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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 04:15

 

 

noexitNicolas Sarkozy n’aime pas le vin. Il lui préfère le Coca ligth. Il n’aime pas le fromage non plus. Ça pue. Il lui préfère les bonbons. Son dégoût du bon goût est sans borne. Sans complexe. Sa grammaire ? Approximative. Celle d’un parvenu sans gêne. Qui aime l’argent. La hausse du pouvoir d’achat était son cri de ralliement. Le pouvoir d’achat a dégringolé comme jamais sous son quinquennat. Et alors ? Les français ont parié sur lui en 2007. Ils ont perdu. L’outrance, l’exhibitionnisme, le mensonge auront été sa marque de fabrique présidentielle. Sans parler de l’arrogance, de la vulgarité, de la violence. Un vrai numéro de cirque à lui tout seul. N’était qu’il a ruiné la France : quand il est arrivé au pouvoir, l’économie française était en plein essor. N’était qu’il l’a divisée.

Sarko aspirait à la grandeur, affirme Philip Gourevitch, observateur étranger du barnum politico-médiatique français. Il y aspirait parce qu’il était petit, poursuit-il. Non par la taille : par la morale. Par la pensée. N’y accédant pas, il nous a servi ce mauvais soap opéra que Gourevitch décrit et commente par le menu, nous ouvrant grand les confidences des plus proches conseillers du boss. Un boss sans vergogne, impitoyable dans sa quête du pouvoir, autrocrate. La droite extrême ? C’est lui, n’en doutez pas. Un stratège hors norme dit-on, n’hésitant pas à user de la brutalité la plus féroce, de la mauvaise foi la plus extrême. Un impulsif. Un homme sans idéologie. Un homme sans convictions. Un homme décevant, juge-t-il. Qui n’aura jamais été qu’un bateleur de campagne, pas un président. Un chef qui ne savait pas gouverner. Mais qui voulait le pouvoir. Comme un gamin convoite le jouet du voisin. Sans trop savoir ce qu’il allait en faire au juste. Il voulait juste être adulé. Un homme dont on apprend que les guerres le rendaient euphorique. Qu’il en redemandait, l’œil rivé sur les sondages d’opinion –c’est bon pour moi coco ? Un homme qui aimait l’importance que la guerre lui donnait. Un homme de guéguerre donc, plus efficace comme candidat que comme président. Voilà ce que la droite s’est choisie. Elle méritait mieux.

L’ouvrage glisse ensuite volontiers sur une interprétation du phénomène Sarkozy qui en laissera plus d’un meurtri : Gourevitch voit dans la présidence Sarkozy le symptôme de la désillusion des français sur leur compte. La France était devenu un petit pays. Un petit président lui allait bien.

Avec au fil des pages l’humiliation qui monte, de voir égrenés les scandales qui ont ponctué cette présidence et qui n’ont jamais fait scandale… Comme si toute morale citoyenne avait définitivement déserté le périmètre républicain, l’immunité jusqu’au dégoût…

  

 

No Exit, de Philip Gourevitch, éd. Allia, traduit de l’anglais par Violaine Huisman, avril 2012, 94 apges, 3,10 euros, ean: 9782844855701.

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6 avril 2012 5 06 /04 /avril /2012 04:19

vivelacrise.jpg"Vive la crise!" On se rappelle Laurent Joffrin accompagnant Yves Montang aux réjouissances de l’ex-deuxième droite (on l'espère vivement, François, qu'elle ressortisse au passé!) affublée de son nez rose (l’expression est de Jean-Pierre Garnier, 1986). On se rappelle Joffrin en pédagogue Simplicissimus, voulant réconcilier les français avec la Finance, invitant toute l’éditocratie issue de 68 à se mettre au service du Pouvoir Politique. Une histoire navrante, mais dont il ne faudrait pas oublier qu’elle est notre histoire commune, celle d’une déconvenue tragique, concomitante de l’invention du pouvoir politico-médiatique en France, concomitante de la construction d’une cléricature médiatique qui n’allait plus lâcher les jugulaires du pouvoir jusqu’à aujourd’hui et consacrer, réjouie, la fin du contre-pouvoir de la Presse. Libé en tête donc, avec July convertissant Libé en canard régimaire. De ce même July, Fontenelle nous rappelle l’édito du 22 février 84, titrant sans rire "Vive la crise!", invitant à renoncer au socialisme et se livrant à la surenchère des formules publicitaires pour tenter de convaincre ces idiots de français (décidément) que l’Etat-Providence, c’était has been… On se rappelle qu’il s’agissait déjà de nous faire avaler la pilule du marché, July nous encourageant non pas à changer la vie, mais à changer de vie. July toujours, claironnant dans son éditorial vertigineux qu’il fallait "faire des citoyens assistés des citoyens entrepreneurs"… On a bien lu : "assistés"… Non pas sous la plume de Sarko, mais de Serge July... "Assistés"… On a vu ce que cela a donné, trente ans plus tard… Reprenez l’article et dans la foulée, lisez celui de Joffrin lui emboîtant servilement le pas pour nous expliquer, toujours sans rire, que les socialistes de l’époque ne s’étaient pas brisés sur le mur de l’argent mais celui de la réalité : les lois du marché, auxquelles il fallait se soumettre… Joffrin raillant leur mot d’ordre, galvaudé à ses yeux, et assurant que si la vie était bien  "ailleurs", c'était ailleurs que dans "le fort délabré de l’Etat-Providence", et qu’elle ne pouvait sourdre que dans l’initiative privée…

