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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 05:15
Machiavel (1469-1527), comme une mémoire encombrante sur laquelle il faudrait toujours revenir.
Qu’y avait-il donc de si "grand" dans ce haut fonctionnaire florentin chargée des relations extérieures de la cité ?
Qu’il ait composé Le Prince en 1513, alors que quelques mois plus tôt, la République venait d’être renversée par les Médicis, aidés par les troupes d’occupation espagnoles ? Ou plus précisément encore que, démis de ses fonctions, emprisonné, sans doute torturé avant d’être envoyé en exil par les nouveaux maîtres de la cité, c’est à Laurent de Médicis, duc d’Urbino, qu’il ait dédicacé son traité ?
Quelle leçon magistrale en effet, que celle de Machiavel réalisant alors par delà l'accablement qui le touche, que la situation historique offre enfin à l’Italie l’occasion de retrouver son rang, mais que cette opportunité, seule la famille Médicis – ses bourreaux – peut la saisir.

Le Prince n’est ainsi pas seulement ce traité qui explique comment prendre et conserver le pouvoir. Il est d’abord l’expression d’une conscience politique aiguë, où se manifeste la grandeur de Machiavel, qui est déjà d’assumer sans restriction sa responsabilité devant sa patrie et devant l’Histoire. Car la politique telle que Machiavel la conçoit désormais, se déploie dans les plis de l’Histoire mondiale, où se façonnent les conditions de vie des nations. C’est pourquoi la politique est, à son sens, la pratique humaine la plus grave – non la plus haute. Ainsi Machiavel n’aura-t-il pas été le machiavélique conseiller des princes que l’on croit, mais d’abord un italien qui n’éprouva pas la moindre hésitation à instruire ses propres ennemis (les Médicis) pour sauver son pays.

Or sauver son pays, c’était d’abord repenser à nouveau frais la politique. Machiavel s’efforça de le faire rationnellement et non moralement. Profondément républicain, il comprit que la justesse de la décision politique reposait dans l’intelligence des situations historiques. A ce titre, sa réflexion visait à doter les hommes publics des instruments de maîtrise intellectuelle des processus politiques saisis dans leur temporalité. Maîtrise dont la finalité ne pouvait être que pragmatique : toute analyse politique doit s’engager sur le terrain contingent des problèmes singuliers. Et si l’objet de l’éthique est l'art de choisir ce qui nous convient le mieux pour vivre le mieux possible, Machiavel comprit que celui de la politique était d’organiser la convivialité sociale et non de planifier le bonheur des individus.

Mais Machiavel ne fut pas seulement un grand homme d’Etat. Il fut un grand homme tout court. Rien ne l’exprime comme ses lettres et ses écrits intimes. A les lire, on prend toute la mesure du personnage, et de la grandeur d’âme qui fut la sienne. Il faut bien sûr avoir à l’esprit les circonstances dans lesquelles Machiavel bâtit son œuvre majeure –Le Prince-: dans cet exil loin des cours dont il était habitué, exposé au mépris et à la vindicte. Dans un courrier à Francesco Vettori, le 10 décembre 1513, on entend un peu bourdonner cette âme : "Le soir tombe. Je retourne au logis. Je pénètre dans mon cabinet et, dès le seuil, je me dépouille de la défroque de tous les jours, couverte de fange et de boue, pour revêtir des habits de cour royale et pontificale ; ainsi honorablement accoutré, j'entre dans les cours antiques des hommes de l'Antiquité. Là, accueilli avec affabilité par eux, je me repais de l'aliment qui par excellence est le mien, et pour lequel je suis né. (…) Durant quatre heures de temps je ne sens pas le moindre ennui, j'oublie tous mes tourments, je cesse de redouter la pauvreté, la mort même ne m'effraie pas. Et comme Dante dit qu'il n'y a pas de science si l'on ne retient pas ce que l'on a compris, j'ai noté de ces entretiens avec (les sages de l’Antiquité) ce que j'ai cru essentiel et composé un opuscule De principatibus où je creuse de mon mieux les problèmes que pose un tel sujet : ce que c'est que la souveraineté, combien d'espèces il y en a, comment on l'acquiert, comment on la garde, comment on la perd."

