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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 12:00

Tchernobyl est en feu. Maîtrisé, nous dit-on. Mais un feu qui a de nouveau libéré et diffusé sur toute l'Europe ses particules radioactives... Aujourd'hui encore, des années après l'accident de 1986, la radioactivité est d'un niveau identique à celui qu'il était en 86 autour de la centrale... Les catastrophes nucléaires ne sont jamais ni circonscrites à un lieu, ni à une époque. Fukushima : un tiers des océans pollués. Quid du nucléaire en France ? Dans le parc le plus vieux du monde mais, tente-t-on de nous convaincre, le plus sécurisé au monde... C'est bien connu : les catastrophes n'arrivent qu'aux autres. Mais la Parisienne Libérée en relève huit au total, dont deux en France, passées sous silence il y a bien des années, tandis qu'on exhibait partout le Rapport Rasmussen affirmant que la probabilité d'une catastrophe majeure dans le nucléaire mondial était de 1 fusion non contrôlée tous les 17 000 ans... On serait donc statistiquement paré pour les 136 000 prochaines années... Soyons sérieux. Mais les états ne le sont jamais en ce qui concerne le nucléaire, la France moins que les autres, qui continuent d'affirmer que le nucléaire c'est l'avenir, quand son parc non seulement date des années 1970 mais, mieux : a été conçu dans les années 50... Sauf l'EPR, conçu... dans les années 90 -et dont personne ne veut plus dans le monde, tant son coût est faramineux. Faramineux toujours, le coût d'entretien de ce parc qui tombe en ruine et dont nous savons qu'à très brève échéance il va falloir nous en débarrasser... Comment ? Nul n'en sait rien : la France, qui a développé le parc nucléaire le plus imposant au monde, a fini par voir partir à la retraite ou a licencié tous ceux qui avaient développé une expertise à ce sujet... Si bien que pour le démantèlement de ce parc en ruine, nous allons devoir payer des experts étrangers... Et vite : le nombre d'incidents relatés par la Parisienne Libérée, discrètement avoués par EDF, est colossal : quasiment tous les jours. Et tous les trois mois nous passons de justesse à côté d'un accident majeur... Tout cela à cause de l'entêtement d'EDF et de quelques technocrates débiles qui n'ont rien trouvé de mieux que d'affirmer que pour garder notre indépendance énergétique il fallait continuer de rapiécer (littéralement, on en est là), les centrales nucléaires françaises... La transition écologique, c'est pas pour demain ! Non plus qu'un authentique débat sur le sujet. Du reste, dès ses origines, le nucléaire s'est soustrait à toute décision démocratique. La création du Haut Commissariat à l'Energie Atomique (le CEA), ne fut l'objet que d'une ordonnance (n°45-2563). En 1974, pareillement, Pompidou décida des grands chantiers de construction de ce fameux parc, vieux dès la naissance dans sa conception. Pourtant les solutions existent, qu'explore la Parisienne Libérée. Nombreuses. D'alternatives durables à cette combustion imbécile -les centrales ne sont à la vérité que de grosses bouilloires... Alternatives égrenées dans son ouvrage avec une intelligence folle. Comme ses journaux télévisés rythmés, dont il est dommage qu'elle y ait y mis fin. On la regrette !

Le Nucléaire c'est fini, La Parisienne Libérée, éditions La Fabrique, décembre 2019, 224 pages, 13 euros, ean : 9782358721875.

https://www.youtube.com/user/lilas14

https://www.youtube.com/watch?v=BhcHVGclVUk

 

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 10:20

Une enquête sur les sociétés Albert Frère et Paul Desmarais. Dans l'un et l'autre cas, des héritiers associés à des banques d'affaires, Le premier est belge. Enfin domicilié en Belgique, car la Belgique, il s'en fiche. Et quant à y être vraiment domicilié, c'est toute la question : seules ses entreprises déficitaires le sont, les bénéficiaires, elles, sont domiciliées ailleurs, loin, là où les impôts ne les atteindront jamais. Dans les paradis fiscaux. Et quant aux déficits des entreprises dudit groupe domiciliées en Belgique, ce déficit est programmé, calculé, arrangé pour qu'elles le restent pour l'éternité : celles domiciliées dans les paradis fiscaux absorbent tous leurs bénéfices. De sorte que les rentes des sociétés Albert Frère se font sur le dos du contribuable belge. Et c'est pareil pour Desmarais : seules les entreprises déficitaires sont domiciliées en France. Et tout cela est légal, voire encouragé par nos législations et la mise au pas des politiques nationales. Remarquez : Frère plume aussi la France. Frère ? C'était l'un des convives du Fouquet's. Son poulain, à l'époque, s'appelait Sarko. Puis Hollande. Puis Macron. Jadot demain ? Il s'en fiche du reste, ce ne sont que des gugus qu'il met en place : seules comptent ses rentes. Il ne prend ainsi jamais aucun risque : tant que les médias seront à la botte du patronat, aucune chance de voir un trouble fête l'emporter sur cette écurie de bras cassés qu'il pouponne. Grâce aux médias. Grâce aux instituts de sondage. Grâce aux grandes institutions liberticides : l'Assemblée Nationale, le Sénat et on en passe. Tout un monde stipendié qui lui assure ses arrières. Les milliardaires ne courent jamais aucun risque. Solidaires pour anéantir la société civile. Restaurer son esclavage. Une solidarité telle que l'on peut s'étonner de voir nos auteurs poursuivre leur essai par le portrait des deux milliardaires mis en cause. A quoi bon ? Les milliardaires sont tous pareils et ne se distinguent en rien les uns des autres. Aucune personnalité : ils sont vides. Regardez Bernard P. Entendez le vide sidéral de ses propos, regardez celui de ses expressions. Ces types ne respirent aucunement l'intelligence, mais la nullité la plus crasse. Pourquoi donc s'attarder sur leur carrière ? Leurs débuts ? A la fin, ce sont toujours les mêmes qui perdent : nous. Tout le reste n'est qu'une fable de magazine people pour nous faire croire que ces gens sont des acteurs de notre vivre ensemble. Et finalement, l'ouvrage se présente comme un gros livre écrit comme un roman qui ne sert à rien. Sinon quand même lever le voile sur les possibilités de manipulation qu'un système politique comme le nôtre offre à des individus qui n'ont aucune envergure en réalité.

