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4 mai 2012 5 04 /05 /mai /2012 04:30

bastille.jpgDolar, dans son dernier essai publié aux éditions NOUS sur les métaphores de la voix en usage dans nos sociétés, consacre un chapitre à la Vox Populi, telle qu’elle s’est construite puis soustraite aux démocraties occidentales. Un regard intéressant sur ce qui, au filtre de l’isoloir, se perd et que l’on entend ici et là gronder dans les votes protestataires : ces voix que l’on n’aimerait pas entendre, que les gouvernements plutôt ont peine à entendre et que leur ordre ne satisfait pas. Mais qu’a-t-on perdu au juste, de la rue à au bulletin de vote ?

A la voix vive de la Révolution française, nous avons substitué la voix réfléchie de l’électorat national. Une maturation, nous dit-on, tant la Vox Populi a mauvaise presse –Sarkozy ne s’est-il pas enorgueilli de n’avoir pas céder à la pression de la rue ? La Vox populi, cette image ritualisé de la voix populaire, de la voix du Peuple à laquelle nous avons préféré les voies d’une société plus organisée, pacifiée, a pourtant immortalisé un mirage toujours en grâce : celui d’une Nation qui par le miracle des urnes parlerait d’une même voix, celle de son Président. Celui d’une nation unie plutôt qu’unifiée, fantasme des démocraties acculées à des choix douloureux, sommation des Républiques installées sous le feu des menaces internationales.

Une voix pourtant réduite bien souvent au silence, non pas tant de l’isoloir, cette cellule qui supprime l’éclat collectif de la Voix populaire, écrit superbement Dolar, que dans sa sortie des urnes, la déversant aussitôt dans l’éloquence des majorités promptes à ramasser les moindres miettes de leur victoire. Car sitôt passé le vote, cette voix électorale devrait rester silencieuse… Dénombrée, mesurée, soumise à l’arithmétique, confiée à un signe écrit, privée désormais de toute l’intensité de la campagne électorale, sinon étouffée, parfois divisée comme ce fut le cas avec le candidat sortant, elle est appelée à rentrer dans le rang, à se taire, à attendre le prochain temps de parole qui lui sera accordé.

Rappelez-vous cependant ce que furent jadis les grands moments de la parole du peuple français, ce Peuple appelé, appelant à donner de la voix, à légitimer, par son vacarme, ces clameurs, toute promesse d’investiture en son nom.

Reste il est vrai l’acclamation de l’investiture. Partielle, on l’a dit, puisque celle d’une majorité, celle des vainqueurs, cris exclusifs dont sont exclus ceux des perdants, qu’il faudra bien entendre pourtant…

voix-dolar.jpgA la voix du Peuple, on a substitué la voie électorale. Contre la nature fugace de la voix, nous dit Dolar, nous avons cherché à inscrire cette voix du bulletin de vote dans une durée. Nous avons cherché à la circonscrire, à la domptée.

Mais que faisons-nous du supplément indomptable ?

La voix du vote bien trop souvent a autorisé tous les chantages. On l’a vu dans la rhétorique légitimaire du candidat sortant. A commencer par le plus vil d’entre ces chantages, celui fait sur le peuple. Sur sa moitié abandonnée, perdue, confisquée. On l’a bien connu avec le candidat sortant. Sa représentation publique, sur-codifiée, scella le destin de la France d’en bas, tragique, de soumission. Le sceau d’une conception de société.

Mais comme il est impossible de faire taire longtemps cette France là, on a pu l’entendre clamer de plus en plus fort sa colère, tandis que les autorités parlaient à l’endroit de cette Voix soudainement ressurgit d’obscénité. Lorsque la Voix du Peuple surgit, nous dit Dolar, elle produit en effet toujours un effet d’obscénité. Mais, ajoute-t-il, c’est cette voix seule qui préserve des abus de l’autorité. Contre la Voix autoritaire du Chef d’Etat, il n’est d’autre possibilité que cette voix obscène aux yeux des autorités. Obscène parce qu’elle refuse de se mettre en scène, comme le fait la voix de l’autorité, décalquant son modèle de ceux hérités des régimes les plus durs. Une voix affublée, qu’elles opposent à cette voix obscène du peuple en colère. Une voix affublée qui porte bien souvent au delà de tout sens, celle que l’on a fini par entendre dans la bouche de Sarkozy, incantatoire, la voix de la promesse d’une suspension de la Loi démocratique pour en appeler au "vrai" peuple, clivé, haineux, revanchard. Une voix qui aura fini par refuser de fournir un énoncé politique à cette voix du peuple, pour l’enfermer dans des résonances idéologiques douteuses. Reconstruisant la voix populaire dans cette petite fabrique symbolique que l’on a connue, qui sollicite l’excès, les voix d’interpellation privées de tout contenu positif, les voix sonores de l’affabulation de l’ordre. Des voix logées dans la sphère de la subjectivité, articulant un secret qui leur échappe infiniment. Or quand le peuple ne peut accéder à son lieu, conclut Dolar, quand la Loi se met à devenir énigmatique à ses yeux, car autorisant toutes les dérives personnelles, quand le peuple ne peut plus localiser le lieu symbolique depuis lequel sa voix est réellement proférée, xénophobie ou simple élément de langage, quand il ne peut plus en définir la logique, la seule chose qui soit sûre, c’est que son destin lui a échappé.

