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2 octobre 2018 2 02 /10 /octobre /2018 06:05

Une enquête minutieuse de deux spécialistes du capitalisme financier, sur ces patrons qui bâtissent leurs fortunes sur le dos des états, avec bien sûr la complicité d’une classe politique largement acquise à leurs intérêts égoïstes ! Au commencement, Albert Frère et son comparse Paul Desmarais, invités de Sarkozy au Fouquet’s le soir de son élection. Deux arnaqueurs pitoyables tout d’abord, qui échafaudèrent un bénéfice mesquin en arnaquant l’armée, à qui ils revendaient des bidons de 220 litres d’essence n’en contenant que 200 litres… Nos journalistes les pistent, de l’Elysée à Brégançon, nez au vent, à flairer leurs sales petites magouilles. D’arnaques en détournements, nos deux larrons vont s’élever dans la hiérarchie sociale et le savoir-voler, tapant dans toute les caisses possibles de l’administration publique, jusqu’au gros coup qui va décider de leur patrimoine de milliardaire : la revente de Quick burger à la Caisse des Dépôts, acheté 300 millions d’euros, revendu 700 ! Catherine Le Gall et Denis Robert détaillent la combine. Notre argent… Harponné, confisqué, recyclé pour les aider à s’engraisser. Un mode opératoire sophistiqué conçu à grand renfort d’avocats d’affaires peu scrupuleux, pour dévaliser les organismes publics. Dans la foulée, on en apprend de belles sur le compte du sieur Bernard Arnault, qui racheta en 1980 pour 1 franc symbolique le groupe Boussac, dans lequel l’état français venait de réinjecter 1 milliards de francs. Le tout donne à vomir…

Les Prédateurs, Des milliardaires contre l’Etat, Catherine Le Gall, Denis Robert, Cherche Midi éditeur, collection Documents, septembre 2018, 300 pages, 21 euros, ean : 9782749155937.

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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 08:01

Combien vaut un coquelicot ? Une luciole ? Une abeille ? Les lucioles ont disparu. Les coquelicots disparaissent. En 15 ans, 1/3 des oiseaux ont disparu. En 27 ans, 80% des insectes volants ont disparu. Selon le CNRS, nous vivons la plus grande rupture des chaînes alimentaires depuis la disparition des dinosaures. 80% des plantes à fleurs ont besoin des insectes pour survivre. 35% de tout ce que nous mangeons dépend directement de la pollinisation des fleurs par les insectes volants. Le bouleversement de l’ordre écologique auquel nous assistons est sans équivalent dans l’histoire de la planète. Sinon, encore une fois, celui de la fin des dinosaures. En marche vers l’abîme. Non pas dans 50 ans : c’est maintenant. C’est maintenant, ici, que ça se passe. IL FAUT DE TOUTE URGENCE OBTENIR L’INTERDICTION DE TOUS LES FONGICIDES, DE TOUS LES PESTICIDES ! Il n’y a pas d’autre issue, car à la vérité, il est déjà trop tard : il faut à présent tenter de réparer. Non pas la sottise humaine, mais le crime d’une classe politique irresponsable. Nos auteurs nous en donnent la démonstration au fil des pages, à raconter par exemple la triste et longue histoire du DDT en France, le dernier pays à l’avoir interdit. En cause : la FNSEA et les barons de l’industrie agro-alimentaire. En cause, l’INRA et sa direction stipendiée. En cause, l’industrie phytosanitaire. Dès 1962, nous savions. Mais nos dirigeants n’ont rien fait. Personne. Ni la Droite, ni la Gauche. En 1981, Mitterrand autorisa même des pesticides interdits partout ailleurs dans le monde dit avancé. Plus près de nous, du Grenelle de l’environnement au moment Hulot, la farce s’est accomplie : entre 2007 et 2017, la consommation de pesticides en France a progressé de 20% ! Désormais, le désastre est à nos portes. Seuls notre conscience citoyenne viendra à bout de l’irresponsabilité criminelle de nos dirigeants !

Nous voulons des coquelicots, Fabrice Nicolino, François Veillerette, éditions LLL, septembre 2018, 128 pages, 8 euros, ean : 9791020906656.

