Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 05:56

elections.jpgQuand Napoléon III décida d’assassiner la République, il proclama le suffrage universel. Quand Bismarck voulut garantir la victoire des libéraux prussiens, il proclama le suffrage universel. Dans les deux cas, l’octroi du suffrage universel scella le triomphe du despotisme.

On tient bien, là, la manifestation de la plus évidente illusion du suffrage universel, qui est de masquer la fabrique d’une majorité n’exprimant qu’un jeu de dupes féroce. Des leçons de Napoléon III et de Bismarck, il nous faudrait admettre que le cirque électoral ne vise rien d’autre que la confiscation du pouvoir. Un cirque qui fait vivre aux citoyens, démocrates épuisés, la prostration de l’illusion démocratique. Car nous vivons bel et bien les temps du pouvoir confisqué. Voyez les cinq années de présidence Sarkozy. Son règne d’arbitraire. Rappelez-vous l’une de ses premières décisions, très symbolique, face au referendum de 2005, biffé d’un trait de plume. Les français avaient mal voté ! Voter était brusquement devenu un acte sans fondement politique. Et quand on y regarde de plus près, ce que l’on constate en étudiant par exemple la question de la légitimité du pouvoir aux Etats-Unis, c’est qu’un Bush n’aura de fait été élu que par 25% des électeurs américains. En France, aujourd’hui, pour ces présidentielles 2012, on découvre que près d’un tiers des électeurs ne se rendront pas aux urnes… Quelle signification politique dégager de cette hyper-abstention ? Sinon que la lutte des pouvoirs politiques contre la démocratie passe aujourd’hui par la tyrannie de la majorité fabriquée et le dégoût d’un geste auquel on a ôté ses vrais fondements politiques.

La comédie des consultations démocratiques se double bien trop souvent de la comédie des promesses que l’on ne tient jamais. Doublées elles-mêmes de la comédie des engagements politiques – comme la comédie de la lutte contre le chômage, ou la comédie des réformes de l’Etat qui n’est l’expression que de son cynisme éhonté. Le tout relayé servilement par un défunt contre-pouvoir qui a cessé depuis belle lurette de jouer son rôle dans la société. Voyez comme les médias nous ont servi la comédie du départ repoussé de l’âge de la retraite, au prétexte d’un gain en espérance de vie, quand l’espérance de vie en bonne santé, elle, ne cessait de décroître… La démagogie elle-même a baissé de niveau !

Le vote n’est plus une délégation de pouvoir mais l’abdication rabâchée, affirme Jean Salem dans son dernier ouvrage. L’exacte traduction de notre misère civique, le modèle occidental de la corruption politique et de la domination des masses. Et l’élection ininterrompue est l’instrument de cette domination. Qui nous maintient dans l’illusion d’une démocratie fétiche où le processus électoral suspend plus efficacement les libertés politiques qu’aucun autre.

Alors le changement, c’est maintenant, nous assure François Hollande. Sait-il jusqu’à quel point nous le voulons, ce changement ? Oui, le changement, ce devra être maintenant, au risque de nous jeter dans une confusion plus atroce. Pourvu qu’une fois gagnée la Présidence ce même Hollande réforme enfin cette République qui fleure la péremption. A commencer par cet ordre politique électoral qui ne fait que s’affirmer contre l’ordre social nécessairement conflictuel. A commencer par la dénonciation de cette fumeuse pacification des mœurs politiques que l’on nous sert comme une nécessité faisant force de loi et qui ne fait qu’affirmer sa toute puissance contre la rue.

La période sent l’avant-guerre sociale, oui. François Hollande a raison d’affirmer que nulle autre élection présidentielle n’aura incarné un tel enjeu. Car le pire –Sarkozy au pouvoir de nouveau- n’est pas exclu. Alors sans doute faudra-t-il d’abord "raisonnablement" le battre pour éviter cet écueil du pire. Mais il faudra aussi ouvrir grand les oreilles socialistes à cette indignation qui monte partout et qui n’est pas une colère vaine, ni moins encore abusive. Une idée s’est mise en marche, où lentement se fait jour une autre possibilité d’exister. Il faudra bien l’entendre si l’on veut changer un Etat qui ne veut pas se réformer.

  

 

Elections piège à cons –que reste-t-il de la démocratie, de Jean Salem, Flammarion, février 2012, 120 pages, 7 euros, ean : 978-2081248793.

Partager cet article
Repost0
16 mars 2012 5 16 /03 /mars /2012 05:33

sarkozyJ’aime bien cette idée empruntée à Otto Gross d’un déchirement pathologique de la personnalité. Un déchirement qui serait largement provoqué par les idéologies de la division, de l’exclusion, que nous connaissons désormais dans nos sociétés européennes, par exemple. Non comme une crise de civilisation –encore que-, mais de défiance à l’idéal républicain et démocratique qui aurait été le nôtre jusque là. Une défiance qui témoignerait pour ainsi dire d’une psychologie réactionnaire traversant de part en part ces sociétés, sinon leur inconscient, même si l’expression est abusive. Un inconscient produit, fabriqué de toute pièce, ainsi que le fait notre président-candidat quand il évoque les référendums de son éventuel prochain mandat, contre les chômeurs et les étrangers, lourds de présupposés désespérants. L’appel aux instincts les plus bas, relève-t-on à juste titre ici et là. Ce vocabulaire est le bon en effet, qui suggère qu’il s’agit bien de fabriquer une sorte d’inconscient qui rendrait enfin possible que nous puissions nous reconnaître entre nous, nous-mêmes (à savoir : par référendum).

