Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
14 janvier 2011 5 14 /01 /janvier /2011 10:55

nationenexilQui mieux que Mahmoud Darwich pouvait poser les bases d’une altérité passant à travers la langue même ? Pendant plus de vingt ans de sa vie, Mahmoud Darwich s’était efforcé d’affronter cette question. Quittant Beyrouth sous les bombes pour rallier la Tunisie, il y rencontra l’algérien Koraïchi et entama avec lui une longue collaboration artistique d’où naquit ce langage visuel qui donna corps soudain à son projet hors norme. Repris ensuite, enrichi de l’intervention de l’irakien Hassan Massoudy qui s’attacha à calligraphier le projet. Et d’autres artistes encore, jusqu’en 91, date à laquelle, à Paris cette fois, la série dite de La Qasida de Beyrouth  fut confiée à l’égyptien Kamel Ibrahim. C’est tout cet ensemble que devait publier les éditions Actes Sud. Presque indéchiffrable à qui n’est pas arabophone.

Il faut donc lire la puissante étude d’Abdelkebir Khatibi pour comprendre toute la complexité de cet ouvrage, qui est la complexité d’un système d’écriture entrelaçant le lisible et le visible, déstabilisant l’un et l’autre pour ne jamais donner à voir ni lire des évidences, mais ouvrir la question de l’écrit et celle de l’image à ce qui en fonde et la nécessité et la différence.

La terre du poème, éclairs d’encre noir. La terre du poème, poétiquement fondé comme une Nation en exil dans sa mise en scène de la langue arabe.

De quoi parlons-nous ici ? D’une forte civilisation du signe où, sous l’inspiration de Mahmoud Darwich, des formes imaginaires se sont agencées pour ébaucher un seuil depuis lequel le lisible ne saurait se soustraire au visible…

Mais sur quelle pensée du trait, quand la signification se dérobe, là, dans ces interstices calligraphiés qui ressortissent à l’art du tatouage, fonder la possibilité d’une claire compréhension des enjeux énoncés ?

Dans cette mise en scène des poèmes de Mahmoud Darwich, on ne sait à vrai dire où commence la lecture et où elle finit. Le signe s’est avancé jusqu’à la frontière de l’image, dans un partage indécis où ce qui se dit s’exhibe pour se soustraire aussitôt à sa représentation, comme dans un moment confus où se serait invitée la distinction entre la forme et l’informe.

Anamorphoses, contiguïtés, redondances, la calligraphie s’énonce comme le lieu de rencontre du sens et du signe, du lisible et du visible, dans un héritage complexe, opaque à la culture arabe elle-même du fait des brouillages auxquels le calligraphe a opéré encore en important ses modèles picturaux d’univers aussi éloignés que celui du Japon, avec ce monogramme par exemple, simulacre de l’idéogramme japonais, arborant un espace culturel dont il a soigneusement défait les contenus.

Nomadisme de la forme et du sens. Peut-être au fond simplement suspension momentanée du sens, plutôt qu’altérité ? On croit pouvoir s’en tirer en l’affirmant. Car qu’affirme-t-on lorsque on parle d’altérité ? Altération du sens, exil alors que des formes paraissent surgir, allégories de corps souffrants, torturés, mutilés, offrant au regard qui cherche désespérément à la surface de l’image une lecture à laquelle se raccrocher, des formes symboliques corporelles –au demeurant voulues par l’artiste lui-même.

Que doit-on voir ? Que doit-on lire ? La désignation d’une lettre en souffrance ? Qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire ?

Visible, le poème est suspendu dans le geste du calligraphe qui déstabilise l’ordre de sa lecture, en suspend la durée, séparant la langue de sa signification immédiate, séparant aussitôt après l’image de sa visibilité immédiate.

Comment cette langue pourrait-elle faire sens dans notre imaginaire ?

Formes symboliques, énoncés corporels, on se dit à part soi, oui, peut-être, l’exil palestinien et la séparation du nom. Peut-être. Pour se rassurer. Tenir par un bout un fragment de l’histoire. L’errance d’un peuple à laquelle on ne comprend rien. Scénographie de l’illisible. Mais le tracé comme régulateur. La calligraphie arabe en référence scripturale. Au final, une langue archaïque se dit-on, au sens d’un Tragique que nous saurions convoquer dans une équivalence improbable. Mais où donc la lettre se détourne-t-elle de sa lisibilité pour devenir emblème ? Là où ne réside pour nous, occidentaux, que de l’énigme avantageusement atténuée par une grammaire gestuelle que l’on croit pouvoir aborder. Mais la terre du poème, celle qu’un Mahmoud Darwich éprouve dans sa chair, quand il ne reste pour nous qu’une vague image exhibée comme une belle page savamment calligraphiée ?joël jégouzo--.

 

Une nation en exil : hymnes gravés , suivi de La qasida de Beyrouth, Mahmoud Darwich, Rachid Koraïchi, traduction Abdellatif Laâbi et Elias Sanbar, Actes Sud, mars 2010, 140 pages, 39 euros, isbn : 978-2-7427-8722-7.

