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13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 12:15

Des-mules-et-des-hommesune-enfance-un-lieu.jpgEn tournant le dos au socialisme, il ne nous est resté en travers de la gorge qu’un mauvais avenir à déglutir, dont on mesure aujourd’hui combien chacun d’entre nous peine à l’avaler. Le communisme, la cause est entendue, n’aura débouché que sur le désarroi de masses flouées, la honte de leaders compromis ou la comédie du pouvoir, made in PS français. D’oublis en ajournements, nous avons fini par renoncer à construire une alternative au libéralisme économique. On a beaucoup écrit sur ces questions. Reste à explorer comment on en ressort, dans le champ romanesque par exemple, et pas n’importe lequel : celui du polar, qui fut en ces origines tellement soucieux de ces questions. De Mémoires d’un rouge aux Yeux de Lénine, des années de plomb au socialisme bougnat, ce qui se lit entre les lignes, c’est toujours, semble-t-il, un grand vide. Qu’est devenue la conscience politique ? Si le roman est —aussi—, le lieu où s’exprime, voire s’élabore une conscience du monde, ne doutons pas que le témoignage qu’il recèle n’en soit instructif. Prenez La Nausée, de Sartre. Un roman a priori aussi éloigné qu’il est possible de toute conscience politique. Soumettez-le à l’analyse sociologique : personnel de l’œuvre, lieux de l’action, etc. Vous y découvrirez une typologie des plus intéressantes, relevant du même populisme noir que l’univers de Céline. Même évacuée, voici donc qu’elle fait retour, cette conscience politique, comme inscrite en creux dans la trame romanesque. Qu’elle ne soit pas un objet littéraire affirmé importe peu : il subsiste toujours quelque chose du monde dans le romanesque. Ce qui importe, au fond, c’est d’en relever les traces. Une longue période vient de se clore, D’Howard Fast et ses Mémoires d’un Rouge témoignant de la fin de l’engagement politique prolétarien, à Cesare Battisti, ouvrant à quelque étrange déréliction, en passant par Les yeux de Lénine de Streiff, naturalisant la folie de Lénine, ou par le socialisme tribal d’un PS toujours à court d’histoire, ainsi que le décrit Serge Lesbre. Une longue période vient de se clore, marquée in fine par la thrillerisation du roman policier, toujours plus astucieux, rabotant toujours plus sa langue pour tourner au plus court, qu’il croit être un formel plus juste… Une longue période vient de se clore, qui voit émerger –trop peu encore- des écrivains qui savent prendre de nouveau en charge le romanesque et le politique (Adlène Meddi, La Prière du Maure, ou Atiq Rahimi, Maudit soir Dostoïevski, bien que dans des registres d’écriture différents, etc…). De ces écrivains qui savent faire autre chose que ficeler un roman. Reste à ouvrir une nouvelle période, que l’espoir articulerait, surgissant du seul vrai ailleurs qu’il nous soit utile d’explorer aujourd’hui : celui de cette France post-coloniale qui tarde à mobiliser son devenir… --joël  jégouzo--.

 

http://www.joel-jegouzo.com/article-memoires-d-un-rouge-de-howard-fast-50910184.html

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 08:13

misereVG.jpgPrenons les choses autrement encore. Un théâtre parisien, il y a quelques années, a mis en scène les interviews qui constituaient le matériau de l’étude sociologique de Pierre Bourdieu, publiée sous le titre de : La misère du monde. Le dire rassemblé là était à bien des égards fascinant. Mais comment pouvait-il ouvrir aussi bien à l’élaboration scientifique que théâtrale ? Je me suis posé longtemps cette question, à laquelle j’ai cru trouvé pour réponse que c’était parce qu’un petit bruit l’animait. Bégaiements, ratages, reprises incessantes de paroles inaccomplies, maladroites, de mots instables abandonnés non sans difficulté au questionneur. Il y avait quelque chose dans les paroles recueillies, que le discours sociologique ne pouvait maintenir. Quelque chose qui s’était découvert dans ce processus de révélation, mais qu’il n’avait pu absorber dans les formes de sa rhétorique.

C’était un peu cela, m’entretenir avec les Lettres. Lire. Ecrire. Editer. Constructions baroques à la gloire d’un Autre que l’on ne sait jamais trop comment saisir et que les Lettres ne parviennent jamais à subsumer sous leur belle arrogance.

Les journées qui ont suivie, un livre de Dosto en main, Blanchot et quelques autres, je me suis demandé à quelle connaissance il me fallait rapporter cette parole tout de même confuse -le bruit que cela fait avec les bouches, le léger sifflement de la courbure des temps, l’humain empêtré dans son impossibilité à dire quoi que ce soit qui résiste à son incertitude… Et de raboter ici un grain trop rugueux et d’égaliser là : porter sans cesse secours au signe émis...

