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22 avril 2019 1 22 /04 /avril /2019 09:09

Cernés, nassés, prisonniers, pendant des heures, noyés sous une pluie de lacrymogènes sans autre raison que celle de violenter une foule sans défense livrée à la barbarie d'un ordre abjecte. Dès que les lacrymogènes se dissipaient, charges gratuites des CRS qui par pelotons s'enfonçaient dans la foule, frappaient sans distinction, piétinaient, rouaient de coups les gens avant de se retirer aux abords de la place pour laisser la place aux tireurs fous qui arrosaient de nouveau les manifestants de lacrymos, de tirs tendus de flash-balls et de grenades de désencerclement dites semi-létales, alors que c'étaient nous qui étions encerclés ! Et puis entrée en jeu du canon à eau projetant ses lourds jets d'eau bleue, ces fameux marqueurs, à haute puissance de tir, capable de projeter un être humain sur des dizaines de mètres, vomissant son eau indistinctement sur la foule, pour marquer tout le monde j'imagine, tout ce monde dont le seul crime était de manifester un mécontentement ! Quelle farce ! Puis de nouveau, quand les gaz se dissipaient, des pelotons de CRS chargeaient la foule en plusieurs points, extirpant au hasard leurs prises pitoyables : femmes tirées par les cheveux, mamies arrachées par la manche, handicapés jetés au sol... Avant de se retirer pour que de nouveau un déluge de feu agresse les victimes. Des techniques de pogroms, n'ayant pas peur des mots : une foule dans l'impossibilité de fuir, livrée, sans défense à la hargne de hordes sauvages. Et à l'extérieur de ce périmètre de l'effroi, les motards de la mort, en bandes organisées, assaillant les passants, n'importe quel passant, renversés à plus de 50km/h d'un coup de bottes ou de matraque. Et encore, partout, les journalistes indépendant pris pour cibles, raflés comme au bon vieux temps... Et encore : tout au long du Boulevard Richard Lenoir, la préfecture avait bien pris soin de ne pas fermer les voies à la circulation pour jeter dans la manifestation les voitures prises en otage d'une volonté manifeste de mettre tout le monde en danger ! Et encore, tout au long du boulevard Richard Lenoir, les flics avaient bien pris soin de jeter leurs grenades dans les fontaines et bassins d'eau pour empêcher les manifestants de s'y rafraîchir... N'hésitant même plus à fermer de force les cafés pour leur interdire l'accès aux boissons... 

Mais malgré cette hargne, "On est là, on est là" entonnaient inlassablement les Gilets Jaunes, d'un courage ahurissant face aux forces de l'ordre déchaînées. Malgré les grenades, malgré les tabassages, les humiliations, "On est là, on est là", les battements d'aile immenses de l'espoir levé fièrement avec une générosité sans faille sous la mitraille et les pluies chimiques déversées sur leurs têtes ! Malgré la terreur, la hargne des CRS occupés à combattre leurs propres fantômes, à venger leurs frustrations débiles. Occupés à battre jusqu'au sang des victimes qui ne savent pas se taire, qui ne savent pas accepter leur martyre en silence. Battre sauvagement pour oublier quoi ? Battre sauvagement pour oublier peut-être ce que l'on devient semaine après semaine, à se livrer à une pareille haine, à une pareille impuissance ! Les Gilets Jaunes ont remportés samedi la seule victoire qui compte : une victoire morale sur l'infamie d'une humanité mise en pièce !

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18 avril 2019 4 18 /04 /avril /2019 11:23

