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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 10:00
Dans quelle société vivons-nous ? (4/10)

Le pouvoir politique contemporain est un média symbolique de troc.
Il s’exerce par des processus langagiers tournant autour d’attentes et de revendications.
Les partis intègrent les demandes des groupes sociaux et/ou moraux qui fondent les thèmes éligibles au débat public, pour les intégrer dans leur programme.
Ces demandes, bien évidemment, n’accèdent au statut de programme qu’à la condition d’êtres formulées et pouvoir êtres rétribuées en argent ou en droits.
Le droit et l’argent sont ainsi les deux médiums symboliques du fonctionnement social des démocraties contemporaines.
Par parenthèse, dès lors qu’un système est vicié (une hyper-présidence par exemple, vidant de sa substance le travail parlementaire), il perd de « l’énergie », et l’argent devient l’ultime moteur des choix politiques.
Par ailleurs, plus les systèmes qui structurent nos démocraties se différencient, plus s’élargit la demande d’intervention politique : sa base s'accroît, tout comme s’élargissent les modalités de son intervention dans le champ politique. En sorte q’un nombre toujours plus grand de personnes ou de groupes interviennent dans le champ politique (Nicolas Hulot en est une caractéristique, pas David Douillet), déjouant le pessimisme selon lequel le politique serait tombé en désaffection au prétexte de l’effritement électoral lors de certaines consultations politiques – l’abstention est aussi une forme contemporaine de l’engagement politique.
Enfin, la tendance du système politique à se surcharger politiquement et organisationnellement menace son énergie, si bien qu’un Etat qui souhaiterait occuper tout le centre de la vie sociale et politique d’une Nation (ainsi que ce fut le cas en URSS) nuirait gravement à la vitalité fonctionnelle dudit système.
joël jégouzo--.
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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 18:25

Dans quelle société vivons-nous ? (3/10)


L’opinion publique s’organise selon deux types de distinctions.

La première est temporelle et se caractérise par des événements qui ont été distingués sur des critères de nouveauté et de discontinuité par rapport à la routine quotidienne. L’opinion publique trouve alors à s’énoncer selon des événements répondant à un cahier des charges spasmodique. La deuxième distinction est subordonnée à un impératif de quantité – non nécessairement objectif-, et requiert la consolation statistique pour identifier les thèmes candidats à l’appréciation médiatique. Cette appréciation décerne en retour une sorte de certificat politico-social aux thèmes retenus. On peut imaginer, évidemment, toutes les formes possibles de manipulation à ce niveau. Dont celle de faire main basse sur une énonciation indéterminée hantant l’espace public, pour la renforcer et la reformuler afin qu’une communication puisse se faire et qu’une décision politique puisse être instruite. Mais si les médias peuvent manipuler cette construction, ils ne peuvent, au sens strict, nous dire comment il faut penser ou agir. Ils ne font qu’instruire des informations, promouvoir des formes verbales pour que la communication s’effectue et que les événements soient sélectionnés. La vraie fonction des médias, encore une fois, est de structurer les thèmes qui pénètrent l’opinion publique, pour «aider» la société à «choisir» les événements susceptibles de devenir un débat politique. Là est leur responsabilité.joël jégouzo--.

Lorenzetti Ambrogio, Allégorie du Bon gouvernement (1337-40), Palazzo Pubblico, Sienne

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17 novembre 2009 2 17 /11 /novembre /2009 11:41
Dans quelle société vivons-nous ? (2/10)

L’opinion publique, n’est que la forme prise en France par la nécessité de sauver les thèmes d’une opposition politique capable de garantir la démocratie.

Rappelons que ce qui est fondamental, dans les démocraties "modernes", c’est la fonction d’opposition. Or en France, cette fonction n’a pas été assumée par la gauche socialiste et en outre, l’ouverture sarkozyste s’affirme comme la volonté de mettre fin à cette vertu d’opposition sans laquelle aucune démocratie digne de ce nom ne peut survivre.

