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12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 07:46
Le Désir de guerre, Frédéric Roux

A l’heure où partout en Europe se fait jour ce goût pour le bruit des bottes, peut-être est-il temps en effet de s’interroger sur ce désir de guerre qui s’y énonce. Guerre intérieure, civile, moins des uns contre les autres que contre ces minorités fragiles, tels les rroms en France, ou les musulmans. Guerre tout court, à l’horizon ukrainien. Et ce, paradoxalement, juste au moment où nous commémorions la Der des Der… A laquelle est consacré l’ouvrage. Que raconter au demeurant de 14-18 et comment ?, nous interroge Frédéric Roux, qui apologue sur ses usages et nous évoque son grand-père, une jambe de bois à la main et le goût du pinard à la bouche. Faut-il dans cette distance cultiver un cynisme de bon aloi ? Révéler l’idéal des tranchées : perdre un truc qui ne se voit pas. Un orteil par exemple, un morceau de son ventre. Ou l’obsession des poilus qui ne songeaient qu’au vin et aux femmes : préfèreraient-elles un manchot à un cul-de-jatte ? Décillé, faut-il montrer la bousculade des grognards dans la boue qui les ensevelit et puis la trouille, la pétoche à se planquer derrière le ventre d’un cheval à l’agonie ? Dénombrer les réfractaires si peu nombreux, les rares déserteurs et l’immense armée des instituteurs, qui firent de cette guerre une guerre d’intellectuels ? Le tout sur le ton de la gaudriole, pour réaliser que tout ce que l’on peut écrire sur le sujet ne peut être qu’un pitoyable effet littéraire... Car dans les tranchées, aucun d’entre nous n’y était. Ni Frédéric Roux, ni ses lecteurs. Et quand bien même il aurait pris –il finit par le prendre «aussi»-, le parti du lyrisme, il n’en resterait pas moins qu’on ne saurait rien en dire désormais, loin du front. Même à creuser ses souvenirs, les années 50, les foins, la fourche. Ecrire sur quoi ? Les chiottes dans la cour, la charrette et tout ce minuscule de la vie d’alors ? A quoi bon semble-t-il nous dire : la seule chose envisageable ne l’est plus : le réel. Reste le portrait peu reluisant qu’il dresse de la campagne française des années 50, et sa méditation sur l’indiscernable du Mal. Un temps conventionnel, réactivant les grands poncifs sur cette question du Mal, convoquant comme à l’accoutumée le paradigme égoïste sans réaliser qu’il n’est en réalité qu’une fiction idéologique construite par les élites, que l’on peut très précisément originer dans le XVIIème siècle moraliste, posant sans jamais parvenir à le prouver, l’idée d’une nature égoïste de l’humain, ouvrant, nécessairement, à la banalité du Mal…

Qu’est-ce qui lie les hommes entre eux, à la guerre ?, nous assène-t-il alors. L’ignominie, le répugnant, le sang qu’on a fait couler. C’est le Mal, dit-il, qui lie les hommes entre eux. Vieille antienne des meurtres commis ensemble, des cadavres piétinés… Vieille anthropologie du malfaisant, du Mal vrillé à la condition humaine, campant sur cette théorie éculée de l’égoïsme humain déroulant le lien qui relie Fénelon à Arendt autour de cette prétendue banalité du Mal qu’aucune étude jamais n’a su corroborer.

Mais oublions cette rhétorique creuse, qui forme pourtant comme le cœur de sa pensée. Il reste que Frédéric Roux a raison de nous avertir sur un point : la guerre est possible dès lors qu’elle nous est devenue évidente. Là où reposer la question du grand-père : que diable allait-il faire dans cette galère ? Frédéric Roux tourne autour de cette question, la retourne dans tous les sens, scrute le souvenir qu’il a gardé de cet homme boitillant. Il lui manquait une jambe, voilà tout. Le soldat part sans rien réaliser et revient dans le même état d’esprit. La propagande. Sans doute. Lui, est revenu avec une jambe artificielle qui a fini par remplacer la vraie. C’est ça le message de son récit : on adhère au semblant. Et puis, plus probant : la législation recouvrait tout. Jusqu’à ranger les morts dans le bon ordre. Les héros, les martyrs, les traîtres, les ennemis, etc.

