Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 10:22

espagne.jpgC’est une utopie, dit-on ici et là, de croire que nous pourrions changer les choses, quand les moyens dont nous disposons paraissent pareillement dérisoires à ceux mis en œuvre par les puissants de ce monde. Une utopie ? Justement : quelle question pose l’utopie, sinon celle de l’altérité sociale, bouclée dans les discours de la domination sous les formes les plus insidieuses quand elles ne sont pas barbares, à vouloir nous assigner la place si peu reluisante de l’électeur couché, tout juste bon à délivrer quitus à une classe politique qui n’a cessé de nous mépriser au plus profond de nos espoirs en elle.

Peut-être faut-il reprendre souffle d’un plus profond questionnement, insensé, assurément, à vouloir se reprendre du fondement où l’Être se penserait. Qu’est-ce que l’utopie au demeurant, sinon penser l’être comme inachevé et processuel, trouvant dans cet inachèvement sa raison d’être ?

Lévinas pensait que l’utopie constituait par excellence le socle de cette énigmatique région de l’univers qu’est l’être humain. Qu’elle incarnait l’espace de la rencontre en l’homme d’une altérité qu’il ne convenait pas de comprendre dans le champ de l’ontologie, mais celui de l’éthique. Il y voyait très essentiellement la chance pour l’être d’y tenter de s’aventurer non pas en quelque mauvais infini ou de s’enfermer dans une pénible errance, mais d’accéder enfin à la pleine lumière de lui-même. Il imaginait que dans ce pas vers le mystérieux territoire de l’utopie, l’homme saurait y nommer ses raisons d’être. Walter Benjamin l’avait bien compris, qui voyait dans la haine de l’utopie l’expression la plus sensible des défenseurs de l’ordre en proie à la peur de l’altérité. Les sociétés les moins utopiques ne sont-elles pas les sociétés totalitaires ? Voire les sociétés autoritaires ou même les sociétés libérales, prises dans l’illusion de l’accomplissement, du "retour chez soi". Pour Benjamin, le social devait impérativement demeurer travaillé par ce rêve, qui n’était rien moins, à ses yeux, que de repérer les points aveugles de l’émancipation moderne. --joël jégouzo--.

Partager cet article
Repost0
16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 07:18

nakba.jpgDe nombreuses morts, palestiniennes, ont marqué hier la commémoration de la Nakba –la catastrophe- au lendemain des commémorations de la création de l’Etat d’Israël.

La Nakba, l’exil pour les Palestiniens.

Déjà, Mila Saïd Ayache avait été tué vendredi dernier. 16 ans, succombant à des blessures par balles, alors que la police affirmait dans un communiqué laconique que seuls trois protestataires avaient été "très légèrement touchés". Mais l’important dispositif sécuritaire mis en place, des milliers de policiers déployés en renfort à Jérusalem-Est et dans le nord d'Israël, l’armée déployant de son côté sept bataillons supplémentaires en Cisjordanie occupée, montrait à l’évidence que Netanyahou n'entendait pas exclusivement parer aux débordements possibles.

La Nakba. 800 000 Palestiniens forcés de quitter leurs terres en 48. Ils sont aujourd'hui 4,8 millions, avec leurs descendants, à attendre un hypothétique retour. Exilés en Jordanie, en Syrie, au Liban ou dans les territoires palestiniens. Plus de soixante ans après le vote d’une résolution jamais appliquée. La résolution 194 du 11 décembre 1948 était pourtant on ne peut plus claire, qui, en particulier dans l’article 11, "décidait" -les termes mêmes de l’article-, "qu’il y (avait) lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé (…)".

Ils attendent toujours. Depuis 1948. Date de la création de l’Etat d’Israël, dont les conséquences indirectes furent terribles pour les populations arabes vivant en Palestine : celle-ci fut purement et simplement rayée de la carte, et une grande partie du Peuple palestinien contraint à l’exil. Plus de 500 villages palestiniens furent en effet détruits. Pourtant la déclaration d’indépendance d’Israël de 1948 disait : "Nous tendons la main de l’amitié, de la paix et du bon voisinage à tous les Etats qui nous entourent et à leurs peuples. Nous les invitons à coopérer avec la nation juive indépendante pour le bien commun de tous. L’Etat d’Israël est prêt à contribuer au progrès de l’ensemble du Moyen Orient."  
Ils attendent donc, au mépris de la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies du 29 novembre 1947 adoptant, à la majorité des deux tiers, le plan de partage de la Palestine qui prévoyait la création d’un Etat juif, d’un Etat arabe et d’une zone "sous régime international particulier".

Ils attendent toujours. "Nous devons empêcher à tout prix leur retour ", déclarait David Ben Gourion, le 16 juin 1948. Une résolution tenue, pour le coup. --joël jégouzo--.

 

 

Résolution 194 de l’Assemblée générale de l’ONU (11 décembre 1948)

texte intégral de la résolution.

