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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 06:44

finky.jpgRien ne va plus dans le camp des élites. Naguère structurées par le modèle du Courtisan dont Baldassar Castiglione avait définit avec talent les usages et les formes, aujourd’hui, un nouveau type d’élites émerge, qui se moquent éperdument de ce vieux modèle poussiéreux du courtisan disert, celui des élites de la finance. Des élites moins obséquieuses (l’obséquiosité était le fait des élites culturelles) que brutales, cyniques, impudentes. Et le monde de l’art et de la culture ne s’y est (presque) pas trompé, qui depuis l’élection de Sarkozy s’est plus fortement mobilisé que dans les vingt décennies précédentes, contre l’anti-intellectualisme de l’Etat français. Un anti-intellectualisme évidemment plus particulièrement affiché par notre cher Président, décomplexé au possible, et de loin le plus inculte de tous les présidents que toutes les républiques françaises aient produit… Un président qui n’aura eu de cesse de ridiculiser la langue française, l’esprit français et sa culture. Il est piquant, de ce point de vue, d’observer dans le même temps que ce désarroi des intellectuels se sera d’abord traduit par une véritable curée aux prébendes, en ralliements plus pitoyables les uns que les autres, pour s’assurer chacun une part de la plus méprisable gaufre que l’histoire de la petite cuisine gouvernementale à la française ait fourbie… Le Président bling-bling au parler douteux, à la culture étriquée, si ouvertement méprisant à l’égard du savoir et de l’expertise scientifique, plus particulièrement quand il s’agissait des sciences sociales et humaines, aura ainsi largement aidé nos élites intellectuelles à conjuguer le grotesque au scandaleux, dévoilant au passage –c’est son seul mérite- leur peu de crédibilité… Sarkozy, la médiocrité française incarnée, triomphe absolu du philistin aura dans le même temps permis à ces pseudos intellectuels de passer pour perte et profit les inégalités culturelles, qui se sont spectaculairement creusées ces vingt dernières années.

Ce divorce entre les élites de savoir et les élites de pouvoir, pourtant, affirme Philippe Coulangeon dans son dernier essai, est au fond une aubaine. Car la violence symbolique de la culture est toujours plus difficile à contrer, tant elle paraît plus acceptable que la violence de l’argent. En gros, la ploutocratie serait préférable à la distinction, du point de vue des luttes sociales. Si bien que ce divorce pourrait se traduire par une vraie opportunité : le desserrement des arguments symboliques de la domination pourrait laisser filtrer de nouvelles révoltes qui, elles, auraient enfin des chances de réussir. La domination de l’argent roi, moins sournoise que celle de la culture, est en effet un accélérateur de révolte. Sans doute. Reste à méditer sur la domination par la culture, sitôt l’effet ploutocrate gommé. --joël jégouzo--.

 

 

Philippe Coulangeon, Les métamorphoses de la distinction. Inégalités culturelles dans la France d'aujourd'hui, Paris, Grasset, coll. " Mondes vécus ", 2011, 168 pages, 15 euros, ean : 978-2246769712

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 06:43

caryotype-homme-femme.jpgL’hôtesse d’accueil, à la fin de sa carrière, avec ses fesses en forme de chaise, témoigne que si l’homme est Homme, la femme n’est dans notre imaginaire qu’un Homme de sexe féminin… Un homme qui met pourtant au monde la totalité des hommes masculins et féminins, réalité que l’innomé de la locution Homme et notre soumission à son ordre ne saurait dissimuler, sinon au prix d’une phobie dont on serait avisé de mesurer le coût…

Au delà de la drôlerie de l’ambiguïté linguistique, c’est son intériorisation que parcourt avec force Louise Desbrus(ses), auteure P.O.L., renversant tout notre rapport à la psychanalyse freudienne pour lever sous l’hystérie mâle du garçon découvrant avec effarement sa privation d’utérus, les troubles psychiques qui en résulteraient et qui n’ont jamais été sérieusement envisagés dans notre société d’hommes, faites par et pour les Hommes de genre masculin. Comme si au fond le désir du meurtre de la mère relevait d’un tabou plus fort encore que celui du meurtre du père. Ce à quoi Vanessa Place, avec son réconfortant constat d’une société au creux de laquelle vivre c’est y mourir d’ennui, répond par la mise en demeure réjouissante de l’identité mâle, trop souvent exhibée comme la parade fastidieuse de performers aux performances douteuses, compensant leur impuissance à être tout à fait des hommes (masculins) en fabriquant un monde complètement factice. Il vaut la peine de suivre sa démonstration jusqu’au bout, notamment quand elle s’attaque à l’art masculin, déguisant plutôt qu’affirmant, recourant volontiers à l’obscurité (qu’il nomme profondeur), pour dissimuler son besoin de reconnaissance tout entier enrôlé sous la quête de l’autorité, nécessairement transcendante, du Grand Art ou de la Kultur… Et c’est tout l’inconscient hétéro-rhétorique des milieux sociaux dominants qui en prend un coup dans ce repérage intellectuel, tout comme celui de ce langage où se sont imprimés les usages du discours masculin du monde, dont la seule issue est de rater ses énonciations, s’il veut espérer toucher quoi que ce soit de fort. --joël jégouzo--.