J’ai appris à raisonner pour me sortir de l’épouvante où vous plonge le spectacle littéraire, pariant sur le dévoilement d’une sorte de "bon endroit" du récit où nous nous retrouverions. Peut-être. Mais à vrai dire, nous ne parvenons jamais à savoir quelle mesure prendre –où nous retrouver. C’est peut-être au fond le plus heureux, cette constance des Lettres dans leur défaite, le flux incessant d’un verbe qui oblige à reprendre, sans cesse, sans parvenir jamais –à quoi donc, du reste ?

(Mais ne doutons pas un seul instant que tout cela n’appartienne déjà, ces signes que je relève, le balbutiement de ma pensée, toutes ces petites assurances contractées à la sauvette, à leur monde, même si je ne sais où raconter, d’avoir si longtemps cru que l’on pouvait penser sans dommage la littérature).

Qu’il faille porter sans cesse secours au signe émis, voilà le seul endroit. --joël jégouzo--.

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 23:22

derrida.jpgQuelques jours après la mort d’Emmanuel Lévinas, j’ai été chargé d’organiser une soirée, moins d’hommage que de veille, dans le souci que nous pouvions porter au grand homme disparu. Derrida était l’ami de Lévinas. Nous pensions le convier. Je l’ai appelé. Lui ai expliqué ce projet simple, d’être là, réunis au cœur de cette institution dont il avait été longtemps le Directeur, un établissement d’enseignement. Et puis je me suis tu, attendant la réponse de Derrida, qui m’avait écouté patiemment. Il ne m’a pas répondu tout de suite. J’entendais son souffle. Juste son souffle, l’oreille collée au combiné, me taisant à mon tour, attendant sa réponse. Derrida se taisait. Je n’entendais que son souffle. Un long moment comme ça, sans rien dire ni être tenté de briser ce silence. A quoi songeait-il, je n’en ai jamais rien su bien évidemment. Il se taisait, c’était tout. Pensait-il à quelque chose ou à rien, le regard tourné vers son for intérieur ou un objet quelconque sur son bureau, le combiné à l’oreille, sans dire un mot ? Quels détours le retenaient au seuil de livrer sa réponse ? Un souvenir, une image, le Visage enfui de Lévinas. Ou rien. Ne regardant plus rien dans ce poignant suspens du temps. Cela dura. J’entendais son souffle et je me taisais. Qu’est-ce qui justifie la pensée ? Je me suis rappelé Lévinas, que l’on croisait les dernières années dans cette institution qu’il avait dirigée. Affaibli, égaré parfois, ne se rappelant plus, avançant comme une ombre, reprenant un chemin qu’il avait si souvent pris, celui de son bureau, s’étonnant juste de ne plus le trouver à sa place. Ce n’était pas ça. Il ne savait plus. Alors on le raccompagnait affectueusement chez lui, à quelques pas de là, dans la même rue. Je me rappelais aussi les fulgurances de ces rencontres impossibles : alors qu’on croyait approcher un vieil homme perdu, soudain il vous interpellait : "Il faut relire Heidegger !".

Derrida se taisait. A quoi prêter l’oreille ? J’entendais son souffle. Rien d’autre. Il était là, simplement, et j’ignorais s’il pensait ou non. Qu’est-ce que parler, quand on est Derrida ? Peut-être cherchait-il un moyen pour se défaire d’un appel qu’il jugeait incongru, ou bien réalisait-il la dissymétrie de cette relation désormais, Lévinas enfui dessous la terre. Peut-être l’émotion l’envahissait-elle, son ami enlevé, le bras ballant, la tête lourde soudain de tout ce temps qui les séparerait désormais. Peut-être cherchait-il un geste, un mot, un regard, tournant en vain les pages de ce vieux manuscrit qu’il ne savait plus déchiffrer : leur amitié achevée, là, dans la disparition de l’autre.

Derrida ne parlait pas. A quoi prêter l’oreille, quand on ne peut se rappeler l’écho du pas qui devrait retentir encore, quand cette voix s’est tue que l’on ne peut ranimer. J’avais évoqué des journées Lévinas, un rendez-vous à la Sorbonne, un colloque, des mémoires. Où reprendre leur parole exténuée ?

Au bout d’un long moment, Derrida a simplement dit qu’il ne pouvait pas. Qu’il était ailleurs. Encore un peu avec lui. Seul. J’entends encore sa voix. M’appartient-il aujourd’hui d’en exhiber le grain ?

