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4 avril 2019 4 04 /04 /avril /2019 08:35

Autant le dire, je ne suis guère convaincu par les propos de Sloterdijk, s’affirmant «conservateur de gauche» et stigmatisant cette fois encore une Europe par trop accueillante tout particulièrement au regard de l’immigration en provenance des pays africains, et qui se consumerait désormais en une aide vaine aux pays émetteurs… Alors qu’il lui faudrait tout simplement «désamorcer la bombe démographique» africaine ! C’est faire peu de cas de la responsabilité historique de l’Europe qui, après avoir pillé l’Afrique (qu’elle continue allègrement de piller), devrait dénoncer sans relâche la corruption qu’elle y a installée !  On ne peut qu’être frappé par la violence de ce texte, véritable éructation célinienne, daté de l’année 2016 et réédité ici parmi un ensemble d’autres textes plutôt disparates, sinon décousus et qui tous, au fond, ont pour mission de tenter de réhabiliter notre philosophe érigé à la gloire de plus grand philosophe européen contemporain… On y voit donc Sloterdijk abattre ses cartes, stigmatisant comme jamais l’humain, « toujours prompt à se vautrer dans l’ignominie ». Certes, à la marge et construit, poussé à l’être veule par une classe politico-médiatique jamais en manque d’abjection. Cette courte éructation de Sloterdijk contre les attaques dont il aurait été «victime» en Europe à propos de ses prises de position sur l’immigration, n’a en fait d’autre but que de le disculper d’avoir si mal examiné la question. Et on ne peut être que frappé par la violence  du ton pamphlétaire qu’il déploie pour défendre cette Europe des Traités dont il prétend qu’au fond, elle peut parfaitement fonctionner avec 30% de participation électorale : «l’Europe, affirme-t-il, est une réalité si forte qu’elle n’a pas besoin de devenir populaire». Du reste, elle se passe fort bien des européens, tant ses décrets et lois en bloquent toute contestation… On l’aura compris, Sloterdijk défend l’Europe contre les peuples européens, toujours suspectés de sottises à ses yeux. Et ce faisant, notre philosophe défend une conception particulièrement féroce d’une Europe insérée dans la société mondiale contre le gré de ses populations. Ce qu’il exclut de son champ de réflexion, c’est toujours la question sociale. Et de vilipender ces populations, qui ne savent pas s’élever au-dessus du niveau de «la tribu», à peine à celui, désuet à ses yeux, des «nations», quand en réalité nous devrions tous nous expatriés de ces cadres... La société contemporaine, à son dire, se devrait de ne plus être jamais « nulle part auprès d’elle-même », et perdre définitivement sa capacité à rassembler, un frein autant pour l’économie que «le progrès de l’humanité». Exit les nations, les régions, le sentiment national bien sûr, le sentiment d’appartenance à une histoire : tous consommateurs, il nous faut nous dé-soler, et nous défier des quelques rares médias qui tentent encore de produire l’effet peuple, l’effet nation. En ligne de mire de cette pensée réactionnaire : les mouvements sociaux, néfastes à ses yeux, qui tous tentent encore de créer du Commun. Et Sloterdijk de stigmatiser les rares médias qui essaient de soutenir à bout de bras l’idée de Peuple, en envoyant, affirme-t-il, jour après jour des signaux de stress aux membres de ces communautés. Balayons tout cela, soyons résolument post-modernes, repoussons ces idéaux imbéciles de solidarité, devenons chacun notre propre start-up, communicant exalté de nos gloires éphémères. Enfin… ce n’est pas si certain, parce que Sloterdijk voit aussi dans ce mouvement se dessiner le cynisme qui a perdu les sociétés occidentales. L’éructation est confuse : il faudrait se défaire de ces cadres, pour en accepter un plus ancien, celui de la soumission au philosophe-roi… Ce sont les foules, au fond, que Sloterdijk exècre – le mot n’est pas trop fort. Ces foules incapables de reconnaître les sages et tout particulièrement LE sage éclairé qu’il est, nécessairement placé au-dessus du remugle quotidien, de la multitude imbécile. «Seul le sage éclairé sort de la caverne pour se placer dans la lumière des idées». Alors, face à l’aveuglement universel, il ne reste qu’une seule issue pour lui : contrer cette rage populaire qui a surgi avec et depuis la Révolution française...

Réflexes primitifs, considérations psychopolitiques sur les inquiétudes européennes, Peter Sloterdijk, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, éditions Payot, 15 mars 2019, 172 pages, 16,50 euros, ean : 9782228923613.

