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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 04:15

 

 

noexitNicolas Sarkozy n’aime pas le vin. Il lui préfère le Coca ligth. Il n’aime pas le fromage non plus. Ça pue. Il lui préfère les bonbons. Son dégoût du bon goût est sans borne. Sans complexe. Sa grammaire ? Approximative. Celle d’un parvenu sans gêne. Qui aime l’argent. La hausse du pouvoir d’achat était son cri de ralliement. Le pouvoir d’achat a dégringolé comme jamais sous son quinquennat. Et alors ? Les français ont parié sur lui en 2007. Ils ont perdu. L’outrance, l’exhibitionnisme, le mensonge auront été sa marque de fabrique présidentielle. Sans parler de l’arrogance, de la vulgarité, de la violence. Un vrai numéro de cirque à lui tout seul. N’était qu’il a ruiné la France : quand il est arrivé au pouvoir, l’économie française était en plein essor. N’était qu’il l’a divisée.

Sarko aspirait à la grandeur, affirme Philip Gourevitch, observateur étranger du barnum politico-médiatique français. Il y aspirait parce qu’il était petit, poursuit-il. Non par la taille : par la morale. Par la pensée. N’y accédant pas, il nous a servi ce mauvais soap opéra que Gourevitch décrit et commente par le menu, nous ouvrant grand les confidences des plus proches conseillers du boss. Un boss sans vergogne, impitoyable dans sa quête du pouvoir, autrocrate. La droite extrême ? C’est lui, n’en doutez pas. Un stratège hors norme dit-on, n’hésitant pas à user de la brutalité la plus féroce, de la mauvaise foi la plus extrême. Un impulsif. Un homme sans idéologie. Un homme sans convictions. Un homme décevant, juge-t-il. Qui n’aura jamais été qu’un bateleur de campagne, pas un président. Un chef qui ne savait pas gouverner. Mais qui voulait le pouvoir. Comme un gamin convoite le jouet du voisin. Sans trop savoir ce qu’il allait en faire au juste. Il voulait juste être adulé. Un homme dont on apprend que les guerres le rendaient euphorique. Qu’il en redemandait, l’œil rivé sur les sondages d’opinion –c’est bon pour moi coco ? Un homme qui aimait l’importance que la guerre lui donnait. Un homme de guéguerre donc, plus efficace comme candidat que comme président. Voilà ce que la droite s’est choisie. Elle méritait mieux.

L’ouvrage glisse ensuite volontiers sur une interprétation du phénomène Sarkozy qui en laissera plus d’un meurtri : Gourevitch voit dans la présidence Sarkozy le symptôme de la désillusion des français sur leur compte. La France était devenu un petit pays. Un petit président lui allait bien.

Avec au fil des pages l’humiliation qui monte, de voir égrenés les scandales qui ont ponctué cette présidence et qui n’ont jamais fait scandale… Comme si toute morale citoyenne avait définitivement déserté le périmètre républicain, l’immunité jusqu’au dégoût…

  

 

No Exit, de Philip Gourevitch, éd. Allia, traduit de l’anglais par Violaine Huisman, avril 2012, 94 apges, 3,10 euros, ean: 9782844855701.

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 04:19

vivelacrise.jpg"Vive la crise!" On se rappelle Laurent Joffrin accompagnant Yves Montang aux réjouissances de l’ex-deuxième droite (on l'espère vivement, François, qu'elle ressortisse au passé!) affublée de son nez rose (l’expression est de Jean-Pierre Garnier, 1986). On se rappelle Joffrin en pédagogue Simplicissimus, voulant réconcilier les français avec la Finance, invitant toute l’éditocratie issue de 68 à se mettre au service du Pouvoir Politique. Une histoire navrante, mais dont il ne faudrait pas oublier qu’elle est notre histoire commune, celle d’une déconvenue tragique, concomitante de l’invention du pouvoir politico-médiatique en France, concomitante de la construction d’une cléricature médiatique qui n’allait plus lâcher les jugulaires du pouvoir jusqu’à aujourd’hui et consacrer, réjouie, la fin du contre-pouvoir de la Presse. Libé en tête donc, avec July convertissant Libé en canard régimaire. De ce même July, Fontenelle nous rappelle l’édito du 22 février 84, titrant sans rire "Vive la crise!", invitant à renoncer au socialisme et se livrant à la surenchère des formules publicitaires pour tenter de convaincre ces idiots de français (décidément) que l’Etat-Providence, c’était has been… On se rappelle qu’il s’agissait déjà de nous faire avaler la pilule du marché, July nous encourageant non pas à changer la vie, mais à changer de vie. July toujours, claironnant dans son éditorial vertigineux qu’il fallait "faire des citoyens assistés des citoyens entrepreneurs"… On a bien lu : "assistés"… Non pas sous la plume de Sarko, mais de Serge July... "Assistés"… On a vu ce que cela a donné, trente ans plus tard… Reprenez l’article et dans la foulée, lisez celui de Joffrin lui emboîtant servilement le pas pour nous expliquer, toujours sans rire, que les socialistes de l’époque ne s’étaient pas brisés sur le mur de l’argent mais celui de la réalité : les lois du marché, auxquelles il fallait se soumettre… Joffrin raillant leur mot d’ordre, galvaudé à ses yeux, et assurant que si la vie était bien  "ailleurs", c'était ailleurs que dans "le fort délabré de l’Etat-Providence", et qu’elle ne pouvait sourdre que dans l’initiative privée…