Partager cet article
Repost0
3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 10:00

basquiat.jpgAu XIXème siècle, le métissage s’énonçait comme la contamination des races dites pures, lieu des dégénérescences physiques et mentales. Le métis était un monstre, enfant du péché contre le droit du sang. Il marquait aussi, nous fait remarquer Martine Delvaux, une rupture dans l'économie de la reproduction puisque infécond... Exclu parce qu’incapable de produire du même, intriguant les figures des discours sur la pureté de la race hantés par la question des origines, il était doublement condamnable en ce qu’il révélait aussi très brutalement la fin possible du monde, sa stérilité existentielle n’introduisant à rien d’autre.

La phobie de la mixité fut telle que longtemps, l’on ne songea qu’à la solution de la stérilisation pour empêcher ces monstres de se reproduire, et l’invention d’un espace tiers où les ranger, un peu en marge de notre humanité, mais lui appartenant encore néanmoins.

Pour autant, nombre d’auteurs du XIXème siècle finirent par trouver à ce tiers espace, celui de l’exclusion, certaines vertus : il se révélait un espace d’invention.

C'est ce tiers espace qui intéressa particulièrement Martine Delvaux dans son étude, dont l’approche est volontiers psychologisante. Ce tiers espace, elle l’énonce de fait comme étant aussi un topos de la folie. La folie ne fut-elle pas elle aussi rangée par les soins d’une Doxa prompte à s’amputer des deux bras et des jambes, comme un lieu à part, digne d’études médicales, mais non sans intérêt ? Et l’auteure de remarquer que de ce point de vue, la folie a par ailleurs été aussi envisagée comme l’expression d’une aliénation qui traversait la question de la crispation identitaire, quand elle se faisait lieu de scission du sujet. Or, la folie ne fut-elle pas aussi lue comme l’espace même d’une expression où échapper aux effrois de l’aliénation identitaire ? Le tout par le jeu de traductions et d'altération des identités culturelles ? De quoi méditer à nouveaux frais cette question du métissage…

Dans son étude, Martine delvaux s’est attachée à en comprendre les formulations à travers la lecture de trois personnages de roman : Ourika, une jeune Sénégalaise adoptée par l'aristocratie française du début du dix-neuvième siècle, création de Claire de Duras (1823), Juletane, Antillaise débarquée au Sénégal, imaginée par Myriam Warner-Vieyra (1982), et la narratrice de l’Amant, de Marguerite duras (1984), française née en Indochine.

La folie d'Ourika est clairement liée à son métissage culturel, celui d’une jeune esclave noire élevée au sein d'une société blanche et aristocratique. Objet elle-même, à l’intérieur de ce musée imaginaire construit par ses maîtres, Ourika, en se racontant, finit par conquérir un espace qui va lui appartenir en propre. Dans le second exemple, la narration devient encore le lieu de conquête de soi. Si la vie réelle est le lieu de la folie, l’écriture, thérapeutique, est celui de la liberté. Dans le dernier exemple enfin, le corps de la narratrice, tel qu’il s’écrit dans le fil du récit, s’avère être le lieu de multiples identifications. Avec le Viet-nam d’une part, au travers du vêtement affectionné, mais aussi avec la France, à travers le port d’un simple accessoire, un chapeau, qui va finir par composer "l'ambiguïté déterminante de l'image" de la narratrice qui soudain se voit autre sous cette coiffe étrangère en milieu vietnamien, se voit comme du dehors, introduite par ce dehors dans la circulation de désirs nouveaux. L'Amant se fait ainsi le récit de l'apprivoisement du métissage, affirmant depuis ce lieu improbable du métissage, l’avènement de la jouissance contre la folie, ainsi que l’écrit superbement Martine Delvaux. --joël jégouzo--.

 

http://motspluriels.arts.uwa.edu.au/MP798md.html

Mots Pluriels no 7. 1998 : Le Métis ou le tiers espace de la folie dans Ourika, Juletane et L'Amant , Martine Delvaux.

Partager cet article
Repost0
28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 14:48

societe-pure.jpg

Historien des sciences, c’est un déficit de pensée qu’André Pichot avait comblé avec la publication de son ouvrage : La société pure, de Darwin à Hitler.

Question embarrassante que celle de l’eugénisme… Et particulièrement intéressante à étudier au moment où partout dans le monde se fait jour une nouvelle poussée raciste passablement inquiétante. Car jusque là, médias et historiens pensaient l’avoir verrouillée à l’intérieur de l’idéologie nazie et s’en être débarrassée avec la sortie du nazisme de nos horizons politiques. Or, ce qui transparaît de cette étude serrée, c’est que si l’eugénisme a été très largement laissé dans l’ombre au sortir de la guerre, c’est parce qu’il offrait une image gênante des sociétés de la première moitié du 20è siècle dans les relations pour le moins troubles qu’elles avaient entretenues avec les idéologies racialistes, dont le nazisme. En effet : les premières lois eugénistes par exemple, datent en réalité de 1907. Et elles étaient… américaines. En Suède, elles restèrent en vigueur jusque dans les années 1970… Le Directeur de l'UNESCO, Julian Husley, humaniste social-démocrate, attestait encore, en 1946, de leur bien-fondé. Quant à la Fondation Rockefeller, elle joua un rôle crucial dans son implantation en Europe, en particulier par le financement de laboratoires d’études sur l’eugénisme en Allemagne, dès les années 1920. L’eugénisme était ainsi le lieu commun de la culture scientifique de l’époque, bien avant sa reformulation barbare par Hitler, pressé d’accélérer la purification de la race qui était en marche sous le couvert des études génétiques, en doublant l’eugénisme positif (la génétique) par un eugénisme qualifié de "négatif" car procédant à l’élimination immédiate des agents décrétés "pathogènes" pour la société, sans toucher à ce qui fondait génétiquement leur pathologie : les races inférieures pour Hitler, les malades mentaux et tous les prétendus déviances sexuelles à ses yeux, l’homosexualité en tout premier lieu, dont certains médecins cherchaient déjà les causes dans une aberration génétique quelconque. "Déjà", parce qu’au plus haut sommet de l’Etat français, il y a peu, d’aucuns prétendaient toujours voir dans l’homosexualité une maladie…