Il serait donc question d’appeler chacun à exclure. A expulser. A condamner. A mettre la main à cette pâte là. Il serait donc question de mettre un terme à ce conflit intérieur que révélait Otto Gross entre le propre et l’étranger. Expulser l’étranger pour ne garder que le propre de la France, sinon du français… La prochaine révolution française que l’on nous propose vient ainsi d’adopter son visage. Celui de la France forte. Celui d’une morale coercitive. Capable de mettre fin au registre compréhensif qui est explicitement celui du modèle républicain démocratique, qui supposait un engagement quasi existentiel de tous auprès de chacun. Une fin qui s’accompagne de la promesse d’une familiarité cauteleuse : celle qu’un oui référendaire tracerait entre nous. Qui verrait sanctionner non seulement la fin des grands récits humanistes à la française, mais par l’accès de chacun au choix d’exclure, à ce genre de récit de soi que définissait un Ricœur, aux yeux duquel l’action de se raconter s’engageait d’emblée sur un front éthique. Car voici qu’on nous invite à écrire collectivement l’une de ces grandes pages qui ont fait la honte de l’Histoire de France. Une page dans laquelle il s’agirait d’interdire la possibilité même de l’épreuve de la confrontation à l’autre. Qui permettrait chacun de s’avancer nanti de cette fausse assurance qu’on lui aurait fabriqué : l’idem. Où chacun serait pour lui-même une instance du refus de l’Autre privée de toute éthique véritable. Car c’est bien ce qui se trame derrière ces promesses de consultation populaire : un pacte rhétorique enfermant l’être loin de toute prise en compte de la vie. L’effondrement même de l’institution du langage. Pas étonnant alors, qu’il y ait une telle homologie de structure entre le parler présidentiel que l’on nous a infligé pendant cinq longues années et les contenus politiques de ce parler…

Ce propre là s’annonce comme un ramassis de l’idem. Qui nous débarrassera de la question du "qui ?" dans le vivre humain. Qui nous délivrera de la trame narrative qui formait la richesse de humain : cette interrogation existentielle capable de produire en retour de la richesse sous l’énigme, qui est très exactement l’envers intime de tous ces discours identitaires qu’on nous inflige.

Exit le Mrs Dalloway de Virginia Woolf, L’homme sans qualité de Musil, La Recherche de Proust, ces grandes œuvres où la question de soi se présentait sous les espèces de la crise. Voici qu’on nous invite explicitement à rallier la cause des schizophrènes. Celle de la fondation d’un soi enraciné dans la pseudo continuité d’une identité nationale… Voici qu’on nous propose de battre des deux mains à l’idée d’une "fin du monde de la différence". Une fin quasi pathologique mais qui masquerait enfin la perte de toute confiance en soi, ouvrant sans qu’on y prenne garde à une véritable mutation psychotique collective, travestie par une sorte d’imbécile idéal du Moi français… Un manifeste éthique, veut-on nous assurer… Mais bien plutôt un symptôme engageant la totalité de la présence humaine dans une reconstruction délirante : un soi collectif national auquel le sujet viendrait s’abreuver jusqu’à plus soif pour s’édifier comme une sorte d’être-sous-la-main gavé de ses pittoresques assurances…

 

 

Partager cet article
Repost0
13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 05:17

arbitraire.jpgDouze propositions à cheviller au cœur de cette campagne présidentielle, douze chantiers à ouvrir de toute urgence pour tenter de limiter l’arbitraire du Pouvoir. De l’indépendance de la Justice au scandale de la surpopulation dans les prisons françaises, régulièrement dénoncé par l’UE et les grandes instances internationales, en passant par le racisme d’Etat, les dérives sont nombreuses en effet, dans une France au final très peu fidèle à son image de pays des Droits de l’Homme. Et à y regarder de plus près, la petite histoire des lois scélérates qui nous est offerte en introduction, lois qui ont accompagné la croissance de la jeune République française depuis le XIXème siècle, est bien édifiante… Car voilà une République qui, au prétexte d’un risque de trouble de l’ordre public, concept juridique on ne peut plus vague, n’aura cessé d’embastiller ses oppositions les plus radicales, à commencer par les anarchistes, dans un cadre répressif tout à fait abusif. Avec étonnamment un arrière-goût de déjà vu pour nous aujourd’hui, comme ces lois sur les suspects des années 1893 – 1894, élargissant le profil type du suspect à l’ensemble de la population pour museler toute liberté d’expression collective, allant jusqu’à légaliser la déportation pour des prétextes infimes, et que combattit en son temps le jeune Léon Blum (il avait alors 23 ans), arguant avec courage qu’elles n’étaient pas "digne d’une nation probe". On chercherait en vain du reste dans cette longue histoire des dérives de l’arbitraire à la française une quelconque probité dans les affaires de cet Etat là : qu’on se rappelle l’état d’urgence voté dans le sillage de la Guerre d’Algérie et suspendant la liberté d’opinion !