Mais c’est surtout dans cette phrase sublime traversée par un souffle qui à lui seul vaut les plus hautes leçons données par des hommes aux hommes, que cette profondeur existentielle non seulement se dévoile, mais traverse chacun de part en part, rejoignant chacun au plus profond de lui :

"J’ai si bien souffert et si bien su résister à ma souffrance que j'en ai conçu une sorte de tendresse, pour les hommes et pour moi-même." Fasse que je sache demain, quand le souffle de l’histoire aura tourné court, me congédiant comme tant d’autres dans les affres de la désespérance chevillée à même ce manque de souffle de l’Histoire, me rappeler cette phrase comme l’assurance que "les battements d’aile de l’espoir immense" sauront de nouveau lever l’échappée de règnes inédits. --joël jégouzo--.

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 10:24

famille francaise-1-copie-1There remains only the horror of the future statistics. Poverty, unemployment, insecurity, immigrants, homeless and Angela Merkel punishing the Chiefs of governements for their excessive social spending ... Our rests are just arithmetic poverty contours and social violence. And tomorrow, the negotiation by the riot, the last place of national deliberation.
The stories that framed normatively oppression have disappeared. Remain only statements lifeless, traces of the tragedy that can no longer take any form. The time is archaeological. And severe: the figure of the contemporary political history ? A caricature related to immobility of what remains. Sarko inset, the (f)RANCE of national insults, debating against Islam, a defective identity, rooted in stereotypes of modern communications, immobilized to the misery of contemporary political, which has stunted frantically horizon of this humanity we are not even. And some pictures brandished as a threat, caulked comments indigent who never exceed the raw data. Anything that lends itself to the construction of the great social story we need. The crowd made for the screen, not available. And no one worries the reversal french of the human gaze, once on the sky.
The world that we have become unclean. Do only things that float, which no longer have need of us.
France is no more. It lies on the ground. Fragmented, dislocated, experiencing one of its convulsions which it shameful secret. Prey to disorder intellectual, political, moral. Sarko inset. No other dream of throwing immigrants at sea.
The page turns, the page is turned, his dream of white hegemony is slowly reduced (f)Rance to the ignominious. Standing behind its walls, jaws clenched, fortress-like junk, stormed by black ants.
History turns the page, (f) Rance agrees on an infamous slope.
A world ever more spineless, leveled by hatred, disarming of hostility from each against all, opening the door wide for the "national" mess .
A country where personal ambition concludes that self-interest began. Why we cling to this wreck ?
Why not free ourselves from its paralyzing assumptions: Marine, Sarko ?
What prevents us from taking part in building a new world ?

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 05:00

rroms en bidon villeNicolas Sarkozy wants to initiate a referendum in France on the situation of foreigners. Among these foreigners, one target: the Rroms people. What about their immigration in France today ? The government spoke of a flood. In fact, for decades, immigration of Rroms in France remained stable (Ministery of Interior). The only thing that has changed are their visibility and pressure orchestrated by a racist government against them, dramatically altering their conditions of life in French territory and the modes of their trip ...
The essay writed by Martin Oliviera, published in conference proceedings of the association Emmaus/Normal Sup is interesting to think their situation.
Analyzing the social structure of Rroms migrants, Martin Oliviera shows that it is comparable to other rural emigration. Migration of very diverse groups that can not be conveniently subsumed (as the french governement act it) under the common name of Rroms. Because there is no homogeneity of these migrants, coming from local migrations, that we can understand as part of village-city mobility. A migration comparable to the migration of this type: with hope of return, which is the case with all economic migration which make sense in the context of individual or family strategies.
The locations for these migrations are clearly established around Paris or Lyon, for good reasons: the experiences accumulated by previous migrants refer to these as interesting regions, in terms of job opportunities as well as the safety of persons.
But with the rise of racist violence against these people, since 2006 in France, these stays inside the French territory change : migrants can identify racist risks, as well as areas where zealous policeman is strongest. These redeployments, desperate, are the real novelty of the migration of Rroms in France. Populations however, continue to hope their social integration ! Because these families want to integrate, find ways of legal economic life, starting with housing. But this desire for stability is perpetually thwarted by restricts of their freedom (in violation of European laws), as their access to the French market for employment or social rights -France has succeeded in putting in the European Treaty a clause known as "transient", authorizing such discrimination.
Their access to legal resources now seriously complicated this immigration, turning it into a real trap for the Rroms. Seen for example in their current mobility, very different from what it was before the arrival of Nicolas Sarkozy: Rroms move inside a very small perimeters, not exceeding 10km... We have seen better, no, as a nomadic!
Turning desperately
in these schemes which are for them consolidation groups, forced mobility of these groups and makes them appear more numerous than they are. First observation: this nomadism forced by political circumstances did in fact an adaptation to a hostile environment, not an ideal of life! And about the caravans, they are only a type of habitat selected by a lower cost by populations forced to remain in constant move, which, in term, exposes them to uncertainty facing with their rights ( how to take up residence in these conditions, how to enroll her children in the nursery, at school, how to get medical help, etc.., when you can not justify your residence ?).
Counteracting the dangers that beset them and this new insecurity that locks them, the Rroms have also had to band together in extended kin, a lifestyle that was foreign to them in Romania! France compels people to invent a lifestyle never traditional... France is reinvouting their life since the permanent problem of expulsions, fomenting ever more precarious housing, which finally take the form of camps, realizing the fantasies of French government...