Si par ailleurs on a voulu faire de Gobineau le père de cette idéologie, c’est en réalité du côté de Darwin qu’on en trouve les fondements. On lui doit entre autres l’interprétation des problèmes sociaux en termes biologiques. Mais bien sûr, son prestige est aujourd’hui intact. Ce ne sont ainsi pas les horreurs nazies qui ont fait disparaître l’eugénisme, mais les progrès de la médecine, qui nous a offert de surcroît un changement de lexique, l’eugénisme "positif" du siècle passé ayant trouvé à s’inscrire dans le cadre de la recherche génétique sous d’autres qualifications. Mais cette dernière, très à la mode désormais, ne campe-t-elle pas sur les mêmes questionnements ? Comme d’empêcher par exemple la naissance d’individus malades. Ouvrant du coup la nécessité de reposer à nouveaux frais la question de savoir de quoi l’on parle exactement en génétique, tout comme celle de mieux évaluer comment ce réinvestissement a pu, ou non, préparer le terrain culturel à un racisme considéré aujourd’hui comme "acceptable", et qui semble bien ne pas troubler grand monde. Reste ainsi à étudier la recomposition de ce racisme contemporain dans la lignée des études génétiques post-eugénistes, pour en comprendre les articulations, rien moins que redoutables…--joël jégouzo--

 

La société pure, de Darwin à Hitler, André Pichot, Flammarion, coll. Sciences, octobre 2001, EAN : 978-2080800312.

Partager cet article
Repost0
26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 23:00

couvRace.jpg53% des blancs américains pensent que les Afro-américains sont moins intelligents que les blancs (enquête de l’université de Chicago).

62% pensent qu’ils sont plus enclin à préférer vivre des aides sociales.

Les travaux de la Commission du XXIème siècle sur la situation des afro-américains révèlent que ce sont ces derniers qui, aux States, ont l’espérance de vie la plus faible.

A qualification égale, leur taux de chômage est deux fois supérieur à celui des blancs. Lorsqu’ils sortent des universités, à diplôme égal, leur taux de chômage est trois fois supérieur à celui des blancs.

1 noir sur 4, âgé de 20 à 29 ans est derrière les barreaux.

A même crime, les condamnations sont plus lourdes pour les noirs que les blancs.

Depuis 1960, le taux de suicide chez les jeunes noirs a été multiplié par 2.

Les Noirs américains meurent prématurément des 12 maladies les plus répandues et pour lesquelles il existe un traitement efficace aux Etats-Unis.

Studs Terkel est mort. Son ancienne station de radio, à Chicago, fut, le jour de sa mort, saturée d’appels de reconnaissance et de témoignages d’affection.

Studs avait commencé à travailler dans les années 30, comme acteur. Mais Mc Carthy l’avait fait sortir du circuit. Entré à la radio, ses brillantes chroniques en firent l’un des animateurs radio les plus célèbres des Etats-Unis.

 

Le livre publié par les éditions Amsterdam est en fait un recueil d’entretiens et de notes de Studs, consignant jour après jour les témoignages sur le racisme ordinaire des américains. Avec patience, Studs collecta des centaines, des milliers de témoignages et pas moins d’entretiens, de rencontres, de réflexions sur la question, observant inlassablement monter la gangrène du racisme aux Etats-Unis, jusqu’à découvrir, au tournant de notre siècle, que toute l’Amérique était devenue raciste.

 L’ensemble est spectaculaire. Une bombe. Un brûlot révélant que si dans les années 60 une espérance avait pu légitimement se lever au sein de la population noire américaine, si l'on avait pu croire un temps que le racisme pouvait être vaincu, force était de reconnaître que depuis, les choses avaient bien changé. Et c’est ainsi toute l’évolution de la question raciale que cet ouvrage donne à saisir, des années 50 à nos jours.

Un document exceptionnel, encore une fois, et non pas une étude scientifique froide, indifférente au sort des gens, hautaine. Ici, la chair, non une chaire édifié pour la glorification de soi. La chair à vif dans les parcours que Studs reconstruits, en particulier de ces familles qu’il a suivi sur près de 40 ans ! Des familles qui ont fini par basculer dans une totale misère.

Misère qu’il consigne sans fard et dont il scrute avec intelligence les fondements et les étapes. Celle, tout d’abord, de la disparition de l’emploi dans les quartiers noirs, clés de toutes les difficultés qu’ils devaient ensuite affronter. Celle ensuite du bouclage des noirs dans le périmètre de l’aide sociale, renforçant leur exclusion, élargie du coup brutalement aux familles dans leur entier. Celle encore de l’embourgeoisement de l’école, non de l’instruction : la confiscation des moyens scolaires par les classes aisées, à la faveur des rénovations urbaines. Celle, enfin, dernière étape en cours, de l’exclusion linguistique : dans certains quartiers on ne parle plus l’américain standard, mais une langue du ghetto, à l’usage de son seul espace !

