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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 09:34

BETH.jpgPortugal : LEGENDE DU QUINT EMPIRE… (3/3)

 

Mario Freire de Meneses recueillit les débris de la geste colombienne pour les subsumer sous la figure de Dào Sebastiào, le Désiré, L’infortuné conquérant d’un Quint Empire qu’il nous laissait inexplicablement en charge –mieux, au fond, qu’une Amérique s’émerveillant d’elle-même. Enigmatiquement terrassé au moment de vaincre, les yeux perdus dans le brouillard d’un rêve qu’il se refusait à dévoiler, Sebastiào accomplit dans cette langue obscure la chimère où nos vies appointent. On songerait presque ici à Rimbaud, que la réalité exaspère, asseyant la beauté sur ses genoux. Mario Freire de Meneses, qui avait multiplié plus qu’à son tour les mauvais coups et les aberrations qu’une vie d’effusion engendre, dévoila cette même chimère dans le détour des Indes, détour en tout point conforme à l’expédition désastreuse de Sebastiào au Maroc. Et ses Indes se dressaient comme une louange adossée au risible des temps humains.

Multipliant les faux doubles, Oïram de Nessème, Luis Fernandes, le narrateur et Mario Freire de Meneses comme auteur s’attestant dans l’œuvre même, aucun de ses personnages ne s’emboîtait dans nul autre, sans parvenir à s’en défaire pour autant. Oïram, héros absent de son œuvre, ne raconte rien : il se fait raconter par Luis, raconté par le narrateur, soumis à son tour aux pressions du régime auctorial. A l’axe temporel d’un récit imaginaire a succédé dans cette narration un axe spatial où les interventions des personnages échouent à confisquer l’essence de leur course –ce qui pourtant est l’ordinaire de toute construction romanesque. Quand par exemple le narrateur nous raconte Oïram racontant son voyage de mémoire, Luis Fernandes vient rompre ce récit pour nous précipiter dans l’Histoire du Portugal et jeter dans la mêlée l’étrange destin de Mario Freire de Meneses. Fuir, fuir encore. Mario a fui jusqu’au vraisemblable romanesque, ce pacte sacré que tout écrivain se doit de passer avec son lecteur. C’est que pour lui il ne faut pas raconter : il faut agir la parole. Voilà du reste pourquoi la forme du récit recouvre une telle importance : il faut fuir pour échapper à la grossièreté élective du réel, mais il faut également fuir la forme littéraire, qu’elle soit romanesque ou poétique, dès lors qu’elle menace de se réifier en un système, lequel s’auto-programme au fond dès la levée du récit –il faut ici que l’image puisse accéder à celle d’une levée de corps, quand il est mort…

On songe dans cette défiance à Gombrowicz, exilé en Argentine et passant en contrebande des formes qu’il explore de quoi dynamiter les genres et leurs langues trop assurées. Mario Freire de Meneses déploie ainsi un langage qui communique mal. La mauvaise compréhension devient même chez lui le moyen de contraindre la liberté à n’être qu’un mouvement et non un état. En ce sens, il était, plus encore que son texte, l’histoire inracontable qui s’accumule dans le défi contre le dur fil des jours. Et c’est depuis cette incompréhension qu’il est parvenu à accomplir son retour vers l’essence même du drame humain : le verbe, béant dans la tourmente de l’inappropriation nécessaire au déploiement de la chose dans le mot.joël jégouzo--.

Cette vie à bord me tuera, Mario freire de Menezes, éditions Alzieu, 1997.

Image : le Beth, deuxième lettre de l’alphabet hébraïque, première à posséder la qualité sonore. Un son ténu en fait, obtenu en rapprochant les lèvres. Un son doux et faible. Dans l’Aleph, première lettre de l’alphabet hébraïque, le souffle créateur reste imperceptibles à l'oreille humaine. Avec le Beth, la volonté divine s’est affirmée et c’est pourquoi elle est la première lettre qui nous soit audible. Mais il importe aussi d’avoir à l’esprit cette autre explication de ce commencement perceptible du Verbe exprimé par une séquence inaugurée par la deuxième lettre de l’alphabet hébraïque et non la première : Au commencement, Le Verbe était déjà là… Quant à ce qu’il fit entrer dans ce son pour qu’il s’y déploie, et qui est de l’ordre de l’étendue, le Mystère demeure…

 
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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 10:31

Vasco de GamaPortugal : LEGENDE DU QUINT EMPIRE… (2/3)

 

Bornéo, Java, Saint-Jean les terres froides, près de Beaurepaire, dans l’Isère (France)… Mario Luis Perestrêlo e Ornels Freire de Meneses Lameiras Fernandes est l’auteur d’un roman étrange -le seul qu’il ait accepté de publier. Un roman touffu, baroque, qui a la prétention d’embrasser toute l’histoire portugaise à travers, justement, le filtre de cette légende du Quint Empire.