Roms en (bidon)ville : une conférence-débat de l'Association Emmaüs et de Normale Sup', Martin Oliviera, éditions rue d'Ulm, oct. 2011, 5 euros, 84 pages, ean : 978-2728804665.

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 05:00

rroms-en-bidon-ville.jpgDepuis des décennies, l’immigration des roumains en France est restée stable, tout autant que celle des Rroms roumains, qui s'est maintenue à 10% de la population roumaine migrante (chiffres du Minsitère de l'Intérieur). La seule chose qui ait changé, c'est leur visibilité et la pression raciste orchestrée par le gouvernement en place à leur encontre, modifiant sensiblement leurs conditions de séjour en territoire français et les modes même d'organisation de ce séjour...

L’essai signé par Martin Oliviera, publié dans le cadre des conférences débats de l’association Emmaüs données à l’école normale supérieure est intéressant à décrypter de ce point de vue.

Analysant tout d'abord la structure sociale des rroms migrants, Martin Oliviera montre qu'elle est comparable à celle des populations rurales des autres régions d'émigration. Des migrations de parentèles ou d'individus isolés, mais dans tous les cas, de groupes très divers que l'on ne peut subsumer aussi commodément qu'on le fait en France sous l'appellation commune de Rroms. Il n'existe en fait aucune homogénéité de ces communautés rroms migrantes, issues de migrations locales restreintes, que l’on ne peut comprendre que dans le cadre des mobilités village-ville. Une migration en tout point comparable aux migrations de ce type : non un déplacement sans retour, mais au contraire avec espoir de retour, ce qui est le cas de toutes les migrations économiques qui prennent sens dans le cadre de stratégies individuelles ou familiales.

Les villes cibles de ces migrations, elles, semblent clairement établies dans les régions parisienne et lyonnaise, et pour cause : les expériences accumulées par les précédents migrants les désignent comme des régions d'accueil intéressantes, du point de vue des opportunités d'emplois qu'elles offrent, tout autant que de la sécurité des personnes.

Mais avec la montée en puissance des discours et des actes de violence raciste à l'égard de ces populations, depuis 2006, on assiste au redéploiment de cette émigration, qui a fini par identifier les foyers racistes à risque, ainsi que les zones où le zèle policier est le plus fort.

Ces redéploiements désordonnés, désespérés, sont la vraie nouveauté des migrations des roumains en France. Des populations qui ne cessent pourtant de nourrir d'autre objectif que celui de leur insertion sociale ! Car ces familles veulent s’intégrer, trouver des moyens économiques légaux de vivre, à commencer par le logement.

Or cette volonté de stabilité est perpétuellement contrariée par une juridiction restrictive de leur liberté de déplacement (au mépris des lois européennes), tout comme de leur accès au marché français de l'emploi ou aux droits sociaux, la France ayant réussi à faire inscrire dans le Traité européen une clause dite de «régime transitoire», autorisant cette discrimination.

L'impossibilité d'accéder à des ressources légales a ainsi compliqué sérieusement cette immigration légale, la transformant en véritable souricière pour les Rroms. On le voit par exemple dans leur mobilité actuelle, bien différente encore une fois de ce qu'elle était avant l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy : les populations Rroms ne cessent de fuir à l'intérieur de périmètres très circonscrits, n'excédant pas, la plupart du temps, 10km, ce qui, on l'avouera, est l'expression d'un bien étrange «nomadisme»... On a vu mieux, non, en guise de nomadisme !