Et Studs d’observer encore comment ces étapes purent si facilement se déployer : par la trahison politique des couches moyennes riches, désertant l’Histoire et courant se réfugier dans une identité résidentielle conquise à la faveur de la rénovation urbaine et du boom de l’immobilier.

Et c’est enfin une réflexion d’une exceptionnelle pertinence qu’il nous livre, à décortiquer les problèmes sémantiques posés aux Etats-Unis au sujet de la dénomination des noirs américains, très improprement qualifié en dernier recours d’afro-américains, rappelant avec justesse que derrière nos catégories lexicales se dressent de vrais seuils idéologiques.joël jégouzo--.

 

Race. Histoire orales d’une obsession américaine, Studs Terkel, traduit de l’américain par Myriam Dennehy, Christophe Jacquet et Maxime Cervulle, éd. Amsterdam, octobre 2010, 560 pages, 23 euros, EAN : 978-2354800802.

Touch and Go : A Memoir, Studs Terkel, The New Press, illustrated edition, janvier 2008, 288 pages, 19 euros, EAN : 978-1595580436.

Partager cet article
Repost0
26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 23:00

couvRace.jpg53% des blancs américains pensent que les Afro-américains sont moins intelligents que les blancs (enquête de l’université de Chicago).

62% pensent qu’ils sont plus enclin à préférer vivre des aides sociales.

Les travaux de la Commission du XXIème siècle sur la situation des afro-américains révèlent que ce sont ces derniers qui, aux States, ont l’espérance de vie la plus faible.

A qualification égale, leur taux de chômage est deux fois supérieur à celui des blancs. Lorsqu’ils sortent des universités, à diplôme égal, leur taux de chômage est trois fois supérieur à celui des blancs.

1 noir sur 4, âgé de 20 à 29 ans est derrière les barreaux.

A même crime, les condamnations sont plus lourdes pour les noirs que les blancs.

Depuis 1960, le taux de suicide chez les jeunes noirs a été multiplié par 2.

Les Noirs américains meurent prématurément des 12 maladies les plus répandues et pour lesquelles il existe un traitement efficace aux Etats-Unis.

Studs Terkel est mort. Son ancienne station de radio, à Chicago, fut, le jour de sa mort, saturée d’appels de reconnaissance et de témoignages d’affection.

Studs avait commencé à travailler dans les années 30, comme acteur. Mais Mc Carthy l’avait fait sortir du circuit. Entré à la radio, ses brillantes chroniques en firent l’un des animateurs radio les plus célèbres des Etats-Unis.

 

Le livre publié par les éditions Amsterdam est en fait un recueil d’entretiens et de notes de Studs, consignant jour après jour les témoignages sur le racisme ordinaire des américains. Avec patience, Studs collecta des centaines, des milliers de témoignages et pas moins d’entretiens, de rencontres, de réflexions sur la question, observant inlassablement monter la gangrène du racisme aux Etats-Unis, jusqu’à découvrir, au tournant de notre siècle, que toute l’Amérique était devenue raciste.

 L’ensemble est spectaculaire. Une bombe. Un brûlot révélant que si dans les années 60 une espérance avait pu légitimement se lever au sein de la population noire américaine, si l'on avait pu croire un temps que le racisme pouvait être vaincu, force était de reconnaître que depuis, les choses avaient bien changé. Et c’est ainsi toute l’évolution de la question raciale que cet ouvrage donne à saisir, des années 50 à nos jours.

Un document exceptionnel, encore une fois, et non pas une étude scientifique froide, indifférente au sort des gens, hautaine. Ici, la chair, non une chaire édifié pour la glorification de soi. La chair à vif dans les parcours que Studs reconstruits, en particulier de ces familles qu’il a suivi sur près de 40 ans ! Des familles qui ont fini par basculer dans une totale misère.

Misère qu’il consigne sans fard et dont il scrute avec intelligence les fondements et les étapes. Celle, tout d’abord, de la disparition de l’emploi dans les quartiers noirs, clés de toutes les difficultés qu’ils devaient ensuite affronter. Celle ensuite du bouclage des noirs dans le périmètre de l’aide sociale, renforçant leur exclusion, élargie du coup brutalement aux familles dans leur entier. Celle encore de l’embourgeoisement de l’école, non de l’instruction : la confiscation des moyens scolaires par les classes aisées, à la faveur des rénovations urbaines. Celle, enfin, dernière étape en cours, de l’exclusion linguistique : dans certains quartiers on ne parle plus l’américain standard, mais une langue du ghetto, à l’usage de son seul espace !

Et Studs d’observer encore comment ces étapes purent si facilement se déployer : par la trahison politique des couches moyennes riches, désertant l’Histoire et courant se réfugier dans une identité résidentielle conquise à la faveur de la rénovation urbaine et du boom de l’immobilier.

Et c’est enfin une réflexion d’une exceptionnelle pertinence qu’il nous livre, à décortiquer les problèmes sémantiques posés aux Etats-Unis au sujet de la dénomination des noirs américains, très improprement qualifié en dernier recours d’afro-américains, rappelant avec justesse que derrière nos catégories lexicales se dressent de vrais seuils idéologiques.joël jégouzo--.