 

 

Tina 8, Gender surprise, TINA n° 8 / GENDER SURPRISE, revue de 224 pages, Format : 15 x 21 cm, 24 août 2011, 15 euros, isbn :978-2-915453-87-4

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8 novembre 2011 2 08 /11 /novembre /2011 06:35

editee-en-1914.jpgDe 1830 à 39-45, 1.000.000 d’africains sont morts pour la France.

La mention "Mort pour la France" fut accordée en vertu des articles L488 à L492bis du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre, instituée par la loi du 2 juillet 1915 et modifiée par la loi du 22 février 1922 au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Les textes qui ont étendu ultérieurement ce droit sont codifiés dans l'article L.488 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre qui stipule que "doit, sur avis favorable de l'autorité ministérielle, porter la mention "mort pour la France", tout acte de décès d'un militaire ou civil tué à l'ennemi ou mort dans des circonstances se rapportant à la guerre".

Avec cette réserve que la preuve devait être apportée que la cause du décès était bien la conséquence directe d'un fait de guerre.

Par ailleurs, la nationalité française était exigée pour les victimes civiles de la guerre, y compris les déportés et internés politiques.

Aujourd’hui, le Ministère des armées se refusent à donner la liste exhaustive de tous les algériens morts pour la France, au prétexte qu’un tel fichier n’existerait pas, ce qui est évidemment faux, puisque ces algériens ont été recensés ne serait-ce que pour l’attribution de la pension à laquelle la nature de leur mort ouvrait droit.

Sur son site, 1323 mentions seulement ont été retenues, offrant noms prénoms et date de naissance, très rarement le département de naissance de ces morts, mais jamais la date exacte de la mort, ni son lieu.

L’ensemble est regroupé sous la catégorie "Afrique"… 162 310 morts nord-africains pour la France sont officiellement recensés pour la guerre de 14-18. L’immense majorité de ces hommes était algérienne. Sur un décompte de 300 000 morts de l’Armée d’Afrique. --joël  jégouzo--.

 

image : une carte postale éditée en 1914...

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21 octobre 2011 5 21 /10 /octobre /2011 07:43

tour-de.jpgNos arrière-grands-parents plan-chaient encore sur ce manuel destiné à l'édification de leur belle jeunesse.
Roman d'éducation à la française, ce Tour de France est le récit d'un voyage que deux orphelins lorrains accomplissent pour retrouver leur seul parent vivant : un oncle exilé à Marseille. André et Julien Volden ont respectivement 14 et 17 ans. Ils ont franchi clandestinement la frontière allemande qui sépare, depuis 1871, la "pauvre" Alsace-Lorraine de la France. Fidèles à la mémoire de leur père (mort en expirant son dernier appel : "France !"), ils n'ont qu'un but : vivre dans cette France qu'ils ne connaissent pas, mais pour laquelle ils nourrissent une définitive passion... d'orphelins ! Le message est limpide. Curieusement d'ailleurs, ils s'éprouvent comme séparés de la mère Patrie (Heimat, avoueraient-ils pour un peu, et en allemand encore, si on les y poussait), dans laquelle ils n'ont jamais mis les pieds, mais pour laquelle ils n'hésitent pas à quitter leur "pays". C'est du reste cette dialectique Patrie/pays que l'ouvrage met ainsi en œuvre, au terme de laquelle le premier terme devrait pouvoir transcender le second, en s'appropriant nombre de ses prédicats. Traversant donc les différents pays de France, dont ils relèvent soigneusement les complémentarités et non les différences, nos deux enfants ne cessent d'y inscrire le travail par lequel devrait s'accomplir l'unité nationale : la mise en ordre téléologique de son espace.
fonte.jpgCar la France s’y affirme comme une géographie plutôt qu’une histoire ! Et pour cause : cette histoire n’est pas encore écrite, du moins, elle ne l’est que dans les couches savantes et aristocratiques de cet ensemble baptisé France par les grands géographes français du XIXème siècle, qui avaient opéré à ce renversement, préparé il est vrai par le concept d'année zéro de la Révolution (1792 : le français est rendu obligatoire sur tout le sol national constitué -il mettra encore des décennies avant de s'y établir). Mais il s'accomplit dans ce manuel avec une rare énergie, à destination des couches bourgeoises et populaires, sinon rurales. C'est donc dans cette sémantique du géographe –sinon du botaniste, sans doute pour enraciner dans la mentalité des futurs français (la population qui peuple l’espace géographique nommé France) l’idée du Droit du sol- que prennent pied les métaphores de la nation comme nation organique. "Le plus beau des jardins, c'est celui où il y a les plus belles espèces de fleurs. Eh bien, petit, la France est ce jardin". Or, dans ce jardin, l'histoire ne s'ouvre qu'au hasard de la promenade, comme autant de fenêtres sur l'imaginaire de la vie des Grands Hommes, au fond toujours la même malgré ses apparences de diversité : celle du service de la Patrie. Il n'y a ainsi plus aucune profondeur historique dans cette histoire qu’ils écrivent, mais un rapport de contiguïté que l’histoire entretiendrait avec l'espace qui l'exprimerait.