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21 septembre 2018 5 21 /09 /septembre /2018 06:46

Que reste-t-il de Mai 1958 ? Macron… Petit marquis offensant plutôt que monarque, dernier commis des nantis du monde économique, dirigeant peu scrupuleux d’une république bananière qui ne parvient même plus à camoufler ses dérives, ni sa vocation fondamentalement préférentielle. Cela, dans la continuité d’une mécanique constitutionnelle antidémocratique. C’est, au travers de l'histoire mouvementée de la France de 58 à 62, cette mécanique de la Constitution de la Vème République que décrypte l’auteur, ou plus exactement, celle des tenants qui ont abouti à sa rédaction. L’ouvrage consacre donc une large part à l’analyse minutieuse de la Guerre d’Indochine puis de celle d’Algérie, qui inspira directement cette écriture. La nouveauté de cette analyse qu’il faut lire de bout en bout, c’est que l’auteur ne reprend plus cette vieille antienne selon laquelle par exemple cette Vème aurait vu le jour pour parer aux dérives de la République des partis. De même, ce ne sont pas tant les défaites qui auront marqué l’avènement d’une présidence «forte», que la résurgence des idées de l’extrême droite française, encouragée par la classe politique de l’époque. Debré lui-même, menant les travaux, ancien haut fonctionnaire de Vichy, laissa libre cours à sa défiance à l’égard de la souveraineté populaire : selon lui, l’Etat devait rester «supérieur» aux représentants du peuple français. Et même si l’article 16 fut longuement débattu au sein de la Commission, parce qu’il qui prévoyait de laisser le Président confisquer tous les pouvoirs et suspendre toutes les libertés en cas de crise – crises ou prétendues crises dont, depuis une quinzaine d’années, tous les Présidents en fonction n’ont cessé d’agiter l’épouvantail de la crise pour renforcer l’arsenal des Lois liberticides-, les Droites extrêmes marquèrent de leur sceau cette rédaction. C’est que la France vichyste non seulement n’avait pas été éradiquée, mais relevait la tête avec force au cours de la crise du 13 mai 58. Printemps 58, à l’heure des paras, la France glissait de nouveau vers le fascisme et attendait son Caudillo, sinon son Führer. La grande émotion qui fédérait ces Droites, étude des journaux à l’appui, l’auteur la fonde dans le souvenir largement partagé de la répression contre les manifestants du 6 février 34, place de la Concorde. A droite toute donc, La Vème République ne pouvait que substituer une Monarchie présidentielle au régime des partis, et instaurer bientôt ce lien de charisme du Président à son peuple, théorisé par un Carl Schmitt, théoricien du nazisme… La Constitution ne tarda ainsi pas à se définir contre la rue algéroise et contre la rue française,  contre le Peuple français, sans jamais parvenir à étouffer cette rue, voire en en exaspérant l’attente pour mieux la réprimer. Les contestations violentes de l’année 58, l’auteur les comprend non comme des anomalies de la jeune République naissante, mais son symptôme : la Vème République est le régime de la production et de la gestion continues d’affrontements violents avec un Peuple qu’elle méprise et rejette toujours plus loin. Ce qui est troublant à ce propos, c’est de voir l’auteur montrer qu’en fait le régime gaulliste avait adopté la tactique de la guerre révolutionnaire, celle de la guérilla, sur le terrain militaire à Alger puis en Afrique, mais aussi sur le terrain politique : si moderniser l’économie est devenue sa ritournelle, c’est pour mieux agresser sans répit le Peuple, lui livrer sans fin une guérilla qui n’a d’autre objectif que d’asseoir la domination des nantis.  Et quant au concept «d’ennemi intérieur» qu’il va déployer pour justifier sa répression -et dont l’idée vient elle aussi de Carl Schmitt-, on, le verra se déployer dans toute la société française pour désigner toute opposition à la Doxa républicaine… C’est Papon, toujours préfet, qui passera par exemple du quadrillage des nationalistes algériens au quadrillage des immigrés, puis des parisiens… Il faut défendre l’Etat contre le Peuple, contre toutes les toutes les subversions, d’où, très tôt, le recours à des juridictions d’exception et la dramatisation stratégique de tous les événements susceptibles de porter atteinte au «sentiment républicain». C’est cette même vieille droite fascisante triomphante qui viendra conclure les événements 68, le 30 mai 68, refermant l’épisode contestataire sur l’écrasante victoire du front électoral conservateur, la manifestation, rapports de police en main, rassemblant aux côtés de républicains naïfs tout ce que le France comptait d’extrême droite…

La Guerre civile en France 1958-1962, Du coup d’état gaulliste à la fin de l’OAS, Grey Anderson, La Fabrique éditions, traduit de l’américain par Eric Hazan, 3ème trimestre 2018, 368 pages, 15 euros, ean : 9782358721677.

