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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 05:44

 

devoileralgerie.jpgSujet on ne peut plus délicat dans la France d’aujourd’hui, à propos de l’héritage ambigu des mouvements féministes, dont sont soulignés ici les affinités avec le projet impérial et leur aveuglement volontaire face à l’oppression raciale dont furent victimes les Peuples de l’Empire Français…

Le voile, le hijab, la polygamie, l’excision, le sujet est en effet on ne peut plus délicat tant les arguments les plus vertueux s’énoncent dans un climat qui ne l’est vraiment pas, incitant Félix Boggio Ewanjé-Epée et Stella Magliani-Belkacem à reposer la question de l’instrumentalisation du féminisme contemporain à des fins racistes.

La thèse de l’ouvrage est bien évidemment historienne –c’est aussi sa faiblesse au fond, car il paraît difficile de rabattre purement et simplement les revendications féministes actuelles sur les pratiques du passé. Tout y est en tout cas, des conjonctions d’intérêts des féministes françaises de la première heure avec les politiques racistes de la France coloniale. C’est que l’agenda émancipateur des suffragettes par exemple, exploitait la logique impériale pour faire avancer leurs idées, sans jamais chercher à remettre en cause la structure coloniale. Mettant sur pied leurs œuvres féminines, elles pensaient, tout en accomplissant la mission "civilisatrice" de l’Empire, inculquer une "civilisation supérieure" sensible à la condition de la femme…

Déjà elles dénonçaient l’islam, l’homme arabe, coupable de tenir la femme musulmane en esclavage, déjà elles brandissaient le voile comme sujet de prédilection… Le plus piquant de cette perspective, c’est de mesurer à quel point ces féministes ont pu bénéficier du soutien de l’Administration coloniale qui sans rire, se mit elle aussi à prétendre sauver la femme algérienne par exemple, "cloîtrée", "humiliée", décrivant le comportement de l’homme algérien comme celui d’un barbare. Des cohortes d’assistantes sociales furent envoyées aux fins fonds des villages les plus reculés de l’Algérie française pour aider les féministes dans leur mission civilisatrice. Par la suite, plus piquant encore, durant cette sale Guerre d’Algérie dont la métropole refusait le nom, Mesdames Salan et Massu firent campagne pour la femme algérienne, aux côtés des féministes… Aidant à la constitution de mouvements de solidarité féminine ou d’associations de propagande enseignant la bonne tenue de sa maison aux algériennes, la juste éducation de leurs enfants… En attendant l’apothéose : l’année 1958 et ses cérémonies du "dévoilement"…

feministes-blanches.jpgLes meneurs du putsch d’Alger aidèrent alors massivement ces dames, transportées dans les hélicos de l’armée, à mettre en scène d’incroyable cérémonies dites du "dévoilement" : des groupes de femmes voilées devaient marcher en parade jusqu’à la place centrale de la ville ou du village élus, escortées par les fanfares de l’armée, tandis que sur l’estrade les militaires et les dignitaires attendaient de prononcer leurs discours enthousiastes. Puis ces femmes, dans un geste évidemment gracieux, se dévoilaient et jetaient leur voile à la foule sous les hourras… Sauf que… ces dévoilements se sont depuis avérés la plupart du temps forcés, une enquête minutieuse ayant fini par en établir la supercherie : réquisitionnées par l’armé française, les jeunes algériennes n’avaient guère d’autre choix que de se dévoiler en public. Les femmes des militants algériens torturés en particulier, jetées ainsi en pâture à la foule…

Certes, la stratégie des féministes pouvait se "comprendre" : l’Algérie se constituait comme le lieu où elles allaient pouvoir prendre en charge… leur incapacité à faire entendre leur voix, en métropole. Le cadre impérial permettait ainsi de promouvoir le Droit des femmes, pourquoi ne pas en abuser ? L’ennui, c’est que par la suite les mouvements féministes ne se sont jamais interrogés sur cette dimension de l’émancipation humaine. Et nos auteurs de donner pour preuve l’ostracisme dont furent victimes, dans les années 70, la Coordination des Femmes Noires, qui introduisait de sacrées nuances dans les discours féministes de l’époque. Tout comme, selon eux, ce nouveau racisme qui prolifère derrière la dénonciation féministe de l’obscurantisme musulman…

On le voit, sujet sensible, dans un livre portant des accusations injustes sur certains leaders des causes minoritaires, mais soulevant, en effet, le problème du recyclage des discours et des pratiques d’oppression sous le couvert du déploiement des rhétoriques volées aux mouvements d’émancipation.

 

 

 

Les féministes blanches et l'empire, Félix Boggio Ewanjé-Epée, Stella Magliani-Belkacem, éd. La Fabrique , oct. 2012, 110 pages, 12 euros, isbn 13 : 978-2358720434.