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3 avril 2019 3 03 /04 /avril /2019 06:16

Un hommage. Exercice toujours périlleux quand il s‘agit de Beckett, qui a le don de vous renvoyer à votre propre bêtise… Beaucoup d’embarras donc pour commencer, sinon  de fatras. Beaucoup de maladresse, Crépu K.O. avant même de monter sur le ring du fameux 27 juillet 82, tournant autour, tardant, repoussant à plus tard le récit de ce fameux rendez-vous. Rencontrer Beckett ! A l’époque, moins Beckett en fait que l’homme qui avait vu Joyce, qui lui avait parlé, qui l’avait côtoyé… Joyce donc en 82, Beckett en accessoire. L’immense Beckett. Beckett qui jeune, se voyait bien secrétaire de Joyce. Après tout, il avait tout vu, tout lu. Beckett si impressionnant. Crépu se rappelle Godot et ce qu’en écrivait Anouilh : « Les pensées de Pascal jouées par les Fratellini ». C’est ça, oui, tout à fait ça. Beckett si cultivé, annotant Goethe, Dante, son interlocuteur. Beckett croisant Sartre à Paris dans l’escalier de Normal’Sup. Il ne signera pas l’Appel des 121. Ne fera pas le déplacement pour le Nobel. Sans bruit. Sans raison. Préférant voyager à vélo par monts et par vaux, traversant la France à vélo. Crépu se rappelle, sort de sa poche cette photo des éditions de Minuit où l’on voit Beckett s’ennuyer drôlement. Beckett racontant Lucia Joyce, qui était un peu amoureuse de lui. Et Ussy, sa maison de campagne, que fréquentaient Jasper Johns et Bram Van Velde. Tout de même : Beckett résistant pendant la guerre. Sans bruit. Seulement bon qu’à écrire, comme il devait l’avouer plus d’une fois. Mais quelle écriture ! En 1953, on joue Godot au théâtre. Un choc, ce charabia ! On connaît un film de lui, et puis des pièces de plus en plus courtes. « Est-ce que quelqu’un est au courant de la marche à suivre ? »… Comment vivre ?... « Non, ça n’a pas l’air »… Alors son œuvre, ce «quand même» décisif et ce qu’il nous reste d’ébahissement devant. Tout. Crépu nous livre peu à peu, au-delà de son émotion, l’interminable Beckett. On n’en a jamais fini avec lui, même s’il nous avoue qu’un jour, il a cessé de le lire. Beckett, ses phrases si brèves. Ouvragées. Rien de messianique et cependant… Non. L’Histoire ? On ne sait pas pourquoi. A l’image de Molloy qui doit voir sa mère et ne sait pas pourquoi. Reste son langage, inouï. Qui ne cesse de toucher au plus juste de ce que le langage permet. D’échouer. Échouer… la grande affaire de l’humanité. Naufragée, abordant pourtant toujours en quelque contrée inconnue, comme Crépu après toutes ces années, s’essayant à nous parler de Beckett. Échouant à son tour semble-t-il : «Beckett n’a pas trouvé son lecteur magistral». Vraiment ? Ni en France ni nulle part ailleurs ? Rien. Beckett indemne, toujours, résistant à toute interprétation. Alors finalement, comment était ce 27 juillet 82 ? Pinget avait conseillé à Crépu d’écrire à Beckett. Courtois, bienveillant, Crépu avait été fasciné par son regard si doux, si bienveillant. Le prétexte, c’était un mémoire universitaire, que Crépu n’écrira pas du reste. Lire, seul, le retenait déjà. Donc Beckett, en chair et en os, au PLM Saint-Jacques. Crépu nous en livre très peu, magnifiquement. Pour nous parler ensuite de son père. Comment c’est, le sommet de la littérature ?... Seule la littérature est une chance unique. Que les héros de Beckett ont saisie, bien qu'ils ne soient que des rescapés. Comme nous tous.

Beckett, 27 juillet 1982, Michel Crépu, édition Arléa, mars 2019, 16 euros, 86 pages, ean : 9782363081810.

