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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 07:30

 

guillotine.jpg"Paris. 17 octobre 1961.

Quand ils sont tombés les uns après les autres, la langue des morts s’est déchirée.

Mais bien avant cela déjà : Mers-el-Kébir, la baie d’Oran. Le fort des Cigognes.

A quoi ressemblait la chambre de Kateb Yacine, le jour où il est mort ? Les hommes pleuraient-ils de n’avoir su l’entendre ?

A l’automne 1961, Frantz Fanon, algérien d’adoption, vivait seul à New York, où on soignait son cancer. Il mourut le 6 décembre de cette même année, sans revoir sa famille, ses amis. Sous sa voix nichaient des millions d’autres, opprimées.

17 octobre 1961. Paris. Des centaines. Morts. On ne saura jamais.

Mais avant cela, Barberouse, sur les hauteurs d’Alger.

La prison des martyrs de la cause algérienne.

Car avant cela, la guillotine française tranchait nos têtes.

Celle d’Ahmed Zabana, à Barberouse.

Cotty lui refusa sa grâce.

Tout comme à Ferradj.

Zabana fit résonner les murs de la prison ce jour là de son cri : "je meurs, mes amis, mais l’Algérie vivra !"

Ferradj, terrorisé, fut traîné à l’échafaud.

Ferradj, l’ouvrier agricole qui ne connaissait pas Alger, ni la grande ville.

Ferradj, L’ouvrier agricole qui avait passé toute sa vie dans une ferme de la Mitidja. Le 19 juin 1966, on l’a traîné vers la mort. Coupable de rien. D’être arabe. Habillé de poussière.

baberouseLes familles des condamnés à mort se rendaient chaque matin devant Barberouse où chaque matin on placardait la liste de ceux qui allaient être exécutés.

Car avant le 17 octobre 1961, l’Etat français exécutait les algériens. Il en avait pris l’habitude en quelque sorte.

Car pour jeter dans les rues de Paris des milliers d’algériens le 17 octobre 1961, hommes, femmes et enfants tremblants de peur et de colère, il en avait fallu de la souffrance, de l’indignation et de l’exaspération.

17 octobre 1961. On ne saura jamais combien sont morts. Cette ignorance est déjà un crime.

Mais avant cela, on envoyait les nationalistes algériens à la guillotine.

Car avant cela, le pouvoir politique français avait accepté que des pouvoirs "dictatoriaux" fussent accordés à Guy Mollet.

Car avant cela, il ne faisait de doute pour personne qu’il fallait recourir aux exécutions capitales pour guérir les algériens de leurs velléités d’indépendance.
Il y eut donc Ahmed Zabana, rendu infirme par ses blessures, exécuté le 19 juin 1956 à 4 heures du matin, et Abdelkader Ferradj, exécuté sept minutes plus tard.
Et la justice française, qui prononça plus de 1 500 condamnations à mort, exécuta 222 militants du FLN, le plus souvent au terme d’une parodie de justice.

Bien avant le 17 octobre 1961. "

Kamel Laghouat.

 

 

Photographie : la prison Barberouse à l’époque coloniale.

Photo de la guillotine d’Alger, la vraie, utilisée dans le film italo-algérien La bataille d’Alger, réalisé par Gillo Pontecorvo. Long métrage en noir et blanc tourné en 1965.

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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 07:51

17oct1961-e2274.jpgAllons-nous cette fois encore commémorer le 17 octobre 1961 dans le vide ? Comme une date sortie du chapeau de l’Histoire, un voyage de mémoire les yeux fermés, saisis de scepticisme et de lassitude ?

Où engager un travail de mémoire à peine entamé sous le couvert des devoirs qui l’encombrent, quand déjà on voudrait qu’il laisse place à quelque attrayant spectacle, déposé de gerbe solennel, ronde des discours convenus avant de céder la place, demain, à quelque autre journée commémorative ?

17octobre1961.jpgQue devient cette mémoire algérienne de la France ? Quels enjeux recouvrerait-elle, quand partout dans le monde, et à commencer par la France, l’un des pays les plus zélés dans cette cause crapuleuse, le racisme anti-arabe n’aura jamais connu autant de succès ?

L’étude d’Edward Saïd parue en 1997, actualisée quelques mois avant sa mort, n’ouvrait-elle pas à un constat plus éprouvant que celui d’une commémoration les yeux fermés, quand le regard porté sur l’Islam par les médias, les hommes politiques, n’aura cessé de gagner en manichéisme brutal, en hostilité, et en bêtise ?

Quel devoir de mémoire nous épingler cette fois ? Y aurait-il par exemple un enjeu éthique à gagner dans cette commémoration ? Ou politique, intéressant notre situation dans le monde contemporain et dont on pourrait dire qu’il pourrait, au fond, l’informer durablement ?

