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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 08:08
klein.jpg «Il fait un temps de tant», disait André Breton. De chien aussi bien, quand vieillir contraint à troquer la structure du muscle pour celle, calcinée, des os. Durer, constate Etienne Klein, c’est devenir plus dur… S’extirper peu à peu du flux des temporalités qui nous aura submergé toute notre vie. Parvenir enfin, mais sans savoir si cela vaut mieux ou non, à simplifier sinon réduire drastiquement les quotités qui nous furent imparties. Mais sans rejoindre quiconque, loin au bout de l’heure qui s’avance. Vieillir ne nous soustrait pas aux temps désynchronisés que les hommes sont appelés à fréquenter. Ils vivent tous au même endroit, mais pas dans les mêmes temps. Nous n’habitons jamais le même présent. Et moins que partout avant, dans ce monde contemporain qui nous a saisis avec brusquerie : nous ne faisons pas monde commun. C’est l’une des réflexions jetées comme par mégarde par Etienne Klein, qui ouvre moins au vertige métaphysique de la question du temps, qu’à celui des possibles politiques. Nous ne faisons plus monde commun, la chrono-dispersion de nos sociétés rend infiniment problématique le sens commun. Quand bien même il subsisterait un baiser assez sincère pour arrêter le temps.  Temps, mouvement, rythme, succession… De quoi parle-t-on au juste, quand on parle du temps ? Etienne Klein observe que notre usage du mot temps en a fait une sorte d’être autonome. Qu’il n’est pas. Car le temps n’est rien en soi, rien en dehors du sujet qui le parle. Qui l’habite. Et dont il prétend qu’il passe trop vite. Mais passe-t-il vraiment ? Le langage nous leurre : ce n’est pas le temps qui passe, il ne se succède pas à lui-même : seuls ses moments passent.  Sa présence, elle, reste constante.  Le temps, affirmait Newton, est la seule chose dans l’univers qui ne change pas. Mais chose n’est pas le bon terme. Le temps ne change pas sa façon d’être le temps. C’est peut-être la seule validité de la représentation que nous nous en faisons, sous les espèces d’une ligne droite. Une ligne dont nous ne savons pas comment elle se construit. Il y a bien, comme sur toute droite, l’impression de points juxtaposés. Mais le temps se présente-t-il à nous ainsi ? Qu’est-ce qui fait que ça avance ? Le moteur du temps est-il objectif, ou purement lié à notre subjectivité ? L’espace-temps, lui, on sait un peu mieux. Qu’il ne se déplace pas, par exemple. C’est nous qui nous déplaçons. Livrés à une conception du temps incertaine. Pour les uns, partisans de la théorie de l’univers-bloc, nous pourrions nous déplacer autrement, parmi tous les éléments passés, présents, à venir, qui coexistent tous dans l’univers, comme l’affirmait Einstein. Avec tous exactement la même réalité. Voilà de quoi occasionner un sérieux vertige. Le présent ne serait ainsi que le lieu de notre présence mobile. L’intégralité de la réalité, passée, présente, future, nous ne saurions la découvrir que partiellement, et localement. Pauvres humains que nous sommes, infiniment limités dans leur appréhension des mondes qu’ils parcourent. La théorie de l’univers-bloc fascine, tout autant qu’elle inquiète. Peut-être est-ce la raison pour laquelle nous lui avons préféré celle dite du présentisme, pour laquelle seuls les événements présents sont réels.  Qui a raison ?  Etienne Klein ne tranche pas. Nous n’en savons rien aujourd’hui, dans l’état actuel de nos connaissances. La physique n’est toujours pas une science unifiée, il est donc impossible de savoir. Est-ce que le futur existe déjà dans l’avenir ? Telle est la question qui divise les physiciens aujourd’hui.  Où est demain ? Qu’importe, exigeons-nous. Le présentisme a tout envahi, le futur s’est absenté de nos vies. Mais Etienne Klein ne renonce pas à plaider une synthèse subtile : le futur existerait déjà, mais il ne serait pas entièrement configuré. Il y aurait du coup place pour le désir, la volonté. Pour ce temps psychologique en marge du temps physique, et dont la physique peut nous dire beaucoup. Etonnamment plus que les philosophes qui ont tenté de s’emparer d’une question pour laquelle, au fond, ils n’étaient pas outillés.
 
 
ÉTIENNE KLEIN - LE TEMPS, Du point de vue scientifique et philosophique, Frémeaux et Associés, 2 CD, Label Frémeaux et Associés, production françois lapérou pour arte filosofia.
 