 

Race. Histoire orales d’une obsession américaine, Studs Terkel, traduit de l’américain par Myriam Dennehy, Christophe Jacquet et Maxime Cervulle, éd. Amsterdam, octobre 2010, 560 pages, 23 euros, EAN : 978-2354800802.

Touch and Go : A Memoir, Studs Terkel, The New Press, illustrated edition, janvier 2008, 288 pages, 19 euros, EAN : 978-1595580436.

Partager cet article
Repost0
4 octobre 2010 1 04 /10 /octobre /2010 10:03

lingua francaOn le sait : l’unité linguistique de la France ne s’est opérée que très tardivement. Il n’y a qu’à lire les rapports d’inspection du XIXème siècle, pour comprendre en outre dans quelles conditions s’est opérée cette unification linguistique : brimades, sanctions, répressions, les petits ardéchois n’étaient par exemple pas à la fête, conviés à apprendre une langue qui leur était étrangère, enseignée qui plus était par des maîtres qui eux-mêmes ne la parlaient pas – en Haute Ardèche, les archives des rapports d’inspection des maîtres fourmillent d’observations truculentes à ce sujet, surtout pour la première moitié du siècle : quand un maître faisait moins de vingt fautes à sa dictée, l’inspecteur était aux anges…

 

 On parla donc tardivement français en France. Tardivement signifiant ici qu’il a fallu attendre la fin de la première guerre mondiale pour espérer entendre les français parler en français. Jusque dans la boue des tranchées, les ordres pleuvaient dans toutes les langues : il fallait sauver les restes de l’Empire défunt en sacrifiant encore des bataillons de bons et loyaux serviteurs étrangers, tirailleurs sénégalais et autres indochinois, enrôlés par abus de misère pour tomber sur des champs qui n’étaient pas les leurs. Et quant aux troupes formées des indigènes du terroir, les ordres leurs demeuraient souvent opaques dans ces français approximatifs dans lesquels ils étaient formulés.

 

 Et bien évidemment, le français que l’on "baragouinait" ici et là dans l’Empire n’était pas plus considéré que l’on avait considéré jusque là, dans ce que l’on continue d’appeler le trésor de la langue française, les apports des classes "dominés". Il n’est que de se rappeler la fameuse querelle des "gemmes", qui vit un Vauvenargues narquois entrer le sourire aux lèvres dans cette disputation visant à déterminer les origines d’un terme que les banquiers et les paysans semblaient se partager (le gemme, pierre précieuse, et l’action de gemmer, qui signifiait à la campagne greffer deux plantes). Les pignoufs ne pouvaient avoir fait preuve d’invention… Les banquiers, mais c’était bien sûr, avaient certainement créé le mot dans leur beau latin d’aigrefins… Or il fallut en rabattre… On oublia la querelle dès qu’il fut établi que la création relevait des pignoufs…

 

 otsiémi-bouchePendant des siècles, les échanges entre riverains de la Méditerranée se firent dans une langue étonnante : la lingua franca. Méprisée, ignorée par les universitaires, les travaux de Jocelyne Dakhlia (EHESS) viennent aujourd’hui en révéler l’importance. Cette langue a surgi dans un contexte qui plus était complexe, au sein de cet espace méditerranéen fragmenté en mille familles linguistiques, romanes, sémitiques, slaves, etc., articulant des clivages religieux sévères. Elle apparut semble-t-il dès le XIIème siècle, au Proche-orient, pour connaître son apogée à l’époque moderne. A quoi devait-elle son succès ? A la simplicité de son apprentissage, certes, indique Jocelyne Dakhlia, mais tout en soulignant ce qui, au fond, était sa caractéristique majeure et pour nous la plus intéressante : l’absence de dimension identitaire dans sa structure même, laissant le grain des voix filer comme il le voulait entre les rives de ces mondes allochtones.

 

 Aucune des cultures concernées ne se l’appropria donc. Essentiellement parlée, sans postérité littéraire, sa forme resta labile, ouverte aux apports, sans cesse renouvelés. Une langue qui ne connut pas non plus le phénomène de la créolisation. Mais pour le monde cultivé d’alors, un jargon. Déprécié mais efficace, avec son socle roman, franco-provinçal plus exactement, italien sur les versants du Levant, espagnol au Maghreb, s’enrichissant de mots arabes, turques, etc. Il n’est pas jusqu’à Molière qui ne s’en soit fait l’écho dans ses pièces (cf Le Bourgeois gentilhomme).

 

 Une langue dont l’usage, étudie Jocelyne Dakhlia, ne se limitait en outre pas aux seuls échanges entre maîtres et esclaves, comme on a pu le croire longtemps, mais partagées entre esclaves, razziés de tous les coins du monde, l’apprenant pour communiquer entre eux et s’assurer d’un espace où témoigner de leur condition. Mais aussi nous apprend-elle, la langue des marchands et des populations urbaines, poussant même ses mérites jusque dans les négociations diplomatiques.

 

 C’est la colonisation française qui mit fin à cette expérience linguistique. Au départ, on fournit aux soldats de l’Expédition d’Alger (1830) des lexiques en lingua franca. Mais très vite son usage fut interdit, pour être remplacé par celui du français. Ironie du sort, de nos jours, une lingua franca s’invente de nouveau en Algérie, dans les relations marchandes entre algériens et… chinois. Ailleurs, en Afrique par exemple, un français s’invente, truculent, comme dans le cas des romans de Janis Otsiémi, spectaculaire, véritable indigénisation de la langue française, la déployant dans de nouvelles ressources langagières, trépignant de trouvailles en richesses, inventives à l’extrême et ne gaspillant jamais son français en formulations marmoréennes. Une chance pour nous qui parlons trop souvent notre mauvais français d’apparat : l’espoir d’un monde plus complexe ! –joël jégouzo--.