La République française, au fond, s’est toujours accommodée de dispositifs d’exception et il serait bien temps, en effet, d’y remédier… D’autant que ces dispositifs semblent avoir fait florès depuis ces dix dernières années, comme la suspension en 2003 du droit au silence dans les gardes à vue, exclusivement motivées de fait par une recherche très problématique de l’aveu. Ou bien la détestable politique du chiffre dans la police, conduisant aux dérives que l’on sait, ou encore, cerise sur le gâteau, la décision de concentrer l’ensemble des pouvoirs de renseignement pour les placer sous le seul contrôle du Président de la République, le dotant d’un pouvoir exorbitant sur l’ensemble de ses citoyens. Ne parlons même pas de nouveau des prisons françaises, chargées de fait de régler la question sociale, ni davantage de la réforme du système de placement et de soins en matière de "sécurité mentale", après la déclaration ahurissante du Président de la République, en 2008, affirmant sans broncher que "Tous les malades mentaux sont potentiellement dangereux, voire criminels !", déclaration qui a conduit à la loi du 5 juillet 2008, pénalisant in fine les troubles psychiques… Il y a urgence, oui, vraiment, à ouvrir ces chantiers.

  

 

Contre l’arbitraire du Pouvoir, 12 propositions, collectif, La Fabrique éditions, mars 2012, 254 pages, 13 euros, ean : 9782358720207.

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 05:56

guerreImaginez. Non, c’est impossible. Mais faites-en l’effort : votre quartier est en ruine, les bombes s’abattent encore sur vous, bien que la France ne soit plus en guerre, puisqu’elle vient d’être conquise. Il n’y a plus d’eau, plus d’électricité, l’hiver approche. Il fait froid. Novembre bat des records de froid. Vous avez faim et pour vous approvisionner, vous devez prendre des risques inconsidérés : des milices parcourent la ville, des snipers sont embusqués. A chaque fois que vous mettez le nez dehors, vous risquez de tomber sous une rafale ou d’être embarqué par les milices du nouveau pouvoir en place à la solde des scandinaves. Vos amis sont morts. Votre famille souffre. Vous avez peur. Beaucoup ont disparu, beaucoup ont fui. La police est partout. Votre voisine erre dans les ruines. Elle est devenue folle le jour où son petit est mort, tué par un sniper. Il faut partir. Maintenant. Demain il sera trop tard. Mais partir où ? Toute l’Europe est tombée sous la botte des régimes totalitaires. Reste le Sud. Mais le Sud ne veut plus vous accueillir : trop de réfugiés déjà. Le Sud vient de durcir ses lois sur l’immigration. Il faut partir pourtant : les milices s’activent. Vous trouvez un passeur. Qui vous dépouille de tous les biens qu’il vous restait. Un soir, vous partez. Vous, votre mère et votre petite sœur. Les survivants d’une belle famille unie, naguère. Vous fuyez la France, qui devient une dictature. Six semaines plus tard, vous êtes dans camp de réfugiés. Les autorités du pays étudient votre demande : sans permis de séjour temporaire, vous serez renvoyé chez vous. La promiscuité est insoutenable. L’examen de vos papiers traîne. On vous demande des preuves que vous ne pouvez pas fournir : pas facile d’en trouver dans la seule valise que vous avez traînée avec vous dans votre exode. Deux années passent. Vous êtes méconnaissable. Vous avez fini par obtenir le droit d’asile. Mais il n’y a pas de travail pour vous : ses conditions d’accès ont été durcies pour les immigrés. Le pouvoir en place flatte désormais sa droite extrême. Vous subissez la montée du racisme dans votre pays d’adoption. Qui vote une nouvelle loi éparpillant les immigrés aux quatre coins du pays. Vous devez quitter cette région où vous aviez fini par vous faire des amis. Vous voilà seuls, vous, votre mère, votre sœur. Sans pouvoir accéder au marché de l’emploi. Montrés du doigt. Pour échapper à la misère absolue, vous apprenez à cuisiner des gâteaux que vous vendez au marché noir. Inutile de poursuivre la démonstration : elle est terrible. L’auteure avait écrit ce texte en 2001, quand le débat sur les réfugiés s’était soudain tendu au Danemark. D’actualité. Toujours…

 

 

Guerre, et si ça nous arrivait ?, de Janne Teller, éd. Les Grandes personnes, traduit du danois par Laurence W. O Larsen, illustrations de Jean-François Marten, mars 2012, 64 pages, 7,90 euros, ean : 9782361931384.