De quoi s‘agirait-il aujourd’hui ? De savoir ce que devient cette trame mémorielle dont on voit bien qu’elle n’est pas capable de nous soustraire à l’inquiétude de voir, demain, un nouveau massacre (Syrte ?) s’affirmer dans l’indifférence générale ?

17oct61Que s’agit-il d’affronter, dans cette nouvelle commémoration ? L’aventure difficile d’interrogations vites tues, posées déjà dans cet ailleurs de la transmission muette d’une histoire dont les livres, seuls, se chargeraient ?

Mémoire collective et/ou mémoire individuelle ? Mémoire savante ou mémoire populaire ? Mémoire officielle ou mémoire privée ? Mémoire sociale ou mémoire identitaire ? Mémoire politique ou mémoire éthique ?

Que l’on me comprenne bien : il ne s’agit pas, cette fois encore, de réitérer les cris d’orfraie habituellement poussés sur le décorum républicain dont on accommode la mémoire du 17 octobre 1961. Ici et là, les archives d’une survie ancienne seront diffusées, empruntant, déjà, les voies de l’assomption du spectateur pour taire que des centaines d’arabes pourraient bien être encore jetés demain dans un fleuve, pourvu qu’il ne soit pas la Seine et ce, dans l’indifférence générale. Or il faudrait, justement, ouvrir cette journée à une réflexion inédite, celle de la pleine signification sociale et politique des raisons de commémorer le 17 octobre 1961. Loin de la déploration, dans l’inquiétude d’une histoire qui est encore la nôtre aujourd’hui. Et nous interroger vraiment sur le fait qu’il n’y ait pas, pour paraphraser Arendt, d’histoire plus difficile à raconter dans toute l’histoire de la France contemporaine que celle-là, semble-t-il.

OCTOBRE_1961_PH-17_20.jpgIl s’agirait de lui reconnaître une place "politique", au sens fort de ce que doit être le lien social. "L’histoire, écrivait Marc Bloch, c’est la dimension du sens que nous sommes". Il faudrait alors instruire ce sens, convoquer à travers son fragile surgissement la forme de cette cité éthique capable de se réaliser dans les conditions de la nature sensible de l’homme. Et nous défiant d’une commémoration de plus, d’une commémoration pour rien, prodiguer une vraie leçon de politique : vivre ensemble. --joël jégouzo--



Le collectif 17 octobre 1961, dont font partie le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples (Mrap) et la Ligue des droits de l’Homme (LDH), a demandé, comme chaque année que “les plus hautes autorités reconnaissent les massacres commis par la police parisienne”.

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 04:34
said.jpgLes éditions Sinbad publient une étude d’Edward Saïd parue en 1997, fort heureusement actualisée quelques mois avant sa mort. Or de 97 à nos jours, force lui aura été de constater que le regard porté par les médias sur l’Islam a gagné en manichéisme brutal, en hostilité et en bêtise. Au point que l’Islam incarne aujourd’hui la menace suprême, la seule –un vrai complot contre l’humanité. Les préjugés orientalistes, révèle Saïd, les suivant au mot près pour en dresser le relevé méticuleux, balayés naguère au terme d’un effort lui-même déjà impensable, ont fait un fracassant retour et jouissent d’une popularité effarante. Rien ne lui échappe, des discours sur la pseudo mentalité arabe (comme si les mondes arabes étaient "un"), à ceux sur la religion et la culture musulmane, subsumées toutes deux sous le même générique (c’est médical) d’un Islam nécessairement radical. Or l’Islam, rappelle Saïd, ne définit qu’une petite part du monde musulman, fort de plus d’un milliard d’êtres humains, est-il bon de rappeler ! Et cet Islam, en outre, n’est pas soluble dans le terrorisme…
Aucun autre groupe religieux ni culturel, démontre Saïd, n’est soumis de nos jours à pareil régime. Et de pointer les intellectuels complices de ce laisser-faire, alors que dans le même temps, depuis 1991, aux Etats-Unis même, un groupe de recherche a été formé, doté de moyens conséquents –on l’imagine !-, qui vient de publier une première conclusion à ses travaux, et en cinq volumes encore, avouant qu’au vrai, toute définition plausible du fondamentalisme est impossible, et qu’on ne saurait l’associer à l’Islam qu’abusivement et en toute ignorance de la diversité des mondes musulmans et arabes… Mais non. Rien n’y fait. L’Islam demeure associé à la haine de toute pensée politique, à l’idée de ségrégation sociale, à celle d’infériorité civilisationnelle, à celle du déficit démocratique, etc. A croire ces médias, l’Islam serait une religion psychotique, dissimulant à grand peine une idéologie néo-fasciste, violente, irrationnelle. Bref, intrinsèquement et parce que ce serait inscrit dans son histoire comme un horizon indépassable (ses gènes, pour un peu !), l’Islam serait une menace pour le monde libre. La dernière même, c’est promis, couvrant les Unes, remplissant les vides éditoriaux. Le tout sans le moindre débat. Chacun y allant de son poncif, de son mensonge, de ses approximations douteuses quand bien même ce chacun appartiendrait à la communauté scientifique. Du reste, observe Saïd, on n’a jamais connu, dans l’histoire des sciences humaines, un tel débordement de bêtise dans le monde universitaire.
Aristotle001Qu’y a-t-il donc derrière une telle unanimité ? Qu’y a-t-il donc derrière cette insistance à souligner le caractère menaçant de la foi, de la culture, des populations musulmanes, sinon un fol aveuglement qui nous détourne de réaliser que les Etats-Unis bombardent, envahissent, occupent les pays musulmans et n’ont cessé d’être en guerre, depuis la Libération, contre les Peuples du monde pour asseoir leur domination !
La couverture médiatique de l’Islam, au fond, obéit à une logique suicidaire, au moins pour les pays qui se sont placés dans le giron des Etats-Unis, sinon génocidaire, à force de construire le musulman comme l’autre de l’humain.
Arabes, islamistes, musulmans, constituent désormais une seule et même cible qui articule une composante fondamentale de la politique de domination américaine. Placer ainsi les musulmans, comme le font les américains, au centre d’une attention thérapeutique et punitive, ne peut qu’inquiéter, ne devrait qu’inquiéter ce monde soit disant libre, qui ne sait faire la part des choses. --joël jégouzo--.
 