C’était l’époque bénie où toute l’élite politico-médiatique s’entendait à faire de la lutte des classes une lutte de pique-assiettes ! C’était l’époque où Libé pouvait tirer à boulet rouge contre la grève des postiers de Toulouse, qualifiés "d’égoïstes" ! C’était l’époque où pour Joffrin le salariat se vautrait dans l’hideux spectre de la revendication corporatiste… L’époque où ce même Joffrin, toute honte bue, n’hésitait pas à dire que le travail au noir était "utile" face aux trop grandes rigidités du Droit français du travail… Faut-il poursuivre cette lecture ad nauseam ? Trente ans plus tard, Sarko trouva à s’inscrire dans cette continuité, en digne héritier de Joffrin ! Avec cette différence que lui, Sarko, a su restaurer la lutte des classes, mais pour la mettre au service des plus riches, en une série d’agressions sociales sans précédent dans l’histoire de la République française. Une offensive d’une extrême brutalité, faisant sauter en quelques semaines, en 2007, tous les verrous qui empêchaient les inégalités de se creuser trop visiblement. Bouclier fiscal en tête. Affaiblissement du droit de grève en second front, avec pour solde l’indigence pour tous les retraités et l’on en passe, tant l’homme s’était mis en tête de finir pour de bon le travail de casse de l’Etat-Providence qu’un Joffrin appelait de tout son cœur…

C’est cela que nous rappelle Fontenelle : le sarkozysme de gouvernement est l’achèvement de trente années de renoncement. Trente années d’un pouvoir construit sans vergogne par la presse française, tous bords confondus. Trente années au cours desquels nos intellectuels se sont réjouis de voir la France enfin libérée de la tutelle de Marx. Trente années de glorification du syndrome Attali, expert en tout, compétent en rien, cynique et impudent, de droite comme de gauche, parangon d’opportunisme, voyez : il vient de se faire le partisan farouche de l’augmentation de la TVA et de la baisse des transferts sociaux ! Plus sarkozyste, tu meurs… Alors après la grande rupture avec le socialisme, qui fut largement à l’origine de nos défaites, de notre ruine et de notre anéantissement, avec quoi faut-il renoncer, aujourd’hui, pour qu’un vrai changement ait lieu ?

 

Vive la crise, Sébastien Fontenelle, édition du seuil, mars 2012, 184 pages, 14,50 euros, isbn : 9782021057713.

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 04:58

vive-la-crise.jpg"Ou l’art de répéter dans les médias qu’il est urgent de réformer (enfin) ce pays de feignants et d’assistés qui vit (vraiment) au-dessus de ses moyens"…

"Vive la crise"… Dans son dernier essai, Sébastien Fontenelle n’y va pas avec le dos de la cuillère. La Crise ? Depuis les années 2000, la presse dominante n’a cessé de nous en rebattre les oreilles, martelant jour après jour le même message à la teneur si indigente, ne cessant de travailler, jour après jour, à "la fabrication du consentement", selon la très pertinente formule de Noam Chomsky. Une mise en condition sans précédent de l’opinion, pour une totale soumission au dogme libéral.

La révision générale des politiques publiques, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, la destruction de l’Administration française, de l’école française, des hôpitaux français, de la santé française, des transports français, de l’emploi français, de la Justice française, tout cela au nom de la crise, voilà qui fait beaucoup en effet, beaucoup a avaler et que nous n’aurions jamais avalé sans l’aide de médias stipendiés.