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25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 05:26

paris.jpgUne poétique de la ville qui s’ouvre sur le Paris de Balzac. Un parti pris déjà, d’une perspective critique. Celui d’une compréhension en profondeur de cette ville que l’auteur a tant habité semble-t-il, rue après rue, quartier après quartier, scrutant ses signes et les traces qui honorent encore cette ville que le lent épuisement contemporain voudrait tant congédier. Qu’est-ce qu’un quartier parisien aujourd’hui, en effet ? Dont on a chassé son âme la plus sensible, cette classe populaire qui avait élevé l’art d’habiter au rang de vivre et non de fréquenter. Eric Hazan évoque donc ce Paris turbulent, fiévreux, aux croissances irrégulières, soulevées en éruptions discontinues contre ses enceintes successives, de la muraille de Philippe Auguste au périphérique. Et ce n’est pas le moins troublant au demeurant que cette mise en perspective, qui donne à interroger la sourde volonté des pouvoirs publics au gré des siècles, d’enfermer Paris… Incroyablement documenté, cet homme a parcouru la ville en tous sens pour nous en livrer la chair la plus intime, celle du Paris Rouge, Paris défunt aujourd’hui, qui hier encore savait écrire les pages les plus glorieuses de notre Histoire. Il n’est que de nous rappeler l’immigration d’avant-guerre qui offrit tant de résistants dont Eric Hazan, de plaque en plaque commémorative, déploie le martyre. Des rues toutes simples, chargées d’une histoire vertueuse au contraire de ces avenues délétères, dont la plus célèbre, les Champs Elysées, ne s’illustra guère que pour constituer l’axe majeure de la collaboration ou celui de toutes les reprises en main réactionnaires des grandes avancées politiques… Qu’aurait été Paris sans cette vergogne ? Celui qu’Eric Hazan compulse justement : celui de la Commune, du Montmartre de Louise Michel et avant cela des barricades de 1830 révélant le vrai visage de la République Française : celui de la réaction, toujours. Quelle balade au final, dans ce Paris qui n’existe presque plus, où pour paraphraser Walter Benjamin affirmant que le « temps des opprimés est par nature discontinu », on n’en finirait pas d’espérer une autre fin que cette navrante gentrification de Paris.

 

 

L'Invention de Paris : Il n'y pas de pas perdus, Eric Hazan, éd. Seuil, coll. Albums, septembre 2012, 450 pages, 45 euros, ISBN-13: 978-2021056990.

 

 

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24 octobre 2013 4 24 /10 /octobre /2013 04:55

bruckner-copie-1.jpgÊtes-vous heureux ? Comment pourriez-vous ne pas l’être ?... Bien que ce ne soit pas véritablement le propos de Pascal Bruckner dans cette conférence, qui ne se soucie pas des conditions de possibilité sociales ou économiques par exemple, du bonheur, pour n’en retenir que l’injonction sociétale, formulée à son sens assez récemment comme un devoir. Assez récemment, c’est-à-dire au fond à ses yeux dans le sillage de Mai 68 et de ses revendications épicuriennes, nous faisant passer d’un monde qui interdisait la jouissance à un monde qui la rendait obligatoire. 

La première partie de l’exposé est consacrée à la France de l’Ancien Régime, profondément enracinée pour lui dans l’idée d’un salut post-terrien, répudiant l’idée du bonheur et invitant au renoncement. Avec des nuances bien évidemment, introduites par le fil des améliorations des conditions matérielles de vie (justement, ce paramètre tant délaissé dans son approche par la suite), l’être souffreteux de l’Ancien Régime, au fil de ces améliorations, finissant par trouver de plus en plus de plaisir au confort qui s’offrait à lui. Curieuse histoire au demeurant que celle que Bruckner écrit là, subsumant les mentalités et les comportements sous le seul discours chrétien dont on sait qu’il dut longtemps ferrailler pour imposer ses normes à des populations plus bambocheuses qu’on a voulu les voir, et que le dolorisme chrétien n’excitait guère… Mais passons. Une sérieuse brèche aurait donc fini par emporter la planche du Salut chrétien pour laisser entrevoir aux humains une autre vocation : celle d’être heureux sur terre, sans attendre la mort après tout. Jusqu’à la vraie grande « révolution », que Bruckner situe donc dans les années 60. Cela ne surprendra pas : il y a consacré toute sa vie. En paradigme des appétits au bonheur qui se firent jour alors, la société de consommation, décryptée ici à travers sa machine économique, mise soudain au service de nos désirs les plus immédiats. Le bât blesse là encore, à trop vouloir rendre Mai 68 responsable de tous nos maux. C’est oublier que l’intimidation des désirs égotistes aura été d’abord le fait des nouvelles classes dominantes, tandis que les classes laborieuses menaient de leur côté un autre projet d’émancipation. Mais qu’importe, voyons où pourrait bien nous mener cette réflexion sur le bonheur forcené d’aujourd’hui. Il inquiète, à l’évidence. Du moins son injonction. L’anxiété s’épelle jusque dans les jeux du lit, où ce bonheur est devenu performance. Le bonheur serait ainsi devenu un souci, sinon une corvée. Aux yeux de Bruckner, la faute en est d’avoir voulu l’annexer au domaine de la volonté.  Assujetti à notre bon vouloir, il a perdu tout sens et surtout, toute saveur. Bruckner invite alors à en reprendre l’énonciation. Le bonheur serait ce visiteur du soir qui débarque sur la pointe du pied pour un moment furtif, avant de filer à l’anglaise et nous laisser de nouveau disponible à son éventuel retour. Mais en prendre conscience serait se convertir en comédien de son propre bonheur. Et plutôt que d’en faire un projet, il conviendrait de n’en rien faire du tout. Lui laisser son caractère de «visitation». Le mot est fort, religieux. Nous reliant du reste à on ne sait trop quoi. Mais pour qu’il s’actualise en pure visitation, Il faudrait accepter ces moments pauvres de l’existence où nous pensons succomber à la banalité de vivre. Accueillir l’insouciance, l’innocence, l’inconscience d’être au monde. L’abandon d’accepter l’aventure d’un moment qui vous arrache tout de même à vous-même et vous sort du monde, affairé –à sa perte ?