Edward W. Saïd, l’islam dans les médias, éd. Sinbad, Actes Sud, traduit de l’anglais (américain) par Charlotte Woillez, sept. 2011, 282 pages, 24 euros, ean : 978-2742-782406.
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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 10:06

WILLIS.jpgComment les enfants d’ouvriers finissent-ils par obtenir des boulots d’ouvriers ?

Paul Willis s’en est posé la question dans une étude magistrale, enfin édité en France…

Comment et non pourquoi : car le pourquoi, on le connaît, tant ont proliféré les études sur la reproduction sociale à l’école. En revanche, en explorant le comment, c’est à l’ethnographie de la classe ouvrière anglaise que s’est contraint Willis, tout autant que ce comment lui imposait d’analyser les discours de coercition que l’école met en place quand elle rencontre une opposition aussi systématique.

Pour y parvenir, Paul Willis a construit son étude depuis "le banc du fond de classe", dix-huit mois durant immergé au cœur du bassin industriel le plus dur d’Angleterre, les Midlands. Et quelle intelligence n’y a-t-il pas rencontrée, ainsi qu’en attestent les nombreux entretiens publiés dans l’étude ! Car s’il explicite bien des parcours individuels d’auto-damnation, l’on aurait tort de s’arrêter à cet aspect des choses, ainsi que le font nos préfaciers. D’une part parce que cette réponse n’est pas si inappropriée que cela –elle construit la sociabilité dans laquelle il leur faudra bien vivre-, et ensuite parce que cette confrontation à l’idéologie méritocratique de l’école en dévoile l’hypocrisie avec une pertinence rare. Rappelant, comme le fait l’un de ces gamins indisciplinés, que le pouvoir de l’école repose en fin de compte sur la loi et la coercition de l’Etat (la police finit toujours par entrer dans l’école pour résoudre les problèmes qu’elle ne sait aborder), l’essai nous montre des gaillards parfaitement conscient du fait que l’école troque très vite et sans vergogne son paradigme pédagogique contre un paradigme moral, pour en appeler à la responsabilité des individus quand sa pédagogie et ses programmes n’offrent plus de prises sur eux. Mystification suprême dans cette forme de l’échange social entre deux mondes sociaux inégaux, que celle qui voit l’objectivité pédagogique disparaître derrière le brouillard du devoir moral, de l’humanisme abstrait et du discours de la responsabilité sociale.

Prodigieuse intelligence aussi de cette contre-culture sauvage, qui sait parfaitement pointer le champ de prédilection de l’école comme étant celui de la zone du formel, auquel opposer nécessairement la zone de l’informel, c’est-à-dire non pas celle du concept et du savoir, de l’ordre des mots et de la pensée, mais au contraire, contre les règles du langage et de la pensée coercitives, glander, sécher, rigoler pour arracher un espace physique et symbolique à l’institution et à ses règlements. La mauvaise conduite en maraude, en quelque sorte, qui pose la question de la légitimité de l’école en tant qu’institution, incapable d’offrir aux enfants d’ouvriers un cadre plus adéquat de formation intellectuelle. C’est enfin la manière dont l’école façonne la culture du travail manuel dans la société anglaise que l’essai explicite avec beaucoup de rigueur. --joël jégouzo--.

 

 

Paul Willis L’école des ouvriers, traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, éditions Agône, Collection L'ordre des choses, 438 pages, septembre 2011, ean : 978-2748901443.

