

 

Le capitaine Patch, de Theodore Francis Powys, traduit de l’anglais par Henri Fluchère, Gallimard, l’Imaginaire, déc. 2001, 244p., ISBN : 2070764036

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