Reste la maturité politique d'une opinion publique moins sotte qu'on ne l'imagine. Même si cette opinion publique masque les mouvements sociaux -au sens large qu’ils peuvent prendre dans nos démocraties avancées, des revendications des homos à celles des sans-papiers-, Mouvements sociaux qui sont les minorités morales qui instruisent ces thèmes.
Ce qui a pour conséquence que les médias exercent un effet de filtre sur ces thèmes, les laissant s’épanouir ou les étouffant pour renforcer la puissance publique aux dépens de la société, ce qui est bien souvent le cas en France.
Car les grands médias français ne comprennent qu’une dimension du politique, celle selon laquelle c’est dans l’Etat qu’il se concentre.
Or s’il est vrai que la politique est orientée vers l’Etat, elle ne peut s’y dissoudre.
En outre, le thème qui décline cette conception de la politique, celui de la légitimité, si souvent repris par les politiciens et leurs commentateurs, est non seulement mauvais mais dangereux, car il réduit de fait la complexité du débat politique.
L’opinion publique est l’expression instrumentalisée d’un tel débat, en réalité porté dans son intégrité et son intégralité par les minorités morales évoquées plus haut. Elle se constitue ainsi en médium où infusent les idées, les impressions, les désirs auxquels les media vont donner forme.
Car les médias ne transmettent rien : ils structurent les thématiques immergées dans l’opinion publique, "pour" la population – une invention politique pour le coup, que se partagent les médias et les institutions politiques.
Pour rappel, cette idée de population est celle qui, comme l’a clairement explicité Michel Foucault, a pris lieu et place de l’idée de Peuple. Il n’y a plus de Peuple français, catégorie relevant du politique, il y a en France des populations, à savoir des catégories biologiques ou biologisées (jeunes, vieux, ados, femmes, immigrés, homosexuels, etc.), enfermées dans des dispositifs sécuritaires. Car ces populations sont devenues les sujets et l'objet des mécanismes sécuritaires
.--joël jégouzo--.
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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 12:06
Dans quelle société vivons-nous ? (1/10)

La gauche est à reconstruire. Est-ce si certain ?
Ou pour le dire crûment, de quoi avons-nous réellement besoin ?
D’une Gauche ou d’une vraie Opposition ?
Quoi qu’il en soit, il nous faudra d’abord trouver de nouvelles narrations politiques pour y parvenir, au sein desquelles la question du pouvoir sera la question la plus urgente à poser. Or si partout l’on peine à repenser cette question, peut-être est-ce parce que l’on ne dispose pas de moyens adéquats pour décrire la société dans laquelle nous vivons.
Comment la décrire ? Avec quels outils théoriques ?
Le problème serait-il toujours celui d’une régulation des rapports entre France d’en haut et France d’en bas ?
Mais depuis 1789, l’Etat n’est plus identique à la société et ne peut en conséquence la représenter. Et parce qu’il ne lui est plus identique, tout le problème depuis aura été celui de la limitation de son pouvoir. Or c’est en divisant ce pouvoir entre gouvernement et opposition qu’on a fini par le limiter convenablement. La vérité d’un état démocratique réside là : dans la nécessité d’un sommet contingent, labile.
Cette déstabilisation fondatrice de la puissance suprême est l’essence même du caractère démocratique de nos sociétés
, qui inclut dans le pouvoir politique la particularité de valeurs nécessairement opposées.
De sorte que ce qui est fondamental, en politique, c’est la fonction d’opposition.
Or en France, cette fonction n’a pas été assumée par la gauche socialiste. On peut en outre interpréter l’ouverture sarkozyste comme la volonté de mettre fin à cette vertu d’opposition sans laquelle aucune démocratie digne de ce nom ne peut survivre.
C’est pourquoi l’électorat a dû récupérer et devra récupérer demain pour son propre compte ce principe d’opposition.
En attendant, faut-il reconstruire une Gauche capable d’opposition ? Quand la social-démocratie que la Gauche de pouvoir nous a accommodée n’aura été qu’un social-libéralisme en trompe-l’œil ? Que faire de cette Gauche qui s’était convaincue depuis longtemps qu’elle ne pouvait changer la vie ? Que faire de cette gauche qui avait tenté de battre la droite sur son propre terrain : plus de richesse, moins de protection sociale. Que faire d'une gauche qui avait cru que la classe moyenne avait définitivement triomphé non pas de la misère, mais des pauvres ? Qui affirmait presque que nous allions enfin pouvoir, entre nous, redistribuer les parts du gâteau ? Déjà elle rêvait de conduire une politique soustraite du fardeau des pauvres. Un vrai Speenhamland dont l’idéal se mesurait à l’aune de la poussée de la précarité en France et de son acceptation : la dissolution du peuple de gauche. Dissolution aidée, accentuée par les médias (à coups de sondages d’opinion), lesquels, pareillement, n’ont plus voulu assumer leur fonction d’opposition pour goûter à leur tour aux ors du pouvoir...