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29 mars 2019 5 29 /03 /mars /2019 08:50

A l’origine, en 1889, 600 pages d’un essai touffu, acheminé de digressions en exemplifications presque gratuites, confus pour tout dire, qui dérouta en son temps ses lecteurs. D’analogies en connexions, de l’agriculture au Moyen Âge au style de Zola, Simmel a voulu construire non pas une magistrale thèse sur la valeur, mais en éclairer le terrain, sinon le terreau, pour au final démontrer qu’en réalité, l’usage de l’argent n’avait qu’un seul but : faire l’économie d’une réflexion sur la valeur des choses et des êtres. L’argent, nous dit Simmel, ne sert qu’à faire l’économie de la prise de conscience des vraies valeurs, en réduisant les valeurs qualitatives à des chiffres, des nombres, du quantitatif. Inodore, incolore, c’est un moyen qui est devenu une fin, qui plus est, à prétention salvatrice. Mais l’argent ne sauve de rien, au contraire : il n’a cessé de nous enfoncer dans la marchandisation de la vie, de toute vie à la surface de la planète, des biens tout autant que des êtres. L’argent n’a cessé de nous corrompre pour reprendre le vocabulaire des Lumières, faisant disparaître dans sa finalité les causes de toute chose. Au point que la question n’est plus de savoir quelle est la valeur de ces choses, mais combien elles coûtent. L’argent dans la culture moderne, écrivait Simmel en 1896, c’est ce que l’on pouvait redouter de plus vulgaire dans le processus d’acculturation de l’humanité : parce que l’argent n’a fait que sanctionner notre renoncement aux vérités, introduisant jusqu’au plus profond du processus de pensée la mécanique sournoise du mensonge et  de la propagande.

Psychologie de l’argent, Georg Simmel, éditions Allia, traduit de l’allemand par Alain Deneault, 78 pages, 7 euros, ean : 9791030410266.

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25 mars 2019 1 25 /03 /mars /2019 09:11

Max Weber avait tenté de légitimer la violence policière : dans un état de droit, seul l’état peut en disposer. Et avec lui, juristes et constitutionnalistes s’étaient précipités dans la brèche : les concepts de Droit et de Justice encadraient la violence d’état et la légitimaient. Une violence étatique qui appartenaient aux moyens, nous assuraient-ils, et non aux fins : pour restaurer un ordre menacé par exemple et donc en vue de fins «justes»... Benjamin reprit à nouveaux frais cette réflexion. La violence étatique est-elle morale, même en tant que moyen ? Est-elle légitime ?  Est-elle juste ? Approfondissant ses analyses, c’est dans la Terreur de 1793 qu’il trouva les racines d’une telle légitimation de la violence d’état, et dans les théories du Droit naturel, bâtissant une sorte de darwinisme mal digéré, qui ne voyait dans la violence qu’un critère de sélection naturel. Mais dans le Droit positif, le nôtre théoriquement, nulle part les philosophes ne sont parvenus à en justifier l’usage. La violence n’est que le résultat d’un développement historique. C’est cela que Walter Benjamin analyse. Quelle est la légitimité de l’usage de la violence étatique ? Cette violence peut-elle garantir le Droit ? La Justice ? Sa réponse est sans ambiguïté : non. Non, parce que le Droit lui-même n’a que faire de la Justice. Que sont les Lois ?  Prenant l’exemple du droit de grève, Benjamin nous aide à comprendre qu’il n’est que le résultat d’un rapport de force, une violence accordée aux salariés pour se soustraire à la violence patronale. Par la suite, les puissants virent bien l’intérêt d’un tel droit : éviter une violence plus terrible, celle de la révolte prolétarienne. Ne pas le reconnaître, c’est interdire tout espace de protestation et risquer bien pire : le renversement de l’ordre juridique. Car qu’est-ce que l’ordre juridique, sinon là encore le résultat d’un compromis. Ou d’une défaite. Ou d’une victoire si l’on veut. Le Droit n’est que cela, rien d’universel, il ne fait que sanctionner un état en suspension dans le vide, ce moment où la «paix» sociale a imposé un nouveau Droit. Dans notre situation historique, et cela crève les yeux désormais, la vraie fin du Droit français est la protection des puissants. Il faut le répéter et l’entendre : la paix sociale n’est que la reconnaissance d’un nouveau droit, d’un compromis. C’est la raison pour laquelle il ne peut y avoir de paix sociale en France : Macron est allé trop loin. La violence de rapine mise en place par Macron dévoile son but ultime : la protection des puissants. Une violence de rapine qui en appelle à la violence de la guerre contre la «violence» des Gilets Jaunes qui est, elle, fondatrice d’un nouveau droit. Et c’est parce qu’elle porte en germe les termes d’un Droit nouveau, démocratique, qu’elle constitue une menace essentielle. La soumission exigée des citoyens par la classe politico-médiatique n’a pour seule but que la conservation du Droit ancien, profondément inégalitaire et sans aucun fondement moral. Théoriquement, le droit positif, qui devrait être le nôtre, se devait de favoriser l’intérêt de l’humanité en chaque individu (Kant). Inutile de gloser : du combat pour la planète à celui d’une vie plus juste, il crève les yeux que le Droit français a pour seule origine la violence. Il y a quelque chose de pourri au royaume de France. C’est cette pourriture que les Gilets Jaunes ont débusquée. Mais pas simplement levée : les Gilets Jaunes n’anticipent pas un bouleversement futur : ils le réalisent ! Et c’est en cela qu’ils sont encore plus dangereux. L’économie néolibérale est dévoilée avec eux et partout elle révèle son visage de bête sauvage, folle de rage parce qu’on voudrait lui tourner le dos. La violence du Droit français a introduit dans nos vies une violence sans fin, instituant, pour le dire avec Benjamin, «comme Droit une fin qui, sous le nom de Pouvoir, n’est ni universelle, ni indépendante, ni délivrée de la violence mais lui demeure intimement et nécessairement liée ». La Justice française, mise à nue, n’a plus qu’une obsession : garantir le Pouvoir en place et uniquement ce Pouvoir. Non la Justice. Mettant à nue la vérité d’un énorme mensonge que Georges Sorel avait en son temps révélé : « Le Droit est le privilège des puissants. Sa tâche est de détruire toute menace, toute opposition ». Notre devoir est donc bien celle que dessine la conclusion de Benjamin : «c’est en dépassant le Pouvoir de l’état qu’on édifie un nouvel âge historique».