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23 septembre 2011 5 23 /09 /septembre /2011 08:51

rosanvallon.jpg(Le PS entre Pastorale des égaux et gestion des inégalités ?)

 

 

Paru fin août au moment où le PS se réunissait à La Rochelle, l’essai de Pierre Rosanvallon, bien que salué par la Une de Libé, a bien vite été enterré semble-t-il. Il faut changer la société, tançait l’historien, quand la Gauche préférait s’affirmer en bonne gestionnaire d’un pays en crise. Il faut changer la société, sommait l’historien, argumentant avec une folle ambition, documentant son essai avec rigueur et fougue, au point de réécrire au fond toute notre histoire contemporaine, arrimée aux malentendus provoqués par des disputes universitaires d’où il était abusivement ressorti, à la suite d’une lecture hâtive de Tocqueville, que le vrai débat dans nos sociétés démocratiques s’articulait autour du couple problématique égalité-liberté. Dans cette tension insurmontable gisait l’idéal démocratique : l’égalité tuait la liberté et cette dernière, nous assurait-on, compromettait irrémédiablement l’idéal d’égalité. Et voici que déboulait enfin un historien pour tordre le cou à cette idée saugrenue, une antienne reprise par des générations d’étudiants soucieux de plaire à des professeurs complaisants.

 Mais résolument, la Gauche tourna le dos à ce débat d’idées. Au projet de civilisation, rien moins, une révolution culturelle à tout le moins, à laquelle Pierre Rosanvallon tentait de donner un corpus sinon corps, le PS opposa un profil plus modeste mais réalisable, demain, sitôt la page électorale tournée. Un projet de gestion. Dont on voyait sans mal se dessiner les grandes lignes communes malgré le grand écart d’un Valls ou les valses hésitations des uns et des autres : une fiscalité plus juste, des marchés sous contrôle, le capitalisme financier dans le collimateur. De la technique donc, au service d’un engagement politique clair, plutôt qu’un engagement politique au service d’un idéal toujours nécessairement abstrait.

Certes, dans son principe, cette société des égaux proposée par Pierre Rosanvallon a bien de quoi séduire. Qu’il faille refonder l’idée d’égalité, qui le contesterait ? Que l’égalité formelle, juridique de tous les citoyens ne soient pas, en France, une réalité, il ne viendrait guère qu’à l’idée des plus réactionnaires de le contester.

socialistes.jpgEcrit dans une perspective tout à la fois historique et théorique, l’essai de Rosanvallon nous aide à reconstruire la généalogie d’une idée malmenée, en France. Il n’a pas tort quand il affirme que les réponses à la crise que nous traversons sont avant tout sociales. Tout comme il n’a pas tort de convoquer Sieyès pour affirmer avec lui que seule une société de semblables pourrait faire que nous appartenions à la même humanité. Ses définitions de l’égalité sont justes et pertinentes. Et son essai se fait même carrément passionnant quand il se mêle de décrire les tournures que prit le vote citoyen dans notre Histoire, ces procédures quasi physiques du vote délibératif lors des fêtes de la votation qui transformaient magiquement les individus en citoyens. Il n’a pas tort non plus de refuser de se laisser enfermer dans une critique morale de l’individualisme contemporain, véritable impasse pourtant aux tragédies que ce monde affronte. Il a raison de dénoncer en revanche derrière cette volonté d’être quelqu’un plutôt que simplement un "semblable", derrière cette idéologie du mérite qui a fini par séduire les gens de gauche, une idéologie de l’arrangement dissimulant avec peine son infamie. Séduisante est l’ébauche qu’il tente, des conditions culturelles, sinon civilisationnelles, d’une société des égaux au sein de laquelle la diversité serait l’étalon de l’égalité, d’une égalité qui serait la condition et l’exigence de la diversification des libertés.

Mais le PS a choisi de mener son combat sur un autre front, de real politik disons, où prouver qu’il saura, techniquement, mettre en place des solutions tout à la fois plus justes et plus efficaces, construire le vrai terme d’une alternative à cette monstruosité économique qu’est devenu le capitalisme financier, qui emporte tout sur son passage, les individus, les peuples, les Nations.

Jugement.jpgLa Gauche, écrit Rosanvallon, "ne peut se réduire à être celle qui corrige à la marge". Il faut changer la société. Sauf qu’elle nous a déjà fait le coup de l’utopie créatrice -changer la vie et ce genre de mot d’ordre dont on ne revient jamais que sérieusement cabossé. On la préfère donc en gestionnaire désabusée mais efficace, plutôt que sacrifiant à la gloire des idées.