Bande à part, de Jean-Luc Godard, 1964.
Deux jeunes marlous se hasardent dans un hold-up minable en compagnie d'une jeune fille candide – à voir comme un hommage aux séries B hollywoodiennes, plutôt qu’une allusion aux tentatives d’escroquerie minables sur la vie politique française contemporaine.
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13 novembre 2009 5 13 /11 /novembre /2009 12:58
Publication savante, animée par un bataillon d’universitaires. Cette parution du Manuel a déjà le mérite d’éclairer explicitement le basculement opéré par Proudhon dans son positionnement politique : il y a en effet un avant et un après 1848, dont le Manuel est la parfaite caisse de résonance. Avant 48, Proudhon militait encore pour, disons, la mutualisation des efforts entre bourgeoisie vertueuse (productive) et classes travailleuses. Avec l’échec de la Révolution de 1848, il radicalisera son engagement pour ne fonder ses espoirs que dans la classe ouvrière. Mais en 1858, déçu par celle-ci après l’avoir été par la bourgeoisie industrieuse, il fuit la France. Que s’est-il passé ? L’appareil critique déployé autour de cette publication est un peu court sur cette question. Faute sans doute d’épouser avec Proudhon le même manque de discernement dans l’analyse politique, ou plutôt, de ne pas disposer des descripteurs adéquats autorisant une compréhension plus fine de la société –autant celle que vit Proudhon, pour ce qui le concerne, que la nôtre, pour ce qui importe quant à la fortune de cet essai et ses usages possibles, aujourd’hui. Peut-être est-ce aussi parce que l’opus s’appuie beaucoup sur le Journal de Proudhon pour fournir les éléments de compréhension de la démarche de l’auteur.
Cela dit, il y a un bel effort pour rendre compte du paysage éditorial de l’époque, par exemple. Le contexte est celui d’un élargissement de la base des spéculateurs aux bons pères de famille. Tout le pays est alors saisi de fièvre boursière, et l’on croit sincèrement que la financiarisation de l’économie et la démocratisation de la Bourse vont lui assurer un destin exceptionnel. On multiplie en conséquence les traités et manuels de spéculation appliquée, constituant un véritable segment d’édition passablement en vogue. Proudhon rédige tout d’abord un ouvrage sans ambition affirmée, qu’il reprend sans cesse, jusqu’à bientôt l’investir d’une plus grande attente intellectuelle. Et déjà il pose la question de la moralité des marchés boursiers, dénonçant une Bourse très peu patriote («le bourgeois n’a pas de principe, il a des intérêts»), déjà son analyse laisse entrevoir une très forte assignation morale, Proudhon opposant au dévergondage des boursicoteurs la probité ouvrière. Le livre connaîtra un gros succès commercial et fort de ce succès, Proudhon pensera quelques temps avoir porté un coup terrible au fléau boursier, imaginant que son petit essai allait être «une tache d’huile sur le système». Il n’hésita du reste pas à affirmer de ce système qu’«il ne s’en relèvera(it) pas». Mais il s’en est relevé. L’analyse critique aurait dû commencer là. Paul Jorion, philosophe, anthropologue, vient malheureusement clore toute réelle réflexion en mettant l’accent sur l’articulation morale de l’argumentation proudhonienne. Sa conclusion est faible : l’appel à la moralisation de la finance… Un appel qui, sans peine, trouve sa place dans la bouche d’un Sarkozy. La postface se fige dès lors dans le sentiment que, faute d’avoir entendu la leçon de Proudhon, nous serions toujours prisonniers du théâtre d’ombre