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24 mai 2013 5 24 /05 /mai /2013 04:51

nofreesleep.jpg"C’est le silence étouffant

du mec mécontent des bidonvilles qui me troue l’âme

lui qui vote pour le chômage à perpétuité

année après année.

(…)

C’est le silence suffocant

à regarder notre pays dévorés par les dragons capitalistes

qui m’amollit les os

tandis que nous demeurons loyaux nettoyeurs de toilettes,

marins, cantonniers, éboueurs et ouvriers agricoles.

Intellectuel de salon du haut de ta tour

arrête, s’il te plaît, de façonner nos rêves.

Intellectuel de salon du haut de ta tour

arrête, s’il te plaît, de débiliter notre combat…"

 

(extraits)

 

 

Vonani Bila est né en 1972. Poète, musicien, il dirige la revue de poésie Timbila. Auteur de huit récits publiés en anglais et en langue tsonga et de nombreux recueils de poésie. En 2003 est sorti son premier album (musique et poésie) : Dahl Street. Traduit dans plusieurs langues, on ne le trouve en français que dans l’anthologie Afrique du sud, une traversée littéraire, publiée par l’Institut Français (2011). Invité de la Biennale Internationale des Poètes, il signera ses recueils et donnera un concert à la Librairie l’établi le dimanche 26 mai à 11h (Alfortville, 94140).

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 05:43

patti-smith.jpg

Robert (Mapplethorpe) va mourir. Ils le savent tous deux. A son chevet Patti lui demande comment elle pourrait le servir au mieux en son absence. Roberte est mort. Patti passe une saison dans la douleur. Puis elle écrit ces poèmes en prose à la mémoire de son compagnon. Des fleurs dispersées sur son tombeau. Qui s’ouvrent sur une photo d’une Piéta de Michel-Ange, à Madrid. Robert adorait Michel-Ange, "démon aux chaussures de cordes". Patti s’élance dans cette courte aventure : réfléchir Robert. Moins le réfléchir du reste, que tenter de le saisir pour en revenir quelques poèmes en mains. Robert, "garnement fabuleux", dont elle se rappelle la première fois qu’elle l’a vu : il dormait. La paupière close cette fois, non pas scellée, immédiatement ouverte à l’approche de son visage, ses lèvres dessinant un sourire complice avant même qu’il l’ait connue. Patti Raconte Robert, gamin espiègle de Long Island, fasciné par l’inattendu. Elle évoque le jeune garçon timide, affable, à la poursuite de regards neufs, chuchotant Baudelaire à l’oreille étonnée. Superbe Mer de corail, ce poème en prose qui donne son titre au recueil, détaché des petits plis amers de la vie, évoquant Robert, endormi cette fois encore, "dans l’étoffe d’un voyage qui s‘étale".

  

 

La Mer de Corail, Patti Smith, éd. Tristram, coll. Souple, traduit d el’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Mourlon, mars 2013, 88 pages, 5,95 euros, isbn : 9782367190105.

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 05:27

 

 

carre-noir.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil." (A. Rimbaud)

 

 

 

 

A mon frère, Jacques Jégouzo, décédé hier, lundi 11 février, à 9h58.

 

 

 

(image : Carré noir sur fond blanc, Чёрный квадрат, Kasimir Malevitch, 1915, huile sur toile, 79,50 x 79,50cm, Saint-Pétersbourg)

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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 05:58

 

 

