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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 05:14

 

peillon.jpgCommençons par la fin, tant l’histoire est savoureuse. Le 12 avril 2012, trois semaines après la première parution du livre d’Antoine Peillon, le Parquet de Paris désignait (enfin) un juge d’instruction pour mener une information judiciaire sur l’évasion fiscale en France.

Le 17 avril, ce même Peillon était (enfin toujours) auditionné par la commission d’enquête sénatoriale sur l’évasion fiscale. L’auteur exposa ce que tout le monde désormais savait, le livre publié : c’est que la police et la Justice françaises disposaient d’une masse invraisemblable d’informations sur la question -dont elles n’avaient jamais rien fait. Et pour cause : le 23 mai 2012, le Juge témoignait à son tour devant la même commission sénatoriale, pour révéler l’existence d’un verrou politique : il devait attendre une plainte du Ministre du Budget pour instruire officiellement son enquête. Jamais aucun ministre du Budget, en France, ne s’était soucié de porter plainte contre l’évasion fiscale. Ce que l’on comprend rétrospectivement : imaginez que ce même Ministre soit le trésorier d’un parti de pouvoir passablement embarrassé par ses problèmes de financement…

Le 15 juin 2012, des cadres de la Banque UBS France, licenciés pour avoir révélé les agissements illégaux de leur employeur, se voyaient réintégrés dans leurs droits par la Justice pour licenciement abusif.

Le 3 juillet 2012, Jean-Marc Ayrault promettait de régler une fois pour toute la question de l‘évasion fiscale.

Le 24 juillet 2012, la commission d’enquête sénatoriale livrait ses conclusions : 50 milliards font illicitement défaut au Budget de la France. La commission faisait 59 propositions pour contrôler cette évasion fiscale. Le rapport de ladite commission devait être remis au Ministre de l’économie et proposé à l’Assemblée nationale dans le cadre du débat budgétaire.

On attend. La Crise, elle, n’attend pas, qui commande de récupérer ici et là dans nos poches ces milliards qui nous sont dus. Or, toutes les discussions sur la crise ont toujours achoppé sur un point aveugle, que personne ne s’est encore soucié de lever, un véritable tabou, qui est celui de la finance fantôme. Une finance délinquante dont les mécanismes, les procédés, les stratégies sont connues désormais, grâce à cet essai.

On inscrit dans la Constitution la règle d’or, mais on refuse de mettre un terme à la fraude fiscale. Une fraude qui est, aux yeux de l’auteur et non sans raison, un facteur majeur de la crise économique contemporaine, avec au cœur de ces agissements l’UBS, banque suisse, artisan majeur de l’évasion fiscale dans le monde. Il faut lire l’essai, incroyablement documenté, pour mesurer la colère qui devrait être la nôtre aujourd’hui…

  

 

Ces 600 milliards qui manquent à la France : Enquête au coeur de l'évasion fiscale, Antoine Peillon, Points, novembre 2012, 184 pages, 6,30 euros, isbn 13 : 978-2757830901.

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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 05:01

 

 

liogier.jpgRaphaël Liogier, qui dirige l’Observatoire du religieux à Aix-en-provence, pointe dans son essai un horizon que nous aurions tort de méconnaître pareillement, comme de simplement rabattre sur le traditionnel racisme de l’extrême-droite. Car ce qui se fait jour est un nouveau populisme, à l’échelle européen qui plus est, affermissant ses réseaux à cette échelle inquiétante, et dont le ciment fédérateur est l’islamophobie. La lutte contre la prétendue islamisation des sociétés européennes, bien que les chiffres recensés en Europe le démentent, constituant au fond le seul programme commun de ce populisme agressif, l’islam extrémiste lui servant d’intégrateur négatif qui autorise les alliances les plus contre-nature. Des nouvelles alliances qui déplacent le centre de gravité de la vie politique française pour l’aspirer vers ce trou noir, sinon la bête immonde qu’évoquait Brecht, du populisme.

Dans cette ambiance paranoïde, le mythe de l’islamisation est maintenu artificiellement en Europe, quand partout ailleurs dans le monde recule l’islam radical !