Le macronisme se veut désormais bâtisseur, en marche d’un nouveau monde, orchestrant le concert des pioches et des truelles, levant des fonds insensés tandis qu’il écarte d’un geste impérieux les revendications du plus grand nombre… Incendiant donc un peu plus le pays réel, écrasé sous la botte policière. Comme sur les ronds-points où ce gouvernement pratique la politique de la terre brûlée, jouissant de son pouvoir comme d’une fin en soi. Saccageant (l’hôpital public), détruisant (l’école publique), pillant les richesses publiques (aéroports, autoroutes, barrages hydrauliques, etc.), portant partout son feu destructeur du vivre ensemble. Il rebâtira donc Notre-Dame de Paris. En cinq ans. Le challenge tient ici de la forfanterie juvénile, où il s’agit moins de construire que de jouir du spectacle de sa jactance. Songez : tout ce pognon de dingue affecté à la récréation d’un monument dont on nous promet qu’il sera «encore plus beau»… et plus solide, parce qu’il est exclu que le macronisme s’effondre… Pas question donc de reculer devant les revendications, anecdotiques à ses yeux, d’un peuple en souffrance. Le sublime héroïsme de Macron s’en porte garant, qui désormais beugle son appel aux vertus de la «race» française : « nous sommes un peuple de bâtisseurs»… Qu’importe que l’exhortation soit jetée à la figure d’une société épuisée, où la jouissance de quelques-uns a pris le pas sur l’intérêt général… Après tout, ne devons-nous pas adhérer, sous sa présidence, à cette philosophie très Völskörper, où les premiers de cordée avancent, quand les derniers traînent les pieds… Une philosophie au sein de laquelle la destruction dite positive  est l’achèvement de l’édification. Car ce que Macron lègue aux générations futures n’est rien d’autre que notre ruine. Ruine financière, politique, économique, morale, sur lesquelles il bâtira son église. Un monument dont, dans un éclair d’opportunité, il a compris qu’il ne pourrait être qu’imposant, gigantesque, capable de surpasser tous les référents géographiques et historiques accumulés en France jusqu’à lui. Un monument qui illustrera le génie de la «race française» et de sa propre puissance. N’entendez-vous pas ? Macron éructe, tel Prométhée s’effaçant devant Cassandre, il prédit vaniteusement, tout en se dotant des moyens policiers de réaliser ses prophéties. Voici que Notre-Dame de Paris est appelée à servir sa gloire. Quelle mémoire Macron s’apprête-t-il à encager dans sa future cathédrale ? Que veut-il y consigner qui n’appartiendrait plus au passé mais le «relèverait» pour demeurer présent dans les consciences des générations futures. Ne voyez-vous pas l’imposture couvant de son regard illuminé l’incendie parisien, pour découvrir dans ses cendres l’ombre du trône qu’il se promet ?

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15 avril 2019 1 15 /04 /avril /2019 08:29

Les manifestations sont l’occasion de violences policières innombrables, qui font aujourd’hui l’objet d’une interdiction de protection des visages des manifestants, lesquels doivent se résoudre à exposer leur visage à l’agression des gaz, des matraques, des tirs de flash-ball…

Dans la philosophie d’Emmanuel Lévinas, qui porte essentiellement sur l’éthique du rapport à autrui, le Visage occupe une place centrale : il est le lieu d’accomplissement de ma responsabilité-pour-autrui (Ethique et Infini). Cette relation à autrui s’entend dans sa pensée comme asymétrique : tout sujet doit agir en fonction d’un impératif, non d’une attente. Même si le sujet doit y laisser sa vie. La relation à autrui ne peut être que souci désintéressé, l’homme ne peut exister que «pour autrui». Or, le lieu de la rencontre avec autrui, c’est précisément le Visage. L’expérience d’autrui prend la forme du Visage. Qu’est-ce qu’un visage ? Certainement pas, chez Lévinas, ses caractéristiques anatomiques. Lévinas décrit le Visage comme une vulnérabilité, un dénuement qui supplie le sujet d’accéder à son être. Mais cette supplique est une exigence de soutien et d’aide. «Le Visage s’impose à moi sans que je puisse cesser d’être responsable de sa (vulnérabilité).» Dans ce rapport au Visage, le regard devient plus qu’une simple perception, car, encore une fois, l’accès au Visage est d’emblée éthique. Reprenons : le Visage est exposé, sans défense. Il est l’interdiction de tuer, de mutiler, de blesser, d’offenser. Qui invite évidemment tous ceux qui refusent à autrui son humanité, à le détruire. Car le Visage est sens, un commandement moral qui renvoie chacun à sa responsabilité devant l’humain : je dois répondre de tous les autres. La Loi morale s’incarne dans la figure d’autrui. Dans Totalité et Infini, Lévinas affirme encore que le «déchirement du monde» si cher aux philosophes, ce dévoilement de la vérité, a quelque chose à voir avec cette extériorité du Visage : l’injonction éthique trouve sa source première dans le fait qu’autrui me regarde. Il faut protéger le Visage comme le trésor le plus intime de la Création. Il faut en prendre soin, le protéger, le secourir. Quant à l’anonymat, tellement revendiqué par nos policiers en déroute de leur propre humanité sur le terrain des manifestations, il est ce qui rend interchangeable les individus, ce qui les déshumanise, il est l’imprésentable, l’épreuve d’un ordre inassimilable, la meute, non le singulier.