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19 septembre 2018 3 19 /09 /septembre /2018 06:11

Ex-président du Parti du Peuple, Selahattin Demirtas est incarcéré depuis le 4 novembre 2016 dans une prison de haute sécurité, à Erdine, en Turquie. Il s’est mis depuis à écrire. Des textes évidemment censurés pour la plupart, des nouvelles dont l’éditeur a réussi à en recueillir six, pour les publier enfin dans cet opus. L’Aurore fait référence au journal où Zola publia son fameux J’accuse (1898). Selahattin y raconte la dureté de la prison turque, ces cours de quatre mètres sur huit dont on ne finit jamais de faire le tour, la solitude à tout prendre meilleure que la brutalité des liens qui peuvent s’y tisser. Et puis le monde tel qu’il va en Turquie. L’histoire de Seher, le récit ahurissant d’une jeune fille violée que sa famille préfère assassiner plutôt que d’avoir à en reconnaître la tragédie. Il raconte l’effroi d’une culture ramenée un siècle en arrière, à dessein. Nazo, pris malgré lui dans la nasse d’une manifestation chargée avec une extrême violence par la police. Nazo coupable, sur son lit d’hôpital, forcément coupable, d’avoir voulu traverser cette manif au mauvais moment. Selhahattin raconte les violences policières, les blindés lancés à l’assaut des manifestants, les tirs à balles réelles. L’impunité totale des flics. Il raconte son pays livré à la misère, aux inégalités féroces. Il raconte ces contrats de chantier qui précarisent tout le monde et transforment tout le monde en esclave. Pour finir par sa lettre, pleine d’humour et d’intelligence, à la Commission de censure du courrier de la prison, s’inquiétant du métier que ses employés y pratiquent. Une longue lettre dans laquelle il raconte son enfance, dans un pays qui n’existe plus, et ce rêve qu’il a fait : le premier de la classe lui rendait visite, en prison, avant de se suicider.

L’Aurore, Selahattin Demirtas, édition Emmanuelle Collas, nouvelles traduites du turc par Julien Lapeyre de Cabanes, 14 septembre 2018, 76 pages, ean : 9782490155064.