Pour qui connaît du reste l’histoire portugaise, les noms de Mario résonnent comme les battements de son épopée. Un Meneses fut l’un des précepteurs de Charles Quint, un autre fut le dernier vice-roi des Indes portugaises. Une grande tante se maria à Cristóvão Colombo, et le père de Mario fut l’un des leaders de la Révolution Républicaine qui défia Salazar. Déporté dans les îles du Cap Vert, ce père mourut sans savoir que son propre fils, Mario, fut contraint de vivre dans une maison qui faisait face au Palais du dictateur, lequel le tint littéralement en joue jusqu’à sa majorité. Mario s’appliqua ensuite à refuser frénétiquement cette funeste providence. Il se retira du monde pour user jusqu’à la corde son destin portugais et mit dix ans à dilapider la fortune de ses ancêtres, en invitant par exemple les plus grands jazz men des Etats-Unis à venir donner chaque nuit des concerts clandestins dans les tripots de Lisbonne, ou en offrant des bourses aux poètes démunis. Puis il émigra, infortuné lui-même désormais, ne disposant plus que de son éloquence pour dire le monde qu’il avait dégondé, éparpillé en milles histoires inachevées qu’il racontait sans cesse. Je l’ai rencontré dans un bar d’une petite ville de province, intarissable, trépignant, contant l’épique Portugal juché sur ses épaules et l’ai suivi jusqu’à Lisbonne et Lagos, poursuivre nos conversations dans la compagnie des écrivains portugais que la France découvrait tardivement.

Lusanités… Les "grands éditeurs parisiens" à qui Mario avait envoyé son manuscrit avait décelé en lui un immense talent de conteur. Mais l’ouvrage leur parut indigeste pour l’estomac par trop fragile du lectorat français. On connaît l’antienne : Proust, Dostoïevski connurent la même infortune. Il fallait revoir tout cela, trier, couper, franciser. Trop d’histoires caracolaient sous cette langue, trop épique, trop poétique, trop picaresque… On avait muré Rabelais dans les salles de classe, ce n’était tout de même pas pour l’en faire s’évader ! Et puis cette construction échevelée du récit, voire de récits qui s’emboîtaient mal les uns dans les autres... Et puis l’erreur de vouloir embrasser toute la tradition littéraire, exténuée soudain dans cette inspiration foisonnante qui nous faisait croiser Rimbaud et Montaigne, Camoes et Colombo… Trop de désinvolture décidément, comme l’on put en faire le reproche à Mozart avec son trop plein de notes. Trop de laisser-aller en somme dans cette langue inachevée -car Mario Freire de Meneses n’a pas écrit son roman en portugais mais en français, dans une langue incongrue sous sa plume. Pour fuir le littéraire affirmait-il quand je le pressais de trop. N’en être pas, ne plus savoir comment raconter, d’abord, et depuis cette anxiété réinventer la possibilité de dire de nouveau le monde. Moins raconter donc qu’agir la parole en fuyant ses contraintes tout en la pliant à l’affront du parler. Fuir la grossièreté élective de la réalité, mais sans cesser de renoncer à l’immonde convention des langages trop qualifiés et qu’importe la substance de cette fuite, récit, roman ou bavardage d’ivrogne au bastingage des comptoirs : l’impureté des moyens mis en œuvre est elle-même une libération.

Or on lui demandait de savoir raconter, d’avoir toujours su et d’en exhiber la certitude. Il aurait fallu corriger, donc, puisque l’on savait faire cela dans les officines éditoriales. Corriger comme on l’aurait fait d’un garnement de communale. Corriger parce que le texte était inégal, et puis la verve s’épuisait parfois, et puis… Et puis la visée de Mario n’était pas immédiatement la littérature. Mario était le texte dressé contre le dur fil des jours. Que reprocher alors à ce qu’il abandonnait, si juste de s’être pareillement soustrait à la bienséance littéraire ? Que reprocher sinon que nous ne savons pas lire, en dehors de ces quelques instants d’équilibre auxquels les textes savent si communément atteindre ? Spécialiste de littérature portugaise, Robert Bréchon, qui rédigea la préface du livre de Mario, évoquait volontiers sa lusanité : qu’il se perde lui-même de vue en tant qu’œuvre littéraire. Ce à quoi Mario ne savait que répondre, sinon qu’il voyageait et qu’il n’était pas pressé, en effet, de rentrer si vite au port. --joël jégouzo--.

Image : Vasco de Gama. Après avoir découvert la route des Indes par le cap de Bonne-Espérance en 1497, le navigateur portugais Vasco de Gama établit des comptoirs portugais au Mozambique et en Asie et fut nommé vice-roi des Indes (1524).