Image d’archives, l’exil palestinien et les camps de réfugiés, 1948.

http://www.voltairenet.org/article153320.html

 

ps : L’AFP a rapporté que la Knesset (le Parlement israélien) a adopté une loi controversée qui pénalise les organismes qui commémorent la "Nakba". Le projet de loi --présenté par le parti national-populiste Israël Beiteinou du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman-- a été définitivement adopté par 37 députés contre 25, a indiqué l’AFP. La nouvelle loi prévoit des amendes pour les organismes financés par des fonds publics, telles que des municipalités et des institutions éducatives, qui marquent chaque année le "deuil" de la "Nakba" ou qui soutiennent à cette occasion des activités qualifiées de "contraires aux principes de l'Etat" israélien. L’Association pour les droits civiques en Israël (ACRI) a exprimé son mécontentement à travers un communiqué : "Cette nouvelle législation vise avant tout la minorité arabe israélienne, ce qui contredit les valeurs fondamentales de la démocratie et de la liberté. (...)
"En pointant du doigt les citoyens arabes israéliens, en les décrivant comme dangereux et déloyaux vis-à-vis de l'Etat, certains tentent d'imposer leur vision et leur interprétation de l'Histoire", a déploré l'organisation.
Pour rappel, les Arabes israéliens sont au nombre d'1,55 million, soit 20,4% de la population d'Israël. Ils sont les descendants des 160.000 Palestiniens restés sur leurs terres après la création de l'Etat d'Israël en 1948.

Partager cet article
Repost0
12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 09:43

domination.jpg"On préfère un système de domination dont on maîtrise les usages à une liberté imprévisible".

 

Bétracice Hibou, qui a longtemps étudié le cas de la Tunisie, reprend ici à nouveaux frais tout ce qui a été pensé sur la question, depuis Weber en particulier, dont elle se revendique.

Approche totalisante donc, intégrant l’économie comme construction sociale, ce que nos chères élites politiques ont oublié.

La démarche est d’emblée intéressante, qui affronte des situations historiques étrangères les unes aux autres pour tenter de révéler ce qui nous sépare de ces histoires, celle de l’Allemagne nazie par exemple, ou de la Grèce Antique.

Armée de Weber et Foucault, la question qui nous est posée est celle de savoir quels intérêts nous trouvons à obéir à des contraintes qui souvent nous plient, un genou en terre. Réponse : le besoin de vivre une vie "normale". Qu’entendre par là ? Une vie sans histoire ? En un sens oui : vivre sans heurt tant la révolte est difficile, demeurer passif pour préserver son existence. Vivre en creux des règles établies, quelles qu’elles soient, en s’en accommodant, ce qui implique certes la soumission, mais n’exclue en rien l’écart du cynisme, du scepticisme, voire de l’indignation distinguée, sinon conformiste, tous ces ajustements à la marge qui permettent de n’avoir pas trop honte de ce que l’on est. Mais fondamentalement : accepter ce qui est, à savoir, la terrifiante normalité.

D’autres avaient poussé la même analyse dans des situations qui nous paraissent aujourd’hui extrêmes, comme cette étude de Christofer Browning sur le 101ème bataillon de réserve de la gendarmerie allemande, premier lancé dans l’extermination des juifs, qu’ils tuaient en masse avec des moyens artisanaux, armés de leurs seuls fusils. Aucun des membres du bataillon ne ressentait de haine particulière à l’encontre des juifs, ni n’adhérait à l’idéologie nazi. Lors de leur audition, après la guerre, ces hommes ordinaires expliquaient très sincèrement qu’ils avaient accompli leur tâche en tentant d’y apporter le perfectionnement technique qui la rendait supportable et que la force du conformisme aidant -sous le regard des autres il est difficile de se soustraire-, ils s’y étaient "résignés".

Dans d’autres situations, ailleurs, on voit comment cette terrifiante normalité finit par banaliser des comportements intolérables, comme dans le cadre de cette montée de l’islamophobie en France, impulsée par le sommet de l’Etat comme un sentiment tout à fait normal, sinon recommandable.

Et cette normalité, encore une fois, peut très bien s’accommoder de mécontentements, d’inquiétudes, de récriminations. L’adhésion n’est jamais pure à ce qui arrive. Et il n’est même pas besoin que l’Etat vous achète pour rentrer dans le moule, faire le gros dos en attendant que cela passe. Les historiens ont voulu un temps nous faire croire qu’Hitler avait acheté les allemands par l’élévation de leur niveau de vie et que cette contrepartie à elle seule expliquait le silence du peuple allemand. Mais toutes les récentes études montrent qu’il n’en fut rien en réalité, que l’économie artificielle des nazis ne créa que très peu de richesses, vites confisquées par les habituels nantis, sinon par le biais d’une offre d’emploi passablement conjoncturelle, provoquée par une économie militarisée à outrance. En fait, le IIIème Reich fut une variante normale de l’Allemagne du XXème siècle. Une idée avec laquelle nous avons encore du mal à nous accorder, aujourd’hui. Une variante normale, à cette distinction près que le nazisme aura été l’âge d’or d’une normalité autoritaire. Une normalité pour beaucoup fabriquée autour de la mise en place du clientélisme, la raison d’être fondamentale du système politico-économique nazi. Mais on le voit, cette conception de la privatisation de la société n’est pas le propre du régime nazi et ne constitue en rien, par exemple, une anomalie historique : elle est la base même de la construction des démocraties modernes, où le clientélisme illustre à la perfection la capacité du politique à représenter la société par des processus de délégation informelle.