Le devoir de bonheur, Pascal Bruckner, LES PARADOXES DE L’INJONCTION AU BONHEUR, UNE RÉFLEXION PHILOSOPHIQUE, Label : FREMEAUX & ASSOCIES, Réf. : FA5420, ÉDITION : GRASSET - PRODUCTION : CLAUDE COLOMBINI FRÉMEAUX, 2 Cd-rom, 19,99 euros. 

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 04:31

crises.jpgRobert Castel, Olivier Mangin et j’en passe, convoqués par une association pour disserter sur le concept de crise à l’occasion de celle que nous vivons toujours, inaugurée en 2008     par les milieux de la Finance. Approche pluridisciplinaire, beaucoup de philosophie, un peu de sociologie, l’incongruité d’un éclairage de physicien pour parler de la notion de crise là où, à tout le moins, les mathématiques appliquées à l’économie auraient été plus décapantes… Et in fine, quasiment pas d’économie (!), contrairement à ce que l’on était en droit d’attendre… Le tout pour un résultat ahurissant de mièvreries oiseuses, le livre le plus inutile qu’il m’ait été donné de lire sur pareille question depuis des lustres –ceux du tournant du siècle au demeurant, où l’on débattit beaucoup de civilisation, d’une crise du sens sur laquelle nous devions réfléchir sans trop nous focaliser sur la montée en puissance de la domination financière qui déstructurait le capitalisme contemporain… Beaucoup de métaphysique donc, et d’approche existentielle, très loin du niveau d’un René Guénon tout de même, et de son essai La Crise du monde moderne, le concept grec de krisis à la rescousse pour nous éclairer, imaginez le peu, sur la bombe des Subprimes -vous parlez d’un éclairage !  Seul Robert Castel sent bien combien l’approche est décalée, vaine, pour ne pas dire hébétée. On le voit embarrassé de se trouver dans pareille galère intellectuelle, se mettant à ressasser une vieille histoire de la sociologie critique, des origines à nos jours, pour conclure qu’on en a toujours besoin quand même, mais qu’il faudrait sans doute la rénover, sans trop savoir au demeurant comment la rénover, sans proposer sérieusement de pistes, sans horizon autre qu’un aveu personnel de quasi impuissance, donnant in fine son sentiment sur la situation présente plutôt qu’ébauchant les outils conceptuels qui nous permettraient de penser cette fameuse crise… Les autres sont pires, qui nous repassent le plat mille fois réchauffé de la peur du grand siècle : celle de la mondialisation… -on croyait le mot épuisé-… Pour pourfendre comme on le faisait avant le XXIème siècle, la tentation de l’irrationalité et le sentiment de la catastrophe imminente. Mais pas un mot, bien sûr, sur ces millions d’européens précipités soudain dans la misère depuis 2008. Aucun chiffre à l’appui de leurs rhétoriques, vieilles choses datées en guise de réflexion… Des généralités philosophisantes… C’est Mongin revenant une fois de plus sur ce que l’on nommait jadis crise de civilisation. La belle affaire : les Subprimes, à ses yeux, une crise de Confiance… On croit rêver… La Confiance majuscule, traitée à l’aune de la philosophie de la morale, quand les marchés n’ont jamais perdu confiance, eux, cette confiance qui était en fait l’épouvantail que les médias nous servaient et nous servent à longueur de journée à leur propos… Les Subprimes ? Une simple machine triviale pour capter d’immenses flux financiers et nous appauvrir. Jusqu’à l’usure indécente et totale de leur promesse de gain, convertie aussitôt en un nouveau piège plus efficace encore pour capter la manne publique à travers l’invention de la Dette Publique, l’outil financier le plus opérant jamais inventé par le Capital privé pour asseoir sa Domination. Dire que le mot de spéculation renvoie au problème philosophique de la confiance, c’est littéralement se payer de vains mots. Alors il reste quand même quelques interrogations de Castel à sauver de ce naufrage intellectuel, lui qui voit, soit dit en passant, les inégalités «perdurer» quand les chiffres montrent que ces inégalités ont atteint aujourd’hui des niveaux records, ceux du XVIIIème siècle… Seule vérité de son propos : qu’il n’y ait pas de classe porteuse d’un projet de société. Certes.

