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5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 06:50

Les enquêtes Générations interrogent, à intervalles régulier, un bel échantillon de jeunes sortis la même année du système scolaire. Grâce à ce dispositif, le Céreq peut rendre compte des changements opérés, autant sur le marché du travail qu’au niveau des formations. Le premier caractérisé par  l’installation d’un chômage massif, et le second par un mouvement non moins massif d’accès aux études supérieures. Et de mettre en corrélation les deux. En matière de formation scolaire et universitaire, le Céreq observe ainsi l’élévation générale du niveau de formation des jeunes, avec une nette augmentation pour les jeunes filles, plus nombreuses à décrocher leur bac déjà que les garçons. De ce fait, on les retrouve en plus grand nombre sur les bancs des universités. Leur présence s’est en outre particulièrement accrue aux niveaux les plus élevés : master et doctorat. La ségrégation éducative semble ainsi s’atténuer. Certes, demeurent les éternels bastions masculins dans les filières scientifiques et industrielles. Les écoles d’ingénieurs par exemple, demeurent massivement investies par les garçons. La place des femmes sur le marché du travail semble également s’améliorer, celles-ci bénéficiant en outre d’un début de rattrapage salarial. Mais quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit qu’en fait ces améliorations sont d’abord le fait de la dégradation de la situation du marché masculin de l’emploi, à commencer par ces citadelles traditionnellement genrées que constituent l’agriculture et l’industrie : des filières de ségrégation qui perdent en fait leurs effectifs… C’est ainsi plutôt cette crise des métiers de l’agriculture et de l’industrie qui donne l’illusion d’une meilleure intégration des femmes dans le marché global de l’emploi… Par ailleurs, leurs progressions dans les autres secteurs de ce marché sont là encore beaucoup liées à la crise : leurs salaires étant inférieurs, leurs employeurs réalisent ainsi des économies à les préférer aux hommes… Lamentable : moins bien payées, elles deviennent plus attractives ! Mais si l’on regarde la croissance des emplois de service, on découvre que pas grand-chose ne change à travers la forte poussée de leur présence dans ces segments sous-payés de l’économie française… Au regard des salaires, on paraît assister également à une réduction des inégalités. Oh, timide : l’écart reste de -11%, alors que les femmes sont globalement plus diplômées que les hommes ! Le très frileux rééquilibrage observé est donc là encore le fait du niveau de formation des femmes, et donc ne rééquilibre rien du tout… Analysé « globalement », il ne rend en outre pas compte du fait que les bas salaires subissent d’année en année une pression insupportable : le salaire moyen des français se rapproche en effet d’année en année du salaire minimum… A peine une poignée d’euros plus élevé ! Et ce pseudo rattrapage se comprend aussi de l’accroissement des plus diplômés dans le marché de l’emploi, les moins diplômés en étant sortis… La convergence des statuts et des salaires s’opèrent ainsi en réalité par le bas, liée à la dégradation du marché de l’emploi masculin plutôt qu’à l’amélioration du sort des femmes…

Et les femmes devinrent plus diplômées que les hommes, Céreq, Bref n0373, 2019, issn : 25535102

http://www.cereq.fr/

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4 avril 2019 4 04 /04 /avril /2019 08:35