pauvrete2.jpgBien évidemment, pour que les choses tiennent, il faut en produire l’illusion. Tous les staffs de communication des partis au pouvoir savent que le désir, fût-il de paix, est pénétrable aux techniques gouvernementale de la manipulation à travers ces invariants de la domination : la demande d’ordre, de sécurité, de stabilité, de tranquillité. Toutes demandes qui font de la domination une douceur insidieuse.. Ambiguïtés lexicales volontaires, malentendus, sous-entendus, fausses querelles, la domination s’exerce à travers une mise en scène langagière. Et l’on sait bien, dans l’entourage de Sarkozy, comment l’érosion viendra altérer peu à peu les frontières entre le normal et le naturel, en matière de racisme par exemple. A la longue, un consensus se fera jour, qui servira de socle à la production sociale de l’indifférence morale, où l’on voit volontiers se substituer la responsabilité technique à la responsabilité morale (rappelez-vous l’affaire du sang contaminé : responsable, pas coupable).

Parmi ces techniques, la comptabilité nationale, les fameuses statistiques du chômage par exemple, technique exemplaire de production de l’indifférence morale, passant par la mise en chiffres qui est avant tout un processus de mise à distance rendant acceptable l’existence de millions de chômeurs jetés dans l’effroi de la précarité. --joël jégouzo--.

 

Anatomie politique de la domination, Béatrice Hibou, La découverte, avril 2011, 298 pages, 24 euros, ean : 978-2-7071-67668.

Partager cet article
Repost0
11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 05:25
islamophobie.jpgSuperbe analyse de Nacira Guenif dans le numéro d’été de la revue Ravages, qui étudie la généalogie et les déplacements d’usage du terme "beur", vieux de quarante ans déjà, sans que personne ne se soit vraiment interrogé sur la validité de ce qu’il fondait. Un terme promu dans les années Mitterrand, euphémisant la charge ethnique, édulcorant la charge coloniale pour amortir l’origine immigrée de ceux qu’il englobait, des jeunes gens que l’on voulait alors avenants, malléables. Un terme destiné à supplanter dans l’imaginaire national celui de bougnoule, ou de raton, bien que leur usage n’ait pas vraiment cessé dans cette France tout en rose qui offrait à l’arabe de prendre place dans le périmètre national sous un nouveau vocable lénifiant. Une place qu’on lui offrait, certes, mais non sans condition. Beur, c’est-à-dire qu’il lui restait à devenir français -alors qu’il l’était depuis deux générations déjà… Beur, c’est-à-dire qu’il avait à se soumettre, gentiment, à la domestication qu’on lui avait réservée, rien que pour lui, en vue de son assimilation définitive. Une période probatoire en somme, s’ouvrait devant lui, toujours inachevée vers la fin des années 90, et dont on pouvait soupçonner à la longue qu’elle avait essentiellement été conçue pour n’être pas achevée, en ce sens que peu désiraient la voir prendre fin sinon par sa disparition pure et simple, tant le vernis de la double culture que l’on avait un temps encensé (le rap, le slam, le langage des tecis) ne paraissait acceptable que dissout dans la culture française dite de souche, récupérant in extremis ces excroissances désordonnées pour les passer à la moulinette de ses prétendues normes : le tag entrait dans les musées, mais au terme d’un sérieux nettoyage esthétique rejetant loin du musée ses surcharges ethniques.
ravagesL’emploi du mot, analyse encore Nacira Guenif, traduisait aussi un embarras en fin de compte, témoignant de la nécessité de revoir la fable coloniale pour construire un récit post-colonial que l’on sentait partout en gestation, mais que l’on ne s’empressait pas d’accompagner. Car bien que censé incarner les jeunes issus de l’immigration maghrébine, le terme de beur en faisait des êtres sans filiation, sans passé ni avenir –voire sans âge, d’une jeunesse éternellement prescrite, où les enfermer commodément. Être beur, c’était au fond "abolir la part de soi jugée incompatible avec l’entrée en citoyenneté républicaine", à savoir : la part maghrébine.
Que dire ensuite du féminin infantilisant qui émergea avec le succès que l’on sait. "Beurette"… Sinon qu’il sentait à plein nez son relent colonial… Séduisante, fragile, disponible, menacée… Car dans les années 2000, les beurs n’étaient plus ce qu’ils auraient dû être. Ils n’étaient plus gentils, ils n’étaient plus malléables. Ils étaient au contraire devenus menaçants, incontrôlables. L’arabe hexagonal, rétif à toute intégration. Les émeutes de 2005 le manifestèrent spectaculairement, et la beurette vint à point nommé incarner la figure stéréotypée de la femme opprimée. Avec cet avantage immense qu’elle désignait enfin le coupable : le garçon arabe, recyclé désormais dans le thème sécuritaire. La civilisation pouvait voler en toute tranquillité au secours de la charmante beurette, victime désignée du sexisme endémique des banlieues. Le beur était devenu entre-temps le garçon arabe, hétéro violent, machiste, inculte, réactionnaire. Et l’aspiration à l’égalité, à la liberté, des jeunes français issus de l’immigration maghrébine, pouvait rester lettre morte. En mettant au ban des accusés le garçon arabe on en faisait l’économie, disculpant du même coup tous ceux qui aboyaient avec les louves, dénonciateurs de tous bords du sexisme des banlieues, qui s’étaient assurés au passage que tout le monde avait bien oublié que la jeune fille arabe était elle aussi victime de discriminations raciales… Du coup, si l’emploi du mot Beur avait permis de différer l’accès des jeunes issus de l’immigration maghrébine aux droits nationaux, en construisant avec le garçon arabe la figure de l’ennemi intérieur, on pouvait exclure cette fois carrément l’arabe hexagonal du champ des droits nationaux…
Par ailleurs, si l'on évoque volontiers au singulier la figure de la beurette, c'est sous un nombre pluriel que les beurs sont convoqués. Ce point de grammaire qui n'est pas étudié dans l'article en question n'est pas anodin, j'y reviendrai dans une prochaine chronique.
Enfin, ce que n'évalue pas la réflexion de  Nacira Guenif, c'est que l'espace à l'intérieur duquel se sont définis les termes de beur et beurette était laïc, une laïcité qui prétendait organiser leur soumission à des principes pour le moins suspects. Or, aujourd'hui, le chemin parcouru par les "beurs" eux-mêmes a conduit cette même République laïque à recycler leur assignation exclusivement à l'intérieur d'une perception religieuse. L'espace à l'intérieur duquel est stigmatisé l'arabe est religieux. Il y a là beaucoup à réfléchir, qui fera également l'objet d'une prochaine chronique--joël jégouzo--.
 