Non, reste le texte qui suit sa réflexion sur le désir de guerre et qui est comme une interrogation sur les conditions de possibilité de l’écriture artistique. Demi-tour Gauche, Gauche ! Frédéric Roux avait vingt ans en 68. Il appartenait à une génération sans désir de guerre, qui a vu dans celle de 14-18 le moyen dont s’est doté le Capital pour briser la conscience prolétarienne de l’Europe. «C’est le sujet qui est mort dans la boue des tranchées», affirme Frédéric Roux. Sans doute. Encore que cela soit mal formulé : la question du sujet a ressurgi dans les débats philosophiques parisiens des années 80 pour mettre fin à celle de l’homme. Mais oui, tout de même, ce que 14-18 a inauguré, c’était la fin de la morale kantienne : l’homme pris pour un moyen, non comme une fin comme l’exprimait cette morale. Lui dit : 14-18 a remplacé le sujet par «la masse». On n’est pas a obligé d’adhérer à son propos : l’homme fut remplacé par les choses. (Rappelez-vous Perec). Par la gestion des choses plus exactement. Par la gestion, en soi. Mais la toute-puissance de la marchandise ne faisait que s’annoncer. Ce n’est qu’aujourd’hui qu’elle est parvenue à s’accomplir vraiment. L’homme n’est plus que du matériel humain. Et nous n’avons pas trouvé le moyen d’y résister. L’art lui-même n’a pas su. Tout comme il n’a pas su représenter la guerre pour nous défaire de son désir, ainsi que l’affirme cette fois justement Frédéric Roux. Apocalypse Now n’aura par exemple au mieux que subjugué les consciences, rendre la guerre exemplaire, elle qui, sur le terrain, ne l’est jamais. Et loin de nous en dégoûter, nous aura fascinés et repus de tant de beauté dans le déchaînement de sa violence. La rhétorique lyrique ne produit jamais que l’effet inverse finalement, de celui escompté. Nous offrant la guerre comme une matrice plutôt qu’un repoussoir.

Le désir de guerre, Frédéric Roux, édition Arbre Vengeur, 14 novembre 2014, 141 pages, 11,74 euros, ISBN-13: 979-1091504232.

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11 mai 2015 1 11 /05 /mai /2015 06:38
L’école hors sujet…

C’est vers 1050, nous disent les grammairiens, que la locution hors fut extraite de dehors pour se répandre et répandre partout l’exclusion, l’enseigner, la nommer, la montrer. Certes, elle dut se résigner tout d’abord à coexister avec sa variante phonétique fors. Mais les Croisades lui lâchèrent enfin la bride sur le cou. Même si, vers 1135, on pouvait encore aller hors, c’est-à-dire parcourir un dehors, à la frontière si poreuse encore. L’exclusion devenait toutefois de plus en plus définitive et il n’est pas anodin qu’on l’ait d’abord signifiée dans la locution hors la ville. Hors la ville nécessairement, point de salut… C’était si vrai qu’hors la ville, on était vite hors de soi, un forcené qu’il fallait réduire ou ramener à la raison, nécessairement citadine. Quelle troublante topographie... Quelle manière d'administrer les territoires de la raison ! (Je veux ici évoquer ceux qui commandent leur parcours à la (re)connaissance).

Hors la raison, point de salut. Hors n’est pourtant pas une région de la pensée, mais un espace. Empirique. Qui résiste aux réductions de la Ratio. L’espace de l’auto-révélation pathétique de la chair, peut-être, celui de la zoê, plutôt que de la polis.

C’est pourquoi l’école est placée hors la société. Pour mieux y exposer ses sujets décharnés, en faire des objets éducables, qui ne préexisteraient pas à ce qui les éduque, dirions-nous pour paraphraser Derrida en le contredisant.

Un dispositif qui serait précisément ce que l’école cacherait de son fonctionnement. Un peu hors, du coup, de toute transparence pédagogique, dans ce fonctionnement qui oublierait que le sens n’est pas une chose mais un dialogue fragile, subtil, que l’humain inaugure très tôt, dès sa sortie du ventre maternel.

Un dialogue qui aurait dû contraindre l’expérience pédagogique à révéler autrement qu’elle ne l’a fait l’épaisseur dialogique de l’existence.

Au point, par exemple, où elle aurait pu comprendre que le vrai but de toute pédagogie est de faire advenir quelque chose que rien ne pourra plus circonscrire. Plutôt que de l’enclore dans le dedans d’un quelconque savoir rabougri. Un contenant, plutôt qu’un contenu.

Car qu’est-ce qu’éduquer, sinon, comme le dit Derrida, s’ouvrir à la fragilité de l’autre ? Comprendre comment il comprend ou ne comprend pas, comprendre autrement, dans ces régions mal définies des friches où l’école, ayant transmis son trésor de significations, laisserait ouverte la possibilité du sens.