Tournant désespérément dans ces périmètres qui sont pour eux des périmètres d'intégration, la mobilité forcée de ces groupes les fait apparaître ainsi plus nombreux qu’ils ne sont en réalité. Premier constat : ce nomadisme contraint par les circonstances politiques ne traduit en réalité qu’une adaptation à un environnement hostile, non un idéal de vie ! Et quant aux fameuses caravanes, elles ne sont qu'un type d'habitat à moindre coût choisi par une populaiton contrainte de rester toujours en mouvement, un habitat qui, en retour, l'expose à une plus grande précarité face à ses droits (comment se domicilier dans ces conditions, comment inscrire ses enfants à la crèche, à l'école, comment bénéficier de l'aide médicale, etc., quand on ne peut justifier d'un domicile ?).

Face aux dangers qui les accablent et à cette précarité nouvelle qui les enferme, les Rroms ont également dû se regrouper en parentèles élargies, un mode de vie qui leur était étranger en Roumanie ! On contraint ainsi une population à inventer un mode de vie qui n'est pas traditionnellement le sien... Pour dire les choses clairement, la France raciste leur a inventé un mode de vie lié au problème permanent d'expulsion des terrains, fomentant des installations toujours plus précaires, qui prennent de fait la forme de campements, achevant ainsi de réaliser les fantasmes du pouvoir politique français...

 

 

Roms en (bidon)ville : une conférence-débat de l'Association Emmaüs et de Normale Sup', Martin Oliviera, éditions rue d'Ulm, oct. 2011, 5 euros, 84 pages, ean : 978-2728804665.

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21 février 2012 2 21 /02 /février /2012 05:00

Voilà près d’un siècle que la réception de Weber campe sur l’interprétation de Lehmann, affirmant que sa thèse se voit rarement confirmée par l’analyse des historiens.
Quelle thèse ? Celle d’une conjonction entre protestantisme et capitalisme. Voilà près d’un siècle que la vulgate, y compris dans les milieux universitaires, prête à Weber l’idée que les exclus des grandes charges publiques, cherchent à s’investir dans les sphères marginales des métiers de l’argent. Or rien n’est plus éloigné de Weber que ce type d’assertion ! Le seul objet d’étude que ce dernier s’était fixé n’était autre que celui de la rationalité à l’œuvre dans l’esprit du capitalisme, portée par des hommes de foi très peu marginaux ! Ce que Weber postulait en définitive, n’était rien moins que l’examen d’un principe tiers : la spécificité de la ratio occidentale. Les termes qu’il mettait ainsi en relation, n’étaient pas vraiment protestantisme et capitalisme, mais ce qui, dans l’un et l’autre, relevait de cette nouvelle rationalité. Moins donc ce qui dans la religion protestante l’inaugurait que ce qui avait permis à la religion protestante d’émerger elle-même. Une petite différence, certes, mais qui n’est pas sans importance : on ne peut réduire le capitalisme à de prétendues origines protestantes. Sans doute cette réduction vient-elle, par-delà les malentendus inauguraux de sa réception, de ce que le texte de référence, en France en particulier, est resté celui de 1905, alors qu’il fut largement réécrit dans sa version de 1920. C’est cette version qu’offre Champs-Flammarion.
Mieux qu’une traduction inédite, l’accès enfin donné à la compréhension savante de Weber.
—joël jégouzo--.

L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, Max Weber, traduction inédite et présentation par Isabelle Kalinowski, Flammarion, coll. Champs, janvier 2000, 396p., 5 euros, EAN : 978-2080814241.

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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 05:02

habitants-des-bidonvilles.jpgDans les années 60 commença la grande résorption des bidonvilles en France, plus particulièrement ceux de la région parisienne, qui restèrent visibles jusqu’au milieu des années 70.

En 2002, ils étaient de retour.

En 2005, un nouveau plan fut conçu pour les éradiquer. Vous lisez bien : les détruire, et non prendre à bras le corps le problème du logement, dont on sait tous ce qu’il est devenu avec la spéculation immobilière : 1/3 des SDF sont des salariés pauvres.