Ravages, Sale race, été 2011, éditions JB2 & Cie, 160 pages, 13,50 euros, ean : 978-2-755607079.
 
Partager cet article
Repost0
9 mai 2011 1 09 /05 /mai /2011 07:26

orwell.jpgLa revue Agone publie pour son numéro de printemps un dossier tout entier consacré à Orwell –en fait la publication des minutes d’un colloque qui s’est tenu à Lille les 19 et 20 mars 2010 : "G. Orwell, une conscience politique du XXème siècle").

Et certes, il suffit de jeter un rapide coup d’œil sur sa production pour réaliser combien il fut le prototype d’un parcours moins exemplaire que familier des engagements puis des renoncements que le court XXème siècle imposa. Socialiste mais anticommuniste, refusant de croire en un Peuple messianique, anticapitaliste mais sobrement libéral s’autorisant volontiers des accents libertaires, si l’on peut certes apprécier ses prises de position, en faveur de la Palestine notamment, son anti-sionisme le mettant en porte à faux avec la plupart des intellectuels de gauche de son époque, restent de multiples confusions idéologiques qui l’auront empêcher d’y voir plus clair, autant sur la question coloniale par exemple, où la problématique de l’Empire devait rester centrale chez lui (malgré ses dénonciations répétées à la suite de ses voyages en Birmanie), tout comme sur la question de l’Europe, où, cherchant une issue instruisant le fumeux concept d’"Etats-Unis d’Europe", Orwell crut bon de frayer avec la revue Preuves, dont aujourd’hui encore les français sont bien les seuls dans le monde à ne pas savoir qu’elle était financée par la CIA et qu’elle était l’instrument culturel mis au point par les Etats-Unis pour aider à la conversion libérale des élites intellectuelles françaises, à commencer par celles dites de Gauche… Bref, le socialisme démocratique auquel rêvait Orwell, cette fameuse Gauche hétérodoxe redécouverte en France dans les années 70, anti-totalitaire, anticapitaliste (mollement) et anticommuniste, n’aura guère préparé les esprits au renouvellement d’une alternative politique… Au fond, Orwell était avant tout un écrivain, non un théoricien, plus engagé dans la réflexion littéraire que politique. Socialiste sceptique, libéral anarchisant (sic), même si la référence au Peuple resta omniprésente dans son œuvre (ouverte comme espace conflictuel), cette conscience politique flottante qui était la sienne, plus propice à fonder une issue littéraire que politique aux problèmes sociaux, n’est sans doute pas une solution que l’on pourrait creuser aujourd’hui. Et plutôt que de l’enfermer au fond dans un après-coup sans horizon, sans doute vaudrait-il mieux l’envisager dans sa dimension historique, celle d’un passé dont nous peinons à nous relever et dont il faudrait comprendre la raison de cette impuissance à le dépasser. --joël jégouzo--.

  Orwell entre littérature et politique, Agone, n°45, avril 2011, 212 pages, 20 euros, ean : 978-2-7489-0131-3.

Partager cet article
Repost0
2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 07:16

simone.jpgUn débat que ne referma pourtant pas la Loi votée en 1974, tant il paraissait aux participants de l’époque qu’il ne pouvait que rester ouvert au sein d’une société qui ne savait pas trouver les bonnes réponses aux questions qui lui étaient posées. Tout a été dit à ce sujet. Reste, à l’écoute des interventions, un malaise.