C’était l’époque bénie où toute l’élite politico-médiatique s’entendait à faire de la lutte des classes une lutte de pique-assiettes ! C’était l’époque où Libé pouvait tirer à boulet rouge contre la grève des postiers de Toulouse, qualifiés "d’égoïstes" ! C’était l’époque où pour Joffrin le salariat se vautrait dans l’hideux spectre de la revendication corporatiste… L’époque où ce même Joffrin, toute honte bue, n’hésitait pas à dire que le travail au noir était "utile" face aux trop grandes rigidités du Droit français du travail… Faut-il poursuivre cette lecture ad nauseam ? Trente ans plus tard, Sarko trouva à s’inscrire dans cette continuité, en digne héritier de Joffrin ! Avec cette différence que lui, Sarko, a su restaurer la lutte des classes, mais pour la mettre au service des plus riches, en une série d’agressions sociales sans précédent dans l’histoire de la République française. Une offensive d’une extrême brutalité, faisant sauter en quelques semaines, en 2007, tous les verrous qui empêchaient les inégalités de se creuser trop visiblement. Bouclier fiscal en tête. Affaiblissement du droit de grève en second front, avec pour solde l’indigence pour tous les retraités et l’on en passe, tant l’homme s’était mis en tête de finir pour de bon le travail de casse de l’Etat-Providence qu’un Joffrin appelait de tout son cœur…

C’est cela que nous rappelle Fontenelle : le sarkozysme de gouvernement est l’achèvement de trente années de renoncement. Trente années d’un pouvoir construit sans vergogne par la presse française, tous bords confondus. Trente années au cours desquels nos intellectuels se sont réjouis de voir la France enfin libérée de la tutelle de Marx. Trente années de glorification du syndrome Attali, expert en tout, compétent en rien, cynique et impudent, de droite comme de gauche, parangon d’opportunisme, voyez : il vient de se faire le partisan farouche de l’augmentation de la TVA et de la baisse des transferts sociaux ! Plus sarkozyste, tu meurs… Alors après la grande rupture avec le socialisme, qui fut largement à l’origine de nos défaites, de notre ruine et de notre anéantissement, avec quoi faut-il renoncer, aujourd’hui, pour qu’un vrai changement ait lieu ?

 

Vive la crise, Sébastien Fontenelle, édition du seuil, mars 2012, 184 pages, 14,50 euros, isbn : 9782021057713.

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 04:58

vive-la-crise.jpg"Ou l’art de répéter dans les médias qu’il est urgent de réformer (enfin) ce pays de feignants et d’assistés qui vit (vraiment) au-dessus de ses moyens"…

"Vive la crise"… Dans son dernier essai, Sébastien Fontenelle n’y va pas avec le dos de la cuillère. La Crise ? Depuis les années 2000, la presse dominante n’a cessé de nous en rebattre les oreilles, martelant jour après jour le même message à la teneur si indigente, ne cessant de travailler, jour après jour, à "la fabrication du consentement", selon la très pertinente formule de Noam Chomsky. Une mise en condition sans précédent de l’opinion, pour une totale soumission au dogme libéral.

La révision générale des politiques publiques, le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, la destruction de l’Administration française, de l’école française, des hôpitaux français, de la santé française, des transports français, de l’emploi français, de la Justice française, tout cela au nom de la crise, voilà qui fait beaucoup en effet, beaucoup a avaler et que nous n’aurions jamais avalé sans l’aide de médias stipendiés.