Certes, aucun doute sur le sujet, tout cela auquel ajouter les somptueux cadeaux fiscaux aux plus riches, cadeaux qui ont littéralement ruiné le pays, l’orientation éhontée de la dépense publique au service des mêmes plus riches, la confection de conditions de vie toujours plus précaires et plus difficiles pour les salariés, aucun doute, c’est bien à Nicolas Sarkozy que nous le devons, qui n’aura cessé de voler dans la poche des pauvres pendant cinq longues années.

Cela dit, il nous faut tout de même affronter notre histoire dans toute son étendue, et c’est ce à quoi se livre Fontenelle, décortiquant avec intelligence et un rien d’exaspération, la presse française qui, depuis plus de vingt ans, n’a cessé de marteler ses fumeux mots d’ordre pour nous faire avaler la pilule. De l’emploi du mot "tabou" -entendez par là tout ce qui va contre l’idéologie dominante d’exploitation éhontée des classes populaires-, jusqu’au "modèle social" estampillé pour l’occasion "français" pour mieux en dénoncer l’exception, en passant par "l’assistanat" salarié, tout y passe, d’un vocabulaire que nous n’avons cessé d‘entendre sinon de faire nôtre, au point de n’être plus jamais troublés par ses usages quotidiens pilonnés à longueur de journée par une journaille vendue à la cause néo-libérale.

La novlangue des élites est édifiante, qui a fait du progrès la désignation exactement contraire à son sens originel. Et quant aux "nécessaires réformes", elles ont fini par signer les pires reculs anti-sociaux jamais enregistrés dans l’histoire française. Des procédés langagiers dont on sait trop bien à quelle histoire les imputer. La crise ? Le mot était magique, il est devenu notre pain quotidien. Et c’est là que le bât blesse : une génération de clercs de médias s’est agrippée à ce vocable. Une génération arc-boutée sur ses privilèges, une génération, comme l’écrit si justement Fontenelle, qui s’est transformée en fan club de l’exploitation de l’homme par l’homme, depuis le Figaro, certes, mais jusqu’à Libé. Car à lire de près les articles des années 80 que Fontenelle déterre, un sentiment de nausée nous envahit sur le rôle joué dans cette funeste comédie par des acteurs sociaux issus de l’ex-gauchisme à la française, devenus des patrons de presse comme les autres. "Vive la crise", c’était précisément le titre d’un éditorial de Serge July en 1983, servant avant l’heure la soupe aux grands patrons, Laurent Joffrin en chien-chien jappant à ses côtés la même sérénade indigeste. Il faudra bien alors, tout de même, nous en poser la question si l’on veut un vrai changement. Ce n’est pas le moment, me direz-vous, de le mettre en péril par ces rappels intempestifs d’une époque révolue où la deuxième droite affublée de son nez rose, selon la moqueuse expression de Jean-Pierre Garnier (1986) accourut au service d’une classe politique convaincue que l’avenir de la France c’était l’entreprise, sinon la Finance, et non ces travailleurs qui l’avaient portée au pouvoir. Et cette histoire de l’ancrage du pouvoir médiatique dans le pouvoir politique devra elle aussi être ré-évaluée, si nous ne voulons pas d’un changement en trompe-l’œil. Le score atteint par Mélanchon dans les sondages en témoigne, qu’on aime ou non le personnage. Ce score témoigne d’une exigence plus grande qui se fait jour. Alors le changement ? Les forces sociales y sont prêtes. N’en ratons pas l’opportunité.

 

Vive la crise, Sébastien Fontenelle, édition du seuil, mars 2012, 184 pages, 14,50 euros, isbn : 9782021057713.

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 04:45

 