Pensé comme droit individuel de la femme, l’IVG prenait place dans une réflexion sur son statut au sein d’une société française en pleine déliquescence, attachée encore à une coutume qui prenait l’eau de toute part. La régulation des naissances, en replaçant d’autorité la femme au centre du débat, ne faisait ainsi que révéler les tranchées d’un univers politique au sein duquel le corps de la femme n’était discriminé qu’en termes de réceptacle biologique, matrice non citoyenne mise à disposition de la Nation pour porter les enfants dont la République avait besoin ! Moins recluse dans sa vocation à la maternité que repliée au fond d’entrailles confisquées, expulsée bien plutôt de cette maternité pour n’être que le contenant d’une résolution moins sociale que nationale, c’est du coup toute la symbolisation culturelle et politique d’une Nation trop vieille déjà que l’on voit à l’œuvre dans ce débat sur l’avortement, dévoilant brusquement à la société médusée le corps démembré de la femme, une cache en fait, aménagée pour accueillir la sanction masculine. Car si cette Loi tentait de parer au danger immédiat des 300 000 avortements clandestins pratiqués chaque année en France, dont bon nombre par ces fameuses faiseuses d’ange armées d’aiguilles à tricoter qui mettaient en danger la vie de centaine de milliers de femme chaque année, si cette Loi tentait de mettre fin en outre à une situation inique et hypocrite qui voyait les riches avorter dans des cliniques privées en Suisse, tandis que les pauvres mouraient entre des mains barbares, si cette Loi se voulait ainsi essentiellement humaine, elle ouvrait aussi une interrogation béante sur ses raisons d’être, à légiférer si tardivement et si incomplètement sur le statut de la femme au cœur d’une société profondément nationale-masculine…

Une société au sein de laquelle la femme ne disposait alors que d’un corps ramené à sa plus simple expression biologique, subissant parfois, littéralement, des maternités de sévices sans parvenir à offrir aux enfants portés le salut d’un amour réellement engagé. C’est cruellement et littéralement cela qui transparaît dans ces débats saturés de malentendus. Cela et l’entrée de la femme dans un univers conscient, ainsi que Lucien Neuwirth le pressent avec talent, au sein duquel elle pourrait enfin vivre des choix assumés, en parfaite égalité avec son compagnon. Au fond, s‘il fallait statuer sur la douloureuse question de l’avortement, ce dont on prit conscience, c’est qu’il aurait fallu depuis longtemps déjà légiférer sur la question de l’égalité réelle des sexes devant la Loi, dans un pays qui vivait encore, sur ce plan là, sous le registre de la coutume. Une Loi mal faite donc, ainsi qu’en témoigne la conscience du législateur d’alors, l’affirmant "provisoire" -ce qui n’est pas le moins troublant du point de vue du Droit et de ses conséquences politiques. Nul n’imaginait en effet qu’elle pouvait être définitive et la situation de la France d’aujourd’hui semble donner raison au législateur d’hier, quand notre pays se trouve toujours dans la fourchette haute des avortements pratiqués en Europe, l’avortement en France ayant fini par banaliser des conduites contraceptives ! Statuant sur l’exception, le législateur laissait ainsi en plan son chantier. Devinant sans doute que la question posée était bien plus profonde que celle du seul désir de maternité. --joël jégouzo--.





SIMONE VEIL - L'INTERRUPTION VOLONTAIRE DE GROSSESSE, DÉBATS HISTORIQUES - ASSEMBLÉE NATIONALE 1974. Direction artistique Lola Caul-Futy Frémeaux, Label FREMEAUX & ASSOCIES, 4 CD.

Partager cet article
Repost0
8 avril 2011 5 08 /04 /avril /2011 09:27

modernite.jpgRacisme d’Etat : on fouille désormais les poubelles de l’Histoire, en attendant que revienne le temps des ratonnades…

La création d’un Ministère de l’identité, puis la circulaire préfectorale contre les Rroms l’annonçaient –une première en France depuis Pétain-, et bien que cette dernière ait été déclarée anticonstitutionnelle par le Conseil d’Etat en vertu de l’article 1 de la Constitution Française garantissant l’égalité des droits de tous devant la Loi, la tentative aujourd’hui d’étendre les prérogatives de l’Etat à la sphère privée en suspendant l’espace public pour littéralement le nationaliser à l’exemple des pires dictatures, au prétexte d’un débat sur la laïcité, confirme l’idée selon laquelle le néolibéralisme de Nicolas Sarkozy rompt de manière inquiétante avec les principes philosophiques qui ont fondé le libéralisme politique.

Par parenthèse, il n’est pas anodin de rappeler dans ce contexte que les propositions issues de l’exécrable débat sur la laïcité falsifient l’idéal républicain français, l’article 1 de la Loi de 1905, que l’on voudrait vider de sa substance, affirmant que «La République assure la liberté de conscience (et) garantit le libre exercice des cultes». Car rien n’indique dans cet article, bien au contraire, que les religions doivent être rejetées dans la sphère de l’intime, bouclée entre les quatre murs de la cellule familiale ou d’un lieu de culte quelconque, toute liberté de conscience impliquant une liberté d’expression que l’Etat français s’est engagé constitutionnellement à respecter, et donc les manifestations des opinions dans la rue, y compris religieuses.

