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    <title><![CDATA[DU TEXTE AU TEXTE]]></title>
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    <description>&quot;L'Histoire, c'est la dimension du sens que nous sommes&quot; (Marc Bloch) -du sens que nous voulons être, et c'est à travailler à explorer et fonder ce sens que ce blog aspire.</description>

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        <title><![CDATA[DU TEXTE AU TEXTE]]></title>
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    <pubDate>Sun, 03 Jun 2012 12:45:52 +0200</pubDate>    <lastBuildDate>Sun, 03 Jun 2012 12:45:52 +0200</lastBuildDate>    <generator>Over-blog.com RSS 2.0 Engine</generator>    <copyright>Copyright 2012 www.joel-jegouzo.com</copyright>            <category>Littérature</category>    <docs>http://www.rssboard.org/rss-specification/</docs>                        
      <item>
        <title><![CDATA[PROUST, LE BAISER MATERNEL…]]></title>
        <link>http://www.joel-jegouzo.com/article-proust-du-rebord-des-levres-au-baiser-maternel-105722208.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;"><img height="280" width="180" src=
    "http://idata.over-blog.com/1/77/53/21/image-vendredi/proust_enfant1_sepia.jpg" alt="proust_enfant1_sepia.jpg" class="GcheTexte">Dans l’œuvre de Proust, tout comme dans sa correspondance, le
    baiser maternel paraît se constituer en événement fondateur.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Les critiques savantes ont recensé pas moins de cinq récits ré-élaborant ce thème à des moments narratifs
    signifiants de l’œuvre.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Une obsession. Mais de quoi ?<br>
    Dans un courrier de 1906, Proust en répète l'actualité : «Toute notre vie, écrit il à Barrès, n'avait été qu'un entraînement, elle à me passer d'elle pour le jour où elle me quitterait, et cela
    depuis mon enfance quand elle refusait de revenir dix fois me dire bonsoir avant d'aller en soirée, quand je voyais le train l'emporter quand elle allait à la campagne, quand plus tard à
    Fontainebleau et cet été même, je lui téléphonais à chaque heure. Ces anxiétés qui finissaient par quelques mots dits au téléphone, ou sa visite à Paris, ou un baiser, avec quelle force je les
    éprouve maintenant que je sais que rien ne pourra plus les calmer.»<br>
    Du baiser à l'enfant que l’on vient de coucher, l’un de ces rites de consolation –ou d’apaisement- que les parents instruisent, à l’effarement de la disparition, le baiser maternel a ainsi paru
    circonscrire les seuils de la Nuit, rassurer la descente dans le sommeil inévitable, en disperser les Ténèbres éparses au pied du lit déjà, sans parvenir cependant à soustraire ni l’enfant ni
    l’homme aux affres d’un plus péremptoire recouvrement –son absence ouvrant dès lors à l’anxiété, à la détresse devant la nuit qui tombe, qui ne peut pas ne pas tomber un jour pour défaire
    l’étreinte maternelle et délacer le serrement du monde pour n’en consentir que le rebord des lèvres sur le front pétrifié.<br>
    Tout est dit dans ce mot à Barrès et cependant Proust lui rajoutera d’autres pages, actualisant sans cesse l’émoi du baiser maternel –notre condition. Conduite banale finit par trancher la
    critique savante, penchée sur le lit de Marcel avec l’assurance du pédiatre qui sait de quoi les pleurs de l’enfant sont nourris. Ou bien ratiocinant, en bon psychologue, sur la difficulté du
    petit Marcel à dépasser ses peurs nocturnes, mettant en garde la mère devant pareille conduite. Il faudra bien que ça lui passe…<br>
    Sans voir que dans ce baiser volé, arraché aux convenances en usage dans la famille, révoquant, parce qu’il était maraudé, le poids d’indifférence de ces conventions et la solitude effarante du
    sujet qui tentait de leur faire face, autre chose encore se dessinait. Baiser suspendu de l’enfance bravant les engagements. Baiser langui par l’enfant dans l’attente de sa mère, espérant et
    soupirant, implorant qu’elle vienne à l’heure indue. Désobéissant donc, rayonnant et par le frôlement abandonné, Annonce que le courage de l’amour peut fléchir n’importe quelle autorité, ouvrir
    le monde à sa pliure primordiale, consacrer sous le retour des «choses humaines», comme l’énonce si magistralement Marcel Proust, une victoire qui n’est pas anodine.<br>
    &nbsp;&nbsp;&nbsp; Car Proust dispose le baiser maternel dans l’ordre d’une économie singulière : celle du Salut. Porté par une supplication enfantine, Proust interroge et souffre – Mère, Mère,
    pourquoi m’as-tu abandonné ? Désemparé devant la solitude que l’épaisse enveloppe charnelle nous inflige et l’abandon où la vie nous dépose, par cinq fois et davantage au travers de sa
    correspondance, l’appel se fait entendre. Mais la prière devient récit –notre consolation. Car il y a «mieux», si l’on peut dire. Proust tire le baiser maternel du côté des sensualités
    picturales. Il ouvre par lui sa réflexion sur la valeur de l’art, sur son sens profond et sa destination. Combien est-il troublant que l’art, dont il n’ignore nullement la facticité, trouve ici
    sa loge la plus sûre…<br>
    «Cette sorte de pan lumineux, découpé au milieu d’indistinctes ténèbres»… - l’entrée de sa mère pour le baiser du soir (43).<br>
    Et aussitôt donné : «J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel». (45).<br>
    Plus loin, Proust identifiera une payse à son terroir, Combray, dont on connaît tout, y compris les chiens et les autres bêtes domestiques qui font signe vers la communauté des hommes,
    puisqu’elles sont de la famille. Combray et son église, aux pierres polies par l’effleurement des mains. L’église, moins un lieu consacré qu’une de ses «choses humaines» où se fait chair le sens
    commun, renvoyant tout autant que le baiser maternel à l’authenticité des choses simples –et la peinture et tout son attirail pour éprouver cela mieux encore… Il y a autre chose dans
    l’obstination du baiser maternel à traverser l’œuvre, que j’aime à penser sidérant nos vies dans l’inconfort d’être né…</span></span><br>
    <br>
    <strong><span style="font-family: times new roman,times;">P<span style="font-size: 10pt;">hotos : Proust enfant</span></span></strong>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sun, 03 Jun 2012 05:36:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">44fce700533668a8a91c4954164e0cae</guid>