Détruire les bidonvilles donc, par des opérations de police, sans reloger leurs habitants : la logique dans laquelle s’est inscrite ce plan relevait de la seule gestion des indésirables.

Le gouvernement Sarkozy en profita pour stigmatiser au passage une population, celle des Rroms, accusés de venir "camper" aux portes de Paris, en vue d’assiéger la capitale sans doute…

Cette focalisation raciste sur une prétendue question Rrom permit, par l’ethnicisation de la pauvreté, d’éviter à avoir à interroger les causes structurelles de l’augmentation de la précarité en France, ni moins encore l’apparition de formes nouvelles d’exclusion sociale (chômage de masse vertigineux, salariat pauvre, précarité galopante, etc.), qui précipitaient des populations entières dans cet habitat de la grande misère.

On communiqua alors sur les "campements illicites".

On gomma l’ancien vocabulaire de la misère. Le mot de bidonville fut effacé des communications officielles. La presse porta de ce point de vue un secours très utile au gouvernement. Peu nombreux furent les journalistes à enquêter sur la situation des travailleurs pauvres contraints de vivre dans des abris de carton.

On entonna donc massivement le couplet des "gens du voyage", des "nomades" poussant l’insécurité aux portes de nos belles villes, saisies il est vrai par la grâce d’une gentrification accélérée, qui s’accommodait mal de la présence des pauvres dans leurs rues…

La logique publique ne déploya ainsi que le seul instrument de la répression aveugle. Il fallait punir les pauvres, les chasser toujours plus loin, les disperser. Et instrumentaliser cette pauvreté dont on savait qu’elle était récurrente désormais, pour organiser la chasse aux Rroms, objet d’une communication politique intensive.

Mais surtout pas accompagner la grande misère. Les habitants de ces bidonvilles n’étaient évidemment pas tous Rroms, il s’en fallait de beaucoup. Et quand ils étaient Rroms, il s’agissait en outre moins d’une immigration illégale que parfaitement légale : les 10 000 Rroms roumains recensés par le Ministère de l’Intérieur avaient le droit, depuis janvier 2007, de fouler notre sol à la recherche d’un travail. Rappelons que cette immigration était en fait légale depuis les années 2002, et que les contraintes formulées à son sujet étaient de longue date draconiennes : chaque migrant devait être en mesure d’exhiber 500 euros en liquide et un billet retour, souvent confisqués par des douaniers peu scrupuleux –une plainte est à l’étude au niveau européen concernant ce racket… Le taux d’émigration des Rroms en France était, lui, de tout ce temps, resté inchangé. Il n’y avait eu aucun déferlement, malgré la montée en puissance de la misère en Europe.

 

 

Image : des habitants des bidonvilles photographiés par Le Parisien…

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 11:28

morte.jpgUne France forte… L’assignation vaut son pesant de cacahuètes.

Une France forte, celle qui existe déjà, celle qui gagne : celle de Nicolas Sarkozy, Président de la République avec ses +172% d’augmentation en 2008, quand pendant ce temps, 5 millions de français se contentaient de vivre du SMIC.

Une France forte, celle qui gagne, celle de Jean-Paul Agon, PDG de l’Oréal avec ses 10,7 M€ de revenus annuels. Celle des 32 million d’euros remboursés à Liliane Bettencourt par le fisc en 2010, mais non pas celle des 1000 chômeurs supplémentaires par jour depuis que Nicolas est Président.

La France forte, celle qui gagne, celle des 75 milliards de cadeaux fiscaux aux plus favorisés.

La France forte, oui, mais de ses 36% d’augmentation du chômage des cadres entre 2008 et 2010.

De ses 27% d’augmentation du chômage des ouvriers au cours de la même période.
De ses 28% d’augmentation du chômage des employés au cours de la même période.

De ses 36% d’augmentation du chômage chez les plus de 50 ans au cours de la même période.

De ses 13,5% de pauvres.

De ses 20% d’augmentation du nombre de pauvres depuis 2002.

De ses 14 années de smic supplémentaires encaissées par les 0,001% de français les plus riches entre 2004 et 2008…

La France forte d’une amoralité sordide masquant à peine que sous le cadavre de la France d’en bas repose une plage, une vraie, où les nantis se dorent la pilule.