qui se joue à la Bourse. Moraliser la finance, plafonner le bonus des traders… On connaît le refrain, repris en cœur jusqu’au sommet de l’état. Laissant parler l’anthropologue en lui, Paul Jorion nous invite, dans une monumentale vision de notre trajectoire humaine, à réaliser que «notre espèce a émergé de l’animalité brute pour ce qui touche au politique en exigeant avec la démocratie que la politique soit morale», et qu’en conséquence, notre échec à l’heure où nous sortons presque déjà de la crise financière, serait d’avoir accepté une «finance amorale qui dévoie le politique en permanence en le soumettant au pouvoir de l’argent ». Et de convoquer les vieilles marottes anthroposophiques sur les conditions morales de notre arrachement à la condition animale, ou l’assignation rétrograde du libéralisme du XIXème se représentant l’économie comme reflet de la nature, jusqu’à ressortir de ses cartons la vieille articulation liberté-égalité qui structura jadis, en effet, un important débat autour de l’œuvre de Tocqueville, voire, plus singulier encore, nous posant la question de savoir comment nous réagirions si nous découvrions que la politique était immorale quand, depuis au moins Machiavel, nous savons que la finalité du politique n’est pas la morale mais la prise et la conservation du pouvoir et que l’argument moral, en politique, ne relève au mieux que d’un marketing (on se rappelle la campagne de Chirac sur le thème de la fracture sociale… Qui, sérieusement, y a vu autre chose qu’un effet de communication?)… Bref : à déployer les outils conceptuels du XIXème siècle pour rendre compte à la fois de ce siècle et du nôtre, c’est en fin de compte fourvoyer l’analyse intellectuelle dans des impasses déprimantes. C’est dommage, car encore une fois, il s’agissait d’une publication érudite qui méritait de meilleures conclusions. L’intérêt d’un tel égarement est toutefois de nous permettre de réaliser qu’en France, les outils de description de la société ne sont bien souvent jamais les bons… Le problème aujourd’hui est bien celui-là, et non d’accepter ou de refuser des finances immorales. C’est dans le champ des théories de la société qu’il faut œuvrer, voire en amont, dans un ressourcement épistémologique qui autoriserait de faire appel non pas aux vieux fonds anthropologiques mais aux autres domaines de la pensée, telle la biologie neuronale qui renouvela entièrement le champ des sciences sociales aux Etats-Unis, pour nous permettre d’aiguiser des outils de description de la société plus en adéquation avec son développement. Le problème de la Bourse serait alors moins de la moraliser que de savoir à quelle fonction spécifique elle répond, ainsi que de savoir dans quelles opérations (théorétiques) elle se formule, selon quel code, pour découvrir comment elle construit et structure sa réalité. Tout un langage en somme, renvoyant à l’idée que la société, aujourd’hui, se caractérise par sa différentiation fonctionnelle et la multiplication de sous-systèmes hautement spécialisés, travaillant à l’intérieur de celle-ci indépendamment les uns des autres. Ainsi, il faudrait commencer par comprendre qu’il n’y a pas de sens transcendant, et au lieu de supposer une hiérarchie dont tout découlerait (la morale), il vaudrait mieux faire l’effort d’expliquer en quoi les différents sous-systèmes se «ressemblent» tout de même, c’est-à-dire tenter de mettre en évidence leurs couplages structurels. Une autre approche, à l’évidence, qui expliquerait plutôt qu’elle ne déplorerait.
joël jégouzo--.