 

 

Crises ? éditions Parenthèses, coll. Septembre 2013, 16 euros, isbn : 9782863643402.

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 04:38
intro-geopol.jpgUne guerre de retard… L’essai est signé par un saint-cyrien bardé de diplôme, enseignant à l’Ecole de Guerre. Histoire, outils, méthodes, on pouvait s’attendre à découvrir la fine fleur de la pensée française en matière de géopolitique. Mais non, rien de tel… La partie historique est bien sûr parfaite. Braudel en médaillon, notre saint-cyrien maîtrise son sujet et donne en quelques paragraphes rondement exécutés un aperçu des plus complets sur la fondation d’un art de penser (la géopolitique n’est pas une science, elle le prouve encore dans cet essai), particulièrement subtil, qui engage des sommes de connaissances et de savoirs qu’aucun géopoliticien ne peut à lui seul posséder –d’où les erreurs à répétition qui ont jalonné le discours géopolitique. Sur les outils, l’essai est déjà plus vague. De quoi faudrait-il disposer pour poser un jugement géopolitique ? L’analyse de la géographie physique semble ici dominer la pensée de notre chef de guerre. On comprend mieux alors la référence à Braudel : l’analyse des régularités physiques relève d’un temps long qui lui était cher, qui autorise le géopoliticien à s’enfermer dans une vision paresseuse du monde, construite pour l’éternité ou peu s’en faut… L’analyse des voies fluviales, aériennes, terrestres nous ramène ainsi à la géographie de Vidal-Lablache, certes précurseur,  mais propre à enliser la géopolitique dans la stratégie militaire de la ligne Maginot, oublieuse des contournements que les militaires du reste ne cessent d’inventer pour dé-border la géographie physique… Pour le reste, la longue liste très peu exhaustive des outils nécessaires à la construction du jugement géopolitique, étude démographique, étude des populations, des identités, des ethnies, des langues, des cultures, des religions, des ressources naturelles, etc., qui déjà donne le vertige, ne paraît guère novatrice et omet nombre d’autres facteurs, de la finance à l’idéologie, en passant par l’appropriation technologique et ses représentations collectives, susceptibles de bousculer le ronronnement de l’analyse stratégique. Sur la méthode, notre essayiste est encore plus bref. Elle s’apparente plutôt au récit de la situation internationale telle qu’elle se donnait à voir il y a une bonne quinzaine d’années. Les acteurs y sont toujours prioritairement les états et les nations, les acteurs privés de la Finance ou du Capital n’entrant pas en ligne de compte dans l’approche proposée. Quant aux enjeux, ils sont eux aussi restés ceux d’hier : le pétrole, l’eau, les terres rares. Rien sur leur renouvellement, comme la confiscation des terres agricoles à l’échelle mondiale, nouveau bras de fer entre la Chine et les Etats-Unis. Au fond, ce qui pêche dans l’approche de notre saint-cyrien, c’est la définition sur laquelle s’appuie son raisonnement : pour lui, la géopolitique relève exclusivement de «l’analyse dynamique des inerties ». Les inerties... Braudel toujours, et son temps long. Les inerties. Certes. Mais voilà une définition qui se montre incapable de prendre en charge le nouveau, ce qui vient justement bousculer le poids des inerties patiemment relevées au fil des siècles. Il me semble que nous gagnerions à penser la géopolitique en termes de puissance plutôt que d'inerties (qui sont les embrayeurs de la pensée historienne), de localisation de cette puissance et de ses enjeux. Dématérialisée, cette notion ouvrirait plus radicalement à la compréhension des éléments contemporains constitutifs de cette puissance, tout comme des nouveaux instruments de la domination mondiale, de la Finance à la privatisation des terres agricoles, l’impérialisme foncier qui se fait jour actant d’un nouvel ordre du monde passablement inquiétant.
 
 
Introduction à la géopolitique, Olivier Zajec, Argos édition, 15 mai 2013, coll. Géopolitiques, 140 pages, 13,90 euros, ISBN-13: 978-2366140033. 