Et demain, la France plus forte encore… L’horreur est donc à venir. Notre seul avenir commun, semble-t-il, tant cette France est forte de sa surdité étatique.

Superbe pied de nez au demeurant, d’une France d’en bas ruinée par une certaine idée néo-libérale de la Nation française ! "Ruinée" : cela dit assez que la France d’en haut voudrait imposer un cheminement pseudo éthique à l’opinion, en demandant aux plus désespérés de garder une conduite exemplaire ! Enorme mystification : car l’option morale est en fait une option politique au sein de laquelle l’intolérance est devenue la norme. Une norme institutionnalisée par l’Etat lui-même !

Une France forte… Payons-nous de mots à défaut d’euros…

Mais comment ne pas reconnaître le caractère imaginaire des objets qui nous sont proposés pour "faire France", par un président au bout de son propre rouleau ?

Voyez-le évoquer cette fiction sordide : il faut obliger les chômeurs à se former… Quand le même homme n’a cessé de détruire le marché de l’emploi.

La France, mais de quel enracinement national nous parle-t-il donc, à ne cesser de convoquer une pseudo réalité sociale tronquée.

Quelle fiction sa France ! Voyez comme il produit cette fiction, goûtez la merveilleuse manipulation d’une vraie crise dont les conséquences ne portent que sur l’immense majorité du Peuple de France. Que dire de ces bouffées énonciatives, sinon qu’elles jouent pitoyablement de l’effet de réel mais que dans le même temps, elles ne font que bâtir une fiction qui n’articule qu’un récit hypocrite.

La France forte. Mais pas les français. Voyez combien ce discours nous écarte, nous aliène, nous déplace sous une fallacieuse contingence géographique au demeurant très floue, aux contours incertains, repliée à l’intérieur de frontières qui sont tout, sauf naturelles… Voyez combien ce discours s’avère n’être qu’une vaste conspiration contre toute espèce de vie sociale. Car lorsque le discours public ne sert qu’à proférer avec un tel aplomb des arguments aussi spécieux ou à rendre honorables des idées ignobles, dont celle qui tend à faire des chômeurs les coupables de leur situation sociale, ce qu’il y a au bout, c’est bel et bien la mort collective.

Le populisme noir donc, pour ultime vérité d’un Peuple fossoyé. Une pathologie sociale terrifiante pour bilan, où le monde des citoyens de la France d’en bas a lentement pourri. La France d’aujourd’hui ? Une foule tragique, forclose dans ses gestes de désespérés. Un vrai crime pour exclus, que ce roman noir de la société française contemporaine. Un vrai crime d’Etat.

 

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 09:25

grece.jpgFaut-il sombrer dans une sorte de pessimisme anthropologique et déclarer que l’homme est mauvais et s’en contenter ? Faut-il finir par croire que nous autres, européens, ne sommes au fond que les héritiers du fascisme et du national-socialisme ? Et nous décourager de les voir tous les deux relever partout en Europe leur tête immonde ? A commencer par l’Autriche, et au grand jour encore, déblayant l’horizon sinistre d’un monde usé jusqu’à la corde. Silence radio du reste sur l’Autriche partout en Europe, un silence qui signe un aveu d’impuissance, sinon d’acceptation… Autriche, Allemagne, France, le tiercé néo-fasciste de tête, où les mouvements d’extrême droite peuvent nourrir l’espoir d’un revival féroce, tant les relais de ces Etats leur sont favorables.

L’Europe raciste se conjugue à merveille sous les ors de la République…

greece12.jpgEt pas loin du tiercé de tête, la Norvège, les Pays-Bas embusqués (aux élections de 2009, l’extrême droite atteignait 17% des suffrages). Et le Danemark encore, la Hongrie et tous ces pays dans lesquels les gouvernements ont passé des accords avec les partis d’extrême droite, ou confié des portefeuilles ministériels à des racistes patentés, sinon à d’authentiques fascistes, comme en Italie. Pas l’ombre d’un franc-tireur dans cette ronde étatique, ni la Belgique ni la Suisse, la liste est longue, des reniements. Et partout, des populations livrées à la violence économique. Comme en Grèce, qui revit aujourd’hui l’affreux cauchemar des colonels, sous les traits de néo-colonels de la Finance cette fois…