Mallarme.jpg«Je t’apporte l’enfant d’une nuit d’Idumée !», s’exclame Mallarmé dans ce poème qu’il vient d’écrire : Le don du poème. Mallarmé a veillé toute la nuit, toute la nuit il a tenté d’écrire son poème en songeant à une œuvre plus grande qu’il ne parvient pas à finir. Sa femme vient de se lever et s’occupe de leur enfant, une fille. L’entend-on pleurer dans le poème, que ses cris ne sont que barbares, hostiles, tourments infligés à la création poétique. Car cette enfant lui confisque la seule naissance attendue, celle du grand œuvre poétique. Mallarmé travaille à Hérodiade. Toute la nuit. Mais au petit jour, il n’a pas avancé d’une ligne. Il vient tout de même d’écrire ce curieux poème, jeté à la figure de sa femme qui lui a certes fait le don d’une fille, mais qui est incapable de lui donner un meilleur enfant, celui qu’il attend et qui n’est pas de chair et qui n’est pas de bosses, de cris ou de succion. Elle s’est recouchée, l’enfant dort. Mallarmé sait que bientôt, tout ce monde se réveillera de nouveau, fera du bruit, balbutiera, l’interrompra et que lui-même devra se lever, se laver, s’habiller et se rendre à l’école, où il enseigne. A Tournon. Avec sa vue plastronnée sur le Rhône — «fuir, là-bas fuir, je sens que les oiseaux sont ivres d’être parmi l’écume inconnue et les cieux… », etc.

Dans les reflets de la vitre, Mallarmé saisit le chatoiement de sa lampe à pétrole. La mèche se consume indûment, dégage une fumée maussade. Le pétrole est de médiocre qualité. Il sent mauvais. Tout l’appartement empeste. Pourtant, à Tournon, dans cette ville bâtie en bordure du fleuve toujours impétueux, dans l’humble salon au parquet impeccablement ciré et dont les lattes sont disjointes par endroits, Mallarmé transpose sa vision, ouvre son logis à l’inconnu des intervalles orientaux, file ses nuits en afféteries lexicales, ciselant ses joyaux jusqu’à ce que l’aurore se jette sur la lampe, en brise le verre  «brûlé d’aromates et d’or», et qu’il ne reste au milieu des «palmes» de sa chimère endormie, que les cris d’impatience de la jeune Mallarmé cherchant le téton de sa mère. Cet insomniaque toute la nuit à son texte, au moment où le jour aborde, ne peut alors retarder l’angoisse qui l’étreint, tout comme le dégoût à la vue du bébé, les lèvres lourdes du lait qui goutte au sein. C’est qu’il déteste cette enfant. Elle est comme le décor avachi du quotidien qui l'emmure : l’école, son épouse malade, l’inanité de l’écriture, sa viduité quand elle croit s’emparer du monde et ne fait que camper à sa porte. Bordel, n’a-t-il pas à recréer le monde pour le faire mieux corner dans l’acte poétique ? Alors cette enfant, c’est l’exténuation dans laquelle le jour l’embobine. Qu’on lui donne trois jours et Mallarmé aura réinventé la poésie ! Trois jours, pas un de plus, il aura dit le monde inédit où il accoste, déployant son drapeau en une dernière frénésie. Après lui, le siècle sera mort et la littérature défaite. La poésie aura rendu son souffle, les versificateurs ne feront plus qu’arpenter son champ désolé. Alors cette enfant, Dieu !

Et pourtant, aujourd’hui, je ne peux entendre que Valéry sur le même sujet, qui épela dans la joie l’acte tendre de sa paternité, «d’être et de n’être pas», «vivant de l’attendre quand son cœur n’est pas même encore dans ses pas».

 

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 05:33

Les quartiers interdits de la Cité Pourpre, à l’intérieur des palais impériaux de Pékin, sont construits sur le même plan que Khanbalic, la grande cité des empereurs mongols fondée en 1267 par Kubilai-Khan (1215-1294, petit-fils de Gengis Khan, il régna à l’époque de Marco Polo -voir image). Ce plan offre la forme d’un rectangle divisé en lots rectangulaires, les Fang, orientés selon les quatre points cardinaux.

