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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 06:00

lire-1-.jpgLévinas, dans ses lectures talmudiques, affirmait ceci : "Un amateur, pourvu qu’il soit attentif aux idées, peut tirer, même d’une approche superficielle de textes difficiles (…) des suggestions essentielles pour sa vie intellectuelle sur des questions qui inquiètent l’homme de toutes les époques (…)."

Ô l’impatience du concept… Qu’est-ce que lire, qui serait ne pas tenter de conformer sa lecture à l’exigence supposée de clarté de l’esprit français, par exemple ?

Mais ne vous souciez pas tout d’abord de savoir formuler quoi que ce soit à ce sujet, tout comme à celui du livre que vous venez de lire : vous aurez bien le temps, d’arriver à l’expression.

Il faut en attendant poursuivre au creux de sa propre solitude le dialogue que tout texte inaugure, ce chemin épars : lire. Et ne pas s’inquiéter d’une quelconque mesure, ne pas réduire le texte à la mesure d’un même que l’on aurait bâti à la hâte pour le reporter autant de fois qu’il paraîtrait nécessaire à l’achèvement du texte que l’on prétend découvrir…

Le dire borde le Même et l’Autre. Une ligne de crête disons, où s’accomplit leur rapport sous la forme d’une tension que rien ne peut jamais résorber. Et sans doute est-ce le propre du langage, son ironie, que d’être porteur tout à la fois de la continuité et du vide, de la clarté et de l’obscurité. Ainsi le langage chiffre-t-il plutôt qu’il ne déchiffre, la parole ne consistant, derrière son chiffre, qu’à porter sans cesse secours au signe émis.

Il ne faudrait alors s’inquiéter que d’une chose : de n’être pas, ou plus, de n’être jamais assez l’exégète curieux, attentif, de ses propres lectures. Car "Quand la voix de l’exégète s’est tue, le texte retourne à son immobilité", écrit encore Lévinas. Et ce texte qui n’est plus engendré par aucune lecture personnelle redevient étranger.

Certes, on aimerait savoir, à l’avance, confisquer l’aventure, ne jamais s’y risquer. Mais on ne sait pas. Il faut simplement gagner non pas une quelconque transparence du texte à lui-même, ni moins encore l’évidence d’être parvenu au commun de sa langue, mais l'événement d’un sens dont le fil est fragile et ne relie qu’à force d’obstination au souci qu’on lui porte.

La connaissance d’un texte se préserve des choses de l’Esprit à juste raison, et pour la préserver mieux encore, il reste le désintéressement, la cavalcade des approximations circonspectes, le pardon qu’il faudrait à chaque ligne de lecture s’accorder de si mal comprendre ce pour quoi un texte est fait.

Et ce sera de toute façon encore un acte de connaissance que de risquer ce dialogue inintelligible. Quelque chose comme l’énigme de la rencontre d’autrui, que rien ne garantit à l’avance, et qui a quelque chose à voir avec l’énigme de la rencontre de la sensation et du sens. Rencontre et non réconciliation, puisque rien ne doit a priori garantir sa réussite : la rencontre est devant, non derrière. --joël jégouzo--.

 

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22 janvier 2012 7 22 /01 /janvier /2012 06:21

L’Autre, celui que je ne comprends pas, qui m’oblige à inventer un parler, à l’inventer avec lui et non dans quelque géniale solitude qui me serait propre. A l’inventer comme le trait de notre génie, dans l’échange que nous tentons. Et cela tout en sachant que face à lui, ce qui est énoncé peut ne l’être que dans un lieu incertain : on parle dans une relation. Et tout cela tout en sachant que toute rencontre est une formidable aventure. Celle de l’enfant sur le seuil de sa chambre. Ou comme peut l’être le désir. C’est peut-être la même chose au fond. Quand le désir d’échanger avec l’autre s’énonce depuis ce fonds de tendresse qui nous relie les uns aux autres et nous incline à filer à nouveau vers l’enfance ouvrir quelque porte dérobée.

Non. Ce n’est jamais cela. Il faut recommencer, tout reprendre du début, changer de ton peut-être. La chambre d’enfant. Ici l’étang, là le chemin. Ici la forme d’un ciel quelconque, le bord d’un sentier montagneux, le souvenir d’une petite école perchée sur la colline et puis de grands orages d’été. L’enfant ramasse tout ce qu’il trouve sur son chemin : des cailloux, des plumes d’oiseaux, des petits bouts de bois qu’il recèle dans le commandement de sa chambre. Et de la chambre à son seuil il n’y a ni route ni sentier, seulement ces instants d’éternité qu’il dessine et pourchasse de ses gestes. Une Chorégraphie qui porte trace de toute son histoire chargée à tout moment sur ses épaules. Voire du chemin qui s’ouvre, celui qu’il lui faut parcourir pour aller à l’Autre sans se perdre.