glezos2.jpgPartout des populations offertes aux coups de sociétés malades. Partout des populations livrées à la maltraitance économique, à l’exercice légal de la violence économique. On a légiféré cette fois en Grèce sur l’adoption d’un salaire minimum culminant à moins de 600 euros par mois ! Sans considération pour la misère réelle dans laquelle ce salaire allait plonger des millions de grecs ! Alors que la misère tue ! Mais voilà une violence dont on peut être sûr que le Droit européen ne l’inscrira pas au registre des crimes punissables. Tous les militants des droits de l’Homme feraient bien de se méfier du reste : les prochaines élections ne leur permettront peut-être pas de ne pas finir dans des stades, et cela bien avant que le capitalisme ne nous régale de sa fête sauvage et ne finisse en apocalypse…

Il y a un cadavre dans le placard de l’Union Européenne : celui des Peuples d’Europe…Il n'y a qu'à voir la manière dont on traite les grandes figures de la Résistance contre le nazisme, en Grèce par exemple, où Manolis Glezos, l'homme qui osa arracher, en 1941, le drapeau hitlérien qui flottait sur l’Acropole, fut frappé lundi par la police lors des émeutes d’Athènes, parce qu'il dénonçait avec vigueur les menaces qui pèsent sur l’Europe sous la domination des marchés financiers.

 

Images : Manolis Glezos frappé par la police...

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 05:21

affiche-pauvres-morts-ou-vifs.jpgLe Tableau de la pauvreté en France déjà alarmant en 2009, n'a cessé d'empirer selon l’INSEE, en 2011. De l’aveu de l’institution, la situation s’est "considérablement aggravée". Jugement que partage le président du Secours populaire français, Julien Laupêtre. Une étude récente publiée par l'Institut de la statistique révèle même que 13,5% de la population de France métropolitaine est désormais considérée comme pauvre. Avec un peu de distance, 2009 n’aura constituée que la première année où les conséquences de la crise économique se seront pleinement fait ressentir. Or pour le Secours populaire français, la situation n'a cessé depuis de s'aggraver. Pour Julien Laupêtre,  "les pauvres deviennent de plus en plus pauvres mais il y a aussi des personnes qui ne s'attendaient pas à ce qui leur arrive : cadres, petits commerçants, petits artisans". "Ce phénomène, j'insiste beaucoup là-dessus, grandit", affirme-t-il. Il y a aussi "de plus en plus de travailleurs pauvres" (rappelons que 30% des SDF sont des travailleurs salariés), et la "misère" progresse dans les rangs des "jeunes", qui n'ont jamais été aussi nombreux à se tourner vers les organismes de secours identifiables. Constat partagé par le Secours Catholique : le pire est à venir. Selon lui, l’année 2012 montrera une progression encore plus importante de la pauvreté. "Ce sont certes, une fois de plus, la conséquence de la crise mais plus particulièrement celle de la progression du chômage et de la sortie du système d'indemnisation par Pôle emploi d’un grand nombre de Français en fin de droit", a commenté l’euro-député Robert Rochefort, et l’échec du président Nicolas Sarkozy, non seulement incapable de faire reculer la pauvreté comme il l’avait promis en 2007, mais qui n’a depuis cessé de jeter des masses toujours plus grandes de français dans la pauvreté. Si bien que la cohésion sociale est désormais mise à mal. Mais ce même président nous promet, s’il est de nouveau élu, d’en finir définitivement avec cette cohésion : référendum sur l’indemnisation des chômeurs, rendus responsables de leur situation, chasse aux étrangers… La pauvreté avait pourtant baissé en France des années 1970 au milieu des années 1990. Elle s’est installée depuis à un niveau élevé, jusqu’au début des années 2000. Puis elle est repartie à la hausse pour connaître un niveau sans précédent depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Depuis 2002, le nombre de personnes pauvres au seuil de 50 % a augmenté de 20 %. Voyez les chiffres de l’INSEE. Le mouvement de hausse y est très net et de l’aveu même de l’institution, cela constitue un tournant historique en France depuis les années 1960. Tandis que les 0,001% les plus riches en France ont gagné l’équivalent de 14 années de Smic supplémentaire entre 2004 et 2008… 

 

 

http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ref/FPORSOC11A_Sommaire.pdf 