Autant le dire, je ne suis guère convaincu par les propos de Sloterdijk, s’affirmant «conservateur de gauche» et stigmatisant cette fois encore une Europe par trop accueillante tout particulièrement au regard de l’immigration en provenance des pays africains, et qui se consumerait désormais en une aide vaine aux pays émetteurs… Alors qu’il lui faudrait tout simplement «désamorcer la bombe démographique» africaine ! C’est faire peu de cas de la responsabilité historique de l’Europe qui, après avoir pillé l’Afrique (qu’elle continue allègrement de piller), devrait dénoncer sans relâche la corruption qu’elle y a installée !  On ne peut qu’être frappé par la violence de ce texte, véritable éructation célinienne, daté de l’année 2016 et réédité ici parmi un ensemble d’autres textes plutôt disparates, sinon décousus et qui tous, au fond, ont pour mission de tenter de réhabiliter notre philosophe érigé à la gloire de plus grand philosophe européen contemporain… On y voit donc Sloterdijk abattre ses cartes, stigmatisant comme jamais l’humain, « toujours prompt à se vautrer dans l’ignominie ». Certes, à la marge et construit, poussé à l’être veule par une classe politico-médiatique jamais en manque d’abjection. Cette courte éructation de Sloterdijk contre les attaques dont il aurait été «victime» en Europe à propos de ses prises de position sur l’immigration, n’a en fait d’autre but que de le disculper d’avoir si mal examiné la question. Et on ne peut être que frappé par la violence  du ton pamphlétaire qu’il déploie pour défendre cette Europe des Traités dont il prétend qu’au fond, elle peut parfaitement fonctionner avec 30% de participation électorale : «l’Europe, affirme-t-il, est une réalité si forte qu’elle n’a pas besoin de devenir populaire». Du reste, elle se passe fort bien des européens, tant ses décrets et lois en bloquent toute contestation… On l’aura compris, Sloterdijk défend l’Europe contre les peuples européens, toujours suspectés de sottises à ses yeux. Et ce faisant, notre philosophe défend une conception particulièrement féroce d’une Europe insérée dans la société mondiale contre le gré de ses populations. Ce qu’il exclut de son champ de réflexion, c’est toujours la question sociale. Et de vilipender ces populations, qui ne savent pas s’élever au-dessus du niveau de «la tribu», à peine à celui, désuet à ses yeux, des «nations», quand en réalité nous devrions tous nous expatriés de ces cadres... La société contemporaine, à son dire, se devrait de ne plus être jamais « nulle part auprès d’elle-même », et perdre définitivement sa capacité à rassembler, un frein autant pour l’économie que «le progrès de l’humanité». Exit les nations, les régions, le sentiment national bien sûr, le sentiment d’appartenance à une histoire : tous consommateurs, il nous faut nous dé-soler, et nous défier des quelques rares médias qui tentent encore de produire l’effet peuple, l’effet nation. En ligne de mire de cette pensée réactionnaire : les mouvements sociaux, néfastes à ses yeux, qui tous tentent encore de créer du Commun. Et Sloterdijk de stigmatiser les rares médias qui essaient de soutenir à bout de bras l’idée de Peuple, en envoyant, affirme-t-il, jour après jour des signaux de stress aux membres de ces communautés. Balayons tout cela, soyons résolument post-modernes, repoussons ces idéaux imbéciles de solidarité, devenons chacun notre propre start-up, communicant exalté de nos gloires éphémères. Enfin… ce n’est pas si certain, parce que Sloterdijk voit aussi dans ce mouvement se dessiner le cynisme qui a perdu les sociétés occidentales. L’éructation est confuse : il faudrait se défaire de ces cadres, pour en accepter un plus ancien, celui de la soumission au philosophe-roi… Ce sont les foules, au fond, que Sloterdijk exècre – le mot n’est pas trop fort. Ces foules incapables de reconnaître les sages et tout particulièrement LE sage éclairé qu’il est, nécessairement placé au-dessus du remugle quotidien, de la multitude imbécile. «Seul le sage éclairé sort de la caverne pour se placer dans la lumière des idées». Alors, face à l’aveuglement universel, il ne reste qu’une seule issue pour lui : contrer cette rage populaire qui a surgi avec et depuis la Révolution française...

Réflexes primitifs, considérations psychopolitiques sur les inquiétudes européennes, Peter Sloterdijk, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, éditions Payot, 15 mars 2019, 172 pages, 16,50 euros, ean : 9782228923613.