Partager cet article
Repost0
8 mars 2012 4 08 /03 /mars /2012 05:55

parite.jpgJe me rappelle la colère d’Eléonore Lépinard sur ce sujet. On en était pourtant passé d’une revendication minoritaire à une réforme institutionnelle majeure, avec à la clef une Loi sur la Parité. Un tournant légaliste qui s’était opéré dans les années 80 sous la pression de l’arrivée de la Gauche au pouvoir et qui avait conduit, bien longtemps après, au vote de la Loi Constitutionnelle du 8 juillet 1999, adoptée sans surprise, bien que deux ans auparavant, 75% des députés s’étaient prononcés contre l’inscription de la Parité dans la Constitution. Comment ce retournement de l’opinion parlementaire avait-t-il été possible ? Et puis : malgré le succès du combat politique, où en étions-nous de l’égalité réelle, sociale, économique, culturelle entre les hommes et les femmes ? Malgré une réforme majeure, cette égalité ne demeurait-elle pas introuvable ? Au point qu’aujourd’hui encore, tous les indicateurs sociaux confirment l’existence, en France, de fortes inégalités entre les hommes et les femmes ? Comment poursuivre, dans ces conditions, la lutte ? La brèche ouverte par les femmes dans la doctrine de l’universalisme abstrait, ne s’est-elle refermée sur elles ? Car comment expliquer ce grand écart entre l’ampleur du débat suscité par le concept de parité en France à la fin des années 1990 et le reflux qui préside depuis à l’application de la loi ?

Dans son essai, Éléonore Lépinard avance une hypothèse effarante, sinon effrayante : les rhétoriques "mobilisées pour légitimer la loi sur la parité" auraient elles-mêmes participé à "forclore les changements possibles en matière d’égalité des sexes" ! Quant est-il donc, au delà de la question de l’égalité des sexes, du recours légaliste ?

Eléonore Lépinard étudie de près, dans son ouvrage, les effets discursifs du recours à la loi sur les mouvements sociaux dans le cadre du modèle républicain contemporain. Elle décrypte avec intelligence ces opérations par lesquelles les acteurs collectifs inventent des stratégies, favorisent l’émergence de normes et tracent malgré eux les contours des conditions de réception de leurs revendications, contours qui sont rien moins, en creux, que ceux de l’univers réel du discours républicain. Une moulinette, dont on se demande si, in fine, le but n’est pas de laminer les luttes et les revendications pour les affaiblir, sinon les escamoter…

Retraçant la généalogie du concept de parité, elle piste ses esquisses, tant en France qu’au niveau international, dévoile sa grammaire, les relais mis en place pour fabriquer de la parité capable de redéfinir au passage la question de l’égalité des sexes, de revisiter et transformer les clivages des luttes anciennes, celles des années 1970, oscillant entre les tenantes de la parité comme parachèvement du projet démocratique et les féministes rebelles qui voyaient dans la parité conçue dans les termes de la loi une égalité dénaturée. Pour finir par poser la question on ne peut plus circonstancielle du statut de toute représentation politique : est-elle vraiment un moyen d’émancipation ? Au delà de l’étude sur la question de la parité politique, c’est cela qui importe aussi, aujourd’hui surtout : construites comme un problème public, que deviennent nos revendications, quand on en exclue la rue ? Les contraintes institutionnelles sont telles, que nos luttes semblent y perdre leur sens. La loi tamise, édulcore, gauchit. Et la rhétorique du système républicain, pour convaincante qu’on veuille la faire passer dans les médias, n’est bien souvent ouverte qu’à l'infructueux… Le travail juridique et législatif des parlementaires apparaît ainsi à travers cette étude sur la question de la parité homme-femme fondamental, mais insuffisant, tant les compromis politiques sont prégnants et restreignent le cadre de nos ambitions. Des Lois sur la parité homme / femme, une réelle frustration sociologique en est sortie. L’égalité homme / femme est demeurée introuvable. On peut bien sûr évoquer de réels progrès, il n’en demeure pas moins que les textes n’ont changé la condition de la femme qu’à la marge…

Alors qu’aujourd’hui une fenêtre d’opportunité politique semble s’ouvrir à nous, sans doute ne devrions-nous pas l’ignorer : il existe comme une sorte de tragédie structurelle qui pèserait sur le réformisme politique. Une tragédie propre surtout aux institutions de la société néo-libérale il est vrai, pesant de tout son poids sur toute possibilité de réforme en profondeur. Car la nécessité institutionnelle ne peut être combattue que par une nécessité collective aussi puissante. Le changement ne peut être généré que par une rupture collective. Seul un sujet collectif peut générer un vrai changement. Aucune société républicaine ne peut se transformer de l’intérieur : elle finit toujours par reproduire des formes de domination. Alors on peut bien exhiber les luttes nécessaires et les collectifs qui les tissent, ici les femmes. On peut bien imaginer d’autres formes de vie à l’oppression sociale qui nous enferme, on peut explorer d ‘autres modes de ré-appropriation collectives : la liberté ne peut se déployer que dans l’espace commun. La femme refusée, face à l’ampleur de la tâche qu’elle entreprend, ne peut que voir son œuvre détruite, tant que son entreprise de déchiffrement ne parvient pas à viser la possibilité d’une histoire collective. L’Histoire, c’est la dimension du sens que nous voulons collectivement être. L’indécidabilité de la promesse historique ne doit jamais suspendre l’action collective.

  

 

L’égalité introuvable, la parité, les féministes et la République, É. Lépinard. Presses de Sciences Po, Paris (2007), Collection Fait politique, 304 p., 23 euros, ISBN-13: 978-2724610130.