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12 avril 2019 5 12 /04 /avril /2019 06:35

Ils frappent, estropient, éborgnent, mutilent, de plus en plus gratuitement et dans la plus totale impunité. Comment expliquer cette violence ? Par la violence institutionnelle qui contraint les CRS à «obéir aux ordres» pour «réguler» la violence sociale ? Mais si leur règlement leur donne pour devoir de contenir les manifestants, leur donne-t-il celui de les «punir» ? Nasses, manifestants alignés contre un mur, lycéens mis à genoux… des procédures strictes réglementent les gestes de la répression policière. Mais alors que leur tâche est d’assurer la surveillance des manifestations, on voit nos CRS exercer leur travail de manière sanglante. Jusqu’où croire en leur simple statut de subordonnés ? Que penser de cette violence, sinon qu’il est grand temps de la questionner ? Qu’est-ce qui conduit un homme à la CRS ? Qu’est-ce qui le fait rester ? Quel rôle joue la violence physique dans ses choix ?

Les uns bastonnent, les autres gazent à bout portant… Chaque jour ils s’accoutument à l’exercice d’un pouvoir qui «force, plie, brise, détruit» (Foucault). Quelle jouissance procure le fait d’exercer un tel pouvoir ? En fin de compte, qu’est-ce qui rend ce métier attrayant ?

Qui explorera les processus d’initiation et d’adaptation des CRS à la réalité de leur tâche ? Qui explorera les fondements psychologiques de cette appétence à la brutalité ? Qui documentera cette expérience de la violence que chacun d‘entre eux fait ? Qui étudiera la caserne et l’apprentissage de ces techniques minutieuses de prise de possession des corps des manifestants ? Qui décrira la gestuelle des coups, la chorégraphie des chocs, la mécanique des corps en armes ? Qui analysera ces techniques disciplinaires que subissent les CRS, qui permettent de les conditionner à frapper, blesser, mettre hors d’état de «nuire» ? De quel sentiment de puissance le CRS est-il porteur ? De quelles frustrations ? Humiliations ? Comment se forge son sentiment d’appartenance ? Et à quelle communauté ? Comment se forge l’esprit de corps ? Que penser de cette socialisation de la violence entre eux ? Est-elle le fait de pressions par les pairs ou d’influences réciproques au sein de la compagnie ?

Qui saura nous dire pourquoi la manifestation, aux yeux d’un CRS, doit devenir un lieu de souffrance ? Est-ce le symptôme d’un désir de domination ? A qui s‘adresse en fait cette violence ? A la victime ? Aux pairs ? A la société ? Pourquoi sont-ils si nombreux à ajouter l’humiliation à la violence ? On les a vus piétiner des manifestants : est-ce une étape nécessaire du processus de dégradation de la victime ? Un geste symbolique destiné à marquer la séparation entre le monde des tortionnaires et celui des victimes ? Quand la victime gît à terre et que le CRS ne peut s’empêcher de lui décocher un coup de pied dans la figure, ou le bas-ventre, que se passe-t-il dans son esprit ? A quoi renvoient ses bottes de cuir devenues soudain des armes alors qu’elles sont censées le protéger des coups ? Accède-t-il ainsi à une sorte de «toute-puisance» ? (Übermacht, concept forgé par Canetti et qui désigne une relation de domination caractérisée par une dissymétrie totale du rapport de force entre le tortionnaire et la victime).