L’autre… Y aller ?

La nuit, les étoiles inventent des cartes où ses regards se perdent.

Aller à l’autre et risquer de se perdre dans les confins du couloir, au seuil où l’être s’égare avant de réussir à se retrouver pour recouvrer enfin sa singularité et la force d’y tenir.

Dans la petite rivière qui court sans hâte entre les champs, l’enfant prétend nager : il se tient droit la tête hors de l’eau, le gros orteil de son pied gauche malicieusement posé sur le lit caillouteux. C’est décrire un rythme que d’affirmer cela. Aller à l’autre sans se perdre soi-même est une question de rythme sans doute, comme l’est le fait de lire, quand le souci de ne pas troubler les rythmes de l’autre motive un tact tout particulier, à l’écoute de cette respiration grâce à quoi une parole est proférée.

Sur le rebord des mots. Assis. Ex-sistere : assis au dehors, sur le seuil de sa maison. De son être. Exister, qui est aussi apprendre une langue étrangère que l’on ne sait jamais pouvoir parler partout. (Le langage des groupes est toujours un langage blessé, quand il n’est pas blessant).

L’enfant nage, étend les mains à l’horizontale. Au fond de la rivière parfois il marche comme un somnambule, avant de remonter à la surface de l’eau, pousser des épaules contre le courant, ses pieds cherchant un appui sur l’arête déconcertante de cette masse liquide. Plus tard il apprendra à jeter des cailloux qui troueront les vagues. Et longtemps il croira qu’il suffit d’étendre les bras pour recouvrer le monde.

La chambre de l’enfant balance entre le monde du sens et le monde de la valeur. Elle est une mémoire, matériellement, physiquement disponible, apte à tous les montages, au déploiement défiant tous les modèles, mathématique du foisonnant, l’adresse de l’absolu qui déborde du sens que l’enfant brave, protège, expérimente, la vraie présence de l’Origine à sa parole balbutiante, dans le défi d’exister, présent à soi-même, la chambre s’éveillant à lui-même, lui-même éveillé, prodigieusement. –joël jégouzo--

 

deux dessins de Emile Cohl (1857-1938), cinéaste français : Frantasmagorie (1908)

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 06:03

uburoi.jpgFaire et défaire le roi, tels auront été les battements de l’invention démocratique à la française. Faire et défaire le roi. Car nous savions que la politique était empreinte de malhonnêteté. De duplicité. Que cette duplicité lui était consubstantielle. Nous savions que le Pouvoir était de l’ordre de l’enfant-roi devenu un faux adulte. Voyez Nicolas, écoutez-le, regardez-le : enfant-roi accroché à ses désirs, qui ne se rend même plus compte que seule sa toute puissance momentanée (disposer du pouvoir) permet de le conserver comme être du désir. Petite machine précaire. Limitée. Dont la trahison est le vrai moteur, dont la trahison est l’inconscient même.

Faire et défaire le Roi. Pour rompre avec la duplicité de la philosophie politique telle que nous l’avons héritée de Hobbes, où l’unité se faisait sous le couvert de l’illusion et de la nécessité.

Mais il est temps, peut-être, de passer à une autre adresse. D’en finir avec cet assujettissement aux discours de domination au sein desquels, dans le pacte qui nous était proposé, la hauteur était la bassesse. Bassesse du renoncement. Comme de parvenir à nous faire accepter l’idée que pour donner de la profondeur morale à la machinerie politique, il fallait commencer par déposer beaucoup et se désister au profit d’un tiers tout-puissant ! Celle de parvenir à nous faire accepter l’idée de la main invisible façonnant le Marché. Celle de parvenir à nous faire croire que ce modèle produisait de l’être commun.

Il faut préférer l’illusion lyrique de la révolte au réalisme politique du renoncement.

Et de la même façon, cesser de croire que le savoir peut occuper la position du Maître dans les démocraties modernes.

Le lieu de la souveraineté ne peut être occupé. Le Prince n’est pas le Pouvoir. Le Marché n’est pas le Pouvoir. Le lieu de la volonté générale doit toujours resté vacant. De cette vacance du Peuple, hoï polloï que l’on ne peut envisager que comme un lieu d’errance et non identitairement clos.