                <category>essais</category>        <comments>http://www.joel-jegouzo.com/article-proust-du-rebord-des-levres-au-baiser-maternel-105722208-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[VIVONS-NOUS DANS UN MONDE SANS UTOPIE ?]]></title>
        <link>http://www.joel-jegouzo.com/article-vivons-nous-desormais-dans-un-monde-sans-utopie-105722430.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span lang="FR"><img height="608" width="300" src="http://idata.over-blog.com/1/77/53/21//utopie.jpg" class="GcheTexte"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style=
    "font-size: 12pt;">Aucune société humaine ne peut faire l’économie d’une relation à l’idée d’une société meilleure… Tout se passe ainsi comme si le social était secrètement travaillé par un rêve,
    comme s’il existait une nécessité fondatrice de l’utopie.<br>
    Mais qu’est-elle, cette nécessité ? Un mauvais Infini ? Ou l’expression de cette clarté vaporeuse dans laquelle l’homme se révèle à lui-même ?</span></span><span style=
    "font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;"><br>
    Dans cet ouvrage savant mais d’une lecture aisée, <strong>Miguel Abensour</strong> tente de croiser les leçons de Thomas More et de <strong>Walter Benjamin</strong> pour percer les vertus de
    l’utopie.<br>
    Proche parente de l’héroïsme de l’Esprit, ne se donne-t-elle pas pour tâche de repérer les points aveugles de l’émancipation moderne ?</span></span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Des deux volets que comprend l’étude, le plus tonifiant est sans conteste celui qui porte sur la réception de
    <strong>L’Utopie</strong> de <strong>Thomas More</strong> dans le monde occidental. Pendant des siècles, la critique l’a comprise comme un projet de société. Tel <strong>Kautsky</strong> tenant
    More pour le précurseur du socialisme. Ou les théologiens chrétiens y décelant un retour à une société païenne vertueuse, proche, dans ses valeurs, de l’idéal social chrétien. Au point que le
    <strong>catholicisme social</strong> du XIXème siècle, l’a relue comme l’expression d’un conflit entre le capitalisme naissant et les valeurs communautaires chrétiennes, pour en appeler au retour
    du sens de la communauté médiévale.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">S’appuyant sur la pensée de <strong>Léo Strauss</strong> (contestée, certes), <strong>Abensour</strong> tente
    d’en restituer la vraie nature. Posant la question de l’écriture comme séminale, il en dégage la valeur propre : L’Utopie n’est pas politique dans ce qu’elle dit, mais dans la manière dont elle
    le dit. C’est-à-dire dans <strong>l’effectuation</strong> de ce dire, la ruse de la raison devenant l’instrument par lequel l’individu accède désormais à sa liberté. Le problème étant,
    aujourd’hui, de savoir si le raisonnable n’occuperait pas cette place dévolue jadis à la raison. Le manque de souffle de l’histoire nous conduisant ainsi à faire malgré nous l’expérience d’un
    monde sans utopie.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p>
    L’Utopie de Thomas More à Walter Benjamin, Miguel Abensour, éd. Sens et Tonka, coll. 10/vingt, , 1er trimestre 2000, 212p. - réédité en 2009 chez le même éditeur, EAN : 9782845341876
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 02 Jun 2012 05:35:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">583d14c486d6a21bb6e243491b2a0845</guid>
                <category>Politique</category>        <comments>http://www.joel-jegouzo.com/article-vivons-nous-desormais-dans-un-monde-sans-utopie-105722430-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Déchiffrer le corps avec Jean-Jacques Courtine]]></title>
        <link>http://www.joel-jegouzo.com/article-dechiffrer-le-corps-avec-jean-jacques-courtine-106135833.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span lang="FR"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;"><img height="300" width="201" src="http://img.over-blog.com/201x300/1/77/53/21/image-3/courtine.jpg" alt=
    "courtine.jpg" class="GcheTexte">Aucune légitimité disciplinaire n’est revendiquée dans l’essai de Courtine. Bien au contraire, l’auteur revendique une approche lacunaire et non circonstanciée,
    pour un objet archéologique si l’on peut dire, au sens où Foucault pouvait l’entendre, dont le discours ne serait pas encore unifié.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Courtine s’est donc mis en quête d’arpenter cet objet, le corps, saisi dans nos discours et nos images, en trajets
    approximatifs, entre histoire et anthropologie, philosophie et littérature. Un livre écrit "avec" Foucault, plutôt que construit rigoureusement, un livre librement cheminé, de ceux que l’on aime
    puisqu’ils ne sont au fond qu’un pari, de ceux du reste qu’un Foucault aimait se poser.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Le corps comme un texte donc, à déchiffrer. Un texte cauchemardesque aux yeux de Courtine, qui n’a cessé de se dérober bien
    qu’il se soit affirmé comme un objet écrit bien avant que d’être une matière. Imprimé de l’histoire humaine, mais que l’histoire aurait fini par ruiner, de l’âge classique à l’époque
    contemporaine, en l’enfermant dans une histoire des corps, non DU corps. Histoire moins des corps au demeurant, que des regards qui scrutaient ces corps, celui des médecins en tout premier lieu,
    qui allèrent jusqu’à chercher à lire les passions de l’âme dans les traits des visages, pour faire du corps humain un corps de foire.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Les premières émergences du corps comme objet de discours furent, on le voit, pas des plus heureuses… Le corps vint ensuite
    frapper à la porte des sciences humaines, qui ne surent d’abord pas trop comment le saisir… Si bien que son discours resta longtemps en friche, en suspens, au point que pour Courtine, le corps
    est finalement une invention théorique récente, qui trouve ses origines dans ce XXème siècle si troublé. Avant, l’âme était le centre de la scène discursive. Et le corps relevait toujours de la
    médecine et des sciences de la nature, les philosophies l’ayant largement évacué de leur sphère.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">L’avènement du corps comme objet de savoir ne daterait ainsi décisivement que du tournant du siècle précédent !