Fasse donc que notre destin ne nous échappe pas, et qu'une fois nos voix entendues, nous saurons les relayer au-delà des seuls résultats électoraux : elles sont le prototype d’une société nouvelle que nous portons en nous, la texture du social, des voix cette fois réellement dotées d’un sens, qu'il ne faudra pas disperser à la hâte.

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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 04:16

sarko-drapeauInsignifiant. Signifiant le pire plutôt, toujours, sans vergogne, sans mesure, approximatif et démagogue, osant un mensonge après l’autre, agitant le spectre de la peur, toujours, toujours menaçant, toujours comminatoire, mais ignorant fondamentalement qu’il aura été au pouvoir ces dix dernières années. Se plaignant donc, sans rire, des égarements de son prédécesseur, lui-même, sur l’immigration dont il aurait laissé filer les comptes, revenant, en creusant un trou politique (une fosse) de près de trente ans dans l’histoire, sur les égarements de François Mitterrand, accusant encore et toujours les 35 heures, que la droite avait tout loisir d’abroger tout au long de ses années de pouvoir et dont elle donne le sentiment de n’en avoir conservé les restes que pour les exhiber au gré de ses propres désastres et pour dissimuler ses insuffisances en matière de relance économique…

Un président sortant ignorant donc qu’il aura été le responsable de la décision politique ces cinq dernières années, et l’ignorant essentiellement, tant il semble avoir fait siens les conseils d’un Carl Schmitt, l’idéologue des droites les plus rogues, affirmant que l’homme du pouvoir autoritaire devait se comporter vis-à-vis de l’Etat comme si l’Etat n’était qu’une modalité de la politique, l’autre étant son constant effort pour rompre la communauté nationale, la diviser, la cliver. Le partisan, ainsi que le rappelait très à propos François Hollande. Un chef d’Etat partisan, nommant au gré de ses caprices, légiférant au gré de ses anxiétés politiciennes, qui aura finalement passé ses cinq années à fabriquer de l’opinion publique et quelle : celle qui le reconduirait dans ses fonctions –il le pensait du moins.

Un partisan œuvrant contre l’Etat lui-même, selon l’enseignement du même Carl Schmitt, confiscant les pouvoirs, combattant irrégulier, déloyal, conscrit du pire qui n’avait besoin que d’un récit de légitimation pour justifier ses actes et sa petite fabrique d’opinion, brandissant le chiffon de l’immigration érigée en souci majeur du peuple français quand ce dernier ne cessait d’exprimer son inquiétude devant la dégradation de l’emploi, sa peur devant la formidable montée en puissance de la précarité, sa détresse devant notre paupérisation forcenée !

Un président construisant jour après jour une légalité factice, un président en sécession, exactement comme le conseillait Carl Schmitt à l’homme que le Pouvoir inconditionnel tenterait. En sécession vis-à-vis de la communauté politique officielle et souveraine, à commencer par ses propres rangs, demain liquéfiés. Un président partisan, détaché de l’Etat, nécessairement conseillait Carl Schmitt, mais rattaché à une seule cause poursuivait-il : celle de la crispation identitaire. La crispation pour seule légitimité acceptable, prétendait Carl Schmitt, que le Chef de cet Etat autoritaire devra brandir comme supérieure à la légalité étatique. Tout le discours de Nicolas Sarkozy repose au fond sur cet imaginaire du partisan tel que le définissait Carl Schmitt, divisant, montant les français les uns contre les autres, et engagé dans un combat défensif (c’était exactement sa posture hier soir) : la défense d’une certaine idée française, nourrissant et circonscrivant son hostilité à ces français d’origine maghrébines, incroyablement rabattus sur une religion que l’on n’aura cessé cinq années durant de stigmatiser. Une hostilité technique, disait Carl Schmitt, technique parce qu’il s’agit simplement de créer les conditions de l’exercice d’un pouvoir autoritaire, c’est-à-dire politicien, pratiquant le media-activisme comme art du pseudo gouvernement, tant ce qui importe le plus aux yeux de ce type de pouvoir est la construction d’une opinion publique estropiée. Il est de ce point de vue incroyable de réaliser combien Nicolas Sarkozy aura été si peu président. Il le dit lui-même quand il parle du nucléaire par exemple, incapable de prendre non pas la décision qu’il feint de reprocher à François Hollande, d’affaiblir l’indépendance énergétique de la France, mais quand il avoue qu’il n’est pas capable d’impulser un souffle nouveau quand notre croissance, au bout du rouleau, exhibe à l’évidence la nécessité d’en finir avec son dogme imbécile et de profiter de cette crise non pas pour entamer une procédure de décroissance, mais au contraire, d’opérer au véritable rebond de cette croissance en assurant sa transition vers des activités économiques et industrielles capables d’assurer notre évolution vers un développement conçu en termes écologique et social. Mais non, voilà un président calfeutré derrière la décision d’experts en sécurité, sans vision pour l’avenir, confiant à ces experts non pas notre sécurité, mais la décision politique ! Un président incapable donc de fixer des axes d’avenir, le nez dans le guidon des sondages fabriquées, incapable d’orienter, d’impulser, incapable de tracer un autre chemin que celui de la division et de la précarité généralisée. Alors oui, il est sans doute temps de donner un locataire à l’Elysée, nous le méritons bien !