"Le peuple est retranché de l’humanité par la misère", affirmait Proudhon. Ne le retranchons pas une seconde fois en lui jetant de vaines incantations à ronger. Mais pour échapper au mode de l’incantatoire, il faut aussi interroger les techniques du pouvoir et du gouvernement. Là gît la vérité de l’action politique. Certes, la politique que la Gauche au pouvoir mettra en œuvre témoignera de sa volonté de faire rendre gorge aux inégalités qui n’ont cessé, sous le règne de Nicolas Sarkozy, de s’accroître. mais elle pourrait bien être tentée, cette fois encore, de ne corriger qu’à la marge pour gérer ces inégalités avec plus de malignité que l’on en prévoit déjà. Du coup, seul le passage d’une rationalité politique à une rationalité économique pourra nous sauver des belles promesses que l’on ne tient jamais. La Gauche devra gérer. Dans l’acte de gestion se consument tous les principes d’égalité. Contre le triomphe de l’économie et du gouvernement, il lui faudra démontrer, dans les faits et non les discours, que toute économie est avant tout une construction sociale. Dans les faits, c’est-à-dire tout aussi bien dans sa pratique gouvernementale. Car il nous faut nous situer désormais sur le plan de la pratique et des techniques du gouvernement des hommes, plutôt que sur celui des idées. L’enjeu sera donc aussi celui du fonctionnement du dispositif gouvernemental, que la visée pastorale (de l’égalité) ne recouvre pas, et sur lequel, au fond, on a peu entendu nos candidats s’exprimer. –joël jégouzo--.

 

 

La société des égaux, de Pierre Rosanvallon, éditions du Seuil, coll. Les Livres du Nouveau Monde, sept. 2011, 430 pages, 22,50 euros, ean : 978-2-02-102347-4.

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20 septembre 2011 2 20 /09 /septembre /2011 06:43

pena-ruiz.jpgQu’est-ce que la laïcité, quelles en sont les raisons historiques, les principes philosophiques ainsi que les traductions juridiques, pour l’Etat, l’école et la société ? Henri Pena-Ruiz, professeur de philosophie, s’est attaché à nous l’expliquer en quelques propositions claires, comme volonté de la République de ne pas distinguer les personnes entre elles. La laïcité, commente-t-il, fonde notre cadre politique sur trois principes indissociables qui ne visent à rien moins qu’unir les êtres humains et les faire vivre ensemble de la façon la plus juste qui soit. Premier de ces principes, celui de la liberté de conscience, nécessairement articulé au principe d’égalité des droits de tous les citoyens, quelles que soient leurs convictions spirituelles, principe auquel la Puissance Publique assujettit sa vocation : l’Etat, qui est la communauté de droit de tous les citoyens, n’est dans son rôle que lorsqu’il vise l’intérêt commun et non l’intérêt particulier de certains.

On comprend bien ce que pointe Henri Pena-Ruiz, qui dans l’Histoire de notre pays s’est construit non sans tumulte comme la garantie d’un fonctionnement plus juste de la Puissance Publique. Mais si l’on comprend le sens historique de ce combat, en revanche, là où le philosophe peine, c’est à sortir de l’approche historico-philosophique pour nous expliquer en quoi, aujourd’hui, la défense de la laïcité telle qu’elle s’est formulée dans les Lois récentes, s’avérait nécessaire… Définir en outre, comme le fait Henri Pena-Ruiz, notre époque comme celle des crispations communautaristes, en en rejetant la faute sur ces minorités visibles tellement dérangeantes aujourd’hui, paraît pour le moins problématique : c’est la question de l’inégalité républicaine du traitement des personnes, dans les faits et non dans les principes, qui a mobilisé ces minorités, naguère escamotées non seulement de l’espace public, mais du Droit Républicain ! Les propos sur la défense de la laïcité s’avèrent ainsi biaisés : les lois récentes ne visaient en réalité pas à défendre la laïcité, mais à stigmatiser des populations, à distinguer, à différencier, c’est-à-dire à produire exactement l’inverse de ce que l’on énonce ici concernant ce soit disant idéal républicain construit trop théoriquement pour être honnête. Certes, il est bon d’avoir des principes et à ce niveau, on ne trouvera pas grand chose à redire. C’est enfoncer des portes ouvertes et convoquer sans nouveau frais l’Histoire. Au mieux, une piqûre de rappel, peut-être utile, mais pas vraiment nécessaire : nul ne songe sérieusement à confessionnaliser l’Etat français, et moins encore ses nations… Cela posé, dire que la Puissance Publique ne peut s’assujettir à la croyance des uns ne peut être suffisant : la Puissance Publique construit des croyances convenables, des pratiques du moins, qu’elle exhibe sans pudeur en stigmatisant d’autres pratiques comme incultes, sinon barbares. Henri Pena-Ruiz n’est ainsi plus à sa place quand il évoque le voile comme le symbole de l’oppression féminine… On connaît assez cette rhétorique et ses effets dévastateurs pour ne pas y sacrifier de nouveau.joël jégouzo--.