    Merleau-Ponty en avança le premier l’idée, qui dut en chercher trace dans les poubelles des laboratoires de médecine, le corps n’y apparaissant que sous la forme d’un morceau de matière ou un
    faisceau de mécanismes. A son idée, il aura fallu attendre l’invention de la psychanalyse pour voir surgir enfin un peu de chair autour, et l’invention théorique du corps. Husserl, avec son
    chiasme tactile, et Marcel Mauss en furent les précurseurs, tandis que ce même Merleau-Ponty, tout avisé qu’il fût, continuait obstinément de voir dans le corps l’incarnation de la conscience,
    poursuivant là une lecture très chrétienne du corps.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Mais malgré Husserl, malgré Mauss et Merleau-Ponty, affirme Courtine, cette naissance resta inachevée : le corps demeura
    recouvert jusque dans les années 60, 70, ne trouvant pas d’interstice où se loger, coincé qu’il était entre le marxisme, la psychanalyse et la linguistique. Seules les années 70 permirent son
    irruption, grâce au fabuleux mouvement de libération des femmes et leur slogan qui devait tout changer : "notre corps nous appartient". La lutte des femmes et des minorités sexuelles donc, pour
    épouser enfin la cause d’un corps que l’on aurait cessé d’enfermer dans les poubelles de l’histoire savante. Les femmes et les minorités sexuelles qui ouvrirent un débat décisif quant à
    l’invention du corps dans les sciences humaines. Un débat qui plus est politique, ainsi que le comprit très tôt Foucault　: le Pouvoir fut exposé dans sa vraie lumière dans les corps mêmes. Il
    n’était plus permis d’en appréhender la question uniquement sous les espèces des techniques de domination, il fallait en éprouver la densité dans le corps des individus. Surface d’inscription,
    lieu de dissociation du moi, le corps devint alors une sorte de volume en perpétuel effritement.</span>
  </p>
  <p>
    <span lang="FR"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">&nbsp;</span></span><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span lang="FR">Déchiffrer le corps. Penser avec Foucault, de Jean-Jacques Courtine, éd. Jérôme Million, novembre 2011, 268 pages, 19 €, ean : 978-2-84137-275-1</span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Fri, 01 Jun 2012 05:34:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">893f288ce5614a60e093e56af822086f</guid>
                <category>essais</category>        <comments>http://www.joel-jegouzo.com/article-dechiffrer-le-corps-avec-jean-jacques-courtine-106135833-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Coetzee : écrire le corps, sa fatigue...]]></title>
        <link>http://www.joel-jegouzo.com/article-coetzee-ecrire-le-corps-sa-fatigue-105722477.html</link>        <description><![CDATA[<p style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-size: 12pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><img height="458" width="300" src=
    "http://idata.over-blog.com/1/77/53/21/coetzee.jpg" class="GcheTexte">Avec <strong style="mso-bidi-font-weight: normal;"><em style="mso-bidi-font-style: normal;">Disgrâce</em></strong>, on
    devinait un Coetzee à l’étroit dans sa narration. Et pas uniquement parce que le sujet l’embarquait sur les lisières d’une langue exténuée. L’exténuation était profonde, rejoignant les thèmes
    affrontés, celui du vieillissement en particulier. Or voici que dans ce <strong style="mso-bidi-font-weight: normal;"><em style="mso-bidi-font-style: normal;">Journal</em></strong>, le même thème
    revient, plus insistant, plus obsédant, empoignant le statut de l’auteur jusqu’à voir dans la forme physique la condition même de l’exercice narratif.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-size: 12pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Qui sait
    ce que l’art peut devoir au solde d’une force physique déclinante&nbsp;? Coetzee ne cesse d’en sonder la profondeur, jusque dans le régime auctorial qui fonde cette réflexion, à douter de sa
    propre autorité quand déjà le texte - ces trois portées offertes à notre lecture unique -, se brouille et nous dévoile l’ampleur de l’incertitude qui l'assigne.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-size: 12pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Le
    personnage dont il est question ici, vieillit. Se sent vieillir plus qu’il&nbsp;ne vieillit vraiment - car au bout d’un moment, on ne vieillit plus&nbsp;: on est vieux.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-size: 12pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Son
    éditeur lui a passé commande, mais il besogne son travail, poursuivi avec trop de métier. Il peut écrire pourtant sur les sujets de son choix, des réflexions graves ou précieuses mais malade, sa
    méditation n’ose affronter ce qui monte en lui. Jusqu’au jour où il croise une jeune voisine aux formes généreuses. Elle ne fait rien, il lui propose de devenir sa secrétaire. Elle accepte. Il
    lui dicte ses pensées, qu’elle enregistre et retranscrit. Des opinions. Tranchées. Trop sans doute, comme ce texte injuste sur Machiavel. Des opinions sur ce qui ne va pas dans le monde, mais
    rien de décisif sur lui, qui ne va plus au monde.</span></span></span>
  </p>
  <p class="MsoBodyText" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Sur la page éditée, Coetzee reporte&nbsp;: les opinions, son journal et le récit de ces journées passées
    auprès d'Anya, la secrétaire. Les strates s’accumulent avant de se répondre et de s’interpénétrer bientôt. C’est que le vieil homme ne fait pas que penser le monde depuis son expérience
    passée&nbsp;: il recommence à le vivre, observant jour après jour cette Anya qui l’émoustille. Elle voit bien ce qu’il regarde en elle, dont elle aime lui offrir le spectacle. Jusqu’à ce long
    texte sur la pédophilie qu’elle doit retranscrire, ambigu au possible et qui la fait réagir. Il fantasme sur elle et si elle l’accepte volontiers, pour autant, elle ne supporte pas la
    complaisance de sa rhétorique. Mais c’est aussi qu’elle le voit comme un vieux, penché sur elle. Moins libidineux toutefois que sans défense, lige d’un corps éreinté.</span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-size: 12pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Alors
    d’un coup la narration embraye. Sur cette question de déshonneur que le vieil homme soulève. Anya se met à raconter, à faire le récit de sa propre expérience du déshonneur, qu’il rapporte dans
    son journal et l’on se surprend, lecteur, à se laisser aller à cette lecture, laissant en plan les autres strates du texte pour suivre le fil d’un récit enfin «juste». Ça y est, Coetzee a trouvé
    le ressort.</span></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-size: 12pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Le second
    journal s’ouvre sur ce protocole compassionnel qui peu à peu se met en place. Entre lui et elle, entre le texte et son lecteur. Pure rhétorique&nbsp;? Peut-être pas.</span></span></span>
  </p>
  <p class="MsoBodyText" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Il s’ouvre dans la vêture de la tombe qui se profile, cet Autre monde froid, gris et sans éclat des grecs,
    que Coetzee a peur de faire sien. Le journal devient plus intime. Sous le texte «Du vieillir», il raconte comment notre vieil homme a effleuré un jour de ses lèvres la peau douce d’Anya, avant
    qu’ils ne tombent l’un dans les bras de l’autre pour une étreinte chaste. Ultime consolation&nbsp;? Non. Car il y a cette force de Coetzee à affronter l’obscénité de la mort du désir. Tout l’art
    du roman en somme, s’engouffrant brusquement dans ce qui lui résiste.</span></span>
  </p>
  <p class="MsoBodyText" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Ajoutons à cela de superbes méditations sur ces parties du corps (les dents) dont nous faisons peu cas, comme
    si elles ne semblaient pas nous appartenir mais nous avaient simplement été confiées, alors qu’elles seules survivront à notre fin. Comme si ce qui était le plus périssable en nous, au fond,
    était vraiment nous.</span></span>
  </p>
  <p class="MsoBodyText" style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif;"><span style="font-size: 12pt;">Ou bien encore cette réflexion sur l’usage contemporain de l’anglais&nbsp;: nous allons vers une grammaire
    d’où est absente la notion de sujet grammatical. Dans l’attente, peut-être, de son orgueilleuse extinction…<br>
    <br></span></span>
  </p>
  <p style="margin: 0cm 0cm 0pt;">
    <span style="font-family: Arial; font-size: 12pt; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-bidi-font-family: 'Times New Roman';"><span style="font-size: 10pt;"><strong>Journal d’une année noire, de J.M.