droits-pauvrete.jpgL’Impossible publie un long extrait d’une lettre ouverte de Nadia Mokaddem, écrite le 19 février 2012. Lettre ouverte adressée "à tous ceux qui estiment qu’avec 456 euros par mois nous parasiterions la société française". On se rappelle l’impudence du candidat sortant, proposant un referendum sur le chômage. Comme si les chômeurs étaient responsables de leur situation, quand Pôle emploi demeure en panne depuis sa création. Mutique. Ne proposant jamais rien. Sinon punir, dénoncer, fliquer. Pas le moindre stage, pas la moindre formation, pas le moindre emploi, pas le moindre remplacement. Nadia n’a pas reçu la moindre proposition de Pôle Emploi en quatre longues années de chômage. Déchirée. Epuisée. Quatre longues années sans emploi. Professeure, jadis. Avant de se voir licenciée, jetée à la rue, et puis le Rmi, et puis le Rsa. Tandis qu’elle ne baissait pas les bras, cherchait, cherchait cet emploi que Pôle emploi ne savait pas lui trouver. Rien. Pas le moindre travail à l’horizon d’une société française détruisant toujours plus d'emplois. Du travail ils ont fait table rase. Alors elle s’est reconvertie. Seule. Sans l’aide de Pôle Emploi. Il faut lire ce témoignage pour comprendre le scandale des propositions de Sarkozy. Intermittente ensuite. Et puis de nouveau plus rien. Naufragée du travailler plus. Une femme à la rue. Abîmée.

A ceux qui savent, trop nombreux, ce que c’est que la crise à répétition depuis plus de vingt ans, Nadia dédie sa Lettre. Fatiguée. Lessivée. Son balluchon de précarité sur le dos. Trop diplômée lui affirmait-on sans rire. De petits plans en petits plans. Survivre. Sans l’aide de Pôle emploi. Il faut lire son témoignage pour comprendre le scandale dans lequel nous enferme une droite qui n’a cessé de faillir. 456 euros de mina social. Et encore, obtenus à l’arrache, après des mois de galère, sans le moindre centime pour survivre le temps de remplir les dossiers administratifs, car Pôle Emploi a oublié de penser que l’on devait vivre en attendant son RSA. Une femme seule. Effondrée. Assommée sur le faux parquet d’un appartement vide : elle a tout vendu pour survivre. 40 ans. Et la CAF qui renvoie à Pôle Emploi qui renvoie à la CAF… En attendant, elle ne mange plus. Elle ne dort plus. Elle ne se chauffe plus. Novembre est terrible, janvier sera pire. Diplômée de troisième cycle. Sonder le web pour trouver un emploi qui n’existe pas. Noël. Là-bas, la fête. Il faut lire ce témoignage pour comprendre l’énormité du scandale du discours de Sarkozy ! Et toute honte bue, la vindicte de l’assistante sociale relayant les mêmes préjugés : "Quand on vient d’un milieu comme le vôtre, on ne s’obstine pas à faire un troisième cycle" !!! Un DEA de langue et civilisation allemande. L’Allemagne, le modèle cher à Sarko. Il faut lire ce témoignage pour comprendre l’insupportable de son discours ! --joël jégouzo--.

 

  

L’Impossible, n°1, février 2012, 5 euros, mensuel, 128 pages, en Kiosque depuis le 15 mars, en librairie depuis le 22 mars 2012.

http://www.limpossible.fr/001/index.php

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 04:10

Ce n’est certainement pas un exercice auquel se plie volontiers l’historien, que celui de vouloir prédire l’avenir.
E. J. Hobsbawm, le père du Court XXe siècle, s’y est livré avec tout le scrupule de sa science, au cours d’une conversation certes informelle, mais menée avec le plus grand sérieux. Et plutôt que de se hasarder à parier sur un avenir incertain, sagement, mais avec une clairvoyance surprenante, il s’est contenté de dégager les tendances structurante du siècle qui venait, inscrites dans le présent parfaitement identifiable du siècle finissant.
De tous les indicateurs retenus au cours de cet entretien, deux se dessinaient comme particulièrement fondamentaux.
Le premier tient au hiatus ouvert entre logique du développement économique et logique politique. Selon Hosbawm, la faillite du fondamentalisme du marché nécessitait l’intervention conjointe et unanime des Etats. Mais ces derniers semblaient avoir perdu leurs moyens de coercition. On assistait même à une sorte de renversement historique : l’Etat moderne, parvenu à son apogée lorsque la protestation sociale s’y institutionnalisa, ne s’imposait plus avec la même évidence. Comment, dans ces conditions, ces états si peu souverains pourraient-ils contrer efficacement cette faillite et lui proposer une sortie pertinente ?
Second indicateur fort, dont nous entrevoyons mieux aujourd’hui les contours : l’individualisme liberticide qui régit les marchés et qui ne saurait en rien convenir aux exigences de la politique internationale. A quelques années de distance, la crise financière survenue, on ne peut qu’admirer la clairvoyance de l’historien !