 

J. Dakhlia, Lingua franca. Histoire d’une langue métisse en Méditerranée, Actes Sud, 2008, 591 pages, EAN13: 9782742780778http://plurilinguisme.europe-avenir.com/index.php?option=com_content&task=view&id=2127&Itemid=88888944

Article du Monde du 17 février 2010, sur l’usage d’une langue cassée entre chinois et algériens.

NRP, septembre 2010, n°619, issn : 1636-3574, 7,50 euros

Janis Otsiémi, La Bouche qui mange ne parle pas, éditions Jigal, septembre 2010, 15 euros, ISBN 978-2-914704-73-1

http://www.k-libre.fr/klibre-ve/index.php?page=livre&id=1058

Observatoire européen du plurilinguisme :

Partager cet article
Repost0
1 octobre 2010 5 01 /10 /octobre /2010 07:00

mateo-1.jpgO Paluno Krecuno (Le Dernier Noël) – Matéo Maximoff (1917-1999)

"(…) Ici, c’était le terrain destiné seulement aux Rroms, à plus de deux kilomètres du centre de la ville. Il n’y avait à proximité qu’un petit ruisseau. Tout le reste, il fallait aller le chercher au village le plus proche."



Matéo Maximoff raconte alors Noël, l’abondance, les petits enfants exclus de la Joie, la violence, la solitude. C’est qui le Père Noël ? C’était le premier Noël du petit Milaï. Un rrom. Emu devant le cadeau si mince qui trônait dans la charrette. Son premier. Et dernier : ensuite, il fut déporté.

 

 

Il existe une littérature rrom. Ancestrale même. Certes, longtemps orale pour l’essentiel : des contes, des proverbes, des récits de vie. Peu connue chez nous, tellement sensibles sur la question des rroms. Dès les années 1920, une littérature apparaît en langue rromani. En URSS tout d’abord. Puis en Pologne et puis dans les années 70, une avant-garde surgit, de rroms serbes d’expression croate. Dans toute cette production attentivement compulsée par Marcel Courthiade, la poésie domine très largement –selon lui, parce que la langue rromani a tardé à se fixer, et que la matière lexicale était du coup plus facilement mobilisable dans la forme du poème que dans celle du roman).

 

 La très belle étude de Marcel Courthiade, malheureusement inédite à ce jour, tente d’appréhender les thèmes et les formes que cette littérature contemporaine a prise. Littérature plurielle, intéressante pour nous, qui sommes trop souvent enfermés dans des problématiques nationales, car elle se fit dépositaire d’une identité complexe, traversée par les pérégrinations des territoires arpentés par les rroms. Une littérature salutairement marquée par des identités ouvertes en somme, accueillant subtilement des unités culturelles très hétéroclites. Et bien sûr, une littérature qui connut son moment épistémologique disons, celui du regard sur soi ne s’épargnant pas d’inspecter les stéréotypes dans lesquels on enfermait les Rroms : l’amour de la liberté, la virtuosité musicale, la passion amoureuse débridée, la délinquance, l’arriération, la cruauté, l’instabilité…

 

 D’une façon tout à fait intéressante, Marcel Courthiade explore les thèmes identitaires constitutifs de cette littérature. Et contrairement à toute attente, le plus prégnant est celui des origines : l’Inde, "la petite mère noire" (Fikria Fazlia), horizon fantasmatique du grand retour improbable, quête inouïe de la terre des Ancêtres. Une littérature dans laquelle on croise Kali, la déesse tutélaire de Kannauj, vénérée des Rroms, plutôt que la Vierge Noire des Saintes-Maries.

 

Si l’Inde en fut l’un des thèmes les plus obsédants, l’exil et le voyage, tout naturellement, soutenaient à bout de bras cet horizon poétique. Un voyage souvent poignant, témoignant de la grande misère des rroms sur des routes d’exil qui se transformèrent trop vite en chemins de persécutions. Bouleversante allégorie, au demeurant, de notre propre itinéraire comme civilisation indo-européenne. Chemin de Croix, évidemment, porté en langue rromani, attachée à une vision du monde ouverte, encore une fois, à tout ce qui n’était pas le monde rrom, et c’est sans doute ce qui fait la grandeur de cette littérature, qu’elle ne soit pas une littérature "ethnique" !--joël jégouzo--.

 

Marcel Couthiade, La Littérature des Rroms, Compendium à l’usage des étudiants de l’Inalco, section langue et civilisation rromani, INALCO, 2007.

Le prix de la liberté, de Matéo Maximoff, éd. Wallada, avril 1996, ISBN-13: 978-2904201226

Roma (Person) : Django Reinhardt, Ilona Varga, Mateo Maximoff, Paco de Lucia, Romani Rose, Otto Rosenberg, Settela Steinbach, Jose Ant, sous la direction de Bucher Gruppe, Books LLC, juillet 2010, langue : allemand, 176 pages, ISBN-13: 978-1159301057.

