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4 septembre 2019 3 04 /09 /septembre /2019 06:57

Ils sont morts tous les deux, Noguez le 15 mars 2019, Taillefer en 2011. Du Général, il ne sera à vrai dire guère question tout au long de cette correspondance piquante, souvent drôle. En septembre 62, nos deux compères intègrent Louis-le-Grand pour deux ans, puis embarquent à Normal’ Sup, Ulm. L’édition de leur correspondance débute l’été de leur concours. Dominique Noguez, volontiers ironique, note déjà avec une lucidité toute surprenante une réflexion de Husserl qui résonnera comme une règle de vie tout au long de leur parcours : «suspendre l’assentiment au monde»... C’est de cela qu’il s’agit d’un bout à l’autre de leur échange. Clore l’ère de la Nausée, mettre fin à la littérature engagée. La vacherie élégante, ils veulent du soleil, et inventer leur style, aventureusement. Rarement admiratifs des auteurs qui les ont précédés, sinon, curieusement, de Sartre, aperçu un soir de l’année 64 à la librairie la Une, à Saint-Germain. Pour le reste, la vie pas à pas de normaliens de l’époque, dans la crainte d’Althusser, capable de vous «passer à tabac intellectuellement». Des nantis assurément, goûtant sans scrupule la volupté de leur condition. Et puis Noguez prolixe, phagocytant la correspondance pour la rabattre sans cesse sur son désir d’écrire, pressentant parfois son «frôlement  merveilleux à la surface fuyante de nos vies». De l’époque, on ne saura pas grand-chose. Mai 68 passe. C’est tout juste s’ils excipent les CRS et le «tombeau d’ordures» qu’ils déversent sur le pavé parisien. A peine évoquent-ils les cinéastes rebelles de Cannes, Godard, Truffaut : eux sont déjà en route pour le Canada, où le cinéma underground resplendit. Mai 68 passe, ne reste à leurs yeux qu’une France pathétique, anesthésiée, patriotico-cocardière», et «les grandes chialeuses de l’art bourgeois» : Sollers, déjà… Reste le sublime poème de Noguez pour maintenir en vie le souvenir du «petit bruit tranquille des bars de fer brisant le bitume»,  qui s’estompe tandis que déjà, quelques fatalités promises s’abattent sur les générations en marche. On ne peut que saluer l’admirable conscience historique de Michel Taillefer pointant le tragique qui s’avance dès 1969 : « Nous sommes dans l’après-gaullisme, c’est-à-dire le pré-fascisme ». La France, depuis, non seulement a renoué avec ses démons fascistes, mais est devenue un pays sans vergogne acharné à réprimer toute liberté.

Deux Khâgneux sous De Gaulle, Dominique Noguez, Michel Taillefer, correspondance 1963 – 1973, édition Plein Jour / Anne Carrière, septembre 2019, 392 pages, 22 euros, ean : 9782370670410.

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3 septembre 2019 2 03 /09 /septembre /2019 08:24