    Coetzee, éd. du seuil, oct 2008, traduit de l’anglais (australien) par Catherine Lauga du Plessis, 296p, 21,80 euros, code ISBN&nbsp;: 978-2-02-096625-2</strong></span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Thu, 31 May 2012 05:29:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">beb3a1931af1f00a7d1ac3fd6ade2123</guid>
                <category>en lisant, en relisant</category>        <comments>http://www.joel-jegouzo.com/article-coetzee-ecrire-le-corps-sa-fatigue-105722477-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Qui est le Peuple de la Démocratie ?]]></title>
        <link>http://www.joel-jegouzo.com/article-qui-est-le-peuple-de-la-democratie-106008708.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span lang="FR"><span style="font-size: 12pt;"><img height="133" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x133/1/77/53/21/image-3/manif-espagne.jpg" alt="manif-espagne" class="GcheTexte">La
    révolution française avait rompu décisivement avec l’ancienne idée d’autorité, en constituant le Peuple comme seule autorité politique légitime, seul principe de légitimité politique. Mais qui
    est ce Peuple ? Où le chercher ? Du côté de la société civile, ou du côté de l’Etat ?</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">La question ne fut jamais réellement tranchée, ou plutôt, nous dit Pierre-henri Tavoillot dans son cours de philosophie, tout au long de notre histoire moderne,
    trois conceptions ont disputé cet enjeu, plaçant tour à tour l’Etat ou la société civile en position de force, avant que le libéralisme philosophique, qu’il ne faut pas confondre avec le
    néolibéralisme qui sévit aujourd’hui dans le monde, ne vienne proposer une position médiane sur la question, nécessairement décevante, mais qui s’est montrée relativement efficace pour assurer à
    nos sociétés un fonctionnement plus démocratique que par le passé.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Tous se mirent cependant d’accord sur un point : l’idée n'allait pas de soi, il fallait en construire la règle.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Les révolutionnaires de 1789 pensèrent le Peuple comme un obstacle. Pour Saint-Just par exemple, ce peuple n’était pas à la hauteur des ambitions de la nouvelle
    démocratie qui voyait le jour. Il ne pouvait l’être parce que gavé des préjugés de l’ancienne société. Il fallait donc le changer, le dissoudre, en s’appuyant certes sur son énergie, mais le
    renouveler tout de même et par la force, tant les temps révolutionnaires paraissaient comptés. Dans son entourage, on songea ainsi à rafler tous les enfants de France pour les soustraire à leurs
    milieux et les rééduquer dans les internats de la République. A terme, une génération de révolutionnaires fidèles aux idéaux de la Révolution en serait sortie. Ce pourquoi l’Instruction Publique
    devint un enjeu politique de toute première importance.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Le peuple réel conçu comme un empêchement, seules ses élites, aux commandes de l’état, pouvaient éclairer cette masse indistincte.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><img height="210" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x210/1/77/53/21/image-3/Elysee_palais.jpg" alt="Elysee palais" class="DrteTexte">Des tenants de cette
    conception étatique, sans évoquer ceux du communisme d’Etat, naîtra aussi bien un Durkheim pensant que l’Etat n’était rien moins que le cerveau de la société et que seul, sous l’impulsion de ses
    élites et autres experts, il pouvait conduire le destin de la nation…</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Le vocabulaire révolutionnaire trouva sa justification dans l’usage du mot plèbe, substitué à celui de Peuple : la plèbe était nécessairement ignorante, forcément
    violente, et habituellement versatile. Des échos de cette versatilité nous parviennent encore aujourd’hui et ont été la cause des petits arrangements pris avec le calendrier électoral, pour que
    désormais la majorité présidentielle trouve sa majorité législative et parvienne enfin à chasser le spectre de la cohabitation à la française, dans laquelle le personnel politique n’a pas voulu
    voir l’intelligence d’une réponse politique appropriée, apportée par le peuple français à une situation politique contestable.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">L’ambiguïté des volontés politiques n’aura cessé, de fait, d’exhiber ses limites quant à la volonté générale. Car si le peuple inscrit bien l’idée de volonté
    nationale, encore ne s’est-il agi bien souvent que d’un peuple sérieusement encadré… La Démocratie a pris ainsi corps sur cette ambiguïté d’un peuple tout à la fois héroïque et diabolique.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Le peuple de la Démocratie, aux yeux de la Droite comme de la Gauche républicaine, aura été essentiellement conçu comme une foule à instruire, autant au sens
    pédagogique que juridique du terme. S’il est moins question aujourd’hui de la changer cette foule, cette plèbe, ces masses plus ou moins informes, ou de la régénérer, il n’en reste pas moins que
    le thème du courage nécessaire des réformes que le pouvoir central doit savoir engager, souvent contre la nation elle-même, forcément ignorante, aura actualisé cette conception d’un peuple
    porteur des préjugés et des attentes du vieux monde. Seul François Hollande, dans sa campagne, aura situé l’enjeu du changement politique ailleurs : ce n’était pas le peuple qu’il fallait
    changer, mais sa tête. Un bon signal…</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;"><img height="255" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x255/1/77/53/21/image-3/autorite.jpg" alt="autorité" class="GcheTexte">Proudhon, lui, s’opposa
    fermement à cette conception de l’Etat seul réceptacle de la volonté générale. Pour lui et les anarchistes, seule la société civile était dépositaire de l’autorité politique. Le Peuple souverain
    devait le demeurer, il fallait dissoudre l’Etat. Personne ne devait gouverner, pas même le peuple en son nom propre. La Démocratie était à ses yeux un pouvoir carcéral, il fallait donc
    déconstruire tout pouvoir. La solution n’est pas aisée, et le modèle athénien d’aucun secours dans notre configuration…</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Il y eut donc longtemps les tenants du pouvoir de l’Etat faisant face à ceux du pouvoir de la société civile. Le libéralisme philosophique tenta d’accorder ces deux