Les enjeux du XXIe siècle, Eric J. Hobsbawm, entretien avec Antonio Polito, traduit de l’anglais par Lydia Zaïd, éditions Complexe, coll Questions à l’Histoire, mars 2000, 200p., 14,50 euros, EAN : 978-2870278123.

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 04:17

bilan.jpgLa très libérale revue Alternatives Economiques a publié un volumineux dossier dans son numéro de janvier, consacré au bilan de la Présidence Sarkozy. L’heure des comptes a sonné, mais d'une sonnerie de détresse, car qu'il s'agisse d'éducation, d’emploi, de pauvreté, de sécurité ou encore des finances publiques, le moins qu’avouent les éléments les plus lucides de son propre camp, c’est que ces comptes ne sont pas bons. Mais alors, pas bons du tout… Ils sont tellement mauvais même, qu’à leurs propres yeux il faudrait être sacrément myope pour ne pas voir que la crise n’y est pour rien, ou si peu, dans ce désastre, autant moral que politique, social qu'économique. Et pour la revue, ce sont avant tout les politiques conduites depuis 2007 qui sont en cause. Des "erreurs" s’efforce-t-elle d’excuser. On voudrait bien le croire, n’était une volonté politique très sûre au contraire, qui aura par exemple joué en toute connaissance de cause du bouclier fiscal contre la Nation pour enrichir le camp de celui que des sociologues avertis ont qualifié à juste titre de Président des riches.

Il suffit au fond de lister les engagements de campagne et de les comparer aux résultats en fin de mandat pour s’en rendre compte. Le président a beau tenté de s’abriter aujourd'hui derrière la crise et les problèmes de sécurité (en faisant au passage comme s'il n'en était pas comptable après 10 ans de pouvoir !), la situation de la Nation est particulièrement dégradée : 4,8 millions de personnes inscrites à Pôle emploi (un record pour la Vème), une dette publique de près de 1 700 milliards d'euros (500 de plus qu'en 2007), sa responsabilité est totale…

Et c’est bel et bien le programme qu’il a mis en place dès le printemps 2007 qui a dégradé le pays. Il n’est pas jusqu'à la question de la sécurité qui n’y échappe : le bilan est là aussi nul, aucune amélioration n’a été constatée sur le terrain.

Aux yeux de la revue, c’est évidemment surtout en matière de finances publiques que les décisions de Nicolas Sarkozy auront été les plus pénalisantes pour la Nation. Et le numéro de constater qu’en fait, c’est le modèle social tant vilipendé par le président des riches qui a, dans les faits, permis d’amortir le choc de la crise ! Les RTT en particulier, qui ont permis aux entreprises de limiter la casse en jouant sur l’aménagement du temps de travail ! Le monde à l’envers ! Toutes les mesures prises par le chef de l’Etat ont, de ce point de vue, joué contre l’emploi : c’est l’exemple de la défiscalisation des heures supplémentaires, qui ont contribué à casser le marché de l'emploi. Le président des riches n'aura cessé de mener sa guerre contre la Nation française, renvoyant au passage l’Administration française à ses heures les plus sombres… L’Ecole ? Détruite. La Santé ? Détruite. L’Emploi ? Détruit. Ne restent que de nouvelles annonces, de nouvelles promesses et de nouveau la stigmatisation des étrangers et du monde arabe, ouvrant une béance dans les mentalités et créant les conditions d’une rupture civique si grande qu’elle est aujourd’hui lourde d’une menace atterrante.

 

Alternatives Economiques n° 309 - janvier 2012

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27 mars 2012 2 27 /03 /mars /2012 08:24

 