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5 mai 2015 2 05 /05 /mai /2015 07:32
Confucius, Professeur de vie plutôt que d’idées, Cyrille J-D Javary

Confucius… Dont le nom même porte la trace de cette latinisation que les jésuites avaient briguée, cherchant dans ses pensées le calque de leurs idées pour pouvoir plus facilement convertir les chinois à leur religion. Confucius auquel Voltaire s’intéressa tant, croyant retrouver dans ses paroles l’idée de l’impératif catégorique kantien. Il y avait bien certes du Socrate en lui, et du Montaigne. De fait, il fut le quasi contemporain de Socrate et tout comme lui, il n’écrivit pas mais enseigna oralement sa pensée sans chercher à la rigidifier dans un texte canonique. Tout comme lui, Confucius préféra se livrer à une maïeutique plutôt que d’être lige d’une théorétique, méditant tout haut auprès de ses disciples sur la conduite de l’expérience morale dans la vie de tous les jours. Cyrille Javary nous en conte, littéralement, dans un ton qui surprend au début, rebute même dès l’abord par sa manière puérile de professer, avant de trouver son rythme et de finir plus enjoué. Javary nous en conte donc l’histoire, la vie, l’œuvre, nous éclairant sur le contexte historique de sa genèse autant que de sa réception, dans un effort précieux de compréhension intellectuelle. Il raconte l’homme, le groupe qu’il forma autour de lui, tel Socrate et ses disciples, dissertant longuement sur l’art de gouverner, soi-même et le monde. «Professeur de vie plutôt que d’idées». L’étude est passionnante, cultivée, profonde. Il évoque les sources, les critiques, replace le tout dans le temps, parlant à son tour puissamment de ce qui seul comptait aux yeux de Confucius : la perfectibilité de l’homme. Mais à l’entendre, le plus passionnant semble au fond ce qui a fait surface : l’histoire de son legs. Trois ans après sa mort, ses disciples les plus proches entreprirent une vaste enquête qui dura vingt ans, de recollection des propos du Sage. De quoi se souvenaient ceux qui l’avaient approché ? Et qu’est-ce que cela pouvait bien vouloir dire à leur sens ? Ils en compilèrent un très mince recueil d’entretiens, qui est l’ouvrage qui fonde aujourd’hui encore notre connaissance de la pensée de Confucius. Des Entretiens qui allaient exercer une influence deux fois millénaire et fonder le socle moral de la civilisation chinoise ! En fait un recueil de 516 paragraphes, composés comme un cut up. Des notes. Désordonnées. Un fouillis d’idées comme jetées en vrac, plein de son désordre, d’incertitudes, de lacunes, de répétitions… Un ouvrage dans lequel rien ne nous est épargné de ce qui fonde un mauvais livre, car tout y a été jugé pédagogiquement important ! Et c’est sans doute l’essentiel de ce qu’il faut retenir de cet héritage : cet entrelacs de contradictions et de vérités, la seule sagesse à portée de l’humain. Aucune architecture intellectuelle rigoureuse. Un ouvrage composé à la va comme je te pousse, loin de notre tradition cartésienne, qui fit qu’un Hegel par exemple le lut avec mépris, considérant l’homme comme une sorte de sous-Cicéron qu’il valait mieux ne pas traduire eut égard à la philosophie chinoise. De fait, on y trouve de tout. Des interrogations qui ne sont pas menées jusqu’au bout, des conseils presque insipides, quelques réponses oiseuses. Aucune méthode. Sage alors Confucius, plutôt que philosophe ? Ou Saint ? Mais alors, un Saint qui se serait laissé volontiers emporter par la colère, la déception, l’égarement. Un Sage qui n’enseigna guère qu’une manière de vivre et encore, se posant constamment la question de savoir ce que peut bien revêtir le terme d’apprendre. Apprendre… Le premier mot du premier paragraphe du premier chapitre des Entretiens. C’est dire son importance. Apprendre… C’est quoi ? «C’est avancer nous dit Confucius, ce n’est pas atteindre»… Apprendre, comme une expérience quotidienne, nécessairement partagée c’est-à-dire non conduite dans la solitude cartésienne d’un moi fouillant son ego pour y découvrir des principes universels. Non pas bûcher non plus, ainsi que nous l’enseignons à nos enfants, ni même acquérir une connaissance livresque. Apprendre : s’incarner dans une connaissance lacunaire de soi et du monde. Lacunaire, nécessairement, modeste si l’on veut : apte à s’ouvrir à ce qui demain la réformera. Et de fait, lire Confucius c’est d’abord se confronter à une désillusion : rien de plus fade, de plus banal, voire de plus insipide. Ses propos sont incitatifs, ses réponses, décalées. Il y a des évangiles là-dedans : la même douceur, la même étrangeté. Tout s’y décale toujours, une parole contredisant l’autre pour mieux enclencher une réflexion personnelle. Car le but de cette initiation, c’est d’arriver à trouver l’attitude appropriée, celle qui ouvrira un chemin de vie, dans une parole qui laissera à désirer, à l’image de celle de Confucius, qui laisse d’autant plus à penser qu’elle ne fait bien souvent que surgir pour s’évanouir aussitôt loin de toute conclusion assénée. Une parole de la perplexité, construite sur l’amitié de l’homme pour l’homme. L’Amitié, le second mot du second paragraphe de l’ouvrage. C’est dire le poids qu’il lui accorde : celui d’une vertu de connaissance. Apprendre l’amitié. Les deux jambes sur lesquelles marcher. Dans ce devoir d’humanité qui fonde toute parole. Car pour Confucius, la réalité première n’est pas la personne, mais la relation entre deux personnes, qui va engendrer chacun dans son poids de chair. Et qui seul nous justifie les uns auprès des autres.