Observatoire des inégalités : http://www.inegalites.fr/spip.php?article270 

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 05:04

the-wire-20080104024433106-000.jpgOn se rappelle Stringer Bell, maître d’œuvre de la seconde utopie de la série, développée en miroir de celle du major Calvin. Stringer Bell voulait sortir de la logique de guerre des gangs, réformer le commerce de la drogue. On le surprend sur les bancs de la fac, à suivre des cours d’économie et tenter de déchiffrer à la lumière des théories fraîchement acquises la crise structurelle qui frappe le marché de la drogue à Baltimore. On se rappelle sa volonté de faire coopérer les gangs, et celle de reconvertir son argent dans l’immobilier, Stringer Bell réalisant qu’il gagnerait cent fois plus d’argent dans ce commerce licite. Réinvestir dans le béton. Sous le couvert du financement des politiciens, sans qui rien ne peut se faire… On se rappelle ces belles analyses sur la fonction de fabrique d’identité des Corners. Mais Omar vient le flinguer. Omar le mercenaire, quelque figure de la vieille Amérique que Stringer Bell prend en pleine poire. Tout comme le programme de Calvin prend en pleine figure le retour du réalisme politique. Comme une fatalité. Mais qui aurait un nom, celui du cynisme des institutions qui sait toujours faire front à la grandeur des individus.

The Wire, cette série préférée de Harvard, au point que l’illustre université lui a consacré un séminaire. Une série portant aussi sur la tragédie structurelle du réformisme politique. Non : sur la tragédie que les institutions de la société néo-libérale font peser sur ses possibilités de réforme, au terme de laquelle on comprend que la nécessité institutionnelle ne peut être combattue que par une nécessité collective aussi puissante. Au terme de laquelle on comprend que les institutions ne peuvent être combattues par la seule volonté des agents qu’elles produisent, que seule une rupture collective peut autoriser un vrai changement, que seul un sujet collectif peut générer ce vrai changement, que ce genre de société ne peut se transformer de l’intérieur, qu’elle finit toujours par se reproduire et reproduire ses formes de domination.

the_wire_kenard.jpgOn peut bien, certes, exhiber les luttes nécessaires et les collectifs qui les tissent. On peut bien imaginer, esquisser d’autres formes de vie, voire arracher des territoires entiers (au niveau local, la démocratie directe est toujours possible) à l’oppression sociale qui nous enferme, on peut explorer d ‘autres modes de ré-appropriation collectives, toute radicalisation éthique de la praxis politique demeure sans issue : la liberté ne peut se déployer que dans l’espace commun. L’homme refusé, face à l’ampleur de la tâche qu’il entreprend, ne peut qu’abdiquer à la longue ou voir son œuvre détruite, tant que son entreprise de déchiffrement ne parvient pas à viser la possibilité d’une histoire collective. Il risque même de sortir de la vision politique du monde pour improviser une sorte de messianisme vain. L’indécidabilité de la promesse historique ne doit jamais suspendre l’action collective.

La saison 4 s’ouvrait sur la comédie électorale et la vacuité du monde politique. Tandis que le programme de gentrification se poursuivait dans le centre-ville. On votait, mais on votait pour que rien ne change. Le même revenait toujours. Chaque nouveau personnel politique se montrait incapable de produire du neuf : on échangeait les rôles, plutôt qu’on en changeait le monde, la vie, la société, conjuguant de la sorte les destins au futur antérieur.

Jusqu’au dernier cercle de l’enfer démocratique, incarné par la conspiration politico-médiatique. A la toute fin de la série, les médias venaient boucler le dernier cercle de l’enfer néo-libéral et célébrer la disparition de la société, la nôtre, où il ne restait qu’à survivre.

Une fracture. Celle qu’inaugura le discours néo-libéral, refusant au politique sa fonction structurante, inaugurant une politique séditieuse, alors que la politique est une lutte pour rendre le monde humain, non le déshumaniser en jetant les uns contre les autres.

Le marché ne peut devenir l’opérateur de l’ordre social. Qu’il s’agisse du marché de la drogue ou de celui des opportunismes politiciens. Faisons donc en sorte que le vote qui nous attend ne soit pas celui qui viendra refermer sur nous la tragédie du réformisme politique. --joël jégouzo--.

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