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2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 08:28

Inutile de documenter le sujet, les images sont innombrables qui l’explicitent et seul l’aveuglement coupable des médias et de la Justice impose un doute qui ne peut être. Littéralement, les brutalités policières crèvent les yeux. Nous avons libéré les instincts les plus bas de ses forces armées, moins entraînées à combattre la violence qu’à la pratiquer elles-mêmes désormais. Le problème n’est ainsi pas uniquement celui du non encadrement des opérations de maintien de l’ordre, qui toutes sont devenues l’inscription d’un désordre féroce dans la cité, par le fait même des doctrines répressives qui y sont à l’œuvre. Le problème, c’est que théoriquement, la police ne peut exercer de violence qu’à des fins légales. Or ce que l’on découvre aujourd’hui, c’est que cette même police détient, sur le terrain, le pouvoir de définir elle-même ces fins. Les dangers d’un tel laisser-aller sont évidents, tout comme l’ignominie d’une telle autorité ne fait plus aucun doute : ses pouvoirs se sont étendus des «casseurs» aux braves gens, pris indistinctement pour cible. La violence à l’œuvre est bestiale, confuse, gratuite, arbitraire, désordonnée –pesons chacun de ces termes, qui ensemble révèlent une violence chaotique. Au final, la police française s’est mise à la disposition de fins en rien universelles : elle ne fait que protéger le Droit de l’oligarchie qui prétend en outre la commander et dont l’autorité sur ces mêmes forces de police n’est en rien légitime : tout peuple a le droit de manifester son désaccord avec le régime en place. La violence chaotique de la police française n’est ainsi que l’expression d’une violence conservatrice dont le seul but est de protéger les nantis. Walter Benjamin affirmait qu’en tant de crise politique, la police ne faisait que révéler le moment où l’Etat ne sait plus garantir, à travers l’ordre juridique, que sa volonté de détourner les richesses du pays pour le seul profit d’une poignée de parasites, déstabilisant jusqu’au fondement du Droit. Et c’est la raison pour laquelle nos forces de police, car ce sont les nôtres, ne peuvent plus intervenir que dans des situations juridiques confuses. On l’a vu avec l’affaire Geneviève Legay : une manifestation certes interdite, mais des personnes âgées que l’on ne peut charger brutalement, ainsi que le Droit français le commande. Peu à peu, jour après jour, cette crise que le pays traverse vide l’institution policière de sa substance. Sa violence est sans contours précis, sans limites. Une violence chaotique qui témoigne de la dégénérescence de nos institutions et qui procède du caractère problématique du Droit. En outre, l’impunité et le mensonge qui entourent les brutalités policières témoignent de ce que l’état français préparent les corps armés à soutenir les bases d’un pouvoir qui ne saurait désormais être troublé par une quelconque critique, d’un pouvoir qui saura imposer le silence et ses mensonges à une population enfin asservie.

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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 08:07

Voici donc à quoi ressemble l’état français : un conseiller du président, Ismaël Emelien, travaillant à la Loi anti fake news, mais n’hésitant pas à (mal) bidouiller une vidéo pour disculper Benalla en se comportant comme un vulgaire barbouze digital,  une conseillère promue au rang de porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, affirmant le plus tranquillement du monde : "J'assume parfaitement de mentir", et cette lamentable affaire Geneviève Legay, voyant un procureur, un préfet, un président relayer les approximations douteuses d'une presse corrompue selon laquelle, non, Geneviève Legay n'aurait "pas été touchée par des policiers", et ce, malgré l'insistance et le nombre des témoignages, y compris dans les rangs de la police, et de vidéos repoussées d'un geste de dédain par cette même presse et ce gouvernement qui ne tient pour vrai que sa post-vérité hallucinée... L'état français est donc le théâtre des manipulations les plus grossières, qui nous ramènent au bon vieux temps des régimes totalitaires, commandant à son arme de destruction massive de la vérité, l'Education Nationale, qui sort tout juste d'une semaine de la presse au secours de ces médias qui nous font tant honte, de traquer (presque) partout ces infox, ces fake news qui tant nuisent à la démocratie... Fake news dont, rapports scientifiques à l'appui, comme celui de la CAPS/IRSEM (Les manipulations de l'information : Un défi pour nos démocraties - 04.09.18), on nous invite, gravement, à comprendre qu'elles sont essentiellement et dangereusement le fait des réseaux sociaux, non des médias traditionnels et moins encore de la presse papier : "Les manipulations de l'information ne sont pas nouvelles mais ont pris une dimension sans précédent en raison des capacités inédites de diffusion et de viralité offertes par internet et les réseaux sociaux, ainsi que de la crise de confiance que vivent nos démocraties. Ce phénomène (...) menace les démocraties et la souveraineté de leurs institutions." A un point tel que le gouvernement, grand producteur de fake news, n'a pas hésité à promulguer une Loi adoptée le 20 novembre 2018, dite Loi organique contre la manipulation de l'information, que le Conseil Constitutionnel valida le 20 décembre 2018. Au plus vite donc, comme s'il y avait péril en la demeure... Mais que penser d'un législateur incapable de tenir lui-même le fil d'une vérité qu'il ne cesse de compromettre jour après jour ? Que penser d'un gouvernement pareil et d'une Loi pareille, sinon qu'elle visait alors peut-être à nous livrer aux mensonges de l'état et de sa presse ? Et que penser d'une institution comme l'Education Nationale, contraignant ses enseignants à dénoncer la fabrique des fake news, sans jamais aborder le problème de ces mensonges d'état ?