Les Prédateurs, des milliardaires contre les états, Catherine Le Gall, Denis Robert, éditions du Cherche Midi, sept. 2018, 300 pages, 21 euros, ean : 9782749155937.

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27 février 2020 4 27 /02 /février /2020 10:27

Non pas le retour des années 30, mais une interrogation : qu’est-ce qui les a rendues possibles ? En avons-nous fini avec le nazisme, le fascisme, le totalitarisme ? De haute ou de basse intensité, comme ce qui se trame à peu près partout en Europe aujourd’hui et particulièrement en France, où la dérive autoritaire prend un tour carrément totalitaire –sous couvert de protéger l’état, le pays, non le Peuple et sa souveraineté… Qu’est-ce qui pointe, de ces années, dans la lente transformation du néolibéralisme en illibéralisme ?

L’année 38 donc. Celle des accords de Munich. Celle du choix du déshonneur et du renoncement. Pourquoi cette lâcheté ? Les démocraties l’étaient-elles vraiment ? Etaient-elles vraiment «indécises» ? Comme frappées par un mal qui leur est propre ? L’étude de Michaël Foessel vient scruter ce consensus trop vite adopté contre les prétendues faiblesses du système démocratique, quand en réalité, ce sont les attaques contre ce système qui nous ont conduit tout droit à la faillite morale du pays…

Ecrit en 2018, l’ouvrage prend au l’année 1938 pour fil conducteur d’une réflexion sur ce que nous devenons. Un Parallèle. Qui ne manque pas de pertinence, à prendre pour mesure l’état de la presse en 1938, placé en miroir de celui des médias français en 2020…

Cela commence le 12 mars 1938, avec l’annexion de l’Autriche. Rien dans la presse au lendemain de l’Anschluss… A peine un article pour s’interroger vaguement sur ses conséquences. C’est que la presse ne veut pas mobiliser contre l’Allemagne nazie.

Le 10 avril, Daladier devient Président du Conseil. Le 15 avril, le premier numéro de «Je suis partout», l’organe de presse fasciste, raciste, titre : «Il faut mettre les français au travail». Ce sera désormais le mot d’ordre de Daladier, des parlementaires et de la presse. Daladier va se consacrer à promulguer ses Lois scélérates sur le Travail, entrelardées de décrets félons sur le statut des étrangers… La France raciste exulte. Toute la presse l’y encourage.

La «chute» de Léon Blum, au demeurant, s’est faite aux cris de «les Juifs au ghetto !», proférés en pleine session parlementaire. La presse française n’y a vu qu’un sursaut vertueux «que tous attendaient », unanime qu’elle est à souhaiter une «mobilisation morale» des français… Le débat français portera donc exclusivement sur ce «sursaut moral»,  à l’endroit de la question du travail et de celle des étrangers. C’est qu’il faut reconquérir la confiance du Capital… Les français se seraient trop longtemps installés dans l’oisiveté… Et déjà, partout, la presse s’en prend aux colporteurs de «fausses nouvelles», concernant l’Allemagne et le nazisme… Contre le «laxisme» des dernières années, toute la presse se dresse pour exiger plus d’autorité. Peut-être même faudrait-il «suspendre» à ses yeux les élections, pour n’avoir plus à redouter les égarements du vote populaire… Entre eux les médias se disputent ce bout de gras, chacun y allant de sa demande d’une «République autoritaire».