Kiev. Léna veut aller à Pripiat, la ville fantôme, à 10km de Tchernobyl. Pour 500 dollars, des bus vous y conduisent, un guide vous fait la visite. Elle veut y aller parce qu’elle y a vécu. Elle veut y aller parce qu’elle a appris que plus de trois millions d’êtres humains vivaient de nouveau à proximité de la centrale. Plus de trois millions ! Où iraient-ils de toute façon ? Rien jamais n’a été prévu pour eux, sinon une ville en carton non loin de la zone. Et aucune perspective d’emploi… Aux abords de la Centrale, le taux de radiation est identique à celui qu’il était en 1986. Léna passe la frontière. Pripiat est devenue une attraction touristique. On vient y croiser, sans jamais les approcher, les sauvages qui vivent ici. Pripiat. Sa ville natale. Partout des ruines. Une ville laissée à l’abandon, pillée, détruite. Mais partout la végétation a repris le dessus. L’herbe a tout envahi. Pripiat, deux heures de visite guidée pour 500 dollars. Pas une minute de plus, l’œil du guide rivé sur le compteur Geiger. On peut déambuler néanmoins dans certains secteurs de la ville.  Léna se rappelle. Cette rue, cette place, son école. Et raconte son histoire, des parents scientifiques, Ivan, son camarade d’enfance. Léna raconte le 26 avril 1986. L’explosion, son père réveillé en pleine nuit, les gens qui sortaient observer l’incendie, incrédules. Elle avait 13 ans. Toute la ville était dehors, devinant le pire. Elle se rappelle le retour de son père, affolé : il faut partir, tout de suite. Léna avait juste pris le temps de courir chez Ivan, lui demander de fuir avec eux. Mais le père d’Ivan n’y croyait pas. Ivan avait suivi leur bus sur quelques dizaines de mètres, et puis elle ne l’avait plus jamais revu. Fuir. Le bus. Le train, fuir l’Ukraine. Le pays partait en lambeaux, cousu désormais d’une cicatrice béante. A la frontière, sa grand-mère avait été refoulée : elle n’avait pas de visa. Elle est morte depuis. D’un cancer. Léna a retrouvé son carnet d’agonie, dans lequel elle raconte l’innommable vie qu’on nous fait toujours, depuis la grande famine de 1930 à Tchernobyl. Léna, elle, avait atterri en Normandie. Le souffle coupé par le paysage normand. Elle écrivait régulièrement à Ivan, qui lui répondait, jusqu’au jour où elle ne reçut plus aucune lettre de lui. Novembre 1989. Le mur de Berlin s’était effondré. Bientôt l’Ukraine allait se séparer de l’URSS. Léna voulait revenir, chercher Ivan. Elle finit par achever ses études. Prof de fac. Alors elle décida de revenir. De ne pas monter dans le bus qui quittait Pripiat pour Kiev. Hallucinée quand elle tomba sur Ivan, qui vivait comme un sauvage dans la forêt dévastée, malade, mais pas mort. C’est cette vie que nous raconte l’auteur, l’utopie d’un territoire irradié habité par plus de 3 millions d’êtres humains qui se savent en sursis. Loin de tout. C’est cette utopie qu’Ivan raconte, comment on s’adapte malgré tout, et les repas annuels des femmes des liquidateurs qui chaque année reviennent dans la zone hurler leur désarroi. Elles dressent des tables de fête et ne mangent rien, se tiennent là, simplement, main dans la main. Ivan raconte les revenants qui peuplent la forêt de Tchernobyl, qui cultivent la terre irradiée, mangent leurs récoltes irradiées. Tchernobyl… «L’humanité ne peut pas gérer ce genre de vérité», affirme l’auteur. Si : les hommes le peuvent, et le font. Nos dirigeants, non. Partout des chevaux sauvages, des loups, des ours. La zone est devenue un paradis zoologique où meurent les irradiés, ces morts de la vie moderne qui témoignent de ce que notre monde n’a plus aucun sens. Ou plutôt, de la faillite des sociétés au sein desquelles l'humain n'est qu'une variable d'ajustement et non une fin en soi.

Alexandra Koszelyk, A crier dans les ruines, éditions Aux Forges de Vulcain, collection Littérature, juin 2019, 252 pages, 19 euros, ean : 9782373050660.

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4 juillet 2019 4 04 /07 /juillet /2019 14:43

L’usine. Cet univers invraisemblable où tout est en excès. L’usine, où les êtres sont enfermés dans des gestes. Quelques gestes. Toute la journée. Le corps tyrannisé. En souffrance. Hangars, bidons, graisses, câbles… Le corps interdit. Le verbe exclu. Un espace où l’être se heurte à une expérience inénarrable, où les mots vont se cogner durement aux choses, têtues, qui les recouvrent. Quelques mots. A peine. C’est avec ces quelques mots, qui reviennent tout au long du texte et dans un rythme roboratif que Leslie Kaplan a composé cette sorte de long poème entravé qu’elle nous livre. Découpé en cercles. Les cercles de l’enfer. Comme dans la Divine. L’usine, où voir même se perd et ne se retrouve que dans ces détails qui finissent par émerger quand on est resté longtemps enfermé dans un espace clos : la moindre aspérité y devient révélation. A force de privation. Comme dans ces cloîtres où les moines maraudent leurs prières. Un détail soudain accrochant leur conscience. Ici, des mots. Qui reviennent. Circulaires. Avec d’infimes écarts arrachés aux possibilités de dire. L’usine. On est là. Dix fois, vingt, cent fois. Sans projet. Là où la matière seule semble gagner. Prendre le pas. Car on ne va nulle part. «Le corps travaille et tombe». C’est ça, l’usine.

Elle, Leslie Kaplan, se hasarde à dire. L’usine. Et plus loin, dans son prolongement, la banlieue. Le même rythme les rattrape. Infligé dans son texte aux phrases qu’elle écrit, de cercle en cercle. Rien et rien : depuis au moins un siècle, les gens de peu meurent, victimes d'une construction sociale morbide. On a voulu tuer le monde ouvrier. C’est pour cela qu’on l'a enfermé dans des usines. C’est ce que je retiens de cette lecture. L’usine ? C’était au fond un camp de travail dans l’univers bourgeois du XIXème, puis du XXème. Maquillé en lieu de travail. Voilà ce qu’elle décrit en fait, et la raison de ces quelques mots qui reviennent sans cesse : un camp de travail. Un goulag. Il n’y a rien qui soit contraire à cette appellation, sinon le froid, la neige, la glace, une autre langue. Les vertus sont les mêmes. Les raisons profondes sont les mêmes. Les espaces inventés par les possédants, sont de ceux qui ensevelissent -vivant. La même logique de destruction massive. La société capitaliste est une immense machine à détruire les vies. C’est ce que peu à peu ce récit nous donne à comprendre. A éprouver. Les détruire, pour qu’elles ne s’emparent pas de la vie. En les isolant. Chacun à son poste. Il faut isoler les êtres humains pour mieux les détrousser. Les occuper. Les abrutir. Les ramener à quelques gestes, deux, trois, toujours les mêmes, redoubler l’idiotie du réel par celle de la domination. Le monde en morceaux. Ces morceaux qu’elle relève.