arton125La présidence Sarkozy, la plus scandaleuse et la plus cynique qui ait jamais vu le jour, part du principe que les précaires ne sont plus des agents sociaux. De proche en proche, ce pouvoir a instruit des groupes sociaux comme n’étant plus des sujets du Droit français. Voire des couches de la population qui sont redevenues des citoyens de seconde zone, des indigènes, comme ces petits-enfants d'immigrés, français depuis belle lurette ! Ce n’est pas seulement que la norme ancienne, bourgeoise, ait été suspendue par l'incurie néo-libérale, la visée était plus terrible que cela : il s’agissait d’éliminer purement et simplement ces groupes sociaux qui ne devaient plus appartenir à la Cité sinon pour ré-articuler la trope de l’ennemi nécessaire à la réélection du candidat des riches… L’un des moyens pour y parvenir était simple, trop simple : la violence des exclus. Cette violence inacceptable, irrécupérable, hors norme, mise en perspective dans l’espace social par des discours de haine. La violence symbolique de l’Etat, avec l’Etat sarko, s’est exprimée librement pendant cinq longues années. Un populisme noir semblable à celui des années 30, retaillé à notre mesure... med-precariteLe populisme pour ultime vérité d’un Peuple moins introuvable que dissimulé. Sarkozy ? Une pathologie sociale terrifiante pour bilan, où le monde des citoyens de la France d’en bas a lentement pourri. La France d’aujourd’hui ? Une foule tragique frappée de plein fouet par une crise en leurre. Une foule dépossédée de sa légitimité. Un vrai crime d’Etat, ce dernier ayant tranché brutalement : qu’on se le dise, il ne protègera que certaines vies, définies sous le manteau de cet ensemble idéologique qu’est le milieu politico-médiatique ultra-conservateur. La précarité de masse ? Il s’en fiche. Le travail ? Une simple variable d’ajustement. Tout centime financier vaut mieux que la vie d’un travailleur. Et l’on ne nous demande sûrement pas de donner notre avis sur cette option fondamentale de la société française. Au mieux, le discours s'est fait mensongèrement savant : le Capital France relève du bon usage des techniques financières. Plus d’interdit : la vie humaine n’est pas sacrée, les médias en ont actualisé l'ultime vérité - quel journaliste s’est réellement indigné du scandale de la misère en France ? Cette amoralité sordide au bout du rouleau, tout de même, ne peut plus masquer qu’il y a un cadavre dans le placard de la Nation française : celui de la France d’en bas, et que sous ce cadavre repose une plage, une vraie, où les nantis se dorent la pilule. L’horreur serait donc à venir ? Sarkozy serait notre seul avenir commun ? Mais il suffit de porter la main à l’oreille pour entendre croître sous la précarité de masse le vrai destin de cette France qu'il convoite. Superbe pied de nez à l’Histoire : la France d’en bas aura été ruinée par une certaine idée libérale de la Nation française ! "Ruinée" : cela dit assez que la France d’en haut n'a fait qu’imposer un cheminement pseudo éthique à l’opinion, en demandant aux plus désespérés de garder une conduite exemplaire ! Enorme mystification : car l’option morale est en fait une option politique au sein de laquelle l’intolérance est devenue la norme. Une norme institutionnalisée par l’Etat lui-même!

 

Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale, rapport 2009-2010 :

http://www.onpes.gouv.fr/Le-Rapport-2009-2010.html

le rapport lui-même, en pdf :

http://www.onpes.gouv.fr/IMG/pdf/RapportONPES_2009-2010.pdf

Le Salarié de la précarité, de Serge Paugam, PUF, coll. Le Lien Social, mai 2000, 437 pages, ISBN-13: 978-2130508182.

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23 mars 2012 5 23 /03 /mars /2012 05:56

zizek.jpgLe dernier ouvrage de Slavoj Žižek, Pour défendre les causes perdues, est passionnant, et riche d’implications multiples et d’analyses renouvelées sur la question du pouvoir, de la contestation, de l’Etat et de bien d‘autres encore. Touffu, théorique, centré sur les conditions de possibilité toujours inscrites dans le marxisme et la psychanalyse sur lesquelles il ouvre des perspectives inédites, il desserre bien des horizons à la contestation actuelle, dont je ne voudrais évoquer aujourd’hui que celle de la question du Pouvoir souverain tel qu’il se manifeste dans notre histoire nationale.

Prenant tout d’abord acte de ce que, dans les propos des gouvernements au pouvoir, la morale soit devenue un objet de communication, Slavoj Žižek démontre que ce recours incessant ne traduit en réalité que l’impuissance dans laquelle sont tombés nos représentants politiques, incapables qu’ils sont de débattre sérieusement d’une vraie morale publique qu’il ne cesse de convoquer outrageusement. L’équivalence qu’ils ont fini par forger entre la vérité et l’impuissance à fonder toute vérité politique, sonne aujourd’hui le glas d’un discours qui satisfait de moins en moins les citoyens que nous sommes.

Le telos du Bien s’est ainsi évanoui dans le champ des sociétés occidentales. Voire, prévient Slavoj Žižek. Car si ce Bien dont on nous rebat les oreilles, comme le montre l’essayiste Wendy Brown, n’est plus dans leur bouche qu’un vague récit indexant la moralité au plus bas étage du moralisme politique, à force de cynisme, les hommes du pouvoir ont fini par générer la formidable indignation qui traverse les Peuples du monde entier aujourd’hui.