Un Peuple au travail, régénéré par l’exclusion des étrangers et de leur fainéantise congénitale… Les riches s’emportent dans les colonnes des journaux contre les miséreux qui osent encore rêver d’un Front Populaire pour soulager leur paresse…

Daladier s’attaque alors à toutes les avancées que le Front Populaire, sous la pression du Peuple Français, a dû initier. On débat des retraites par exemple. Blum voulait faire de l’année 1938 celle des vieux. Mais aux yeux des riches, l’état des finances publiques ne le permet pas. Il faut au contraire soutenir le Capital, accroître la fortune des riches qui, par ruissellement, permettra d’améliorer le sort des pauvres… Daladier multiplie les attaques contre la journée de travail, impose aux métallos 5 heures de travail supplémentaire contre une dérisoire hausse de leur salaire : c’est qu’il faut casser la semaine de 40h.

Les Lois travail sont votées dans un climat de terreur, toujours précédées d’une campagne de presse stigmatisant les dérives de la démocratie. Ses «faiblesses»…  Daladier taxe donc les bas salaires, augmentent les impôts des classes moyennes, autorise le licenciement de ceux qui refusent les heures supplémentaires, supprime les aides sociales, diminue le nombre de fonctionnaires qu’il remplace par des agents contractuels engagés sur des contrats civils temporaires. Il fait voter des Lois essorant les finances des départements, augmente les taxes sur les produits de consommation courante, le prix des tickets de métro s’envole, et il finit par abolir un samedi chômé sur deux.

Le 25 novembre, la CGT appelle à une grève nationale pour le 30 novembre 1938. Une formidable répression s’abat. La presse, unanime, fustige la CGT. Le gouvernement réquisitionne les fonctionnaires, fait arrêter les délégués syndicaux, les meneurs. Le matin du 30, les gardes mobiles sont partout. 1 000 manifestants sont arrêtés dans Paris. On emploie les gaz, 10 000 ouvriers grévistes sont licenciés. Toute la presse applaudit à l’échec de la CGT, embrayant le pas à l’extrême droite qui demande sa dissolution. Daladier et la presse française reçoivent le soutien de Hitler, qui se réjouit lui-même officiellement de cette défaite. Fin 38, l’Ordre règne sur la France. Mais la défaite est celle de la République Française. Défaite morale, politique, sociale. Le pays désormais sera gouverné par la force, non par le Droit.

Récidive 1938, de Michaël Foessel, PUF, avril 2019, 174 pages, 15 euros, ean : 9782130817505.

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28 janvier 2020 2 28 /01 /janvier /2020 09:05

La Terreur… Celle de 1793. Admise une fois pour toute et sans procès, comme l’abomination sinon l’horizon d’attente de toute révolution populaire… Celle qui débuta en fait avec les massacres de septembre 1792, dont nos commentateurs avisés oublient commodément les raisons. Celle qui décapita le roi de France, le 21 janvier 1793, et dont ces mêmes commentateurs oublient combien il aura été félon. 1789, matrice du totalitarisme ? Nombreux sont ceux qui ont connu les parallèles outranciers de Marc Fumaroli, et ceux du bicentenaire confié à François Furet pour défaire l’imaginaire de la Révolution Française. Il y aurait eu la «bonne» Révolution (1789 à 1790), celle de Condorcet et de Sieyès), et la «mauvaise»… Dont il ne faudrait conserver que l’image de  l’horreur. Quelle horreur ? Comment la France des années 80, celle de l’individualisme fanatique, aurait-elle pu comprendre, elle qui avait fait religion de défendre l’individu contre la nation, que la Révolution, elle, s’était enquis de protéger d’abord le Peuple souverain, menacé aux frontières, menacé dans son propre pays par toutes ces grandes fortunes qui ne rêvaient que de ré-asseoir au plus vite leur dictature ?

Eté 1793. Marat vient d’être assassiné. Les parisiens sont sous le choc et découvrent ces forces réactionnaires qui tentent de défaire ce qu’ils ont gagné sans parvenir encore à l’établir. Ils comprennent qu’il va de nouveau falloir «engager les corps» pour sauver le Droit, condition de leur Liberté. Le 10 août, les Tuileries sont prises. Le roi n’a pas désarmé les gardes suisses alors qu’il savait leur combat perdu d’avance. Le roi n’a pas voulu empêcher le carnage. Alors le peuple en armes s’est une nouvelle fois ré-emparé de cette Révolution dont on n’a cessé de vouloir le défaire. L’Assemblée est juste informée de cette prise. Le désaveu est total cette fois encore ! Le Peuple sait qu’il ne peut compter que sur lui pour faire avancer les choses. Tout comme pour la nuit du 4 août : il sait qu’il n’aurait jamais obtenu l’abolition des privilèges sans sa féroce ténacité. Août 1793 : les troupes étrangères se massent aux frontières pour venir restaurer la monarchie. Aucune réponse constitutionnelle n’est apportée au Peuple. En 1792 déjà ; le Peuple avait réclamé que l’on déclare «la patrie en danger». Mais, et ce n’est pas nouveau, toute la représentation française demeure dans l’ambiguïté.  Les massacres de septembre, à tout prendre, n’auront été ni aveugles ni barbares : le Peuple s’est vengé, parce qu’on lui refusait sa souveraineté. « Le peuple a le droit de reprendre le glaive de la Justice lorsque les juges ne sont plus occupés qu’à protéger les coupables et à opprimer les innocents » (Marat). Robespierre lira correctement ces massacres de septembre comme un acte de souveraineté du Peuple. Alors certes, on opposera la Loi des suspects du 17 septembre 1793, la création d’un tribunal Révolutionnaire… C’est le mérite de l’essai de Sophie Wahnich que de les mettre en perspective : il s’agissait de remettre de l’ordre, de limiter au contraire les massacres, d’éviter un bain de sang généralisé. Et si l’on veut jouer à dénombrer les victimes, on découvrira bien assez tôt qu’elles furent beaucoup moins nombreuses que l’imaginaire réactionnaire ne le laissa entendre. La Terreur de Robespierre, au final, a d’abord contraint les députés à pleinement reconnaître la Souveraineté du Peuple et à construire des bornes à la violence populaire. « Soyons terribles, affirmait Danton, pour dispenser le Peuple de l’être». Le souci de voir le Peuple se réaliser dans sa souveraineté n’était pas un combat gagné d’avance, ni une simple déclaration de principe. Son logos politique avait émergé dès les Cahiers de Doléances, mais les représentants de l’ancienne nation ne cessaient de l’empêcher de devenir le véritable acteur de sa souveraineté –ce dont nous avons hérité aujourd’hui, nous, les héritiers de Thermidor, qui enterra l’idée de souveraineté populaire.