    voies en affirmant qu’il fallait maintenir les deux instances du Peuple et de l’Etat à égale distance du pouvoir politique. Plus facile à poser théoriquement qu’à animer démocratiquement…</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Le socle libéral proposa donc de maintenir la sphère privée de la société civile et celle de l’autorité Publique à travers l’Etat conçu comme garant de la cohésion
    nationale. Doctrine de la primauté de l’individu, il fallait en conséquence limité les pouvoirs de l’Etat. Limitation en charge du Droit, instruisant du coup fortement le thème de la Justice dans
    nos sociétés modernes.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">Nous sommes les héritiers de cette conception libérale de la philosophie du droit naturel. Des héritiers en pointillé : le dernier quinquennat aura montré à quel
    point il était mauvais élève et en avait trahi les soubassements philosophiques. L’UMP est grandement en cause dans cette trahison, qui a provoqué la montée en puissance des attentes d’une
    société civile exaspérée. Nous sommes les héritiers d’une demande d’Etat plus juste et mieux fondé. Pour autant, sans doute n’avons-nous pas trouvé encore les équilibres institutionnels qui
    rendront justice de nos demandes. Equilibres qui restent à penser, et construire.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;" lang="FR">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 12pt;">L<span style="font-size: 10pt;">es métamorphoses de l’autorité, Pierre-henri Tavoillot, FREMEAUX &amp; ASSOCIES, mai 2012, 4 CD-roms, 1 livret de 8 pages, ean :
    3561302537221.</span></span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Wed, 30 May 2012 05:38:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">177739ab8635a88e48e97482fcf30847</guid>
                <category>Politique</category>        <comments>http://www.joel-jegouzo.com/article-qui-est-le-peuple-de-la-democratie-106008708-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[L’Autorité politique : qui doit gouverner ?]]></title>
        <link>http://www.joel-jegouzo.com/article-l-autorite-politique-qui-doit-gouverner-105733381.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span lang="FR"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;"><img height="193" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x193/1/77/53/21/image-3/17juin89.jpg" alt=
    "17juin89.jpg" class="GcheTexte">Pierre-henri Tavoillot, dans ses cours sur l’autorité, nous entraînait dans une passionnante genèse du concept d’autorité politique, de la Grèce à la France des
    Lumières, tout en observant que les réponses apportées sur la question par les grecs ou par Rome nourrissaient toujours, souvent pour de très paresseuses raisons, le débat politique contemporain.
    Un débat qui longtemps se résuma à l’alternative : Idéal, ou Real politik ? Platon ou Machiavel ? Deux horizons à l’intérieur desquels aujourd’hui encore nombre de nos réponses prétendent se
    déplier. Mais deux réponses intrigantes, signant la sortie de la politique. Pour Platon en effet, ce choix de l’idéal ne peut que rater le souci du politique, son idéal n’étant pensable que dans
    le cadre de l’utopie d’un monde abstrait, vivant en paix et en harmonie avec lui-même, et au sein de ce monde, tous avec chacun. L’autre grande signature de l’échec, Tavoillot la situe dans
    Machiavel, l’œuvre la plus considérable sans doute du champ de la réflexion politique. Car Machiavel annule lui aussi le politique en ignorant l‘aspiration des hommes au Bonheur. Or Machiavel mit
    fin à l’ordre politique ancien, provoqua une crise du dogme pour établir la norme moderne de l’ordre politique qui instaure comme seule autorité politique celle de la Raison d’Etat. En elle on a
    pu lire la matrice de tous les principes qui ont fondé l’action politique jusqu’à nos jours, comme la matrice de l’histoire que l’on a voulu nous imposer, qui n’était rien d’autre, à travers
    celle des élites, que l’histoire de la persévérance d’une volonté publique ordonnant autoritairement les finalités du vivre ensemble : le Prince doit maintenir l’ordre, l’état est la condition du
    salut sur la terre. <img height="300" width="181" src="http://img.over-blog.com/181x300/1/77/53/21/image-3/pv-17-juin.jpg" alt="pv-17-juin.jpg" class="DrteTexte">Face à cette réponse par trop
    inique, une seconde réponse se fit jour peu à peu dans l’histoire des hommes, identifiable sous les traits de la philosophie du Droit dit naturel. Il s‘agissait pour ce courant de pensée de
    trouver et fonder en l’homme le principe d’autorité. Contraint de répondre d’abord à la question de savoir où gisait l’essence de l’homme, nos penseurs explorèrent l’anatomie et la psychologie,
    la nature humaine et ses cultures, pour en définitive conclure qu’il n’existait que des situations et que la toute première d’entre elle était cette capacité de l’être humain à s’arracher à sa
    nature : seule la liberté importait et fondait a posteriori son essence.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">L’école du droit naturel, disparate, de Grotius à Rousseau, finit, bien avant Sartre, théoricien des situations humaines,
    par trouver un accord non quant à une définition, mais, et c’est sans doute le plus important et une avancée sans précédent dans la pensée humaine, sur une méthode de raisonnement : aucune
    fondation ancienne n’était plus pertinente. Il fallait donc faire table rase des principes anciens, déconstruire leurs soubassements et se mettre en quête d’un fondement solide : le contrat
    social, à partir duquel l’on pouvait reconstruire tout l’édifice politique. Tous finirent par se mettre d’accord sur des principes fondamentaux : liberté, égalité, sûreté, propriété, etc. Il n’y
    avait certes pas grand chose de neuf là dedans, ainsi que le fit remarquer malicieusement Spinoza, puisqu’il s’agissait tout simplement de séculariser le Décalogue et les évangiles. <img height=
    "255" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x255/1/77/53/21/image-3/autorite.jpg" alt="autorité" class="GcheTexte">Mais l’essentiel n’était pas là : il était dans le fait que cette
    sécularisation était cette fois le produit d’une réflexion individuelle, non l’héritage d’une Parole révélée, et que ce faisant, cette réflexion sanctionnait la puissance d’une autorité purement
    humaine. C’est comme cela que peu à peu s’est imposée l’idée démocratique, conçue comme l’efficacité théorique du droit naturel et non un contenu formel sur lequel engager des discussions sans
    fin. La démocratie n’était pas une réalité mais un principe, voire, mieux encore : une méthode. Le retournement était spectaculaire. Il s’affirma pleinement, politiquement, le 17 juin 1789, date