Comme l’anthropologue française Véronique Nahoum-Grappe l’a rappelé, un être violent ne peut exister que dans une situation où il se sent autorisé à commettre des actes de violence humiliants. Ce contexte d’impunité et d’acceptation politico-sociale est une condition sine qua non des comportements monstrueux (Nahoum-Grappe). Or ce contexte, précise-t-elle, déclenche toujours un processus d’aggravation : plus on accepte, plus on est prêt à accepter le pire. Mieux : l’acceptation appelle le pire. Un tel champ de latitude ouvre aux plus grands dangers…

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9 avril 2019 2 09 /04 /avril /2019 09:06

Aidés par une classe politique agonisante, par une caste de journalistes faisandés, les nantis sont las de se dissimuler sous leurs anciens masques d’hypocrisies, ceux des Hollande, ceux des Sarko, ceux des Chirac. C’est au grand jour qu’ils veulent apparaître désormais, et ne s’en privent pas.  Le Bien Commun ? Son souci ne peut dorénavant rien recouvrir à leurs yeux. Et on aura beau déballer sur la place publique leur indignité, ils s’en fichent : l’état, confisqué à leur seul profit, les protège. L’amoralité des nantis est aujourd’hui publique, voire revendiquée par un gouvernement qui incarne l’ultime étape qu’il restait à franchir dans l’asservissement des masses populaires. La République n’est plus qu’un bouge où étaler sans remords son mépris du Peuple, soutenu par les apartés de pseudos philosophes comparant depuis Héraclite la foule à un troupeau de porcs. Ils n’ont même plus à se soucier d’être crédibles : la brutalité de leur pouvoir leur tient lieu de sagesse. Ceux qui ne veulent rien lâcher en plongeant le pays dans la misère, expriment avec force leur indifférence à l’égard de la Loi, indifférence qui incarne cette pulsion vers le crime d’état qui a surgi de la part la plus sombre de notre histoire, indifférence qui en outre incarne cette logique prédatrice qui leur fait dépecer la nation sans état d'âme. L’imposture est le cri de ralliement de leur monde, qu’accompagnent de loin en loin ces gesticulations colériques que l’on voit faire aux commandes de l’état. Réflexes primitifs d’un clan que l’on voit sombrer jour après jour dans l’ignominie. Le social ? Ils n’en veulent plus. A mort les pauvres ! Il ne leur reste que la violence armée pour imposer ce qui, déjà, s’apparente au fascisme, parfaitement lisible sous le mépris revendiqué des nantis.

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5 avril 2019 5 05 /04 /avril /2019 06:50

Les enquêtes Générations interrogent, à intervalles régulier, un bel échantillon de jeunes sortis la même année du système scolaire. Grâce à ce dispositif, le Céreq peut rendre compte des changements opérés, autant sur le marché du travail qu’au niveau des formations. Le premier caractérisé par  l’installation d’un chômage massif, et le second par un mouvement non moins massif d’accès aux études supérieures. Et de mettre en corrélation les deux. En matière de formation scolaire et universitaire, le Céreq observe ainsi l’élévation générale du niveau de formation des jeunes, avec une nette augmentation pour les jeunes filles, plus nombreuses à décrocher leur bac déjà que les garçons. De ce fait, on les retrouve en plus grand nombre sur les bancs des universités. Leur présence s’est en outre particulièrement accrue aux niveaux les plus élevés : master et doctorat. La ségrégation éducative semble ainsi s’atténuer. Certes, demeurent les éternels bastions masculins dans les filières scientifiques et industrielles. Les écoles d’ingénieurs par exemple, demeurent massivement investies par les garçons. La place des femmes sur le marché du travail semble également s’améliorer, celles-ci bénéficiant en outre d’un début de rattrapage salarial. Mais quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit qu’en fait ces améliorations sont d’abord le fait de la dégradation de la situation du marché masculin de l’emploi, à commencer par ces citadelles traditionnellement genrées que constituent l’agriculture et l’industrie : des filières de ségrégation qui perdent en fait leurs effectifs… C’est ainsi plutôt cette crise des métiers de l’agriculture et de l’industrie qui donne l’illusion d’une meilleure intégration des femmes dans le marché global de l’emploi… Par ailleurs, leurs progressions dans les autres secteurs de ce marché sont là encore beaucoup liées à la crise : leurs salaires étant inférieurs, leurs employeurs réalisent ainsi des économies à les préférer aux hommes… Lamentable : moins bien payées, elles deviennent plus attractives ! Mais si l’on regarde la croissance des emplois de service, on découvre que pas grand-chose ne change à travers la forte poussée de leur présence dans ces segments sous-payés de l’économie française… Au regard des salaires, on paraît assister également à une réduction des inégalités. Oh, timide : l’écart reste de -11%, alors que les femmes sont globalement plus diplômées que les hommes ! Le très frileux rééquilibrage observé est donc là encore le fait du niveau de formation des femmes, et donc ne rééquilibre rien du tout… Analysé « globalement », il ne rend en outre pas compte du fait que les bas salaires subissent d’année en année une pression insupportable : le salaire moyen des français se rapproche en effet d’année en année du salaire minimum… A peine une poignée d’euros plus élevé ! Et ce pseudo rattrapage se comprend aussi de l’accroissement des plus diplômés dans le marché de l’emploi, les moins diplômés en étant sortis… La convergence des statuts et des salaires s’opèrent ainsi en réalité par le bas, liée à la dégradation du marché de l’emploi masculin plutôt qu’à l’amélioration du sort des femmes…