Confucius, Vieux sage ou Maître actuel ?, Cyrille J-D Javary, Direction artistique : Claude Colombani & François Laperou pour ARTE-FILOSOFIA, Label FREMEAUX & ASSOCIES, nombre de CD : 3.

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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 06:55
Question de méditation, n°1

Dans une forme parfaitement accomplie, élégante plus que consolante, la revue s’ouvre sur un héritage, celui de Louis Pauwels qui la fonda, une quarantaine d’années plus tôt. La méditation donc, non l’apaisement. Marc de Smedt signe l’édito, affrontant sans fard le phénomène de mode qu’elle est devenue, et les malentendus qui l’encombrent. Retrouver du sens, certes. Aspirer au calme. Mais oubliez les techniques confie-t-il, le décorum, l’apparat et tout le fatras transcendantal : méditer, c’est être présent au monde, à soi. C’est être dans le monde et non en dehors, c’est habiter le monde tel qu’il va, non tel qu’il devrait aller. Oublions donc les techniques, très peu nombreuses à vrai dire, ou bien trop, décrites ici au fil des pages et des spécificités des uns et des autres : soyons. Tout simplement. Dans un va-et-vient entre l’agitation extérieure et le calme intérieur. Car on peut méditer partout, n’importe quand, sans rituel ni posture particulière : la méditation n’est pas un remède, mais un outil, portable, transportable, disponible, sous la main : quelques minutes par jour suffisent, dans une geste imperceptible. Méditer ? C’est très simple en fait : c’est accorder une vraie attention, quelques minutes, à ce qui est. A son corps évidemment en premier lieu, l’appui incontournable. La respiration. Question de souffle. Tout est là : le souffle. Le Pneuma si vous voulez, mais sans qu’il soit besoin de convoquer ces grands mots fébriles. Méditer, c’est une pratique, pas un état.

Savoirs et expériences se démultiplient au fil des articles, proposant nombre d’entrées qui enrichissent le numéro, tantôt scientifiques, tantôt littéraires. Les neurosciences en appui. Médecins et psychothérapeutes témoignent. La méditation s’implante partout désormais, à l’école, au bureau, dans les hôpitaux comme dans les centres de recherche universitaire. Laïcisée, comme aime à le penser cette société obscure. Pas de paradis en vue, pas de gourou, pas de prière. Mais la découverte scientifique de son impact sur le cerveau humain, qu’elle est capable de remodeler en très, très peu de temps. Quelques quinze minutes par jour et pendant six mois suffisent à transformer cet organe si plastique. Méditer. Non l’introspection encore une fois : il faut coller au contraire au monde qui nous entoure. Pas de finalité mystique pour ce qui ne se comprend qu’à partir de cette humanité que nous sommes. Être éveillé donc, simplement, dans la dilection des choses du monde, quelque chose comme le chiasme tactile de Husserl débarrassé de toute angoisse. La main se sentant sentir, comme recueillie par le réel qui nous dépasse.

Questions de méditation, n°1, novembre 2014, Albin Michel, 160 pages, 15 euros, isbn : 9782226258472

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13 avril 2015 1 13 /04 /avril /2015 08:07
L’altruisme, Matthieu Ricard, Michel Terestchenko

L’altruisme… Une valeur avec laquelle la France a rompu dans les années 80, sous la présidence Mitterrand : l’heure était alors à la compétition, à l’exaltation égotiste. Il fallait libérer l’initiative privée, l’économie, les marchés financiers. Se défaire de ce qui ne paraissait alors plus qu’un fatras idéologique insensé : la pensée dite 68.