Mythe comateux donc, mais aux anecdotes efficaces, quand on songe par exemple à celles rapportées sur les banlieues françaises qui seraient acquises aux causes religieuses extrémistes, quand dans le même temps l’on tait obscurément la montée en puissance des néo-évangélistes dans ces mêmes banlieues…

Certes, l’adhésion à l’Islam comme religion y trouve une place nouvelle depuis que la République s’est désengagée de ces territoires. Car l’Islam s’y réalise comme un repère moral en particulier, qu’il est piquant de voir nos intellectuels dénoncer quand dans le même temps, les mêmes expliqueront que partout ailleurs dans le monde, reconstituer sa vie cultuelle ne peut être perçu que comme un signe positif socialement. S’agissant de l’Islam, non. On ne veut retenir que cet islam dont les musulmans eux-mêmes disent qu’il est un islam sans Islam, une idéologie de substitution qui en outre ne concerne, ainsi que les statistiques des Renseignements Généraux l’indiquent, qu’une infime minorité de convertis en France !

Mais non, aux yeux de nos commentateurs patentés, le Musulman est partout le même, une sorte de Bolchevik au couteau entre les dents, quels que soient les pays, les coutumes, les traditions, les sociétés, les cultures… Le même partout qui, par un effet fantasmatique, porte sur la scène européenne la mort de sa culture…

Un terroriste donc, nécessairement, comme Merah l'était alors que Breivik, non, et ce malgré les réseaux populistes aux discours haineux qu’il relayait…

Un terroriste parce que le Coran serait un bréviaire de haine. Et ce bien que le Coran ne prône aucun modèle politique et qu’il soit en effet, comme la Bible où l’on massacre allègrement, un texte historiquement situé…

Mais peut-être ne s’agit-il pour cette Europe décidément décevante, que d’exorciser dans la haine du musulman le spectre de se propre mort civilisationnelle, et dans le repli identitaire qui la menace, de clore son horizon temporel sur l’idéale nostalgie de sa puissance perdue ?

  

 

Le Mythe de l'islamisation: Essai sur une obsession collective , de Raphaël Liogier, Seuil, coll. Débats, octobre 2012, 212 pages, 16 euros, ISBN-13: 978-2021078848.

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17 novembre 2012 6 17 /11 /novembre /2012 08:43
 
islam-drapeautricoloreUne véritable obsession collective… Les musulmans chercheraient à submerger le monde, à dissoudre les identités nationales, à corrompre l’Europe… Une vraie conspiration… L’Europe serait rien moins que menacée d’une acculturation musulmane…
Raphaël Liogier, qui dirige l’observatoire du religieux à Aix-en-provence, a enquêté sur cette paranoïa.
Voyons l’angoisse démographique. Les musulmans seraient trop nombreux. Mais les chiffres témoignent du contraire : ils représentent moins de 4% de la population européenne. Et c’est… la Russie qui compterait le plus fort pourcentage de musulmans en Europe !
Lé déferlante migratoire ? Prenons un pays comme la France : les valeurs sont restées stables malgré les politiques volontaristes du précédent gouvernement…
Prenons alors le taux de natalité : la fécondité des musulmans d’Europe est aujourd’hui quasiment identique à celle des non musulmans…
Pas de Jihad nataliste donc… Et dans le monde, partout on observe l’alignement des taux de natalité des femmes musulmanes, du Maghreb en particulier, sur celui du modèle occidental…
Qu’en est-il de leur situation en France ? Il faut d’abord avouer que les sources françaises ont longtemps été farfelues : l’administration comptabilisait par exemple les ressortissants d’origine turque comme "musulmans"… Si bien qu’en France une belle pagaille s’est installée, les chiffres oscillant entre 3,5 et 6 millions de musulmans…
L’INED s’est efforcé au sérieux, en se basant sur le seul critère religieux, découvrant qu’après tout, ils ‘agissait d’une religion… L’institut comptabilise ainsi 2,1 millions de musulmans en France…
Bien évidemment, ce chiffre n’a bénéficié d'aucune couverture médiatique.
Pour la plupart, ces musulmans sont français et sont musulmans par conviction religieuse, comme d’autres sont réellement catholiques et non "catholiques sociologiques"…
Certes, mais quid alors du nombre incalculable de conversions que la France enregistrerait ?
Les RG ne dénombrent que 1600 conversions dites "identitaires" en France, susceptibles de véhiculer un discours politique.
1600… A ce titre, il faudra attendre des siècles cette fameuse islamisation de la France !
Et quant à la situation mondiale, c’est le christianisme qui enregistre le plus grand nombre de conversions annuelles… Faut-il s’en méfier ?…
Prenons encore cet autre bout de la lorgnette : la visibilité de l’islam en France. On dénombre 90 mosquées et 1962 salles de prière dans l’hexagone, pour une population forte de 2,1 millions de fidèles. Par comparaison, il existe 3000 lieux de culte pour 1,1 millions de protestants…
Alors pourquoi cette paranoïa ? (à suivre : une vraie réflexion doit s’engager sur la montée de ce nouveau populisme en Europe, qui transcende allègrement les clivages Gauche-Droite).
 