Pour une critique de la violence, Walter Benjamin, édition Allia, traduit de l’allemand par Antonin Wiser, mars 2019, 64 pages, 6,50 euros, ean : 9791030410532.

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21 janvier 2019 1 21 /01 /janvier /2019 09:20

Le titre est mal choisi : Arendt ne parle pas de Révolution, ou très peu… D’autant que l’ouvrage est un recueil d’articles, de lettres, de notes rédigées au fil du temps. Une sélection tournée vers la compréhension de ses réflexions sur le politique. Et c’est ce qui en fait l’intérêt, qu’elle aborde l’héritage de Marx ou ces impasses où la filiation de la pensée politique grecque nous a plongés. Nous sommes et ne sommes pas les contemporains de Marx, tente Hannah Arendt. Marx serait pour elle le fil qu’il nous faudrait reprendre, après l’épisode totalitaire, qui reste cependant à ses yeux l’événement central de notre période historique. Il faudrait donc reprendre Marx, on le voit bien aujourd’hui, à la lumière de la lutte des classes, cette lutte dont le néolibéralisme a tenté de nous convaincre qu’elle était dépassée : l’immense fausse classe moyenne qu’elle a fabriquée uniquement au niveau de ses théories fumeuses, ayant, prétendait-il, absorbé toutes les autres classes, n’aura été au final qu’un leurre devant lequel nos peu scrupuleux intellectuels sont tombés en transe. Revigorant donc ce retour à Marx : ce leurre était une immense supercherie qui nous a fait perdre au bas mot cinquante ans…

De même Arendt est-elle revigorante quand elle dresse le portrait de notre fascination pour les constructions politiques de la Grèce ancienne, où la société des égaux ne s’entendait alors que d’y avoir exclu les femmes, les esclaves et les métèques…  Des égaux très minoritaires en somme, méprisant au demeurant tout ce qui constituait les fondements de la politique : ces nécessités dans lesquelles les gens sont enfermés : se nourrir, se loger, travailler… Le mépris des grecs anciens pour les contingences de la vie, nous le connaissons au fond toujours à travers ces élites qui dénoncent la prétendue petitesse de leurs soucis –vivre dignement-, introduisant la belle hiérarchie qu’agite un Luc Ferry par exemple, où le philosophe prend le pas sur le politique, pour le guider vers les hautes sphères   de la pensée et l’arracher aux contingences prépolitiques qui sont les nécessités de la vie dans lesquelles l’immense masse de ses semblables est enfermée –à dessein. A parcourir les notes de Hannah Arendt, nombre d’idées surgissent autour de la question de la Loi, de l’intérêt ou des formes de gouvernement. Dont celle-ci, à creuser : si on suit bien ce qu’elle veut nous dire, au fond, le Totalitarisme est resté notre horizon politique et le néolibéralisme ne serait rien d’autre que la poursuite du Totalitarisme sous une autre forme, où l’humain n’y est envisagé que comme moyen et non fin.

La Révolution qui vient, Hannah Arendt, Payot, traduit de l’anglais par Françoise Bouillot, octobre 2018, 376 pages, 25 euros, 9782228921992.