Cette soirée a eu lieu. L’inévitable BHL avait fini par s’y convoquer. Lui, a parlé, longuement. Un éloge convenu, sans importance. Que communique le langage ? Cela a été ensuite publié. Ici et là. L’improvisation avait été soigneusement consignée. Derrida, lui, ne pouvait pas. Où commencer à dire ? Où commencer à écrire ? Où, plutôt que quand. Qu’y a-t-il du côté des choses muettes ? Où cela commence-t-il, écrire, que l’on pourrait ensuite mener ? --joël jégouzo--

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2 avril 2011 6 02 /04 /avril /2011 05:27

blanchot-et-levinas.jpgEcrire engage au delà de ce que l’on peut imaginer. C’est que l’écriture travaille en un lieu que l’on ne saurait aisément circonscrire et dont l’on ne ressort pas sans quelque intranquilité, comme l’affirmait Pessoa... Car écrire est s’aventurer, aller, vers une rencontre incertaine loin des avances que la vie vous adresse dans la banalité de ses facondes quotidiennes. Une rencontre qui se fait pour ainsi dire par temps voilé, nulle part, un épais brouillard masquant d’abord la vue, des chimères, des ombres traversant le regard auxquelles il faut bien tout à la fois répondre, et résister. Où l’écriture nous donne-t-elle rendez-vous ? Je n’en sais strictement rien, sinon qu'on ne peut se soustraire, sinon qu’il ne s’agit dès lors que de s’avancer vers cette aventure dont on ne peut savoir, à l’avance, ce qu’elle deviendra.

 En écrivant cela je songe au très beau message de Maurice Blanchot, l’ami d’Emmanuel Levinas, lorsque ce dernier disparut. Un message que Blanchot confia à ses proches, griffonné sur le dos d’une enveloppe usagée et à l’adresse de ceux qui s’était réunis un soir dans un amphi quelconque de la Sorbonne pour un hommage improvisé à Levinas, en attendant un plus solennel éloge, Blanchot, souffrant, ne parvenant pas à se déplacer : "Soyez mes répondants". C’est un peu cela l’écriture, l’appel de toute œuvre à ses lecteurs aussi bien. C’est un peu comme cela que je voudrais comprendre le sens et la vocation de l’écrit dans la communauté humaine : répondre d’une œuvre, ce n’est certainement pas la rabattre sur les mirages d’un Dit par avance calculé. L’écriture littéraire, dans son apparition et son déploiement, surgit comme différence. Elle est l’inquiétante étrangeté, l’irruption de l’Autre dans le langage du Même, avec ce paradoxe de le présenter sans qu’aucun dévoilement ne puisse jamais le réduire à sa présentation. –joël jégouzo--.

 

image : Blanchot et Levinas.

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 06:37

dosto2.jpgJe n’ai parlé que très superficiellement de l’œuvre de Dostoïevski.

Son étrangeté tenait d’abord à la forte prise en compte dans tout monologue de l’interlocuteur absent. Une véritable crispation sur le mot d’autrui, un mot dont les traces se déposent dans le discours de l’un, altérant la structure de ce discours. Parfois, c’est même le mot d’autrui, dans sa morphologie même, tout autant que dans sa sémantique, qui vient trouer de part en part la langue de Dostoïevski, provoquant des cassures dans la syntaxe, des répétitions, des longueurs, en bref, une arythmie du discours : comme si deux répliques parfaitement différenciées se chevauchaient brutalement au sein du même discours. L’affrontement, le face à face dialogique y est ainsi intériorisé, qui appartient désormais aux éléments structuraux du récit : deux jugements de valeur se télescopant dans la même voix.

Le langage est polémique, dialogique dans son essence même, et cette polémique est son inscription même dans cet être-ensemble du langage, être-ensemble que l’on ne peut à tout jamais entendre que comme séparation.

Ce n’est jamais réconfortant, un monologue de Dostoïevski. Peut-être au fond parce que l’altérité circule à l’origine même de la possibilité du langage et qu’il sait, mieux qu’aucun autre, faire circuler cette altérité à l’intérieur de sa propre langue. L’Autre, en définitive, sollicite comme rien ne peut mieux le faire, son écriture.

L’Autre, de même, sollicite-t-il autant la philosophie que la littérature, si l’on y songe vraiment.

Certes, parce que l’on ne peut abandonner l’espace de la compréhension raisonnée, le logos offre son hospitalité au questionnement philosophique. Il s’agit même d’une charge dont il ne peut s’absenter. Et c’est peut-être en ce sens que l’on peut parler de rencontre où puiser l’énergie d’un questionnement sans fin, qui peut faire que je dise un tant soit peu "l’Autre" dans la langue du Même.

Dans l’écriture littéraire, l’abri du Même est plus précaire, sauf à tomber dans le sens du plus commun où jamais rien ne s’aventure. Et plus dangereux, pour peu que l’on veuille le concevoir sérieusement. A tout le moins, plus trompeur : l’écrivant ne sait quelle mesure prendre. Soumis à la pression du Même, il ne peut trouver son compte, sinon comme règne des effrois : dire l’Autre contre sa "propre" langue, pour s’arracher néanmoins et enfin à la solitude, celle dont l’Autre a déployé les ténèbres. --joël jégouzo--.