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30 novembre 2012 5 30 /11 /novembre /2012 05:48

 

indigenes-copie-1.jpgLa société néolibérale est une société outrageusement inégalitaire. Jamais les inégalités sociales ne se sont autant creusées que sous ce régime d’exception. Jamais les riches ne se sont autant enrichis. Jamais les pauvres ne se sont autant appauvris. Il suffit de lire les tableaux publiés par l’INSEE depuis une trentaine d’années pour en prendre connaissance. Et la fameuse théorie du ruissellement à fait long feu : la politique de cadeaux fiscaux accordés aux riches n’a servi qu’à enrichir les riches et appauvrir les pauvres.

La société néolibérale est une société sécuritaire, pénale, répressive, où la régulation des classes pauvres passent non par un traitement social, mais pénal. Les comportements délinquants y sont en outre artificiellement extraits de la trame des rapports sociaux où ils font sens, pour nourrir son fantasme d’ordre électoraliste.

La société néolibérale est celle de l’Etat partisan, où ce dernier n’a pas en charge le Bien Commun, mais les prises de bénéfice des riches et la surveillance du Peuple doté d’une souveraineté factice : électorale. Le spectacle de la répression du peuple souverain est même constitutif de son idéologie : le racisme social.

La société néolibérale est une société nécessairement raciste. Une société dont les fondements culturels sont le racisme. Racisme social, on l’a vu avec le traitement accordé aux pauvres, racisme tout court, anti-arabe, anti-musulman de préférence, trope unificatrice d’un populisme qui transcende largement le clivage Gauche / Droite.

Car le soit-disant danger que représentent les réfugiés et autres immigrés en errance sur les sols nationaux, avec leur mode de vie et de pensée supposés, permet la diffusion d’une culture raciste qui exclue peu à peu du champ de la citoyenneté des millions d’enfants, de femmes, d’hommes, pour la plupart de plein droits citoyens de l’Etat français, par exemple.

Mais la généralisation du racisme social qui a accompagné la formidable montée en puissance des inégalités en France, corrélation nécessaire à la montée en puissance de l’insécurité salariale et sociale, discipline même du salariat précaire et de la vie à bout de souffle de masses de plus en plus importantes de la population française, s’est d’abord traduit par l’abandon des populations françaises issues des anciennes colonies, enfermées dans de véritables "ghettos" -le mot est celui-là même employé par une commission formée de députés de Gauche et de Droite, dans un rapport qui s’est vu aussitôt enterré dans les archives de l’Assemblée nationale, il y a moins de 3 ans.

Andre-Helle-1931.jpgLa France reste donc un état colonial.

C’est sur cet état de la France que l’ouvrage fait le point, ainsi que sur l’Appel des Indigènes de la République, lancé en janvier 2005. Un Parti politique aujourd’hui, dont beaucoup, à Gauche surtout, décrient la formation. Or force est de dire que la relecture qu’ils proposent de cette pseudo république néolibérale, à travers les conflits qui la traversent et en s’appuyant sur une catégorie particulièrement fondée de "racisme social" est pertinente, bien au-delà de la simple compréhension de la situation désespérée dans laquelle se trouvent aujourd’hui les fameux "quartiers".

Elle témoigne en outre de l’émergence d’une nouvelle conscience politique, reflet d’une radicalisation en cours, qui fait que nombre de citoyens ne se reconnaissent plus dans le clivage Gauche / Droite jeté en pâture électorale à nos exigences de vie.

Il s’agit, dans leur cas précis, de n’être plus un objet exotique de la politique française, mais son sujet, qui aurait autre chose à dire désormais que sa seule souffrance.

Discriminés à l’embauche, au logement, à la santé, à l’école, aux loisirs, ces populations françaises issues des anciennes colonies sont toujours victimes de l’exclusion sociale et de la précarité. Il n’est que de consulter encore une fois les statistiques nationales, elles abondent sur la question !

Les populations des "quartiers" sont indigénisées, relégués aux marges de la société, enfermées dans un discours que l’on connaît à présent : celui des zones de non-droit qu’il faudrait reconquérir, dans le langage sécuritaire de cette société néolibérale !

Cinquante années de politiques inefficaces, et l’on s’étonne de voir nos Indigènes renoncer aujourd’hui au cadre républicain pour installer un territoire politique incongru dans le paysage culturel français !