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29 mars 2019 5 29 /03 /mars /2019 08:50

A l’origine, en 1889, 600 pages d’un essai touffu, acheminé de digressions en exemplifications presque gratuites, confus pour tout dire, qui dérouta en son temps ses lecteurs. D’analogies en connexions, de l’agriculture au Moyen Âge au style de Zola, Simmel a voulu construire non pas une magistrale thèse sur la valeur, mais en éclairer le terrain, sinon le terreau, pour au final démontrer qu’en réalité, l’usage de l’argent n’avait qu’un seul but : faire l’économie d’une réflexion sur la valeur des choses et des êtres. L’argent, nous dit Simmel, ne sert qu’à faire l’économie de la prise de conscience des vraies valeurs, en réduisant les valeurs qualitatives à des chiffres, des nombres, du quantitatif. Inodore, incolore, c’est un moyen qui est devenu une fin, qui plus est, à prétention salvatrice. Mais l’argent ne sauve de rien, au contraire : il n’a cessé de nous enfoncer dans la marchandisation de la vie, de toute vie à la surface de la planète, des biens tout autant que des êtres. L’argent n’a cessé de nous corrompre pour reprendre le vocabulaire des Lumières, faisant disparaître dans sa finalité les causes de toute chose. Au point que la question n’est plus de savoir quelle est la valeur de ces choses, mais combien elles coûtent. L’argent dans la culture moderne, écrivait Simmel en 1896, c’est ce que l’on pouvait redouter de plus vulgaire dans le processus d’acculturation de l’humanité : parce que l’argent n’a fait que sanctionner notre renoncement aux vérités, introduisant jusqu’au plus profond du processus de pensée la mécanique sournoise du mensonge et  de la propagande.

Psychologie de l’argent, Georg Simmel, éditions Allia, traduit de l’allemand par Alain Deneault, 78 pages, 7 euros, ean : 9791030410266.