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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 04:07
tomazeau.jpgLes ruines du château Forbin, la vallon Saint-Cyr, le virage où s’agrippe la pagode… Les sentiers buissonniers de Pagnol ont disparu. Reste le bitume, qui macère, l’esprit de Marseille tapi dans l’ombre et la clarté –non la lumière. L’Esprit de Marseille : le mystère de ses collines, des hommes qui errent, là-haut, braconniers, pompiers, joggeurs, gamins effrontés, dans un monde d’arbousiers et de sauterelles. L’Esprit de Marseille, nous  conte Thomazeau, c’est le silence d’un soleil de plomb, les grillons, la chaleur, la poussière que les sandales soulèvent, les marches lentes, obstinées, et au détour d’un sentier d’épines, presque une foule de gens venus d’on ne sait où. Et sur l’autre versant, ce sont les falaises creusées de grottes où les promeneurs ramassent des silex taillés, la préhistoire qui affleure sans cesse, et le vallon de l’Homme mort. Trois collines et un fleuve, et la banlieue pour horizon.  Mais c’est autre chose encore, qui se dérobe toujours dans cette ville dont Thomazeau nous dit qu’elle ne peut se saisir qu’en « lambeaux de descriptions».  Marseille ? Un village, une banlieue, une capitale immense et quelque chose d’indicible, une identité qui se refuse. L’expression est forte. Marseille ? C’est ici et là, là-bas plutôt semble-t-il, que borde la mer indigo, le ciel bleu, la pierre blanche dans l’imposture de la lumière, de la nuit, des truands qui voudraient la confisquer en de grands gestes théâtraux. Une ville «mal foutue», «mal embouchée», «mal partie»… Qui ne cesse de refourguer un imaginaire de peuchère –partie de carte, pastis, Pagnol. Mais quid de la pagode ? Et de ses alentours , ces baous où dénicher la plus ancienne sépulture d’enfant de la région ? Comme s’il fallait tourner le dos à la Méditerranée pour comprendre quelque chose de cette ville millénaire.  Le port ne serait alors qu’une vitrine de mâts, d’îles, de forts. Port bouclé au demeurant, embrigadé, inaccessible. Marseille, ce présentoir ? Il faut chercher ailleurs, confie Thomazeau. Au plus enfoui, dans les criques qui bordent la ville, dans cette grotte cachée au fond d’une calanque, où dure le premier meurtre, dans la grotte Cosquer, parmi ses peintures rupestres : celle de l’Homme tué.  La plus ancienne représentation de ce territoire mélancolique, peinture d’un homme transpercé par une lance, comme une accusation indéchiffrable. Ou bien faut-il chercher là-haut, dans au-delà de cet oppidum laissé en friche par les archéologues eux-mêmes, vers Saint-Marcvel, qui formerait comme une frontière coupant la ville de la Provence.  Là, sur ce plateau qui ouvre l’horizon à tout l’espace marseillais. Le vrai point de vue. Patient typographe, Thomazeau conte la fondation de Marseille, les phocéens, les Sébobriges, ces gaulois de Marseille massacrés par les romains. Marseille, ville gauloise ? Ville des naufrages au milieu desquels rôde encore l’Homme tué. Thomazeau enquête. Superbement. Il reste peut-être quelque chose de cette histoire dans le repli et cette peur des gens qui constituent peut-être leur plus terrible identité. De ce côté-ci de la frontière, dans cette ville étrangère plantée dans un milieu hostile. Marseille ville monde pourtant, et peut-être parce que c’est la ville monde par excellence, cosmopolite. Une ville toujours sur le départ dans cette biographie magnifiquement scénarisée, qui houspille l’Histoire et nous malmène, aujourd’hui capitale européenne des cultures –mais les cultures arabes ? Repoussant sans cesse la construction d’une grande mosquée… Reste Amar donc, l’enfant qui n’a cessé de le suivre dans cette fiction surprenante, Amar, l’âme, soyons-en certain, de Marseille, «mort d’une trop grande soif de vivre».
   
Marseille une biographie, François Thomazeau, éd. Stock, coll. Essais – Documents, mars 2013, 384 pages, 20 euros, ISBN-13: 978-2234074156. 

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5 septembre 2013 4 05 /09 /septembre /2013 06:26

l-ombre-corbin.jpgAlain Corbin a suivi à la trace (littéraire) et depuis l’Antiquité gréco-romaine, "ceux qui ont su voir l’ombre". Non le côté obscur de la vie mais cette douceur propre aux ombrages que Virgile, Horace, Ronsard ou Goethe, voire Senancour, ce grand philosophe oublié, ont choyée. Aux mots de ces écrivains, Corbin a relié les siens, les enrichissants des lettres des peintres sidérés eux aussi par cette présence de l’arbre, souverain passeur temporel.