Manuel du spéculateur à la Bourse, une anthologie, de Pierre-Joseph Proudhon, introduction Vincent Bourdeau, Edward Costleton, Georges Ribeill, Postface Paul Jorion, éditions è®e, coll chercheur d’ère, Documents, oct 2009, 160p., 15 euros, EAN : 978-2-915453-52-2
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12 novembre 2009 4 12 /11 /novembre /2009 12:49
Mépris, menteries benoîtes, falsifications éhontées de l’Histoire (voir le ridicule 9 novembre de Nicolas), auxquels ajouter l’incroyable diatribe du député Raoult contre Marie Ndiaye (http://bibliobs.nouvelobs.com/20091109/15794/eric-raoult-rappelle-marie-ndiaye-a-son-devoir-de-reserve) . Le tout énoncé dans une langue d’une vulgarité sans borne…
Combien de temps encore, nous prendront-ils pour des crétins ?


 « Au commencement, il y a la colère » (Act Up). Quelques hommes en colère qui voient mourir par milliers leurs compagnons, leurs amis. Avant cela, la colère de l’abbé Pierre au cours de l’hiver 54. Et bien avant encore, les vagues successives de colère des femmes, une moitié du ciel dissimulée dans la brume. Aujourd’hui, on pourrait multiplier à l’envi, tant les raisons de se mettre en colère sont nombreuses dans la société française contemporaine : les chômeurs, les précaires, les stagiaires, les sans-papiers, les immigrés et toutes les victimes de ces discours puérils et sots du pouvoir politique… L’on n’en finirait pas d’énumérer les groupes susceptibles d’en rallier les rangs.

«Notre sort dépend maintenant du degré de colère que vous pourrez atteindre», affirmait L. Kramer, le 14 mars 1983, (repris dans New-York Native), lors d’une réunion d’Act Up N.Y.
La figure de la colère fut forte chez Act Up. Elle structura le mouvement,  comme rite constitutif d’un groupe en marche vers son identité. On se rappelle l’équation : SILENCE = MORT, COLERE = ACTION, ACTION = VIE. Il n’est que de relire le livre de Didier Lestrade - ACT UP : Une histoire - pour comprendre à quel point Act Up ouvrit, dans le champ des luttes sociales, des modalités novatrices qui, dans une large mesure, ont bouleversé et le militantisme ronronnant des années marxisantes, et la contestation publique d’une France endormie sur d’éphémères conquêtes. L’intelligence d’Act Up, entre autres, aura ainsi été de n’en pas s’en tenir à la seule lutte minoritaire. Tout comme d’autres groupes historiquement exclus, les femmes, les SDF, etc., les homosexuels parisiens se sont eux emparés du Sida comme d’un révélateur de l’état de la société française. De l’histoire sociale du sida à l’histoire politique de cette société, c’est tout ce mouvement sur lequel il faudrait peut-être aujourd’hui revenir pour comprendre où nous en sommes, politiquement par exemple, et nous convoquer les uns les autres pour dresser l’état des lieux :

Alors, la colère, c’est fini ?
- Devant le danger du silence qui plombe les revendications sociales menaçant l’ordre dominant, faut-il oser la colère, de nouveau ?
- Quel est le prix à payer pour être entendu par les pouvoirs politiques ?
- Entre normalisation et dissidence, où situer la lutte aujourd’hui ?
- Les Lois invitent-elles à une normalisation des contestations jadis radicales ?
- La loi est-elle le meilleur instrument de production d’égalité ou de justice ?
- Quels sont les conséquences, sociales, politiques, de cette mise en forme juridique ?
- Comment construire un problème public ?
- Comment définir aujourd’hui les égalités à l’origine des revendications qui se font jour ?
- Quoi de l’urgence sociale, quand il y a ce réservoir de pauvreté qui la remplit sans cesse?
- Où intervenir ?
- On a eu, lors des grandes luttes passées, des constructions identitaires qui n’allaient pas de soi sociologiquement : femmes, homosexuels, SDF… Et pour chaque «groupe», une stratégie de représentation, tout un travail rhétorique qui pesa sur la définition de la cause et des idées mêmes à défendre. Quoi, aujourd’hui, de l’identité de ce sujet collectif : notre misère sociale et politique ?
- Peu ou prou, ces luttes ont pesé sur la définition du concept d’égalité. Le modèle républicain fonde notre démocratie sur une unité enracinée dans une conception abstraite des individus. Où placer dans ce modèle les différences sociales, culturelles ?
- Les principes fondateurs de la doctrine républicaine sont-ils mauvais ?
- Faut-il changer le cadre de la légalité républicaine ?
- Ou se contenter de changer l’univers du discours politico-médiatique dominant ?
- Etc. …