 

tourPour en rendre compte, il faudrait au fond accomplir un détour par la langue anglaise, qui différencie nettement l'Histoire (history) des histoires (stories). La consistance de l'identité française ainsi décrite ne relève pas de la compétence historique, mais idéologique : elle est une storie, une fable à l’usage des enfants.

Une storie que l’on réinscrit dans une géographie politique dont la logique repose sur... l'état des forces de production ! Précisons que G. Bruno n'est pas marxiste...
Car ce que nos enfants découvrent, ce ne sont pas des terroirs mais des circonscriptions et des bassins de production. Bruno ne cesse de dresser l'inventaire non pas des traditions, mais des innovations techniques qui foisonnent sur le sol français –et sans doute pour concurrencer celles qui font briller l’Allemagne et l’Angleterre de mille feux.

De ce point de vue, l'épilogue écrit en 1904 est un monument dressés aux valeurs scientistes et hygiénistes : l'inventaire n'oublie rien, du train, de la photographie, de Pasteur, des rayons X, du télescope, du microscope, du sous-main, du cinématographe, du métropolitain... Bref, de tout ce qui, en soi, ne possède aucun caractère français…

Le génie français de l'universel s'universalise au point de se dissoudre dans cette modernité qu'il a eu tant de mal, au demeurant, à rallier... Etrange tour de France qui s'accomplit en tour du monde symbolique au Jardin des Plantes, où se trouvent rassemblés la flore et la faune du monde entier. Le paysage français ? Il est industrieux et entièrement assujetti à cette vocation moderne. Donc habile : il disparaît avec le "produit" qui l'avait façonné. C'est l'exemple des mûriers du Dauphiné, un paysage d'arbres exfoliés - les feuilles servant à nourrir les vers à soie -, dont il ne reste plus trace aujourd'hui.
L'amour de la France se conjugue avec celui de l'hygiène, du travail, de la fierté d'appartenir à la race banche( !), "la plus parfaite des races humaines". Il s'avance dès lors au devant de bien des déconvenues, bien des malentendus, bien des paradoxes, tiraillé entre les valeurs de la modernité et celles des "pays", enracinées dans les contraintes des solidarités de proximité. Si bien que le Tour de France s'achève de nouveau sur l'obstacle du terroir. La téléologie moderniste tombe alors en panne pour ouvrir au triomphe la spéléologie, si l'on peut dire, de la France profonde.--joël jégouzo--





Le Tour de France par deux enfants, G. Bruno, éd. Belin, coll. Edition scolaire, déc. 1985, relié, 331 pages, ean : 978-2701102528. Epuisé.

Images chapitre XLVIII, sous-titrée : la plus grande usine de l’Europe : Le Creusot. Les hauts fourneaux pour fondre le fer.

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7 octobre 2011 5 07 /10 /octobre /2011 08:49

europe-mediane.jpgFractures, décompositions, recompositions, surcompositions…

Voici une approche de ce que l’on baptisa naguère l’Europe Centrale tout à fait revigorante !

D’abord parce qu’elle ne sacrifie pas au découpage idéologique habituel, qui a vu les français au tout premier chef, promouvoir l’idée qu’il existait une coupure quasi civilisationnelle entre l’Europe dite occidentale et l’Europe de l’est –laquelle, commodément, n’avait plus rien d’européenne en définitive…

La voici donc restituée dans une géographie plus complexe, imbriquée dans ses proximités allemandes, turques, russes, baltes, dont il ressort qu’il n’y a pas d’Europe clivée entre pays avancés socialement et démocratiquement et pays arriérés non démocratiques. De ce point de vue, l’étude de la vie culturelle, celle des phénomènes politiques, ou la relecture des paysages économiques, montrent par exemple une Italie du Nord-Est moins tournée vers l’occident que Prague…

Ensuite parce qu’elle est étudiée à travers de nouvelles échelles –le quartier, l’exploitation agricole, la rue, le bourg-, qui ont noué au fil du temps des liens parfaitement discontinus avec leurs espaces limitrophes. Dans ce changement de focale, l’approche se fait du coup plus politique sur les modes de jonction culturels ou économiques de ces régions. Politique, c’est-à-dire qu’elle contraint à révéler la nature politique du discours de l’historien en le pressant d’expliciter culturellement les outils qu’il met en place pour déchiffrer l’histoire.