Les uns se sont étendus sous les feuillages pour y chercher l’inspiration (Rousseau), les autres se sont simplement reposés. On s’y est caché aussi, réfugié des états tyranniques. Ou bien l’on s’est contenté de grimper aux arbres comme l’ont fait les enfants bâtir leurs utopies magnifiques. Car l’histoire que raconte Corbin n’est pas botanique, ni philosophique, ni même symbolique. C’est l’histoire d’un toucher, d’une étreinte qui n’a cessé de se perpétuer au fil des âges. Non celle de la forêt mais celle de l’arbre champêtre, solitaire, éternel, plus domestique que sauvage. Une histoire d’émotions, de sensations. De rhétorique aussi : son matériau, c’est le texte. Avec en toile de fond, toujours semble-t-il, ce choc ressassé depuis la haute antiquité au détour d’une clairière, à la vue d’un arbre dressé soudain au beau milieu d’un champ. L’arbre centenaire qui enjambe les siècles. Vieux chêne, châtaigner, fayard ou séquoia, arbre des confins orientaux décrits par les voyageurs arabes du Moyen Âge, ce genre d’arbre que rien ne semble pouvoir abattre, monument organique recelant l’expérience de l’impénétrable, apothéose de l’énergie vitale qui transperce l’univers de part en part.

Corbin a exploré attentivement les regards que nous portions sur ces arbres, à commencer par celui de la sidération provoquée par sa vue, ou celui de méditation. Pourquoi l’arbre donne-t-il à penser ? Quel énigme constitue-t-il ?

Sa splendeur redoutable (Caillois), n’a cessé d’incarner à nos yeux une impression de force. Peut-être, nous dit Corbin, est-ce à cause de l’énigme silencieuse de sa croissance, tenace, invisible sinon à l’écoulement de la sève. Ce serait cette sève justement, qui trouverait en nous un écho : celui du désir comme volonté secrète, orientée vers rien d’autre que son assouvissement. Mais l’arbre, prétend Thoreau, contrairement à l’homme n’attend rien. Il pousse. Et cette matière dense, fibreuse, révèle un entêtement inconcevable (Bataille), plongeant ses racines dans la nuit de l’existence, sinon cette nuit de la chair qui effraie tant en nous.

L’arbre est au fond un monde en soi, tel que l’envisage Corbin, habité, "château aérien" (Chateaubriand), abri de l’harmonie sonore. Un monde qui porte en lui l’écriture sous l’écorce paisible, ce fameux Liber, cette pellicule située entre le bois et l’écorce qui contenait depuis la nuit des temps la venue du verbe humain.

Mais par-dessus tout, peut-être, il y a ce silence, cette paix, l’éphémère et le durable enchevêtrés à ses pieds, où l’homme ne peut que se confronter à une temporalité qui n’est pas la sienne. Les cèdres du Liban en témoignent, dit Lamartine, qui verront le Dernier jour comme ils ont vu le premier.

  

 

La douceur de l'ombre: L'arbre, source d'émotions, de l'Antiquité à nos jours, Alain Corbin, Fayard, 3 avril 2013, coll. Divers Histoire, 364 pages, 23 euros, ISBN-13: 978-2213661650.

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 04:23

Du temps libre aux loisirs, de quelles valeurs ces espaces nouveaux ont-ils été l’enjeu ? Alain Corbin, avec le brio qu’on lui connaît, a réuni autour de lui des contributions passionnantes pour tenter de répondre à ces questions. Du désir d’aventure au divertissement de masse, c’est au fond tout un changement de civilisation que son étude embrasse. Dès 1850, Barnum invente le divertissement de masse, tandis que d’autres plantent déjà le décor du sport spectacle. Très vite, l’on redessine parcs et forêts pour répondre à ce besoin nouveau d’agrément qui se fait jour, ainsi du Bois de Boulogne en 1850. Une année passe et cette révolution se transporte à Londres, où s’ouvre le premier music-hall. Comment la Révolution industrielle a-t-elle réussi à imposer cette nouvelle distribution des temps sociaux ?
Orientée vers l’analyse historique, l’étude de Corbin ne se prive pas d’interroger notre rapport actuel à ce temps libre pour en appréhender les enjeux contemporains. Deux conceptions du loisir s’y affrontent : l’américaine et l’européenne. D’un côté, l’institution du loisir comme jeu, de l’autre sa moralisation. C’est qu’en France par exemple, la question du temps libre est longtemps restée associée aux luttes ouvrières. Reste aujourd’hui une troisième voie : celle de l’invention d’un style de vie propre à chaque individu, poussant à des formes inédites de construction de soi, où l’on comprend bien alors l’importance stratégique du temps libre.


L'avènement des loisirs, 1850-1960, de Alain Corbin et Julia Csergo, éd. Aubier Montaigne, nov. 98, 471 pages, ISBN-10: 2700722477, ISBN-13: 978-2700722475