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 06:52

Le titre porte à confusion : il s’agit en fait moins des boulots «à la con» que des emplois inutiles. Une confusion à laquelle David Graeber s’affronte depuis 2013 et qui l’oblige, cette fois encore, à passer beaucoup de temps à expliquer ce que ces «bullshit jobs» ne sont pas… C’est que… de l’autre côté de la rue n’existent que des boulots à la con, ou d’esclaves, -et encore, quand ils existent : rappelons que la France ne génère que 600 000 emplois selon l’INSEE, alors qu’elle compte 6 millions de chômeurs !-, et que nous sommes nombreux à le savoir ou à les vivre. Que sont donc ces emplois inutiles ? L’ouvrage en construit la définition et la typologie. Qu’est qu’un bullshit Job ?  Un travail inutile qui ne peut permettre au salarié de justifier son existence, écrit David Graeber, et dont la disparition ne se ferait même pas remarquer. Définition subjective ; mais tous ceux qui sont confrontés à de tels jobs le savent bien. Passons sur les exemples. Des boulots inutiles, on en trouve à la pelle dans les cabinets ministériels : ces consultants, ces pseudos experts qui n’ont d’autre fonction que de produire des écrans de fumée pour masquer la réalité de l’action gouvernementale. Et donc dans la communication. Paradoxalement, ils n’ont cessé de fleurir dans la société néolibérale, et bien davantage encore dans le privé que dans le public !  C’est que, comme l’explique l’auteur, «sur toute la planète, les économies sont devenues de gigantesques machine à produire du vent». Nous le savons bien tous, que par exemple le consumérisme forcené ne mène nulle part. Des machines à produire du vent… Enfin, oui et non : il y a une grande supercherie à croire que nous sommes entrés dans l’ère de la société post-industrielle : étudiant, chiffres à l’appui, les courbes de l’emploi industriel à la surface de la planète depuis 1945, David Graeber démontre aisément qu’en réalité, non seulement l’emploi industriel n’a pas disparu, mais qu’il a même progressé. Nous n’avons fait que délocaliser cet emploi,  créant au passage une nouvelle classe d’esclaves bien loin de nos portes mais pas moins réellement soumis à des rapports d’esclavage. Alors certes, nos sociétés occidentales semblent être entrées dans une nouvelle ère économique, celle de l’économie de services. Mais là encore, à ses yeux, courbes à l’appui, l’économie de service n’est qu’une vaste fumisterie : elle ne représente même pas 20% des emplois aujourd’hui. En réalité, ce sont les emplois dits de l’information qui n’ont cessé de croître. Mais jusqu’à ce jour, aucune étude sérieuse n’en a fait ni le tour ni le bilan. Des emplois liés à la montée en puissance du capitalisme financier. Des emplois utiles ? En fait le détour par les graphiques proposés par Graeber nous ouvre les yeux : depuis les années 70, la courbe de la productivité a fait un bon tout simplement hallucinant. Tandis que celle des salaires s’est mise à stagner. Cette augmentation de la productivité est telle, qu’en réalité nous pourrions ne travailler que 15 heures par semaine, sans que cela ne change rien à l’état de l’économie des pays avancés. Mais alors, pourquoi nous contraindre à travailler toujours plus désormais, et toujours plus longtemps ? Les raisons, nous dit l’auteur, sont morales et politiques, plutôt qu’économiques. Depuis les années 70, les nantis ont bien compris qu’offrir du temps libre aux classes dominées pouvaient être dangereux. Le travail est un outil de domination, non d’émancipation, dans nos sociétés occidentales. Voilà pourquoi nos éditorialistes, à longueur d’ondes, en prêchent la nécessité. Ceux-là ne sont en fait que les prédicateurs hypocrites chargés de taire la violence psychologique inouïe du travail tel que conçu dans nos sociétés occidentales, pour mieux nous y assujettir. Mais d’autre part, et c’est là qu’on retrouve l’idée d’une création massive d’emplois inutiles, les masses d’argent tout à fait ahurissantes générées par les bénéfices de ces nantis, ont fini par leur ouvrir un appétit de domination nouvelle. On croit d’ordinaire et on veut bien nous obliger à le croire, que la société néolibérale est obnubilée par le souci de l’efficacité et de la rentabilité. Observez-la fonctionner : c’est tout l’inverse qui arrive. La gabegie est partout avec elle. La gabegie et la sottise : la financiarisation de la société en est la preuve. On évoque les algorithmes de trading à haute fréquence, «si complexes» nous assure-t-on, que seuls des polytechniciens peuvent comprendre de quoi il retourne et construire les bénéfices qui demain ruisselleront pour nous faire mieux vivre, quand dans la réalité, l’essentiel des bénéfices de la finance lui vient des Dettes artificielles que législature après législature, ces nantis s’emploient à générer artificiellement. «Le secteur de la finance est une vaste escroquerie», affirme David Graeber, avec raison. Ce capitalisme financier donc, n’a cessé de produire une bureaucratie parasite : administrateurs, consultants, experts... Une structure en réalité féodale, dépensière, dont le seul but est de maintenir à flot un système néo-féodal d’allocation de la richesse : le fameux ruissellement ne concerne qu’une poignée de la population enrôlée au service, ou plutôt à la cour de nos quelques nantis, un système au sein duquel l’argent est déversé pour des motifs politiques et non économiques. Ce qui explique entre autres les monstrueux salaires accordés à certains, quand même ils auraient ruiné l’entreprise qu’ils manageaient… En cascade, l’emploi n’a aucune autre vocation que celle de discipliner, d’enfermer ou d’inféoder. On le voit, la création d’emplois inutiles est une nécessité pour l’Ordre nouveau qui s’est mis peu à peu en place, une nécessité dans laquelle s’est enfermé cet Ordre Nouveau, au risque de tout détruire, l’humanité comme la planète.

Bullshit Jobs, David Graeber, éditions LLL, septembre 2018, traduit de l’anglais par Elise Roy, 410 pages, 25 euros, ean : 9791020906335.

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13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 08:38