Et les femmes devinrent plus diplômées que les hommes, Céreq, Bref n0373, 2019, issn : 25535102

http://www.cereq.fr/

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4 avril 2019 4 04 /04 /avril /2019 08:35

Autant le dire, je ne suis guère convaincu par les propos de Sloterdijk, s’affirmant «conservateur de gauche» et stigmatisant cette fois encore une Europe par trop accueillante tout particulièrement au regard de l’immigration en provenance des pays africains, et qui se consumerait désormais en une aide vaine aux pays émetteurs… Alors qu’il lui faudrait tout simplement «désamorcer la bombe démographique» africaine ! C’est faire peu de cas de la responsabilité historique de l’Europe qui, après avoir pillé l’Afrique (qu’elle continue allègrement de piller), devrait dénoncer sans relâche la corruption qu’elle y a installée !  On ne peut qu’être frappé par la violence de ce texte, véritable éructation célinienne, daté de l’année 2016 et réédité ici parmi un ensemble d’autres textes plutôt disparates, sinon décousus et qui tous, au fond, ont pour mission de tenter de réhabiliter notre philosophe érigé à la gloire de plus grand philosophe européen contemporain… On y voit donc Sloterdijk abattre ses cartes, stigmatisant comme jamais l’humain, « toujours prompt à se vautrer dans l’ignominie ». Certes, à la marge et construit, poussé à l’être veule par une classe politico-médiatique jamais en manque d’abjection. Cette courte éructation de Sloterdijk contre les attaques dont il aurait été «victime» en Europe à propos de ses prises de position sur l’immigration, n’a en fait d’autre but que de le disculper d’avoir si mal examiné la question. Et on ne peut être que frappé par la violence  du ton pamphlétaire qu’il déploie pour défendre cette Europe des Traités dont il prétend qu’au fond, elle peut parfaitement fonctionner avec 30% de participation électorale : «l’Europe, affirme-t-il, est une réalité si forte qu’elle n’a pas besoin de devenir populaire». Du reste, elle se passe fort bien des européens, tant ses décrets et lois en bloquent toute contestation… On l’aura compris, Sloterdijk défend l’Europe contre les peuples européens, toujours suspectés de sottises à ses yeux. Et ce faisant, notre philosophe défend une conception particulièrement féroce d’une Europe insérée dans la société mondiale contre le gré de ses populations. Ce qu’il exclut de son champ de réflexion, c’est toujours la question sociale. Et de vilipender ces populations, qui ne savent pas s’élever au-dessus du niveau de «la tribu», à peine à celui, désuet à ses yeux, des «nations», quand en réalité nous devrions tous nous expatriés de ces cadres... La société contemporaine, à son dire, se devrait de ne plus être jamais « nulle part auprès d’elle-même », et perdre définitivement sa capacité à rassembler, un frein autant pour l’économie que «le progrès de l’humanité». Exit les nations, les régions, le sentiment national bien sûr, le sentiment d’appartenance à une histoire : tous consommateurs, il nous faut nous dé-soler, et nous défier des quelques rares médias qui tentent encore de produire l’effet peuple, l’effet nation. En ligne de mire de cette pensée réactionnaire : les mouvements sociaux, néfastes à ses yeux, qui tous tentent encore de créer du Commun. Et Sloterdijk de stigmatiser les rares médias qui essaient de soutenir à bout de bras l’idée de Peuple, en envoyant, affirme-t-il, jour après jour des signaux de stress aux membres de ces communautés. Balayons tout cela, soyons résolument post-modernes, repoussons ces idéaux imbéciles de solidarité, devenons chacun notre propre start-up, communicant exalté de nos gloires éphémères. Enfin… ce n’est pas si certain, parce que Sloterdijk voit aussi dans ce mouvement se dessiner le cynisme qui a perdu les sociétés occidentales. L’éructation est confuse : il faudrait se défaire de ces cadres, pour en accepter un plus ancien, celui de la soumission au philosophe-roi… Ce sont les foules, au fond, que Sloterdijk exècre – le mot n’est pas trop fort. Ces foules incapables de reconnaître les sages et tout particulièrement LE sage éclairé qu’il est, nécessairement placé au-dessus du remugle quotidien, de la multitude imbécile. «Seul le sage éclairé sort de la caverne pour se placer dans la lumière des idées». Alors, face à l’aveuglement universel, il ne reste qu’une seule issue pour lui : contrer cette rage populaire qui a surgi avec et depuis la Révolution française...