 

La Laïcité, Histoire d’un fondement de la République, Henri Pena-Ruiz, éd. Frémeaux et associés, août 2011 Collection Lectures, 1 cd-rom, ean : 356-1302535128.

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16 septembre 2011 5 16 /09 /septembre /2011 09:20

espagne-reve.jpgIl faut changer la société, nous dit Pierre Rosanvallon. La Gauche ne peut se contenter de corriger à la marge. Ce à quoi elle incline pourtant, nécessairement, par souci de real politik quand il s’agit avant tout de débarrasser le pays du dispendieux, du funeste Nicolas Sarkozy, quand il s’agit avant tout de rétablir les comptes de la Nation, d’éponger une dette colossale dont on voudrait nous rendre collectivement responsable quand elle n’est que le fait d’une poignée de nantis. Il faut économiser, payer, se sacrifier encore nous promet-on à mots feutrés, tant les dérives du règne sarko auront été monumentales. Au risque d’oublier que la citoyenneté ne peut plus se résumer au vote, à ces journées de dupes de l’urne propriétaire, qui n’a cessé dans notre beau pays de cristalliser cette communauté d’épreuve qu’est devenue la société française.

Comment faire vivre l’idéal démocratique quand le monde politicien n’a cessé d’instruire une citoyenneté politique rapetissée à la votation, au détriment de la citoyenneté sociale qui est là où blesse le bât sous les coups de butoir de l’injustice et des inégalités ? Il y a eu, nous dit Pierre Rosanvallon dans son dernier essai, une spectaculaire rupture du contrat démocratique en France. Une rupture installée par le haut, par un personnel politique plus soucieux de ses privilèges que du Bien Commun, mais à laquelle semble-t-il nous dire, la Nation a elle-même consenti. Un consentement à l’inégalité qui aura fait les (quelques) beaux jours de Sarkozy. Une France convertie à la passion de l’inégalité sous couvert d’une méritocratie qui n’était qu’une légitimation méritocratique des inégalités à la française –voyez la carte scolaire, voyez la conversion des bobos à leur identité résidentielle. Une France qui aura accepté l’affaissement des représentations traditionnelles du juste et de l’injuste. Rosanvallon use de mots forts pour en parler, évoquant la dénationalisation de notre pseudo démocratie, où depuis belle lurette les riches ont fait sécession et les politiciens renoncé à empêcher que naissent de véritables ghettos dans les banlieues –voir à ce sujet le rapport d’une commission parlementaire publiée sous le manteau et aussitôt escamoté dans les archives poussiéreuses de l’Etat, sans susciter le moindre débat alors qu’il livrait des conclusions littéralement stupéfiantes de notre représentation nationale, Droite Gauche confondues…

tunisie1.jpgFaire vivre l’idéal démocratique, dans ces conditions… Nous sommes loin du printemps des révolutions arabes, inventant des procédures quasi physiques de votes délibératifs, réactualisant ces fêtes qui transforment les individus en citoyens…

Il semble pourtant qu’ici et là on ait pris la mesure du vrai écueil de la société française : il faut trouver des réponses sociales pour surmonter la crise, financière, économique, politique, qui secoue notre société. Des réponses sociales, c’est dire quelle importance revêtira alors dans le parcours qu’on nous inflige vers l’urne propriétaire, l’articulation de l’idéal démocratique aux conditions institutionnelles de son effectuation… Mais on a guère entendu les politiques s’exprimer sur les formes techniques que devrait prendre le bon gouvernement des hommes. Or, c’est là qu’il faut agir. Il faut transformer le fonctionnement de la machine gouvernementale. Le triomphe de l’économie ET du gouvernement sur tous les autres aspects de la vie sociale sont insupportables. Il faut toucher à l’ordre fonctionnel de la République, l’enjeu décisif étant le fonctionnement du dispositif gouvernemental. Oui, le gouvernement des hommes est bien l’enjeu majeur de la souveraineté politique, ainsi que l’avait très bien cerné Foucault. L’acte de gouvernement ne peut pas ne pas inclure la liberté des gouvernés. L’Administration Publique ne peut être ce Moloch qu’on nous a imposé. L’idéal démocratique du Peuple Constituant est l’exacte contraire de la pratique du vote secret. Si bien que ces utopies politiques que l’on a vu fleurir au travers du mouvement transnational des indignés par exemple, ou du printemps arabe, ne peuvent être simplement décriées comme les vestiges obscurs déposées sur le rivage d’une civilisation en perdition, auxquels des idéalistes feraient retour nostalgiquement. La Nation, sans la vie publique du Peuple, est-elle possible ? Qu’est au demeurant cette vie publique du Peuple quand elle passe sous la coupe de l’Opinion Publique, sinon la forme contemporaine de l'Acclamation que les médias ne cessent de promouvoir comme une liturgie bien perverse qui vient de nous coûter, déjà, le règne obscurantiste d’un Sarkozy ? Ne livrons plus le pouvoir politique aux mains des experts ou des médias. La Politique est une sagesse, non une science, qui commande d’interroger sans cesse les techniques de gouvernement et de pouvoir, si souvent fatales à l’idéal démocratique. –joël jégouzo--.