Cette vie à bord me tuera, Mario freire de Menezes, éditions Alzieu, 1997. Image : El-Rei Dom Sebastião, 1565, CRISTÓVÃO DE MORAIS (1551 — 1571), Museu Nacional de Arte Antiga, Lisboa.

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 08:59

SebastianPortugalwiki.jpgLagos, au Sud du Portugal. La statue de Dom Sebastião, le Désiré, trônant sur le marché. Elle scrute le grand horizon mutique. Sebastião, au moment de s’élancer à la conquête du dernier Empire portugais, sombra brusquement dans une rêverie mystérieuse. Sur le champ de bataille, il tarda ensuite à lancer ses troupes, tandis que l’ennemi l’encerclait peu à peu. Un épais brouillard se levait. Dans le désastre qui suivit, l’armée de Sebastião fut anéantie. Lui-même disparut sans laisser aucune trace. Depuis naquit la légende de son retour : alors le Quint Empire, cette sorte de Saint Graal portugais, lui serait acquis.

Lagos, le premier marché aux esclaves du monde occidental. Le bras fraternel de Mario Freire de Menezes entoure les épaules de bronze de Sebastião. Eduardo Lourenço, dans un article au Monde, il y a vingt ans de cela, décrivait encore le Portugal des écrivains comme partagé entre deux grandes directions. D’un côté Eça de Queiroz les embarquait dans l’auto-ironie, de l’autre, Fernando Pessoa épuisait le mirage national dans la construction de ses propres chimères. Le rêve pour répondre à l’abrutissement de l’Histoire. L’un et l’autre arpentant le territoire des Lettres pour l’offrir comme issue à la désespérance portugaise.

Plus loin de nous dans le temps, le Portugal parut s’enfoncer dans un épais brouillard que ne coupait qu’une voix : celle de Pessoa. Naguère nation Historique (des Grandes Découvertes), capitale culturelle que fréquentait un Paul Morand abusé, prenant les hétéronymes de Pessoa pour l’authentique renouveau de la littérature portugaise, les Portugais, sous la botte de Salazar, n’eurent d’autres loisirs que d’éprouver jusqu’à la lie la misère culturelle dans laquelle le dictateur les avait précipités. Par la suite, bien sûr, et dès 1974, on publia en France leurs nouveaux auteurs. Mais Pessoa semblait avoir confisqué durablement l’horizon littéraire portugais, chaque nouvel impétrant devant s’orienter dans le maquis de la traduction française en référence au maître. Pessoa s’était posé en «dernier soldat de la dernière armée du dernier empire» des Lettres portugaises, il ne restait aux autres que la fatalité de relever symboliquement de la déploration de Camoès : appartenir à un peuple qui depuis les Grandes découvertes était resté sans emploi.

Comment se faire entendre après Pessoa,  grand contempteur de brumes ?

Il avait existé dans l’ombre des bars de Lisbonne, il y a plus de vingt ans de cela, une foule d’écrivains en rupture d’écriture. La ligne d’horizon des Lettres portugaises, moins prescrite par Pessoa que par sa réception critique en France, les renvoyait à autre chose que du littéraire, qui s'épuisait dans un bavardage insatiable doublant leur vie, l’annihilant même dans les brisures d’un verbe abandonné sans façon au pur instant de sa profération. Du poétique donc, en brefs instants de poésie qu'aucune publication ne sut jamais séduire. «On est en pleine mer», écrivait Eduardo Lourenço, farouchement accroché au bastingage de ses rêves, dédaigneux des terres qui prétendaient faire ligne à l’horizon. Depuis cette pleine mer, la vie à bord semblait n’ouvrir qu’au vide de l’épais brouillard où couper au couteau la grâce de n’être jamais soi, ainsi qu’en témoignait l'un de ces écrivains portugais libre de toute publication, Mario Freire de Menezes, poète sans poésie écrite ou si peu, délesté de toute ambition littéraire et pourtant écrivain comme personne ne sut l’être autant que lui, parti lui aussi à la recherche des Indes nouvelles qu’aucune carte n’indiquait… Un Quint Empire tout entier déployé dans sa faconde, que l'aube n'épuisait pas, dépensée dans la pure jouissance d'être ensemble au bout de la nuit, à ne toucher jamais aucun autre dividende que celui d'avoir été tout entier là. --joël jégouzo--.

Cette vie à bord me tuera, Mario freire de Menezes, éditions Alzieu, 1997. Image : El-Rei Dom Sebastião, 1565, CRISTÓVÃO DE MORAIS (1551 — 1571), Museu Nacional de Arte Antiga, Lisboa.