 
Le Mythe de l'islamisation: Essai sur une obsession collective , de Raphaël Liogier, Seuil, coll. Débats, octobre 2012, 212 pages, 16 euros, ISBN-13: 978-2021078848.
 

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16 novembre 2012 5 16 /11 /novembre /2012 05:28

 

economistes.jpgPublié en juin 2012, ce petit opuscule entendait combattre le passage en force de la fameuse règle d’or européenne, consistant à maintenir à perpétuité des budgets équilibrés. Une stupidité au regard des centaines d’économistes signataires de la Charte des économistes atterrés, qui interdira par exemple le moindre investissement stratégique, doublé d’un scandale, car radicalisant les principes néo-libéraux qui nous ont pourtant conduit à la faillite. Un Pacte qui, en outre, ne contient pas une ligne sur le comportement des milieux de la Finance, pas un mot sur l'incongruité d’une Banque Centrale Européenne à qui l’on interdit de financer directement les déficits publics. Rappelons que ces déficits sont financés sur les marchés privés, lesquels ne font que nous prêter l’argent que la BCE leur a nanti (le nôtre donc), à des taux inférieurs à 1% tandis que ces mêmes banques privées nous re-prêtent notre argent à des taux oscillant entre 3,5% et 10% !

Rien, toujours, dans ce pacte, sur l’accroissement des inégalités sociales, chômage, précarité, etc., rien sur les cadeaux fiscaux qui ont gonflé les niches et vidé les caisses publiques, rien sur les paradis fiscaux qu’on nous avait promis de combattre, rien sur les transitions écologiques nécessitant de très forts investissements communautaires, rien : c’est-à-dire une cécité volontaire révoltante.

L’analyse de nos économistes ne s’arrêtent pas là. Décryptant les éléments de langage complaisamment relayés par une presse servile, ils répondent clairement aux questions qui ont soit-disant légitimées ce Pacte : le manque de discipline budgétaire est-il réellement à l’origine de nos difficultés ? Les Etats européens laissent-ils filer leur déficit pour financer un modèle social obsolète ? Mais… observent-ils : avant 2008, c’est-à-dire avant la crise financière, la Dette Publique n’augmentait plus en Europe !

Ce Pacte, au fond, inscrivant dans les Constitutions sa règle intangible, n’est rien moins qu’une attaque en règle des fondements de la Démocratie en Europe, restreignant de fait comme une peau de chagrin les espaces de délibération, marginalisant les Peuples pour leur soustraire leur souveraineté et confisquer le pouvoir politique, sous couvert d’expertise économique, entre les mains de techniciens issus pour la plupart de la Finance privée…

Que faire face à une telle résolution coercitive ? Douze propositions sont exposées, connues de longues dates, depuis la restitution à la BCE de son rôle à la renégociation des taux éhontés pratiqués par les banques privées sur nombre de pays européens. Douze propositions qui commencent de rencontrer un écho certain y compris dans les rangs des libéraux eux-mêmes, Habermas, naguère partisan du Traité Constitutionnel, dénonçant enfin cette marche forcée de l’UE dans la voie post-démocratique au terme de laquelle, c’est tout simplement la Démocratie qu’elle aura enterrée.

  

 

 

L’Europe maltraitée, Les économistes atterrés, éd. les Liens qui Libèrent, juin 2012, 142 pages, 8 euros, isbn : 9781020900005.

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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 05:25

chris-hedges.jpgCar la seule vraie question reste de savoir pourquoi la social-démocratie n’a pas voulu éviter le désastre auquel nous sommes confrontés aujourd’hui et dans lequel nous a précipité l’économie néo-libérale.