Sophie Wahnich, La Liberté ou la mort, essai sur la Terreur et le terrorisme, La Fabrique édition, janvier 2003, réédition juin 2017, Paris, 112 pages, ean : 9782913372252.

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 13:52

Il tue (Rémi, Adama, Zineb, Steve, Cédric, etc. …), mutile, éborgne, édente, ouvre les crânes, casse les jambes, les bras, les os, déchire les poumons, gaze les bébés, les enfants, les femmes, les vieillards, les hommes, frappe, cogne, bouscule, insulte et jouit, littéralement, de son impunité. Ses actes de cruauté, il n’en interroge jamais l’histoire : il est en dehors de l’Histoire. En dehors du lien social : par ses actes de cruauté, il est sorti de la communauté des hommes pour entrer dans celle des barbares. Bête féroce à tête humaine, il est littéralement devenu un être monstrueux.  Et il le sait : il cache son RIO, il dissimule son visage sous une cagoule, ses exactions par la haie de boucliers que ses « camarades » lui offrent. Il sait. Non qu’il en ait honte : il ne fait que se prémunir de toute action de la Justice à son encontre. Car il sait. Il a conscience de sa faute. D’une faute dont il ne sait pourtant trop dans quel ordre la situer, si c’est une faute morale ou une faute de goût. Mais il sait.

Il cache son Rio, dissimule son visage, s’engouffre dans les recoins des portes cochères pour martyriser ses victimes. Non qu’il ait honte : il veut échapper à son image, à cette image dégradante qu’il donne de lui et dont il sait qu’elle peut lui être préjudiciable. Il sait, il masque son Visage, l’escamote parce que ce Visage porte la marque de l’Absolu qui règle et désigne notre relation à autrui. Parce que le Visage (lisez Lévinas) EST l’expérience d’autrui. Alors intuitivement, il gomme ce Visage, pour ramener cette expérience au niveau de barbarie voulu. Il déshumanise son propre Visage pour mieux dégrader sa victime et la porter au même niveau d’obscurité que lui. Il sait, il se travestit parce qu’il a conscience d’être en dehors du Droit et jouit de sa cruauté –il n’a pas conscience d’être injuste : ce serait adopter un point de vue moral sur son comportement et ça, il ne le peut pas. Cela nuirait à sa jouissance. Cela provoquerait une rupture des équilibres conscient / inconscient. Lui nage en eau trouble, la condition de sa jouissance.

La violence policière, quand elle se prend pour sa propre fin, conduit la communauté des hommes à disparaître. Au-delà de toute régression animale que la jouissance de l’accomplir procure, elle signe cette dialectique redoutable qui conduit un peuple libre à l’esclavage. Par cette violence impunie, le flic s’arrache au discours de la Loi et œuvre à disloquer la société dont il ne fait plus partie. Détruite, déjà, par le niveau des violences acquises et leur impunité, chaque flic est ainsi encouragé à prendre sur lui l’initiative de la terreur. Chaque flic est appelé à jouir d’être devenu effrayant. D’être devenu une chose effrayante. Effarante. Une figure de l’effroi dans sa tenue de combat. Une figure de l’effroi qui repousse les limites du sacré : celle de la vie humaine. Quand l’impunité règne, il n’y a plus d’interdits. Or le sacré ne survit que protégé par des interdits.