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 10:17

blanchotLes éditions Gallimard nous offrent, avec ce gros recueil d’articles, une récollection inédite des critiques publiées par Maurice Blanchot de 1945 à 1998. Critiques littéraires, études, textes à caractères théoriques et même quelques tirés à part.

La condition critique, qui donne son titre au volume, est en fait un texte publié dans L’Observateur le 18 mai 1950, dans lequel Blanchot s’interroge sur la validité de l’exercice, "qui réfléchit peu" et commente beaucoup. Cherchant à en saisir le sens, il lui découvre celui "d’attirer les œuvres hors d’elles-mêmes" pour les introduire dans les remous du monde, allant ainsi à rebours de tout ce qui se pensait dans le même temps au niveau des théoriciens de la littérature, la critique ayant dès lors sous sa plume plus à voir avec l’air du temps qu’avec le génie de l’œuvre elle-même. Curieusement, Blanchot place sa réflexion sous l’autorité de Sainte-Beuve, qui n’eut jamais peur de faire "le sale boulot", à savoir : satisfaire les caprices du curieux. Etrange filiation soit dit en passant, sous la plume d’un écrivain qui ne fait aucune référence à Adorno ni à Benjamin, ni aux écoles russes, polonaises, anglaises ou américaines, pour n’en référer qu’aux seuls français !

La critique versatile donc, puisque soumise au temps et aux devenirs historiques des idées et des goûts… Certes, tout comme l’œuvre, non ? Hé bien non : pour Blanchot, il existe une solennité (il emploie le mot) de l’œuvre, voire une opacité que le critique s’ingénierait à réduire, à dissoudre… Le tout au nom d’un objectif plus que d’un dessein, presque malhonnête : livrer l’œuvre à la réflexion de la vie…

"Sans art au propre", "sans talent personnel" (mais Blanchot y met pourtant tout le sien), le critique s’avancerait ainsi tel un vagabond (l’image est belle tout de même), sinon un maraudeur (celle-là aussi), vers cette intimité fermée qu’est une œuvre, pour, du dehors, lige lui-même de ce dehors, la trahir, l’interpréter, l’ouvrir "tout entière à la vérité d’un jour commun".

On mesure l’ambiguïté de la formulation, la vérité n’ayant pas grand chose à voir avec le sens commun, sinon qu’en effet ce dernier s’en revendique et s’en pare pour mieux asseoir sa duplicité -mais certes, sensus communis de Kant dans sa version "noble", quand plus généralement cette vérité se réduit au préjugé et autres lieux communs… Ambiguïté qu’il faut cependant maintenir, car cette vérité, en effet, a bien quelque chose à voir avec l’effort critique dans sa saisie, difficile, de ce que l’on pourrait nommer la cohérence de l’œuvre, sa vérité.

Ambiguïté qui au fond n’a qu’une fonction dans la pensée de Blanchot : celle d'amarrer la critique à la versatilité du présent et l’enfermer dans une véritable soumission confuse à l’œuvre qu’elle tente "d’éclairer un moment", dans l’attente de nouveaux éclairages plus séduisants semble-t-il permis d’écrire.

Certes, la critique française s’est bien illustrée par sa superficialité en la matière, donnant largement raison à Blanchot. Il n’est que de convoquer ici la fortune critique de Gombrowicz, quand on s’efforce de la suivre tout au long des années 40 et jusque dans les années 70 : son œuvre aura été passée au filtre de tous les courants littéraires qui se sont succédés en France, de l’existentialisme au Nouveau roman en passant par le structuralisme et autres hochets à la mode. Mais, à s’enfermer dans l’hexagone, on perd tout de même beaucoup en réflexion. Avec Blanchot, sur ce point, on est hélas loin des efforts théoriques d’un Benjamin ou d’un Adorno, thématisant l’un et l’autre l’acte critique avec une rare pertinence…

Reste à savoir si Blanchot aura été, finalement, un bon critique… Pas si certain… Qu’a-t-il lu par exemple, qui méritât l’exercice de son talent critique ? Giraudoux, Sartre, Melville, du Bos, Malraux, Sade, Hölderlin, Restif de la Bretonne… Rien que de très convenu en somme… Passé qui plus est à la moulinette d’une conception de l’écriture séduisante, le vide du tombeau articulant, selon une formule tout de même bien usée, les conditions de possibilité d’une vérité du langage. Vide qui cependant, sous sa plume d’écrivain quand il se veut critique, ouvre, quand il lit Au-dessous du Volcan de Malcom Lowry, à une fascination convaincante pour ce roman de la fascination, "œuvre plus profonde que ses profondeurs", convoquant cette foi avec sagacité les propos de Nietzsche sur les Grecs : "une œuvre qui a sa profondeur à sa surface". Ce qui du reste est vrai de toutes les grandes œuvres. --joël jégouzo--.