Chris Hedges en étudie la trahison aux Etats-Unis, qui viennent d’élire un républicain modéré. Pourquoi donc les démocrates ont-ils renoncé à leur fonction morale ? Passant au crible toutes les institutions, des universités aux centres d’art, qui constituaient les territoires d’expansion de cette élite, son constat n’est rien moins qu'affligeant : toutes ont succombé à l’appât du gain, toutes se sont inclinées devant la Finance pour défendre désormais l’idéologie navrante du Capital dans son expression la plus crue. Naufrage volontaire des contre-pouvoirs de la presse, des artistes, si la grande entreprise a si bien pu démanteler l’Etat-Providence, c’est bien avec la complicité de cette élite, qui n’a pourtant pas renoncé aux éléments de langage qui lui étaient si chers, comme ceux de Justice par exemple.

Après avoir aidé à liquider la philosophie libérale attachée encore au take care, après avoir liquidé le socialisme historique, elle s’est attaquée à la liquidation de l’Etat-Providence, à celle de l’indépendance de la Justice, à celle de l’idée de l’unité morale de l’espèce -le racisme anti-musulman qui déferle aujourd’hui sur la planète en est l’exemple le plus manifeste, qui transcende les anciens clivages Gauche-Droite.

Et de liquidation en liquidation, elle a fini par briser jusqu’à l’optimisme économique du libéralisme, faisant ainsi place nette à un profond pessimisme, sinon au cynisme amusé comme seule culture possible de l’espèce humaine…

L’Etat-Entreprise est devenu son credo. Ne reste que la sphère juridique comme ultime refuge de sa bonne conscience. La loi comme prétendu outil pour mener des réformes. Cette même loi qui a abouti, aux Etats-Unis, au pillage du Trésor Public au bénéfice de Wall Street !

Cette élite, observe avec justesse Chris Hedges, n’a cessé de se transformer en classe de courtisans qui n’ont rien d’autre à offrir que leur rhétorique creuse sur l’injustice, le mérite, le talent. Des courtisans enfermés dans des pratiques cyniques, artistes, cadres intellectuels grappillant les miettes du festin capitaliste, journalistes relayant complaisamment les mensonges de la propagande néolibérale. Silence radio sur la misère. Mais leur piété individualiste ne parvient même plus à cacher cette mièvrerie morale qui est leur marque de fabrique, tandis que leur spiritualité du "comment-je-me-sens-aujourd’hui" exprime à la perfection l’inutilité politique de cette élite progressiste.

Chris Hedges ne passe certes au crible que les trahisons du Parti Démocrate américain. Mais l’enjeu idéologique en dépasse les frontières : il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que les chômeurs sont en passe de devenir une vraie classe sociale !

"L’élite progressiste n’est plus qu’un appendice inutile et méprisable de la hiérarchie capitaliste", affirme-t-il. N’attendons rien d’elle en effet, son rôle historique est achevé.

Mais la mort de cette élite progressiste pose de vrais problèmes cruciaux désormais : les colères à venir ne pourront plus s’exprimer qu’à l’extérieur des institutions démocratiques par trop confisquées par ces élites, au mépris des règles de la civilité propres à lé démocratie libérale. Le déclin de l’élite progressiste inaugure au fond d’un contexte politique terrifiant, avec d’un côté l’Etat-Entreprise (voire l’UE comme Etat-Entreprise) démolissant bon gré mal gré les derniers vestiges de la protection sociale, et de l’autre les poussées identitaires populistes prêtes à jeter des nations entières dans leur délire national. Reste l’espoir surgi aux Etats-Unis dans la résurgence de la Gauche radicale qui a toujours été de tous les grands rendez-vous historiques des States, et en Europe, celui de la timide émergence d’une contestation populaire qui compte encore ses forces.

  

 

La mort de l'élite progressiste, Chris Hedges, traduit d el’américain par Nicolas Calvé, éd. Lux, coll. Futur proche, octobre 2012, 300 pages, 20 euros, isbn : 978-2895961505.

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 05:16

 

banlieue-change.jpgCes territoires équivoques dont on ne parle qu’à l’occasion des événements tragiques qui les animent, ne semblent plus faire problème aujourd’hui, tant le silence est assourdissant autour de ce que les banlieues vivent.