Les "quartiers", tout au long de ces cinquante années d’asservissement, n’auront pas témoignés d’un dysfonctionnement de la République, mais d’une logique propre à son fonctionnement. Il faut, aujourd’hui en France, poser le problème de la question raciale à l’intérieur de la question sociale. Plus que jamais sans doute, avec le surgissement de cette société néolibérale qui fait du racisme le fondement de sa foi. Il n’est que de lire les mises en garde officielles, pour débusquer le vocabulaire dont elles procèdent, avec ses espaces peuplées de hordes ensauvagées, qui ne feraient plus formellement partie de la République : même vocabulaire en effet, comme le soulignent les auteurs de ce livre, que celui employé au XIXème siècle à l’égard des populations qu’il fallait "civiliser "…

Mais s’il existe une matrice républicaine du racisme d’Etat en France, ainsi qu’ils le montrent à satiété, la III République ayant réussi ce tour de force culturel de différencier les citoyens français de plein droit des "indigènes" de la république, sanctionnant par là l’idée d’une infériorité raciale, si ce racisme juridique et étatique français constitua bien la condition de possibilité d’un imaginaire raciste français que l’on voit boutonner aujourd’hui avec hargne, sans doute devrions-nous aussi prendre conscience de ce tournant néolibéral qui en systématise l’ambition dans le dessein d’asseoir sa domination sur tout l‘ensemble du corps social. La Cause des Indigènes de la République est devenue la nôtre, il n’est plus permis d’en douter.

 

 

Nous sommes les indigènes de la république, Houria Bouteldja, Sadri Khiari, éd. Amsterdam, Hors collection, octobre 2012, 440 pages, 17 euros, isbn 13 : 978-2-35480-113-7.

 

Image : André Hellé " L’exposition coloniale ", dessin pour les enfants (1931). Source : couverture de "La Famille Bobichon à l’exposition coloniale" (éd. Berger-Leyraud), Bibliothèque Vert et Plume, reproduite dans " La Misión etnográfica y lingüistica Dakar-Djibouti ", éd. De l’Université de Valencia Espagne, 2009.

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29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 05:38

 

Couv_punirpauvres.jpgL’étude de Loïc Wacquant est relativement ancienne : elle date de 2004. Mais avec le recul, elle s‘avère extraordinairement éclairante du déploiement de la logique néo-libérale dans le monde, à un point même que son auteur n’a peut-être pas imaginé. Largement centrée sur ce laboratoire que constituait alors les Etats-Unis dans la montée en puissance des discours sécuritaires, Loïc Wacquant tentait de comprendre les raisons de cette construction à bâtons rompus de l’Etat sécuritaire.

Les chiffres parlaient d’eux-mêmes : les Etats-Unis étaient entrés dans une frénésie d’incarcération, jamais on avait autant emprisonné que depuis les années 80, jamais autant de noirs, jamais autant de pauvres, jamais autant de chômeurs : l’Etat carcéral surgissait sur les ruines de l’Etat "charitable". La régulation des classes populaires semblaient devoir passer par l’Etat pénal, plutôt que le redéploiement des richesses du pays. De Bush à Sarkozy, la geste sécuritaire affirmait partout son bien-fondé. Et partout selon une même rhétorique visant à produire du spectacle sécuritaire pour le constituer en enjeu idéologique. La scène sécuritaire, partout, se ritualisait, les mêmes éléments de langage fleurissaient de part et d’autre de l’Atlantique, matraqués à longueur de journée pour nous les faire entrer dans le crâne, enchaînant pêle-mêle les mêmes figures : l’insécurité, dans le métro, dans les banlieues, le danger que représentaient les réfugiés et autres immigrés en errance sur les sols nationaux, le laxisme des juges, le Droit des victimes, les chiffres des batailles menées contre la délinquance de rue, érigée au statut de fléau national. Partout il fallait obtenir que le traitement pénal se substitue au traitement social. Le manège sécuritaire se mit dès lors à extraire artificiellement les comportements délinquants de la trame des rapports sociaux où ils faisaient sens, pour nourrir les fantasmes d’ordre d’un électorat poussé de plus en plus à droite.

Parallèlement à l’affaiblissement de la Puissance Publique, à la perte de sa souveraineté face à la Finance, on ne parlait que de reconquérir les zones de non-droit : il s’agissait de restaurer symboliquement l’autorité de l’Etat là où il pouvait encore évoquer sa souveraineté, qu’il perdait partout ailleurs, surtout en Europe. Le spectacle de la répression du Peuple souverain permettait d’exhiber les signes de l’autorité d’un Etat de plus en plus labile.

Et "curieusement", on cibla presque exclusivement l’approche sécuritaire sur la délinquance de rue et les zones urbaines en déclin, alors que dans le même temps la délinquance en col blanc et celle de la Finance explosaient.

garnier-217f5.jpgLongtemps on a pensé que la transformation politique majeure de notre monde contemporain venait du fait que notre modèle social était en faillite, alors qu’en vérité, il ne s’agissait que d’accompagner idéologiquement l’avènement du néolibéralisme, dont le seul horizon était de mettre fin à cet Etat Providence, et à plus long terme, de mettre fin tout court à l’Etat de Droit, comme on le voit en Grèce, laboratoire européen des derniers obstacles au triomphe du néolibéralisme.