 

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 07:24

 

mai36.jpgDiscorde nationale, son 1er Mai à lui !

Relayant la stratégie patronale de destruction des emplois, Sarkozy veut de nouveau monter les français contre les français et célébrer une "vraie fête du travail" dont les relents pour le coup pétainistes ne font plus aucun doute -on se souviendra en effet que c'est Pétain qui instaura ce 1er Mai comme «la fête du Travail et de la Concorde sociale», le 24 avril 1941. Réappropriation sauvage, comme l'affirme à juste titre Libération, dont les accents anti-syndicaux augurent bien de ce que serait son deuxième quinquennat si par malheur Sarkozy devait reprendre le Pouvoir ! Une fête qui aboutirait à célébrer la vraie précarité pour tous, inutile de revenir sur le bilan de Sarkozy en la matière, désormais bien connu, tout comme il est inutile de préciser que la crise n'est qu'un prétexte.

Alors revenons un peu en arrière à propos de travail : du temps de Sartre, la nécessité de fournir un travail était la norme éthique de la société bourgeoise. Aujourd’hui, c’est fini. Le pouvoir politico-médiatique, le plus scandaleux et le plus cynique qui ait jamais vu le jour, part, lui, du principe que le travail n'est qu'une variable d'ajustement des marchés financiers, ou qu'un élément de langage que l'on peut jeter comme un os à ronger aux plus fragiles pour leur faire avaler des couleuvres. De proche en proche, ce pouvoir aura fini par instruire des groupes sociaux comme n’étant plus des sujets du Droit français. Ce n’est pas seulement que la norme ancienne, bourgeoise, ait été suspendue ; la violence  hors norme qui a été mise en perspective dans l’espace social s’est exprimée comme aucune autre avant elle, rejoignant, tout bien considéré, les discours enflamés du populisme noir des années 30 qui paraît soudain de nouveau taillé à notre mesure !

Le populisme noir pour ultime vérité d’un Peuple moins introuvable que dissimulé, exhibé aujourd'hui sans vergogne par un Pouvoir qui témoigne d'une pathologie sociale terrifiante. La France d’aujourd’hui ? Sarkozy voudrait en faire une foule sans légitimité. La précarité de masse ? Un élément de langage. Le travail ? Une simple variable d’ajustement. Tout centime financier vaut mieux que la vie d’un travailleur. Et l’on ne nous demande sûrement pas de donner notre avis sur cette option fondamentale de la société française : le Capital France relève du bon usage des techniques financières. Plus d’interdit : la vie humaine n’est plus sacrée. Demain, des millions d'autres à la rue. Un vrai crime d’Etat, qu’on se le dise, car ce dernier ne protègera que certaines vies, définies sous le manteau des barons de la Finance. Cette amoralité sordide masque tout juste qu'il y a un cadavre dans le placard de la Nation française : celui de la France d’en bas, et que sous ce cadavre repose une plage, une vraie, où les nantis se dorent la pilule. L’horreur serait donc notre seul avenir commun... La précarité de masse, le seul vrai destin de cette France de Sarkozy. Superbe pied de nez à l’Histoire : la France est ruinée par une certaine idée libérale de la Nation française ! "Ruinée" : cela dit assez que la France d’en haut ne fait qu’imposer un cheminement pseudo éthique à l’opinion nationale : on demande aux plus désespérés de garder foi en toutes les trahisons à venir ! Enorme mystification : l’option morale n'est en fait qu'une option politique au sein de laquelle l’intolérance est devenue la norme. Une norme institutionnalisée par l’Etat lui-même. La norme de cette "France bourgeoise au dos facile", comme l'écrivait Verlaine dans un poème d'hommage à Louise Michel, de cette France arrogante que la rage mord et qui croyait avoir trouvé son commissionnaire, à défaut de hérault !

 

Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale, rapport 2009-2010 :

http://www.onpes.gouv.fr/Le-Rapport-2009-2010.html

le rapport lui-même, en pdf : http://www.onpes.gouv.fr/IMG/pdf/RapportONPES_2009-2010.pdf