Et c’est précisément à cet indice de l’indignation mondialisée que l’on peut comprendre que la démocratie n’est pas tout à fait morte : l’Etat démocratique nécessite la résistance démocratique du Peuple, sans laquelle il n’est pas de démocratie qui puisse tenir debout. Paradoxe, puisque les libéraux n’ont eu de cesse d’étouffer cette résistance. Mais l’aspiration qui se fait jour, dans le fait même qu’elle soit devenue publique et qu’elle ait pu contraindre les politiques à communiquer sur son thème, est le signe même que cette contestation a déjà su se frayer un chemin vers le pouvoir politique. L’indignation qui a levé parle d’une résistance politique qui est notre chance, sinon notre salut. Et même si cette résistance s’est nomadisée, elle n’en témoigne pas moins d’un souffle réel, nouveau, qui parcourt les régimes politiques occidentaux à bout d’inspiration.

Mais reprenons : jusque là, pour les libéraux, l’Etat devait conserver un pouvoir sur le Peuple, et non l’exercer du Peuple. Une conception abusive du mandat étatique qui ne cesse de se lézarder aujourd’hui : François Hollande tente de réfléchir les conditions d’une gouvernance plus démocratique et Mélanchon signifie clairement qu’il nous faut rédiger une nouvelle Constitution pour sortir de cette confiscation du pouvoir frugalement orchestré par la Vème République.

L’asymétrie structurel du pouvoir souverain est ainsi aujourd’hui remise en cause. On ne peut plus en cacher la violence. On ne peut plus masquer le fait que l’autorité de l’Etat libéral transcende sa légitimité. On ne peut plus taire le fait qu’un excès totalitaire est associé au pouvoir souverain dans les Républiques du monde occidental. On ne peut plus taire le fait que le symptôme de la démocratie néo-libérale est le pouvoir totalitaire. Car cette démocratie est l’expression d’une dictature : celle du monde financier. Or si l’on veut continuer de penser à l’intérieur de ce même cadre conceptuel une quelconque reprise du pouvoir, alors le problème qui s’impose à nous est de savoir de quel côté doit pencher cet excès totalitaire. Du côté des patrons de la Finance, ou du côté des masses opprimées ? Ironiquement, les libéraux ont réactualisé la vieille question de la dictature du prolétariat, qui n’est rien moins qu’un excès totalitaire faisant pencher la balance du côté des masses opprimées, plutôt que du côté de la Finance internationale ! Le spectre de l’exercice inconditionnel du pouvoir, qu’ils ne cessent d’agiter comme une nécessité sinon une cause nationale, invite, oui, à leur reprendre des mains ce pouvoir pour leur imposer un autre pouvoir qui ne peut pas ne pas être aussi radical que ce monstre qu’ils ont engendré. Car s’il faut accepter l’idée que l’Etat doit arrimer son pouvoir dans un excès totalitaire plutôt que de le voir ballotté au gré des humeurs politiques, s’il faut accepter l’idée que l’Etat doit s’affirmer nécessairement dans une position d’excès, c’est bien la question de la nature de cet excès qui doit être posée pour le coup… Une dictature donc ? Rassurez-vous : il y a désormais plus d’intelligence du côté de la contestation que de celui de la domination.

 

 

Pour défendre les causes perdues, Slavoj Žižek, éd. Flammarion, traduit de l’anglais par Daniel Bismuth, février 2012, 376 pages, 26 euros, ean : 978-2081215047.

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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 05:49