Projet éducation des enfants roms en Europe (Document Conseil de l’Europe):

http://www.coe.int/t/dg4/education/roma/Source/FS/6.2_french_corr.pdf

The Politics of Everyday Life in Vichy France: Foreigners, Undesirables, and Strangers, Shannon L. Fogg, Cambridge University Press, nov 2008, 250 pages, langue anglaise, isbn 13 : 978-0521899444.

Partager cet article
Repost0
30 septembre 2010 4 30 /09 /septembre /2010 09:09

 

rromanis-voice.jpgLe racisme, c’est bien connu, se nourrit (en même temps qu’il les nourrit) de confusions et d’approximations quant aux populations ciblés. Ainsi des Rroms, vaguement assimilés, aujourd’hui encore, aux "gens du voyage", nomades sans professions, mieux : sans origine attestée… Le tout dans l’oubli savamment entretenu des rroms médecins, commerçants, chefs d’entreprise, écrivains, enseignants… Le tout dans l’ignorance des faits : seuls 4% de la population rrom est réellement "mobile" !

 

 Sans origine, les rroms ? Rien n’est moins établi pourtant : les Rroms sont issus d’un peuple sédentaire, qui a dû quitter l’Inde au XIème siècle, pour fuir les persécutions dont il était victime. Originaires de Kannauj, qui était alors la capitale culturelle et économique de l’Inde du Nord, détruite en 1018. Le tout est fermement établi par un chroniqueur arabe du XIème siècle, Abu Nasr Al-'Utbi  (dans son livre : Kitab al-Yamini). Ils sont arrivés dans l’Empire byzantin aux XIIème - XIIIème siècles, avant de s’éparpiller en Europe, où ils formèrent une Nation désormais essentiellement européenne, "sans territoire compacte" évidemment, ainsi que l’explique l’universitaire Marcel Courthiade.

 

 Dès 1422, des documents attestent de leur présence en Europe, où ils furent l’objet de nouvelles persécutions. Et pour mieux se dédouaner de l’oppression qui les visait, l’Europe fabriqua le thème de leurs mystérieuses origines et démultiplia leurs dénominations pour entretenir la confusion qui allait leur être à bien des moments de notre histoire, fatale.…

 

 Rroms, pourtant. Le mot lui-même a été étudié de près par Marcel Courthiade. Il désignait d’abord une communauté cultivée. Rroms, un mot par lequel ils se nommaient, plutôt que le terme de "tsigane" maintenu pourtant jusqu’à nos jours et qui relevait, lui, d’une désignation exogène traduisant le mépris dans lequel on voulait enfermer ce peuple. Tsigane, du grec médiéval Athinganoi, qualifiait en effet une secte qui se revendiquait de Melchisédec, secte de "Purs" qui refusaient tout contact avec les autres populations, d’où leur mise à l’écart comme "Intouchables". Pourchassée, elle disparue vers l’an 1000. Par la suite, nous apprend Marcel Courthiade, l’on attribua ce vocable aux gens simples, pauvres. Ce mépris accompagnera le vocable tout au long des siècles.

 

 Rroms encore, plutôt que Gitan (Gypsy), dont Marcel Courthiade nous apprend qu’il s’agissait d’une forme populaire corrompue de l’Egyptien, d’un nom donné aux rroms par les premiers Croisés ! Quant à celui de Bohémiens, il fut "cordialement" accolé aux rroms qui transitèrent par la Hongrie, la Bohème.

 

Rroms donc, désormais, pour nous. Avec en suspens, une réflexion que l’on ne se fait guère, moins sur les raisons de leurs migrations (les persécutions), moins sur les raisons de leur dispersion (les persécutions), que sur leur formidable capacité à s’adapter aux effroyables conditions qui leur furent imposées, au point que de sédentaires, ils firent du voyage un élément de leur culture et conservèrent, dans cette dispersion, leur identité et leur langue.--joël jégouzo--.



Marcel Courthiade : Compendium à l’usage des étudiants de l’INALCO, section langue et civilisation rromani.

Marcel Courthiade, est le responsable de langue et civilisation rromi à l'Institut national des langues et civilisations orientales, secrétaire adjoint de l'Union romani internationale.

On lira avec intérêt son article de L’encyclopédie Universalis : Les Rroms :

http://www.universalis.fr/encyclopedie/rom/

Les Rroms dans les belles lettres européennes, Marcel Courthiade, Rajko Djuric, Edition L'Harmattan, 2000, 189 pages, 17 €, ISBN 2-7475-5878-9.

Sagesse et humour du Peuple Rrom, Proverbes collectés, traduits et présentés par Marcel Courthiade, classés par Stella Méritxel Pradier et illustrés par Ferdinand Koçi.

 

A lire aussi :

Roma And Egyptians In Albania: From Social Exclusion To Social Inclusion, Hermine G.De Soto, Sabine Beddies, Ilir Gedeshi, World Bank Publications, juill 2005, 310 pages, Anglais, ISBN-13: 978-0821361719.

Gypsy Identities 1500-2000: From Egipcyans and Moon-Men to the Ethnic Romany, David Mayall, Routledge, oct 2003, 328 pages, ISBN-13: 978-1857289602.

The Romani Voice In World Politics: The United Nations And Non-State Actors, Ilona Kilmova-Alexander, Ashgate Publishing Limited, mars 2005, Collection : Non-state Actors in International Law, Politics and Governance Series, 195 pages, ISBN-13: 978-0754641735.