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1 octobre 2018 1 01 /10 /octobre /2018 08:01

Combien vaut un coquelicot ? Une luciole ? Une abeille ? Les lucioles ont disparu. Les coquelicots disparaissent. En 15 ans, 1/3 des oiseaux ont disparu. En 27 ans, 80% des insectes volants ont disparu. Selon le CNRS, nous vivons la plus grande rupture des chaînes alimentaires depuis la disparition des dinosaures. 80% des plantes à fleurs ont besoin des insectes pour survivre. 35% de tout ce que nous mangeons dépend directement de la pollinisation des fleurs par les insectes volants. Le bouleversement de l’ordre écologique auquel nous assistons est sans équivalent dans l’histoire de la planète. Sinon, encore une fois, celui de la fin des dinosaures. En marche vers l’abîme. Non pas dans 50 ans : c’est maintenant. C’est maintenant, ici, que ça se passe. IL FAUT DE TOUTE URGENCE OBTENIR L’INTERDICTION DE TOUS LES FONGICIDES, DE TOUS LES PESTICIDES ! Il n’y a pas d’autre issue, car à la vérité, il est déjà trop tard : il faut à présent tenter de réparer. Non pas la sottise humaine, mais le crime d’une classe politique irresponsable. Nos auteurs nous en donnent la démonstration au fil des pages, à raconter par exemple la triste et longue histoire du DDT en France, le dernier pays à l’avoir interdit. En cause : la FNSEA et les barons de l’industrie agro-alimentaire. En cause, l’INRA et sa direction stipendiée. En cause, l’industrie phytosanitaire. Dès 1962, nous savions. Mais nos dirigeants n’ont rien fait. Personne. Ni la Droite, ni la Gauche. En 1981, Mitterrand autorisa même des pesticides interdits partout ailleurs dans le monde dit avancé. Plus près de nous, du Grenelle de l’environnement au moment Hulot, la farce s’est accomplie : entre 2007 et 2017, la consommation de pesticides en France a progressé de 20% ! Désormais, le désastre est à nos portes. Seuls notre conscience citoyenne viendra à bout de l’irresponsabilité criminelle de nos dirigeants !

Nous voulons des coquelicots, Fabrice Nicolino, François Veillerette, éditions LLL, septembre 2018, 128 pages, 8 euros, ean : 9791020906656.

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21 septembre 2018 5 21 /09 /septembre /2018 06:46

Que reste-t-il de Mai 1958 ? Macron… Petit marquis offensant plutôt que monarque, dernier commis des nantis du monde économique, dirigeant peu scrupuleux d’une république bananière qui ne parvient même plus à camoufler ses dérives, ni sa vocation fondamentalement préférentielle. Cela, dans la continuité d’une mécanique constitutionnelle antidémocratique. C’est, au travers de l'histoire mouvementée de la France de 58 à 62, cette mécanique de la Constitution de la Vème République que décrypte l’auteur, ou plus exactement, celle des tenants qui ont abouti à sa rédaction. L’ouvrage consacre donc une large part à l’analyse minutieuse de la Guerre d’Indochine puis de celle d’Algérie, qui inspira directement cette écriture. La nouveauté de cette analyse qu’il faut lire de bout en bout, c’est que l’auteur ne reprend plus cette vieille antienne selon laquelle par exemple cette Vème aurait vu le jour pour parer aux dérives de la République des partis. De même, ce ne sont pas tant les défaites qui auront marqué l’avènement d’une présidence «forte», que la résurgence des idées de l’extrême droite française, encouragée par la classe politique de l’époque. Debré