Ce qui revient à dire que cette histoire européenne ne peut être que transnationale, dans la mise en rapport complexe des lieux qui la forment, des espaces souvent discontinus qui l’ont disséminée en réseaux (et ce bien avant l’apparition d’internet).

Les brouillages, dans ce mode de composition de l’histoire, on le devine aisément, sont nombreux.

Voici donc une étude qui remet profondément en cause les modes de construction des champs sociaux et historiques.

On lira de ce point de vue avec passion le chapitre consacré à Riga et à l’étude des modes de circulation des cultures européennes à l’intérieur des quartiers, des réseaux, des institutions, culturelles, politiques ou administratives de cette ville. C’est autant leur circulation du reste que les stratégies de différenciations culturelles qui sont abordées dans ce chapitre, voire la manière dont les projets architecturaux construisent de la légitimation nationale et/ou, introduisent en réponse des ruptures territoriales et culturelles au cœur même de la ville.

Une nouvelle géographie européenne des lieux culturels se dessine ainsi, ouvrant à point nommé notre réflexion sur la question européenne à l’heure où, justement, refait surface dans les discours politiques et économiques la problématique de cette "autre" Europe. Des constructions idéologiques et politiques sont en effet en cours, dont il ne faudrait pas qu’elles aillent puiser dans notre vision passée de l’histoire leurs légitimations, comme celle qui consistait à supposer, au moment où l’on souhaitait l’élargissement de l’Europe, qu’il fallait éduquer les nouveaux venus de l’est dans le modèle pré-existant qui était le nôtre, le seul, à nos yeux, rendant compte de ce que l’Europe était vraiment… --joël jégouzo--.

 

L’EUROPE MEDIANE AU XXème SIECLE. Fractures, décompositions, recompositions, surcompositions, sous la direction de Paul Gradvohl, CEFRES, octobre 2011, 286 pages, 20 euros, ean : 978-8086311-23-4.

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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 09:22

europe-centrale.jpgCursus littéraires et visions de l’Histoire… Un beau programme. Mais on se demande tout d’abord pourquoi nos auteurs se sont obstinés à enfermer cette histoire dans le vieux concept d’Europe Centrale, quand depuis des années à présent, dans les milieux universitaires, il n’est plus question que d’Europe médiane… Réintroduire ainsi un filtre aussi vétuste, qui plus est dans les limites géographiques étriquées de ce qu’il représentait au milieu du siècle dernier, n’augure guère d’une vision pénétrante du devenir de cet espace culturel, encore moins quand, comme l’affiche la prétention du collectif "l’avenir de l’Union européenne dépendra(it) de la capacité de ses peuples à comprendre chacun leur propre identité"…

Une réflexion académique donc, faisant l’impasse sur l’invention du concept même d’Europe Centrale, enquêtant sur des identités ordonnées, instruites pour les besoins de la cause dans des limites culturelles étrangement étriquées, rabattues qui plus est sur la notion de peuple, tel qu’il existerait par exemple un seul et même Peuple français, ce à quoi les politiques ne croient même plus, sinon à l’extrême droite de l’échiquier des représentations identitaires…

L’étude se concentre donc sur cette ancienne Europe de l’Est au fond, installée commodément sur une ligne de front, sinon de partage, entre ce que l’on appelait les deux Europe, l’occidentale et la byzantine. Des pays qui ont inventé leurs caractères nationaux au forceps, moins dans le giron des institutions politiques qu’à travers leur littérature –leurs littératures serais-je tenté d’écrire, mais l’ouvrage n’y ouvre aucun droit, rabattant la diversité sur un seul et même foyer, imposé à partir d’un corpus soigneusement délimité mais dont la construction n’est pas même discutée, ni mise en perspective. Car qu’est-ce qu’une littérature nationale après tout ? L’ouvrage n’y répond pas, instruisant en toute quiétude un corpus ad hoc, sinon stéréotypé : celui que l’on enseigne dans les bonnes universités. Une vieille antienne en somme, pas vraiment erronée mais débitant ses poncifs, la moralisation de la politique internationale, la construction de la figure du Poète National, à l’image d’un Mickiewicz, et l’âge d’or d’une intelligentsia chargée de sauvegarder la mémoire collective –mais quid du travail organique en Pologne par exemple, quid des Tatras, de leur barbaresque exotique et de l’influence de cet exotisme sur les Lettres et la pensée polonaise ?