Leslie Kaplan, L’excès-L’usine, P.O.L., mai 2012 (première édition en 1987), 108 pages, 12.50 euros, ean : 9782867440786.

Leslie Kaplan, photographie Le Parisien.

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26 juin 2019 3 26 /06 /juin /2019 06:08

Pilgrim… Un nom de code. Celui d’un homme qui a laissé en héritage un essai de criminologie et un autre de médecine légale… Un nom, au croisement de meurtres inquiétants : une femme dans un hôtel de Manhattan, un père de famille décapité en Arabie Saoudite, le directeur d’un institut médicolégal énucléé en Syrie, et at least, un complot en cours contre l’humanité… Qui est Pilgrim ? Un espion ? A la solde de qui ? 900 pages et 24 heures pour le trouver… «24»… En vain. A travers l’Arabie Saoudite, l’Afghanistan, la Turquie, les Etats-Unis dès le lendemain du 11 septembre. A vivre désormais cette angoisse d’autrui que le 11 septembre a déchargée crûment entre les hommes. Pilgrim reste hors de portée pourtant. Insaisissable, et dérangeant, tant le roman déploie les clichés sur l’occident dominateur. Pilgrim, ou le monde libre. Qui ne peut toutefois l’être qu’opposé à un univers nécessairement plus sombre que lui. Roman gênant pour tout dire, culturellement, d’autant qu’il vous entraîne malgré vous bien au-delà de ces clichés et du racisme sous-jacent qui les féconde : par son brio, le talent de l’intrigue qui y éclot, par son efficacité stylistique, il vous fait vite oublier le caractère nauséabond de ces clichés. Pas un break. Il est Pilgrim, bluffant, terrifiant, debout face au Sarrasin qui s’est levé en même temps que lui pour garantir à l’occident la légitimité de ses actes. De New York au camp français du Struthof, des seigneurs de guerre au hacker déjanté, tout est inquiétant dans ce roman. A commencer par sa virtuosité qui nous fait avaler à pleine vitesse d’incroyables couleuvres… «24», plus que James Bond. Pas de girl dans le roman. Ce qui le rend peut-être plus inquiétant encore. Un roman tout entier construit sur la problématique du terrorisme islamiste et des réponses que nous lui apportons. Un roman qui nous parle de la jouissance que cette opposition génère : cette violence qui a tendu semble-t-il pour toujours nos rapports. Les rapports humains. La violence terroriste et la nôtre, comme un couple indéfectible. Terrifiant parce qu’il nous parle du monde dans lequel nous vivons et dans lequel, justement, la violence est le seul l’horizon. Terrifiant parce que ce dont il s’agit, n’est rien moins que la conspiration des Etats-Unis face au monde contemporain. Le pendant de la conspiration islamiste contre ce même monde. De Ground Zero, où se situe symboliquement l’assassinat de la jeune femme, au Sarrasin : l’ennemi, ce personnage commode grimé en islamiste solitaire, individualisé, mais dont le nom n’est pas sans évoquer quelque raccourci générique à la Houellebecq. Terrifiant parce que la Shoah est comme son point secret de retournement, qui articule fantasmatiquement tout le devenir humain. Un roman intriguant en somme, dont Sylvain Agaësse nous fait une lecture sidérante avec son phrasé énigmatique souvent, comme conspirant contre la phrase pour jeter ça et là à notre écoute le mot où elle achoppe, le silence où tout prend sens, baissant le ton par moments jusqu’au murmure pour nous abandonner dans ce petit pas de côté où tout se met à résonner étrangement.

Je suis Pilgrim, Terry Hayes, lu par Sylvain Agaësse, traduit par Sophie Bastide-Foltz, éditions Audiolib, 15 mai 2019, 3 CD MP3, durée totale d'écoute : 27h53, 29.50 euros, ean : 9782367628288.