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 05:34

sacrifice.jpgSi, pour Max weber, l’Etat moderne s’identifiait entre autre par le fait qu’il disposait légitimement de la violence, l’Etat contemporain, lui, est celui qui a fini par retourner cette violence contre ses propres citoyens. Génocides, nettoyages ethniques, massacres organisés, stigmatisations, la panoplie des infamies est monumentale, qui ne traduit pas un mauvais fonctionnement de l’Etat contemporain, mais son essence même nous dit Paul Dumouchel dans son essai Le sacrifice inutile. Une essence qu’il a trouvé à inscrire dans ses institutions, à l’image de l’Etat français créant un Ministère de l’Identité Nationale…

Violence constitutive donc du vrai topos de ces Etats, au terme qui plus est d’un tour de passe passe sans pareil, identifiant comme adversaire l’ennemi intérieur, à savoir, ces victimes "acceptables" qui concentrent en toute quiétude citoyenne la fureur de la machine étatique, machine dissipant au passage une joyeuse indifférence au sein des populations provisoirement épargnées. Un transfert de violence de l’extérieur vers l’intérieur du pays concentré sur les populations les plus fragiles, ainsi qu’on l’a vu avec les Rroms par exemple. L’ordre politique contemporain se nourrit donc d’une sorte de violence totémique, réactivant l’exutoire du sacrifice archaïque et reposant sur une économie de violence sans pareille (la crise d’austérité que l’on nous prépare en dit long à ce sujet).

Une violence qui traduit au passage une véritable auto-destruction du politique, nous dit Dumouchel. L’Etat vide en effet l’autorité politique de tout contenu moral, libérant sans frein la bonne comme la mauvaise violence : car ce qui la légitime, c’est qu’elle ait lieu, le geste politique par excellence étant de recouvrer une violence par une violence plus grande, établie comme juste dès lors que celui qui l’exerce dispose du Pouvoir, à savoir : l’autorité démocratique. En retour, le simple exercice de cette violence suffit à légitimer celui qui la déploie… Une circularité que Paul Dumouchel décrypte avec talent, inscrivant au cœur de ce fonctionnement tautologique la seule vraie inquiétude qui vaille : dans les régimes démocratiques, il n’y a aucune issue possible, de même qu’il ne peut plus exister de bon ou de mauvais gouvernement : il y a le Pouvoir, et c’est tout. Un Pouvoir auquel nous sommes totalement livrés…

Le retour de la violence au sein de l’espace théoriquement pacifié qui aurait dû être celui des démocraties signe ainsi l’échec des conceptions démocratiques de l’autorité souveraine : le Souverain, dans nos démocraties occidentales, n’est plus le Peuple, ni la Nation, mais l’Etat. Et sa violence n’est que l’expression d’une violence privée : celle de la ligue au Pouvoir. Aucun mécanisme ne peut nous mettre à l’abri de ce dépassement de l’autorité, nous livrant, tous, à la passion victimaire des démocraties contemporaines. --joël jégouzo--.

 

Le sacrifice inutile -essai sur la violence politique, de Paul Dumouchel, éd. Flammarion, coll. Essais, février 2011, 322 pages, 21 euros, 9782081241893.