 

La condition critique, Maurice Blanchot, articles 1945-1998, Gallimard, Les cahiers de la NRF, septembre 2010, 502 pages, 32 euros, EAN : 978-2-07-012754-2

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 00:00

gao.jpgLes éditions de l’Aube ont réédité en 2008 le discours prononcé par le Prix Nobel de Littérature, le 7 décembre 2000. Un discours mesuré, qui s’efforçait surtout, contre ce que Gao Xingjian nommait le fléau de l’engagement, d’affirmer «la voix d’un individu». Ce qu’il fallait comprendre par là, l’entretien qui suivait le précisait. Nourri de l’œuvre de Gombrowicz, qu’il citait à de multiples reprises, Gao Xingjian refusait de mettre la littérature au service d’autre chose que d’elle-même, quel qu’en fut le prix à payer. Et le Prix Nobel de Littérature de stigmatiser, comme conséquence nécessaire de la position qu'il défendait, la "frustration" du monde occidental, plus attentif aux conséquences politiques de la réception de son œuvre en Chine, qu’à son travail d’écrivain. Cela dit, tout ne paraissait pas aussi clair dans son esprit. Dans la hiérarchie qu’il construisait, Gao Xingjian plaçait certes l’écriture au-dessus de la littérature, mais ne lui reconnaissait pour seule valeur que celle de «la vie». L’écriture fonctionnait ainsi sur le modèle romantique conventionnel, comme pure consolation si l'on veut, tout en restant soumise au vieux principe de réalité. Détachée du devoir de prétendre dire d'une quelconque manière le monde, mais lige de ses réalités... La quête de l’écrivain dès lors, ne cessait d’être, à ses yeux, celle du «réel», sans que l’on sût jamais ce qu’il fallait mettre sous ce vocable. De fait, l’écrivain oscillait-il lui-même entre l’amertume du dernier Mallarmé et l’enthousiasme de l’aventure proustienne. D’un côté l’écueil de l’art pour l’art (expression à laquelle le contraignait inopportunément son dialogue avec Denis Bourgeois), de l’autre une mystique de la litérarité que ce dialogue ne parvint jamais à dessiner. Une suite à ce dialogue aurait été heureuse, mais elle ne vint jamais…--joël jégouzo--.

 

La raison d’être de la littérature, Gao Xingjian, traduit du chinois par Noël et Liliane Dutrait, suivi de : Au plus près du réel, dialogues avec Denis Bourgeois, éditions de l’Aube, poche, réédition janvier 2008, 180p., 8 euros, ISBN : 9782752604095.

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23 novembre 2010 2 23 /11 /novembre /2010 08:30

De-l-influence-Allia.jpgDe l’imitation des maîtres en fait, non du plagiat -par exemple.

Dans cette petite conférence prononcée à Bruxelles le 29 mars 1900, Gide traita surtout de l’art d’être influencé, d’accepter, de nourrir l’imitation des grands maîtres que l’on se choisit. Lui, c’est Goethe.

Le topos est ordinaire tout d’abord : on vient de quelque part. Soit. A subir aussi de bien ténébreuses influences. Re soit. Inutile de convoquer l'une de ces fadaises dont Nietzsche avait le secret pour s’en convaincre, comme lorsqu’il affirmait que les boissons avaient une influence sur l’esprit national, la bière pour les allemands balourds, le vin pour les subtils français... Ni Michelet certifiant qu’il y a du blé et du silex dans l’âme des français… Du blé, moi qui suis asthmatique… Du silex !, grand Dieu…

Pour Gide donc, évacuées les influences occultes, les meilleure d’entre elles restent celles d’élection. Goethe et Rome, où il se sentit naître enfin à lui-même. Une sorte de révélation intérieure, pas moins ésotérique que l’histoire du silex de Michelet…

Toutefois l’intérêt de la conférence de Gide ne réside pas là, mais dans ses réflexions sur les impasses de la subjectivité moderne, qui commande que chacun ait sa personnalité, entretenue à grand frais. Une personnalité qui ressortit au devoir d’originalité, composée avec l’air du temps souvent de manière saugrenue, puisque l’accent doit être mis sur l’artifice d’être soi. On voit ce que cela donne dans les Lettres contemporaines, d’Amélie Nothomb à Houellebecq. L’art contemporain, si violemment centré sur soi comme monde, nous offre ainsi beaucoup d’éloquence, et bien peu d’invention. Car à la longue, les écarts s’amenuisent entre les différences qui sont ici et là glorifiées. Des écarts de foison, plutôt que de style, l’originalité confinant à la bizarrerie, quand le "Grand homme", lui, ne cherche rien moins qu’à demeurer banal.