Nous connaissons ainsi en France la forme la moins enviable du néolibéralisme, celle dans laquelle l’accord sur les valeurs communes ne peut venir que de la coercition. De fait, nous ne sommes plus dans un Etat libéral. Les libéraux eux-mêmes devraient s’en inquiéter. La clique au pouvoir a fini d’en trahir les prémisses philosophiques. Car le libéralisme politique était originellement une conception morale du service de l’Etat, fondée essentiellement sur la norme de l’égal respect des personnes. Une norme qui est entrée dans la pensée du monde occidentale il y a des siècles, et en France en tout premier lieu, comme réponse adéquate aux guerres de religion qui ravageaient le pays ! Or voici que sous couvert d’une nouvelle guerre de religion l’on vient de rompre avec cette norme. Car aujourd’hui, non seulement l’Etat n’apporte plus de réponses adéquates aux difficultés que rencontrent les français, mais il est le fauteur de troubles qui divise, attise les haines et dresse des murs d’incompréhension.

Dans le vieil ordre libéral, l’Etat ne devait intervenir qu’en fonction d’une morale élémentaire, susceptible de produire la plus grande quantité possible de valeur commune. Ici, à l’inverse, l’on ne cherche qu’à détruire le plus grand nombre possible de valeurs communes, au mépris du principe de neutralité présenté naguère par les philosophes du libéralisme politique comme le meilleur opérateur de cette conception morale minimale du service de l’Etat. Une neutralité qu’un penseur américain du libéralisme politique, Charles Larmore, décrit volontiers comme un idéal procédural impliquant une neutralité des fins, en vertu de laquelle les principes politiques ne peuvent favoriser aucune des conceptions controversées de la «Vie Bonne» qui orientent intimement les convictions et le destin de chacun au plus intime de son être, à commencer par les convictions religieuses. L’action étatique non partisane par excellence, apte à construire le principe de l’ordre politique enfin abstrait des conceptions controversées de cette Vie Bonne, voilà précisément ce avec quoi rompt le néolibéralisme de Nicolas Sarkozy, pour le plus grand danger de tous. --joël jégouzo--.

 

Modernité Et Morale, Charles Larmore, PUF, 1993, coll. Philosophie morale, 257 pages, 24 euros, 2-13-046045-3.

Partager cet article
Repost0
7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 08:24

inegalites.jpgPrécarité, pauvreté, inégalités et insécurités sociales, le baromètre explose -celui du BIP 40, qui explore soixante indicateurs statistiques pour mesurer le niveau d’insécurité sociale atteint en (f)Rance. Les inégalités atteignent même un record jamais inégalé : les riches se sont plus enrichis que jamais, les pauvres plus que jamais appauvris. Le Président des riches (selon la belle expression de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot) a bien travaillé et peu se montrer crâne : jamais la misère n’aura autant augmenté que sous son quinquennat…

Dans le détail, il est tout de même intéressant de voir que ces chiffres invitent à reconsidérer les discours tenus par les politiques sur le sujet, qui ne cessent de mettre en avant les chiffres du chômage (stable à un niveau très élevé, c’est-à-dire celui du chômage de masse), alors qu’en réalité, il faudrait mettre l’accent sur plusieurs facteurs aggravants, comme celui de la précarité sur le marché du travail, qui n’a cessé de prendre de l’ampleur, et celui de la seule révolution qui ait traversé le corps social français ces dernières années, la révolution urbaine, pour jeter dans la misère des millions de foyers français. Car c’est surtout la dégradation des conditions d’accès au logement qui a marqué l’évolution récente du BIP40. Et si le chômage et la précarité jouent bien un rôle déterminant dans le développement de l’insécurité sociale, le poids des dépenses de logement démultiplié par celui de la vie chère, sera venu à bout des sacrifices que des français pris au piège des discours néo-libéraux et socio-libéraux se sont infligés.

Un constat qui exige que l’on dépasse les polémiques rebattues sur LE chiffre du chômage et surtout, comme l’observent les statisticiens du BIP 40, que l’on refonde de toute urgence les outils d’observation des réalités sociales en France.

On ne peut, de ce point de vue, que regretter amèrement une opposition à la remorque des mauvais débats de la majorité présidentielle, incapable de jeter dans la bataille politique le poids de cette misère de masse, qui devrait être le seul vrai enjeu du débat national aujourd’hui !

president-richesCar le déchirement du tissu social est tel aujourd’hui, que le Peuple français est en danger. Attisé par des idéologies de haine, il va droit dans le mur. Santé, Education, Justice, les inégalités s’amplifient d’année en année, coupant la France en deux, celle des beaux quartiers réduite à une peau de chagrin, et l’immense majorité du peuple souffrant.