 

Partager cet article
Repost0
6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 05:34

sondage.jpg1936, George Gallup met au point la plus belle invention de domination des masses : "l’échantillon restreint mais représentatif"… Mussolini, Goebbels, ne s’y trompent pas, qui ne tarissent pas d’éloge devant cette bien belle technique de domination des peuples. L’ingénierie sociale ne triomphe pas encore, mais la voilà dotée de parrains efficaces, sinon encombrants… Mais ce que Mussolini et Goebbels ignorent, c’est qu’elle connaîtra ses plus beaux jours en France.

1941, Vichy. Pétain crée la FFEPH : la Fondation Française pour l’Etude des Problèmes Humains… La Fondation recrute des jeunes chercheurs plein d’entrain, dont Jean Stoetzel, que Gallup fascine. L’IFOP existe depuis 1938 (Institut Français de l’Opinion Publique), mais c’est l’occupation allemande qui va lancer d’une manière déterminante la carrière de celui qui n’était alors qu’un marginal au sein de la sociologie française, dominée par Durkheim. A la tête de la FFEPH, Stoetzel réalise les premières enquêtes d’opinion d’envergure, sur une question qui "préoccupe" bien évidemment les français de Vichy (puisqu’on ne cesse de le leur marteler) à savoir : la baisse de la natalité… La natalité française… Ah, le beau sujet !… Naître français… De bonne souche recommandable, sinon identifiable… Il fut l’occasion de la première transformation massive, officielle, de la sociologie en technique de pouvoir. Sitôt la guerre achevée, l’épisode n’est pas clos pour autant : la FFEPH devient l’INED, qui existe toujours, outil certes puissant de compréhension et d’analyse de la population française. Stoetzel accède à une chaire de sociologie en Sorbonne et devient "un fondé de pouvoir en terre de mission de la multinationale scientifique de la sociologie américaine", selon l’expression de Bourdieu, qui ne décolère pas devant cet usage immodéré, impulsif, idéologique de la sociologie. Développant ses méthodes statistiques appliquées à la mesure de l’opinion publique, sourd aux critiques de Bourdieu, imperturbable, Stoetzel poursuit son travail. L’IFOP bourgeonne. mesnongebisEn 1962 est créé la FLORES, puis BVA en 1970, IPSOS en 1975. Leur clientèle est d’abord essentiellement commerciale. Mais dès l’année 1960, ces instituts tentent de se convertir à la prédiction politique. Bourdieu a beau démontrer que toutes les opinions ne se valent pas, n’ont pas le même poids, rendant de fait imprévisibles les mouvements d’opinion et farfelues les prédictions politiques (on a connu cela avec Jospin n’est-ce pas), Bourdieu a beau dénoncer le poids de manipulation de ces fameux sondages, rien n’y fait : les élites politiques s’obstinent, l’opinion est travaillé au corps, à son corps électoral défendant : il faut, coûte que coûte, produire de l’opinion, si possible la meilleure possible pour les partis de pouvoir… De fait, la notion ajustée par les sondeurs cache de plus en plus mal qu’elle n’est qu’un outil idéologico-politique, qui légalise un transfert illégitime de souveraineté sous couvert d’une pseudo objectivité scientifique. Mais rien n’y fait : la France politique demeure sourde à ce procès légitime. Consulting, lobbying pèsent de tout leur poids sur les élections françaises et les choix des électeurs, transformant les élections en business et pesant sur la décision démocratique. C’est également très frappant au niveau européen, où des tables rondes d’industriels dictent littéralement (cf l’ERT) les grandes lignes idéologiques que l’Union doit prendre. Un seul but : mettre le pouvoir politique à l’abri de la démocratie. Un phénomène sans équivalent dans le monde, l’Europe se distinguant encore par le fait qu’il n’y existe pas de Freedom of Information Act, qui permettrait d’accéder, au moins cela, tout comme aux Etats-Unis, à nombre de documents étatiques. Ici, le vide démocratique en guise de gouvernance…

 

L’industrie du mensonge : Lobbying, communication, publicité et médias, John Stauber et Sheldon Rampton, traduit de l’américain par Yves Coleman, préface de Roger Langlet, édition Agone, oct. 2004, coll. Contre-feux, 363 pages, ean : 978-2748900125.

Partager cet article
Repost0
5 mars 2012 1 05 /03 /mars /2012 05:10

mensonge.jpgMachiavel nous assurait que la finalité du politique était de prendre et de conserver le pouvoir. Ce qu’il ignorait, c’était que cette finalité allait devenir plus radicale encore : mettre le pouvoir à l’abri des démocraties.