L’impunité policière encourage chaque flic à franchir personnellement, individuellement devrions-nous dire, car ce faisant il abandonne toute dimension de « personne », engage donc chaque flic à franchir cette limite où plus rien n’est sacré, pour s’aventurer dans l’illimité de la régression où la violence n’a plus même de marques, n’est plus même un marqueur, n’est plus même une violence mais le lieu où exterminer devient possible. Dès le premier pas franchi, l’impunité ouvre à tous les autres, jusqu’au bout de l’horreur. Par sa puissance sur les corps qu’il martyrise, le flic impuni fait du corps humain le lieu où peut s’exprimer une jouissance sadique. Par ses actes de cruauté, le flic impuni détruit l’existence « juste ». Il dépouille le citoyen de ses Droits, de son identité politique, de son corps politique, pour transformer ce corps en matière biologique, quasi fécale : un déchet qu'il peut traiter à sa guise. Or le corps de tout Homme incarne la Déclaration de l’Homme et du Citoyen. Dépossédé de son existence politique pour être ramené à sa matière biologique, ce corps ne peut survivre. Ce n’est donc rien moins que le Salut Public qui est en jeu aujourd’hui : l’impunité policière dissout le lien social et politique. Il faut déclarer La Patrie en Danger ! La Loi outragée ! Car le fondement de la vie Publique ne peut être que politique, et cette impunité sort la police du politique pour la verser au registre du barbare.

photo recomposée d'après celles de Magnin / Lucas.

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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 09:29

Avec un grand entretien abusivement titré : «A bas la propriété», alors que jamais Piketty ne s’est avancé jusque-là et pour cause : son projet n’est pas révolutionnaire, mais la tentative de sauver ce qui peut être sauvé, dans un «dépassement» du capitalisme qui ne le remettrait pas fondamentalement en cause. Au centre du compte rendu d’Alternatives économiques, l’immense et dernier ouvrage de Piketty : Capital et idéologie (seuil, 2019), fruit d’une vingtaine d’années de travaux menés par une équipe de chercheurs dans nombre de disciplines de ce que l’on considérait déjà comme feu les sciences sociales –j’ai encore en mémoire la réflexion d’un directeur de laboratoire du Collège de France qui me rétorquait il y a une bonne vingtaine d’années : «ça existe encore ce machin» ? Eh bien oui, et plus que jamais, Piketty leur donnant un surcroît de sens en ouvrant sa propre discipline aux apports de l’histoire, de la philosophie politique, de la géopolitique, de la sociologie et on passe, un chapitre entier de son essai, gros comme un livre, renouvelant les possibilités de l’analyse électorale ! On ne saurait donc trop conseiller de ne pas s’arrêter à ce dossier que propose Alternatives économiques, pour se plonger dans la lecture, sinon l’étude, d’un livre majeur de la production éditoriale française.