Il faut donc cesser de croire aux vertus apaisantes du théâtre politique, voire même à cette catharsis selon laquelle la démocratie serait une conjuration symbolique du totalitarisme –qui ne fait que nous livrer à la tyrannie de l’enfant-roi. --joël jégouzo--.

 

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 08:00

le_radeau_de_la_meduse1.jpg"Dans une campagne électorale, chaque candidat parle au nom de tous. Est gagnant celui qui a trouvé la petite astuce langagière de la totalité symbolique", explique Benny Lévy dans son essai Le Meurtre du pasteur, critique de la vision politique du monde.

Il ne faut plus croire à ce "nous" que l’on profère ici et là dans le champ du discours politique. Le "nous", en démocratie, est régalien. Mais on ne peut dire "nous" dans un système politique qui ne respecte pas ses propres principes. Il ne peut y avoir de cohésion, il ne peut y avoir de peuple là où le pouvoir a perdu toute substance symbolique. Il faut de même rompre avec la logique auto-référentielle du Souverain qui déploie la truculence d’un Nous mensonger pour mieux le subsumer sous la confiscation éhontée du Bien Commun. Il faut rompre avec cette logique qui récuse l’idée d’auto-organisation de la société. Nous ne comptons pour rien dans les Affaires de l’Etat : ce dernier n’est plus identique à la société civile, pas même à la société politique. Il faut penser, au contraire, l’hétéronomie du Principe souverain et admettre que l’unité d’un état réellement démocratique ne peut être que celle d’un sommet contingent labile. Un sommet labile, nécessairement. Mais d’une labilité qui serait articulée par une alternance plus mature que celle du "faire et défaire le roi". La conception de la démocratie est nécessairement liée à une ontologie de la liberté. Qui n’existe qu’en actes. Simples, individuels, mais qui ne peuvent se déployer que dans l’espace commun.

Le monde n’est ni vide ni absurde, nous ne sommes pas des vagabonds de la faim, ni des hommes refusés qui devraient déléguer à la nature la responsabilité d’écrire leur projet de vie. Il faut changer d’optique, reconstruire autrement le sens commun, décrire le monde à la lumière de la logique du sensible qui rend les choses perceptibles dans leurs articulations internes. Ne plus subir la pathologie du politique contemporain, qui se traduit par un Etat qui protège les vies dans un certain ordre hiérarchique. Quelles sont en effet les grandes options de la société française ? Nous ? Non : une préférence accordée à certaines vies aux détriments d’autres (chômeurs, précaires, immigrés, morts de la rue, etc.). Si bien que la seule possibilité pour en sortir aujourd’hui, tant qu’à parler de Nous, c’est de parler d’eux et se porter aux côtés de ceux dont l’existence même contredit l‘idéologie néo-libérale et son "Nous" péremptoire. C’est de leur côté, du côté des minorités morales que se dessine notre salut. --joël jégouzo--.

 

Benny Lévy, Le Meurtre du pasteur, critique de la vision politique du monde, Le livre de Poche, Collection : Biblio Essais, 25 août 2004, 318 pages, ISBN-13: 978-225313090.

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19 janvier 2012 4 19 /01 /janvier /2012 08:50

Leviathan.jpgDans son essai sur le politique (Le Meurtre du pasteur, critique de la vision politique du monde), Benny Lévy pointait les mensonges constitutifs du discours politique, tentant entre autre de nous faire croire que dans l’espace public qu’il traçait, il n’existait pas de différence entre la circonférence (où l’immense majorité des citoyens se tient), et le centre (le stricte périmètre du pouvoir étatique). Un mensonge proféré au nom du Bien Commun, nous convaincant qu’il faut à tout prix réduire la "masse" au centre, réduire le tout des diversités importunes à l’universel abstrait. Une opération modélisée à la faveur de la raison, la réduction du multiple à l’un se faisant d’autant mieux accepter que la science en schématisait le recours, nécessaire, logique, primordial, constituant ainsi le discours politique en mathématique du pathétique. Ce pathétique qui, peut-être, constitue justement la force négative qui traverse souterrainement le bien-fondé du discours politique. Une force négative qui n’enseigne rien, mais contraint et nous commande de céder aux injonctions les plus ahurissantes de la nécessité politique.

A concevoir la cité comme dialogue, nous avons ainsi oublié que ce dialogue était biaisé. A trop cherché à le soustraire aux "mauvais débats", au mauvais accord, aux mauvais contradicteurs, nous avons gommé l’essentiel de ce qui forme notre vie, la conditionne, l’anime.