C’est à cet effrayant constat que nous introduit l’essai de John Stauber, passant au crible l’industrie des relations publiques, des origines à nos jours. Soit un siècle de production du mensonge. Certes, l’étude est davantage concentrée sur le premier quart du XXème siècle, et plus particulièrement encore sur la machinerie américaine, la plus performante au monde. Mais il y a là bien des leçons à tirer pour nos propres démocraties européennes… Grand patronat, Pouvoirs Publics, personnel politique, médias, la belle entente règne, où l’on s’accordent à maquiller des pratiques illégales et immorales, dans le but non seulement de maintenir l’ordre politique, mais l’ordre social. Un préalable, sinon l’incontournable du genre : orchestrer l’ordre électoral. On en sait quelque chose en France désormais. La fabrique de l’opinion publique ne tourne jamais autant que dans ces moments là. Une vraie machine de guerre bricolée par les élites pour légitimer leurs revendications et les faire approuver par les couches populaires et moyennes de la population. Une méthode : l’ingénierie politique. Un seul but : cibler le vrai danger, à savoir, le citoyen de base. Qu’il puisse en arriver à prendre des décisions publiques, voilà la vraie horreur… Et l’on ne parle pas ici de referendum, cette machination politique conçue la plupart du temps pour confisquer les vraies prérogatives populaires. Le jeu politique doit être confisquée de toute façon, voilà la vraie leçon, le rôle du plus grand nombre étant de demeurer spectateur. Un spectateur régulièrement convoqué aux élections, avant d’être congédié, ou encourager à vaquer ensuite à ses affaires privées, en attendant les prochaines élections.

Aux Etats-Unis, ce qui assure ce fonctionnement, c’est le mythe fondateur du pays de la Liberté d’expression. En France, ce serait au fond celui de la liberté de la presse. Le premier amendement donc, tandis que les dix suivants fonctionnent comme parfaite régulation de la domination.

Et aujourd’hui, note l’auteur, ce à quoi l’on assiste, c’est à l’élargissement des missions de l’industrie de l’opinion publique. Celle-ci ne doit-elle pas transformer par exemple les pollueurs en défenseurs de l’environnement ? Ou maquiller les guerres de conquête en actions humanitaires, convertir le nucléaire en énergie propre, etc.

Si bien que l’industrie des relations publiques est devenue le bras armé des élites contre la démocratie. Une industrie qui s’emploie à fabriquer du rêve à bon marché, du renoncement à tour de bras, de la fatalité publique et du consentement, les seuls vertus autorisées, susceptibles d’aider à "gouverner" le peuple, spontanément ingouvernable. C’est ce gouvernement invisible de manipulations éhontées qui dirigerait de fait le destin des démocraties occidentales…

 

L'industrie du mensonge : Lobbying, communication, publicité et médias, John Stauber et Sheldon Rampton, traduit de l’américain par Yves Coleman, préface de Roger Langlet, édition Agone, oct. 2004, coll. Contre-feux, 363 pages, ean : 978-2748900125.

Partager cet article
Repost0
1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 05:50

 

piketty.jpgIl faut repenser, et très vite encore, le projet européen, car l'Europe nous fragilise, affirme Thomas Piketty dans son dernier ouvrage, une série d'articles écrits par l'économiste entre 2004 et 2011, et dans laquelle on sent très nettement monter l'urgence et l'inquiétude devant l'accumulation ahurissante des sommets de la dernière chance qui n'ont toujours rien réglé à ce jour.

Vite, refaire l'Union Européenne, se défaire du calamiteux directoire Merkel-Sarkozy, qui s'obstine à vouloir faire exploser la construction européenne. Se défaire de leur pathétique amer, rappelez-vous, ce 27 octobre 2011, le couple obscur quémandant à la Chine une aide financière au cours d'un énième sommet de l'incompétence et de l'impuissance.

Il faut cesser de se contenter de colmater les brèches de cette passoire fiscale qu'est devenue l'Europe. Il faut donner enfin un vrai poids à ce nain politique qu'est l'Europe aux abois -bien qu'elle soit moins endettée que les Etats-Unis ou le Japon ! Et tordre le cou à la logique inepte, absurde, criminelle de la Banque Centrale Européenne, qui n'a cessé de mettre à la disposition des banques privées des sommes monstreuses que ces dernières se sont empressées de prêter aux pays européens en difficulté à des taux d'usuriers !