L’altruisme… Matthieu Ricard et Michel Terestchenko en dialoguent, longuement, passionnément. Le premier pour le placer au centre de cet âge anthropocène qui est le nôtre et pointer l’urgence à renouer avec des conduites altruistes dans un monde qui court à sa perte économique, écologique, politique. L’autre pour rappeler combien le paradigme égoïste de nos société est en réalité une fiction idéologique construite par les élites, que l’on peut très précisément originer dans le XVIIème siècle moraliste, posant sans jamais parvenir à le prouver, l’idée d’une nature égoïste de l’humain. Et c’est sans doute la leçon la plus importance de cet échange que cette réflexion sur ce moment de notre histoire où les penseurs ont décidé de promouvoir cette théorie universelle de l’égoïsme humain. Passionnante leçon d’histoire des idées que leur dialogue déroulant le lien qui relie Fénelon à Arendt autour d’une prétendue banalité du Mal qu’aucune étude jamais n’a su corroborer. Bien au contraire même, toutes les récentes études de comportement montrant que l’homme s’épanouit davantage dans un environnement de coopération plutôt que de compétition, à commencer par la réussite scolaire et la capacité à innover, et qu'en outre, il s'y livre pour le coup "naturellement". Passionnant échange donc, qui souligne au vrai comment cette idée d’un égoïsme socialement structurant aura conduit tout droit à la légitimation d’un Etat nécessairement coercitif pour transcender les égoïsmes particuliers. Passionnante causerie argumentée solidement, révélant combien dans l’histoire de l’évolution humaine la coopération aura toujours marqué un tournant créatif de cette trajectoire ! La théorie de l’agressivité permanente, rappellent nos deux conférenciers, ne tient pas la route. C’est le Bien qui est d’une banalité surprenante. Et pourtant nous y demeurant attachés. Un vrai lavage de cerveau opéré par la classe politico-médiatique, qui ne cesse jour après jour d’encourager les conduites narcissiques. Au point que toutes nos représentations des conduites humaines sont marquées par le postulat de l’égoïsme. Au point que nous sommes à peu près tous convaincus de devoir, sinon mépriser, du moins considérer d’un œil goguenard toute bienveillance. A commencer dans l’ordre de l’économie et de la Justice. Il n’est pas jusqu’à Rawls, le plus grand penseur de la théorie de la Justice, qui n’ait affirmé, sans pouvoir avancer l’ombre d’une preuve, que l’individu était naturellement indifférent à autrui. Certes, ici et là, de loin en loin naissait une figure singulière qui ralliait les suffrages et venait le contredire, telle Mère Teresa. Mais il s’agissait d’être exceptionnels, que nul d’entre nous ne pouvait égaler.

Quand donc est née cette suspicion quant à la générosité de l’homme pour lui-même ? Cette matrice de l’altruisme comme hypothèse suspecte, Michel Terestchenko en situe l’origine au XVIIème siècle, très précisément dans la culture janséniste, qui ne poursuivait plus la recherche de la Vie Bonne propre à la pensée de la Grèce antique, mais celle la vie morale, où le monde devait être déterminé par des critères de désintéressement. Mais voilà : la grande question était alors de savoir dans quelle mesure l’on pouvait s’assurer de la sincérité de ce désintéressement. La Rochefoucauld passa ainsi son temps à dénoncer les fausses vertus, qui ne trahissaient que la poursuite égoïste de l’intérêt pour soi. Fénelon thématisa cette interrogation. A ses yeux, le désintéressement ne pouvait qu’être invisible, caché au fond du cœur : la conscience ne pouvait y avoir accès, la véritable vertu était l’humilité. Quiconque manifestait trop ostensiblement de l’altruisme ne pouvait qu’être suspect. C’est autour de ce soupçon que les schèmes mentaux de l’homme du XVIIème siècle allaient s’organiser. Pour être pur, l’altruisme ne pouvait être que «sacrificiel». Et donc réservé aux seuls saints. L’immense majorité des hommes ne pouvant y avoir accès, l’on en vint à penser que seul l’égoïsme était socialement structurant. Pour Hobbes par exemple, l’égalité entre les êtres ne pouvait produire que du conflit, non de l’amitié. Et seul un Etat nécessairement coercitif pouvait parvenir à assurer la Paix entre des hommes «naturellement» portés au conflit. Cette logique pèse encore sur nos mentalités. Peut-être est-il plus commode de penser ainsi pour assurer de longs jours à une société plus marchande que jamais et qui ne croit plus du tout en l’homme. Pourtant, on le voit, partout des êtres humains se soustraient à cette logique puérile du paradigme égoïste de l’homme. Nous sommes sans doute à un tournant de l’histoire de l’humanité où, par la force des dangers qui la menacent, nous devons refonder notre vision du monde et de l’homme. Et nous sommes à un tournant de cette histoire où nous le pouvons, où nous pouvons repenser la question de l’altruisme en cessant de nourrir une vision moraliste de l’individu pour lui préférer une vision plurielle, au sein de laquelle l’altruisme ne serait pas aussi radical que le concevait un Fénelon, et où l’égoïsme n’apparaîtrait enfin que pour ce qu’il est : une fiction idéologique faite monde pour mieux nous mortifier et nous aliéner.

L’altruisme, Matthieu Ricard, Michel Terestchenko, avec la participation de Françoise Dastur, Label FREMEAUX & Associés, 3 CD.