Seule demeurait une échappatoire, depuis Socrate et Platon du reste, répétée de siècle en siècle avec la plus parfaite mauvaise foi : celle du Mythe, réinscrivant cette parole politique si succincte dans son propre horizon, comme pour assurer la présence de l’Origine dans la parole moderne.

Il faudrait aujourd’hui convoquer de nouveau cette parole, ses soubassements philosophiques du moins, changer de conception : celle-là ne nous vaudra plus rien de bon… Pour affirmer que dans le défi d’exister, c’est d’être présent à soi-même qui importe. Non pas délégué. Non plus que dans une présence qui serait antérieure à soi-même, et comme inscrite déjà par avance en nous et qu’il faudrait éveiller, au sens où un Platon le concevait, dressant devant chaque un la nécessité de prendre langue, ou des leçons, d’un éveilleur soigneusement situé dans une position d’extériorité à soi. Le philosophe pour Platon. Chargé de tirer l’immense majorité de ses semblables du sommeil qui les écourte. Mais nous n’avons pas besoin d’un Maître pour nous éveiller.

Nous avons commencé de nous révolter et d’affirmer que le dialogue politique n’était pas un dialogue, qu’il était essentiellement démoniaque, au sens cette fois où les grecs l’entendaient -mais pourquoi pas, au sens quelconque du terme aussi bien : un dialogue qui cherche l’embarras, qui cherche à embarrasser la raison, qui cherche à nuire et ne produire aucune clarté intellectuelle, existentielle, mais au contraire, qui cherche à produire de l’embarras, à couper son interlocuteur de cette nécessité d’exister que j’évoquais plus haut : l’empêcher d’être présent à soi-même.

Nous avons commencé d’affirmer que le discours politique est la mort même, la mort dans l’âme, la mort de l’âme… Et que son arrête rationnelle n’est qu’un déversoir : aucune nécessité logique ne peut relayer la nécessité de vivre.

benny.jpgDepuis Platon, nous avons célébré les noces du politique et du philosophique. Mais aujourd’hui nous avons commencé de brouiller ces deux là, pour contraindre par exemple la philosophie à obliger le politique à redescendre "auprès des prisonniers". Pour contraindre le monarque à assumer sa vraie grandeur : pour être roi, il faut haïr le pouvoir. Cela seul est la noblesse de l’homme du service de l’Etat.

Nous avons commencé de lui rappeler, à ce monarque d’un autre âge, que gouverner, ce n’était pas viser le trouble Bien Commun si souvent défini frauduleusement à force de manipulations de toutes sortes, mais l’approcher au plus près du souci de justice de l’enfant.

La politique n’est pas une science : c’est une sagesse. Au sens métaphysique du terme. Une sagesse au cœur de laquelle le logos n’a aucune autorité (il en a si peu déjà sur ses propres apories)…

Nous avons commencé de raccrocher le politique à une définition métaphysique : retrouver le souci de justice de l’enfant. Car nous savons qu’aucune politique ne peut se fonder sur le meurtre de ce souci. Sur le meurtre de l’enfant.

Car nous savons que le vrai problème de la politique, c’est la tyrannie. C’est l’Homme de Pouvoir, distant, enfermé dans ses prétendues hauteurs. Parce que nous savons que la politique doit venir s’asseoir auprès de chacun, à tout instant. Etre sensible à chaque "un". Il nous faut rompre à présent avec la duplicité de la philosophie politique telle que nous l’avons héritée de Hobbes, où l’unité se fait sous le couvert de l’illusion et de la nécessité.

N’y croyons plus ! bannissons cet intégrisme de nos vies politiques ! Car le scandale de cet intégrisme, c’est qu’il nous assujettit à un discours de domination. –joël jégouzo--.

 

Benny Lévy, Le Meurtre du pasteur, critique de la vision politique du monde, Le livre de Poche, Collection : Biblio Essais, 25 août 2004, 318 pages, ISBN-13: 978-225313090.