On a ainsi assisté, impuissants ou complices, à l’explosion des populations carcérales, les prisons, françaises en particulier, connaissant désormais un taux d’occupation indigne d’un Peuple civilisé. Partout on a accepté dans la foulée l’extension continue de la mise sous tutelle judiciaire, la prolifération des banques de données plus ou moins criminelles, sans jamais essayé de corréler par exemple ces logiques à celle qui présidaient à la chute drastique de l’aide aux démunis, transformant peu à peu cette aide en travail forcé, ni moins encore avons-nous été attentifs à la diffusion d’une culture raciste, excluant peu à peu du champ de la citoyenneté des hommes et des femmes demeurant pourtant de plein droit des "nationaux".

L’Etat pénal qui a vu le jour dans le sillage de ces discours sécuritaires ne répondait en fait en rien à la montée de la criminalité, qui resta stable de tout ce temps. Car en réalité il ne faisait que répondre aux dislocations provoquées par le désengagement social et urbain de l’Etat, en France comme aux Etats-Unis, ou par l’imposition d’un travail de plus en plus précaire, en France comme en Allemagne, devenu la norme nouvelle de citoyenneté pour les classes populaires et aujourd’hui, à leur tour, pour les classes moyennes.

Mais contrairement à ce que Loïc Wacquant pouvait percevoir en 2004, l’Etat sécuritaire n’aura pas été une réponse "détournée" à la généralisation de l’insécurité sociale, il aura été son fondement même : surveiller et punir est la discipline du salariat précaire que le néolibéralisme installe un peu partout dans le monde, refusant désormais de socialiser les classes pauvres pour les abandonner à leur misère, et produisant pour un temps encore, à l’adresse des classes moyennes et riches, un leurre puissant destiné à rendre invisibles les problèmes sociaux. Il ne s’agit plus simplement de punir les pauvres, mais d’entraîner tout le corps social dans l’abîme sécuritaire et raciste que pointe l’horizon néolibéral.

 

 

 

Punir les pauvres, le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale, de Loïc Wacquant, éd. Agone, coll. Contre-feux, février 2004, 352 pages, 20 euros, isbn 13 : 9782748900231.

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28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 05:37

 

lignes-39.jpgSauvons le Peuple Grec de ses sauveurs !

Depuis mai 2012, la Banque centrale européenne (BCE) prête aux banques privés notre argent au taux de 0,75%. L’article 123 du Traité de Lisbonne de 2007 (refusé par referendum en France), interdisant aux Etats de financer leurs besoins auprès de la BCE, les banques privées prêtent depuis mai 2012 notre argent public à l’Espagne à plus de 7%, à l’Italie à plus de 6% et à la Grèce à plus de 8%. Sur le marché secondaire, ces mêmes banques revendent ces titres à 15%.

Il faut vraiment sauver le peuple Grec de ses sauveurs ! L’appel lancé par les Grecs en février 2012 est plus que jamais d’actualité ! Mais les sauver de quoi ? De cette politique de guerre en réalité, menée par l’UE et dont le résultat concret est qu’aujourd’hui 30% de la population de la Grèce vit au-dessous du seuil de pauvreté… Mais malgré cela, de nouveaux plans d’austérité sont à l’étude.

A quoi servent les plans de sauvetage ? Creusée par des taux usuraires, comment la dette de la Grèce pourrait se résorber ?

La Grèce a vu la création d’un compte bloqué, exclusivement destiné au remboursement de la Dette. Toute l’économie du pays est orientée vers ce fameux remboursement. Ne voit-on pas qu’il s’agit en réalité d’un pillage systématique, ordonné, mesuré, d’un pillage éhonté, de court terme, de toutes les richesses du pays ? Ne voit-on pas qu’il s’agit de différer le plus longtemps possible la faillite du pays, pour rapatrier le plus d’argent possible dans les poches des banques européennes ?

La Grèce a vu le droit anglais supplanter le sien, sous décision de l’UE, tout simplement parce que ce dernier était plus favorable aux créanciers, ordonnant de les rembourser prioritairement !

La Grèce est ainsi le premier pays européen à être sorti du cadre de la souveraineté populaire. L’UE a fait d’elle un véritable laboratoire du changement social européen, au terme duquel la démocratie aura disparu. Sus à l’Etat de Droit ! Voyez déjà comment la règle d’or, inscrite dans les Constitutions, nous placent désormais sous la tutelle de l’UE ! Un tournant dans les régimes parlementaires, où il s’agit d’installer partout des gouvernements d’experts, avec la complicité de nos représentants politiques, qui s’apprêtent à confier les brides de la décision politique à des cabinets d’économistes à la solde des milieux financiers. Un coup d’état parlementaire !

L’objectif est clair, trivial : l’aggravation artificielle des Dettes souveraines est l’arme imparable pour prendre d’assaut des sociétés entières. Nous sommes au point de non retour : le fonctionnement des marchés financiers est fondé sur une politique néo-coloniale de domination des pays les plus riches sur les plus pauvres, l’appropriation des richesses nationales et l’appui inconditionnel aux mécanismes les plus répressifs de ces régimes d’experts, soustraits à la souveraineté populaire.