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27 avril 2012 5 27 /04 /avril /2012 04:25
condorcet.jpgCondorcet fut le premier à concevoir que l’institution du citoyen relevait du Bien commun. Au cœur de cette institution, l’Ecole de la République, dont l’objectif à ses yeux ne pouvait être celui de produire ou de reproduire des citoyens conformes à l’attente des pouvoirs publics, mais au contraire, une école que l’on aurait délibérément placée dans une relation critique à l’égard de la Constitution républicaine. Pour Condorcet "le but de l'instruction n 'est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capables de l'apprécier et de la corriger".
L’idée de République telle qu'elle se fonde chez Condorcet, lecteur de Rousseau et de Montesquieu, insiste ainsi absolument sur la question de la vertu politique dans la République : pas de République sans républicains, et là encore, non ce genre de républicains chers à Sieyès réduisant la citoyenneté à l'exercice d'une compétence technico-politique, mais ce genre de républicains littéralement embarrassants pour tout pouvoir politique, car aptes à combattre les dérives qui veulent faire de la République une simple démocratie gestionnaire au service de l'électoralisme ou de l'économisme. Condorcet n’avait de fait aucune illusion quant au débat politique confisqué par les politiciens : ce débat politique pouvait connaître une régression électoraliste, destituant le citoyen actif en simple électeur passif. Face à cette dérive, l'exigence républicaine commandait de soustraire la politique aux mains des seuls hommes politiques, afin de ne pas succomber à leur affairisme gouvernemental et de les empêcher de nourrir toute confusion entre pouvoir et autorité.
Enfin, Condorcet subodorait que la citoyenneté pouvait tôt ou tard se voir détourner de ses fins pour n’être plus que l’instrument d’un horizon douteux : celui de l’identité nationale. Ce pourquoi il affirma avec force que la nation ne pouvait être qu’un lien juridique et politique et non celui du sol ou du sang, et que ce lien ne pouvait s’instruire que dans une réaffirmation permanente de la vertu de citoyens engagés volontairement par les pouvoirs publics dans l’affirmation d’une solidarité nationale incluant tous les citoyens de la Nation, et non en opposant certains d’entre eux aux autres, pour les dresser les uns contre les autres.
Des citoyens engagés volontairement par les Pouvoirs publics… Parce que Condorcet avait compris que ce n’était pas parce qu’il existait des droits institutionnalisés que pour autant il existait des citoyens : il ne pouvait y avoir de citoyens qu’au prix de l’instruction et de l’élévation, intellectuelle, morale : pour Condorcet, la République ne pouvait exister qu’à la condition d’être le régime "où les droits de l'homme sont conservés". Un régime fragile, on le voit, au sein duquel, s’il n’y surgissait pas volontiers "des César ou des Cromwell", il suffisait "d'un médiocre talent et souvent d'un bien petit intérêt pour faire beaucoup de mal".
 