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18 janvier 2012 3 18 /01 /janvier /2012 06:20

japon-fukushima-radioactiviteFukushima, révolutions arabes, chômage, paupérisation, AAA et crises financières… le monde craque et l’amalgame est abusif. Voire…

 

La centrale de Fukushima nous explosant à la figure dans le pays champion toute catégorie de la technologie. Le plus fiable. Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima : trois désastres de l’ère nucléaire ponctuant une histoire vide de sens, vide de résolutions. En France, nos centrales : les plus sûres du monde. Quand une simple défaillance suffirait à provoquer le pire, comme ce fut le cas dans la centrale la plus sûre du monde, celle de Three Mile Island, en Pennsylvanie, quand l'accident débuta un mercredi 28 mars sur le réacteur numéro 2 : une simple défaillance de l'alimentation en eau des générateurs de vapeur. Les systèmes automatiques de sécurité arrêtèrent la réaction nucléaire du réacteur et déclenchèrent les pompes de secours, qui restèrent malheureusement inopérantes : une vanne avait été laissée ouverte par erreur. Lisez la Centrale, ce roman-récit paru aux éditions P.O.L., vous comprendrez pourquoi le pire arrive toujours dans le nucléaire, qu’il soit japonais, américain ou français. Ce n’est qu’une question de temps. Three Mile Island, où à propos de temps on attendit six ans pour mesurer l'ampleur des dégâts. Sans en tirer la moindre leçon au niveau international : Tchernobyl ensuite. Le réacteur numéro 4 de la centrale, en service depuis 1983, explosa le 26 avril 1986 à 01h23. La conception du réacteur à eau bouillante le plus sûr du monde était défaillante, et les opérateurs n’avaient pas respecté les consignes de sécurité, désactivant les systèmes de secours. En quelques secondes, un pic de puissance dépassa de plus de 100 fois la puissance normale du réacteur. Les pastilles d'uranium explosèrent sous l'effet de la chaleur. la déflagration souleva la dalle supérieure du réacteur, d'un poids de 2.000 tonnes. Le cœur du réacteur en fusion était désormais à l'air libre.
Fukushima. Un séisme de magnitude 9, le plus fort jamais enregistré au Japon. Relayé par un tsunami. Le séisme coupa l'alimentation électrique externe de la centrale et de ses six réacteurs, la privant de son système de refroidissement principal. Le système de secours se déclencha, mais le raz-de-marée le stoppa. Les réacteurs 1, 2 et 3, continuèrent de chauffer. L'accumulation d'hydrogène provoqua des explosions, comme à Three Mile Island.

Longtemps les autorités mentirent au Peuple japonais. Comme les autorités américaines avaient menti aux peuples américains et les autorités russes aux russes. N’hésitant jamais à mettre en danger leurs populations. Une tradition politique. Car on retrouve partout ce même mépris des populations et des peuples, qui témoigne de ce que partout, les principes démocratiques ont reflué. A commencer par chez nous, dans les démocraties européennes et cette UE subornée au pouvoir des banques.

eurodictature-strategie-lumps-L-O8xh NCar l’Union Européenne EST un régime politique, et l’un des pires, celui que les faucons américains nous envient, laboratoire du plus fabuleux rapt des valeurs démocratiques modernes qui soit. Un régime néo-libéral autoritaire, articulé par le mépris des classes dirigeantes à l’égard des peuples européens. Pour exemple : les grecs n’ont pas eu droit à leur référendum, les italiens ont vu s’accomplir le règne des experts. Ce que les gouvernances européennes révèlent n’est rien d’autre que la main mise d’une oligarchie au service du seul objectif qui lui importe : la promotion de la liberté des marchés financiers. Quitte à mettre à genoux les populations concernées, à jeter dans la misère des millions de familles. Les démocraties européennes sont ainsi l’expression la plus tragique de la structure oligarchique du monde néo-libéral. Voyez la farce des consultations bafouées, anticipée par la bouffonnerie de médias stipendiés.

Les Peuples sont en danger politiquement : l’UE est le symbole même de l’affaiblissement volontaire du politique. Voyez la Grèce, voyez l’Italie, voyez la France. Voyez comment sont prises les décisions. Partout en Europe on peut observer la montée en puissance d’un ordre fondamentalement ennemi de toute démocratie. Voyez la Hongrie. L’obsession néo-libérale des dirigeants européens, en imposant aux Etats la discipline des marchés financiers, n’a rien fait d’autre que de les enfermer dans une logique de tutelle. Un calcul machiavélique qui permet aux spéculateurs de ne jamais cesser de s’enrichir. Mais qui jette dans la misère des millions d’européens. Voyez les chiffres de l’INSEE, du Secours Populaire, du Secours catholique. Voyez les plans d’austérité se multiplier. Les dirigeants européens ne peuvent plus masquer la réalité de cette Europe. Ce faisant, ils nous rappellent opportunément que cette Europe qu’ils ont voulue, eux et non nous, n’aura jamais était une histoire des Peuples européens : l’Europe aura toujours été l’affaire des Etats, une construction anti-démocratique par excellence, dont les peuples sont aujourd’hui les prisonniers.