La possibilité de la contestation ouverte, revendicative, si l’on en croit le sociologue Boltanski, ne trouve à s’épanouir que dans un horizon où ce désir paraît jouable et non risquer de subir un échec. Mais cet horizon ne s’ouvre que normativement, comme espace d’un imaginaire collectif que seule une structure d’écho majoritaire peut déployer. Quelle visibilité lui donner donc, aujourd’hui, pour qu’il puisse prendre forme dans une société dominée par des médias vendus à l’ordre dominant ?
joël jégouzo--.

ACT UP : Une histoire, Didier Lestrade, Denoël, coll. Impact, janv. 2000, 446p., 22 euros, ISBN : 9782207248836
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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 10:50

Combien sont-ils exactement, pigistes, auxiliaires du Public et autres précaires contraints de travailler sans filet ni aucun des avantages consentis aux autres catégories de salariés ? Ecrit dans la tourmente de leur propre précarité, la première mouture du livre d’Anne et Marine Rambach s’emparait avec une rare intelligence d’un phénomène social dont notre société n’a toujours pas voulu prendre la mesure. Pour preuve l’édition de 2009 qui, sans emporter sur le fond de convictions nouvelles, témoigne d’une amplification de la crise. Et pour cause ! Non seulement la société française ne sait plus créer d’emplois, mais cette population disséminée offre une main d’œuvre corvéable à merci, sur-diplômée, professionnelle, passionnée, rémunérée – non, ce n’est pas le mot : dédommagée avec condescendance et mépris. Mais si la précarité des travailleurs intellectuels répond à une logique libérale des plus sauvages et à la vue particulièrement courte, leur sociologie reste à écrire. De façon plus urgente encore au regard des témoignages rapportés dans la nouvelle édition, tout comme au regard de l’extension de la paupérisation qui frappe, en fin de compte, une population qui en d’autres circonstances aurait pu œuvrer sereinement à définir un nouvel avenir français. Anne et Marine Rambach se sont employées en tout cas à nous en dessiner les réalités et les conséquences. Pratiques professionnelles, culturelles, modes de consommation, si l’ouvrage ne se veut pas scientifique, du moins balise-t-il l’opportunité d’une étude qu’il serait bon de mener enfin. Qui sont-ils, ceux dont les difficultés et les choix ne cessent de révéler l’inadéquation des politiques de l’emploi de l’administration française ? Compétents, polyvalents, ces consommateurs hyperactifs de produits culturels à forte valeur ajoutée forment une population symptomatique, sinon homogène, d’horizons à reconstruire. Il n’est en outre pas indifférent d’observer que l’émergence d’une prise de conscience de ce groupe mal défini rencontre une énorme difficulté, liée à l’absence de discours cohérents sur le sujet. Que les médias ne s’en fassent pas ou peu l’écho, au demeurant, ferme toute possibilité de radicalisation politique d’une classe sociale dont le discours pourrait offrir à la collectivité des horizons de pensée novateurs. Un coup de gueule ancien, réactualisé en 2009, sacrément d’actualité.--joël jégouzo--.