 

 

(c’est quoi l’écriture littéraire ? -2/2)

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 05:39

dosto-1.jpgDostoïevski, prétendaient les éditeurs français, avait la mauvaise habitude de ne jamais finir ses chapitres, ses paragraphes, ses phrases. Pire : au mépris de la grammaire russe, il infligeait à sa langue les plus invraisemblables dommages. Tout cela manquait de clarté, l’on ne pouvait, décidément, proposer à la lecture du public français une œuvre aussi inachevée. Et de raboter ici un grain trop rugueux et d’égaliser là... Sans rien comprendre en définitive à son œuvre, des éditeurs français ordonnèrent longtemps à leurs traducteurs de «finir» les phrases, les paragraphes, les chapitres, d’arranger ce style par trop «confus», bref, de rendre l’écriture de Dostoïevski conforme à l’exigence de clarté de l’esprit français, un esprit effrayé par cette écriture qui était un fleuve en crue charriant les mots sans ménagement, comme le gravier de vies perdues. En fin de compte, ce que l’on obtenait, c’était une œuvre fade qui résonnait joliment en français, mais qui avait perdu sa force, sa beauté, son étrangeté. Qu’était-ce donc, qui se déversait ainsi dans l’écriture de Dostoïevski et que l’esprit français ne pouvait recevoir ? Qu’y avait-il donc de si singulier dans cette écriture pour l’universalité du logos cartésien ?

Le langage de la philosophie est celui du logos grec, un mode de réflexion spécifique, disons hâtivement celui de la mesure. Connaître, dans ce langage, c’est rapporter à une mesure, rendre l’Autre mesurable, voire le réduire à la mesure du Même que l’on reporte autant de fois qu’il est nécessaire pour achever de l’arpenter. Dans ce logos qui parle à la première personne et ne s’adresse point à l’Autre, l’on vit indéfiniment l’assurance d’un réconfortant monologue. Tout de même : pour la philosophie, le problème est aussi, déjà, de savoir comment faire entendre l’appel de l’Autre dans cette langue qui n’est pas faite pour l’accueillir. L’on retrouve ici l’écho de ce que j’évoquais à propos de Dostoïevski, dont le dire bousculait tant l’élégance réconfortante d’un Dit français qui ne supporte pas la bousculade...

Le dire borde le Même et l’Autre. Une ligne de crête disons, où s’accomplit leur rapport sous la forme d’une tension que rien ne peut jamais résorber. Mais sans doute est-ce le propre du langage, son ironie, d’être porteur tout à la fois de la continuité et du vide, de la clarté et de l’obscurité. Ainsi le langage chiffre-t-il plutôt qu’il ne déchiffre, la parole ne consistant, derrière son chiffre, qu’à porter sans cesse secours au signe émis. Le mot, certes, atteste bien d’un partage des choses entre moi et les autres, ou le monde si l’on veut, mais il s’agit d’un partage incertain : non pas mesure pour mesure, le mot n’est jamais transparent, mais l’aventure d’une équité, d’une signification qu’il faut gagner, en tissant un lien dont le fil est fragile et ne relie qu’à force d’obstination au souci qu’on lui porte.

Le dialogue avec l’altérité ne ressemble finalement pas à cet acte de connaissance par lequel «un sujet utilise concepts et théories pour maîtriser l’opacité des choses», comme l’écrivait Emmanuel Lévinas. Or l’écriture littéraire est ce dialogue, sourd, énigmatique, difficile. De sorte que pour maintenir vive cette tension entre l’écriture littéraire et sa compréhension raisonnée, il faut bien que ces deux sources soient toujours différenciées, en amont comme en aval du sens. L’énigme de la rencontre de l’autre, que rien ne garantit à l’avance, a ainsi quelque chose à voir avec l’énigme de la rencontre de la sensation et du sens. Rencontre et non réconciliation, puisque rien ne doit a priori garantir sa réussite : la rencontre est devant, non derrière. On le voit bien avec Dostoïevski. Il ne s’agissait pas simplement de le traduire du russe vers le français : il fallait d’abord malmener la langue française pour que cette écriture pût s’y inscrire. Ce à quoi se refusèrent tout d’abord les éditeurs français --joël jégouzo--.