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25 juin 2019 2 25 /06 /juin /2019 06:14

Cormoran Strike, détective privé, regarde ses chaussures… C’est que Billy, plus ado qu’adulte, lui raconte qu’il a été vaguement témoin d’un meurtre dans son enfance. Il ne s’en rappelle évidemment pas grand-chose… L’histoire paraît pourtant crédible, mais Strike n’a pas le temps de s’en assurer : Billy s’enfuit. Intrigués, Strike et son associée, Robin Ellacott, s’emparent de l’affaire. Compliquée. Rendue plus contournée encore par leurs relations… On se rappelle qu’on avait laissé ces deux-là plantés devant une église, à la toute fin du troisième opus de leurs enquêtes. Rentreront, ne rentreront pas… L’action se déroule pendant les J.O. de Londres, dans des faubourgs pisseux et/ou des salons lambrissés où nous embarque l’auteure, J.K. Rowling donc, avec la maîtrise qu’on lui connaît désormais pour le genre romanesque, et la critique de cette classe politique anglaise stipendiée. C’est donc grave et léger à la fois, désinvolte et effarant… tordu aussi, sinon retors. Chantage, sexe, pouvoir, assassinats donc, l’intrigue se ramifie en magouilles incessantes, nantis obligent. Un ministre est tué. Le page turner prend de la vitesse. Et cependant Galbraigth ne cesse de nous en sortir, pour prendre du bon temps avec ses personnages, tout comme elle savait le faire dans Harry Potter pour construire dans le temps ses héros, leur faire vivre leurs émotions et s’opposer les uns aux autres. Alors bien sûr, quelques fausses pistes crèvent d’évidence et poussent à sauter les pages inutiles, surtout que le roman est long, très long. Mais il sait avancer en masquant l’essentiel jusqu’au bout, donnant paradoxalement l’envie de ne rien lâcher sitôt le notoire, su. D’autant que la relation entre nos deux principaux personnages s’avance de page en page vers un tournant d’où il ne leur sera plus possible de tergiverser. Et puis, quel régal de voir l’auteure dévoiler jusque dans ses sales besognes cette haute société anglaise qui n’en finit pas de se payer de mots et de mensonges orduriers. C’est pas joli joli, le monde de la phynance… Ce cynisme, cette vilénie… Lionel Bourguet prend le temps de la dire, de la dérouler dans toute sa laideur. Chose incroyable, dans un livre si long. Il prend tout son temps, pèse sa métrique, ménage des silences, des pauses, appuie la syllabe là où le sens l’attend. Avec patience et drôlerie parfois, laissant le temps filer sa gigue : on n’est pas pressé, le temps du roman n’est pas celui d’un labeur et son tempo à lui est celui du conteur, magistral, qu’il est.

Blanc Mortel, de Robert Galbraigth, lu par Lionel Bourguet, traduit par Florianne Vidal, Audiolib, 3 CD MP3, durée d’écoute 24h37, 25.50 euros, ean : 9782367628356.

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13 juin 2019 4 13 /06 /juin /2019 08:21

Récit autobiographique d’un jeune allemand élevé en Bavière dans un milieu catholique hypocrite et lubrique, sous la tyrannie d’un père despotique, vendeur de babioles saintes, ancien SS… Dans la bibliothèque de ses parents, le seul livre conservé, un Mein Kampf dédicacé, dans l’édition de 1939 offerte à tous les jeunes mariés allemands, donne le ton… La guerre est finie bien sûr, reste celle que le père va livrer contre la mère et les enfants. Cela avait mal commencé du reste dès le début : à sa naissance, sa mère avait poussé un cri d’horreur : un garçon ! Un apprenti führer de plus… Alors elle l’habilla en fille pour conjurer le sort. Pas tout à fait en vain finalement, puisque l’enfant sut grandir contre cette idéologie qui dévora ses plus tendres années. On est après la guerre bien sûr, les nazis se sont reconvertis en gentils allemands, bigots dans sa ville, que le Pape vint un jour bénir… C’est que la Vierge noire de la Chapelle de la Grâce rapportait plus d’un millions de visiteurs par an, pressés de dépenser leur argent en génuflexions anémiantes. Andreas subit donc dès le départ et l’opprobre de sa mère et la cruauté de son père, SS engagé naguère sur le front de Pologne, puis de Russie. Une jeunesse normale dans un village allemand d’après-guerre, Altötting, ville de lâches, de fourbes affirme-t-il, où suintait partout la haine du corps et la lubricité. Une ville de veules qui avaient su s’inventer au sortir de la guerre une légende de résistance, permettant aux zélateurs du nazisme de retrouver une vie normale, bourgeoise, qui ne se rappelait plus ses liesses devant les victoires et les exactions nazies. Avant de subir tout de même les contrecoups de la haine, sa mère violée par les alliés, puis par son mari. Andreas raconte l’enfance, la jeunesse de ses parents, la sienne, ses années de collège, ses profs tortionnaires, les violences physiques que subissaient les jeunes allemands au sortir de la guerre, pour leur faire oublier celles que leurs parents avaient fait subir au monde. Robuste pédagogie de profs qui avaient tous appointés sans hésitation au parti nazi. Avec en soutien l’église, acharnée contre les corps des enfants, éduquant au mépris sinon au dégoût de la femme, tandis que les prêtes abusaient d’elles en toute innocence… Andreas raconte une société de violence, notre héritage, l’héritage de cette Europe chrétienne qui, avant que d’être Amour (elle ne l’a jamais été), fut punitive et arbitraire. Il raconte le ménage de ses parents au-delà du triste, où son père ne visait qu’à briser sa mère, ses enfants. Rien ne nous est épargné des formes de l’avilissement du père, de la terreur domestique qu’il avait instaurée pour prolonger un peu la jouissance que lui avait procuré celle qu’il avait déployée en Pologne… Un père qui ne cessait de torturer sa femme sous les yeux de ses enfants. Avant de la chasser pour la remplacer par une nouvelle, neuve dans la soumission, à qui il put de nouveau lui faire apprécier sa haine de l’humanité. Andreas nous raconte l’atmosphère de cette ville «sainte» que visita le 18 novembre 1990 le pape Jean-Paul II, sourd aux cris des fillettes violentées : «des fous s’agenouillent devant des fous dans une mise en scène de carnaval», insiste-t-il, dressant la liste de tous les péchés que le catholicisme a inventé pour rendre la vie des gens plus misérable. Dans une écriture crue, sans concession, nommant, dévoilant, révélant jusqu’à l’insoutenable, ce pan de notre histoire commune…