Reste une dernière idée dans cette conférence, intéressante : un seul homme, fût-il génial, ne suffit pas à débusquer toute la richesse d’une pensée forte. Dès lors, dès que la pensée est levée, la suivre jusqu’au bout commande que des centaines d’autres, à sa suite, en prennent le relais. Voyez le cogito de Descartes, dont aujourd’hui encore le périmètre ne cesse de s’accroître et nous surprendre.

Quant au pastiche, il est pour Gide l’œuvre des gens sans œuvres, qui ont refusé toute influence et restent en surface de leur ouvrage. Il est l’agitation de ceux qui ne cherchent que le reflet du métier, son esbroufe, et qui ne nourrissent à vrai dire, pour les raisons d’être de la littérature, qu’une incompréhension totale. Ainsi de nombre d’éditeurs, qui ne publient au fond que ce qui déjà existe.joël jégouzo--.

 

De l’influence en littérature, André Gide, éd. Allia, sept. 2010, 50 p., 3 euros, isbn : 978-2-844-853585

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9 novembre 2010 2 09 /11 /novembre /2010 08:49

sartre.jpgSartre s’interroge en 1947. Mais c’est une interrogation de philosophe.

Où trouver l’appui qui l’enracinera dans cette dimension du sens dont parlait March Bloch ?

Qu’est-ce que la littérature, dans cette dimension du sens commun qui la fonde ?

Quand y a-t-il littérature ?

 

 

Faisons vite : la question ne se pose presque plus déjà quand Sartre la pose. Gracq est en passe de lui donner une conclusion deux ans plus tard, dans son pamphlet : La Littérature à l'estomac. Une manière de remettre les pendules à l’heure (d’été), non sans intelligence ni talent, ni raison du reste. Mais avec Gracq, il ne s’agit déjà plus que de partager le gâteau. Les prix littéraires en deviendront la forme la plus achevée : une farce pour les générations futures. Gracq affûte donc une arme redoutable : l’autonomie du littéraire. La transposition, en somme, de la réquisition de Heidegger dans le champ littéraire.

 

Quelle fin poursuit la littérature ? Aucune. Ce qu’elle est réellement ? Demandez à Mallarmé, désabusé : ce n’était donc que cela, la création littéraire : un pur jeu formel… Mais à l’époque de Gracq, cela fait figure de manifeste. Contre Sartre. On trouve l’idée élégante, en plus d’être rassurante. Exit l’Histoire. La littérature dégagée. Il n’y a plus rien à voir, peut-être plus grand chose à lire, il n’y a pas de conscience littéraire, et s’il en existe une, elle ne reflète rien. Si : son potage de lettrines et de poncifs accumulés à la hâte, voire de dissertation scolaire poussive mais aux allures grammaticales coruscantes sur la carte et le territoire. Le tout articulé par une propédeutique de la lecture à combler d’aise les maisons d’édition : enfin un auteur qui va nous faire vendre du bouquin. Car pour Gracq, seule la grâce du lecteur peut fonder le plaisir du texte, comme le dira plus tard Barthes, et seul ce plaisir actualise le pacte littéraire –en attendant que le pacte ne se scelle ailleurs bientôt, hors des usages du texte, sur cette autre scène où se joue l’image de l’auteur. Du coup, la littérature connaît son premier glissement : libérée des gros clous de l’Histoire, elle devient un marché. Enfin… On parle encore, dans les officines, d’une "demande" à laquelle répondre. Réponse faite pour apaiser les consciences dans un pays où la littérature reste un mythe fondateur de l'idée nationale.

D’un côté donc, chacun sa niche : on taille le marché en parts. On promeut même l’élargissement de la cible : pourquoi ne s’en tenir qu’aux seuls lecteurs ? Puisque le livre est un produit, le non-lecteur fournira demain la clientèle de masse de ce marché. Superbe malice. Au terme de laquelle, évidemment, ne survivront que les vedettes de la littérature show-biz. Les chanteurs de charme, comme l’écrivait Pierre Senges. Ce fut le grand miracle de l’après-Sartre. Aux enfants de Gracq, pour faire vite, il ne restait qu’à devenir les actionnaires d’une société de consommation bâtie sur ce vide, et dont la logique ne servirait en fait qu’à redistribuer les dividendes du marché (du livre).

Voilà. On y est. A en toucher le fond bientôt. Rien d’étonnant à ce que le formalisme ait fini par régner en maître dans les Lettres françaises : il n’ouvrait en somme qu’à des querelles de tirages. Et encore, l’époque du formalisme était une époque bénie, du point de vue de la qualité littéraire des textes promus sous leur manière. Restait à mettre en place les hiérarchies : la Blanche, et les autres littératures. Une littérature des élites (?) et des littératures populaires, avant d’en joindre, ultime pied de nez, les deux bouts dans la foirade des Prix.joël jégouzo--.