MickiewicOn focalise ainsi comme à l’accoutumée l’attention de la construction des identités nationales à travers le prisme du romantisme, à travers celui de la notion de communauté historique, et non ethnique, pour déployer une littérature "une", à partir de laquelle construire des spécificités faciles à décrire, comme celle d’une littérature qui aurait été moins égotiste que la littérature "occidentale" (sic !), et plus volontiers tournée qu’elle vers l’Histoire, en quête de son sens… Le tout dûment certifié par le "canon national", où se serait conjugué, œuvres à l’appui, le sentiment de l’identité, le sens de la beauté et la quête de l’universalité… une synthèse commode, mais sur quelles bases théoriques ? Dans l’ouvrage proposé, savant, encyclopédique, une liste de textes canoniques se voit ainsi établie, pour chaque culture et chaque période de son histoire, sans que l’on sache bien sur quels critères. Une recollection des grands auteurs de la Nation. Mais comment a été construite cette mémoire collective ? Sur ce point, l’ouvrage reste muet.

Bien commode, à l’évidence, quand il s’agit d’enraciner une production nationale dans sa prétendue identité, close sur elle-même quand les apports extérieurs ne sont pas même envisagés. Aucune étude, par exemple, ne vient interroger le volume des traductions des œuvres étrangères pays par pays pour éclairer les influences. Aucune étude n’étudie le poids de ces traductions dans la production littéraire nationale. Quid par exemple, de la traduction de Rabelais en Pologne au tournant du XXème siècle, qui occupa dix ans durant linguistes et écrivains tant le challenge et les enjeux étaient d’importance : traduire Rabelais obligeait en effet à ouvrir la langue polonaise à des constructions qu’elle ne savait accueillir, modifiant non seulement sa syntaxe mais sa sémantique, au point de l’engager toute dans ce défi, jusqu’à permettre l’apparition d’une littérature autre, comme celle d’un Gombrowicz par exemple.

Encyclopédique, l’ouvrage trouvera pourtant son utilité, à construire pareilles typologies des cultures d’Europe centrales. Un gros dictionnaire en somme, qui recoupe ceux qui existent, comme celui de Milosz sur la littérature polonaise, en les ouvrant toutefois à la concordance de temps politiques, ce qui n’est certes pas négligeable, même si l’on pouvait espérer de plus grandes ambitions de la part d’un collectif aussi savant, en particulier sur la manière dont une littérature nationale s’invente et se déploie. --joël jégouzo--.

 

Culture et identité en Europe Centrale. Canons littéraires et visions de l’Histoire. Editions Institut d’etudes Slaves et Masarykova Univerzita, oct. 2011, 660 pages, 36 euros, ean : 978-2-7204-0474-0.

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22 septembre 2011 4 22 /09 /septembre /2011 08:27

Dynamite-.jpg(Quand l’honnêteté et l’intelligence sociale disparaisse de la vie Publique…)

 

Dynamite ! a paru aux Etats-Unis en 1931. Un livre manifeste, étonnant, inquiétant, incroyablement documenté par Louis Adamic, immigré yougoslave qui prit part, au début du vingtième siècle, à tous les combats du prolétariat américain, révélant de l'intérieur les stratégies de violence du patronat us et la brutalité avec laquelle les States mirent fin aux mouvements ouvriers révolutionnaires sur leur sol. Dynamite, l’arme des démunis quand l’honnêteté et l’intelligence sociale ont disparu de la vie Publique. Une histoire effarante, effrayante aussi, puisque celle de la conversion de la lutte des classes au gangstérisme, celle de la criminalisation des rapports sociaux dans un pays où la violence et la guerre sont demeurées des valeurs fondatrices.

Car toute l’histoire de l’Amérique, finit par nous faire comprendre Louis Adamic, est celle de la violence la plus décomplexée, de l’extermination des amérindiens à celle des esclaves noirs. Un déchaînement de sauvagerie que la crapule libérale aurait presque fini par nous faire oublier, n’étaient ces sales guerres qui ne cessent d’encadrer la marche de l’impérialisme américain.