La Vie de merde de mon père, la vie de merde de ma mère, et ma jeunesse de merde à moi, Andreas Altmann, Actes Sud, collection Lettres allemandes, traduit de l’allemand par Matthieu Dumont, mai 2019, 326 pages, 22.50 euros, ean : 9782330121389.

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28 mai 2019 2 28 /05 /mai /2019 08:09

C’est l’histoire du corps d’une femme. Manipulé, fouillé, opéré. L’histoire d’un corps malade, entre les mains de la médecine. Ouvert et refermé. Une chose plutôt qu’un corps. Vulnérable. Le corps du renoncement, où la maladie s’est installée. Toujours là. A dicter ses conditions. Un corps lancé à l’assaut de lui-même. Qui se détruit de l’intérieur et que la médecine ne sait pas soigner. Elle, ne sait que faire de ce corps. D’Elle. Même. Elle vit dans l’attente d’un virus opportuniste qui viendra clore son long calvaire. En attendant, elle dénombre les territoires perdus. L’un après l’autre, jour après jour. Elle tient ce compte : par érosion, une autre vie surgit. Et entre deux pertes, il ne lui reste que ces courts moments de rémission au cours desquels la douleur est suspendue. Peut-on s’installer dans le sursis ?  Le texte est fort. Mais ne va pas de soi. De ce soi qui s’effrite. Entre colère et acceptation, entre révolte et résignation. «La colère est la maladie», affirme l’auteure. Une phrase que l’on ne comprend pas tout d’abord. On imagine, un peu, ce que cela pourrait vouloir dire, que d’être amputé de son identité. On imagine, un peu, ce que signifierait l’enfermement dans la souffrance physique. Ce que signifie devenir étranger à soi-même, dans son propre corps. Mais comment la colère pourrait-elle être l’expression de la maladie qui vous étreint ? L’auteure évoque ces déformations qui la font autre. Cette difformité qui peu à peu la déconstruit. Qu’en dire, dans cet ordre épuisé du langage ? Puis elle se tait. C’est peut-être là, sur ce seuil de parole, qu’il est possible d’être avec elle. Loin d’elle. Quand passé le moment de l’aveu, on se rend compte qu’il n’y a rien à partager. La maladie coupe. Isole. Sépare. «Le malade est idiot», de cette idiotie du réel qui l’emporte loin de lui, des autres, du monde. Le malade est enfermé dans l’idiotie du réel, loin des fictions nécessaires où la vie s’accomplit. La fiction de la vie, contre l’idiotie de la mort. Seule la mort est réelle. Mais idiote. Et la maladie, qui nous arrache à la vie, c’est-à-dire à la fiction. Que raconte donc l’auteure dans ces conditions ?  A témoigner de ce seuil au-delà duquel il n’y a plus rien à conter ? «J’ai vingt-cinq ans, je suis malade, je ne vais pas guérir». Il ne lui reste qu’à occuper le peu de place que la maladie n’a pas encore colonisée. Qu’à vivre ce désir, à l’œuvre encore dans le récit qu’elle compose. Car seul le désir est plus puissant que la mort. Car le désir est fiction. Qu’aucun réel ne peut recouvrir.

Hors de moi, Claire Marin, Allia, février 2019, 126 pages, 6.50 euros, ean : 9791030408669.