epouvantail.jpgLes urnes parlent. On vient d’en entendre l’un de ses inaudibles marmonnements. Les urnes ont parlé. Car le pouvoir n’a pas besoin d’une grande cause pour triompher. Bien au contraire : le Pouvoir a besoin d’une pensée faible. Il la tient. Il ne la lâchera pas. Le politique ? Lui a besoin de pas de pensée du tout. De boniment. Du baratin. Qui est la langue de l’idéologie dominante. Un faux parler vrai. Voyez l’artiste du boniment. A peine Marine pour l’égaler. L’équité du système ? Plus que jamais un leurre. La sagesse politique commande aujourd’hui de ne sauver que ce leurre… Aller au-delà impliquerait un acte de foi. Une foi dans les Causes perdues. Insensées. Comme celle de la démocratie. Mais nous manquons de foi. Nous ne sauverons donc que le capitalisme, qui ne cesse de saper ses propres fondements. Car la sagesse politique commande de le sauver. Lui, pas la démocratie. Pas la vie. Qu’il ne s’agit même plus de changer. Mais de sauver. Mais pour cela il faudrait risquer un vrai acte de foi. Nous n’avons pas d’autre choix. Il nous faut parler à partir d’une position de vérité. De celle qu’occupent les victimes de Fukushima. Les ouvriers au chômage. Les jeunes des banlieues. Les retraités sans le sou. Les sans-abri. Les sans-papiers. Tous ceux qui ne peuvent se soigner faute d’argent. Ceux qui sont jetés dans la misère économique, sociale, politique, culturelle, intellectuelle. Il nous faut parler à partir de cette misère idéologique qui nous enferme et recèle les gestes les plus brutaux, les plus insensés, les plus criminels. Prendre le pari de cette Vérité. "Il ne reste que deux théories qui introduisent et mettent en œuvre une notion de vérité aussi engagée, affirme Slavoj Žižek dans son dernier ouvrage : le marxisme et la psychanalyse ". La psychanalyse pour rendre compte de la folie meurtrière des uns, le marxisme pour rendre compte de la domination que nous subissons. Deux théories de combat. Construites sur des échecs. Avec cependant l’échec non pour horizon, mais pour origine. Mais les dés viennent d’être relancés. De travers. Sans doute rebondiront-ils là où ils serviront la cause de l’obscurantisme. Nous sommes sur le fil du rasoir. Ce fil que chérit l’Etat néo-libéral. Qui préfère la multitude désorganisée au Peuple solidaire. Ce que tout le monde sait. Alors il va travailler à désorganiser davantage cette multitude. Un piège. Dissimuler la dépouille de la démocratie sous un monceau de cadavres. La Dette. Le terrorisme. Pour nous faire oublier que le lieu du vide démocratique et les discours totalitaires sont strictement corrélés. Nous faire oublier qu’aujourd’hui seule la Droite extrême paraît porteuse d’un imaginaire mobilisateur : celui de la xénophobie.

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 05:11
rene-Cassin.jpg"Protéger tout l’homme et protéger les droits de tous les hommes"…
Dans le climat délétère qui est celui de la République française aujourd’hui, sans doute est-il bon de rappeler l’inlassable combat de René Cassin, le père de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (1948), dont la pensée politique était fondée sur la conviction de la primauté de la personne humaine, tant il est vrai qu’il est loin le temps où cette personne humaine se verra revêtue d’un respect absolu. Tant il est vrai qu’il est loin le temps où l’on aura promu l’individu à la dignité de sujet du droit international. Tant il est vrai qu’il est plus loin encore celui de l’avènement de cette morale internationale qu’espérait René Cassin. Mais l’Etat Léviathan, qui ne sait qu’exposer ses citoyens et non les protéger, cet Etat que René Cassin redoutait tant, a de beaux jours devant lui, n’en doutons pas, qui ne sait ni ne veut protéger les individus de ses abus de langage et d’autorité. Loin le temps de l’adoption d’une déclaration universelle des droits de la personne humaine, que René Cassin espérait étayée sur des garanties précises plutôt que de vagues discours proférés à l’occasion du spectacle de l’horreur. Le juriste qu’était René Cassin voyait certes dans la puissance étatique le garant naturel de l’Etat de droit, mais il savait trop bien que lorsque le pouvoir renonce à défendre ses ressortissant, tous ses ressortissants, sans exclusive ni priorités, pour instrumentaliser tel ou tel, c’est la souveraineté du peuple dans son ensemble qui s’en trouve abolie. La France d’aujourd’hui recèle un degré de périls réels, n’ayant cessé de faire de l’homme un moyen plutôt qu’une fin. Il serait bon alors que les libéraux de tout bord relisent René Cassin, un libéral de leur bord, aux yeux duquel la règle républicaine exigeait que le bonheur du peuple, en tant qu’élément constitutif de la société, soit visé pour faire progresser l’ensemble du corps social de la Nation. A placer pareillement la question du bonheur des hommes dans le champ de l’application politique, au fond, ce que Cassin proposait n’était rien moins que rompre avec cette logique d’Etat qui veut que le citoyen ne compte pour rien et qu’on puisse le livrer pareillement à l’opprobre.
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