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28 juin 2013 5 28 /06 /juin /2013 04:24

ancien-regime.jpg  Le pays le plus peuplé d’Europe jouissait alors d’une situation particulièrement favorable, assurant aux rois de France la tranquillité financière (grâce aux levées d’impôts) et politique : le roi de France, roi très chrétien, ne tenait son autorité que de Dieu, ce qui le soustrayait au Pouvoir de Rome, et proclamé de fait Empereur en son royaume, il n’avait de compte à rendre qu’à lui-même et non au Saint Empire Romain Germanique. Riche, le pays l’était donc ; puissamment armé, le roi poursuivait sa longue marche vers le pouvoir absolu, mais ratait la grande affaire de l’époque : l’aventure océanique. Ce n’était pas faute pourtant d’enthousiasme : nombreux furent les français à prendre part individuellement à cette aventure, des régions entières finissant par se mobiliser pour courir la haute mer sans l’aide de l’Etat. Car ce dernier était plus intéressé à lever de nouveaux  impôts et centraliser toujours mieux le Pouvoir qu’à courir le risque de la mer. Pour une grande part, ce furent les protestants du royaume qui écrivirent la page française des Grandes Découvertes, contraints par les massacres dont ils furent les victimes. On les vit même tenter de fonder une utopie au Brésil, exterminée par les Espagnols dans la plus grande indifférence du roi de France. C’est que la France du XVIe siècle poursuivait un autre rêve : le rêve italien. Les portes de l’Orient, Venise, Naples, semblaient offertes à la convoitise de la noblesse française, tant la situation politique de l’Italie demeurait confuse. Le rêve italien, c’était alors celui de s’illustrer encore sur les champs de bataille, c’était le rêve impérial de la monarchie française, pressée d’imposer cette monarchie universelle qu’elle pensait avoir inventée pour le meilleur du monde occidental. Mais l’Italie, c’était surtout le cauchemar d’un pays complexé, qui voyait bien l’avance qu’elle prenait dans les affaires de l’Esprit, où sa culture rayonnait outrageusement. Or la grande affaire du XVIe siècle français ne fut pas la culture, mais les guerres de religion… Moins la compétition des idées, malgré François 1er, que les massacres de civils, dans lesquels le pouvoir d’Etat se plongea corps et âme, entrevoyant dans son action de répression le moyen d’affirmer encore sa domination. Il est vraiment intéressant, de ce point de vue de voir comment ce Pouvoir s’est comporté au cours de cette période, inaugurant des solutions qui aujourd’hui encore nous poursuivent !

 massacres-enfants.jpgLe premier acte des rois de France fut de considérer la Réforme comme une hérésie, dans un pays où, malgré tous ses efforts et ceux de l’Eglise, les identités religieuses restaient désespérément mobiles, labiles, fluctuantes. Les réformés reprochaient aux catholiques de Mal croire. Il y avait de quoi : l’Eglise avait beaucoup bâti la foi sur des rituels et des superstitions qu’elle multipliait à l’excès. Nombreux étaient les croyants qui voulaient revenir aux Ecritures, remettre le Christ au cœur de la religion et se défaire de toutes les médiations, célestes ou humaines, que l’on avait élevées autour d’eux. De forts débats secouaient la communauté des chrétiens, autour de l’idée de Liberté, ou de Dignité de l’Homme. Les thèses de Luther, dans ce contexte, ne séduisaient pas : son absolue méfiance de l’homme heurtait. A Erasme qui promouvait l’idée du self arbitre, Luther opposait partout son tragique serf arbitre. Or Erasme, bien que critique, demeurait catholique. La France des réformés pris plutôt le partie de Calvin, qui prêchait alors une théorie de la prédestination beaucoup plus satisfaisante : qu’est-ce qui peut m’assurer le salut ? Mes actes. Exit la grande peur agitée par l’Eglise de l’époque, celle du Jugement Dernier où siégeait un Dieu intransigeant, dur et sans amour. Bientôt nos réformés s’enhardirent. Vint l’Affaire des Placards : ils remettaient en cause la Messe, que l’on avait fini par enraciner dans le pays. C’en était trop pour les catholiques, tout comme pour la monarchie, d’autant que les réformés se mirent à développer des idées par trop séditieuses : partout dans le pays ils animaient des débats au cours desquels ils revendiquaient leur droit à la Résistance, étendant même dangereusement son principe à tout sujet inquiet de sa situation personnelle dans le royaume. Ils fondèrent philosophiquement ce droit, appelèrent au soulèvement général, prônèrent une violence pédagogique (lutter pied à pied contre les décrets de l’Eglise et reconfigurer les frontières entre le profane et le sacré), une violence d’espérance humaniste, de résistance civique…