lui-même, menant les travaux, ancien haut fonctionnaire de Vichy, laissa libre cours à sa défiance à l’égard de la souveraineté populaire : selon lui, l’Etat devait rester «supérieur» aux représentants du peuple français. Et même si l’article 16 fut longuement débattu au sein de la Commission, parce qu’il qui prévoyait de laisser le Président confisquer tous les pouvoirs et suspendre toutes les libertés en cas de crise – crises ou prétendues crises dont, depuis une quinzaine d’années, tous les Présidents en fonction n’ont cessé d’agiter l’épouvantail de la crise pour renforcer l’arsenal des Lois liberticides-, les Droites extrêmes marquèrent de leur sceau cette rédaction. C’est que la France vichyste non seulement n’avait pas été éradiquée, mais relevait la tête avec force au cours de la crise du 13 mai 58. Printemps 58, à l’heure des paras, la France glissait de nouveau vers le fascisme et attendait son Caudillo, sinon son Führer. La grande émotion qui fédérait ces Droites, étude des journaux à l’appui, l’auteur la fonde dans le souvenir largement partagé de la répression contre les manifestants du 6 février 34, place de la Concorde. A droite toute donc, La Vème République ne pouvait que substituer une Monarchie présidentielle au régime des partis, et instaurer bientôt ce lien de charisme du Président à son peuple, théorisé par un Carl Schmitt, théoricien du nazisme… La Constitution ne tarda ainsi pas à se définir contre la rue algéroise et contre la rue française,  contre le Peuple français, sans jamais parvenir à étouffer cette rue, voire en en exaspérant l’attente pour mieux la réprimer. Les contestations violentes de l’année 58, l’auteur les comprend non comme des anomalies de la jeune République naissante, mais son symptôme : la Vème République est le régime de la production et de la gestion continues d’affrontements violents avec un Peuple qu’elle méprise et rejette toujours plus loin. Ce qui est troublant à ce propos, c’est de voir l’auteur montrer qu’en fait le régime gaulliste avait adopté la tactique de la guerre révolutionnaire, celle de la guérilla, sur le terrain militaire à Alger puis en Afrique, mais aussi sur le terrain politique : si moderniser l’économie est devenue sa ritournelle, c’est pour mieux agresser sans répit le Peuple, lui livrer sans fin une guérilla qui n’a d’autre objectif que d’asseoir la domination des nantis.  Et quant au concept «d’ennemi intérieur» qu’il va déployer pour justifier sa répression -et dont l’idée vient elle aussi de Carl Schmitt-, on, le verra se déployer dans toute la société française pour désigner toute opposition à la Doxa républicaine… C’est Papon, toujours préfet, qui passera par exemple du quadrillage des nationalistes algériens au quadrillage des immigrés, puis des parisiens… Il faut défendre l’Etat contre le Peuple, contre toutes les toutes les subversions, d’où, très tôt, le recours à des juridictions d’exception et la dramatisation stratégique de tous les événements susceptibles de porter atteinte au «sentiment républicain». C’est cette même vieille droite fascisante triomphante qui viendra conclure les événements 68, le 30 mai 68, refermant l’épisode contestataire sur l’écrasante victoire du front électoral conservateur, la manifestation, rapports de police en main, rassemblant aux côtés de républicains naïfs tout ce que le France comptait d’extrême droite…