  

 

Le Devenir Grec de l’Europe néolibérale, Lignes 39, octobre 2012, 230 pages, 20 euros, isbn 13 : 9782355281138.

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27 novembre 2012 2 27 /11 /novembre /2012 08:17

 

economistes-gages.jpgLe changement, c’est maintenant ! Mais il n’est possible que dans le cadre néolibéral, répondent en cœur les "experts" de la classe politico-médiatique, dont la mission est de démontrer au bon peuple que nous serions, qu’il n’y a pas d’alternative à l’ordre néolibéral et que seuls quelques aménagements et de grands sacrifices nous sauveront de la crise… dans laquelle nous a jeté ce même néolibéralisme, non par accident, mais par conviction mercantile…

L’ouvrage publié par les Liens qui Libèrent a le mérite de nous aider à ouvrir les yeux sur la ronde des pseudos experts qui se succèdent à notre chevet, de Libération au Monde, en passant par France 2 et France Inter, révélant les liens que nos prétendus experts en économie (mais pas en neutralité), sollicités jour après jour par les médias français, entretiennent avec les milieux de la Finance. Des experts qui appointent sans excuse possible aux institutions mises en cause dans cette crise qui ne peut pas finir, auréolés de leurs titres universitaires. Le listing est effarant. Une farce, en particulier en ce qui concerne ces universitaires et autres directeurs de recherche au CNRS, qui siègent dans les grandes Banques ou sont membres de cabinets de gestion du patrimoine des grandes fortunes et se piquent de nous donner des leçons de responsabilité dans les colonnes des quotidiens ou sur les antennes nationales. Des experts sans neutralité qui bénéficient de jetons de présence dans les conseils d’administration des grandes sociétés, percevant chaque fois qu’ils font semblant de sauver le monde des mandats chiffrés à plusieurs dizaines de milliers d’euros… Des experts sans impartialité qui ont privatisé l’expertise et qui sévissent jour après jour pour déverser leur pédagogie de la souveraineté nécessairement limitée, dissolvant à longueur de chroniques le social dans le Marché et collaborant sans sourciller à l'ordre néo-libéral qui les a enfantés.







Economistes à gages, de Serge Halimi, Frédéric Lordon, Renaud Lambert, éd. Les Liens qui Libèrent / Le Monde Diplomatique, coll. Prendre parti, novembre 2012, 80 pages, 7,50 euros, isbn 13 : 979-1020900104.

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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 05:14

 

peillon.jpgCommençons par la fin, tant l’histoire est savoureuse. Le 12 avril 2012, trois semaines après la première parution du livre d’Antoine Peillon, le Parquet de Paris désignait (enfin) un juge d’instruction pour mener une information judiciaire sur l’évasion fiscale en France.

Le 17 avril, ce même Peillon était (enfin toujours) auditionné par la commission d’enquête sénatoriale sur l’évasion fiscale. L’auteur exposa ce que tout le monde désormais savait, le livre publié : c’est que la police et la Justice françaises disposaient d’une masse invraisemblable d’informations sur la question -dont elles n’avaient jamais rien fait. Et pour cause : le 23 mai 2012, le Juge témoignait à son tour devant la même commission sénatoriale, pour révéler l’existence d’un verrou politique : il devait attendre une plainte du Ministre du Budget pour instruire officiellement son enquête. Jamais aucun ministre du Budget, en France, ne s’était soucié de porter plainte contre l’évasion fiscale. Ce que l’on comprend rétrospectivement : imaginez que ce même Ministre soit le trésorier d’un parti de pouvoir passablement embarrassé par ses problèmes de financement…

Le 15 juin 2012, des cadres de la Banque UBS France, licenciés pour avoir révélé les agissements illégaux de leur employeur, se voyaient réintégrés dans leurs droits par la Justice pour licenciement abusif.

Le 3 juillet 2012, Jean-Marc Ayrault promettait de régler une fois pour toute la question de l‘évasion fiscale.

Le 24 juillet 2012, la commission d’enquête sénatoriale livrait ses conclusions : 50 milliards font illicitement défaut au Budget de la France. La commission faisait 59 propositions pour contrôler cette évasion fiscale. Le rapport de ladite commission devait être remis au Ministre de l’économie et proposé à l’Assemblée nationale dans le cadre du débat budgétaire.

On attend. La Crise, elle, n’attend pas, qui commande de récupérer ici et là dans nos poches ces milliards qui nous sont dus. Or, toutes les discussions sur la crise ont toujours achoppé sur un point aveugle, que personne ne s’est encore soucié de lever, un véritable tabou, qui est celui de la finance fantôme. Une finance délinquante dont les mécanismes, les procédés, les stratégies sont connues désormais, grâce à cet essai.