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 09:11

Max Weber avait tenté de légitimer la violence policière : dans un état de droit, seul l’état peut en disposer. Et avec lui, juristes et constitutionnalistes s’étaient précipités dans la brèche : les concepts de Droit et de Justice encadraient la violence d’état et la légitimaient. Une violence étatique qui appartenaient aux moyens, nous assuraient-ils, et non aux fins : pour restaurer un ordre menacé par exemple et donc en vue de fins «justes»... Benjamin reprit à nouveaux frais cette réflexion. La violence étatique est-elle morale, même en tant que moyen ? Est-elle légitime ?  Est-elle juste ? Approfondissant ses analyses, c’est dans la Terreur de 1793 qu’il trouva les racines d’une telle légitimation de la violence d’état, et dans les théories du Droit naturel, bâtissant une sorte de darwinisme mal digéré, qui ne voyait dans la violence qu’un critère de sélection naturel. Mais dans le Droit positif, le nôtre théoriquement, nulle part les philosophes ne sont parvenus à en justifier l’usage. La violence n’est que le résultat d’un développement historique. C’est cela que Walter Benjamin analyse. Quelle est la légitimité de l’usage de la violence étatique ? Cette violence peut-elle garantir le Droit ? La Justice ? Sa réponse est sans ambiguïté : non. Non, parce que le Droit lui-même n’a que faire de la Justice. Que sont les Lois ?  Prenant l’exemple du droit de grève, Benjamin nous aide à comprendre qu’il n’est que le résultat d’un rapport de force, une violence accordée aux salariés pour se soustraire à la violence patronale. Par la suite, les puissants virent bien l’intérêt d’un tel droit : éviter une violence plus terrible, celle de la révolte prolétarienne. Ne pas le reconnaître, c’est interdire tout espace de protestation et risquer bien pire : le renversement de l’ordre juridique. Car qu’est-ce que l’ordre juridique, sinon là encore le résultat d’un compromis. Ou d’une défaite. Ou d’une victoire si l’on veut. Le Droit n’est que cela, rien d’universel, il ne fait que sanctionner un état en suspension dans le vide, ce moment où la «paix» sociale a imposé un nouveau Droit. Dans notre situation historique, et cela crève les yeux désormais, la vraie fin du Droit français est la protection des puissants. Il faut le répéter et l’entendre : la paix sociale n’est que la reconnaissance d’un nouveau droit, d’un compromis. C’est la raison pour laquelle il ne peut y avoir de paix sociale en France : Macron est allé trop loin. La violence de rapine mise en place par Macron dévoile son but ultime : la protection des puissants. Une violence de rapine qui en appelle à la violence de la guerre contre la «violence» des Gilets Jaunes qui est, elle, fondatrice d’un nouveau droit. Et c’est parce qu’elle porte en germe les termes d’un Droit nouveau, démocratique, qu’elle constitue une menace essentielle. La soumission exigée des citoyens par la classe politico-médiatique n’a pour seule but que la conservation du Droit ancien, profondément inégalitaire et sans aucun fondement moral. Théoriquement, le droit positif, qui devrait être le nôtre, se devait de favoriser l’intérêt de l’humanité en chaque individu (Kant). Inutile de gloser : du combat pour la planète à celui d’une vie plus juste, il crève les yeux que le Droit français a pour seule origine la violence. Il y a quelque chose de pourri au royaume de France. C’est cette pourriture que les Gilets Jaunes ont débusquée. Mais pas simplement levée : les Gilets Jaunes n’anticipent pas un bouleversement futur : ils le réalisent ! Et c’est en cela qu’ils sont encore plus dangereux. L’économie néolibérale est dévoilée avec eux et partout elle révèle son visage de bête sauvage, folle de rage parce qu’on voudrait lui tourner le dos. La violence du Droit français a introduit dans nos vies une violence sans fin, instituant, pour le dire avec Benjamin, «comme Droit une fin qui, sous le nom de Pouvoir, n’est ni universelle, ni indépendante, ni délivrée de la violence mais lui demeure intimement et nécessairement liée ». La Justice française, mise à nue, n’a plus qu’une obsession : garantir le Pouvoir en place et uniquement ce Pouvoir. Non la Justice. Mettant à nue la vérité d’un énorme mensonge que Georges Sorel avait en son temps révélé : « Le Droit est le privilège des puissants. Sa tâche est de détruire toute menace, toute opposition ». Notre devoir est donc bien celle que dessine la conclusion de Benjamin : «c’est en dépassant le Pouvoir de l’état qu’on édifie un nouvel âge historique».

Pour une critique de la violence, Walter Benjamin, édition Allia, traduit de l’allemand par Antonin Wiser, mars 2019, 64 pages, 6,50 euros, ean : 9791030410532.