Certes, aucun doute sur le sujet, tout cela auquel ajouter les somptueux cadeaux fiscaux aux plus riches, cadeaux qui ont littéralement ruiné le pays, l’orientation éhontée de la dépense publique au service des mêmes plus riches, la confection de conditions de vie toujours plus précaires et plus difficiles pour les salariés, aucun doute, c’est bien à Nicolas Sarkozy que nous le devons, qui n’aura cessé de voler dans la poche des pauvres pendant cinq longues années.

Cela dit, il nous faut tout de même affronter notre histoire dans toute son étendue, et c’est ce à quoi se livre Fontenelle, décortiquant avec intelligence et un rien d’exaspération, la presse française qui, depuis plus de vingt ans, n’a cessé de marteler ses fumeux mots d’ordre pour nous faire avaler la pilule. De l’emploi du mot "tabou" -entendez par là tout ce qui va contre l’idéologie dominante d’exploitation éhontée des classes populaires-, jusqu’au "modèle social" estampillé pour l’occasion "français" pour mieux en dénoncer l’exception, en passant par "l’assistanat" salarié, tout y passe, d’un vocabulaire que nous n’avons cessé d‘entendre sinon de faire nôtre, au point de n’être plus jamais troublés par ses usages quotidiens pilonnés à longueur de journée par une journaille vendue à la cause néo-libérale.

La novlangue des élites est édifiante, qui a fait du progrès la désignation exactement contraire à son sens originel. Et quant aux "nécessaires réformes", elles ont fini par signer les pires reculs anti-sociaux jamais enregistrés dans l’histoire française. Des procédés langagiers dont on sait trop bien à quelle histoire les imputer. La crise ? Le mot était magique, il est devenu notre pain quotidien. Et c’est là que le bât blesse : une génération de clercs de médias s’est agrippée à ce vocable. Une génération arc-boutée sur ses privilèges, une génération, comme l’écrit si justement Fontenelle, qui s’est transformée en fan club de l’exploitation de l’homme par l’homme, depuis le Figaro, certes, mais jusqu’à Libé. Car à lire de près les articles des années 80 que Fontenelle déterre, un sentiment de nausée nous envahit sur le rôle joué dans cette funeste comédie par des acteurs sociaux issus de l’ex-gauchisme à la française, devenus des patrons de presse comme les autres. "Vive la crise", c’était précisément le titre d’un éditorial de Serge July en 1983, servant avant l’heure la soupe aux grands patrons, Laurent Joffrin en chien-chien jappant à ses côtés la même sérénade indigeste. Il faudra bien alors, tout de même, nous en poser la question si l’on veut un vrai changement. Ce n’est pas le moment, me direz-vous, de le mettre en péril par ces rappels intempestifs d’une époque révolue où la deuxième droite affublée de son nez rose, selon la moqueuse expression de Jean-Pierre Garnier (1986) accourut au service d’une classe politique convaincue que l’avenir de la France c’était l’entreprise, sinon la Finance, et non ces travailleurs qui l’avaient portée au pouvoir. Et cette histoire de l’ancrage du pouvoir médiatique dans le pouvoir politique devra elle aussi être ré-évaluée, si nous ne voulons pas d’un changement en trompe-l’œil. Le score atteint par Mélanchon dans les sondages en témoigne, qu’on aime ou non le personnage. Ce score témoigne d’une exigence plus grande qui se fait jour. Alors le changement ? Les forces sociales y sont prêtes. N’en ratons pas l’opportunité.

 

Vive la crise, Sébastien Fontenelle, édition du seuil, mars 2012, 184 pages, 14,50 euros, isbn : 9782021057713.

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 04:45

 

droits-pauvrete.jpgL’Impossible publie un long extrait d’une lettre ouverte de Nadia Mokaddem, écrite le 19 février 2012. Lettre ouverte adressée "à tous ceux qui estiment qu’avec 456 euros par mois nous parasiterions la société française". On se rappelle l’impudence du candidat sortant, proposant un referendum sur le chômage. Comme si les chômeurs étaient responsables de leur situation, quand Pôle emploi demeure en panne depuis sa création. Mutique. Ne proposant jamais rien. Sinon punir, dénoncer, fliquer. Pas le moindre stage, pas la moindre formation, pas le moindre emploi, pas le moindre remplacement. Nadia n’a pas reçu la moindre proposition de Pôle Emploi en quatre longues années de chômage. Déchirée. Epuisée. Quatre longues années sans emploi. Professeure, jadis. Avant de se voir licenciée, jetée à la rue, et puis le Rmi, et puis le Rsa. Tandis qu’elle ne baissait pas les bras, cherchait, cherchait cet emploi que Pôle emploi ne savait pas lui trouver. Rien. Pas le moindre travail à l’horizon d’une société française détruisant toujours plus d'emplois. Du travail ils ont fait table rase. Alors elle s’est reconvertie. Seule. Sans l’aide de Pôle Emploi. Il faut lire ce témoignage pour comprendre le scandale des propositions de Sarkozy. Intermittente ensuite. Et puis de nouveau plus rien. Naufragée du travailler plus. Une femme à la rue. Abîmée.