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20 mai 2019 1 20 /05 /mai /2019 07:49

Décevant. Un roman de circonstance. « La mort d’un gilet jaune », arborait fièrement le bandeau de l’éditeur.  La mort du roman noir bien plutôt… A surfer pareillement sur la vague de l’actualité... Bref... Un jeune flic tout frais émoulu de l’école de Saint-Cyr au Mont-d’Or est chargé par son commissaire d’infiltrer les gilets jaunes au rond-point du Mouchoir Rouge (sic !), dans la région de Dinan. Le lieutenant Devers, qui ne rêve évidemment que de rallier la Crim’, l’objet réconfortant du polar français, bougonne. Mais les ordres sont les ordres.  Il débarque donc au rond-point. Une cabane, barrage filtrant. Les médias ont suffisamment installé le décor pour n’y pas revenir… Bruno, l’animateur du mouvement, en a fait son quartier général et se rêve un destin de leader. Sollicité par les autorités et les médias, il finit très vite par se dessiner un destin médiatique… Devers écoute, discret. C’est bon enfant. Il observe que des hiérarchies s’organisent, sans trop pouvoir conclure à ce sujet. Tout va bien pour l’heure, la sous-préfète n’est pas vraiment inquiète, ni le commissaire. La police locale se montre même bienveillante. Jusqu’au jour où une gilet jaune se fait renverser par une voiture, et meurt. On sent que Delteil a suivi les informations mainstream. L’accident va tout changer. On enquête mollement côté commissariat, tandis que Devers se fait raconter sur le rond-point les magouilles des nantis, dont celles du directeur du supermarché, dont la femme tuée accidentellement était l’employée, au courant de tout… Devers songe bien évidemment que ce pourrait être un meurtre, et va nous faire suivre cette piste. Et notre lieutenant de s’étonner tout de même que l’enquête soit pareillement bâclée du côté de ses pairs… C’est que le commissaire affiche un sacré mépris pour les gilets jaunes. Sur place, des pièces à conviction ont été négligées, voire abandonnées, entre les mains de notre lieutenant à présent, qui file le parfait amour avec une jolie gilet jaune… Des gilets jaunes sans grand discours. L’intelligence est du côté de la police, du lieutenant, notre focale, et d’un vieil enquêteur de la DGSI qui fiche tout le monde sans illusion. Des gilets jaunes, Delteil nous montre le racisme, la beaufferie, quelques souffrances bien sûr, quelques émotions, il faut bien, mais pas grand-chose au final. La ville compte une librairie facho, des gilets minoritaires plus bruns que jaunes, un ancien militaire ridicule reconverti à l’ordre du terrain contestataire, un leader vendu au prestige dérisoire de sa charge, et ça finit par un vandalisme de cagoulés, tout de même appointés par un bourgeois de la ville jaloux d’un commerce concurrent... La foule reste une grosse bête idiote qui ne sait trop que faire, sinon un jour bloquer le port avec l’aide des «infiltrés» de Dinan, on voit que Delteil partage la théorie du complot des black-blocs. Bref, on a tous les stéréotypes de la presse mainstream, y compris dans la pseudo radicalisation du mouvement bloquant le port, quelques heurts tranquilles avec les CRS, une occupation de lycée caricaturale pour donner une touche supplémentaire d’actualité au roman et des ados plus boutonneux que jamais qui n’ont rien à dire, sans compter les fameux habitués des manifs violentes... Une sociologie pitoyable, avec internet qui est le Mal et la bêtise incarnés… Les gardes mobiles sont plutôt gentils, les flics compréhensifs, sauf un, méchant méchant, qui contraindra notre jeune lieutenant à se jeter dans la mêlée pour sauver sa dulcinée, violemment gazée par ce crétin. Mais la donzelle en question apprendra la trahison de son cher, lequel, au moins par la pensée, se sent plus proche du mouvement que des siens, auxquels il lui est difficile de renoncer, parce qu’un jour la Crim’ pourrait bien lui tendre les bras. La Crim’ qui lave plus blanc que blanc dans le polar français... Heureusement qu’on les a, sans quoi tout le monde détesterait la police…

Les écœurés, Gérard Delteil, éditions du Seuil, coll. roman noir,mai 2019, 18 euros, 236 pages, ean : 978021431230.

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14 mai 2019 2 14 /05 /mai /2019 08:12