On inscrit dans la Constitution la règle d’or, mais on refuse de mettre un terme à la fraude fiscale. Une fraude qui est, aux yeux de l’auteur et non sans raison, un facteur majeur de la crise économique contemporaine, avec au cœur de ces agissements l’UBS, banque suisse, artisan majeur de l’évasion fiscale dans le monde. Il faut lire l’essai, incroyablement documenté, pour mesurer la colère qui devrait être la nôtre aujourd’hui…

  

 

Ces 600 milliards qui manquent à la France : Enquête au coeur de l'évasion fiscale, Antoine Peillon, Points, novembre 2012, 184 pages, 6,30 euros, isbn 13 : 978-2757830901.

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 05:01

 

 

liogier.jpgRaphaël Liogier, qui dirige l’Observatoire du religieux à Aix-en-provence, pointe dans son essai un horizon que nous aurions tort de méconnaître pareillement, comme de simplement rabattre sur le traditionnel racisme de l’extrême-droite. Car ce qui se fait jour est un nouveau populisme, à l’échelle européen qui plus est, affermissant ses réseaux à cette échelle inquiétante, et dont le ciment fédérateur est l’islamophobie. La lutte contre la prétendue islamisation des sociétés européennes, bien que les chiffres recensés en Europe le démentent, constituant au fond le seul programme commun de ce populisme agressif, l’islam extrémiste lui servant d’intégrateur négatif qui autorise les alliances les plus contre-nature. Des nouvelles alliances qui déplacent le centre de gravité de la vie politique française pour l’aspirer vers ce trou noir, sinon la bête immonde qu’évoquait Brecht, du populisme.

Dans cette ambiance paranoïde, le mythe de l’islamisation est maintenu artificiellement en Europe, quand partout ailleurs dans le monde recule l’islam radical !

Mythe comateux donc, mais aux anecdotes efficaces, quand on songe par exemple à celles rapportées sur les banlieues françaises qui seraient acquises aux causes religieuses extrémistes, quand dans le même temps l’on tait obscurément la montée en puissance des néo-évangélistes dans ces mêmes banlieues…

Certes, l’adhésion à l’Islam comme religion y trouve une place nouvelle depuis que la République s’est désengagée de ces territoires. Car l’Islam s’y réalise comme un repère moral en particulier, qu’il est piquant de voir nos intellectuels dénoncer quand dans le même temps, les mêmes expliqueront que partout ailleurs dans le monde, reconstituer sa vie cultuelle ne peut être perçu que comme un signe positif socialement. S’agissant de l’Islam, non. On ne veut retenir que cet islam dont les musulmans eux-mêmes disent qu’il est un islam sans Islam, une idéologie de substitution qui en outre ne concerne, ainsi que les statistiques des Renseignements Généraux l’indiquent, qu’une infime minorité de convertis en France !

Mais non, aux yeux de nos commentateurs patentés, le Musulman est partout le même, une sorte de Bolchevik au couteau entre les dents, quels que soient les pays, les coutumes, les traditions, les sociétés, les cultures… Le même partout qui, par un effet fantasmatique, porte sur la scène européenne la mort de sa culture…

Un terroriste donc, nécessairement, comme Merah l'était alors que Breivik, non, et ce malgré les réseaux populistes aux discours haineux qu’il relayait…

Un terroriste parce que le Coran serait un bréviaire de haine. Et ce bien que le Coran ne prône aucun modèle politique et qu’il soit en effet, comme la Bible où l’on massacre allègrement, un texte historiquement situé…

Mais peut-être ne s’agit-il pour cette Europe décidément décevante, que d’exorciser dans la haine du musulman le spectre de se propre mort civilisationnelle, et dans le repli identitaire qui la menace, de clore son horizon temporel sur l’idéale nostalgie de sa puissance perdue ?

  

 

Le Mythe de l'islamisation: Essai sur une obsession collective , de Raphaël Liogier, Seuil, coll. Débats, octobre 2012, 212 pages, 16 euros, ISBN-13: 978-2021078848.