 Que l’on examine un peu chaque catégorie évoquée : une Justice dévoyée, au sein de laquelle les politiques sécuritaires (inefficaces) ont pris le pas sur les politiques sociales : on embastille les pauvres faute de vouloir combattre la pauvreté. Le taux d’incarcération en (f)Rance a fait un bond spectaculaire depuis la venue au pouvoir du Président des riches. Et quant aux étrangers, jamais leur situation n‘aura été aussi calamiteuse, avec un taux de reconnaissance du statut de réfugié proche de 17%, son plus faible niveau depuis vingt ans, alors qu’on nous explique partout que le monde va mal et que là-bas, dans un ailleurs de conte de fée, nous secourons les peuples en danger…

L’école républicaine ? Sa démocratisation s’est brisée nette : les inégalités en matière de réussite scolaire ont explosé, le pacte social est, là encore, rompu par l’Etat lui-même.

La santé ? Un luxe, la réforme de l’assurance maladie laissant à la charge des patients une part de plus en plus importante des frais de santé, excluant des soins des millions de français !

ATD Quart-Monde déplorait, dans un Communiqué de Presse fait à Paris, le 3 janvier 2011, que la publication officielle de cette réalité sociale pour 2010, minée qui plus est par une falsification éhontée des statistiques, était sortie en catimini, le Gouvernement choisissant de publier ses chiffres à la veille de Noël, sans même un communiqué de presse, alors que ses propres indicateurs révélaient une brutale aggravation de la pauvreté en (f)Rance, ainsi qu’une spectaculaire augmentation de l’échec scolaire… Combien de temps encore accepterons-nous le silence des médias sur ces sujets, et la partialité criminelle du personnel politique en charge de ces réalités ? --joël jégouzo--.

 

 

http://www.bip40.org/bip40/le-barometre-explose

image : BIP 40, évolution des inégalités depuis 1980.

Le Président des riches, de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, éditions Zones, septembre 2010, 228 pages, 14 euros, ISBN : 2-355-22018-2

http://www.joel-jegouzo.com/article-le-president-des-riches-a-mort-les-pauvres-58319588.html

Partager cet article
Repost0
18 mars 2011 5 18 /03 /mars /2011 11:18

SCHIEBel-copie-1.jpgLes drones autrichiens sont déjà en Libye. Peut-être pas du bon côté, mais ça viendra. Sûrement. Toujours est-il qu'ils sont opérationnels, depuis quelques semaines, en appui de la 32ème brigade placée sous les ordres de Khamis, le fils de Kadhafi. Ils semblent participer activement au massacre du Peuple libyen. Construits par la société Schiebel, dans la banlieue de Vienne, à Wiener Neustadt, ces drôles de petits hélicoptères sont tout ce qu’il y a de plus épatant. La famille Kadhafi en est très satisfaite. En 2009, Schiebel leur en avait vendu quatre –pour les garçons. Aujourd’hui, les Camcopter S-100 surveillent (en ce moment même) les révoltés. Ils volent à un kilomètre au-dessus de leurs têtes. Raison pour laquelle ils ne les remarquent pas. Eux en revanche sont les yeux de la brigade de Khamis Kadhafi, qui peut ainsi savoir à tout moment qui cibler et qui tuer. Huit nouveaux engins auraient dû lui être livrés ces jours derniers. Mais les livraisons ont pris du retard. On comprend pourquoi. L’Autriche honorera-t-elle ses contrats ? Vraisemblablement pas, depuis la résolution de l’ONU. Kadhafi n’en décolère pas du reste, sommant le PDG autrichien de livrer au plus vite le matériel sous peine de représailles. C’est qu’il y a urgence pour lui aussi à présent. En tout premier lieu à cause de la situation qu’il a ouvert sur le front national, celui des massacres des populations civiles. A déployer une pareille violence contre son peuple, un gros malaise a fini par gagner ses troupes. Exposées qui plus est à la pression de l’opinion publique internationale et gagnées par le sentiment que la Libye pourrait bien être libérée dans les semaines qui viennent grâce à la France (!), elles perdent en cohésion chaque jour un peu plus : des soldats engagés dans des opérations pour reconquérir la ville de Misrata ont déserté samedi dernier et sont passés dans le camp des insurgés. Depuis, des dissensions au sein de la Brigade Khamis ont surgi. Par dizaines, des hommes auraient fui le fils Kadhafi, résolu de les faire abattre par leurs anciens camarades de chambrées… Mais il y a aussi urgence à cause de cette nouvelle donne internationale bien sûr, même si, la résolution votée, pour autant, personne n’est encore sur le terrain. Les Etats-Unis n’y vont qu’à reculons, l’Allemagne a dit non (faisant voler au passage le couple franco-allemand) et derrière la France et la Grande-Bretagne, il n'y a pas foule malgré les apparences. Reste la Ligue arabe, porteuse d’une réelle légitimité. D'aucun effet sur le terrain des opérations. La jeune Tunisie semble aussi vouloir courageusement y aller. Et la France, qui ne peut désormais se soustraire à son engagement. La France est donc en guerre. Elle se le doit, pour des tas de mauvaises et de bonnes raisons. Parmi les mauvaises, outre se débarrasser des casseroles que Kadhafi traîne depuis de nombreuses années dans le sillage de la diplomatie française, le désir de racheter une politique arabe pour le moins confuse. Parmi les bonnes, la France devrait pouvoir nous éviter le scénario d'une occupation étrangère, qui aurait pour effet de confisquer la révolution libyenne des mains de ses vrais acteurs. Mauvaise, et toujours à l'ordre du jour dans les démocraties occidentales, la volonté de refermer rapidement la parenthèse du Printemps Arabe. La France voudra donc négocier avec prudence son intervention aux côtés des révoltés arabes : la jeunesse algérienne pourrait ne pas comprendre… Ce serait le comble, non, pour elle, tout comme pour les jeunes français issus de l'immigration maghrébine, de voir Sarkozy devenir le chantre du Printemps des Peuples Arabes, et lancer à l’intérieur de l’hexagone son débat honteux sur l’Islam… Voici qui promet, en répercussions inattendues…