Les intellos précaires de Anne et Marine Rambach, Fayard, sept. 2001, 330p., ISBN : 2213609276.
Les Nouveaux Intellos Précaires, de Anne et Marine Rambach, STOCK, avril 2009, 448 pages, 22,50 euros, 978-2234061279.

 

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 09:56

Voilà près d’un siècle que la réception de Weber campe sur l’interprétation de Lehmann, affirmant que sa thèse se voit rarement confirmée par l’analyse des historiens.
Quelle thèse ? Celle d’une conjonction entre protestantisme et capitalisme. Voilà près d’un siècle que la vulgate, y compris dans les milieux universitaires, prête à Weber l’idée que les exclus des grandes charges publiques, cherchent à s’investir dans les sphères marginales des métiers de l’argent. Or rien n’est plus éloigné de Weber que ce type d’assertion ! Le seul objet d’étude que ce dernier s’était fixé n’était autre que celui de la rationalité à l’œuvre dans l’esprit du capitalisme, portée par des hommes de foi très peu marginaux ! Ce que Weber postulait en définitive, n’était rien moins que l’examen d’un principe tiers : la spécificité de la ratio occidentale. Les termes qu’il mettait ainsi en relation, n’étaient pas vraiment protestantisme et capitalisme, mais ce qui, dans l’un et l’autre, relevait de cette nouvelle rationalité. Moins donc ce qui dans la religion protestante l’inaugurait que ce qui avait permis à la religion protestante d’émerger elle-même. Une petite différence, certes, mais qui n’est pas sans importance : on ne peut réduire le capitalisme à de prétendues origines protestantes. Sans doute cette réduction vient-elle, par-delà les malentendus inauguraux de sa réception, de ce que le texte de référence, en France en particulier, est resté celui de 1905, alors qu’il fut largement réécrit dans sa version de 1920. C’est cette version qu’offre Champs-Flammarion.
Mieux qu’une traduction inédite, l’accès enfin donné à la compréhension savante de Weber.
—joël jégouzo--.

L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, traduction inédite et présentation par Isabelle Kalinowski, Flammarion, coll. Champs, janvier 2000, 396p., 5 euros, EAN : 978-2080814241.

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 07:10
Ce n’est certainement pas un exercice auquel se plie volontiers l’historien, que celui de vouloir prédire l’avenir.
E. J. Hobsbawm, le père du Court XXe siècle, s’y est livré avec tout le scrupule de sa science, au cours d’une conversation certes informelle, mais menée avec le plus grand sérieux. Et plutôt que de se hasarder à parier sur un avenir incertain, sagement, mais avec une clairvoyance surprenante, il s’est contenté de dégager les tendances structurante du siècle qui venait, inscrites dans le présent parfaitement identifiable du siècle finissant.
De tous les indicateurs retenus au cours de cet entretien, deux se dessinaient comme particulièrement fondamentaux.
Ecartons donc d’emblée celui de l’effondrement de l’URSS, épouvantail commode des démocraties en manque de souffle, même si, sous-estimée, l’ampleur de cette catastrophe et de ses conséquences nous sont encore largement inconnues.
Le premier indicateur fort tenait au hiatus ouvert entre logique du développement économique et logique politique. Selon Hosbawm, la faillite -pour lui proche en 2000 !-, du fondamentalisme du marché, nécessitait l’intervention conjointe et unanime des Etats. Mais ces derniers semblent avoir perdu leurs moyens de coercition. On assiste même à une sorte de renversement historique. L’Etat moderne, parvenu à son apogée lorsque la protestation sociale s’y institutionnalisa, ne s’impose plus avec la même évidence. Comment, dans ces conditions, ces états « démonétisés » pourraient penser efficacement cette faillite et lui proposer une sortie pertinente ?
Second indicateur fort, dont nous entrevoyons mieux aujourd’hui les contours : l’individualisme libertaire qui régit les marchés ne saurait en rien convenir aux exigences de la politique internationale. A quelques années de distance, la crise financière survenue, on ne peut qu’admirer la clairvoyance de l’historien !
joël jégouzo--.