 
Condorcet, Instituer le Citoyen, par Charles Courtel, coll. Le Bien Commun, éd. Michalon, février 1999, 128 pages, 9,99 euros, ean : 978-2841860951.
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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 04:48
societe-pure.jpg
Historien des sciences, c’est un déficit de pensée qu’André Pichot avait comblé avec la publication de son ouvrage : La société pure, de Darwin à Hitler.
Question embarrassante que celle de la pureté d'une Nation qu'aucune immigration ne viendrait contaminer, par exemple... Intéressante à étudier au moment où se fait jour une nouvelle poussée raciste. Car jusque là, médias et historiens pensaient l’avoir verrouillée à l’intérieur de l’idéologie nazie et s’en être débarrassée avec la sortie du nazisme de nos horizons politiques. Or, ce qui transparaît de cette étude serrée, c’est que si l’eugénisme a été très largement laissé dans l’ombre au sortir de la guerre, c’est parce qu’il offrait une image gênante des sociétés de la première moitié du 20ème siècle dans les relations pour le moins troubles qu’elles avaient entretenues avec les idéologies racistes, dont le nazisme. En effet : les premières lois eugénistes par exemple, datent en réalité de 1907. Et elles étaient… américaines. En Suède, elles restèrent en vigueur jusque dans les années 1970… Le Directeur de l'UNESCO, Julian Husley, humaniste social-démocrate, attestait encore, en 1946, de leur bien-fondé. Quant à la Fondation Rockefeller, elle joua un rôle crucial dans son implantation en Europe, en particulier par le financement de laboratoires d’études sur l’eugénisme en Allemagne, dès les années 1920 –ce n’est qu’en 1939 que cette fondation cessera de verser des bourses d’études à l’Allemagne nazie.
L’eugénisme était ainsi le lieu commun de la culture scientifique de l’époque, bien avant sa reformulation barbare par Hitler, pressé d’accélérer la purification de la race qui était en marche sous le couvert des études génétiques, en doublant l’eugénisme positif (la génétique) par un eugénisme qualifié de "négatif" car procédant à l’élimination immédiate des agents décrétés "pathogènes" pour la société : les races inférieures pour Hitler, ainsi que les malades mentaux et tous les prétendus déviants sexuels, homosexuels en tout premier lieu.
guernica-detail.jpgL’exemple de la Fondation Rockefeller intéressera ici tout particulièrement, parce qu’il témoigne d’une motivation avec laquelle nous n’avons pas vraiment rompue : l’idée selon laquelle une approche biologique pourrait avoir raison des problèmes sociaux. Encore faut-il l’expliciter. Qu’entendre par là ?
Pour le comprendre, il faut paradoxalement revenir à ce que nos sociétés ont refusé d’entendre dans la complexité des enjeux culturels que véhiculait cette science naissante de l’eugénisme, en faisant par exemple de Gobineau le père du racisme alors qu’en réalité, c’est du côté de Darwin qu’il faut en chercher les fondements. Dans Darwin, oui, qui ne proposait rien moins que de résoudre les problèmes sociaux par la promotion de la science des bonnes naissances. Dans Darwin qui expliquait le plus posément du monde que la société devait suivre le modèle de la nature, à savoir, celui de la lutte pour la survie, lutte au sein de laquelle, il va sans dire, le fort triomphe du faible, le plus adapté du moins adapté. Ce faisant, ce que Darwin imprimait dans son siècle, c’était rien moins qu’une idéologie dévastatrice, inscrivant l’obsession de la guerre dans cette sociologie de pacotille, où la lutte devenait le mode de compréhension des rapports entre les êtres et leur milieu. De cette conception des conflits nécessaires découla tout naturellement l’idée de la supériorité des indo-européens sur le reste des peuples, puisqu’ils gagnaient leurs guerres, et à l’intérieur de cet ensemble, celle de la suprématie anglo-saxonne.
Qu’on prenne le temps de comprendre ce que traduisait en réalité Darwin et les raisons pour lesquelles cette vision de l’humanité convenait plus que n’importe quelle autre aux valeurs de la bourgeoisie naissante : n’était-elle pas la classe qui devait sa supériorité historique à son seul mérite ? N’était-ce pas la force de son combat qui lui avait fait gagner sa prééminence sociale ? Darwin lui fournissait l’idéologie dont elle avait besoin pour assumer sans état d’âme sa victoire. Mais en réalité, l’interprétation que Darwin élaborait de l’évolution ne faisait que calquer l’image de la nature sur le modèle social de la révolution industrielle, incroyablement prédatrice en vies humaines.
Le succès du roman anthropologique de Darwin, glorifiant les prétendues luttes pour la survie, dont aujourd’hui les savants ne cessent de dévoiler les approximations, fut très vite relayé par un biologiste allemand qui lui assura son triomphe à travers une publication qui eut un retentissement énorme dans toute l’Europe : Les énigmes de l’univers. Ernst Haeckel, son auteur, en amplifia au passage la résonance sociale, élaborant ce qui allait devenir la moderne biologie-politique du nazisme. Très clairement, il était possible d’entrevoir désormais des solutions biologiques aux troubles sociaux que des groupes humains pouvaient occasionner dans la société bourgeoise. Des solutions biologiques… Dont celle de la purification des Nations par la maîtrise de leur composition ethnique. Exit, ici, l’idée des fondements exclusivement politiques de l’identité nationale française, par exemple.
En occultant les fondements darwinien de la sociologie du racisme, on aura fait en fin de compte que brouiller la compréhension de cette construction intellectuelle qu’est le racisme. La phraséologie darwinienne du combat pour la vie est passée tout entière dans le discours géopolitique des rapports entre les nations, conçus presque exclusivement sous les espèces de la survie biologique (du Peuple français) sous couvert de survie économique. L’imaginaire de la compétition nécessairement féroce entre les Etats ne peut ainsi qu’instruire l’imaginaire de la force et du courage, des batailles à mener, des sacrifices à faire, et, idée maîtresse, de l’adaptation au milieu à savoir : l’économie globalisée, posée comme l’incontournable réalité où toute forme de vie peut s’éprouver.
Il faut sortir au fond de cette idéologie de la lutte pour la survie pour rompre avec la phraséologie raciste, ce qui revient à rompre avec un élément de langage fondamental de notre culture occidentale !
 
La société pure, de Darwin à Hitler, André Pichot, Flammarion, coll. Sciences, octobre 2001, EAN : 978-2080800312. (images : Guernica, de Picasso, détail)
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21 avril 2012 6 21 /04 /avril /2012 04:21