Le Palais impérial proprement dit, le Kong Tch’eng, ou Cité Pourpre, est une sorte d’enclos presque carré, mesurant un peu plus d’un kilomètre du Nord au Sud, et sept cent quatre vingt six mètres d’Est en Ouest. Il est entouré d’un large fossé et d’un mur de plus de sept mètres de hauteur, de couleur rosâtre, qui ne donne pourtant pas son nom à la Cité, lequel vient d’une allusion à l’étoile polaire : le Palais impérial est le centre de gravitation du monde, comme l’étoile polaire (Tsen-weising) est le centre du monde céleste.

A l’intérieur de ses nombreux quartiers, celui du T’ai Ho tien (pavillon de l’Harmonie Suprême), le premier des trois grands pavillons construits sur la grande terrasse de marbre à trois gradins. Le plan de cette terrasse est celui d’une double croix dont il manquerait la tête. On y accède par un triple escalier qui se répète à chacun de ses étages. Ici encore, sur l’axe médian, les marches sont remplacées par des rampes inclinées, sur lesquelles les dragons impériaux planent au milieu des nuages et des vagues. Sur les deux escaliers latéraux, les degrés sont ornés de sculptures de bêtes diverses et entre les escaliers se trouvent dix-huit bassins en argent massif. Sur la terrasse proprement dite, deux énormes grues et deux tortues de bronze montent la garde. Plus loin, sur les côtés du pavillon, quatre immenses bassins servent de lampes à huile - des mèches flottantes voguent sur cette mer grasse. Le T’ai Ho Tien est le lieu des cérémonies du Jour de l’an chinois, du solstice d’Hiver et de l’anniversaire de l’Empereur. Sur une haute estrade à laquelle accèdent trois escaliers se trouve le trône, entouré de vases, de brûle-parfums, de paravents de coromandel, de dressoirs.

Le Pao Ho Tien (pavillon de l’Harmonie Protectrice) est situé le plus au nord de tous les édifices de la Chaussée du Dragon. Il est construit exactement sur le même plan que le T’ai Ho Tien, avec une salle à cinq nefs dont la plus large est rehaussée d’un plafond à caissons. Son toit est divisé en deux parties ; sur son petit côté, il forme des demi pignons et non des pentes entières, forme qui est censée être la moins recherchée. C’est, avec ses proportions plus modestes, le seul élément d’architecture qui le différencie du T’ai Ho Tien. Le pavillon de l’Harmonie Protectrice est le lieu où l’Empereur reçoit les Lettrés qui ont conquis les grades les plus élevés. La salle est remplie de vieux livres ; des murs percés de galeries secrètes la rattachent aux galeries latérales de la cour extérieure et marquent la limite de la zone accessible au public : ses portes en demeurent immuablement fermées.

Dans les appartements impériaux, les quartiers de l’empereur sont beaucoup plus petits que les appartements de l’impératrice douairière. Ils se composent de trente-deux salles, dont beaucoup ne sont jamais utilisées. Toutes sont cependant meublées avec la même richesse. Derrière ce bâtiment se trouve le palais de la jeune impératrice, plus modeste encore. Plusieurs autres bâtiments servent de salles d’attente aux visiteurs. Il y a également plusieurs bâtiments qui paraissent ne servir à rien et dont l’affectation est inconnue ; les portes en sont scellées et personne ne sait ce qu’ils contiennent. L’impératrice elle-même n’y est jamais entrée et la porte de l’enclos qui enferme ces bâtiments est toujours solidement gardée. Ils ne ressemblent à aucun autre édifice du palais et paraissent vétustes. De place en place, on y devine des ornements en céramique jaune et verte. Les murs sont d’un rouge délavé, l’entrée est taillée dans d’énormes blocs de marbre noir. Il y a un tabouret d’ébène en laque rouge incrusté d’émaux posé en permanence sous le porche de la porte principale.

 

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 05:26

 

senac.jpgUne anthologie. Poètes français en guerre contre la sale Guerre, d’Aragon à Seghers, amis de Maurice Audin lui rendant hommage, poètes algériens enfin, de Djammel Amrani à Malek Haddad, écrivant en français ou en arabe.