    à laquelle les Etats Généraux s’autoproclamèrent Assemblée Nationale. Le peuple constituait désormais le principe de la légitimité politique, il était cette autorité purement humaine que les
    hommes avaient tant désirée.</span>
  </p>
  <p>
    <span lang="FR"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">&nbsp;</span></span><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span lang="FR">Les métamorphoses de l’autorité, Pierre-henri Tavoillot, FREMEAUX &amp; ASSOCIES, mai 2012, 4 CD-roms, 1 livret de 8 pages, ean : 3561302537221</span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Tue, 29 May 2012 05:09:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">4ef980731f65a6ef943e383d46b35397</guid>
                <category>Politique</category>        <comments>http://www.joel-jegouzo.com/article-l-autorite-politique-qui-doit-gouverner-105733381-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Mon vieux et ma journée de solidarité...]]></title>
        <link>http://www.joel-jegouzo.com/article-projet-de-loi-dependance-et-grande-dependance-adoptez-un-vieux-105933833.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span lang="FR"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;"><img height="300" width="300" src=
    "http://img.over-blog.com/300x300/1/77/53/21/image-2/vieux-pierre-gagnon.jpg" alt="vieux-pierre-gagnon.jpg" class="GcheTexte">On se rappelle la dernière raffarinade de Raffarin :&nbsp;cette
    fameuse journée réinstaurant la Corvée en France... Le jour de la Pentecôte, précisément... Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'Esprit n'a pas traversé le crâne obtus de Raffarin ce
    jour-là...</span></span>
  </p>
  <p>
    <span lang="FR"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Mais notre narrateur ne s'en soucie pas, lui : il vient d'adopter un vieux. Moins par solidarité que par
    égoïsme. Peut-être même pas : pour voir, ou par ennui, pour&nbsp;meubler sa retraite peut-être. Pour se sentir lui-même moins seul. Il vivait jusque là sans enfants, sans parents proches. Le
    vieux s’appelle Léo. Il a 99 ans. De légers troubles cognitifs. Du coup le narrateur a entrepris quelques travaux chez lui, pour l’accueillir. On n’imagine pas ce que cela implique : la salle de
    bain devient la pièce principale et la chambre, beaucoup trop grande –les vieux sont agoraphobes- doit être raccourcie. La baignoire remontée, les WC aussi, les marches rabaissées. Et puis il y a
    le problème de la nourriture : Léo ne peut plus mastiquer. Ensuite, un vieux c’est comme un bébé : ça occupe tout votre temps. Un bébé enthousiaste mais lent, qui peut demeurer des heures
    entières dans le salon sans bouger. Infatigable. A ne rien observer. Ou bien appelant pour satisfaire des envies cocasses. Aujourd’hui Léo veut un coffre. Un petit coffre en bois. Quand on le lui
    offre, il pleure : le coffre est vide. Il faut le remplir. De n’importe quoi. Tout lui convient. Au fond, Léo n’est pas difficile à vivre. Il s’occupe de petits rituels désuets. C’est même plus
    apaisant qu’un bocal de poissons rouges. Léo vit du reste comme eux, au présent. Un tout petit présent sans étendue réelle. Le narrateur, ça lui rappelle son père, quand ce dernier l’emmenait à
    la cathédrale le mardi pour écouter de la musique et, peut-être, y apprendre à mourir. Mais apprend-on cela ? Chacun fait de son mieux. Un jour après une chute malencontreuse, Léo devient encore
    plus vieux. Il oublie tout, s’étouffe, oublie encore le peu de consignes données. Une comptine l’arrête, sortie du fonds des âges, qu’il fredonne toute la journée. Tous les jours. Toutes les
    nuits. Car il se lève la nuit à présent, urine partout, oublie l’emplacement de sa chambre, s’endort dans le couloir. Peu à peu la vie le quitte. On voit bien ça. La maladie, la fatigue, qui le
    charrient vers le grand nulle part. A l’observer, le narrateur croit devoir comprendre que vivre, c’est ne jamais cesser d’abandonner ceux qu’on aime. Puis tout s’est déglingué. Il faut répéter,
    Léo ne comprend plus. Il faut parler de plus en plus fort, mimer, surveiller sans relâche Léo. Leur onzième mois de vie commune arrive. Le narrateur remet Léo au centre où il l’a trouvé. Voilà.
    Dans l’impuissance de savoir lui offrir une meilleure place. Les vieux semblent n’être "praticables" qu’en tant qu’ils ne sont pas trop vieux encore. Après, personne ne sait qu’en
    faire.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span lang="FR"><span style="font-family: Arial;">&nbsp;</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: Arial;">&nbsp;</span><strong>Mon vieux et moi, Pierre Gagnon, éditions Autrement, coll. Littératures, sept. 2010, 88 pages, 9 euros, EAN : 978-2-7467-1436-6.</strong>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Mon, 28 May 2012 05:03:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">c3cfab2fe2ef578c0fb0e137d5f47587</guid>
                <category>en lisant, en relisant</category>        <comments>http://www.joel-jegouzo.com/article-projet-de-loi-dependance-et-grande-dependance-adoptez-un-vieux-105933833-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Correspondance de Paul Léautaud]]></title>
        <link>http://www.joel-jegouzo.com/article-correspondance-de-paul-leautaud-105771417.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span lang="FR"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;"><img height="300" width="176" src="http://img.over-blog.com/176x300/1/77/53/21/image-3/leautaud.jpg" alt=
    "leautaud.jpg" class="GcheTexte">Rendu célèbre par hasard dans les années cinquante, Paul Léautaud passa sa vie à écrire beaucoup, en toute liberté, et publier peu. Cet écrivain en effet,
    insolite à bien des égards par son indifférence à toute célébrité, refusait ou différait la plupart du temps la publication de ses manuscrits. Il nous laissa tout de même son <em>Journal
    Littéraire</em> et cette correspondance en deux volumes, habitée par la même générosité.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Et quelques romans…, ajouterions-nous presque à regret qu’on les ait oubliés, pour les abandonner dans dieu sait quelle
    coulisse du monde des lettres. Ecrivain rare, Léautaud rejoignait là une avant-garde secrète dont on a perdu depuis longtemps les traces, de Lichtenberg à Derul. Des "dissidents", oserait-on si
    le mot n’était galvaudé et surtout si connoté historiquement. De vrais séditieux donc, posant à la Littérature des questions réellement embarrassantes, comme celle du problème de la communication
    entre l’écrivain et son public, par exemple. Ou bien encore celle du renouvellement de l’acte littéraire, dans ces déplacements auxquels ils opéraient, de l’œuvre romanesque au journal