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20 mars 2019 3 20 /03 /mars /2019 07:45

Depuis 1990, la France a connu un essor global du niveau d’études et les salaires en début de carrière ont, dans leur ensemble, progressé. Pour tout le monde ? L’étude du Céreq modère les enthousiasmes. S’il reste vrai que globalement la poursuite d’études supérieures garantit l’accès à des salaires plus élevés, le critère de qualité de l’emploi ne semble plus aussi bien arrimé qu’il ne l’était autrefois au niveau d’étude. On assiste même à un effet de ciseau sur les salaires des diplômés. Certes ceux des grandes écoles s’en sortent toujours le mieux et voient même leur bonus s’accroître. Pour les autres, dans leur globalité, les générations étudiés ont vu leur salaire médian progresser de 75 euros… 75 euros seulement, en 20 ans, serions-nous tenté d’écrire ! Une légère augmentation qui en outre n’a pas concerné toutes les catégories de diplômés. Les évolutions n’ont pas été homogènes : les plus diplômés ont même enregistré un recul net de leur pouvoir d’achat, d’environ 220 euros sur ces 20 ans, particulièrement les M1, qui ont littéralement décroché, tandis que la hausse n’a profité qu’aux diplômes en deçà de la licence, et par compensation du retard pris à ces niveaux de rémunération… Evolutions inverses de pouvoir d’achat donc entre le haut et le bas de la hiérarchie des salaires, entre la génération 1992 et la génération 2010. La dégradation de la conjoncture économique et surtout celle du marché de l’emploi l’expliquent principalement. Rappelons le taux de chômage des jeunes français en 2013 : environ 25% ! Un chômage de masse qui a contribué largement à accroître le décalage entre la masse des diplômés et le volume d’emplois disponibles. Ajoutons également le fait que désormais, ce sont 44% des jeunes qui arrivent sur le marché du travail avec un diplôme d’étude supérieure en poche, contre 27% en 1990 ! Et qu’en outre la création salutaire des licences professionnelles depuis 1999, la mise en place du LMD en 2002, le développement de l’apprentissage dans le supérieur ont multiplié les opportunités de décrocher un diplôme de qualité pour des publics qui en étaient autrefois écartés. Il en ainsi résulté un déclassement pour les diplômés du supérieur, qui pèse aujourd’hui sur leur niveau de rémunération. Au final, cette montée en qualification suscitant des attentes légitimes chez les jeunes, risque fort de provoquer un solide sentiment d’amertume générationnelle : que gagne-t-on à se former ? Rien dans la France d’aujourd’hui semble-t-il, du moins pas grand-chose…

Que gagne-t-on à se former, Céreq, Bref n° 372, 1er trimestre 2013, Arnaud Dupray et Christophe Barret, issn 2553-5102.

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18 mars 2019 1 18 /03 /mars /2019 10:12

L’entendez-vous cette clameur ? Celle des pauvres. Ces êtres en souffrance. Ni  «cassos», ni «RSA». Des êtres humains. Non des parias. Non des coupables. Non des malades. Non des paresseux : la manche, ça ne rapporte rien. Les êtres qui vivent dans la rue n’ont pas choisi d’y vivre : il n’y a aucun confort à vivre dans la rue. On y meurt même très vite en réalité. Les pauvres. Des millions. 14% de la population française. Et beaucoup d'autres basculent, qui survivent au SMIC. Le Secours Catholique observe même le cas d’enseignants vivants dans leur voiture… Ou ces retraités de plus en plus nombreux qui viennent mendier une soupe le soir, parce qu’ils ne peuvent plus faire face ! Véronique Fayet pointe du reste les modalités de calcul du seuil de pauvreté en France, que de plus en plus de professionnels dénoncent : tel qu’il est fixé, il n’est plus pertinent pour décrire cette paupérisation dans laquelle le pays s’enfonce. On assiste en fait à une vraie rupture historique dans notre histoire sociale, qui justifie la peur dans laquelle les classes moyennes vivent désormais, elles qui risquent, en effet, réellement, de basculer dans la pauvreté, comme en témoignent certains indicateurs, comme celui de l’état de santé des français, qui ne cesse de se dégrader. A terme, ce qui se joue n’est rien moins que l’avenir de notre démocratie, bousculée, rabotée, sacrifiée à l’ignoble. Depuis 2008, la grande misère n’a cessé de s’amplifier en France. Entendez-vous son exhortation ? Ce cri qui déjà se joint à celui de la planète, de la démocratie, insultée, bafouée, mise en péril par une poignée de nantis égoïstes. Il y a urgence en effet, et sur tellement de fronts !