C’est à la faveur de la poussée du gangstérisme aux Etats-Unis que l’étude paraît. Une poussée que l’auteur analyse comme la conséquence directe de l’anéantissement sanglant par la bourgeoisie des espoirs révolutionnaires du prolétariat organisé : les militants se tournèrent dès lors vers la satisfaction de revendications privées, que le mode de production capitaliste, associé aux dérives mafieuses, encourageait alors dans les années 30. Une déception militante que l’on aurait tort de considérer à la légère, tant la sauvagerie de la répression fut longue et exceptionnelle. Et Adamic d’en rappeler les épisodes les plus sanglants, passés depuis par pertes et profits. Comme celle des grandes émeutes de 1877, liées aux échecs des premières grandes grèves, risquées quand toute grève était considérée comme un complot contre les Etats-Unis !

dynamite-us.jpgLouis Adamic sait comme aucun autre dessiner alors le contexte de cette période ténébreuse, quand un seul mot d’ordre traversait le pays : réussir ! Réussir…, quand des millions étaient jetés dans la misère, réussir, quand dans ce culte du triomphe et de l’égoïsme, dans le déclin de toute morale, le Big business s’enracinait sur une violence aveugle, recrutant ses armées dans une moitié de la classe ouvrière pour massacrer l’autre moitié, une marée humaine qui vivait et mangeait dans les décharges publiques et affrontait les cohortes envoyées explicitement pour la tuer. C’est toute l’histoire d’une ville emblématique en particulier, qu’il connaissait bien, que Louis Adamic nous livre : celle de Chicago qui fut dans les années 1880, la ville la plus radicale des Etats-Unis, structurée autour du POS (parti Ouvrier Socialiste) qui tenta d’organiser une résistance héroïque au capitalisme le plus meurtrier que l’histoire ait alors inventé. Une répression que nous ne savons plus réaliser aujourd’hui, tant s’est imposé de cette histoire américaine l’autre modèle simpliste de son enrichissement continu.

Une histoire qui s’ouvre sur les belles pages du rôle des femmes dans cette lutte d’émancipation désespérée, elles qui furent les premières aux avant-postes d’un combat inégal. Les femmes et les immigrés, poussés au désespoir le plus total jusque dans la férocité sans pareille de la répression qui s’abattait sur eux, celle des milices recrutées par un patronat haineux, engagées pour les exterminer avec la complicité des médias qui n’avaient, déjà, à leur Une, que les mots de "racaille" pour les qualifier. Une lie, l’ordure selon eux, qu’il fallait éradiquer, à commencer par ces irlandais querelleurs avec leurs explosions sporadiques, quand la faim les poussait à sortir de leurs trous à rats.

Mais c’est aussi toute l’histoire des utopies sociales que nous raconte Louis Adamic, des fouriéristes américains aux hippies, en passant par les Molly Maguire, ces sociétés secrètes de mineurs, lasses d’attendre une quelconque embellie dans la vie de leurs adhérents et qui pendant des décennies conquirent en Pennsylvanie de vraies avancées sociales à coups d’assassinats de patrons et de contremaîtres… --joël jégouzo--.

 

Dynamite ! Un siècle de violence de classe en Amérique, Louis Adamic, Sao Maï éditions, traduit de l’anglais (américain), notes et notices par Lac-Han-Tse et Laurent Zaïche, sept. 2010, 478 pages, 15 euros, ean : 978-2-953-1176-4-6.

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7 mai 2011 6 07 /05 /mai /2011 05:53
ravages.jpgLe numéro d’été de la revue Ravages est tout entier consacré à la flambée de racisme et de xénophobie qui traverse la société française. Une revue de détail particulièrement alarmante. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’en effet, le travail de sape des fondements de la société française accompli par le gouvernement en place sanctionne bien l’immonde réussite de quatre années de règne sarkozien. Quatre années de décisions aveugles, haineuses, quatre années d’ignorance crasse et d’arrogance. Il suffit d’en dérouler le Journal. Journal des ravages perpétrés contre les populations vivant sur le sol national, françaises ou non. A commencer par les très français Rroms. Une liste déjà longue de nos compatriotes Rroms tués ici et là comme par inadvertance, voudrait nous faire croire la République. Rappelez-vous le 17 septembre 2008, ce gendarme acquitté après avoir tiré sept fois sur un Rrom qui tentait de s’enfuir de sa brigade, mains et pieds entravés ! Tant d’autres depuis. Et tant d’autres vilenies. Le 6 octobre 2008, le 13 octobre 2008, le 17 octobre 2008, le 25 octobre 2008, les dates s’accumulent, les dommages, perpétrés déjà ou qui ne tarderont pas à l’être, comme ceux qu’il sera impossible d’imputer à l’article 37 quater de la Loi Loppsi 2 prévoyant d’étendre aux citoyens volontaires la réserve civile de la police, ouvrant, mine de rien, la voie à la création de milices légales en France, au grand dam des syndicats de police eux-mêmes… Les raisons de s’alarmer sont nombreuses donc. Ravages les énumère. Analysant sans concession dans ce numéro d’été le rapport 2010 de la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’Homme), révélant un dramatique renversement de tendances, cette soudaine explosion, littéralement, des actes racistes commis à l’égard des français d’origine maghrébine. Et tandis qu’une vague immense de racisme déferle sur l’Europe, nous révèle que 80% des ressortissants Rroms, Africains ou Nord-Africains, victimes d’agressions racistes, n’ose y porter plainte ! Un compte, sauvage, l’état d’une déferlante brune à vomir…--joël jégouzo--.
 