L’essai publié sous la direction de Régis Cortéséro tente de faire le point sur leur situation réelle, sous un titre optimiste : la banlieue change. Mais le livre refermé, on ne comprend pas vraiment ce qui a changé dans ces banlieues, sinon qu’abandonnées à elles-mêmes, ses habitants tentent désespérément d’inventer de nouvelles solidarités. Et certes, parce que la France se paupérise, ce qui change vraiment en banlieue, c’est que l’extrême misère qui s’est installée en France a renouvelé l’espace de l’habiter populaire, transformant les banlieues en un gigantesque système de solidarités locales : des solidarités qui, exclusivement ancrées dans l’espace territorial de la banlieue, conditionnent une logique de socialisation "enfermante". Que ce soit sur le marché de l’éducation comme sur celui de l’emploi, la banlieue joue plus que jamais contre ses habitants, l’effet de nasse complotant à plein. Ce qui change, donc, pointe un horizon sinistre, de construction d’une morale étrangère aux jeux sociaux du reste du pays, où l’ethnicité devient le seul support possible de construction identitaire, tout autant que de revendication politique. La politique de mixité ayant par ailleurs pitoyablement échouée –la ségrégation est revenue au galop dans les quartiers mixtes, les architectes de l’Etat ayant appris a posteriori qu’on ne pouvait pas fabriquer de la mixité par simple frottement avec des populations mieux intégrées, seule l’action Publique pourrait peser sur cette évolution catastrophique, à la seule condition de ne pas laisser intacte la trame de la domination sociale. Mais voilà qui est illusoire dans un pays qui, par tradition, postule une société ignorante confrontée à une administration savante. La quadrature du cercle en quelque sorte : il faudrait pouvoir écouter la banlieue, mais l’écouter aujourd’hui, c’est d’abord accepter de s’exposer à sa colère et en libérer l’énergie…

 

 

La banlieue change !, de Régis Cortéséro, éd. Le Bord de l’eau, coll. Clair et net, oct. 2012, 230 pages, 20 euros, isbn :

978-2-35687-197-8.

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 05:11

 

deux-ou-trois.jpgLe ton est presque badin, Ha-Joon, professeur d’économie à Cambridge, ouvrant sur les sept façons de lire son essai, selon que l’on soit ou non informé, selon que l’on veuille ou non s‘informer. Economiste hétérodoxe, attaché au système capitaliste, il nous livre ici une réflexion réjouissante, sinon inquiétante, sur l’issue d’une crise dont on nous promet qu’elle sera bientôt presque derrière nous. C’est ce "presque", on l’aura compris, le nœud du problème, qui invite les peuples à se serrer toujours davantage la ceinture, dans l’illusion d’un sacrifice collectif salutaire…

L’économie mondiale est en lambeaux, nous dit sans ambages Ha-Joon. Ça, on le savait. Mais personne ne veut en prendre acte : on ne cesse au contraire de renflouer un navire qui est en train de sombrer. A fonds perdus donc Littéralement. Et tandis que l’argent fait défaut dans l’économie réelle, il abonde dans les places financières, qui l’ont presque totalement capté. Dans ces conditions, affirme Ha-Joon, nous avons des années de vache maigre devant nous : la pauvreté est notre horizon commun. Et il y a de fortes chances pour que l’économie mondiale connaisse de nouvelles phases de récession. Des phases que nos dirigeants politiques sauront imputer à de nouveaux secteurs d’une économie trop peu concurrentielles…

Les chômeurs ? Dans leur immense majorité, ils ne réintègreront pas les circuits économiques normaux.

Pourquoi ce désastre ? Pour une grande part à cause de la liberté totale dont jouissent les marchés financiers. Une liberté soutenue par une idéologie dévastatrice : le néolibéralisme, qui a fini par liquider totalement le "take care" du libéralisme philosophique. Et Ha-Joon, de s’employer à démontrer combien la vision du monde néo-libérale est étriquée. Malheureusement, au cynisme des économistes néo-libéraux s’est ajouté la collusion du milieu politico-médiatique. Car ce qui est arrivé n’était pas un accident : nous aurions pu l’empêcher –nous le pouvons toujours. Le marché libre, ça n’existe pas. Cette liberté se définit politiquement. Pour les banques, le choix était simple : il était possible de ne pas offrir 700 milliards de dollars, aux Etats-Unis par exemple, sinon sous condition, aux banques qui se sont empressées de les partager en dividendes…

Passons sur les démonstrations, simples et chiffrées. Ha-Joon revient sur nombre d’idées reçues concernant l’économie, qu’il faudra bien entendre un jour.