« J’ai été Macbeth »…
Un tel aveu laisse pantois. Imaginez son équivalent français : "J'ai été Président"...
«J’ai été Macbeth – je le sais, j’ai été Macbeth»…
Son métier consistait à frapper de stupeur.
Maître des événements, de la parole, en charge du pouvoir de vie et de mort, à décider  de la misère comme des souffrances.
La solitude du monologue de cet homme qui se souvient d'avoir été Macbeth semble attester d’un vrai pouvoir perdu, se révélant dans ce à quoi tout monologue engage : l’immense fragilité à ne pouvoir établir son être dans un dialogue.
De sorte que la certitude et la méfiance se combinent ici pour ne produire dans le périmètre d’un  tel discours qu’un décor.
Mais quand bien même, serait-il aussi déroutant pour le roi que pour l’acteur, de régner sur un décor ?
Tyran ou comédien, qui le dira, de ce qu’au théâtre la mort même, pour se rendre crédible, doive charrier quelque chose du vivant ?
Tout y est dans ce superbe texte de Pierre Senges, de la jouissance du pouvoir à la fébrilité de sa conquête, tout comme du goût de l’emphase dès lors qu’il est tombé entre vos mains, ce pouvoir. Tout y est jusqu’au doute de posséder quoi que ce soit, d’injonction en injonction, le «de cela je suis sûr» ouvrant à l’éparpillement des convictions. La solitude du pouvoir ? Une farce, qui se noue très vite à cette unique certitude : l’inanité de l’expression «la comédie du pouvoir».
Il y a dans Macbeth quelque chose du tyran et il n’y a rien de ce qui fonde à nos yeux le tyran : dans la pièce de Shakespeare, il n’est plus qu’une image. Mais le rôle titre doit y demeurer tyrannique. (Macbeth, au théâtre, est-ce un personnage qui doit tyranniser l’espace de la représentation ?)
Etre Macbeth, pour un tyran, c’est savoir qu’on appartient à un passé qui n’intéresse plus.
Etre Macbeth pour un comédien, c’est s’en souvenir comme d’un «mélange de cabale politique et de maison hantée», «accumuler un savoir des interprétations du rôle, des représentations, voire se souvenir des tyrans». Mais dans quel but ? Est-il possible d’en tirer une leçon qui ne serait pas qu’à l’usage des salles de spectacle ? Proférer les mots de l’autorité avec les mots du comédien, qu’est-ce que cela peut bien vouloir signifier ?
Au fond, qu’est-ce qui est indécidable ? La réalité ou son double ?
Cependant qu’il ne faut jamais oublier que comparer le monde à un théâtre ne profite qu’au tyran. L’idée de la comédie du pouvoir ne sert que le pouvoir, car comme l’écrit Pierre Senges, «pour ne pas céder le pouvoir à des maîtres de ballet, il faut renoncer à envisager l’univers comme une fantaisie».
A l’ignorer, on méconnaît que le tyran, lui, ne comprend pas la comédie : s'il possède la malice, il ne possède pas l’intelligence publique.
Le vrai Macbeth, s'il avait existé, n'aurait été qu'un imposteur entretenant l’idée de la validité de l’expression «la comédie du pouvoir» pour excuser sa politique, laquelle n'aurait engendré que la mesquinerie et sa magnificence, pour abjurer l'idée que la fidélité est l'ennemi de l'homme politique. De sorte que l’on ne peut lui reprocher, au fond, que de savoir si mal jouer la comédie, tout en ne doutant de rien. Toute honte bue, le tyran fait un spectacle de son cabotinage – ouvrant à son seul lustre : une tyrannie sans royauté.
Ruminant une sorte de dramaturgie de Macbeth, Pierre Senges nous invite à nous interroger : quels indices ramasser pour différencier le tyran du pitre ? L’impudence, l’orgueil, l’aplomb d’une pseudo autorité. Et sur l’espace de la représentation, nous interpelle avec force : l’art théâtral sert-il la justice, ou n’est-il qu’une consolation, qu'un cérémonial qui ne servirait qu’à «entretenir des rituels de révolte de peur de les oublier un jour» ?…


Sort l’assassin, entre le spectre, de Pierre Senges, éditions Verticales, août 2006, 96p., 10,5 euros, isbn : 2070781127

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20 avril 2012 5 20 /04 /avril /2012 04:33

nicolas-sarkozy-chomage_fevrier2012.jpgLe BIP 40 est le baromètre des inégalités et de la pauvreté. Vous n'en entendrez jamais parler : l'INSEE n'a pas voulu le retenir, et les éditocrates préfèrent le taire. Et pour cause : Précarité, pauvreté, inégalités : le baromètre explose depuis que Sarkozy est au pouvoir. L’indicateur, élaboré par le Réseau d’alerte sur les inégalités indique des hausses sans commune mesure avec la montée en puissance conjoncturelle de la fameuse crise alibi de la Droite. Avec Sarkozy, nous sommes entrés dans une spirale morbide d’accroissement des inégalités et de la pauvreté. Et bien évidemment, alors que les chiffres du Dow Jones et du Cac 40 sont relayés partout dans les médias, ceux du BIP 40 sont tus. Sans doute parce qu'à trop fréquenter ces chiffres là, on finit vite par se rendre compte que les politiques mises en place par l'actuel président convergent toutes vers la paupérisation du Peuple français et sa précarisation forcenée.

Mais ne croyez rien, ni personne, donnez-vous simplement la peine d'en suivre l'évolution sur le site du BIP 40. Vous y apprendrez accessoirement beaucoup sur les promesses en l'air et les maraudes financières de nos chers dirigeants. Vous y apprendrez à démonter les discours fallacieux concernant le chômage et la formation par exemple, qui ne profite, chiffres à l'appui, qu'aux plus formés... Non que les ouvriers n'en veulent pas, bien au contraire... Car là encore, là toujours, un vrai parcours du combattant est imposé aux classes défavorisées, moins de 20% des ouvriers et employés y parvenant, quand la moitié des cadres se forment sans difficulté...

Vous y apprendrez aussi que la France connaît une explosion de demandes d'aides, et que près de 40% de ces demandes sont tournées vers les besoins alimentaires. Que près de 20% de ces demandes concernent en outre des populations salariées. Que les pourvoyeurs de repas gratuits sont débordés. Que la Fédération Française des banques alimentaires, qui ravitaille plus de 5 000 associations, enregistre une hausse sans précédent de la quantité des produits à livrer. Que dans les 250 vestiaires de la Croix-Rouge, le nombre d’acheteurs est en hausse faramineuse. Que la plate-forme téléphonique lancée par la Fondation Abbé Pierre reçoit désormais un nombre ahurissant de demandes de secours d’urgence. Que le nombre de dossiers pour surendettement en France ne cesse de bondir d'année en année...