 
Ravages, Sale race, été 2011, éditions JB2 & Cie, 160 pages, 13,50 euros, ean : 978-2-755607079.
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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 08:24

Frontiere_Mexique_Usa1.jpg

A l’origine, le poids de la frontière grecque n’était pas politique. 

Seule la polis inscrite dans les limites du cœur de la Cité l’était.

Mais c’est de ce schéma spatial de la Cité grecque réduite à son cœur qu’est issue notre rhétorique de sacralisation des frontières.

Or pour les grecs, la frontière était d’abord une "fange pionnière", profonde et perméable, moins un lieu politique qu’un espace ouvert à d’autres possibilités de l’être. Ce n’est que tardivement qu’on l’a assimilé à une ligne que l’on ne devait plus franchir : les eschatiaï grec étaient plutôt, par excellence, l’espace des échanges pluri-ethniques et culturels, terres d’attribution incertaines, bouts du monde, confins ouverts parcourus d’altérité.

 Pas vraiment sauvages, ces eschatiaï relevaient d’une géographie qui, sans appartenir en propre à la cité, lui revenait pourtant. Domaine des bergers et des apiculteurs, des charbonniers et des bûcherons, ces civilisateurs isolés et silencieux, une sorte de jachère abandonnée aux friches de la connaissance. On y construisait néanmoins des sanctuaires communs !

frontiere-gaza.jpgMystérieuses, ces terres mal délimitées géographiquement et conceptuellement, formaient ainsi le lieu idéal des frottements civilisationnels, un espace riche de rencontres et de heurts. La tombe d’Œdipe s’y trouve, et bien d’autres de ce genre, ouvrant à la nécessité de comprendre ce qui fonde le sens de l’humain. Artémis y demeure, et les éphèbes par exemple y tenaient garnison, eux qui, après avoir perçu leur bouclier rond et leur lance, devaient se jeter dans l’aventure de la construction de soi –à remarquer : ces éphèbes n’y assuraient pas à proprement parler la défense du territoire. Peripoloï, ils parcouraient, en reconnaissance, ces confins placés hors de toute connaissance assurée.

Sans entrer dans le détail de l’organisation stratégique et géopolitique du territoire grec, peut-être n’est-il pas indifférent d’avoir à l’esprit sa hiérarchisation, ce territoire se composant d’abord de celui, strictement démarqué, de la cité (l’asty), entourée de champs labourés (la chôra) volontiers abandonnés aux envahisseurs, et de confins (les eschatiaï). Le tout formait un espace politique parfaitement hétérogène – en d’autres termes : la cité, discriminée de son territoire, était seule revêtue d’une importance stratégique. Mais si, de fait, cette discrimination témoignait de ce que la dimension politique de la vie humaine paraissait la seule à devoir être défendue avec acharnement, il est cependant important d’avoir à l’esprit que cette dimension politique n’épuisait en rien les autres contenus humains, l’affectif en particulier, que justement ce monde double, trouble, troublant des eschatiaï recelait.

 

le-mur-de-gaza.jpgC’est le nationalisme des Etats modernes du XIXème siècle qui est parvenu à enfermer les cultures dans des frontières politiques, par une action d’évidemment culturel conjuguée à une action de spécifications nationaliste des cultures, à commencer par leurs littératures. Et que leur importait que partout aient surgi de sérieuses contradictions entre cette construction nationaliste et le droit des ethnies…

Le néologisme de frontière, lui, fut forgé en 1773. Il ne parvint à s’imposer que très tard encore une fois, car jusqu’au XIXème, deux vocables coexistèrent pour désigner ce que l’on souhaitait entendre par là : celui de frontière et celui de "ligne". L’un et l’autre ne parvenant pas à dissimuler, ainsi que Lucien Febvre le fit observer, leur vieux sens militaire. Comment oublier en effet que la frontière, dans le vocabulaire militaire, n’a jamais désigné autre chose qu’un ordre de bataille ?

Quant à ce qu’il désigne aujourd’hui, peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que longtemps, la maîtrise de l’espace n’est pas passée par l’établissement de lignes continues de fortification : on avait les Marches pour cela. Et jusqu’à Louis XIV, on disposait de portes d’entrées en terres étrangères. Tactique militaire là encore, ces "portes", ces "avenues", étaient censées nous permettre de couper les "rocades" des armées ennemies. Ce n’est qu’au terme des sévères échecs de la stratégie militaire française que l’on abandonna ces concepts offensifs de frontière, pour celui de la ligne frontalière défensive, dont on confia à Vauban la fortification.