Prenez les entreprises : faut-il les gérer dans l’intérêt des actionnaires ? Il est bien évident que non : les actionnaires, contrairement à une idée reçue, ne sont pas les propriétaires des entreprises, mais les parties prenantes les plus versatiles et les moins soucieuses de leur avenir à long terme. Jetant par millions des salariés à la rue, un simple calcul rétrospectif permet de constater que depuis les années 1980, l’un des facteurs de déstabilisation le plus important de l’économie mondiale aura été l’insécurité de l’emploi, et non son manque de flexibilité.

Autre exemple : enrichir les riches n’enrichit pas les pauvres. Cette idée d’économie du ruissellement est un pur fantasme, la politique en faveur des riches n’ayant jamais permit d’augmenter la croissance d’un pays, chiffres à l’appui toujours : depuis 1980, nous n’avons cessé de donner toujours plus aux riches, en vain. La croissance par habitant, elle, n’a cessé dans le même temps de s’effondrer. Dans la même période, l’investissement des riches n’a cessé de chuter : les riches gardent l’argent pour eux. Point.

Prenez encore les systèmes de rémunération des dirigeants des plus grandes entreprises : ils sont unilatéraux, jamais fixés par leur fameux marché libre, jamais corrélés sur la moindre performance, ni moins encore sur le résultats de l’entreprise, mais bien plutôt le fruit d’un pillage systématique et ordonné des biens produits.

Et quant aux marchés financiers, contrairement à ce que l’on peut entendre dire, ils ne sont pas inefficaces, mais au contraire, particulièrement performants : avec leurs nouveaux outils mathématiques, ils ont trouvé de quoi générer des profits immenses à court terme, même et surtout en temps de crise, en fragilisant toujours davantage l’économie mondiale. Si bien qu’il n’est pas possible de concevoir autrement ces outils financiers que sous la vision d’armes de destructions massives.

  

 

Deux ou trois choses que l’on ne vous dit jamais sur le capitalisme, de Ha-Joon Chang, traduit de l’anglais par Françoise Chemla et Paul Chemla, éd. du seuil, coll. Philo.Gener., octobre 2012, 356 pages, 21 euros, ean : 978-2021083736.

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 05:10

 

 

 

freedom-summer-copie-1.jpg1964. Les trois mois qui vont faire basculer l’Amérique : 959 gosses de riches vont adhérer au Summer Project, et descendre inscrire les noirs du Mississippi sur les listes électorales de l’état le plus réactionnaire de l’Union. 959 gosses de la Heavy League : Harvard, Yale, le M.I.T., plutôt libéraux politiquement, issues des familles les plus riches des Etats-Unis (c’était l’un des critères de leur sélection !), vont vivre chez l’habitant : les familles les plus pauvres des Etats-Unis. Ou dans des Freedom Houses, dans la plus grande promiscuité, qui vont très vite se transformer en phalanstère où la parole ne cesse de ciculer, où les sens ne cessent d’être sollicités, filles, garçons de bonnes familles soudain mélangés entre eux et avec les populations noires -et découvrir la liberté sexuelle. Ils vont se voir confrontés à l’extrême misère de populations toujours quasiment réduites à l’esclavage, en prendre la mesure, créer des écoles libres, des dispensaires libres, des maisons communes, et se heurter à l’extrême brutalité des blancs, que le KKK, toujours vivace, va déchaîner contre eux dans une haine totale. Libéraux, chrétiens, issus des familles les plus prestigieuses de l’Union, ils vont connaître la Terreur, vont se voir kidnappés, battus à mort pour une dizaine d’entre eux, se faire tabasser, le tout avec la complicité de la police de l’Etat cédant à l’arbitraire aveugle. Et moins d’un mois après leur arrivée, ils vont se radicaliser. Les courriers qu’ils envoient à leur parent en témoignent, alertant d’un coup par l’intermédiaire de ceux-ci, grands magnats de la presse, puissants capitaines d’industrie, l’opinion publique américaine (blanche) qui ne peut supporter de voir ses enfants battus à mort par une bande de fascistes furieux. De nouveaux volontaires débarquent, des communautés se forment, la rupture est totale avec leur ancien mode de vie et de pensée. Une grande partie des leaders de la contestation américaine va sortir du Freedom Summer. Trois mois. On kidnappe toujours, on bat toujours à mort, mais par centaines des journalistes descendent dans le Mississippi relayer les événements, faire une publicité énorme aux modes de vie expérimentés par ces jeunes étudiants blancs. L’Amérique n’en croit pas ses yeux. Une Nouvelle Gauche émerge, radicale, qui se rappelle soudain ses aînés communistes, réprimés dans le sang, se met à leur écoute dans ces communautés libres où l’on ne veut plus vivre comme avant. Les attentats à la bombe n’y font rien. Les volontaires restent et expérimentent dans la foulée de nouveaux discours politiques, culturels, idéologiques, un autre mode de vie sans classes, sans races, sans différences sexuelles. Et cette jeunesse réformiste au départ, idéaliste, met à bat non seulement le libéralisme américain, mais cette pseudo Gauche qui veut leur confisquer leur lutte. Ils étaient l’apogée du mouvement libéral américain, celui-ci s’écroule comme un château de cartes. Dans un an, le Black Power surgira. La violence change de camp. 1965 : les émeutes de Watts, à L.A., terrifiante réponse des blancs conservateurs qui enverront les chars dans les rues de L.A.