Réflexes primitifs, considérations psychopolitiques sur les inquiétudes européennes, Peter Sloterdijk, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, éditions Payot, 15 mars 2019, 172 pages, 16,50 euros, ean : 9782228923613.

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2 avril 2019 2 02 /04 /avril /2019 08:28

Inutile de documenter le sujet, les images sont innombrables qui l’explicitent et seul l’aveuglement coupable des médias et de la Justice impose un doute qui ne peut être. Littéralement, les brutalités policières crèvent les yeux. Nous avons libéré les instincts les plus bas de ses forces armées, moins entraînées à combattre la violence qu’à la pratiquer elles-mêmes désormais. Le problème n’est ainsi pas uniquement celui du non encadrement des opérations de maintien de l’ordre, qui toutes sont devenues l’inscription d’un désordre féroce dans la cité, par le fait même des doctrines répressives qui y sont à l’œuvre. Le problème, c’est que théoriquement, la police ne peut exercer de violence qu’à des fins légales. Or ce que l’on découvre aujourd’hui, c’est que cette même police détient, sur le terrain, le pouvoir de définir elle-même ces fins. Les dangers d’un tel laisser-aller sont évidents, tout comme l’ignominie d’une telle autorité ne fait plus aucun doute : ses pouvoirs se sont étendus des «casseurs» aux braves gens, pris indistinctement pour cible. La violence à l’œuvre est bestiale, confuse, gratuite, arbitraire, désordonnée –pesons chacun de ces termes, qui ensemble révèlent une violence chaotique. Au final, la police française s’est mise à la disposition de fins en rien universelles : elle ne fait que protéger le Droit de l’oligarchie qui prétend en outre la commander et dont l’autorité sur ces mêmes forces de police n’est en rien légitime : tout peuple a le droit de manifester son désaccord avec le régime en place. La violence chaotique de la police française n’est ainsi que l’expression d’une violence conservatrice dont le seul but est de protéger les nantis. Walter Benjamin affirmait qu’en tant de crise politique, la police ne faisait que révéler le moment où l’Etat ne sait plus garantir, à travers l’ordre juridique, que sa volonté de détourner les richesses du pays pour le seul profit d’une poignée de parasites, déstabilisant jusqu’au fondement du Droit. Et c’est la raison pour laquelle nos forces de police, car ce sont les nôtres, ne peuvent plus intervenir que dans des situations juridiques confuses. On l’a vu avec l’affaire Geneviève Legay : une manifestation certes interdite, mais des personnes âgées que l’on ne peut charger brutalement, ainsi que le Droit français le commande. Peu à peu, jour après jour, cette crise que le pays traverse vide l’institution policière de sa substance. Sa violence est sans contours précis, sans limites. Une violence chaotique qui témoigne de la dégénérescence de nos institutions et qui procède du caractère problématique du Droit. En outre, l’impunité et le mensonge qui entourent les brutalités policières témoignent de ce que l’état français préparent les corps armés à soutenir les bases d’un pouvoir qui ne saurait désormais être troublé par une quelconque critique, d’un pouvoir qui saura imposer le silence et ses mensonges à une population enfin asservie.