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 08:43
 
islam-drapeautricoloreUne véritable obsession collective… Les musulmans chercheraient à submerger le monde, à dissoudre les identités nationales, à corrompre l’Europe… Une vraie conspiration… L’Europe serait rien moins que menacée d’une acculturation musulmane…
Raphaël Liogier, qui dirige l’observatoire du religieux à Aix-en-provence, a enquêté sur cette paranoïa.
Voyons l’angoisse démographique. Les musulmans seraient trop nombreux. Mais les chiffres témoignent du contraire : ils représentent moins de 4% de la population européenne. Et c’est… la Russie qui compterait le plus fort pourcentage de musulmans en Europe !
Lé déferlante migratoire ? Prenons un pays comme la France : les valeurs sont restées stables malgré les politiques volontaristes du précédent gouvernement…
Prenons alors le taux de natalité : la fécondité des musulmans d’Europe est aujourd’hui quasiment identique à celle des non musulmans…
Pas de Jihad nataliste donc… Et dans le monde, partout on observe l’alignement des taux de natalité des femmes musulmanes, du Maghreb en particulier, sur celui du modèle occidental…
Qu’en est-il de leur situation en France ? Il faut d’abord avouer que les sources françaises ont longtemps été farfelues : l’administration comptabilisait par exemple les ressortissants d’origine turque comme "musulmans"… Si bien qu’en France une belle pagaille s’est installée, les chiffres oscillant entre 3,5 et 6 millions de musulmans…
L’INED s’est efforcé au sérieux, en se basant sur le seul critère religieux, découvrant qu’après tout, ils ‘agissait d’une religion… L’institut comptabilise ainsi 2,1 millions de musulmans en France…
Bien évidemment, ce chiffre n’a bénéficié d'aucune couverture médiatique.
Pour la plupart, ces musulmans sont français et sont musulmans par conviction religieuse, comme d’autres sont réellement catholiques et non "catholiques sociologiques"…
Certes, mais quid alors du nombre incalculable de conversions que la France enregistrerait ?
Les RG ne dénombrent que 1600 conversions dites "identitaires" en France, susceptibles de véhiculer un discours politique.
1600… A ce titre, il faudra attendre des siècles cette fameuse islamisation de la France !
Et quant à la situation mondiale, c’est le christianisme qui enregistre le plus grand nombre de conversions annuelles… Faut-il s’en méfier ?…
Prenons encore cet autre bout de la lorgnette : la visibilité de l’islam en France. On dénombre 90 mosquées et 1962 salles de prière dans l’hexagone, pour une population forte de 2,1 millions de fidèles. Par comparaison, il existe 3000 lieux de culte pour 1,1 millions de protestants…
Alors pourquoi cette paranoïa ? (à suivre : une vraie réflexion doit s’engager sur la montée de ce nouveau populisme en Europe, qui transcende allègrement les clivages Gauche-Droite).
 
 
Le Mythe de l'islamisation: Essai sur une obsession collective , de Raphaël Liogier, Seuil, coll. Débats, octobre 2012, 212 pages, 16 euros, ISBN-13: 978-2021078848.
 

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 05:28

 

economistes.jpgPublié en juin 2012, ce petit opuscule entendait combattre le passage en force de la fameuse règle d’or européenne, consistant à maintenir à perpétuité des budgets équilibrés. Une stupidité au regard des centaines d’économistes signataires de la Charte des économistes atterrés, qui interdira par exemple le moindre investissement stratégique, doublé d’un scandale, car radicalisant les principes néo-libéraux qui nous ont pourtant conduit à la faillite. Un Pacte qui, en outre, ne contient pas une ligne sur le comportement des milieux de la Finance, pas un mot sur l'incongruité d’une Banque Centrale Européenne à qui l’on interdit de financer directement les déficits publics. Rappelons que ces déficits sont financés sur les marchés privés, lesquels ne font que nous prêter l’argent que la BCE leur a nanti (le nôtre donc), à des taux inférieurs à 1% tandis que ces mêmes banques privées nous re-prêtent notre argent à des taux oscillant entre 3,5% et 10% !

Rien, toujours, dans ce pacte, sur l’accroissement des inégalités sociales, chômage, précarité, etc., rien sur les cadeaux fiscaux qui ont gonflé les niches et vidé les caisses publiques, rien sur les paradis fiscaux qu’on nous avait promis de combattre, rien sur les transitions écologiques nécessitant de très forts investissements communautaires, rien : c’est-à-dire une cécité volontaire révoltante.

L’analyse de nos économistes ne s’arrêtent pas là. Décryptant les éléments de langage complaisamment relayés par une presse servile, ils répondent clairement aux questions qui ont soit-disant légitimées ce Pacte : le manque de discipline budgétaire est-il réellement à l’origine de nos difficultés ? Les Etats européens laissent-ils filer leur déficit pour financer un modèle social obsolète ? Mais… observent-ils : avant 2008, c’est-à-dire avant la crise financière, la Dette Publique n’augmentait plus en Europe !

Ce Pacte, au fond, inscrivant dans les Constitutions sa règle intangible, n’est rien moins qu’une attaque en règle des fondements de la Démocratie en Europe, restreignant de fait comme une peau de chagrin les espaces de délibération, marginalisant les Peuples pour leur soustraire leur souveraineté et confisquer le pouvoir politique, sous couvert d’expertise économique, entre les mains de techniciens issus pour la plupart de la Finance privée…

Que faire face à une telle résolution coercitive ? Douze propositions sont exposées, connues de longues dates, depuis la restitution à la BCE de son rôle à la renégociation des taux éhontés pratiqués par les banques privées sur nombre de pays européens. Douze propositions qui commencent de rencontrer un écho certain y compris dans les rangs des libéraux eux-mêmes, Habermas, naguère partisan du Traité Constitutionnel, dénonçant enfin cette marche forcée de l’UE dans la voie post-démocratique au terme de laquelle, c’est tout simplement la Démocratie qu’elle aura enterrée.