Véronique Fayet, La révolution fraternelle –le cri des pauvres, éditions Indigènes, 1er trimestre 2019, 36 pages, 4 euros, ean : 9782375950760.

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15 mars 2019 5 15 /03 /mars /2019 10:50

L’ouvrage commence par un florilège de macronades, dont celui des femmes « illettrées » et mille autres du même acabit, qui ont très tôt révélé au grand jour ce que Macron pensait vraiment des français. Une brutalité calculée, dès le début de son quinquennat, qui aurait dû nous alerter, tout comme l’insultante indulgence des médias à son égard. Le livre récapitule ensuite toutes les attaques portées par le président contre notre système politique, social, économique. Alors certes, l’ouvrage a été attaqué sévèrement, au prétexte qu’il se présentait comme la dernière enquête des auteurs, alors qu’il n’en était pas une, mais une simple récollection de faits. Certes. Et après ? L’éditeur a bien sûr eu le tort de le présenter comme tel. Il n’en reste pas moins utile, en ce qu’il a le mérite de récapituler justement l’action de Macron depuis son arrivée au Pouvoir -pour le coup, on serait en droit de raviver à ce propos la polémique qui entoura la prise du pouvoir par le général de Gaule, lequel, sous couvert de changer de Constitution, fit accomplir à notre République une dangereuse régression politique dont on paie aujourd’hui lourdement le prix. Au fil des pages, passablement documentées, les bras nous en tombent de tant de catastrophes accumulées. Quelques «détails» nous reviennent aussi à l’esprit, comme ce million d’emplois promis par Gattaz en échange des milliards offerts aux patrons… Et à propos de cadeaux, leur accumulation donne le vertige, tout comme ces sommes fabuleuses qui, depuis 2008, alors que le pays se paupérisait, n’ont cessé de témoigner de l’enrichissement hors norme des actionnaires et autres grands patrons français… «En même temps» que nous nous appauvrissions, les riches s’enrichissaient comme jamais auparavant… Que dire aussi des reniements, dont le dernier en date, concernant l’environnement, révélant le poids d’un réseau dont notre homme semble être prisonnier et qui l’oblige… Prendre aux pauvres pour donner aux riches… L’humanité défaite dans un monde abîmé, tel semble être le seul horizon d’un quinquennat dont nous risquons de ne pas nous relever.

Le Président des ultra-riches, Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, éditions Zones, janvier 2019, 170 pages, 14 euros, ean : 9782355221886.

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19 février 2019 2 19 /02 /février /2019 10:46