Le berlusconisme, pas Berlusconi, ni le Cavaliere, malgré la force de la propagande centrée sur sa personnalité, qui l’a porté et maintenu au pouvoir pendant près de vingt ans ! Vingt ans de marketing politique dont nous commençons, en France, à découvrir les effets délétères. Vingt ans «d’entreprise Italie», comme on nous exhorte aujourd’hui à célébrer l’entreprise France. C’est dire l’intérêt d’un tel ouvrage. Non pas tant pour révéler cette idéologie que nous connaissons bien, celle du fric, simplissime dans sa communication sinon grossière, mais pour mieux comprendre ce dont cet amoralisme est le nom. Le berlusconisme donc, que l’on aurait tort de prendre à la légère ou d’oublier sitôt disparu. Quelle idée républicaine (on ose à peine employer ce terme) recouvrait-il à travers son mépris affiché, assumé, revendiqué, des règles républicaines ? Même si l’ouvrage est passionnant pour les perspectives qu’il ouvre sur l’histoire italienne, ou au travers de ses études méticuleuses du lectorat berlusconien, il m’est apparu, certes dans une lecture orientée, plus passionnant encore dans son examen de la transformation des fondements du politique en Europe, dont il propose une explication inquiétante à travers l’épopée berlusconienne, depuis l’effort des néo-libéraux pour stériliser la vie politique nationale, jusqu’à la montée en puissance de l’hégémonie de la classe politico-médiatique. Explication que l’on peut sans la trahir appliquée à la France : à Droite, à Gauche, depuis Sarkozy, il n’a plus été question que de reprendre en main ces partis constitués pour en faire des outils de contrôle du haut vers le bas, aptes à rompre définitivement avec ce qu’ils auraient dû être dans une démocratie fonctionnant sainement : des outils de représentation de la base vers le sommet. Avec Macron et son mouvement, on a l’ultime caricature de ce qui se pratique en Europe désormais pour  geler le débat d’idées. C’est le point de bascule de toutes ces pseudos démocraties qui ont dérivé déjà vers ce «libéralisme d’extrême droite» que décrit si bien l’auteur, en enterrant définitivement le but qu’un Popper fixait au politique dans un régime démocratique : celui de privilégier la question de savoir comment contrôler celui qui gouverne, plutôt que celle du prochain Caudillo à suivre. Quant au berlusconisme, au fond, il n’aura pas été un échec si on lit bien l’ouvrage de Giovani Orsina, en ce sens qu’il n’a jamais cessé de peaufiner son Plan B : l’héritière du berlusconisme, c’est l’extrême droite.

Le Berlusconisme dans l’histoire de l’Italie, Giovani Orsina, Les Belles Lettres, préface et traduction de Frédéric Attal, mai 2018, 328 pages, 21 euros, ean : 9782251448312.

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25 juin 2018 1 25 /06 /juin /2018 08:53

Daté, Marx ? Henri Pena-Ruiz s’emploie à démontrer brillamment le contraire. Pour le comprendre, il faut partir de son analyse des trois âges du capitalisme. Marx fut le contemporain de ce que l’on a coutume d’appeler le Capitalisme primitif, ou le premier âge du capitalisme. Un capitalisme sans complexe, débridé, partant triomphalement à la conquête des marchés selon sa seule logique de profit maximum. Fort du triomphe de la bourgeoisie au sortir de la Révolution Française, aucun droit social ne venait alors limiter sa course. Par millions, les travailleurs ruraux s’exilèrent pour venir mourir dans ses fabriques. La bourgeoisie conquérante détruisait tout, pour ne laisser entre les hommes que «le froid intérêt», supprimant «la dignité de l’individu devenu simple valeur d’échange», et se livrant à l’exploitation «ouverte, éhontée, brutale», des hommes et de la nature. Réduisant les rapports humains à de simples rapports marchands, Marx expliquait comment les marchés emportaient tout et détruisaient tout sur leur passage, à commencer par les traditions les plus ancrées, pour bouleverser les rapports sociaux existants à leur seul avantage. Très vite, les travailleurs, les ouvriers, comprirent que sans leur résistance, le déferlement de la fureur capitaliste allait être non seulement pour eux-mêmes, mais pour l’humanité et la nature, le plus effroyable saccage que la terre ait connu. L’entrée dans le deuxième âge du capitalisme se fit sous la pression des masses ouvrières, entre 1870 et 1970 pour le dire vite, qui par leur volonté, leur sacrifice et leur intelligence limitèrent les effets meurtriers de ce capitalisme sauvage. Le capitalisme fut obligé de composer avec d’autres exigences, sociales, et pour tout dire humaines. Mais de nouveau à la fin des Trente Glorieuses, dans les années 1970, le capitalisme fort du capital accumulé grâce à la rente pétrolière principalement, se mit en tête de lever tous les freins à son exploitation cynique du monde. Le néolibéralisme n’a cessé depuis de partir à l’assaut des conquêtes sociales, au point que nous connaissons aujourd’hui le plus fantastique assaut jamais orchestré dans le monde contre notre humanité, rien moins. La mondialisation financière a vu le triomphe idéologique du néolibéralisme, avec l’immense complicité des médias. Et l’on retrouve finalement aujourd’hui cette sauvagerie que Marx dénonça en son temps, à travers la plus ahurissante régression politique et sociale jamais accomplie depuis des siècles. «La Loi du dividende maximum caractérise notre monde», affirmait Marx en 1848. La bourgeoisie, continuait-il, qui ne peut exister sans jeter l‘ensemble des rapports sociaux dans «l’insécurité perpétuelle», s’est lancée à l’assaut du monde pour faire de ce monde un vaste marché artificiel et «tout mettre en exploitation». Après avoir «enlevé à l’industrie sa base nationale», voici que le credo du libéralisme, celui du prétendu libre échange, ne cache même plus sa vérité : cette «liberté d’écraser le travailleur». Le ressort du capitalisme est le même aujourd’hui qu’il y a deux siècles ! Avec cette différence qu’aujourd’hui, c’est une vraie guerre qui est menée contre les peuples et les individus. La mondialisation est une guerre de domination définitive, antihumaniste, effroyable. Ce «Capitalisme inhumain» que dénonçait Marx dans les années 1848, nous le voyons tous les jours à l’œuvre, aux yeux duquel l’homme n’est qu’un moyen, un «résidu facultatif d’une logique d’enrichissement qui ne se connaît pas de limite». Et aujourd’hui de nouveau, «le rapport de force est outrancièrement favorable au capitalisme». Ne nous cachons pas les yeux, même si partout la colère gronde. Destruction du code du travail, des services publics, des Communs, le visage du capitalisme mondialisé a réintroduit de nouvelles  de figures de la misère, de la pauvreté, tant son «succès éclatant s’assortit de la régression sociale la plus terrible». Marx parlait d’Hubris capitaliste, qui procède par la destruction systématique de tous et de tout, y compris de la nature. Prédateur de l’homme, il l’est également de la nature. Nous y sommes. L’urgence et notre responsabilité sont d’affirmer notre humanité face à sa furie dévastatrice. Et cela en sachant qu’il n’y aura pas de «quatrième âge» du capitalisme, mais sa fin, ou la nôtre.