Il n’y a pas de changement possible sans violence révolutionnaire. C’est ce que nos volontaires ont appris.

Et c’est cette expérience qu’explore le livre. Une enquête sociologique menée des années durant. L’auteur a compulsé les archives, les lettres de motivation étonnantes de candeur au départ, et puis les courriers envoyés par ces gosses à leurs parents. Il a retrouvé les vétérans du Freedom Summer, a mené ses entretiens, décrypté les discours, les idées, les cultures, enregistré les trajectoires, les vécus, qui nous étonnent encore et nous éclairent sur ce tournant invraisemblable et la surrection de cette Gauche radicale. Trois mois. La création d’un réseau social à l’échelle des Etats-Unis, porteur d’un message qui allait transformer toute la jeunesse américaine. Trois Mois d'où vont surgir le féminisme, la contre-culture américaine, le mouvement hippie et les comités Viernam. Freedom Summer : le canevas d’une grande partie des mouvements des années 60.

 

 

Freedom Summer, Luttes pour les droits civiques Mississippi 1964, Doug McAdam, traduit de l'américain par Lélia Izoard, éd. Agone, coll. l'Ordre des choses, 474 pages, 26 euros, ean : 978-2-7489-0164-1.

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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 05:03
 
 
haine-usa.jpgLa moitié des électeurs américains va confier son destin à un républicain modéré (Obama), ou radical (Romney). Un vote de dépit titrait très justement aujourd’hui Libération. L’autre moitié n’ira pas voté. Elle sait qu’il n’en ressortira rien de bon pour elle. Elle sait que le calendrier électoral est l’une des formes qu’a prise dans le monde la liquidation de la démocratie.
L’électorat américain, lui, a franchement glissé à droite. Sous l’impulsion du Tea Party, largement télécommandé par les factions les plus extrémistes du parti républicain. On connaît la chanson : la France a voté Hollande, mais du bout des lèvres.
Les plus riches s’en félicitent. Qui vivent sur ce que les américains nomment désormais le sixième continent. Le leur, exclusivement, tandis que l’espace de la citoyenneté ordinaire, lui, s’est rétréci comme une peau de chagrin. Là-bas comme ici du reste : sitôt le vote dépouillé, nous ne décidons jamais de rien.
En réinstallant la haine et la peur au cœur de la société américaine, les républicains ne poursuivent en fait qu’un seul objectif : passer tout le pouvoir politique entre les mains du secteur privé. Partout on les entend vanter la supériorité intellectuelle et morale du milieu des affaires sur le reste des hommes : nous. Déjà leurs mercenaires (et ce n’est pas une image) s’affairent à liquider le peu qu’il reste de démocratie dans le monde.
La rationalisation de la haine, aux Etats-Unis, s’inscrit dans cette perspective. On brûle les livres désormais, on pend des effigies –non pas en Iran : aux Etats-Unis. Une atmosphère de curée s’est installée, vraie manifestation de cette alliance entre les intégristes chrétiens et les barons de la finance. Partout on entend les membres du Tea Party affirmer qu’il est grand temps de se débarrasser de ces déchets humains qui encombrent la société américaine : les gays, les enfants déficients, les handicapés sans travail, les chômeurs, etc. La morale intégriste ne s’embarrasse pas de nuances, la discipline économique en appelant à la discipline religieuse. Et partout bien sûr, le laissez-faire totalitaire du néolibéralisme se cherche des complices dans le camp démocrate. Et en trouve.