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22 juin 2011 3 22 /06 /juin /2011 11:48
petrocratie.jpgQu’on se rappelle les grèves de 2010, les raffineries françaises bloquées, les forces de l’ordre réquisitionnées pour les évacuer manu militari et un Premier ministre arguant qu’il en allait de la Sécurité Nationale… Le nucléaire ne nous a pas rendu indépendant vis-à-vis du pétrole, c’est à tout le moins ce que l’on pouvait conclure du discours du Premier ministre ! Mais au delà, l’aveu portait sur un déterminant fondamental des démocraties occidentales et de leur mode de fonctionnement. Car quelle histoire de la démocratie peut-on écrire à l’ère du pétrole, sinon, précisément, celle de son suspens, voire de sa confiscation ainsi que le révéla l’attitude du gouvernement français lors de ces grèves de 2010, et ainsi que le démontre Timothy Mitchell ?
Explorant avec intelligence les conséquences du changement d’énergie fossile et le passage du charbon au pétrole, Mitchell écrit une histoire politique de nos sociétés modernes passablement intéressante, inscrivant le pétrole au cœur de la compréhension de leur histoire récente. C’est tout un type de société qui s’éclaire soudain, au sein duquel les rapports de force ont radicalement changé. Suivre la piste du carbone, c’est ainsi expliquer ce qui s’en est suivi au niveau de leur construction, où non seulement un nouveau modèle d’économie a surgi, mais aussi un nouveau modèle de société.
Prenons l’exemple du mouvement ouvrier : celui-ci a pu s’organiser autour du charbon pour peser d’un pouvoir inédit, parce que le type d’exploitation même de cette énergie fossile incitait aux grands regroupements ouvriers dans les mines et autour d’elles, jusqu’à produire tout un imaginaire social parfaitement identifiable et exportable dans les luttes de l’époque. En revanche, le remplacement progressif du charbon par le pétrole modifia profondément les rapports de force sociaux et politiques. Les flux d’exploitation du pétrole, pipe-line, gisements, etc., permirent de contourner les anciennes zones de concentration prolétarienne et ainsi d’éroder le pouvoir des ouvriers nouvellement construit. Le pétrole limita d’un coup leur pouvoir pour renforcer celui d’une classe nouvelle, celle des experts, des ingénieurs, qui finirent par déposséder tout le monde de tout argument non seulement sur cette question mais aussi sur tout autre, au nom, précisément, de l’intérêt supérieur de la Nation. Façonnant les rapports sociaux, économiques, politiques, le pétrole permit de confisquer le Pouvoir entre les mains des élites, laissant émerger une conception aristocratique de la démocratie qui rompait radicalement avec l’idée que l’on s’en faisait. Exit désormais les grandes luttes ouvrières, plus personne n’avait de prise sur cette énergie qui, indexant la monnaie, devint le principal repère des politiques publiques. Les ouvriers du pétrole, on le voit, n’ont pas réussi à se constituer en une force politique autonome. Du coup, nul ne sait quel type de mouvement de contestation peut émerger dans une société pareillement anti-démocratique. --joël  jégouzo--.
 
Petrocratia, La Démocratie à l’ère du carbone, Timothy Mitchell, traduit de l’anglais par Nicolas Vieillescazes, éd. Ere, coll. Chercheur d’ère, mai 2011, 128 pages, 14 euros, ean : 978-2-915453-81-2.
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17 juin 2011 5 17 /06 /juin /2011 05:20

Revolution-des-casseroles_pics_809.jpgUne révolution passée sous silence médiatique, et pour cause : opiniâtre, citoyenne, très peu glamour, pacifique mais têtue et incroyablement efficace. Les islandais sont les seuls européens à avoir refusé les conditions que le FMI et la finance internationale leur imposaient. Ces conditions, précisément, que l’Etat grec inflige à ses concitoyens, tout comme l’Etat irlandais, voire espagnol ou français, imposant partout des politiques de rigueur qui pénalisent les populations plutôt que les vrais fauteurs de troubles (financiers). Ce faisant, les islandais ont ouvert en Europe, mine de rien, une voie originale qui ferait bien de nous inspirer, en refusant de payer la dette bancaire à la place des créanciers, contraignant même ces derniers à l’assumer ! La dette des banques islandaises est en effet restée une dette privée ! la seule en Europe ! Evidemment, cela n’a pas été sans mal, le gouvernement islandais s’étant dans un premier temps rangé, comme de juste, aux intérêts internationaux, ceux des banquiers britanniques en tout premier lieu, pour tenter de couper court à toute contestation d’une décision politique pour le moins scandaleuse. Il approuva dans un premier temps les plans du FMI de DSK, conduisant à collectiviser une dette privée ! C’était compter sans la mobilisation du peuple islandais, qui fit circuler une pétition, laquelle réunit bientôt les signatures de l’immense majorité d’entre eux, contraignant le gouvernement de l’île à ouvrir par référendum une consultation nationale. Par référendum, les islandais finirent par interdire à l’Etat de garantir cette dette. Bien évidemment, des aménagements furent demandés. Le FMI "vola une nouvelle fois au secours" des islandais pour leur imposer, comme dans le cas de la Grèce aujourd’hui, de véritables taux d’intérêt d’usuriers. Sous la pression populaire, les islandais obtinrent une nouvelle fois la victoire et des taux d’intérêt très bas. Comme quoi tout est possible ! Les anciennes banques furent mises en liquidation sous une forme originale, que décrypte les économistes atterrés  dans leur étude, séparant les comptes domestiques des comptes hasardeux. On est ainsi passé d’un effondrement réel du système bancaire islandais (la dette était supérieure au PIB) à une cessation de paiement renflouée par le FMI à des taux d’intérêt très bas, le tout grâce à la mobilisation populaire… De quoi méditer face à l’austérité que l’on veut nous imposer ! --joël jégouzo--.

 

Les économistes atterrés, 20 ans d’aveuglement -L’Europe au bord du gouffre, ouvrage coordonné par Benjamin Coriat, Thomas Coutrot, Henri Sterdyniak, éditions Les Liens qui libèrent, mai 2011, 173 pages, 9 euros, EAN13 : 9782918597322.

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