La Guerre civile en France 1958-1962, Du coup d’état gaulliste à la fin de l’OAS, Grey Anderson, La Fabrique éditions, traduit de l’américain par Eric Hazan, 3ème trimestre 2018, 368 pages, 15 euros, ean : 9782358721677.

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 06:52

Le titre porte à confusion : il s’agit en fait moins des boulots «à la con» que des emplois inutiles. Une confusion à laquelle David Graeber s’affronte depuis 2013 et qui l’oblige, cette fois encore, à passer beaucoup de temps à expliquer ce que ces «bullshit jobs» ne sont pas… C’est que… de l’autre côté de la rue n’existent que des boulots à la con, ou d’esclaves, -et encore, quand ils existent : rappelons que la France ne génère que 600 000 emplois selon l’INSEE, alors qu’elle compte 6 millions de chômeurs !-, et que nous sommes nombreux à le savoir ou à les vivre. Que sont donc ces emplois inutiles ? L’ouvrage en construit la définition et la typologie. Qu’est qu’un bullshit Job ?  Un travail inutile qui ne peut permettre au salarié de justifier son existence, écrit David Graeber, et dont la disparition ne se ferait même pas remarquer. Définition subjective ; mais tous ceux qui sont confrontés à de tels jobs le savent bien. Passons sur les exemples. Des boulots inutiles, on en trouve à la pelle dans les cabinets ministériels : ces consultants, ces pseudos experts qui n’ont d’autre fonction que de produire des écrans de fumée pour masquer la réalité de l’action gouvernementale. Et donc dans la communication. Paradoxalement, ils n’ont cessé de fleurir dans la société néolibérale, et bien davantage encore dans le privé que dans le public !  C’est que, comme l’explique l’auteur, «sur toute la planète, les économies sont devenues de gigantesques machine à produire du vent». Nous le savons bien tous, que par exemple le consumérisme forcené ne mène nulle part. Des machines à produire du vent… Enfin, oui et non : il y a une grande supercherie à croire que nous sommes entrés dans l’ère de la société post-industrielle : étudiant, chiffres à l’appui, les courbes de l’emploi industriel à la surface de la planète depuis 1945, David Graeber démontre aisément qu’en réalité, non seulement l’emploi industriel n’a pas disparu, mais qu’il a même progressé. Nous n’avons fait que délocaliser cet emploi,  créant au passage une nouvelle classe d’esclaves bien loin de nos portes mais pas moins réellement soumis à des rapports d’esclavage. Alors certes, nos sociétés occidentales semblent être entrées dans une nouvelle ère économique, celle de l’économie de services. Mais là encore, à ses yeux, courbes à l’appui, l’économie de service n’est qu’une vaste fumisterie : elle ne représente même pas 20% des emplois aujourd’hui. En réalité, ce sont les emplois dits de l’information qui n’ont cessé de croître. Mais jusqu’à ce jour, aucune étude sérieuse n’en a fait ni le tour ni le bilan. Des emplois liés à la montée en puissance du capitalisme financier. Des emplois utiles ? En fait le détour par les graphiques proposés par Graeber nous ouvre les yeux : depuis les années 70, la courbe de la productivité a fait un bon tout simplement hallucinant. Tandis que celle des salaires s’est mise à stagner. Cette augmentation de la productivité est telle, qu’en réalité nous pourrions ne travailler que 15 heures par semaine, sans que cela ne change rien à l’état de l’économie des pays avancés. Mais alors, pourquoi nous contraindre à travailler toujours plus désormais, et toujours plus longtemps ? Les raisons, nous dit l’auteur, sont morales et politiques, plutôt qu’économiques. Depuis les années 70, les nantis ont bien compris qu’offrir du temps libre aux classes dominées pouvaient être dangereux. Le travail est un outil de domination, non d’émancipation, dans nos sociétés occidentales. Voilà pourquoi nos éditorialistes, à longueur d’ondes, en prêchent la nécessité. Ceux-là ne sont en fait que les prédicateurs hypocrites chargés de taire la violence psychologique inouïe du travail tel que conçu dans nos sociétés occidentales, pour mieux nous y assujettir. Mais d’autre part, et c’est là qu’on retrouve l’idée d’une création massive d’emplois inutiles, les masses d’argent tout à fait ahurissantes générées par les bénéfices de ces nantis, ont fini par leur ouvrir un appétit de domination nouvelle. On croit d’ordinaire et on veut bien nous obliger à le croire, que la société néolibérale est obnubilée par le souci de l’efficacité et de la rentabilité. Observez-la fonctionner : c’est tout l’inverse qui arrive. La gabegie est partout avec elle. La gabegie et la sottise : la financiarisation de la société en est la preuve. On évoque les algorithmes de trading à haute fréquence, «si complexes» nous assure-t-on, que seuls des polytechniciens peuvent comprendre de quoi il retourne et construire les bénéfices qui demain ruisselleront pour nous faire mieux vivre, quand dans la réalité, l’essentiel des bénéfices de la finance lui vient des Dettes artificielles que législature après législature, ces nantis s’emploient à générer artificiellement. «Le secteur de la finance est une vaste escroquerie», affirme David Graeber, avec raison. Ce capitalisme financier donc, n’a cessé de produire une bureaucratie parasite : administrateurs, consultants, experts... Une structure en réalité féodale, dépensière, dont le seul but est de maintenir à flot un système néo-féodal d’allocation de la richesse : le fameux ruissellement ne concerne qu’une poignée de la population enrôlée au service, ou plutôt à la cour de nos quelques nantis, un système au sein duquel l’argent est déversé pour des motifs politiques et non économiques. Ce qui explique entre autres les monstrueux salaires accordés à certains, quand même ils auraient ruiné l’entreprise qu’ils manageaient… En cascade, l’emploi n’a aucune autre vocation que celle de discipliner, d’enfermer ou d’inféoder. On le voit, la création d’emplois inutiles est une nécessité pour l’Ordre nouveau qui s’est mis peu à peu en place, une nécessité dans laquelle s’est enfermé cet Ordre Nouveau, au risque de tout détruire, l’humanité comme la planète.

Bullshit Jobs, David Graeber, éditions LLL, septembre 2018, traduit de l’anglais par Elise Roy, 410 pages, 25 euros, ean : 9791020906335.

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15 septembre 2018 6 15 /09 /septembre /2018 08:58