L’ouvrage de Nicole Morgan est sans doute par trop touffu, décousu, mal ficelé. Mais il montre bien cette continuité de la politique américaine, tous partis confondus, et son glissement réactionnaire aujourd’hui. Le zèle du Tea Party est constant. Ses moyens, énormes, décrits ici avec beaucoup de précision. Et sa vindicte, ahurissante : une déferlante continue de mensonges, de contrevérités, de fadaises abjectes. Comme celles de Michèle Bachmann racontant sans rire qu’elle a rencontré Dieu par deux fois et qu’à deux reprises, celui-ci lui a fait part de sa colère. Le fondamentalisme chrétien, on l’aura compris, s’est lancé à l’assaut de la nation américaine, ne cessant de réinterpréter les événements qu’elle traverse à la lumière d’une lecture débile des livres de l’Apocalypse et, pour plaire aux riches, travaillant au corps la mauvaise conscience des citoyens à l’égard des pauvres pour l’éradiquer enfin…
 
 
Haine froide, à quoi pense la droite américaine, de Nicole Morgan, Seuil, septembre 2012, Collection : H.C. ESSAIS, 254 pages, 19,50 euros, ISBN-13: 978-2021076226.
 

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 05:10
 
 
est-ce-ainsi.jpgQue reste-t-il d’actuel dans ces doléances éditées en décembre 2011 ? Tout…
De la création des banques privées tournées exclusivement vers les français les plus riches, à l’indifférence des nantis face aux noyades des clochards au large de Deauville, les témoignages recueillis de ville en ville témoignent toujours d’une seule réalité : la France souffre. Les rescapés du cancer doublement stigmatisés, les décrochés de la vie sociale, naufragés sans espoir, les précaires à perpétuité, les chômeurs, l’impossible loyer, l’impossible fin de mois, les soins inaccessibles pour des millions d’entre nous, les dents qui se déchaussent, les lunettes qu’on rafistole, tout y est, tout y passe, et tout est resté d’une actualité toujours prégnante, révélant l’effarante étendue des catastrophes qui se sont accumulées depuis des décennies sur les français. Du prix des légumes aux 811 000 enfants qui ne prennent de repas protéiné qu’une fois tous les trois jours, en passant par les enquêtes parlementaires laissées lettres mortes (qui se souvient de celle intitulée : Les banlieues françaises sont des ghettos ?), tout y est, tout est toujours d’actualité. Le règne de la sauvagerie économique n’est pas derrière nous. L’école est toujours un problème, le sous-emploi frappe toujours des millions de gens en France. Mis à disposition du public, ce diagnostic effarant de l’état des lieux en France a conservé toute son actualité. Certes, on sait bien que Hollande vient d’être élu. Mais on sait bien aussi que ce n’est pas d’une politique de symboles dont nous avons besoin.
Par parenthèse enfin, ce travail de mise à jour des doléances populaires est demeuré très lacunaire en France, au regard de celui qui est pratiqué aux Etats-Unis et que tout le monde peut consulter et enrichir sur le site
http://wearethe99percent   
De quoi s’interroger, aussi, sur notre conduite du vrai changement, trop aisément confié à la classe politique.
  
 

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Cahier de doléance contemporain, Luce Faber, les Prairies ordinaires, janvier 2012, 143 pages, 12 euros, ean : 978-2350960647

Tout au long de l’année 2012, Mediapart et le collectif Luce Faber ont proposé des doléances filmées. Les 36 vidéos sont rassemblées toutes ensemble, à cette adresse :

http://www.mediapart.fr/content/2012-un-cahier-de-doleances-semaine-2

   

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