A ceux qui savent, trop nombreux, ce que c’est que la crise à répétition depuis plus de vingt ans, Nadia dédie sa Lettre. Fatiguée. Lessivée. Son balluchon de précarité sur le dos. Trop diplômée lui affirmait-on sans rire. De petits plans en petits plans. Survivre. Sans l’aide de Pôle emploi. Il faut lire son témoignage pour comprendre le scandale dans lequel nous enferme une droite qui n’a cessé de faillir. 456 euros de mina social. Et encore, obtenus à l’arrache, après des mois de galère, sans le moindre centime pour survivre le temps de remplir les dossiers administratifs, car Pôle Emploi a oublié de penser que l’on devait vivre en attendant son RSA. Une femme seule. Effondrée. Assommée sur le faux parquet d’un appartement vide : elle a tout vendu pour survivre. 40 ans. Et la CAF qui renvoie à Pôle Emploi qui renvoie à la CAF… En attendant, elle ne mange plus. Elle ne dort plus. Elle ne se chauffe plus. Novembre est terrible, janvier sera pire. Diplômée de troisième cycle. Sonder le web pour trouver un emploi qui n’existe pas. Noël. Là-bas, la fête. Il faut lire ce témoignage pour comprendre l’énormité du scandale du discours de Sarkozy ! Et toute honte bue, la vindicte de l’assistante sociale relayant les mêmes préjugés : "Quand on vient d’un milieu comme le vôtre, on ne s’obstine pas à faire un troisième cycle" !!! Un DEA de langue et civilisation allemande. L’Allemagne, le modèle cher à Sarko. Il faut lire ce témoignage pour comprendre l’insupportable de son discours ! --joël jégouzo--.

 

  

L’Impossible, n°1, février 2012, 5 euros, mensuel, 128 pages, en Kiosque depuis le 15 mars, en librairie depuis le 22 mars 2012.

http://www.limpossible.fr/001/index.php

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 07:01

 

L'impossibleL’Impossible est un journal. D’un autre genre, cela va sans dire. Un journal pour tout dire impossible, qui prétend marier la qualité à la profondeur, réinventée tout juste vingt ans après l’expérience de L’Autre Journal, qui devait tant à Deleuze.

Un journal en forme de manifeste, bien au delà de sa première livraison au demeurant, par nature, programmatique.

Un journal qui invite ses contributeurs, écrivains, personnalités de la culture, rédacteurs occasionnels, à creuser, creuser sans cesse sans jamais se défaire d’une exigence d’écriture portée à l’improbable des temps neurasthéniques que nous venons de traverser. Tout l’inverse de ce qui se pratique aujourd’hui en France, où la superficialité s'apprête d’une trivialité sans nom. Une utopie donc. Invitant à la création d’une communauté de lecteurs et d’auteurs. D’une communauté engagée dans un travail de réflexion et d’écriture sur ce qui fonde et le sens de notre vivre aujourd’hui, et les raisons d’en désespérer. Des hommes, des femmes, qui se promettraient de repenser nos droits et tous les droits, de ceux des glaciers à ceux des animaux, des minorités à ceux des citoyens de seconde zone. Des hommes, des femmes, qui ne détesteraient rien tant que la lourdeur de notre monde à simplement exister. Des hommes, des femmes, qui ne renonceraient ni à l’intime de leur vie, ni à l’universel de leur être. Des citoyens qu’une impossible jeunesse tarauderait. Ardente contre la banalité du Mal et contre le temps qui passe et ce pire qui nous dévaste, ce peu de choix qu’on nous laisse. Il s’agirait donc d’élargir l’offre des possibles aux frontières de cet impossible que de sots dirigeants nous assignent. Et en parler entre nous pour briser l’entre-nous qui nous assassine.