Karl Marx, philosophe de l’émancipation, un cours particulier de Henri Pena-Ruiz, Frémeaux & Associés, direction artistique : François Lapérou, Claude Colombani et Jules Frémeaux. 4 CD.

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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 07:10

Quelle est la finalité de l’Education ? Eduquer ou Instruire ? Instruire, répond Luc Ferry : l’enseignement relève de la sphère publique, l’éducation de la sphère privée. L’élève d’un côté, l’enfant de l’autre. Mais certes, on ne peut instruire sans éducation préalable. Mieux : l’instruction est impossible sans ce préalable. Convaincant quand il nous dresse le tableau des discours en jeu au fil des siècles, Luc Ferry l’est moins quand il tente d’asseoir son raisonnement sur une philosophie du «travail», de l’effort si l’on préfère, qui aurait subi le contrecoup des pédagogies post-soixante-huitardes, privilégiant à l’excès le jeu au travail scolaire. Moins convaincant, parce que toutes les pédagogies expérimentées, voire désormais mises en œuvre par le ministère lui-même, comme la classe inversée, ne se résument pas à jouer en classe… Peu convaincant en outre, parce que le sacro-saint modèle du mérite républicain qu’il défend mordicus, ne peut aujourd’hui cacher l’hypocrisie et le vide sidéral qui en forment la matière et la réalité. Il manque ainsi à son propos une réflexion pédagogique plus pertinente sur ces modèles qu’il met en cause et qui nous éloigneraient du goût de l’effort, tout autant qu’il manque à son discours la réalité des chiffres, dans une France plus inégalitaire que jamais. Pour autant, le constat qu’il dresse des «difficultés» du système scolaire français reste en partie pertinent et inquiétant : 35% des élèves qui sortent du primaire sont en grandes difficultés de lecture ! La faute à notre laxisme face à l’enseignement de la grammaire par exemple, qui est à ses yeux un patrimoine (oubliant au passage qu’au XVIIème siècle, les réformes de la langue française et de sa grammaire avaient pour point commun de les rendre compliquées, afin d’écarter les gueux de leur maîtrise), un héritage qui commande un apprentissage rigoureux, loin des fadaises de l’auto-construction des savoirs. On veut bien… D’autant que Luc Ferry songe à des causes plus profondes, qu’il nous explicite enfin. La racine du mal se trouve à ses yeux dans un vrai changement épistémologique qui affecte l’humanité tout entière. Elle tient dans ce paradigme qui est devenu la puissance d’unification de l’Esprit, qui structure en profondeur notre relation au monde et à nous-même, celui de l’innovation permanente, ou pour reprendre la formulation de Schumpeter qu’il affecte tout particulièrement : celui de la destruction créatrice. Le nouveau balaie l’ancien, doit le balayer même dans nos sociétés néolibérales capitalistes fondées sur l’impératif de consommation de masse, qui commande le renouvellement incessant des usages que nous faisons du monde, de ses objets tout comme de nos vies.  L’homme contemporain ne peut y échapper, son salut, dans cet environnement indépassable qu’est le capitalisme global passe par son adhésion à cet impératif. Impératif qui du coup provoque une sorte de schizophrénie de l’électeur de Droite –Luc Ferry emploie le terme-, attaché aux valeurs de la tradition, mais contraint de faire tourner la machine capitaliste, qui a besoin d’un peuple de consommateurs, plutôt que d’un peuple réfléchi… Et qui donc impose la destruction des traditions, de toutes les traditions, à commencer par celles qui fondent la vie scolaire bonne… Quels remèdes dans ces conditions ? Et c’est là qu’on ne peut plus suivre du tout Luc Ferry : il y aurait d’un côté la bonne destruction créatrice, de l’autre, la mauvaise destruction créatrice… Si bien que l’on pourrait choisir et que cette liberté qui nous est offerte in fine ruine son argumentation : la destruction créatrice n’est donc pas un paradigme structurant notre épistémê. Bien… Voilà qui laisse de l’espoir à la critique des discours néolibéraux : le monde peut tourner autrement. Attelons-nous à le transformer !