ravagesLes Prisonniers et les victimes. Appelées à s’entretuer. Voyez les ravages de cette flambée de racisme et de xénophobie qui traverse l’Europe. Voyez le travail de sape des fondements de la société française accompli par le gouvernement en place, sanctionnant l’immonde réussite de cinq années de règne sarkozien. Cinq années de décisions aveugles, haineuses, perpétrées contre les populations vivant sur leur sol national, françaises ou non. A commencer par les très français Rroms. Une liste déjà longue de nos compatriotes Rroms tués ici et là comme par inadvertance. Rappelez-vous le 17 septembre 2008, ce gendarme acquitté après avoir tiré sept fois sur un Rrom qui tentait de s’enfuir de sa brigade, mains et pieds entravés ! Tant d’autres depuis. Et tant d’autres vilenies. les dates s’accumulent, les dommages, perpétrés déjà ou qui ne tarderont pas à l’être, comme ceux qu’il sera impossible d’imputer à l’article 37 quater de la Loi Loppsi 2 prévoyant d’étendre aux citoyens volontaires la réserve civile de la police, ouvrant, mine de rien, la voie à la création de milices légales en France … Demain tous armés contre tous. Voyez la soudaine explosion des actes racistes commis à l’égard des français d’origine maghrébine. Un compte sauvage, l’annonce d’une déferlante brune à vomir. Voyez les législations fleurir d’interdits : Interdit de Stationner dans les villes. Interdit de mendier. Dans son rapport de janvier 2011, Human Rigths Watch stigmatisait une situation particulièrement dégradée en Europe, avec la complicité des chancelleries, qui ne s’étaient préoccupées que de mettre au point une stratégie de communication visant à masquer leur inaction aux yeux de leurs opinions publiques, voire à dissimuler l’aide objective qu’elles apportaient aux gouvernements les plus répressifs. Rappelez-vous l’étonnement joué de Nicolas Sarkozy sur la situation du Peuple Tunisien, l’avion de Mam assorti de sa volonté d’aider le clan Ben Ali à parfaire sa répression, voire le silence devant le détournement éhonté de sommes importantes allouées par l’UE aux ONG tunisiennes. Des sommes qui filaient sur les comptes de Ben Ali dans la plus parfaite transparence si l’on peut dire, aucune chancellerie européenne n’y trouvant à redire…

fildeferC’est ça la Merkozy… Un camp qui ferme ses portes, condamne les peuples à la misère et noie les désespérés. Comme ces derniers héros à faire face à la dérive sécuritaire de l’Europe : les Harragas. Un phénomène qui n’a cessé de prendre de l’ampleur depuis trois ans, bien qu’à l’échelle de ce qu’est l’immigration, il demeure confidentiel. Confidentiel, mais tragique : entre 1988 et 2010, 15 638 immigrés sont morts aux frontières de l’Europe. 6 566 d’entre eux ont disparu en mer. Les Harragas. Littéralement, ceux qui brûlent, lancé à l’assaut de la forteresse européenne. Des algériens souvent. Diplômés. Sans espoir chez eux. Sans issue : le 29 juillet 2009, des dizaines de jeunes algériens, désespérés, se mutilèrent et s’aspergèrent d’essence. Partir ou mourir. L’essai de Virginie Lydie sur ce sujet est édifiant, lourd de notre silence face au désespoir de la jeunesse maghrébine, lourd de la complicité des autorités gouvernementales des deux côtés de la Méditerranée. Changer de vie, à tout prix, comment pourrions-nous ne pas l’entendre ? Leur révolte est hallucinante. Il faut lire l’essai de Virginie Lydie pour mesurer de quoi il retourne avec ce phénomène des harragas, qui ne peut pas ne pas nous interpeller : le lieu de leur désespoir est celui-là même qui fonde ici nos indignations. 