Vous y apprendrez encore que Sarkozy parle beaucoup des fraudeurs au chômage -qui ne représentent statistiquement rien-, et tonne volontiers contre les patrons voyous qu'il faudrait ramener dans le droit chemin, mais qu'il ne dit jamais que l'Etat français, contre ses propres règles de Droit, refuse l’accès des prestations sociales aux étrangers qui y ont droit.

Vous y apprendrez aussi que le RSA est inefficace contre la pauvreté (ça, on s'en doutait), mais que surtout, il ne fait qu'enfermer dans la spirale des "petits boulots" ceux qui sont pris à son piège.

Et vous découvrirez enfin les vrais chiffres du chômage, ces millions dont on ne parle jamais, écartés de la comptabilité publique sans vergogne.

Mais ne croyez rien, ni personne, vérifiez, c'est à 1 clic : http://www.bip40.org/

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14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 04:39

aaa.jpgD'aucuns prétendent que c'est possible, en réfléchissant à une transition écologique et sociale de notre économie. Mais à quel prix ? Quand en catimini Nicolas Sarkozy vient d'accepter et de valider la proposition allemande de jeter sur le marché de nouveaux outils de spéculation financière sur les dettes souveraines qui vont de nouveau malmener (un euphémisme) nos sociétés ? Mais à quel prix, tant l’époque que nous venons de vivre aura été longue, désespérante, douloureuse ? Celui déjà de reprendre ce combat, c’est-à-dire le reformuler, ce qui ne sera pas aisé, en ne laissant aucune hypothèque derrière nous, comme celle de la Constitution de la Vème République par exemple, qui aura permis une telle dérive dans l’exercice du pouvoir. Qui aura permis la formulation d’un exercice inconditionnel de ce pouvoir. Qui aura permis cette dérive thénardière qui nous inviterait presque à penser que si le pouvoir doit par nature toujours rester en position d‘excès, alors la seule question qui vaille est celle de savoir au service de quel excès le mettre ! Celui de la Dictature de la Finance, ou celui de la Dictature du prolétariat ? Et parce que cette expression nous paraît sidérante, alors, oui, il est grand temps de refuser ce pouvoir sidérant de la Finance sur nos vies et grand temps de nous contraindre à reformuler entièrement la question du Pouvoir dans les pseudos démocraties occidentales.

Il est grand temps par exemple de réaliser que le quinquennat qui s’achève aura tout fait pour faire voler en éclat la sphère du citoyen, et nous faire oublier que le citoyen vivait dans le champ politique de l’engagement public pour le Bien Commun, à l’inverse du bourgeois ou du bobo, qui ne sont que des usuriers du droit commun.

Il est grand temps de réaliser que les déplacements post-modernes du combat anti-capitaliste vers le culturel (cultural studies), ou vers l’altermondialisme, qui avait presque fini par nous faire croire que le terme de "capitalisme" n’avait plus aucun sens, nous ont embarqué dans des illusions. Même s’il nous faut récupérer ces deux héritages, tout comme il est nécessaire de camper de nouveau sur l’impensé colonial, devenu si contre-productif aujourd’hui. Un impensé qui nous a conduit tout droit à cette mise en scène publique ridicule, sinon abjecte, du faux problème de l’immigration. Tout comme il n’est pas moins temps de nous tourner vers les Trauma studies pour mieux comprendre l'épouvante qui est la nôtre dans le monde qu’on nous a fait.

L’ironie suprême aura été finalement de voir comment les sensibilités issues de l’ex-gauche française ont nomadisé les luttes et les résistances. Alors sans doute est-il temps de tenter d’en faire la synthèse. De renoncer au nihilisme politique. Car comment ne pas voir qu’un souffle nouveau a bel et bien traversé cette campagne ?

Comment ne pas voir que des forces nouvelles, et non simplement rénovées, ont fini par réaliser que le néo-libéralisme contemporain, dans sa faillite, nous a ouvert malgré lui de formidables perspectives politiques et intellectuelles ? A commencer par la nécessité de repenser de fond en comble la question du pouvoir, de son asymétrie structurelle, qui a fait que sa violence a fini par transcender sa légitimité. Qui a fait que désormais, il n’est pas possible de cacher qu’un excès totalitaire est associé au pourvoir souverain dans les démocraties occidentales.

 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 03:00

 