Politique et Philosophie de l’Education, Luc Ferry, Frémeaux & Associés, livre audio, Direction artistique : Lola Caul-Futy Frémeaux, durée totale d’écoute : 2h33 minutes, 5 novembre 2015, 2 CD MP3, ASIN: B01CUWT79U.

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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 06:34

Simmel avait déjà démontré, en son temsp, que l’aide fournit aux pauvres, sous couvert d’assistance, n’avait de raison d’être que de subvenir à leurs seuls besoins vitaux, se présentant in fine comme une série de mesures techniques de maintien des pauvres dans l’exclusion.

"L’assistance publique occupe, dans la téléologie juridique, la même place que la protection des animaux", observait-il. Personne, par exemple, n’est puni pour avoir torturé un animal, mais pour l’avoir fait ouvertement. Idem des pauvres : personne n’est punissable, car personne ne les malmène ouvertement.

Par ailleurs, Simmel observait l’absence de droit des pauvres à être aidés : le pauvre n’a aucune légitimité à porter plainte. Il n’existe pas de droit opposable du pauvre en cas de défaillance de l’assistance, tout comme il n’existe pas de droit opposable du sans-papier plongé pourtant dans une situation de précarité telle, qu’elle menace sa vie. Cette élimination du pauvre de la chaîne juridique est ainsi ce qui peut se concevoir de pire du point de vue des Droits de l’Homme. Si bien que le pauvre, en tant que pauvre, peut bien certes appartenir à la réalité historique de la société, juridiquement, il est "sans âme". Et placé de force en dehors des espaces auxquels, pourtant, il appartient : ceux du milieu historique réel. Cette négation l'enferme de fait dans une totale négativité de son être, le renvoyant à la typologie du lien social conflictuel. Le devoir d’assistance, après le discours de Macron, ne sera plus un devoir de secours mais de stigmatisation du pauvre, dans le seul but d’en contrôler les déplacements avant de les nier purement et simplement pour l’enfermer là où sa vie prend son seul sens possible aux yeux des néolibéraux : son élimination.

 

Georg Simmel, le Pauvre, éd. Allia, traduit de l’allemand et présenté par Laure Cohen-Maurel, janvier 2009, 92 pages, 6,10 euros, EAN : 978-2-84485-300-4

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14 juin 2018 4 14 /06 /juin /2018 06:50