Vite, il faut en finir avec la culture de l'arrangement du Conseil des Chefs d'Etat. Car oui, il faut d'abord et peut-être surtout réformer au plus vite les institutions européennes, les plus anti-démocratiques jamais conçues dans le monde occidental. Voilà une urgence à laquelle souscrire des deux mains, tant il crève les yeux qu'il y a quelque chose de pourri au royaume de l'Union Européenne. Mais sur ce point, je trouve Piketty peu convaincant, à ne proposer que d'empiler une nouvelle couche institutionnelle à celles qui écrasent déjà de tout leur poids la démocratie en Europe. Car notre économiste ne songe qu'à créer un Sénat européen, qui aurait certes la haute main sur les Dettes et sur l'Agence européenne de la Dette, mais dont on comprend mal quel serait le pouvoir réel ni de qui il le tiendrait vraiment. Car enfin... tant que les peuples européens n'auront pas repris le pouvoir qui leur a été confisqué, il ne servira à rien d'empiler les chambres les unes sur les autres. Il faut en réalité réviser de fond en comble le fonctionnement des pouvoirs dans cette Europe construite loin des peuples européens. Une Europe qui, dans sa gouvernance, ne témoigne que de la main mise d’une oligarchie au service du seul objectif qui lui importe : la promotion de la liberté des marchés financiers. Car il faut cesser de croire que l'UE n'est pas un régime politique : elle en est un, et le pire qui soit, offrant l'expression la plus tragique de la structure oligarchique du monde néo-libéral. Voyez la farce des consultations bafouées, comme en France. Leur Europe devrait-on écrire, dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas, qui est celle qui est venue à bout de la souveraineté politique des nations européennes par des pratiques économiques qui sont, il n’en faut pas douter, une manière redoutablement contemporaine de faire de la politique autrement, sans l’embarras démocratique qui préside encore –si peu- au destin des nations qui la forment. Et si vous en doutez, observez comment s’équilibrent les forces institutionnelles au sein de cette UE : une Commission Européenne, son exécutif, où siègent des fonctionnaires nommés par les Etats membres, sans aucun mandat démocratique. Un Conseil des Ministres transformé en instance législative délibérant secrètement, un Conseil européen des chefs de gouvernement convoquant les récalcitrants pour leur dicter ses décisions…Ajoutez à cela un pseudo législatif, où le processus de décision est télécommandé par des entrepreneurs ayant avalisé une construction politique autoritaire et volontairement parcellaire : le Parlement européen, seule instance «populaire» élue démocratiquement, qui erre entre Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg (quand on y songe !), et ne dispose d’aucun pouvoir fiscal, d’aucun pouvoir budgétaire, d’aucun contrôle sur les nominations, d’aucun réel droit législatif, sinon celui d’amender à la marge ou d’opposer son veto ! Un corps législatif d’un autre âge donc, qui observe, tétanisé, le pouvoir confisqué par le Conseil des Ministres, coiffé par Le Coreper, comité des représentants permanents fixe, et in fine, le Conseil européen des chefs d’Etat. Soit une violation constante du principe de séparation des pouvoirs constitutionnels, un déficit démocratique sans précédent, auquel même les faucons américains n’ont jamais osé rêver. euro dictature2Ce que Piketty ne sait pas suffisamment observer au fond, c'est que l'UE est l’affaiblissement volontaire du politique. Voyez où se discutent l’essentiel de notre avenir et comment. Voyez qui prend les décisions et comment, et ce que ces décisions concernent : des questions qui étaient autrefois débattues au sein des parlements nationaux, négociées désormais dans le secret. Le traitement de ces questions, observe avec pertinence l'historien Perry Anderson, est celui que l’on réserve d’ordinaire aux Affaires Etrangères ou Militaires ! Des questions confisquées par de prétendus experts, mais dont nous nous rendons bien tous compte, comme les taux d’intérêts, qu'elles organisent le déplacement de la politique macro-économique vers Bruxelles. Avec à la clef, encore une fois, nos vies et notre avenir : emplois, impôts, protection sociale…

L’Union Européenne, aujourd’hui, c’est enfin l’état minimal tel qu’aucun ultra-libéral n'a jamais osé l’espérer : une fonction publique réduite à néant –20 000 fonctionnaire !- des dépenses étranglés, un contrôle impossible, bref : la démocratie vidée enfin de sa substance ! Allez : on a bien vu quel genre d'ordre tentait de s'imposer dans cette UE. On l'a vu avec le contournement du référendum français, la confiscation du référendum en Grèce, l’arrivée au pouvoir des banquiers en Italie. On le voit à l’étude attentive des liens qui se tissent ici et là à la faveur de cette pseudo crise : Mario Draghi, le nouveau président de la Banque centrale européenne, proche de Mario Monti, le président désigné du Conseil Italien, proche de Lucas Papadémos, le nouveau Premier ministre grec, tous les trois appointant à la banque d’affaires américaine Goldman Sachs, qui ne cesse d’étendre en Europe son réseau d'influence.

Partout en Europe, ce que l’on peut observer, c’est la montée en puissance d’un ordre fondamentalement ennemi de toute démocratie, préparé de longue date par l’arrivée au pouvoir, dans les années 80, d’un Reagan ou d’une Thatcher qui n'avaient d'autre horizon que de faire de l’Europe la plus fabuleuse pompe à fric que le monde occidental ait jamais inventée. Alors sans doute, oui, est-il temps non seulement de repenser le fonctionnement des institutions européennes, ainsi que nous y invite Piketty, mais de reprendre le pouvoir dans cette Union au fond très peu européenne. Et sans doute est-il temps de la penser collectivement : non comme savoir mais comme lucidité qui contraint à prendre soin des hommes autant que du monde. Car tout comme la philosophie, la politique est un exercice de lucidité, au terme duquel il ne s’agit pas de voir ce qui est mais ce qui institue le bon fonctionnement de la cité, dont l’être humain est la finalité, non les moyens. Et sans doute est-il vraiment temps de réaliser que l’Union Européenne n’incarne plus un système de valeurs universelles, mais un système politique qui repose essentiellement sur la faiblesse tactique de ses peuples, vidés de leur substance politique : l’Europe des populations à genoux devant les banques.

 

Thomas Piketty, Peut-on sauver l'Europe ?, éd. LLL, janvier 2012, 272 pages, 20 euros, ean 978-2918597469.

Goûtons tout de même au passage, la flèche décochée par Piketty à Sarkozy : c'est moins l'Allemagne qui bloque tout, que Sarkozy, recroquevillé sur sa logique intergouvernementale, refusant de céder toute once de pouvoir et redoutant comme la peste l'intrusion de la démocratie dans son petit cercle de décideurs...