Les enjeux du XXIe siècle, Eric J. Hobsbawm, entretien avec Antonio Polito, traduit de l’anglais par Lydia Zaïd, éditions Complexe, coll Questions à l’Histoire, mars 2000, 200p., 14,50 euros, EAN : 978-2870278123.
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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 13:33

Quelle nouvelle narration politique rendra réellement justice du sort réservé au grand nombre ? A moins que la misère du monde ne soit, aux yeux des élites politiques, qu’une différence discursive ouvrant la voie aux manipulations textuelles de tragédies dont personne n’a rien à faire.

Le BIP 40 est un baromètre des inégalités et de la pauvreté. Non retenu par l’INSEE. Il témoigne d’une aggravation sans précédent de la pauvreté en France à partir de 2003. L’indicateur élaboré par le Réseau d’alerte sur les inégalités indique une hausse de 5,5% par rapport à 2002. Le précédent record du Bip 40 remontait à 1998. Nous serions entrés dans une spirale morbide d’accroissement des inégalités et de la pauvreté. Les chiffres du Dow Jones et du Cac 40 sont relayés partout dans les médias. Pas ceux du BIP 40. Sous Raffarin, cette spirale a connu un rythme inédit. D’abord sous l’impulsion de la hausse du chômage. Ensuite grâce à une politique monétaire qui favorisa une baisse importante de l’impôt sur le revenu, mais une augmentation des prix à la consommation. Enfin, grâce aux nouvelles conditions de licenciement. L’arrêté pris le 12 janvier 2006 par la chambre sociale de la Cour de cassation autorise désormais le licenciement pour "sauvegarde de la compétitivité de l’entreprise". Une entreprise peut ainsi licencier sur simple étude de prospective, en arguant d’une difficulté qu’elle pourrait rencontrer sur le long terme. Le licenciement économique peut être rendu nécessaire, selon cet arrêté, "pour prévenir des difficultés économiques à venir, liées à des évolutions technologiques et leurs conséquences sur l’emploi, sans être subordonnées à l’existence de difficultés économiques à la date du licenciement". La France est l’un des pays d’Europe où la formation continue est la moins développée, et où cette formation profite d’abord aux plus formés. Seuls 13% de ceux qui n’avaient aucun diplôme ont eu accès à la formation en 2000, contre 51% des bac + 3. Plus de la moitié des cadres supérieurs y ont eu accès, contre 1/5e des ouvriers et 1/3 des employés. Dans les universités françaises, moins du ¼ des populations étudiantes en premier cycle, est issu des familles ouvrières ou d’employés. 12% en 3ème cycle. La population française compte 60% d’ouvriers et d’employés. Selon une enquête inédite (en septembre 2009) des Centres Communaux d’Action Sociale (CCAS) 75% des 667 antennes sondées évoquent une augmentation très rapide des demandes d’aides individuelles depuis le dernier trimestre 2008 (une hausse moyenne de 30% dans 30% des centres). Les aides demandées sont d’abord tournée vers des besoins alimentaires (36% des demandes). Aux populations précaires habituelles s’ajoutent selon les responsables de ces centres des publics nouveaux, inconnus jusque là de leurs services. Près de 20% de ces demandes nouvelles concernent en 2009 des populations salariées. Les pourvoyeurs de repas gratuits sont eux aussi débordés. La Fédération Française des banques alimentaires, qui ravitaille plus de 5 000 associations, enregistre une hausse de plus de 16% de la quantité des produits livrés entre mars 2008 et mars 2009. Dans 250 vestiaires de la Croix-Rouge, le nombre d’acheteurs est en hausse de plus de 15%. A La Fondation Abbé Pierre, la plate-forme téléphonique lancée le 1er juin 2009 a reçu près de 1200 appels de demandent de secours d’urgence, principalement pour faire face aux loyers impayés. Le nombre de dossiers pour surendettement en France a fait un bond de 11% entre juin 2008 et juin 2009.—joël jégouzo--.

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