    intime.</span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Léautaud, en qui on s’est complu à ne voir que l’égotisme forcené et qui passait pour une sorte d’anti-démocrate cynique,
    ce qu'il était plus ou moins il est vrai, bien que sans grande conviction politique, nous livre ici, dans cette "épatante" correspondance, selon l’expression de Paulhan, un autre visage. Celui
    d’un solitaire voluptueux et sensuel, que scandalise la souffrance mutique des hommes et la chimère d’un monde impatient de tuerie. Le pur bonheur d’écrire d'un homme de Lettres&nbsp;qui, à force
    de pratiquer les mauvaises gens de son monde, a fini par s’attacher aux textes.</span>
  </p>
  <p>
    &nbsp;
  </p>
  <p>
    <span lang="FR">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <strong>Correspondance de Paul Léautaud, tome 1, recueillie par Marie Dormoy, préface de Philippe Delerm, 10-18, coll. Domaine français, juin 2001, 668p, ISBN : 226403226X.</strong>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sun, 27 May 2012 05:26:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">9d48a24aa1c590c0fd54c41e768ea89e</guid>
                <category>en lisant, en relisant</category>        <comments>http://www.joel-jegouzo.com/article-correspondance-de-paul-leautaud-105771417-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[James A. Hetley, Le Royaume de l’été et le réalisme magique]]></title>
        <link>http://www.joel-jegouzo.com/article-james-a-hetley-le-royaume-de-l-ete-et-le-realisme-magique-105778485.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span lang="FR"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;"><img height="300" width="175" src="http://img.over-blog.com/175x300/1/77/53/21/image-3/ete.jpg" alt=
    "ete.jpg" class="GcheTexte">Maureen est paumée. Comment ne pas l’être dans un monde schizoïde où un gosse peut se fournir en crack mais dont la Loi ne tolère pas qu’il achète du tabac ? Du reste,
    elle a vraiment de quoi l’être ce soir d’hiver dans le Maine : elle vient de tirer plusieurs balles sur un simulacre sans jamais l’atteindre, tandis qu’un chevalier surgi de nulle part lui
    affirme être Arthur Pendragon et prétend qu’elle est l’héritière d’un monde caché. Bien que rejeton d’une famille d’ivrognes opiniâtres, il y a de quoi laisser pantois ! D’autant que ce Brian
    Arthur Pendragon lui annonce sans rire qu’elle possède des gênes qui en font l’enjeu d’une quête meurtrière au royaume des fées ! Et qu’enfin, un gnome est à sa poursuite, pour l’engrosser… Foutu
    monde que celui qu’elle découvre, celui les Anciens, un peuple du Nord de l’Europe dont elle saisit qu’ils sont un rameau oublié, entre Neandertal et Homo sapiens. Un rameau stérile donc, voué à
    la disparition, à moins que… Eh oui, lui révèle Brian : à moins qu’elle ne se dévoue, car elle seule n’est pas stérile et peut sauver sa race !</span><br>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Tout bascule donc. Maureen passe malgré elle de l’autre côté du miroir, dans le Royaume de l’été. Dans notre monde rôdait
    la folie. Dans celui de l’été rôde la mort. La voici livrée au gnome Dougal comme un vulgaire appât, par Sean, le jumeau de Brian ! Encore une famille qui ne fonctionne pas… La chasse commence :
    Brian se lance sur les traces de Dougal, accompagné de David, le petit copain de la sœur jumelle de Maureen, elle aussi sur les talons de sa frangine, sans se douter que quelque part dans la
    forêt est tapie une autre sœurette, bien mauvaise celle-là, Fiona, sister de Brian…</span><br>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Quel imbroglio de gémellités rancunières ! Dieu, il ne fait pas bon se balader dans les contes de fées ! David l’apprend à
    ses dépens. Ce gentil en effet, n’y fait pas le poids : la terre l’avale ou plutôt, le voilà offert à la terre pour l’engraisser de son sang et la régénérer. Des églantiers font racine de son
    corps. Le monde de l’autre côté du monde pue vraiment : c’est du sang, de la haine à l’état pur, le viol, l’inceste, c’est ça la réalité</span><br>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">des contes, il serait temps d’écarquiller les yeux ! Car tandis que l’ombre moqueuse du monde enchanté ravaude ses nasses
    barbares, tandis que David n’en finit pas de se dissoudre en offrande atroce, Maureen cède par calcul à l’étreinte du gnome, qui l’engrosse avant qu’elle ne l’explose.</span><br>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">Dans la forêt de Pendragon, on est proie ou prédateur. Il n’existe pas de voie médiane. Aussi Maureen s’éveille prédatrice,
    brusquement épanouie à sa magie camouflée. Le sang appelle le sang, la forêt se transforme en un vaste charnier où seuls les paranoïaques parviennent à dénombrer leurs ennemis. Elle soumet tout
    ce qui bouge. Reste à sauver Brian. Seul un charme vigoureux peut l’arracher aux pattes de Fiona. Maureen le sait, le sent, le renifle entre ses cuisses si longtemps fermées aux hommes, et pour
    cause ! Au terme de sa quête, la voilà enceinte de jumeaux nés de pères ennemis : Dougal et Brian. Maureen a vaincu le sortilège, mais à quel prix ? Folle,</span> <span style=
    "font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">certes elle ne l’est plus. Elle sait désormais parler aux arbres… Car on peut vraiment leur parler. L’humanité ne s’en est pas privée
    du reste, tout comme des sacrifices humains pour nourrir son destin. C’est autour de cette symbolique millénaire que le roman se construit : le sang, le sperme, les humeurs du corps, la terre
    atavique et la forêt enfin, être plein par excellence de nos égarements dévastateurs.</span><br>
    <span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">L’hiver dans le Maine fleurit en fin de compte d’étranges rêveries bordées de frayeurs, que les protagonistes de ce drame
    ancestral relèvent dans une langue familière, celle du monde auquel nous appartenons. Dans ce roman, l’espace narratif oscille sans cesse entre le banal et le sublime. Le monde se courbe au gré
    de nos fantaisies en empruntant ses formes aux univers des esprits balbutiants. Et dans ce monde de rôdeurs urbains privés de toute conscience, nul doute que le réalisme magique ne soit, en
    réalité, notre vrai site existentiel.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span lang="FR">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span lang="FR">James A. Hetley, Le Royaume de l’été, éd. Mnémos, 376p., nov 2004, 21,5 euros,</span>
  </p>
  <p>
    Le Royaume de l’été, éd. Gallimard, avril 2008, coll. SF, 501 pages, ISBN-13: 978-2070346943.