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12 avril 2015 7 12 /04 /avril /2015 08:33

tirarc.jpgBras tendus au-dessus de la tête, de l'extrémité de l'arc, quelque chose s'en va percer le ciel, tandis qu'à l'autre bout un fil de soie vibre.
Du sein de ce "devenir rien" de l'archer, dont on ne sait où il se trouve exactement dans ce dispositif pourtant simple, un événement a surgi, comme un éclair, qui fonde en lui sa propre essence.
Le satori s'offre comme oubli de soi où s'intégrer à l'événement qui surgit.
Etrange mouvement fondateur de la surrection, qui n'est pas sans faire écho à cet énigmatique moment du cogito cartésien où le "Je" fait surrection sur fonds de panique, et ne trouve à fonder son essence que dans cette volte, sans parvenir jamais à s'assurer de lui-même, sinon de l'instabilité de cette volte.

Les éditions Dervy ont réédité ce grand classique de la culture Zen. Un livre séduisant, écrit comme le témoignage d'un occidental qui a voulu partager son expérience de la mystique japonaise de l'art sans art. Loin de toute rhétorique initiatique, cet ouvrage se lit comme un récit d'apprentissage. Il ne s'agit cependant pas d'une sorte de guide de la vie bienheureuse. Aucune réponse n'est apportée à la question de savoir ce qu'est le Zen, dont les processus, incompréhensibles en eux-mêmes, sont pourtant entièrement saisissables. L'auteur, avec une grande simplicité, a tenté de nous décrire ses doutes, ses échecs, ses découvertes ou ses succès, et réussit à nous rendre intelligible une expérience qui reste fort étrangère à notre culture.--joël jégouzo



Le zen dans l'art chevaleresque du tir à l'arc, de
Eugen Herrigel, éd Dervy, Collection : L'Etre et l'Esprit, novembre 1998, 131 pages, 9 euros, ISBN-13: 978-2850769313.

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17 mars 2015 2 17 /03 /mars /2015 06:47

 

rock-instrumental-story.jpgUne histoire, non exhaustive bien évidemment, d’un genre musical malheureusement disparu, les standards médiatiques ayant fini par imposer la nécessité de paroles sur les musiques, comme si celles-ci ne savaient pas également donner du sens à leur écoute, en plus du reste. Alors les Shadows bien sûr, Check Berry, Eddie Cochran, mais des plus inconnus aussi dans cette genèse inédite, tel le hawaïen Sol Hoopii qui fut le premier à se convertir à l’électrique dès 1935, électrifiant sa guitare Lap Steel, laquelle donnera bientôt naissance aux premières guitares électriques que nous connaissons. Anthologie donc, qui du jazz à la country, de la country au rock, nous livre une impressionnante histoire de la guitare et qui, du swing improvisé des années 30 au jump blues des années 40, nous offre par la même occasion une histoire des techniques d’enregistrement et de reproduction du son. Un vrai collector pour les passionnés de guitare, l’instrument clef de cette histoire –et par parenthèse, c’est aussi toute l’évolution de l’instrument que donne à entendre cette anthologie. Car l’inouïe de cette genèse, littéralement, c’est qu’elle nous en fait sentir la diversité et l’évolution presque pas à pas, les artistes reprenant et poursuivant un fil jamais interrompu. Le fabuleux Guitar Boogie d’Arthur Smith, suivi dans la plage suivante par le non moins éclatant Guitar Boogie d’Harry Craftan, en témoignent. Certes la voix n’y est pas tout à fait absente : deux trois morceaux la réintroduisent mais comme par la bande, instrumentalisée elle-même, incorporée plus qu’accessoire, dans cette quête de sonorités nouvelles qui n’a cessé d’accompagner le genre et le sublime de ces guitares triturées, grattées, frappées -la guitare dans tous ses états en quelque sorte, ou peu s’en faut. Le livret est signé Bruno Blum. Précis, documenté, il sait souligner l’influence de guitaristes oubliés aujourd’hui, tel, aux origines, Les Paul (avec son Caravan), ce virtuose des années 40 qui époustoufla tant de musiciens qu’ils se mirent en tête de suivre ses pas. Ou encore nous livre-t-il cette période électrique moins connue de Django Reinhardt, qui domina tant l‘avant-guerre et donna l’impulsion décisive à ce genre disparu.

 

Rock instrumentals story 1934 – 1962, sous la direction artistique de Bruno Blum, label FREMEAUX & ASSOCIES, février 2014, nombre de CD : 3, avec livret.

http://www.fremeaux.com/index.php?page=shop.product_details&category_id=81&flypage=shop.flypage&product_id=1603&option=com_virtuemart

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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 04:36

 