Mais l’Europe de Merkozy s’en fiche et continue d’avancer à reculons derrière son masque de fer vers cette Europe de chemises brunes qui défile en faisceaux de peurs fétides. La vie est urgente, urgente la révolte, s’exclame Abdellatif Laâbi, vigie méticuleuse des Peuples opprimés, asphyxiés sous les décombres des Pouvoirs funéraires. Qu’on relise cette poésie forte, brutale, résiliant la torture, dénonçant les fêtes macabres, l’air vicié des pouvoirs qui trône sur les gradins des foules grotesques. La vie est urgente quand on nous assassine, partout à la surface de la planète, européens, américains, africains, asiatiques... --joël jégouzo--

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 06:58

indignes-copie-1.jpgLa notion moderne de démocratie ne trouve pas son origine, contrairement à ce que l’on ne cesse de nous faire croire, dans l’imaginaire que l’on s’est construit de l’Agora de la Grèce Antique, favorisant l’émergence de la cité conçue comme dialogue. Le moment grec au demeurant, sous l’impulsion de Socrate et de Platon, avait pas mal verrouillé les conditions de ce dialogue en lui imposant une hauteur conceptuelle destinée certes à le soustraire au mauvais accord entre les interlocuteurs, mais surtout, raréfiant à ce point les intervention qu’il en réduisait le nombre à la part congrue des seules paroles candidates à l’appréciation politique, rapetissant de fait le discours public aux seules visées capables de clore ce prétendu dialogue en rabattant la masse sur le centre, en réduisant la diversité des vies à l’illusion de l’universalité.

Pas davantage trouve-t-elle ses origines dans le moment romain qui prétendait accomplir l’universalité laïque.

L’idée d’un gouvernement représentatif relève en fait du passé colonial britannique qui articula très tôt une conception aristocratique de la volonté commune. La conception européenne en hérita, s’affirmant elle aussi comme une conception disjonctive de la représentation nationale, avec en son sommet une prétendue élite seule capable de diriger le destin de la Nation, un gouvernement des hommes en outre compatible avec une vision fondamentalement inégalitaire des civilisations –la bonne conscience coloniale l’ayant massivement attesté jusqu’à nos jours, autant à Droite qu’à Gauche. Si bien que le déficit démocratique que l’on croit pouvoir dénoncer dans le monde d’aujourd’hui n’est pas, ainsi qu’on l’affirme à l’envi, un trait spécifique des régimes arabes contemporains, mais bel et bien, d’abord, celui des démocraties occidentales.

Au cœur de cette conception politique inégalitaire qui fut l’œuvre des élites, le thème démocratique s’est vu intégré dans un corpus philosophique d’inspiration essentiellement libérale, élaboré au XIXème siècle au sein d’institutions comme les universités et les académies des sciences morales et politiques. Ordre monétaire et économique, paix sociale en étaient les grandes composantes. Au cœur de cette édifice, son pouls le plus intime, la garantie d’une croissance illimitée favorisant le déploiement de l’ordre monétaire et économique. La croissance, objet central de la politique des démocraties avancées. L’obsession libérale d’imposer aux Etats une discipline est liée à cette croyance en une croissance illimitée tombant jour après jour comme une manne du ciel des marchés. Mais les marchés n’ont jamais été providentiels. Et la financiarisation des économies relève du crime d’Etat, tout comme l’idéologie de la méritocratie n’est qu’une fumisterie intellectuelle dissimulant mal l’idéologie de l’arrangement qui est la vraie nature du néo-libéralisme contemporain. --joël jégouzo--.

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 06:56

AAA.jpgLe verdict est tombé. On l’attendait depuis des semaines. La France perd son triple A. Avec pour conséquence non seulement un poids plus grand d’une dette qui n’est pas la nôtre, mais l’aggravation du déficit démocratique qui caractérise l’abominable entrée dans ce XXIème siècle décidément pourri.

Demain on nous répétera que le marché reste le moyen le plus efficace pour réguler la vie sociale. Un président en exercice viendra nous l’expliquer, appelant au sacrifice, de la Nation en fait, puisque l'idée de décider démocratiquement sous quelles lois nous voulons vivre est devenue déraisonnable. Sarkozy nous resservira la nécessité d’approfondir les réformes comme l’unique moyen de nous en sortir. Il faudra alléger davantage le service public, le privatiser au motif de l'efficacité et des économies à faire.

Demain on nous conseillera de confier la santé, l’éducation, la collecte des impôts, la sécurité à des sociétés privées. On nous demandera de nous délester de ce qu’il reste de l’Administration Publique pour nous offrir un nouvel A.

Demain, nous devrons substituer aux règles de gouvernement public les règles du management privé. Concevoir l'État, ses assemblées représentatives, ses pouvoirs exécutifs, législatifs, comme des établissements soumis au principe d'efficacité des entreprises – et les détacher définitivement du principe de justice qui définissait l’État démocratique…

Il faudra vider les assemblées élues au suffrage universel de leurs substances pour adopter ce nouveau type de gouvernance au sein duquel les techniciens de la Finance, seuls, auront leur mot à dire.