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5 janvier 2011 3 05 /01 /janvier /2011 09:34

BETH.jpgPortugal : LEGENDE DU QUINT EMPIRE… (3/3)

 

Mario Freire de Meneses recueillit les débris de la geste colombienne pour les subsumer sous la figure de Dào Sebastiào, le Désiré, L’infortuné conquérant d’un Quint Empire qu’il nous laissait inexplicablement en charge –mieux, au fond, qu’une Amérique s’émerveillant d’elle-même. Enigmatiquement terrassé au moment de vaincre, les yeux perdus dans le brouillard d’un rêve qu’il se refusait à dévoiler, Sebastiào accomplit dans cette langue obscure la chimère où nos vies appointent. On songerait presque ici à Rimbaud, que la réalité exaspère, asseyant la beauté sur ses genoux. Mario Freire de Meneses, qui avait multiplié plus qu’à son tour les mauvais coups et les aberrations qu’une vie d’effusion engendre, dévoila cette même chimère dans le détour des Indes, détour en tout point conforme à l’expédition désastreuse de Sebastiào au Maroc. Et ses Indes se dressaient comme une louange adossée au risible des temps humains.

Multipliant les faux doubles, Oïram de Nessème, Luis Fernandes, le narrateur et Mario Freire de Meneses comme auteur s’attestant dans l’œuvre même, aucun de ses personnages ne s’emboîtait dans nul autre, sans parvenir à s’en défaire pour autant. Oïram, héros absent de son œuvre, ne raconte rien : il se fait raconter par Luis, raconté par le narrateur, soumis à son tour aux pressions du régime auctorial. A l’axe temporel d’un récit imaginaire a succédé dans cette narration un axe spatial où les interventions des personnages échouent à confisquer l’essence de leur course –ce qui pourtant est l’ordinaire de toute construction romanesque. Quand par exemple le narrateur nous raconte Oïram racontant son voyage de mémoire, Luis Fernandes vient rompre ce récit pour nous précipiter dans l’Histoire du Portugal et jeter dans la mêlée l’étrange destin de Mario Freire de Meneses. Fuir, fuir encore. Mario a fui jusqu’au vraisemblable romanesque, ce pacte sacré que tout écrivain se doit de passer avec son lecteur. C’est que pour lui il ne faut pas raconter : il faut agir la parole. Voilà du reste pourquoi la forme du récit recouvre une telle importance : il faut fuir pour échapper à la grossièreté élective du réel, mais il faut également fuir la forme littéraire, qu’elle soit romanesque ou poétique, dès lors qu’elle menace de se réifier en un système, lequel s’auto-programme au fond dès la levée du récit –il faut ici que l’image puisse accéder à celle d’une levée de corps, quand il est mort…

On songe dans cette défiance à Gombrowicz, exilé en Argentine et passant en contrebande des formes qu’il explore de quoi dynamiter les genres et leurs langues trop assurées. Mario Freire de Meneses déploie ainsi un langage qui communique mal. La mauvaise compréhension devient même chez lui le moyen de contraindre la liberté à n’être qu’un mouvement et non un état. En ce sens, il était, plus encore que son texte, l’histoire inracontable qui s’accumule dans le défi contre le dur fil des jours. Et c’est depuis cette incompréhension qu’il est parvenu à accomplir son retour vers l’essence même du drame humain : le verbe, béant dans la tourmente de l’inappropriation nécessaire au déploiement de la chose dans le mot.joël jégouzo--.

Cette vie à bord me tuera, Mario freire de Menezes, éditions Alzieu, 1997.

Image : le Beth, deuxième lettre de l’alphabet hébraïque, première à posséder la qualité sonore. Un son ténu en fait, obtenu en rapprochant les lèvres. Un son doux et faible. Dans l’Aleph, première lettre de l’alphabet hébraïque, le souffle créateur reste imperceptibles à l'oreille humaine. Avec le Beth, la volonté divine s’est affirmée et c’est pourquoi elle est la première lettre qui nous soit audible. Mais il importe aussi d’avoir à l’esprit cette autre explication de ce commencement perceptible du Verbe exprimé par une séquence inaugurée par la deuxième lettre de l’alphabet hébraïque et non la première : Au commencement, Le Verbe était déjà là… Quant à ce qu’il fit entrer dans ce son pour qu’il s’y déploie, et qui est de l’ordre de l’étendue, le Mystère demeure…

 
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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 10:31

Vasco de GamaPortugal : LEGENDE DU QUINT EMPIRE… (2/3)

 

Bornéo, Java, Saint-Jean les terres froides, près de Beaurepaire, dans l’Isère (France)… Mario Luis Perestrêlo e Ornels Freire de Meneses Lameiras Fernandes est l’auteur d’un roman étrange -le seul qu’il ait accepté de publier. Un roman touffu, baroque, qui a la prétention d’embrasser toute l’histoire portugaise à travers, justement, le filtre de cette légende du Quint Empire.