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1 avril 2019 1 01 /04 /avril /2019 08:07

Voici donc à quoi ressemble l’état français : un conseiller du président, Ismaël Emelien, travaillant à la Loi anti fake news, mais n’hésitant pas à (mal) bidouiller une vidéo pour disculper Benalla en se comportant comme un vulgaire barbouze digital,  une conseillère promue au rang de porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, affirmant le plus tranquillement du monde : "J'assume parfaitement de mentir", et cette lamentable affaire Geneviève Legay, voyant un procureur, un préfet, un président relayer les approximations douteuses d'une presse corrompue selon laquelle, non, Geneviève Legay n'aurait "pas été touchée par des policiers", et ce, malgré l'insistance et le nombre des témoignages, y compris dans les rangs de la police, et de vidéos repoussées d'un geste de dédain par cette même presse et ce gouvernement qui ne tient pour vrai que sa post-vérité hallucinée... L'état français est donc le théâtre des manipulations les plus grossières, qui nous ramènent au bon vieux temps des régimes totalitaires, commandant à son arme de destruction massive de la vérité, l'Education Nationale, qui sort tout juste d'une semaine de la presse au secours de ces médias qui nous font tant honte, de traquer (presque) partout ces infox, ces fake news qui tant nuisent à la démocratie... Fake news dont, rapports scientifiques à l'appui, comme celui de la CAPS/IRSEM (Les manipulations de l'information : Un défi pour nos démocraties - 04.09.18), on nous invite, gravement, à comprendre qu'elles sont essentiellement et dangereusement le fait des réseaux sociaux, non des médias traditionnels et moins encore de la presse papier : "Les manipulations de l'information ne sont pas nouvelles mais ont pris une dimension sans précédent en raison des capacités inédites de diffusion et de viralité offertes par internet et les réseaux sociaux, ainsi que de la crise de confiance que vivent nos démocraties. Ce phénomène (...) menace les démocraties et la souveraineté de leurs institutions." A un point tel que le gouvernement, grand producteur de fake news, n'a pas hésité à promulguer une Loi adoptée le 20 novembre 2018, dite Loi organique contre la manipulation de l'information, que le Conseil Constitutionnel valida le 20 décembre 2018. Au plus vite donc, comme s'il y avait péril en la demeure... Mais que penser d'un législateur incapable de tenir lui-même le fil d'une vérité qu'il ne cesse de compromettre jour après jour ? Que penser d'un gouvernement pareil et d'une Loi pareille, sinon qu'elle visait alors peut-être à nous livrer aux mensonges de l'état et de sa presse ? Et que penser d'une institution comme l'Education Nationale, contraignant ses enseignants à dénoncer la fabrique des fake news, sans jamais aborder le problème de ces mensonges d'état ?

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29 mars 2019 5 29 /03 /mars /2019 08:50

A l’origine, en 1889, 600 pages d’un essai touffu, acheminé de digressions en exemplifications presque gratuites, confus pour tout dire, qui dérouta en son temps ses lecteurs. D’analogies en connexions, de l’agriculture au Moyen Âge au style de Zola, Simmel a voulu construire non pas une magistrale thèse sur la valeur, mais en éclairer le terrain, sinon le terreau, pour au final démontrer qu’en réalité, l’usage de l’argent n’avait qu’un seul but : faire l’économie d’une réflexion sur la valeur des choses et des êtres. L’argent, nous dit Simmel, ne sert qu’à faire l’économie de la prise de conscience des vraies valeurs, en réduisant les valeurs qualitatives à des chiffres, des nombres, du quantitatif. Inodore, incolore, c’est un moyen qui est devenu une fin, qui plus est, à prétention salvatrice. Mais l’argent ne sauve de rien, au contraire : il n’a cessé de nous enfoncer dans la marchandisation de la vie, de toute vie à la surface de la planète, des biens tout autant que des êtres. L’argent n’a cessé de nous corrompre pour reprendre le vocabulaire des Lumières, faisant disparaître dans sa finalité les causes de toute chose. Au point que la question n’est plus de savoir quelle est la valeur de ces choses, mais combien elles coûtent. L’argent dans la culture moderne, écrivait Simmel en 1896, c’est ce que l’on pouvait redouter de plus vulgaire dans le processus d’acculturation de l’humanité : parce que l’argent n’a fait que sanctionner notre renoncement aux vérités, introduisant jusqu’au plus profond du processus de pensée la mécanique sournoise du mensonge et  de la propagande.

Psychologie de l’argent, Georg Simmel, éditions Allia, traduit de l’allemand par Alain Deneault, 78 pages, 7 euros, ean : 9791030410266.

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