En attendant, des frappes ciblées, ponctuelles, pour éviter une action au sol et désorganiser assez l’armée de Kadhafi pour entrevoir sa déroute rapide et laisser la libération du territoire national aux seuls libyens. Mais EADS contre Schiebel tout d'abord. De drone à drone... Un match qui sera suivi avec intérêt par le complexe français militaro-industriel… –joël jégouzo--.

Partager cet article
Repost0
17 mars 2011 4 17 /03 /mars /2011 09:45

Picasso_Guernica.jpgDans quelques jours, dans quelques heures, des milliers de libyens vont mourir…

  

Le G20 s’y est refusé, l’Union Européenne lui a emboîté le pas : l’Europe n’aidera pas les libyens à se débarrasser de leur dictateur, mieux, elle n’empêchera pas Kadhafi d’écraser leur révolte dans le sang et le laissera tranquillement revenir au pouvoir, malgré les pseudos rodomontades et autres tartufferies de notre Matamore élyséen.

Car Kadhafi est son plus sérieux espoir de mettre enfin un terme à cette révolte arabe qui traverse le monde comme une onde de choc impétueuse. Aucun dirigeant d’aucune démocratie occidentale, solidaire de ce point de vue des pires dictatures, n’a en effet envie de voir cette rébellion des Peuples se propager. Déjà, voici qu’ils nous sortent de leurs chapeaux de vains commentateurs autorisés qui demain nous expliqueront à grand frais que c’est une solution de sagesse que de laisser des populations sans défense se faire massacrer par un tyran, que le pire, sans doute, aura été évité, à savoir, celui de voir une jeunesse par trop tumultueuse ouvrir de bien terrifiantes boîtes de Pandore… Demain on nous expliquera, à grands renforts de communications bouffonnes que cela valait mieux, oui, qu’il valait mieux se montrer prudent et que la Realpolitik devait de toute façon l’emporter sur nos émotions. Demain les affaires reprendront. DSK décernera de nouveau ses compliments au colonel pour la haute tenue de son économie, et dans son appel à la raison, ne manquera pas de souligner combien il est vain, sinon dangereux, de confier au Peuple les commandes des Affaires, quand des dirigeants toujours plus irresponsables savent toujours mieux les confisquer à leur profit.

Il faudrait donc accepter l’écrasement de la révolte libyenne. Une fatalité de plus sans doute, essaie-t-on de nous faire croire. A Bahreïn, déjà, avec l’aide de l’armée saoudienne, les opposants viennent d’être tirés comme des lapins. Des hommes sont morts parce qu’ils demandaient tout simplement plus de démocratie. Les Etats-Unis d’Obama ont salué discrètement cette reprise en main. Demain la bataille de Benghazi verra tomber des innocents par centaines. Dans quelques jours, dans quelques heures, des milliers de libyens vont mourir, des milliers d’autres seront déportés et la population vivra ensuite sous le joug d’un fou devenu furieux. Et les affaires reprendront. La "communauté internationale", son expression insensée, pourra de nouveau respirer. Plus difficilement pour la France peut-être, qui a fait semblant de s’avancer jusqu’aux portes du danger, sur le seul pari de redorer le blason d’un Président guignol qui, au prétexte qu’il savait ne prendre aucun risque (personne n’intervenant, la France s’en tiendra à ses seules absurdes rodomontades), a cru bon une nouvelle fois de gigoter dans tous les sens et nous faire prendre cela pour de la politique étrangère… Plus difficilement pour la France qui n’a cessé de se couvrir de ridicule, à l’image du granguignolesque BHL déguisé en Lord Byron aux portes de Missolonghi, bavassant de phrases creuses en déclarations malingres. L’heure est à la stupéfaction. Et à la honte. A l’inquiétude d’être français s’est substituée l’humiliation de l’être et d’accepter, toute honte bue, de nous laisser traîner dans la boue de nos immondes racines nationales racistes. –joël jégouzo--.

Image : Guernica, "La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements, c'est un instrument de guerre, offensif et défensif, contre l'ennemi" Picasso.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : La Dimension du sens que nous sommes
  • : "L'Histoire, c'est la dimension du sens que nous sommes" (Marc Bloch) -du sens que nous voulons être, et c'est à travailler à explorer et fonder ce sens que ce blog aspire.
  • Contact

Recherche

Catégories