Voir aussi le très beau travail du Lycée de l’Ort, à Strasbourg, sur la déportation des Rroms et les camps français d’internement des rroms :

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://www.strasbourg.ort.asso.fr/concours_national/_imgs/37.jpg&imgrefurl=http://www.strasbourg.ort.asso.fr/concours_national/aide17.htm&usg=__X_xBugO4HMnVEkQfpVVzmnkafFQ=&h=445&w=318&sz=64&hl=fr&start=161&zoom=1&um=1&itbs=1&tbnid=1LQP8XNCaHXBcM:&tbnh=127&tbnw=91&prev=/images%3Fq%3Dsamudaripen%26start%3D144%26um%3D1%26hl%3Dfr%26sa%3DN%26rlz%3D1T4ADRA_frFR377FR378%26ndsp%3D18%26tbs%3Disch:1http://wn.com/KANNAUJ__La_ville_des_rroms

 

Partager cet article
Repost0
25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 07:39

drapeaux-islamDans une superbe présentation en couleur, les éditions Buchet Chastel offrent un panorama exhaustif des emblèmes de l’Islam.

Soit quatre cent soixante-huit drapeaux, qui racontent son histoire depuis le VIIe siècle, début de son incroyable aventure politico-spirituelle. Un ouvrage particulièrement utile, par les temps qui nous viennent, évoquant un univers aussi vaste que riche et méconnu. Cette science au nom barbare, en outre, la vexillologie (de vexillum, étendard romain) nous est exposée ici dans une langue simple et efficace, intéressant directement notre présent. Description de chaque drapeau, détermination de ses origines, explication de son évolution, de son symbolisme, les notices qui encadrent chaque présentation témoignent d’une belle rigueur intellectuelle. Les différents apports sont également retracés avec concision, sans renoncer à l’exhaustivité d’un effort qui nous éclaire au passage sur la signification des symboles les plus forts de l’Islam, comme celui du croissant et de l’étoile. Le tout inscrit dans des réflexions politiques renseignant les orientations qui ont marqué le destin de l’islam, d’une façon tout à fait originale, ainsi des éclaircissements concernant les quatre couleurs fondamentales qui apparaissent dans leur signification première : le vert de Mahomet, le blanc des Umayyades, le noir des Abbassides et le rouge des Fatimides. Chacune manifeste une personnalité historique autant qua nationale, orientant chaque fois, selon l’importance donnée à telle couleur au sein de l’emblème, les intentions historiques, l’identité de référence, la symbolique sociale, etc... Regrettons toutefois l’absence d’un planisphère, fort utile pour nous aider à nous représenter clairement l’étendue géographique de l’islam dans le monde.--joël jégouzo--.

 

Les Drapeaux de l'Islam : De Mahomet à nos jours, de Pierre C. Lux-Wurm, Buchet Chastel, oct. 2001, 343 pages, 42,75 euros, ISBN-13: 978-2283018132.

Partager cet article
Repost0
18 juin 2010 5 18 /06 /juin /2010 07:19

subalternes.jpgLa notion de Postcolonial paraît revêtir un flou conceptuel plutôt intéressant, qui en assure de fait la rentabilité épistémologique. Articulant l’ici et le là-bas, l’aujourd’hui et le hier, elle ne se conçoit que dans ces va-et-vient spatio-temporels, interdisant que l’on énonce l’approche en termes de système. On aurait ainsi plutôt affaire à une pragmatique, dédiée au monde en train de se faire. De l’aveu de ses auteurs (français), elle se décline comme un patchwork, ouvrant plusieurs perspectives à la fois, regards nomades instruisant des écritures nomades, en outre largement soumises à des effets de traduction. Une pensée éclatée en somme, une pensée du fragment. Les études postcoloniales forment ainsi une galaxie intellectuelle née de la circulation des savoirs entre les continents, et dont l’ambition n’est rien moins que de décentrer le vieux questionnaire des sciences humaines, pour installer au cœur de l’Académie un pluralisme épistémologique plus fécond que le verrouillage disciplinaire qui la rassure habituellement. Et installer du coup dans la maison universitaire d’autres interrogations et surtout : d’autres savoirs.

En France, pour être pratique, disons que ces études offre des chances nouvelles pour poser d’autres questions sur le problème de la banlieue, de la nation, de la citoyenneté ou de l’immigration.

Enfin, il est stimulant, pour ne pas dire réconfortant, de découvrir que, issues des périphéries (Palestine avec Edward saïd, Inde avec Homi Bhabha, etc.), accueillies par les grandes universités américaines, ce qui fait retour avec les études postcoloniales ce sont les pionniers français de la déconstruction des méta-récits occidentaux, à savoir : les Derrida, Lacan, Foucault, Deleuze. Ceux qui, en leur temps et contre l’arrogance d’un sujet universel enrégimentant le monde sous la botte du concept, n’ont cessé d’exposer ce sujet et ses concepts à l’Histoire.--joël jégouzo--.

 

 

La situation postcoloniale, de Marie-Claude Smouts, Presses de Sciences Po, coll. Références, sept. 2007, 456 pages, I.S.B.N. 9782724610406.

Les Subalternes peuvent-elles parler ?, de Gayatri Chakravorty Spivak, Traduction de Jérôme Vidal, Editions Amsterdam, coll. Provincialiser l’Europe, mai 2009, 112 pages, 13 euros, ISBN 978-2-915547-28-3.
Partager cet article
Repost0