Russel-l-oisivete.jpgAvec ce livre écrit en 1930, l’éditeur poursuit son propre éloge de la paresse, pour installer une véritable collection. Et dans ce livre comme dans les autres, c’est «la morale du travail de l’Etat esclavagiste» qui est stigmatisée, l’oisiveté cultivée étant supposée nous en libérer. Mais ce que ne voyait pas Russel, c’était que travail et loisir formaient un système. Le temps social d’avant la fabrique, par exemple, était un temps poreux, ouvert à l’interruption fortuite ou récréative. Le temps du manœuvre, discontinu et souvent inscrit dans une logique domestique, ne connaissait ainsi ni le travail, ni le loisir. Avec la Révolution industrielle est apparu un nouvel usage social du temps, dont le travail devint le référent absolu. Le temps libre, hors fabrique, s’est ainsi organisé sur son modèle. De fait, la mouvance socialiste, tout comme la bourgeoisie réactionnaire, ont défendu une même conception du loisir ouvrier, comme temps disponible à l’éducation. Il faudra attendre les années 1950 pour que s’affirme une conception ludique des loisirs, toujours suspecte d’être débilitante. La notice du traducteur de Russel renvoie à la même problématique. S’inquiétant de l’inexactitude du terme de loisir, auquel il préfère la notion antique d’otium, il ne fait que réactualiser la suspicion du XIXe siècle à l’égard du divertissement non cultivé. Russel ne fait pas exception. S’il combat la morale du travail, c’est au nom d’une morale aristocratique qui vante les valeurs de la distinction, source de l’épanouissement de soi.

 

Eloge de l'oisiveté, Bertrand Russel, éditions Allia, 26 janvier 2002, 38 pages, 6,20 euros, ISBN-13: 978-284485083.


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14 juin 2014 6 14 /06 /juin /2014 04:23

 

vinci.jpgSous toutes les formes possibles, on n’en finit pas de recenser les éditions qui s’emparent de Léonard de Vinci, pour proposer chacune sa vision de cet homme exceptionnel. Ingénieur, poète, peintre bien sûr, les angles d’approche sont multiples et tout ce qui porte la mention «Vinci» se vend, le meilleur comme le pire. Cadeau culturel par excellence, son mythe fait l’objet d’une attention et d’une transmission dévotes. Sans doute parce que, plus que tout autre, il représente l’incarnation même du génie universel. Sans doute aussi parce que cette croyance du génie naissant par génération spontanée plutôt qu’au terme d’une longue maturation, est typiquement française. Artiste, savant, découvreur, on n’en finit pas d’en arpenter l’universalité. D’autant que l’homme n’a pas négligé de laisser derrière lui énormément de traces, jusqu’à tenir la stricte comptabilité de ses dépenses quotidiennes. Alors s’il vous vient à l’esprit d’offrir l’un des multiples ouvrages qui lui est consacré, choisissez donc de préférence sa biographie par Carlo Vecce. Voilà qui vous changera des poncifs habituellement servis sur l’homme. La minutie incroyable de ce travail biographique, sans réel précédent, offre en effet une image plus subtile et plus contrastée du talent de Vinci. Opportuniste et pressé, n’hésitant pas à se mettre au service des tyrans, le plus remarquable de cette personnalité est moins sa vitesse d’exécution que sa hâte à conclure. Cette dernière le conduisit souvent à bâcler (génialement certes) son travail, comme pour certaines de ses fresques, pour lesquelles il expérimenta de nouvelles techniques qui ne tinrent pas… C’est que l’homme était impatient : son rendez-vous avec la postérité lui soufflait à l’oreille d’accumuler les créations.

 

 

Léonard de Vinci, Carlo Vecce, Flammarion, coll. Grandes biographies, 3 septembre 2001, 400 pages, 18 euros, ISBN-13: 978-2082125345.

 