St_Barthelemy-catherine.jpgAlors partout se leva face à cette violence protestante la grande violence catholique, encouragée par la monarchie. Les catholiques étaient alors traversés par l’idée de l’imminence de la fin du monde. Le combat contre les réformés résonnèrent dans leurs esprits comme celui du combat final du Bien contre le Mal… Leur violence devint sanctifiante, rituelle, de «purification», libérant des tréfonds de leur vie les frustrations les plus redoutables. Dès lors, tous les hérétiques devaient être exterminés. Sans discernement. Une violence archétypale fut déchaînée, avec la bénédiction des plus hautes autorités, tant religieuses que laïcs. Une violence punitive tournée contre les hommes, les femmes, les enfants : il s’agissait de débarrasser l’humanité de la souillure des corps protestants… Violence de possession divine, aveugle, qui conduisit non pas à un massacre, celui de la fameuse nuit, mais à d’innombrables massacres que la mémoire collective n’a pas voulu retenir. Une violence telle, qu’elle devint rapidement pénitentielle, faisant retour contre les catholiques eux-mêmes, pour distinguer parmi eux les bons des hésitants… Une violence qui se retourna bientôt contre les politiques, qui brusquement voyaient leur échapper l’aveuglement de tout un peuple et croyait pouvoir y mettre un terme. Une violence qui déborda de toute part, s’en prenant bientôt à toutes les formes de tolérance civique qui risquaient de se faire jour dans ces discours de plus en plus nombreux qui en dénonçaient les excès. Il faut aussi, ici, rappeler le poids des grandes rivalités seigneuriales, profitant de l’aubaine d’un pays déstabilisé pour alimenter ces haines et fomenter leurs règlements de compte sordides, les Montmorency, les Guise, les Bourbons, mettant à feu et à sang le pays pour s’éliminer les unes les autres, à la plus grande joie du roi de France qui y vit l’occasion de les voir s’affaiblir assez pour leur ravir ce Pouvoir Absolu qu’il convoitait tant. Il faut comprendre ce rôle joué par ce pouvoir de plus en plus central, qui compris très vite l’intérêt de criminaliser le délit d’opinion religieuse. Le mauvais croyant devenait un mauvais sujet. Toute prédiction devenait un crime et les tribunaux royaux, non la juridiction de l’Eglise, procédèrent eux-mêmes aux persécutions des réformés, multipliant les exécutions publiques et pratiquant ce que l’on nommait alors le Coup d’Etat : l’exécution précédent la sentence ! Des tribunaux d’exception en quelque sorte, que l’on ouvrit partout. Allant même, la nuit qui précéda la Saint Barthélémy, jusqu’à donner l’ordre d’exécuter les leaders réformés ! Le roi devenait un tyran, l’absolutisme français prenait forme, l’arbitraire était sa règle. A un point tel que dans l’Eglise catholique elle-même des voix se firent entendre. Celles des jésuites, celles des dominicains, que cet arbitraire inquiétait. Les régicides de l’époque furent du reste catholiques. La répression achevée, la fronde menaçant, les rois cherchèrent une sortie laissant indemne la nature de cette nouvelle domination qu’ils avaient su mettre en place. Avant l’Edit de Nantes, de nombreux autres édits furent tentés, tout comme des actes de Concorde. Le roi assujettit d’abord la noblesse en instituant un système de cour compliqué pour la diviser efficacement. Aux réformés, il finit par proposer une entente articulée par l’idée de tolérance civile. L’idée était belle, qui reconnaissait la liberté de conscience et de culte. L’heure vint de signer le fameux Edit de Nantes, conçu par la Monarchie comme provisoire, comme une machine faite pour restaurer son ordre et permettre à l’Eglise de reconquérir les âmes égarées. Une tolérance, on le voit, provisoire, quant aux yeux des réformés elle passait pour définitive…

 

LA FRANCE DE L’ANCIEN RÉGIME (XVIE ET XVIIE SIÈCLES), UN COURS PARTICULIER DE JEAN-MARIE LE GALL, HISTOIRE DE FRANCE - LA COLLECTION FRÉMEAUX / PUF, 4 CD-rom.

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 09:30

delamagie.jpgPremière traduction en français d'un texte resté inédit du vivant de son auteur. Texte tardif, récapitulant dans sa construction même la trajectoire intellectuelle de Giordano Bruno, sinon son œuvre. L'ouvrage emprunte en effet beaucoup aux arts de la mémoire, pour construire son exposition sur le modèle de la visite d'un palais démultipliant jusqu'à l'obsession ses objets de pensée. Le tout avec désinvolture, voire négligence, comme s'il s'était agi de cheminer parmi les objets pensés, plutôt que de les enfermer dans des notions jalouses de leur signification théorique. Mais voulant éclairer la théorie par la pratique, le texte ne comprend aucune réelle visée pratique. La magie dont il est question ouvre moins à la manipulation de formules qu'à l'exigence d'éclairer de manière raisonnée la nature de l'univers. Et le mage dont il fait mention est plutôt un sage oeuvrant à la réconciliation du savoir et de l'action. Le lecteur curieux d'incantations ne trouvera donc ici aucune nourriture ; la thèse nonchalante que Bruno expose est celle de l'unité du monde, de sa solidarité et de sa continuité spirituelle. S'il est vrai que le sens est partout dans l'univers, alors il doit bien exister " une voie d'accès de toutes choses vers toutes choses ". Louons les éditions Allia de nous offrir ce texte assorti de notes qui ne dissimulent pas les difficultés de la traduction.

 

 

De la Magie, Giordano Bruno, éditions Allia, janvier 2000, 124 pages, 6,20 euros, isbn 13 : 978-2844850263.

 

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