  </p>]]></description>
        <pubDate>Sat, 26 May 2012 05:19:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">89cd0b2ff120c8b98ee75ddab5420af7</guid>
                <category>en lisant, en relisant</category>        <comments>http://www.joel-jegouzo.com/article-james-a-hetley-le-royaume-de-l-ete-et-le-realisme-magique-105778485-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
      <item>
        <title><![CDATA[Qu’est-ce que l’autorité ?]]></title>
        <link>http://www.joel-jegouzo.com/article-qu-est-ce-que-l-autorite-105721642.html</link>        <description><![CDATA[<p>
    <span lang="FR"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;"><img height="255" width="300" src="http://img.over-blog.com/300x255/1/77/53/21/image-3/autorite.jpg" alt=
    "autorite.jpg" class="GcheTexte">Superbe leçon de philosophie donnée par Pierre-Henri Tavoillot sur le sujet, évidemment politique, mais appréhendé toutefois ici bien au-delà de ce seul horizon,
    tant cette question, ces dernières années, aura traversé de part en part nos sociétés. Alors crise, ou fin de l’autorité ? Ebranlée dans la famille, à l’école, dans la cité, cette déploration
    aura été si systématique qu’on en viendrait presque à douter de sa fin tant annoncée. Pierre-Henri Tavoillot s’y refuse en tout cas, préférant parler des métamorphoses de l’autorité, pour mieux
    nous donner à en saisir les enjeux aujourd’hui. Et bien évidemment, pour l’évoquer, ne pouvant faire l’économie d’en tracer la genèse, il nous offre au passage une belle leçon d’histoire
    philosophique, scrutant les textes fondateurs pour nous aider à en comprendre les nuances.</span></span>
  </p>
  <p>
    <span style="font-size: 10pt;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">L’autorité n’est donc pas le pouvoir. Les philosophes de l’Antiquité n’ont cessé de le
    démontrer, ce dont l’autoritarisme des petits chefs n’a jamais pris acte dans la pratique de leur pouvoir, dépourvu de toute aura d’autorité. Mais alors, qu’est-ce qui fonde l’autorité ? Celle du
    sage par exemple, si éloigné de tout pouvoir sur les hommes ? Le retour au latin permet ici d’en mieux saisir le sens : l’autorité c’est ce qui, littéralement, augmente, un pouvoir ou un
    argument. Mais d’où peut bien venir cette augmentation ? Traditionnellement, de trois sources : le cosmos, le sacré et le passé. Commençons au fond par le passé, qui faisait il n’y a pas si
    longtemps encore autorité. Nietzsche en installe la figure : la tradition, c’était ce qui s’imposait de soi-même et n’avait besoin d’aucune justification, s’affirmant comme une évidence sans
    question, ni critique. On le voit bien à relire Nietzsche : la crise de l’autorité que nous connaissons vient de ce que ces trois références ne fonctionnent plus de manière aussi évidente dans
    nos sociétés. Car ce qui fait autorité de nos jours, n’est ni le passé, ni le cosmos ou un quelconque référent transcendant de la nature, ni moins encore le sacré, mais le savoir et l’expertise
    scientifique. Les hommes, en mettant pareillement en avant leur science, ont ainsi voulu s’affranchir de toute référence extérieure, pour fonder en l’humain seul la possibilité de l’autorité.
    L’homme ne s’autorisant que de lui-même. C’est bien joli, mais à considérer la science dans sa démarche même, ce que l’on observe, c’est qu’elle ne fonctionne qu’à la critique et l’autocritique,
    c’est-à-dire au doute, cartésien si l’on veut, avec ce&nbsp;résultat qu’en définitive, elle ne peut nous donner confiance en elle. Karl Popper, le grand philosophe de la logique scientifique, en
    avait rajusté l’ambition : le but de la science c’est de falsifier, non d’atteindre une quelconque vérité. La seule certitude, en science, porte sur le faux. L’ordre du savoir n’est en aucun cas
    l’ordre de la Vérité. La science, ainsi, se trouve incapable de fonder l’autorité. Et ni nos savants, ni nos prétendus experts n’ont apporté le moindre démenti à ce constat. Et l’homme
    contemporain de s’en trouver fort marri, lui qui a fait sienne cette devise de Hobbes, selon laquelle "c’est l’autorité, non la vérité, qui fait la loi"… Une loi d’autorité qu’il est alors allé
    chercher, par exemple et pour ce qu’il en va de son rapport à la cité, dans le charisme de l’homme d’état… Une notion bien confuse, dont nul n’a jamais vraiment su ce qu’elle recouvrait, sinon
    qu’acceptable dans sa traduction américaine de <em>leader</em>, elle ne l’était plus du tout dans sa traduction allemande de <em>Führer</em>… Et Pierre-Henri Tavoillot de nous donner à comprendre
    qu’il y a là un vrai problème pour les citoyens que nous sommes, désemparés de ne pouvoir s’en remettre qu’à des autorités de façade. Voire ambivalentes, comme celle construite autour de la
    figure des victimes dans nos sociétés compassionnelles sans grandes solidarités continues, érigeant l’identité victimaire en autorité au vrai bien délicate à identifier, et à tout le moins, aussi
    obscure que celle déployée dans la figure du charisme…</span></span>
  </p>
  <p>
    <span lang="FR"><span style="font-size: 10pt;"><span style="font-family: arial,helvetica,sans-serif; font-size: 12pt;">&nbsp;</span></span></span><span style="font-size: 12pt;">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span lang="FR">&nbsp;</span>
  </p>
  <p>
    <span lang="FR">Les métamorphoses de l’autorité, Pierre-henri Tavoillot, FREMEAUX &amp; ASSOCIES, mai 2012, 4 CD-roms, 1 livret de 8 pages, ean : 3561302537221.</span>
  </p>]]></description>
        <pubDate>Fri, 25 May 2012 05:47:00 +0200</pubDate>        <guid isPermaLink="false">38629e1b1941d95d1a30e918627d8a6e</guid>
                <category>essais</category>        <comments>http://www.joel-jegouzo.com/article-qu-est-ce-que-l-autorite-105721642-comments.html#anchorComment</comments>                    </item>
  
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