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 07:27
 
La-Ve-Republique-Sirinelli.jpgJean-François Sirinelli s’est fait pour l’occasion l’historien du temps présent, poursuivant son exploration de la France du XXème siècle qui connut, à bien des égards, entre 1945 et 1973, les changements les plus radicaux de son histoire, en termes de mentalités particulièrement. Assez paradoxalement, cette histoire de la Vème République débute par la crise de Mai 68 plutôt que celle de 58. C’est que Sirrinelli voit dans les quelques semaines d’exaltation de Mai 68 comme la montée en puissance d’une revendication de libertés individuelles qui se seraient satisfaites des institutions de la Vème république, la contestation ne prenant alors pour cible que la personne du Général de Gaulle, et non son legs politique. Pour preuve à son sens, non sans raison, l’adhésion massive, en 65, de la population aux élections présidentielles, le Peuple alors souverain prenant fait et cause pour ce suffrage contre la classe politique, elle-même non moins massivement opposée à l’élection au suffrage universel du Président de la République. Certes, comme une sorte de refuge populaire contre les élites politiques toujours enclines à leur dérive oligarchique. Pourtant, au-delà des circonstances qui donnent raison à Sirinelli, une autre lecture semble possible, nous le verrons plus loin. Bien sûr, il est vrai que Mai 68 aura été, selon son heureuse formule, «un ébranlement surmonté».  Certes toujours, à la fin des années soixante, dans cette France enrichie, le mot d’ordre de Révolution ne trouvait guère d’écho. Le PCF et la CGT, alors les premières forces politiques du pays, se montraient très réticents face aux événements, cherchant très tôt à négocier une sortie de crise dans l’espoir de voir cet enrichissement se poursuivre. Certes encore, il existait une dynamique souterraine à laquelle peu d’observateurs ont été sensibles : ce qui changeait, c’était en profondeur les structures mentales du pays, dont les cadres et les valeurs, hérités de la France rurale, volaient en éclat. Et c’est là sans doute le plus intéressant de son étude : cette transformation des mentalités, qui avait émergé sous l’impulsion des Trente Glorieuses, et qui allait se poursuivre durablement, envers et contre toutes les crises que le pays allait traverser, dont celle de 73, qui allait marquer un coup d’arrêt brutal à la prospérité. Car ce qui changeait au fond, c’était cette demande de liberté individuelle, mais dont Sirinelli ne perçoit pas qu’elle ne pouvait que s’accompagner d’une demande d’approfondissement de la démocratie, et que cette Vème, déjà, ne correspondait plus aux aspirations démocratiques des français. L‘outil constitutionnel devenait obsolète, mais nul n’envisageait d’en changer : il assurait la pérennité de la classe politique au pouvoir… Pourtant, si l’on examine bien la séquence qui suivit presque immédiatement celle de Mai 68, après l’intermède pompidolien, dès l’élection de Valéry Giscard d’Estaing, une alternance se mit en place : les gaullistes allaient perdre le pouvoir pour longtemps. En 81, nouvelle alternance, et dès 86 la France inaugurait une solution politique originale : la cohabitation. Suivie d’une autre, puis d’une nouvelle alternance, puis d’une rupture, puis d’une nouvelle alternance… Sirinelli conclut cette longue séquence politique française de bascules sur l’idée qu’elle exprime clairement un dérèglement politique, qui devait s’amplifier du reste dans le jeu des forces politiques, avec la montée en puissance du FN et les flambées électorales des mouvements gauchistes et écologistes. Mais au fond, mieux que d’y voir le simple égarement d’une Vème déboussolée, on peut y voir l’incroyable maturité de l’électorat français, soucieux de corriger toujours des politiques plus tournés vers leurs ambitions personnelles que vers le Bien Commun… Avec, dans une vision comme dans l’autre, l’aveu que cette Vème ne fonctionnait plus. Dès 68 du reste, malgré le renforcement apparent de ses institutions, tant la Vème, au fond, c’était de Gaulle… de-Gaulle.jpgAux yeux de Sirinelli, les causes de ce dysfonctionnement sont à chercher d’une part du côté de la crise des années 70, dont la France ne s’est jamais relevée, crise exaspérée dans son expression la plus tragique : ce chômage de masse qui voit désormais des enfants naître et grandir dans des foyers de chômeurs, et dans la déchirure sociale qui s’en suivit, au demeurant réactivant, ou plutôt laissant  de nouveau apparaître une fracture coloniale jamais colmatée. C’est que la République française a démontré très clairement qu’elle n’étendait plus sa protection ni à l’ensemble géographique de la Nation (les quartiers dits sensibles en sont la preuve), ni à l’ensemble sociologique que forme cette Nation jetée par-dessus bord : le chômage chronique, la paupérisation, l’exclusion en témoignent. Et d’autre part, c’est à l’incompétence de notre classe politique que nous devons de connaître pareil naufrage : pour symptôme, elle n’en finit pas de s’enfoncer dans le discrédit. Alors qu’en outre elle s’est montrée impuissante à trouver une issue à une crise qui au fond dure en France depuis une bonne quarantaine d’année. Les citoyens français ont ainsi totalement perdu confiance dans cette classe politique, dont ni la Droite, ni la Gauche de pouvoir n’incarnent l’alternative. Au point que l’on peut se demander si la question, grave, celle que pose Sirenelli pour clore sa réflexion, est bien seulement de savoir si les valeurs qui fondent cette Vème république, essentiellement la laïcité et la foi au providentiel retour de la croissance, sont valides en l’état. Car au delà de savoir comment réincarner ces valeurs, dont on espère qu’au moins celle de notre leurre éhonté du retour de la croissance sera abandonnée, la question qui se pose en fait, est celle d’institutions dont le but ultime demeure bien celui de la confiscation de la démocratie entre les mains d’un personnel incompétent.
 
LA FRANCE DU XXeme SIÈCLE (2), LA Veme RÉPUBLIQUE DE 1958 À NOS JOURS - UN COURS PARTICULIER DE JEAN-FRANÇOIS SIRINELLI, Histoire de France, coll. Frémeaux / PUF, label Frémeaux & associés, juin 2014, 4 cd-rom.
 

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