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27 septembre 2010 1 27 /09 /septembre /2010 07:53

romicide-new.jpg"Après tout, les gens du voyage, c’est rien que des gens sans importance"...

 

 Rennes. Une vie de petits boulots à désosser les carcasses des bagnoles pour en tirer quatre sous. Flashback : la Hongrie en 1942. Les milices des Croix fléchées organisent leur chasse aux rroms – Le Zigeunfrei… En Europe, l’éradication massive des populations nomades vient de commencer. Et aujourd’hui, dans la banlieue de Rennes, les survivants sont acculés à vivre dans la précarité. Comment survivre dans pareil dénuement ? Des centres de rétention ont discrètement été ouverts par l’administration française. La vase plutôt que la boue, aux portes des caravanes. Rennes, de nos jours. Dans un rouleau de moquette, la police trouve un corps. Les pieds découpés. La PJ enquête : il s’agit du cadavre d’un homme de soixante-dix ans. Rinetti, le gardien du camp des rroms, né à Ivry-sur-Seine, fils d’immigré italien, subit la pression des flics pour de mauvaises casseroles qu’ils traînent derrière lui. Il doit jouer les indics. Lui, l’ami des rroms jusque là. Qui se rappelle la grande rafle de 1992 (déjà). Et avant cela, les fréquents séjours des militants de l’ETA en quête d’une étape de confiance. Irlande, Pays Basque, se dessine une fraternité européenne des ex-peuples en lutte. Une histoire d’exilés, de squats, celle aussi d’une mémoire très ancienne des répressions qui frappèrent le peuple rrom en France : dans le camp, on sait encore raconter les Brigades de Clémenceau, fichant systématiquement les rroms pour constituer un fichier (au fait, qu’est-il devenu ?). Ou bien les sales besognes de l’Administration française, internant les rroms dans ses camps, comme celui de Fargeau, de Montreuil-Belley, de Pontivy et tant d’autres, avant de les livrer aux nazis… Des rroms venus d’Europe de l’Est pour finir assassinés en France. Rennes, de nos jours. La PJ organise une rafle. Sait-on jamais : l’assassin du vieux pourrait être l’un des leurs. Une obscure vendetta, une vengeance : l’homme avait trahi les siens, il y a des années de cela...

De beaux portraits d’exilés dans ce polar qui obtint le Prix du Polar SNCF en 2001. Un roman entièrement révisé, annonce l’éditeur, qui cependant s’achève sur une vision par trop commode du monde rrom des camps, à mettre en avant l’omerta qui devrait y régner –mais quand on énonce "Omerta", on tait les raisons du silence des gens de peu, des exclus, des pourchassés. Silence que l’on assimile par un jeu langagier convenu à celui des mafieux ! Or, une société fragile ne peut être qu’une société de la prudence, de la méfiance, de l’aphasie. C’est cela que le roman rate en filant au plus court une fable que l’on ne nous a que trop servie. Dommage, il y avait de la richesse dans ce travail, et matière à écrire un autre polar, peut-être même dans un autre décor, pour laisser surgir la voix des rroms !--joël jégouzo--.

 

Romicide, de Gianni Pirozzi, Rivages, nouvelle édition août 2010, coll. Rivages/Noir, 203 pages, 7,50 euros, ISBN-13: 978-2743620912.

 

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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 13:46

limbes"Bavasser" serait-il donc l’ultime langage de l’humanité ?


Beckett supposait l’échange verbal saturé de mauvaise compréhension.
C’était du reste une attitude qu’il partageait avec les philosophes allemands du langage, qui depuis le XVIIIe siècle avaient battu en brèche la claire compréhension cartésienne.
La "machine verbale", plutôt que d’accoucher de l’humanité, n’en finissait donc plus de produire des monstruosités et des significations débiles – nous en savons quelque chose désormais.
Et l’homme en souffrait. Tiré à hue et à dia , l’"ou-bien" le faisait vaciller : tel l’âne de Buridan, comment choisir entre deux significations fondamentalement privées de sens ?
Ne parvenant pas à éviter le marécage de l’entre-deux, nous bavassions depuis sans grande conviction…

L’hommage de Nancy Huston à Beckett n’est au fond qu’une leçon de langue beckettienne. Comme si cette dernière était une matière dont chacun pouvait disposer désormais. Sans doute parce qu'après Beckett, il était difficile d’habiter tranquillement sa langue… Et qu'il semblait néanmoins en rester une pour dire cette difficulté : celle de Beckett, précisément. Curieux paradoxe... Ou curieux aveuglement : toute langue ne se déploie-t-elle pourtant pas sur son manque de substance ? Si bien que faire de Beckett un idiome, ne revient-il pas à combler l’entre-deux qu’il avait pointé ? Et s emettre dès lors à parler une langue morte, de trop bien savoir l’exprimer... L’inquiétude qui avait poussé Beckett à parcourir une langue aux usages vacillants a disparu ici, pour faire place à une belle habileté d’écriture, trop convenue pour n’être pas, justement, l’empêchement de la langue que Beckett dénonçait.—joël jégouzo--.