  

 

 

L’Europe maltraitée, Les économistes atterrés, éd. les Liens qui Libèrent, juin 2012, 142 pages, 8 euros, isbn : 9781020900005.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 05:25

chris-hedges.jpgCar la seule vraie question reste de savoir pourquoi la social-démocratie n’a pas voulu éviter le désastre auquel nous sommes confrontés aujourd’hui et dans lequel nous a précipité l’économie néo-libérale.

Chris Hedges en étudie la trahison aux Etats-Unis, qui viennent d’élire un républicain modéré. Pourquoi donc les démocrates ont-ils renoncé à leur fonction morale ? Passant au crible toutes les institutions, des universités aux centres d’art, qui constituaient les territoires d’expansion de cette élite, son constat n’est rien moins qu'affligeant : toutes ont succombé à l’appât du gain, toutes se sont inclinées devant la Finance pour défendre désormais l’idéologie navrante du Capital dans son expression la plus crue. Naufrage volontaire des contre-pouvoirs de la presse, des artistes, si la grande entreprise a si bien pu démanteler l’Etat-Providence, c’est bien avec la complicité de cette élite, qui n’a pourtant pas renoncé aux éléments de langage qui lui étaient si chers, comme ceux de Justice par exemple.

Après avoir aidé à liquider la philosophie libérale attachée encore au take care, après avoir liquidé le socialisme historique, elle s’est attaquée à la liquidation de l’Etat-Providence, à celle de l’indépendance de la Justice, à celle de l’idée de l’unité morale de l’espèce -le racisme anti-musulman qui déferle aujourd’hui sur la planète en est l’exemple le plus manifeste, qui transcende les anciens clivages Gauche-Droite.

Et de liquidation en liquidation, elle a fini par briser jusqu’à l’optimisme économique du libéralisme, faisant ainsi place nette à un profond pessimisme, sinon au cynisme amusé comme seule culture possible de l’espèce humaine…

L’Etat-Entreprise est devenu son credo. Ne reste que la sphère juridique comme ultime refuge de sa bonne conscience. La loi comme prétendu outil pour mener des réformes. Cette même loi qui a abouti, aux Etats-Unis, au pillage du Trésor Public au bénéfice de Wall Street !

Cette élite, observe avec justesse Chris Hedges, n’a cessé de se transformer en classe de courtisans qui n’ont rien d’autre à offrir que leur rhétorique creuse sur l’injustice, le mérite, le talent. Des courtisans enfermés dans des pratiques cyniques, artistes, cadres intellectuels grappillant les miettes du festin capitaliste, journalistes relayant complaisamment les mensonges de la propagande néolibérale. Silence radio sur la misère. Mais leur piété individualiste ne parvient même plus à cacher cette mièvrerie morale qui est leur marque de fabrique, tandis que leur spiritualité du "comment-je-me-sens-aujourd’hui" exprime à la perfection l’inutilité politique de cette élite progressiste.

Chris Hedges ne passe certes au crible que les trahisons du Parti Démocrate américain. Mais l’enjeu idéologique en dépasse les frontières : il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que les chômeurs sont en passe de devenir une vraie classe sociale !

"L’élite progressiste n’est plus qu’un appendice inutile et méprisable de la hiérarchie capitaliste", affirme-t-il. N’attendons rien d’elle en effet, son rôle historique est achevé.

Mais la mort de cette élite progressiste pose de vrais problèmes cruciaux désormais : les colères à venir ne pourront plus s’exprimer qu’à l’extérieur des institutions démocratiques par trop confisquées par ces élites, au mépris des règles de la civilité propres à lé démocratie libérale. Le déclin de l’élite progressiste inaugure au fond d’un contexte politique terrifiant, avec d’un côté l’Etat-Entreprise (voire l’UE comme Etat-Entreprise) démolissant bon gré mal gré les derniers vestiges de la protection sociale, et de l’autre les poussées identitaires populistes prêtes à jeter des nations entières dans leur délire national. Reste l’espoir surgi aux Etats-Unis dans la résurgence de la Gauche radicale qui a toujours été de tous les grands rendez-vous historiques des States, et en Europe, celui de la timide émergence d’une contestation populaire qui compte encore ses forces.

  

 

La mort de l'élite progressiste, Chris Hedges, traduit d el’américain par Nicolas Calvé, éd. Lux, coll. Futur proche, octobre 2012, 300 pages, 20 euros, isbn : 978-2895961505.

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