Sur quoi donc Alternatives économiques a centré son analyse ? Principalement l’idée que Piketty faisait le bilan de la dynamique des inégalités sur une longue période, oubliant peut-être un peu trop au passage l’ouverture géographique de l’essai, particulièrement vivifiante et qui permet de réévaluer les solutions imaginées en France depuis la Révolution française. L’autre volet crucial abordé, et dans l’article et dans l’ouvrage, est celui qui témoigne de l’engagement intellectuel et finalement politique de Piketty : l‘abandon par les partis de  «Gauche» des classes défavorisées -et non l‘inverse : les ouvriers n’ont pas déserté la «Gauche française», c’est elle qui les a expulsés de son champ de manœuvre électorale… Comment le PS est-il devenu le parti des diplômés ? Voilà sur quoi repose tout l’engagement de Piketty, je reviendrai sur cette question plus loin. Toute société, analyse pragmatiquement Piketty, construit sa légitimation des inégalités qu’elle va approuver. La nôtre s’est redéployée autour de l’idée mensongère de méritocratie, par exemple. Et d’un thème plus ancien sans cesse actualisé : celui que Piketty nomme l’idéologie propriétaire, qui s’est mise en place dès la Révolution Française, au moment où le Peuple en fut dépossédé par ses vibrants orateurs… Un discours confinant à la fable, que celui de la propriété comme mode central de régulation des relations sociales, présenté même comme source d’émancipation individuelle. On a vu le résultat : un propos aujourd’hui échoué sur l’injonction lamentable de Macron : devenir tous milliardaires… Piketty rappelle au passage que cette foi dans l’idéologie propriétaire a été telle, qu’au moment de l’abolition de l’esclavage, nos députés ont pensé à voter une indemnisation pour les propriétaires esclavagistes, pas pour les esclaves… L’analyse est fine, convaincante, tout comme le sont les propositions de Piketty pour réaménager le Capitalisme, ce qu’il appelle son «dépassement». Car il y a urgence, nous rappelle-t-il, si l‘on veut éviter une insurrection, voire une Révolution, toujours hasardeuse quant à ses lendemains. On en est arrivé crucialement là avec Macron, mais cela faisait un moment que la France était en marche vers l’affrontement des «élites» contre son Peuple, depuis 1981 très exactement, c’est-à-dire depuis l’arrivée au pouvoir des socialistes… Là a commencé l’abandon des classes défavorisées par les partis dits de «Gauche». Le résultat c’est qu’aujourd’hui, eh bien l’INSEE vient d’en témoigner en publiant hier ses statistiques sur l’étendue de la pauvreté en France : son taux a explosé, avoisinant les 15% de la population quand, dans le même temps, la fortune des plus riches explose elle aussi… Quant aux solutions explorées, elles sont toutes jouables, dès le cadre national, demain. De bons sens, d’équité qui ne grèverait pas beaucoup les plus fortunés, au fond celles de feu l’état Providence, certaines rappelant l’héritage gaulliste, ce «vieux truc gauchiste» du Général de Gaulle, comme disait Pompidou à propos de son idée de «Participation», approfondie ici, pour faire des salariés les propriétaires pour moitié de leur outil de production. Rien qui ne soit impossible donc. Seule condition : gagner les élections… Et c’est là que le bât blesse. D’abord parce que notre système électoral ne peut être analysé uniquement dans le cadre des institutions électorales : les médias par exemple, sont l’un de ses acteurs les plus décisifs. Tout le monde se rappellera l’injonction de Libération au matin du second tour : «Votez pour qui vous voulez, mais votez Macron»… Aux moments cruciaux, tous les médias auront à cœur de faire perdre l’élection à ce front de Gauche qu’espère Piketty, si tant est qu’il puisse exister : on se rappelle aussi que la candidature Hamon, que soutenait Piketty, fut l’obstacle majeur à l’élection de Mélenchon… Mais encore : la répression sociale féroce mise en place par Macron est aussi l’une des composantes du système électoral français et doit être analysée comme telle. Tout comme la désertion électorale des classes défavorisées. Enfin, Macron, dans l’analyse qu’en fait Piketty, dépasse le cadre de son électorat «inégalitaire-internationaliste», soit ce fameux quart qui l’a fait élire : son OPA sur le camp de la Droite classique est en passe de réussir, tout comme son OPA sur la droite réactionnaire, voire son OPA sur les terres de l’extrême droite. Macron rassemble autour de lui désormais le «camp bourgeois», auquel s’est ralliée cette gauche socialiste qui a expulsé les classes populaires de son champ électoral… Un camp qui va des socialistes à l’extrême Droite ! Mais qui maintient l’épouvantail de l’extrême Droite comme possibilité non seulement de repoussoir, mais de solution temporaire : ce camp pourrait bien faire élire l’extrême Droite, à sa botte également, juste le temps de rappeler les français à l’ordre bourgeois, tout comme Hitler représentait aux yeux des sociaux-démocrates de Weimar une solution : après l’épisode de l’extrême Droite au pouvoir, même un Sarkozy pourrait y revenir…

Le Monde selon Piketty, Alternatives économiques, octobre 2019, n°394, 4.90 euros.

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 09:01

Une enquête. Qui commence par de formidables planches dessinées, signées Baudoin. Pour raconter cette histoire triste à mourir : jusqu’à peu, l’Internationale demeurait hors du domaine public et il fallait payer des droits pour la chanter ! Imaginez ! L’hymne des travailleurs, poussé à tue-tête dans le monde entier, accompagnant presque toutes les luttes sociales ! L’hymne écrit et composé par Eugène Pottier et Pierre Degeyter, qui finirent tous les deux dans la plus extrême misère… L’enquête est passionnée, édifiante. On y découvre toute la biographie de Pottier, celle de Degeyter et de son frère, la confusion qui s’en suivit au niveau de la paternité de la musique et qui nous valut de devoir des droits à la Sacem pour « l’exploitation » du chant… On y apprend aussi dans quelle condition fut créée puis recomposée l’Internationale, ses versions successives au fil des âges, sa carrière, houleuse en France, la trahison socialiste à l’œuvre pour en saborder la nature, déjà… Et ces dernières années, l’Internationale confisquée par une mystérieuse entreprise de droit privé, collectant discrètement ses recettes : la Sacem n’a pas voulu révéler l’identité des entrepreneurs… Mais nos enquêteurs, têtus, ont fini par découvrir à qui appartenait le copyright, qui prit fin le 1er octobre 2017…

Les fantômes de l’Internationale, Baudoin, Elisabeth Thiébaut, édition La Ville brûle, septembre 2019, 128 pages, 19 euros, ean : 9782360121113.