Pour qui connaît du reste l’histoire portugaise, les noms de Mario résonnent comme les battements de son épopée. Un Meneses fut l’un des précepteurs de Charles Quint, un autre fut le dernier vice-roi des Indes portugaises. Une grande tante se maria à Cristóvão Colombo, et le père de Mario fut l’un des leaders de la Révolution Républicaine qui défia Salazar. Déporté dans les îles du Cap Vert, ce père mourut sans savoir que son propre fils, Mario, fut contraint de vivre dans une maison qui faisait face au Palais du dictateur, lequel le tint littéralement en joue jusqu’à sa majorité. Mario s’appliqua ensuite à refuser frénétiquement cette funeste providence. Il se retira du monde pour user jusqu’à la corde son destin portugais et mit dix ans à dilapider la fortune de ses ancêtres, en invitant par exemple les plus grands jazz men des Etats-Unis à venir donner chaque nuit des concerts clandestins dans les tripots de Lisbonne, ou en offrant des bourses aux poètes démunis. Puis il émigra, infortuné lui-même désormais, ne disposant plus que de son éloquence pour dire le monde qu’il avait dégondé, éparpillé en milles histoires inachevées qu’il racontait sans cesse. Je l’ai rencontré dans un bar d’une petite ville de province, intarissable, trépignant, contant l’épique Portugal juché sur ses épaules et l’ai suivi jusqu’à Lisbonne et Lagos, poursuivre nos conversations dans la compagnie des écrivains portugais que la France découvrait tardivement.

Lusanités… Les "grands éditeurs parisiens" à qui Mario avait envoyé son manuscrit avait décelé en lui un immense talent de conteur. Mais l’ouvrage leur parut indigeste pour l’estomac par trop fragile du lectorat français. On connaît l’antienne : Proust, Dostoïevski connurent la même infortune. Il fallait revoir tout cela, trier, couper, franciser. Trop d’histoires caracolaient sous cette langue, trop épique, trop poétique, trop picaresque… On avait muré Rabelais dans les salles de classe, ce n’était tout de même pas pour l’en faire s’évader ! Et puis cette construction échevelée du récit, voire de récits qui s’emboîtaient mal les uns dans les autres... Et puis l’erreur de vouloir embrasser toute la tradition littéraire, exténuée soudain dans cette inspiration foisonnante qui nous faisait croiser Rimbaud et Montaigne, Camoes et Colombo… Trop de désinvolture décidément, comme l’on put en faire le reproche à Mozart avec son trop plein de notes. Trop de laisser-aller en somme dans cette langue inachevée -car Mario Freire de Meneses n’a pas écrit son roman en portugais mais en français, dans une langue incongrue sous sa plume. Pour fuir le littéraire affirmait-il quand je le pressais de trop. N’en être pas, ne plus savoir comment raconter, d’abord, et depuis cette anxiété réinventer la possibilité de dire de nouveau le monde. Moins raconter donc qu’agir la parole en fuyant ses contraintes tout en la pliant à l’affront du parler. Fuir la grossièreté élective de la réalité, mais sans cesser de renoncer à l’immonde convention des langages trop qualifiés et qu’importe la substance de cette fuite, récit, roman ou bavardage d’ivrogne au bastingage des comptoirs : l’impureté des moyens mis en œuvre est elle-même une libération.

Or on lui demandait de savoir raconter, d’avoir toujours su et d’en exhiber la certitude. Il aurait fallu corriger, donc, puisque l’on savait faire cela dans les officines éditoriales. Corriger comme on l’aurait fait d’un garnement de communale. Corriger parce que le texte était inégal, et puis la verve s’épuisait parfois, et puis… Et puis la visée de Mario n’était pas immédiatement la littérature. Mario était le texte dressé contre le dur fil des jours. Que reprocher alors à ce qu’il abandonnait, si juste de s’être pareillement soustrait à la bienséance littéraire ? Que reprocher sinon que nous ne savons pas lire, en dehors de ces quelques instants d’équilibre auxquels les textes savent si communément atteindre ? Spécialiste de littérature portugaise, Robert Bréchon, qui rédigea la préface du livre de Mario, évoquait volontiers sa lusanité : qu’il se perde lui-même de vue en tant qu’œuvre littéraire. Ce à quoi Mario ne savait que répondre, sinon qu’il voyageait et qu’il n’était pas pressé, en effet, de rentrer si vite au port. --joël jégouzo--.

Image : Vasco de Gama. Après avoir découvert la route des Indes par le cap de Bonne-Espérance en 1497, le navigateur portugais Vasco de Gama établit des comptoirs portugais au Mozambique et en Asie et fut nommé vice-roi des Indes (1524).

Cette vie à bord me tuera, Mario freire de Menezes, éditions Alzieu, 1997. Image : El-Rei Dom Sebastião, 1565, CRISTÓVÃO DE MORAIS (1551 — 1571), Museu Nacional de Arte Antiga, Lisboa.