Limbes/Limbo, Hommage à Samuel Beckett, Nancy Huston, Actes Sud /Leméac, coll. Un endroit où aller, nov. 2000, 58p.,

ISBN-13: 978-2760921788

 

ISBN-13: 978-2760921788

ISBN-13: 978-2760921788

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 08:34
lectureDans le même temps où l’on créait en France, en 1959, un Ministère de la Culture, les élites intellectuelles et politiques s’inquiétaient de l’apparition d’une culture de masse...
Elle découvraient, effarées, l’existence de cultures hétérogènes, porteuses de valeurs qui pouvaient être antagonistes au sein d’une même société, voire d’une même classe ou d’un même groupe. Quoi, dans ces conditions, de la fonction sociale de la lecture ?

De Sartre à Barthes, revint comme un credo l’idée qu’il existait deux types de lectures, l’une intensive, l’autre extensive.
La première prétendait relever d’une démarche quasi philosophique, tandis que la seconde se voyait rejetée, non sans mépris, dans l’ordre du romanesque. La question du lecteur, évidemment, ne se posait qu’à l’intérieur d’une configuration intellectuelle qui le dépouillait de toute pertinence quant à l’évaluation de son acte. Il y avait des bons et des mauvais lecteurs, il fallait éduquer les derniers…
Il y aurait donc une pratique cultivée de la lecture qui serait la vraie, à laquelle s’opposerait une pratique populaire...
Faguet ouvrit tout de même une brèche dans ce moralisme indigent, en affirmant qu’il n’y avait au fond que des livres, introduisant des modalités de lecture différentes.

Le livre justement, depuis les années 1960, est devenue une valeur consensuelle. Il ne l’a pourtant pas toujours été : au XIXe siècle par exemple, on pensait que le peuple lisait trop. Et de nos jours, seule une infime minorité d’intellectuels essaient de penser vraiment les conséquences de l’abandon des valeurs d’une civilisation fondée sur le livre et la lecture (Sloterdijk). Non sans raison, ils montrent que la lecture lettrée n’est plus le paradigme de la culture. Sa valorisation inconditionnelle, assortie d’une inquiétude sociale pour les non-lecteurs, n’est devenue un thème politique qu’à partir des années 1950.

Qu’exprime donc la lecture dans nos sociétés ? A travers son «universalité», tente-t-elle de reformuler une sorte de religion d’après la religion ? La mort de Dieu aurait-elle impliqué l’assomption du Livre ? Tout se passe en effet comme si les critères de la valeur littéraire, en se substituant aux critères de moralité, remplissaient la même fonction… Quand on ne parle pas tout simplement de lien social. Mais la lecture est-elle vraiment le lieu du lien social ?

Anne-Marie Chartier et Jean Hébrard n’ont pas répondu à ces questions. Ils en ont construit les fondements. Ce n’est déjà pas si mal… Leur immense travail décrit ainsi une pratique qui peu à peu s’est inscrite dans la sphère privée, alors qu’elle relevait pour l’essentiel de phénomènes sociaux. Histoire politique, sociale, culturelle, ils nous éclairent sur les modèles qui se sont disputés ses enjeux. Trois, essentiellement : catholique, républicain et celui d’un corps voué à son «administration» : celui des bibliothécaires. Au fil du temps, les parentés des deux premiers s’établissent clairement : la lecture relève de la formation morale, critique, intellectuelle, voire civique de l’individu. Face à cela, les bibliothécaires mirent en place un discours paradoxalement plus «consumériste», et inventèrent l’idée de lecture comme aventure personnelle. C’est cet horizon qui paraît triompher dans nos sociétés, y compris dans le monde scolaire, où la lecture est devenue, peut-être à l'excès, moyen et non fin.

Le Livre introduit aussi directement à une certaine idée de la société. Les humanités classiques, dont il constituait l’assise, maintenaient l’idéal d’un monde humain fictif construit sur l’idée d’une société unanime et centrée. A l’heure où nous découvrons qu’il pourrait exister une culture sans littérature, quels enjeux la lecture peut-elle représenter ?
joël jégouzo--.

Discours sur la lecture (1880 – 2000), Anne-Marie Chartier, Jean Hébrard, éd. Fayard / Bibliothèque du Centre Pompidou, 762 p., août 2000, 29 euros, ISBN-13 :  9782213607351


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