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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 13:24

Le renseignement français ? Une catastrophe si l’on en croit les témoignages de ses différents patrons, recueillis dans l’ouvrage. Entre incompétence et vieilles rancunes… Aujourd’hui encore, du reste, les propos hallucinants tenus par Castaner après la tuerie de la Préfecture de police de Paris laissent rêveur… A lire l’ouvrage se dessine une histoire pitoyable : on a l’impression d’une machine dévoyée, qui brasse beaucoup d’air pour de bien piètres résultats. Et tous les Directeurs qui se sont succédé depuis les années 80 entonnent la même plainte : des services éparpillés, jaloux de leurs prérogatives, sans cesse empêchés par les politiques, qui n’ont toujours pas fait de la prévention des attentats leur pierre angulaire. Car à vrai dire, les moyens et les personnels sont  mis la plupart du temps à la disposition de besognes inavouables : la surveillance du citoyen lambda et/ou celle de l’opposant politique. En France, la question politicienne aura toujours été au centre des actions de renseignement depuis le Rainbow Warrior. Depuis en effet, il s‘agit toujours de surveiller ses adversaires politiques, voire de détourner plus trivialement les services au profit des caprices du Prince : Mitterrand faisant espionner des midinettes en attendant qu’on les lui serve sur un plateau… Et c’était pas mieux à Droite, avec un Pasqua abusant du renseignement pour informer son Parti, voire contrer au sein de ce parti les démarches hostiles à sa personne… Si bien que la France a tardé à prendre au sérieux la menace islamiste, préférant surveiller ses propres citoyens, des cibles plus faciles… Nos fameux Guetteurs n’ont ainsi pas guetté grand-chose : dans l’essai, la liste est longue des ratés et des attentats commis en France sans qu’ils n’aient rien pu éviter. Depuis les années 2 000, la doctrine est ainsi restée la même : l’ennemi est intérieur, et c’est en gros le citoyen français… En outre, la figure type de l’officier de renseignement paraît ne pas avoir beaucoup évolué : non pas l’anglais James Bond, mais le barbouze, moitié truand, moitié préposé, à l’incompétence crasse et au sens civique aboli. Aujourd’hui, sous Macron, cette philosophie a de quoi inquiéter : la France s’est dotée de moyens très conséquents, mais le Big Data du renseignement se voit de nouveau affecté à la surveillance exclusive des citoyens : au passage, on apprend que la DCRI a vu ses missions s’élargir à la surveillance des manifs et des grèves… Au point que l’on se demande si les terroristes ne seraient pas les idiots utiles de l’état français. Alors certes, on mesure les progrès accomplis au niveau des moyens désormais à l’œuvre pour cette vaste entreprise de surveillance. La France a rattrapé sous Macron son retard en la matière. Mais voilà : la philosophie est restée la même : le renseignement ? Ça a sert à asservir les Peuples. Et c’est là tout ce qui devrait nous inquiéter…

Les Guetteurs – patrons du renseignement français, Alain Bauer, Marie-Christine Dupuis-Danon, Préface de Jean-Yves Le Drian, éditions Odile Jacob, mars 2018, 342 pages, 23 euros, ean : 9782738143198.

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1 octobre 2019 2 01 /10 /octobre /2019 08:25

«Nous sommes au cœur d’une bataille dans laquelle la rage s’intensifie. Le futur de l’humanité dépend de cette bataille».

«Nous», mais «eux» également, nous rappelle John Holloway : les nantis, les 1%, les ultra riches et leurs sbires, leurs milices, leurs hordes. Une rage meurtrière dont on  mesure en France les effets à coups de LBD, de mains arrachées, de gueules cassées, de vies brisées. Une rage démentielle. «Une bataille de rages est en cours», la leur et la nôtre. La nôtre face à l’obscénité des inégalités, la violence des discriminations raciales, la violence de la destruction accélérée de la planète. Mais la nôtre ne peut faire oublier la leur : «Nous subissons (jour après jour) les offensives constantes d’un système prêt à tuer», qui tue déjà : Steve, Rémi Fraisse, Zineb Redouane… Leur rage a tué des millions de gens déjà, partout dans le monde. Elle a rallumé le vieux flambeau nazi. Une rage qui signe la contre-attaque du Capital après les vagues d’indignations des peuples en 2011. Une rage qui fut contrainte dans ces années-là d’atténuer les effets de la crise de 2008, parce que les puissants n’étaient pas prêts à nous affronter. Une rage qui a d’abord éprouvé sa force dans ce laboratoire du tragique que fut la Grèce. En Grèce «le rugissement des maîtres s’est fait entendre». Une guerre contre le Peuple y fut déclarée, avec la complicité de la social-démocratie, des socialistes, des centristes, toujours les mêmes, de Weimar à Hollande, prêts à nous jeter dans les bras du Capitalisme Totalitaire. Libérant le racisme, l’intolérance, pillant ce vieux fonds pourris de la politique pour y exhumer les antiques idées de l’extrême droite, encouragés par les médias à la solde des puissants, la classe politique à la solde des puissants, les syndicats à la solde des puissants, les intellectuels à la solde des puissants, les universitaires à la solde des puissants. Les intellectuels, oui, ou ce qu’il en reste, qui se complaisent partout à agiter l’ombre de la raison comme antithèse à notre rage, pour l’étouffer. Des universitaires qui agitent le minable bougeoir de leur rationalité déférente pour contrer cette rage légitime, la rationalité chétive que fustigeait Marcuse, la raison instrumentale que dénonçait Adorno, qui n’est en réalité que l’expression d’une réalité sociale obscène, d’une représentation de l’histoire où nous n’existons pas. Partout ces intellectuels ont avancé les pions des grands patrons : Trump, Johnson, Macron, Orban. Partout les grands patrons ont clopiné leurs calculs qui nous promettent Marion Maréchal Le Pen désormais, légitimée par une presse véreuse et une poignée d’intellectuels gourds. Et partout on ils ont brandi leur Dette qui nous mènera de l’enfermement à la tombe. Ne faisons pas l’autruche, le bras de fer engagé est terrible et nous ne savons pas si nous le gagnerons. Mais une chose est sûre : sans l’effort de tous, ils ont gagné déjà !