De langue, il est évidemment beaucoup question dans cet ouvrage. Dès sa préface du reste, Nancy Huston, l’amie de toujours, évoque d’emblée «ce petit flic surmoïque» de la langue française, qui ne cesse d’infliger ses persécutions aux natives de la si douce France. Denis Hirson en poursuit le fantôme, tournant autour de nos étranges allocutions, s’interrogeant, en poète amoureux des mots, sur leur histoire, leurs pratiques, les laissant souvent miroiter sous la lumière de son texte pour mieux nous les offrir à explorer nous-mêmes. Il s’étonne par exemple que la langue française soit aussi genrée. Rappelant le Père Bouhours, ce grammairien du XVIIème siècle, convaincu que le masculin était plus noble que le féminin et décidant en conséquence qu’il fallait que le plus noble l’emporte, d’où cette règle du peu de cas du nombre quand un masculin fait signe au cœur de mille féminins. C’est peut-être aussi pour les mêmes raisons qu’il nous fait remarquer que dans notre français, «mari» n’a pas d’équivalent féminin, ou que l’Homme soit le seul témoin de notre humanité… Avec un humour et une intelligence peu commune, Denis Hirson persiste, fouillant au creux de sa mémoire une interrogation qui ne l’a jamais quitté, une question de sa mère : « Dans quelle langue se trouve plongé l’esprit juste avant que n’émerge la pensée ? » Mais lui, dans le chassé-croisé qui le relie à Nancy Huston, l’une quittant le français pour faire route vers l’anglais, l’autre accomplissant l’exacte trajectoire inverse, ne sait répondre à cette question. C’est que le poète n’a pas mission à la clore mais à l’informer, la nourrir, l’éclairer en interrogeant avec subtilité le sens qu’elle recèle, ouvrant ses yeux, nos yeux, sur ce monde des mots que nous avons pourtant voulu rendre compréhensible. Et nous laisse les écarquiller. Ou nous étonner de ce que l’anglais soit aussi précis et le français si peu, ou plutôt que l’un s’attache tant à la matière quand l’autre s’en éloigne autant qu’il le peut, nous livrant ainsi des anglais qui marchent «dans» la pluie (singing in the rain, etc.), quand les français accomplissent cet extraordinaire tour de force de marcher «sous» cette pluie…

Ma Langue au chat, Tortures et délices d’un anglophone à Paris, Denis Hirson, préface de Nancy Huston, Points Seuil, collection Le goût des mots, octobre 2017, 202 pages, 6,90 euros, ean : 9782757865453.

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13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 08:38

Le berlusconisme, pas Berlusconi, ni le Cavaliere, malgré la force de la propagande centrée sur sa personnalité, qui l’a porté et maintenu au pouvoir pendant près de vingt ans ! Vingt ans de marketing politique dont nous commençons, en France, à découvrir les effets délétères. Vingt ans «d’entreprise Italie», comme on nous exhorte aujourd’hui à célébrer l’entreprise France. C’est dire l’intérêt d’un tel ouvrage. Non pas tant pour révéler cette idéologie que nous connaissons bien, celle du fric, simplissime dans sa communication sinon grossière, mais pour mieux comprendre ce dont cet amoralisme est le nom. Le berlusconisme donc, que l’on aurait tort de prendre à la légère ou d’oublier sitôt disparu. Quelle idée républicaine (on ose à peine employer ce terme) recouvrait-il à travers son mépris affiché, assumé, revendiqué, des règles républicaines ? Même si l’ouvrage est passionnant pour les perspectives qu’il ouvre sur l’histoire italienne, ou au travers de ses études méticuleuses du lectorat berlusconien, il m’est apparu, certes dans une lecture orientée, plus passionnant encore dans son examen de la transformation des fondements du politique en Europe, dont il propose une explication inquiétante à travers l’épopée berlusconienne, depuis l’effort des néo-libéraux pour stériliser la vie politique nationale, jusqu’à la montée en puissance de l’hégémonie de la classe politico-médiatique. Explication que l’on peut sans la trahir appliquée à la France : à Droite, à Gauche, depuis Sarkozy, il n’a plus été question que de reprendre en main ces partis constitués pour en faire des outils de contrôle du haut vers le bas, aptes à rompre définitivement avec ce qu’ils auraient dû être dans une démocratie fonctionnant sainement : des outils de représentation de la base vers le sommet. Avec Macron et son mouvement, on a l’ultime caricature de ce qui se pratique en Europe désormais pour  geler le débat d’idées. C’est le point de bascule de toutes ces pseudos démocraties qui ont dérivé déjà vers ce «libéralisme d’extrême droite» que décrit si bien l’auteur, en enterrant définitivement le but qu’un Popper fixait au politique dans un régime démocratique : celui de privilégier la question de savoir comment contrôler celui qui gouverne, plutôt que celle du prochain Caudillo à suivre. Quant au berlusconisme, au fond, il n’aura pas été un échec si on lit bien l’ouvrage de Giovani Orsina, en ce sens qu’il n’a jamais cessé de peaufiner son Plan B : l’héritière du berlusconisme, c’est l’extrême droite.

Le Berlusconisme dans l’histoire de l’Italie, Giovani Orsina, Les Belles Lettres, préface et traduction de Frédéric Attal, mai 2018, 328 pages, 21 euros, ean : 9782251448312.

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