De quoi avons-nous peur ? L’entrée en matière du philosophe Pierre-Henri Tavoillot promettait un beau questionnement :  la peur était, à l’entendre, le principal sujet de la philosophie. De la peur de la mort à celle de l’avenir, voire à celle du passé qui nous hante. J’attendais, à entendre son introduction, Tavoillot évoquer Homère, le moment Calypso de la rupture du grand poète avec la mythologie pour entrer de plain-pied dans la réflexion philosophique sur la Vie Bonne. Mais non, Tavoillot poursuivait, de convention en banalité, une réflexion de classe de terminale, évoquant l’homme sage, capable de   s’arracher à ses peurs. Rien de bien nouveau, de la philosophie de comptoir solidement arrimée à ses poncifs. Et puis très vite, le propos a tourné à l’aigre. C’est que Tavoillot entendait nous parler de cet apparent paradoxe d’une société, la nôtre, qui n’aurait jamais été aussi sécure et cependant jamais aussi apeurée. Et de dérouler le fil de ces «grandes et petites peurs» de nos concitoyens, devant l’emploi, la nourriture, les boissons, le climat, etc. Une infinité de peurs insignifiantes à ses yeux, alors que nous vivrions une époque «formidablement» sécurisée – et Tavoillot d’évoquer ces assurances prises sur le chômage, l’éducation, la santé, que sais-je encore, pour balayer nos peurs vétilleuses d’un geste las, préférant à ces anxiétés misérables l’évocation de l’épouvante millénariste qui confinerait au grotesque dans le cas du catastrophisme écologique, une autre superstition écartée d’un revers méprisant de la main comme une diablerie contemporaine… Tavoillot devait pourtant en rajouter sur ce chapitre, tant la peur millénariste lui paraissait digne d’intérêt, pour évoquer cette fois la construction de nouveaux «diables» dans ces dénonciations de l’industrie agro-alimentaire dont nos contemporains comploteurs jurent qu’elle «conspire secrètement à nous empoisonner»… Allons bon : Monsanto voudrait nous empoisonner ? Le glyphosate, dangereux ? Une farce, à ses yeux, que celle de méchants laboratoires pharmaceutiques et autres Bayer, jadis occupés à expérimenter sur des êtres humains dans les camps de concentration ces médications de rêve qui allaient déferler sur nos sociétés, soit disant engagés aujourd’hui dans un complot mondial contre notre santé… Ces dénonciations, affirmait-il, ne seraient que procès en sorcellerie, alors que, objectivement, «on aurait tous des raisons de se réjouir ». Ben voyons… Mieux : à l’entendre, dans cette société d’assurance et de confort qui est la nôtre, la peur serait devenue un impératif, tenez-vous, encouragé par des médias, critiques de notre situation sociale et politique… La peur serait même devenue une vertu, un devoir, inscrit dans la faconde du déclin de l’occident… Alors que, tenez-vous toujours, il est «possible de vivre sereinement» dans nos démocraties... Sereinement ? Oui, devait-il nous assurer, mais à certaines conditions. Et là, cela vaut son pesant d’or de l’écouter : à la condition de ne pas remettre trop en cause l’Etat, le Marché et l’Assurance (un concept fourre-tout qu’il s’est forgé pour évoquer sans doute ce qu’il reste de feu l’état providence), ces trois «sécuriseurs» (dans le texte) de nos existences. Vous avez bien lu : les trois piliers sans lesquels notre sécurité vacillerait… Entendez bien : la condition de notre vie bonne serait de ne pas les remettre en cause, voire de ne pas trop leur en demander puisque c’est tout ce qu’il nous reste et qu’à tout prendre, ce reste, même ramené à sa part congrue, n’est pas pire que… quoi au juste ? Vivre au Moyen Age, empoigne-t-il en exemple… Quelle fumisterie ! Il faudrait donc simplement «mieux combiner» ces trois sécuriseurs, plutôt que de vouloir mettre autre chose à la place, désir qui, de toute façon, n’exprimerait à ses yeux qu’une «nostalgie infantile»… Les bras nous en tombent… Dans quel monde Tavoillot vit-il ? Les peurs qui s’expriment en France seraient illégitimes, déraisonnables, irrationnelles ? Vraiment ? Le chômage de masse, la misère de masse, la précarité de masse et on en passe, de ces lois qui jour après jour détricotent justement ce pilier de «l’assurance» qu’il nous refile enrobée d’un vague tissu de ratiocinations philosophiques… Les peurs des français seraient infondées ? Et que dire de son mépris des mises en garde que jour après jour nous discernons, ahuris, devant la catastrophe écologique qui se prépare ? Ah, mais c’est que Tavoillot n’a voulu prendre pour interlocuteurs que ces illuminés prophètes de la fin du monde… Sérieux ? Quand la leçon de Fukushima n’est pas de faire en sorte que cela n’arrive plus, mais de nous y habituer ? On pourrait multiplier à l’infini les raisons de ne pas écouter Tavoillot se faire le chantre d’une Marche béate vers la soumission au Marché et s’en détourner, décillé. Mais quand le même prétendu philosophe ne sait même pas se documenter convenablement et ignore par exemple les études d’un Robert Hunter Wade sur les mesures de l’étendue réelle de la pauvreté dans le monde, ou celles d’un  David Dollar, ou les réflexions des Agamben, Critchley, Springer sur la Démocratie et ses typologies, on ne peut qu’en être scandalisé qu’il faillisse à ce point à sa tâche de philosophe. A moins qu’il ne se soit fait lui-même idéologue de cette terreur dissimulée qui déferle sur le monde et qui a nom néolibéralisme.

La peur, du point de vue philosophique, Pierre-Henri Tavoillot, éd. Frémeaux & Associés, mai 2018, 3 CD MP3, durée d’écoute : 3h 34 minutes, 29,99 euros, ASIN: B07CRN5CPZ

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