Partager cet article
Repost0
29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 05:00

afficheUMP5.jpgPartout sur les bancs de l'école républicaine, ironise Thomas Piketty, nos chères têtes blondes apprennent que la redistribution la plus efficace est la redistribution fiscale. Une redistribution qui, comme son nom l'indique, n'intervient jamais qu'après coup, après le temps du grand ramassage vertueux, celui au cours duquel on encaisse, on engrange les bénéfices. Mais ces trente dernières années, observe Piketty, que s'est-il passé partout dans le monde occidental ? On a libéralisé à tour de bras tous les secteurs de l'activité humaine, y compris celui de la fiscalité, tant et si bien que le temps de la redistribution fiscale est passé à la trappe... Il fallait bien, là aussi, introduire la concurrence fiscale et gagner encore de l'argent. Et si l'on y réfléchit un peu, ce grand et beau mouvement de gavage a conduit les riches à obtenir des réductions d'impôts sans précédent, alors qu'ils gagnaient déjà sur le premier tableau avec la libéralisation des échanges et du commerce mondial ! Bingo : plus ils gagnaient de l'argent et moins ils en redistribuaient, laissant aux pauvres le soin de redistribuer entre eux la part la plus congrue de leur gâteau. Et pendant que les riches se gavaient, les plus modestes devaient se contenter de la hausse de leurs cotisations sociales, tout comme de celle de leurs innombrables impôts indirects payés sur leurs consommations quotidiennes. Au final, on n’a fait qu'accroître la pression fiscale sur les plus modestes. On n’a fait qu'accroître les inégalités, dans une proportion inconnue à ce jour. Alors on voudrait nous faire croire qu'imposer les très riches risquerait de ruiner le pays, de décourager les talents, de faire fuir les investisseurs... L'évasion fiscale ? Parlons-en décline Piketty : c'est d'abord, tous les jours, la libéralisation des marchés financiers et des flux des capitaux. C'est, d'abord, tous les jours, l'évasion vers les paradis fiscaux au cœur même de l'Europe malgré les promesses du président du peuple autoproclamé, comme la Suisse ou le Luxembourg. Des sommes inimaginables même, à côté de celles que le candidat Hollande sait pouvoir récupérer, calculette en poche, indolores dans le portefeuille des nantis, et qui ne sont certes pas cette catastrophe que veut bien promettre le candidat du peuple autoproclamé, toute honte bue...

Partager cet article
Repost0
25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 05:34
Why President Sarkozy was such vulgar? Any examples in our national history ... Not since the France of Vichy. And vulgarity will be the last world of this national sequence, coinciding with the end of Sarkozy power, that of a leader who has ceased to emphasize his ego, crediting the discredited, documenting a style swashbuckler, liar, and braggart. So the only question of interest today is the reason of such impropriety. The answer is contained implicitly in the work of Frederic Lordon (Capitalism, desire) : we live in a society of widespread concern, in which an unprecedented economic brutality arose. A real tyranny settled here-employment blackmail, blackmail-growth, "which finds its conditions of possibility in the new state economic structures" named financial wich appeared recently. A Capital fundamentally un-social : cash go where it yield the most, plunging the nation in a world of terror. The mechanisms of this financial capitalism are simple: finance does not care our labor force, now fungible. Asymmetry unprecedented affects the relations of production: the financial capital has always time to wait, even when the labor force comes into rebellion. In contrast, insecure employees is such that they can not engage the standoff. Violence lobbying on the labor Nation does not belong Fordism patterns, our enemy is not yet philosophical liberalism as we know so far, but neo-liberalism, which is certainly a worthy offspring. And under its, the fear is widespread, intensified. This power has created is unprecedented brutality. It has long simmered in the summations to seeing globalization as the salvation of our labor. But globalization was, in first, the death certificate of the People's concept (wich was a political concept), replaced by the notion of populations (which is a biological category). Supreme handling was to transforme the citizen in consumer. And with the discourse of free competition demanding ever more necessary relocations, free competition in the service of our dreams consumption wildest, something else happened: they closed business not because they were not profitable, but because they were reported and enough dividends to their shareholders that they might reinvest them elsewhere, form of cash available wildly, away from the Nation, picking up unprecedented gains, as capitalists themselves never dreamed...
French presidential vulgarity will thus reflects nothing but the new balance of power. The expression of an unprecedented permissiveness, forged in the minds of these new capitalists. And drunkenness which it testifies, his vulgar pathos is the expression of omnipotence feeling. Everything is possible. We can even lie shamelessly. I am the President and fuck you ... The expression is vulgar, certainly, but it is the exact situation of the current language of this power, which authorizes the presidential authority to practice the insult : the radicalization of political power is unprecedented in our history, and assures him impunity. And believe it, finance push his advantage throughout, as it will not encounter a resistance force equal to his own. This is perhaps where the problem will hurt: in France, now, the political power goes its end, even if this agonizing Fifth Republic is able to confiscate political game. For despite the complexity of forms of domination, stacking levels on each other in chains of dependencies, an architecture that perfectly describes Lordon in his essay, all this beautiful architecture remains sensitive to the ultimate disappointment of an electoral rout sign the disallowance in the camp of President must have the political power to operate uninhibited. Not far from Presidential, a great social and political earthquake is possible.
Partager cet article
Repost0