Depuis 1994, nombre de sociologues n’ont cessé d’évoquer la sécession des élites. Depuis plus longtemps encore, l’INSEE n’a cessé de nous faire croire qu’il n’existait plus en France qu’une gigantesque classe moyenne, satisfaite ou peu s’en fallait, de son sort. No society reprend ces thèses pour dévoiler le projet de l’hyper-classe qui nous gouverne : sacrifier la société elle-même. L’abandon du Bien Commun par les élites, nous étions au courant, même si les médias français, entre les mains de quelques milliardaires, tentaient encore vainement de nous faire croire le contraire. L’abandon des pauvres, depuis Sarkozy nous savions qu’il était En Marche. Le fait nouveau, c’est l’abandon de la classe moyenne, à qui les médias ne cessent de parler de société en mutation au sein de laquelle, à force de sacrifices, elle saura retrouver sa place… Christophe Guilluy parle, lui, de société en rupture, au sein de laquelle n’existe plus réellement qu’un seul ghetto : celui des riches, solidement verrouillé par une armée de policiers. Dans la proximité des Champs-Elysées, les Gilets Jaunes ont pu se rendre compte par eux-mêmes de la véracité de cette analyse… Les Gilets Jaunes ? Christophe Guilluy en parle peu, juste pour affirmer avec raison qu’ils ne sont pas l’expression d’une minorité, mais celle de la société française elle-même qui tente de se faire entendre et qui, elle, sait désormais l’insécurité dans laquelle les riches veulent la plonger et l’abandon dont elle est la victime. Elle, sait à quoi les riches la voue : à la misère, au chômage, mieux : à l’interdiction de l’accès à l’emploi (voyez le taux de chômage des jeunes, une génération entière sacrifiée, bientôt deux, relisez, entre les lignes, même un journal comme le Figaro, qui ne parvient plus à masquer dans ses colonnes qu’en réalité le taux de chômage en France est de 18% -Figaro du 17 août 2017). Cette société bafouée, méprisée, éborgnée, sait à quoi les riches la voue : à l’interdiction de l’accès au logement (voyez comment Paris 2024 va écraser ce qu’il reste de foyers modestes dans cet intra-muros qui ne cesse, d’année en année, de perdre ses habitants). Observez la dynamique de fond qui est à l’œuvre :  cette concentration des richesses entre les mains de quelques nantis –en 2017, les 500 personnes les plus riches de la planète possédaient 5 400 milliards de dollars, soit plus de deux fois le PIB de la France…  Observez le recul de l’activité commerciale, voire de toutes les activités, culturelles, sanitaires, industrielles, économiques, etc., dans cette France périphérique où vit 60% de la population française… Observez le basculement auquel nous assistons : la classe politico-médiatique a beau tenter de nous faire prendre ses vessies pour nos lanternes, nous savons tous que son modèle économique ne veut pas faire société. Ils n’en veulent plus du Bien Commun, ni de la société. Macron, ce représentant de commerce des super riches est très clair :  il est l’agent des supers riches, à leur service, contre l’intérêt de la France. Regardez simplement les chiffres, regardez comment on fabrique du faux espoir en évoquant jour après jour cette sacro-sainte courbe de la croissance par exemple, sur laquelle nous devrions river nos yeux parce qu’elle serait source d’emploi, alors qu’on ne fait que bricoler du mensonge en faisant entrer, aujourd’hui le calcul des revenus de la drogue dans cette fameuse courbe pour la booster un peu (soit 200 milliards de revenus pour la France, près de 10% de son PIB),  demain, ceux de la prostitution ! Quelle farce dans un pays qui ne crée pas d’emplois et dans lequel plus de 600 000 retraités vivent avec les minimas sociaux ! Quelle farce dans un pays dans lequel, depuis 2006, la part des étudiants issus des milieux populaires est en chute libre. Alors oui, le mouvement des Gilets Jaunes, non seulement on en comprend les raisons, mais il apparaît bien à la lecture de cet ouvrage comme l’ultime rempart d’une démocratie en péril. Ils sont le dernier espoir d’une société tragiquement mutilée par des nantis qui ne doivent leur pouvoir qu’au détournement massif des instruments républicains mis en place par une Constitution infiniment blâmable. Ils sont l’espoir d’un ordre plus juste, confronté au chaos des forces de l’ordre jetées contre eux pour semer la terreur. Ils sont une parole de vérité face aux postures républicaines surjouées de la classe politico-médiatique, qui ne parvient plus à cacher le manque total de démocratie dont souffre le pays. Ils sont l’esprit d’une société à venir qui saura briser ce modèle économique de la classe politico-médiatique profondément anti-républicain. Alors certes, nous n’en sommes qu’au début de la recomposition nécessaire des forces sociales et politiques d’un pays exsangue –vous voyez bien que tout est inféodé au pouvoir le plus exécrable que la France ait connu, des syndicats aux représentations vidées de leur sens. Mais un début qu’il faut choyer, qu’il faut protéger, qu’il faut désirer.

No Society, Christophe Guilluy, éditions Flammarion, octobre 2018, 242 pages, 18 euros, ean : 9782081422711.

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