Imaginons : le mouvement des Gilets Jaunes a été écrasé dans le sang et la terreur. Ne reste que le désespoir. Et le nihilisme : partout en France, on tue. Des crimes inexplicables aux yeux des politiques et des médias. Individuels. Pas reliés entre eux. On tue. Des patrons, ceux qui ont traversé la rue. Ceux qui ont réussi à se payer un beau costard. La police est de nouveau sur les dents. Les médias, sur la brèche. On tue, partout, tous les jours. Une vague immense de meurtres gratuits semble-t-il, déferle sur la France. Partout. Dans les villes, petites ou grandes, dans les campagnes. On tue des notables et rien n’arrête ce mouvement. Les médias, en bons auxiliaires de la police, relaient les discours alarmants du ministère de l’Intérieur. Car la France d’en bas semble s’en réjouir. Des crimes d’un autre siècle. Du XIXème affirment les commentateurs patentés, du siècle des famines, de la misère, de l’anarchie. La presse s’indigne. Des crimes «immotivés», impersonnels. On tue les riches. «Pourquoi tant de haine ?» On jette du coup en prison tout ce qui bouge. Tout ce qui se plaint. Des crimes sans autre lien que celui-ci : on tue les nantis. Pas même de revendications s’exaspèrent les médias. Pas d’expression collective, tonne le gouvernement. On tue les Inspecteurs de l’Education Nationale, les intellos, les chiens de garde. Jusqu’aux curés qui se mettent à tuer les cardinaux. La hiérarchie. Cela avait commencé en mars. En mai c’était devenu explosif. Et le mouvement se poursuivait. Juillet, août… Alors la police s’est mise à tuer beaucoup. A mutiler beaucoup. A terroriser beaucoup. Tout ce qu’elle faisait déjà avant, mais à très grande échelle cette fois. Pour enrayer le mouvement. Protéger la population d’elle-même. Elle tua et incarcéra. Mais on ne pouvait pas aller bien au-delà : tout le monde ou presque avait goûté déjà des bastonnades, de la prison. On ne pouvait aller bien plus loin que cela, sinon à liquider le peuple. Les éditocrates appuyaient l’idée que ce mouvement n’avait rien de politique. Qu’il était l’œuvre de fous furieux qu’il fallait mettre hors d’état de nuire. Mais la police avait beau s’en donner à cœur joie, rien ne venait à bout du mouvement. Des intellectuels vinrent au secours des médias pour condamner ce nouveau nihilisme. La faute aux réseaux sociaux. Mais depuis des années déjà, ils étaient parfaitement verrouillés. Puis on tua des députés, des ministres. Jusqu’au jour où un simple ancien Gilet Jaune sans doute, affirma au péril de sa vie devant des caméras de télévision que ça suffisait les conneries. Il parlait de celles qui venaient d’en haut. Celles qui avaient précipité le pays dans la misère. Et le désordre. De celles qui étaient du genre à assassiner en masse. Jusqu’au jour où le suicide d’un commissaire eut un énorme retentissement : «Je ne peux plus me regarder en face». Tant de répression. On avait fini par rétablir la guillotine. Les cadences devant les bois de justice étaient infernales. Les CRS s’en plaignaient. Jusqu’au jour où, fort de son impunité, le Président lui-même se mit à tuer de ses propres mains… Mais ça, c’est une autre histoire…

Désordre, Leslie Kaplan, P.O.L., mai 2019, 56 pages, 7 euros, ean : 9782818048313.

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13 mai 2019 1 13 /05 /mai /2019 08:54

C’est l’histoire d’un mensonge d’état qui montre les crocs. Il faut nous y habituer : les dérives totalitaires des états occidentaux nous y mènent tout droit. C’est l’histoire d’un scientifique lanceur d’alerte, condamné à mort parce qu’il empêche l’économie néolibérale de déglutir le monde. C’est l’histoire de rescapés, d’une guerre l’autre, que ces économies condamnent à la misère. C’est l’histoire de ces samosiol retournés vivre à Tchernobyl. C’est l’histoire de villes fantômes que les médias ont ensevelies sous des tonnes de mensonges et de silence. C’est l’histoire d’une tragédie qui dure encore, d’une tragédie dont on ne dit plus rien, parce que les nôtres sont à venir. C’est l’histoire d’êtres humains qui ne peuvent littéralement plus respirer et dont la langue noircit avant de tomber et dont la peau se met à cloquer et qui crachent une salive jaune en attendant de mourir. C’est l’histoire d’une civilisation, la nôtre, dont les fondements sont criminels. Et qui vacille, emportant tout dans sa chute, et le monde et les hommes. C’est l’histoire de la plus belle avenue du monde, indifférente à la mort qui rôde jusque sous ses pavés. C’est l’histoire de millions de kilomètres carrés abandonnés aux pilleurs qui ne se privent pas de ramener loin de Tchernobyl les fruits irradiés de leurs pillages pour les fourguer dans toute l’Europe marchande. La mort et le mensonge, toujours. Tchernobyl. La terre est morte, les plantes sont mortes, les animaux meurent, les êtres humains meurent. Mais de plus en plus de ruraux retournent vivre dans ce cimetière à ciel ouvert. De toute façon, ils n’ont aucun lieu où aller. Ailleurs, ils survivent à peine : l’économie néolibérale ne veut plus d’eux. Ni l’Europe. Ni la France, suspicieuse à l’égard de tous ceux qui viennent d’ailleurs. C’est l’histoire de la police de Sarkozy, annonciatrice des violences policières sous Macron. C’est l’histoire de millions de morts en devenir. De meutes de chiens s’attaquant aux survivants, déterrant les cadavres pour les dévorer. C’est l’histoire d’un cycliste, savant, samosiol, qui a parcouru en tous sens ces terres radioactives pour y sauver ceux qu’il pouvait sauver et relever des mesures dont le gouvernement ne voulait pas entendre parler. Pour 400 dollars, des touristes peuvent venir sur ces terres photographier l’ampleur du désastre, approcher, de loin, leurs habitants jaunâtres qui y agonisent. C’est l’histoire d’une ville refuge bâtit à la hâte par les autorités à 38 km de la centrale. Ces autorités avaient d’abord affirmé que les rescapés n’y craignaient rien. A force d’y mourir, ces derniers ont fini par comprendre qu’il n’en était rien. Les architectes de cette ville champignon étaient même allés jusqu’à bâtir chaque rue à la physionomie de la mémoire des cultures russes… Un hymne à la Russie éternelle…