Détruire l’Ordre Public, déconstruire la République. Calquer la gouvernance nationale sur la gouvernance européenne, enfin délestée de la pesanteur du suffrage universel. Abattre l'État politique au profit de l'État technique.

Demain il faudra en finir avec la souveraineté du Peuple. Il faudra soumettre davantage la Constitution aux exigences de cette construction technocratique (voir l’inscription dans la Constitution de la règle d’équilibre budgétaire). Et ne pas sourire de voir des parlementaires fantoches déchirer au coup de sifflet présidentiel le contrat social. De toute façon le peuple est déjà si peu souverain quand la politique se réduit à des dispositions techniques au service du fonctionnement de la machine financière et de la prétendue régulation de l'économie de marché…

Demain nous n’aurons qu’un seul maître : la Finance. Il faut donc parachever le processus de transformation des démocraties en oligarchies et pour cela, ce n’est pas le Mammouth qu’il faut dégraisser, mais les droits politiques fondamentaux des citoyens qu’il faut lessiver, au kärcher sans doute… --joël jégouzo--.

 

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 06:41

van-dyck.jpgAnton Van Dyck

Douce fierté des coeurs, grâce noble des choses,
Qui brillent dans les yeux, les velours et les bois ;
Beau langage élevé du maintien et des poses
Héréditaire orgueil des femmes et des rois !

Tu triomphes, Van Dyck, prince des gestes calmes,
Dans tous les êtres beaux qui vont bientôt mourir,
Dans toute belle main qui sait encor s'ouvrir...
Sans s'en douter, qu'importe, elle te tend les palmes !

Halte de cavaliers sous les pins, près des flots
Calmes comme eux, comme eux bien proches des sanglots ;
Enfants royaux déjà magnifiques et graves,
Vêtements résignés, chapeaux à plumes braves,
Et bijoux en qui pleure, onde à travers les flammes,
L'amertume des pleurs dont sont pleines les âmes,
Trop hautaines pour les laisser monter aux yeux ;
Et toi par-dessus tous, promeneur précieux
En chemise bleu pâle, une main à la hanche,
Dans l'autre un fruit feuillu détaché de la branche,
Je rêve sans comprendre à ton geste et tes yeux :
Debout mais reposé dans cet obscur asile
Duc de Richmond, ô jeune sage ! - ou charmant fou ? -
Je te reviens toujours... -. Un saphir à ton cou
A des feux aussi doux que ton regard tranquille.

 

 

 

image : Van Dyck, Dédale et icare...

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 06:11

voyelles.jpgLes sciences humaines ont ainsi arraché Proust au silence, à l’indifférence, voire au mépris ou l’hostilité qui entouraient son œuvre jusque là.
De 45 à 70 en effet, leur montée en puissance (sous la poussée du paradigme linguistique), n’a cessé d’accompagner la découverte ou la redécouverte d’œuvres dites ensuite majeures, l’accord autour de leur notoriété prouvant en retour le bien-fondé du procédé interprétatif mis en place.
Au point qu’il est permis de se poser la question de savoir si, au fond, cette montée en puissance ne visait pas d’abord à affirmer un objet nouveau -celui de l’intellectuel français et de ses lieux de vénération : dans la librairie française, le rayon noble est désormais celui des sciences humaines (et non plus celui de la poésie)…
La réception de l’œuvre de Proust, quant à elle, aura été en fait à géométrie variable, même après sa sanctification par les sciences humaines. Tout comme celle d’autres œuvres saisies dans cette période et subissant les mêmes réductions, ainsi de celle de Gombrowicz.
La question de fond reste donc aujourd’hui entière : comment lit-on une œuvre littéraire ? Qu’est-ce qui est lu dans un roman ? Voire : c’est quoi, le lisible d’un texte ? Quand donc un livre doit-il nous tomber des mains ? Et quant à l'oeuvre de Proust, on peut aussi s'interroger sur ce Proust deleuzien qui n'est peut-être plus celui de la madeleine, voire du baiser volé à la mère. Mais en définitive, pourquoi ne tenterions-nous pas, aujourd’hui, d’établir des relations de significations entre toutes les séries possibles de réception d’une œuvre littéraire ?
joël jégouzo--.

Images : manuscrit de Rimbaud, Voyelles…

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