John Holloway, la rage contre le règne de l’argent, édition Libertalia, septembre 2019, traduit de l’anglais par Julien Bordier, 76 pages, 5 euros, ean : 9782377291045.

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24 septembre 2019 2 24 /09 /septembre /2019 08:29

Ce document est un scandale éditorial, dissimulé sous des apprêts populistes pour le coup. Une sorte d’attrape nigaud, le témoignage nauséabond d’un volontarisme naïf sinon niais, qui ne sait développer ses artifices sans se contredire vingt fois pour reconduire in fine cette morale rance fustigeant en l’homme une créature pleine de superbe et de vices… La conduite narrative de ce témoignage est telle, qu’on finit par se demander si l’auteur en est dupe ou non… Qu’on juge sur pièce : l’ouvrage s’ouvre sur le sacrifice (l’assassinat devrait-on affirmer) de pauvres gens pris au piège de l’incendie de leur immeuble vétuste, le 14 juin 2017 : celui de la tour Grenfell, à Londres, dans un quartier défavorisé. Theresa May était alors au pouvoir et ne se souciait guère du sort des plus démunis. Au lendemain de l’incendie, qui émut bien évidemment une presse nauséabonde en quête de gros titres, une foule de pauvres descendit dans la rue pour hurler sa colère et demander des comptes, n’obtenant que le mutisme des dirigeants et la curée des grenades balancées par les cops. Quelques mois plus tard, l’enquête révéla que le feu s’était propagé à une vitesse ahurissante parce que les matériaux utilisés, bons marchés, n’étaient pas conformes à la législation en vigueur…  Par souci d’économie, on avait construit pour les foyers modestes une tour inflammable… Or, depuis des années, les locataires de la tour en signalaient le danger. Mais non. Rien. «Un drame», s’excusait la journaille libérale. Un simple, navrant, drame. Darren McGarvey démonte bien dans cette seconde et dernière préface les mécanismes structurels qui font que les pauvres sont exposés à ce type d’agression, à cette criminalité de classe et qu’au fond, c’est tout le système néolibéral qui en est la cause, mais il conclut sur la responsabilité des citoyens et la nécessité, pour chacun d’entre nous, de faire individuellement l’effort de «s’en sortir» ! Dans les dernières pages, il ajoute même que «l’acte le plus radical que l’on puisse commettre», c’est de «se changer soi-même», plutôt que de s’en prendre bêtement au «système»… Fort de son expérience d’alcoolique et de drogué, qui a su s’en sortir par la force de sa seule volonté, puisant aux morales les plus répressives du siècle, c’est cette volonté individuelle qu’il prône pour issue à un système dont pourtant, quelques pages auparavant, il nous montre qu’il est une machine à broyer toute émancipation… Il va même jusqu’à dénoncer le danger des mouvements sociaux, qui ouvrent à la dérive des fanges extrémistes ! On croit rêver ! Ou cauchemarder, quand on découvre sous sa plume son contentement de voir les multinationales, Microsoft, Apple, Coca Cola, «s’engager en faveur de la justice sociale» ! Certes «devenir acteur à part entière de nos choix» commande l’engagement de chacun auprès de tous, dans la lutte forcément féroce contre un système dépourvu de scrupules et dont, une centaine de page avant sa conclusion réactionnaire, il montre pourtant le vrai visage : évoquant le quartier miséreux de Pollok, où il a grandi, l’auteur rappelle l’action du mouvement «l’état libre de Pollok» qui, pendant dix ans, arma la lutte des habitants du quartier pour les aider à recouvrir leur dignité. Des activistes sociaux, des écolos, qui aidèrent les habitants à reprendre en main leur vie en investissant et en récupérant les espaces publics, les friches industrielles, les écoles abandonnées, les bâtiments laissés à l’état de ruine pour en faire des logements, des centres d’éducation, des foyers sociaux, des restaurants populaires, jusqu’à l’intervention des bulldozers protégés par une répression barbare de la police qui, avec ses grenades et ses fusils mutila et tua pour dégager la place et la livrer à des promoteurs sans scrupules qui en firent leurs choux gras. On se demande en fin de compte qu’elle peut être l’utilité d’un tel ouvrage, sinon celui d’en appeler à une morale réactionnaire dont le seul horizon est de tuer dans l’œuf toute contestation sociale organisée !

Darren McGarvey, Fauchés, Vivre et mourir pauvre, éditions Autrement, traduit de l’écossais par Madeleine Nosalik, mars 2019, 336 pages, 19.90 euros, ean 9782746752559.

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