Une parole combattante, douloureuse bien sûr, courageuse. Une parole où l’on voit peu à peu émerger non la justification de se tenir auprès des hommes souffrants, ni celle de renouer avec la vieille tradition de révolte qui encombre par trop la poésie éprise, toujours nécessairement, de liberté, mais une poésie achoppant, se heurtant au problème de la vie même, en ce lieu unique où le Verbe s’écrit.

Bien sûr, cette poésie de genre encore, celui de la résistance, page écolière de notre histoire littéraire, celui d’une poésie qui voulait changer le monde, entretenant une ferveur nécessaire, celle des poètes inscrits dans l’action politique, des années militantes étanchées de l’espoir d’un monde autre égrené à longueur de vers, émouvante, forte sans doute mais égarée aujourd’hui en réconfort factice où puiser sans y croire la force d’être au monde… C’est que… Traiter poétiquement un événement n’est plus chose facile désormais.

Il y a donc cette poésie militante dont on ne sait que faire, sinon la donner à apprendre aux petites classes des écoles, où affirmer péremptoirement que le sacrifice n’est pas vain, même si la mort n’est pas chose si simple. Il y a cette poésie dont on veut croire qu’elle nous fera survivre là où toute liberté ne survit plus, celle des Fusillés de Châteaubriant ou plus sûrement encore celle des Romancero espagnol, de poudre plutôt que d’encre, ou cette infra-littérature travaillant au corps l’organisation formelle du poème pour arracher à la littérature son impuissance à rendre compte de l’organisation du réel et qui seule parvient à répondre, pied à pied, à l’assertion de Barthes selon laquelle on ne peut travailler un cri sans que le message ne porte davantage sur le travail que sur le cri…

Les espagnols de 36 donc et leur romance, et puis ici dans cette récollection, la poésie algérienne chargée d’autre chose à son corps défendant, qui doit, en même temps qu’elle s’énonce, inventer la langue dans laquelle s’énoncer. Kateb Yacine tout à son propre défrichement. Ou cette poésie populaire arabe explorant son histoire, ou bien encore ce travail d’écriture conçu comme l’épreuve d’une vie, celle de Jean Sénac dédiant «à l’enfant captif des chevaux de frise» sa difficulté à sommer le monde de cet ailleurs qu’on lui refuse, nous alertant sans cesse, nous qui ne faisons que rêver un autre monde que la terrible nuit spacieuse offusque. Un monde dont Sénac a bien vu qu’il ne pouvait égaler la ronce nourrie de sang qui nous enferme et nous leurre. Cette poésie justement, qui connaît le poids du chant, le prix du poème, la tiédeur d’une clairière, un mot de paix. Sans cesser de garder à l’esprit que le poème est rôdeur, qu’il intrigue la langue, la vie pétrie de son ombre, et qu’il faut se faire voyant pour apporter à autrui le blé «matinal arraché à l’obscure demeure des hommes».

 

 

Les poètes et la Guerre d’Algérie, Biennale Internationale des Poètes en Val de Marne, coll. Ecrire l’événement, sep. 2012, 171 pages, 12 euros, isbn 13 : 9782954262000.

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 05:37

alain-8.jpg"Si loin de la demeure

 

En tes yeux jade

 

Une blessure à ciel ouvert

 

Distrait ton objectif.

 

 

Du goût d'aimer

 

 

Je ne retiens que ton absence

 

Elle seule m'a espéré"

 

 

 

 

Alain Châtre, Peuple Libre, 1993. 

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 05:42

rimbaud.jpg"Qui es-tu poète ? premier alarmiste.

 

Tes limites sont la peau même où tu sues, pénétrant l'indicible.

 

Voyeur éclairé, ose l'éther du soir.

 

Riverain essentiel accroche-toi au scandale tout humide de chaud. Rivalise de joliesse avec la vague légère,

 

Embaume la puanteur de l'aube, ne rechigne pas au vertige, pas de retour, jamais, jamais, jamais..."