Déjà la France songeait à s’enfermer dans ses quatre pitoyables murs. Un vieux réflexe national, en somme… --joël jégouzo--.

 

 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/crai_0065-0536_1996_num_140_2_15625

Frontières et Contacts de civilisation. Colloque universitaire franco-suisse, sous le patronage du Comité français des Sciences historiques et de la Société générale suisse d'Histoire (Besançon-Neuchâtel, octobre 1977). Avant-propos de Louis-Edouard Roulet. Introduction de Michel Devèze, Collection Le Passé Présent (Etudes et Documents d'Histoire). Neuchâtel, Editions de La Baconnière, 1979. In-8, broché, couverture illustrée à rabats, 240 pp. Illustrations hors texte.

Voir aussi la Périégèse ou les Arkadika de Pausanias.

images : la frontière du Mexique avec les USA, et deux images de la frontière de Gaza...

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 07:31

declosion.jpgReconstruire un sujet post-colonial, autant dans ces régions du monde maintenues sous un joug inique, qu’ici, en France, en Europe, dans ces régions aveuglées par leur suffisance.

On mesure l’énormité du travail épistémologique et esthétique qu’il faudra accomplir !

Comme de sortir de l’enclos de la race, en particulier, quand en France nos élites nous y reconduisent à marche forcée.

Donc refuser cette France qui n’a cessé de faire de la différence raciale un facteur de définition de sa citoyenneté, construite dans l’irréductibilité de différences sociales rejetant en dehors de la Nation tous ceux qui vivaient ou seulement paraissaient vivre en dehors de ses caractères supposés, racialement, socialement, culturellement.

Refuser cette République de faux citoyens pour imposer une République des sujets. Défaire la fiction républicaine, ce sacre juridique commode de l’individu abstrait, bateleur fantaisiste d’une pantomime démocratique effarante.

Réaliser enfin que l’universalisme français n’est pas cosmopolite et qu’il n’est en fait qu’un parisianisme et que la langue française, entre les mains de cette classe politico-médiatique stipendiée, n’est plus aujourd’hui qu’un idiome local porteur de valeurs locales.

Sortir de la grande nuit, qui est au fond sortir du mensonge de la nuit française. Comprendre que le devenir européen ne peut plus être un devenir-monde et qu’il ne peut que chercher ailleurs son salut, qu’il ne peut apprendre que d’ailleurs ces nouveaux usages du monde qui s’annoncent ici et là sans crier gare. Comme celui inauguré par la Plantation, ainsi que l’exprime avec tant de force Achille Mbembe, et qu’elle devienne notre nouvelle conscience du monde et de la culture, où l’on a appris déjà à former des communautés en dehors du sol et du sang.

"C’est à partir de l’Autre que toute écriture du monde, véritablement, fait événement" (Achille Mbembe).

Encore faut-il s’en convaincre et comprendre qu’il ne s’agit plus seulement d’abolir les petits maîtres, mais qu’il s’agit de s’auto-abolir "en se délivrant de la part servile constitutive de soi et en travaillant pour l’accomplissement de soi en tant que figure singulière de l’universel."

Il faut d’abord se déprendre de soi pour surgir à l’autre et forger les cadres de connaissance des nouvelles conditions de l’expérience humaine.

Une éthique de la Rencontre en somme, depuis laquelle comprendre le sens de la vie démocratique, qui participe d’une opération sans cesse à reprendre de figuration du social. Ethique au cœur de laquelle pouvoir se faire entendre est crucial.

Que penser, dans ces conditions, d’un Etat qui exclut ses coreligionnaires musulmans et ses citoyens d’origines maghrébines de la part d’estime publique à laquelle chaque citoyen, chaque groupe humain a droit ? Apparenter les musulmans français aux étrangers dans l’imaginaire public, à une époque où la figure de l’étranger renvoie de nouveau à celle de l’ennemi, n’est-ce pas l’irresponsabilité la plus grande que l’on puisse concevoir ? La raison et le sujet, ces deux signatures de la modernité occidentale, ne nous parlent depuis quelques années que d’un hiver impérial de la pensée française, qui décroche et se replie, comme l’énonce non sans pertinence Achille Mbembe, et la condamne aux morales de l’extrême urgence, celle-là même qu’elle croyait pouvoir appliquer aux peuples immergés dans leur lointain désarroi. Il n’est que temps de sortir de l’enclos français ! --joël jégouzo--.

 

Sortir de la grande nuit : Essai sur l'Afrique décolonisée, Achille Mbembe, éd. La Découverte, coll. Cahiers Libres, octobre 2010, 244 pages, 17 euros, ean : 978-2707166708.

La Déclosion, Jean-Luc Nancy, éd. Galilée, déc. 2005, 248 pages, 30 euros, ean :

9782718606682.

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