sarko-drapeau"Le fascisme n'est pas si improbable, il est même, je crois, plus près de nous que le totalitarisme communiste" (Georges Pompidou, Le Nœud gordien, Plon, 1974, p. 205). La crainte avait étonné. Le deuxième président de la Ve République ne songeait peut-être pas exactement à la recomposition de cette nouvelle Droite fondamentaliste que nous connaissons désormais, post-fasciste, mais toujours raciste. Il pressentait néanmoins que le danger n'était pas là où ses amis avaient coutume de l'attendre. Même si, bien évidemment, il ne lui serait pas venu à l’esprit que ce danger pouvait venir des rangs mêmes des courants politiques issus du Gaullisme. Et moins encore qu’au tournant du XXIème siècle, la problématique politique contemporaine serait celle de la réduction de l’espace démocratique. Un espace au sein duquel la moralité qui a fini par s’affirmer est celle du chacun pour soi, ouvrant à une conception instrumentale du lien social. L’opportunisme politicien du candidat sortant, un président sans convictions qui aura gouverné à vue, sinon à cru, aura au final induit tout l’inverse de ce que son discours proposait, à savoir : la montée en puissance du particularisme identitaire. Amoral, apolitique et incivique, le candidat sortant n’aura jamais affirmé aucun autre critère de justification que celui de ses préférences subjectives, transformant sa différence en pure volonté de puissance, au mépris des dangers que cela impliquait : xénophobie, haine de l’autre, rancœur sociale. L’État minimal, égoïste et calculateur, qu’il a fini par imposer, n’est le résultat que de ce manque de convictions qui ne s’appuyait sur aucune validation publique, sinon la vindicte d’une opinion fabriquée à grands coups de sondages. Et loin que de favoriser l’émergence de citoyens raisonnables, capables de distinguer l’intérêt public de leurs intérêts particuliers, il n’aura contribué qu’à balkaniser la société française, éloignant par calcul toujours plus de citoyens de leurs responsabilités morales, sociales et politiques. Détaché de l’Etat, mais attaché à une cause (l’identité nationale), intronisant cette cause comme supérieure à la légalité étatique, il n’aura cessé de valoriser la sphère des égoïsmes, laissant voler en éclat la sphère publique et le consensus démocratique. Face à ces agressions sans précédent, il est urgent de rétablir la puissance politique dans son fondement premier : l’espace public de délibération, seule instance capable de réintroduire de la civilité dans ce contexte d’implosion sociale. C’est d’autant plus urgent que le lien social est miné : les populations françaises existent désormais, montées les unes contre les autres. Le renoncement de l’Etat à la norme de l’universalité nous a jeté dans l’ordre du contingent et de l’irrationnel, interdisant tout recours à une éthique de la citoyenneté –qu’est-elle devenue sinon une éthique de l’exclusion ? Nous devons donc mettre en œuvre dès aujourd’hui une politique de résistance, qui ne peut trouver à se fonder que sur la formation d’identités hybrides, seules susceptibles de réintroduire en France quelque chose comme une éthique du respect de l’autre, à défaut de quoi cet autre ne pourra nous apparaître que sous la figure de l’étranger, sinon l’ennemi, intérieur en outre, dans la mesure où toute la communication gouvernementale n’a cessé de jouer sur l’idée d’un clivage qui passerait à l’intérieur même de cette citoyenneté française devenue de fait suspecte.

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 04:43

atteres.jpgLes économistes atterrés publient leurs propositions pour 2012. Atterrés mais pas résignés, ils explorent les alternatives possibles et en font la magistrale démonstration contre les experts aveugles de l’économie néo-libérale, imbus de leurs erreurs, et qui n’ont cessé de nous conduire dans le mur.

Sur les deux points cruciaux de la Dette et de la croissance économique, ils apportent à court et long terme des solutions des plus pertinentes, provoquant à tout le moins au débat qu’on nous vole.

A propos de la Dette, les économistes atterrés (2000 membres tout de même aujourd’hui), proclament avec force ses origines : le problème aujourd’hui en Europe n’est pas celui de la Dette Publique, mais bien de la Dette Privée. Il faut absolument dénoncer tout d’abord le transfert des dettes bancaires vers les comptes publics, et retirer aux marchés financiers la clé du financement des Etats. Car jusque là, les Etats européens ne pouvaient se financer que sur les marchés financiers ! Or les taux d’intérêt ahurissants pratiqués par ces acteurs privés de l’économie privée ont tout simplement étranglés les finances publiques des Etats en question. L’urgence est bien de rompre avec cette logique idéologique d’une Banque centrale inféodée aux intérêts privés : ces banques qui n’ont cessé de spéculer contre ces mêmes états européens !

Quant à la croissance telle qu’elle se conçoit aujourd’hui dans nos démocraties libérales, l’ouvrage en dévoile l’impasse : il faut en finir avec son dogme imbécile et profiter de cette crise non pas pour entamer une procédure de décroissance, mais au contraire, d’opérer au véritable rebond de cette croissance en assurant sa transition vers des activités économiques et industrielles capables d’assurer notre évolution vers un développement conçu en termes écologique et social. Il faut opérer à cette transition écologique et sociale, seule capable de relancer l’activité économique et d’ouvrir de formidables gisements d’emplois. Face aux néo-libéraux incapables gérer l’évolution économique des pays dont ils ont la charge, il n’est en outre que temps d’engager un vrai débat démocratique sur ces questions. Les politiques d’austérité qui s’annoncent ne règleront rien, bien au contraire. Tout le monde le sait au demeurant et dans ce jeu de dupes, il semble que la seule question soit celle de savoir combien de temps encore les riches pourront en toute insolence profiter d’un système taillé à la mesure de leur cynisme.

 

Changer d’économie ! Nos propositions pour 2012, Les économistes atterrés, éd. les liens qui libèrent, janvier 2012, 244 pages, 18,50 euros, ean : 9782918597445.

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