 

 

Romans-sur-Isère, janvier 91.

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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 05:20

dolmen10.jpg

 

 

"Sur le chemin de crève cœur

 

J'ai rencontré une pierre mystique

 

Que l'outrage a brisé.

 

Mériterons-nous jamais le monde

 

D'où sa candeur appelle ?"

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20 novembre 2012 2 20 /11 /novembre /2012 05:24

 

 

darwich.jpg"J’ai appris que la terre était fragile. J’ai appris que la langue et la métaphore ne suffisent pas pour fournir un lieu au lieu"…

Cinq entretiens, dont quatre traduits de l’arabe et un de l’hébreu. Mahmoud Darwich s’y livre pleinement, racontant son enfance, ses racines, la terre de ses ancêtres donc, dans sa vérité concrète de tourbe et d’humus pris dans la succession des saisons. Une histoire des corps tout aussi bien, les mains enfouis dans le giron de la terre pour en tirer leur subsistance. De matières qui font corps. Et de poésie, dans ce lien unique où cette histoire se lie, insufflée par le verbe.

Mahmoud Darwich parle d’un lieu disparu entièrement, le village où il est né rasé par les bulldozers israéliens, la terre interdite de son enfance réfugiée à Beyrouth, son village natal rayé de la carte.

Mahmoud Darwich raconte ce lieu dont la disparition le contraignit à déposer ses pas dans ceux d’une Histoire plus vaste que la sienne propre, et le témoin qu’il devint, pointant l’étranger comme l’une des désignations du moi, désormais.

Il raconte cette passion depuis lors, chevillée à même la part intime qu’on lui a dérobée, dérobant à son tour elle-même à l’amour la trêve des corps acharnés à être.

Il raconte comment s’est construite lentement sa vision de l’Autre, qui ne pouvait être que lui-même, et comment cette vision de l’Autre palestinien qu’il était désormais fut broyée méticuleusement par la machine scolaire et médiatique du ghetto du vainqueur.

Mahmoud Darwich raconte ce cheminement des peuples poussés en diaspora, qui ne sont que des cheminements d’étrangers découvrant soudain la force des mots. Sa poésie, qui rendit lisible pour les deux camps la terre palestinienne.

Mais, ayant accompli sa terre dans sa langue, Mahmoud Darwich refuse de la réduire à la souffrance d’une géographie perdue. Sa poésie s’est certes instituée comme le point de vue imprenable sur les cendres palestiniennes, il serait absurde de l’enfermer dans le seul horizon des mots. Que le désespoir prenne corps, littéralement, ne peut suffire. C’est pourquoi Mahmoud Darwich refusa toute sa vie d’enfermer la Palestine dans sa seule textualité. Il refusa de la transformer en cimetière poétique : on peut combler l’absence du lieu par le recours à l’Histoire, ou en le déplaçant vers l’horizon mythique qui l’a façonné à bien des égards, reste ce battement plus profond que rien ne peut dépasser.

Aux victimes victorieuses hérissées de têtes nucléaires Mahmoud Darwich a remis sa poésie et cette métaphore qu’est devenue la Palestine : don d’une force universelle, d’une présence humaine nouvelle qui ne peut pas n’être qu’espérée. Il en va de notre commune humanité. La force du poète Mahmoud Darwich aura été de conférer à la Palestine sa légitimité esthétique qui pointait non pas la poésie comme ultime solution, mais l’humain, qui est la terre même de tout récit. Il a fait de la Palestine la métaphore de notre devenir, du devenir du monde, rien moins. Là où nous pouvons nous rejoindre.

 

 

 

La Palestine comme métaphore, de mahmoud Darwich, traduit de l’arabe par Elias Sanbar, et de l’hébreu par Simone Bitton, éd. Actes Sud, coll. Babel, sept. 2002, 188 pages, 7,80 euros, isbn : 978-2742739455.

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