C’est l’histoire de Vassia, qui finira par fuir le plus loin qu’il le pourra après avoir pointé ses mesures dont les autorités ne voulaient pas. Et pour cause : de semaine en semaine, ces autorités relevaient le seuil acceptable de radioactivité pour les enfants, passant très vite de 10 becquerels à 110, puis augmentant au gré des décès… Tous les enfants saignaient du nez, se fatiguaient vite, mais les journaux télévisés les montraient heureux et insouciants à l’école en offrant le spectacle de séquences hachées : les enfants pleuraient beaucoup et ne savaient pas pourquoi. Dans les villages, il y avait de grandes bandes rouges au sol pour délimiter les endroits contaminés. Mais il y en avait tellement qu’on ne savait plus où marcher. Quelques jours après «l’incident», un ministre avait juste recommandé aux gens de tenir leurs fenêtres fermées et de boire beaucoup de lait. Puis quelques jours encore plus tard de ne plus boire de lait. Que de l’eau. Beaucoup d’eau. Puis d’éviter l’eau. Nos dirigeants ne savent rien. Jamais, Du tout. Ils mentent et improvisent. Toujours. Partout. Et chaque fois que quelques chose de grave a lieu, leur seul souci est économique, pas humain. Tchernobyl. En 1986. Il y avait en même temps la coupe du monde de football, à Mexico. On encouragea alors les chaînes de télévision à parler beaucoup de foot. Et aux gens de mener une vie normale. Vassia était scientifique. Quand le graphique s’est mis à brûler, on a pensé mobiliser 1 millions de volontaires pour sauver Tchernobyl d’un désastre plus grand : celui d’une explosion nucléaire qui aurait anéanti l’Europe. Cette explosion n’a pas eu lieu. On ne sait pas pourquoi. Très vite, ni robots ni humains n’ont pu approcher de la Centrale. Quand l’écologie est une farce, quand elle n’est qu’un élément de langage électoral,  le pire est toujours à craindre. Nos dirigeants sont des incapables qui ne réfléchissent jamais aux conséquences. Ne reste que leur stupidité confuse, leur énorme bêtise à front de taureau, leurs propagandes vulgaires qui nous emportera tous, si l’on ne fait rien. En 1992 il restait 3 000 villages contaminés aux alentours de Tchernobyl. On changea alors les normes des mesures pour «protéger» le peuple et ramener ce nombre à quelques dizaines... Vassia s’appelait Vassili B. Nesterenko. Physicien du nucléaire. A l’époque, on pourchassait, emprisonnait ou tuait les lanceurs d’alerte qui osaient dire la vérité sur l’état réel des centrales en Russie. Aujourd’hui, comme en France, on se contente pour l’heure de les jeter en prison, d’en faire le procès. La Loi sur le secret des affaires leur interdit toute dénonciation. Et la presse s’est mise au service de cette propagande criminelle. A Tchernobyl, les télévisions avaient même trouvé des gens pour affirmer que : «un peu de radioactivité, c’est bon pour l’être humain». Et on porta les normes de l’irradiation à 50 fois ce qu’elles étaient avant «l’incident». Quelques années après, on a fini par découvrir une petite note confidentielle indiquant que les fruits, les légumes, les viandes qui provenaient de la région de Tchernobyl ne devaient pas être commercialisés à Moscou. Ailleurs, oui. Cette civilisation ne peut que mal finir. Bienvenue dans la Fin du monde. Un roman. Que peut le roman ? Ce que Hannah Arendt pointait : «c’est l’imagination et non la raison, qui crée le lien entre les hommes». Sa force est centrale, «une force capable d’imaginer que je ne suis pas moi», capable de me représenter le monde dans une autre perspective. Il y a urgence, aujourd’hui, à relire cet ouvrage et imaginer une autre sortie que celle d’une Apocalypse qui ne sera même pas «joyeuse»…

Le cycliste de Tchernobyl, de Javier Sebastiàn, éditions Anne-Marie Métaillé, septembre 2013, collection Bibliothèque Hispanique, 208 pages, 18 euros, ean : 978-2864249375.

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