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3 janvier 2011 1 03 /01 /janvier /2011 08:59

SebastianPortugalwiki.jpgLagos, au Sud du Portugal. La statue de Dom Sebastião, le Désiré, trônant sur le marché. Elle scrute le grand horizon mutique. Sebastião, au moment de s’élancer à la conquête du dernier Empire portugais, sombra brusquement dans une rêverie mystérieuse. Sur le champ de bataille, il tarda ensuite à lancer ses troupes, tandis que l’ennemi l’encerclait peu à peu. Un épais brouillard se levait. Dans le désastre qui suivit, l’armée de Sebastião fut anéantie. Lui-même disparut sans laisser aucune trace. Depuis naquit la légende de son retour : alors le Quint Empire, cette sorte de Saint Graal portugais, lui serait acquis.

Lagos, le premier marché aux esclaves du monde occidental. Le bras fraternel de Mario Freire de Menezes entoure les épaules de bronze de Sebastião. Eduardo Lourenço, dans un article au Monde, il y a vingt ans de cela, décrivait encore le Portugal des écrivains comme partagé entre deux grandes directions. D’un côté Eça de Queiroz les embarquait dans l’auto-ironie, de l’autre, Fernando Pessoa épuisait le mirage national dans la construction de ses propres chimères. Le rêve pour répondre à l’abrutissement de l’Histoire. L’un et l’autre arpentant le territoire des Lettres pour l’offrir comme issue à la désespérance portugaise.

Plus loin de nous dans le temps, le Portugal parut s’enfoncer dans un épais brouillard que ne coupait qu’une voix : celle de Pessoa. Naguère nation Historique (des Grandes Découvertes), capitale culturelle que fréquentait un Paul Morand abusé, prenant les hétéronymes de Pessoa pour l’authentique renouveau de la littérature portugaise, les Portugais, sous la botte de Salazar, n’eurent d’autres loisirs que d’éprouver jusqu’à la lie la misère culturelle dans laquelle le dictateur les avait précipités. Par la suite, bien sûr, et dès 1974, on publia en France leurs nouveaux auteurs. Mais Pessoa semblait avoir confisqué durablement l’horizon littéraire portugais, chaque nouvel impétrant devant s’orienter dans le maquis de la traduction française en référence au maître. Pessoa s’était posé en «dernier soldat de la dernière armée du dernier empire» des Lettres portugaises, il ne restait aux autres que la fatalité de relever symboliquement de la déploration de Camoès : appartenir à un peuple qui depuis les Grandes découvertes était resté sans emploi.

Comment se faire entendre après Pessoa,  grand contempteur de brumes ?

Il avait existé dans l’ombre des bars de Lisbonne, il y a plus de vingt ans de cela, une foule d’écrivains en rupture d’écriture. La ligne d’horizon des Lettres portugaises, moins prescrite par Pessoa que par sa réception critique en France, les renvoyait à autre chose que du littéraire, qui s'épuisait dans un bavardage insatiable doublant leur vie, l’annihilant même dans les brisures d’un verbe abandonné sans façon au pur instant de sa profération. Du poétique donc, en brefs instants de poésie qu'aucune publication ne sut jamais séduire. «On est en pleine mer», écrivait Eduardo Lourenço, farouchement accroché au bastingage de ses rêves, dédaigneux des terres qui prétendaient faire ligne à l’horizon. Depuis cette pleine mer, la vie à bord semblait n’ouvrir qu’au vide de l’épais brouillard où couper au couteau la grâce de n’être jamais soi, ainsi qu’en témoignait l'un de ces écrivains portugais libre de toute publication, Mario Freire de Menezes, poète sans poésie écrite ou si peu, délesté de toute ambition littéraire et pourtant écrivain comme personne ne sut l’être autant que lui, parti lui aussi à la recherche des Indes nouvelles qu’aucune carte n’indiquait… Un Quint Empire tout entier déployé dans sa faconde, que l'aube n'épuisait pas, dépensée dans la pure jouissance d'être ensemble au bout de la nuit, à ne toucher jamais aucun autre dividende que celui d'avoir été tout entier là. --joël jégouzo--.

Cette vie à bord me tuera, Mario freire de Menezes, éditions Alzieu, 1997. Image : El-Rei Dom Sebastião, 1565, CRISTÓVÃO DE MORAIS (1551 — 1571), Museu Nacional de Arte Antiga, Lisboa.

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 10:17

blanchotLes éditions Gallimard nous offrent, avec ce gros recueil d’articles, une récollection inédite des critiques publiées par Maurice Blanchot de 1945 à 1998. Critiques littéraires, études, textes à caractères théoriques et même quelques tirés à part.

La condition critique, qui donne son titre au volume, est en fait un texte publié dans L’Observateur le 18 mai 1950, dans lequel Blanchot s’interroge sur la validité de l’exercice, "qui réfléchit peu" et commente beaucoup. Cherchant à en saisir le sens, il lui découvre celui "d’attirer les œuvres hors d’elles-mêmes" pour les introduire dans les remous du monde, allant ainsi à rebours de tout ce qui se pensait dans le même temps au niveau des théoriciens de la littérature, la critique ayant dès lors sous sa plume plus à voir avec l’air du temps qu’avec le génie de l’œuvre elle-même. Curieusement, Blanchot place sa réflexion sous l’autorité de Sainte-Beuve, qui n’eut jamais peur de faire "le sale boulot", à savoir : satisfaire les caprices du curieux. Etrange filiation soit dit en passant, sous la plume d’un écrivain qui ne fait aucune référence à Adorno ni à Benjamin, ni aux écoles russes, polonaises, anglaises ou américaines, pour n’en référer qu’aux seuls français !

La critique versatile donc, puisque soumise au temps et aux devenirs historiques des idées et des goûts… Certes, tout comme l’œuvre, non ? Hé bien non : pour Blanchot, il existe une solennité (il emploie le mot) de l’œuvre, voire une opacité que le critique s’ingénierait à réduire, à dissoudre… Le tout au nom d’un objectif plus que d’un dessein, presque malhonnête : livrer l’œuvre à la réflexion de la vie…

"Sans art au propre", "sans talent personnel" (mais Blanchot y met pourtant tout le sien), le critique s’avancerait ainsi tel un vagabond (l’image est belle tout de même), sinon un maraudeur (celle-là aussi), vers cette intimité fermée qu’est une œuvre, pour, du dehors, lige lui-même de ce dehors, la trahir, l’interpréter, l’ouvrir "tout entière à la vérité d’un jour commun".

On mesure l’ambiguïté de la formulation, la vérité n’ayant pas grand chose à voir avec le sens commun, sinon qu’en effet ce dernier s’en revendique et s’en pare pour mieux asseoir sa duplicité -mais certes, sensus communis de Kant dans sa version "noble", quand plus généralement cette vérité se réduit au préjugé et autres lieux communs… Ambiguïté qu’il faut cependant maintenir, car cette vérité, en effet, a bien quelque chose à voir avec l’effort critique dans sa saisie, difficile, de ce que l’on pourrait nommer la cohérence de l’œuvre, sa vérité.

Ambiguïté qui au fond n’a qu’une fonction dans la pensée de Blanchot : celle d'amarrer la critique à la versatilité du présent et l’enfermer dans une véritable soumission confuse à l’œuvre qu’elle tente "d’éclairer un moment", dans l’attente de nouveaux éclairages plus séduisants semble-t-il permis d’écrire.

Certes, la critique française s’est bien illustrée par sa superficialité en la matière, donnant largement raison à Blanchot. Il n’est que de convoquer ici la fortune critique de Gombrowicz, quand on s’efforce de la suivre tout au long des années 40 et jusque dans les années 70 : son œuvre aura été passée au filtre de tous les courants littéraires qui se sont succédés en France, de l’existentialisme au Nouveau roman en passant par le structuralisme et autres hochets à la mode. Mais, à s’enfermer dans l’hexagone, on perd tout de même beaucoup en réflexion. Avec Blanchot, sur ce point, on est hélas loin des efforts théoriques d’un Benjamin ou d’un Adorno, thématisant l’un et l’autre l’acte critique avec une rare pertinence…

Reste à savoir si Blanchot aura été, finalement, un bon critique… Pas si certain… Qu’a-t-il lu par exemple, qui méritât l’exercice de son talent critique ? Giraudoux, Sartre, Melville, du Bos, Malraux, Sade, Hölderlin, Restif de la Bretonne… Rien que de très convenu en somme… Passé qui plus est à la moulinette d’une conception de l’écriture séduisante, le vide du tombeau articulant, selon une formule tout de même bien usée, les conditions de possibilité d’une vérité du langage. Vide qui cependant, sous sa plume d’écrivain quand il se veut critique, ouvre, quand il lit Au-dessous du Volcan de Malcom Lowry, à une fascination convaincante pour ce roman de la fascination, "œuvre plus profonde que ses profondeurs", convoquant cette foi avec sagacité les propos de Nietzsche sur les Grecs : "une œuvre qui a sa profondeur à sa surface". Ce qui du reste est vrai de toutes les grandes œuvres. --joël jégouzo--.

 

La condition critique, Maurice Blanchot, articles 1945-1998, Gallimard, Les cahiers de la NRF, septembre 2010, 502 pages, 32 euros, EAN : 978-2-07-012754-2

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