Les temps sont impossibles. The time is out of joint, affirmait Hamlet. C’est cela. Oui. Il faut dégonder les portes de ces temps assassins. Devenons impossibles ! Rendons-leur la vie impossible à notre tour, jamais rassasiés d’égalité, de liberté, de justice, jamais vaincus, pas du tout prêts à déposer nos possibles à leurs pieds. Qu’un secret mot d’ordre nous habite : rentrons en politique, notre destin. Ne respectons plus les puissants de ce monde, n’interrogeons plus les experts, palabrons ! --joël jégouzo--.

  

 

L’Impossible, n°1, février 2012, 5 euros, mesnuel, 128 pages, en Kiosque depuis le 15 mars, en librairie depuis le 22 mars 2012.

http://www.limpossible.fr/001/index.php

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 04:18

Les entreprises produisent quantité de biens, dont la plus grande vertu est d’entretenir l’illusion que la croissance indéfinie de la société de consommation est gage de progrès social. Mais bien évidemment, la pauvreté n’est pas éradiquée et les inégalités se creusent. Cette dégradation de la cohésion sociale provoque en retour l’aggravation de l’insécurité matérielle et psychologique : l’individu, sur lequel repose la justification de nos économies, ne parvient plus à exprimer son inquiétude que sous la forme d’un désarroi sans réponse. Et bien sûr, nous devinons tous que l’exigence de croissance indéfinie qui régit notre modernité est absurde : les ressources naturelles de la planète sont limitées, cette croissance nous conduira droit dans le mur… Un pessimisme dûment motivé, auquel s’ajoute une inquiétude plus diffuse, que nul ne parvient à identifier. Une sorte de pessimisme aliénant d’autant plus sourd que nul n'est parvenu à le thématiser. D’où vient-il donc ?
Pour Christian Comeliau, de la trop forte poussée des valeurs individuelles combinée à la dictature du marché. L’erreur du capitalisme aura été de faire du marché le fondement unique de sa philosophie et de son organisation. Ce qui aura conduit à la marchandisation de toutes les valeurs, comme celle du travail ou de la finance. Mais cette modernité est condamnée. Son histoire ne peut que se terminer mal : la menace écologique, également, pèse sur elle. Or l'on ne voit pas comment de nouvelles règles pourraient se dégager du fatras des discours qui interdisent de les penser. Un grand débat politique sur les finalités de l’économie serait, pour le coup, urgent à mener. Mais quelles pourraient être la base politique et sociale de ce débat ? Pour l'auteur, aucun doute : la base sociale est celle des plus défavorisés. Quant à la base politique, il peine à la définir. Une avant-garde sachant guider les masses opprimées dans leur choix de société ? Curieusement embarrassé en ce qui concerne le modèle économique et politique que ses idées soulèvent, son programme demeure problématique politiquement : l’avant-garde éclairée, écologique, ne peut que résonner singulièrement à nos oreilles, tout juste remises des dérives totalitaires.


Les impasses de la modernité, critique de la marchandisation du monde, Christian Comeliau, éd. Du Seuil, coll. Economie humaine, sept. 2000, 260p., 19 euros, EAN : 9782020407601.

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 04:10

Ce n’est certainement pas un exercice auquel se plie volontiers l’historien, que celui de vouloir prédire l’avenir.
E. J. Hobsbawm, le père du Court XXe siècle, s’y est livré avec tout le scrupule de sa science, au cours d’une conversation certes informelle, mais menée avec le plus grand sérieux. Et plutôt que de se hasarder à parier sur un avenir incertain, sagement, mais avec une clairvoyance surprenante, il s’est contenté de dégager les tendances structurante du siècle qui venait, inscrites dans le présent parfaitement identifiable du siècle finissant.
De tous les indicateurs retenus au cours de cet entretien, deux se dessinaient comme particulièrement fondamentaux.
Le premier tient au hiatus ouvert entre logique du développement économique et logique politique. Selon Hosbawm, la faillite du fondamentalisme du marché nécessitait l’intervention conjointe et unanime des Etats. Mais ces derniers semblaient avoir perdu leurs moyens de coercition. On assistait même à une sorte de renversement historique : l’Etat moderne, parvenu à son apogée lorsque la protestation sociale s’y institutionnalisa, ne s’imposait plus avec la même évidence. Comment, dans ces conditions, ces états si peu souverains pourraient-ils contrer efficacement cette faillite et lui proposer une sortie pertinente ?
Second indicateur fort, dont nous entrevoyons mieux aujourd’hui les contours : l’individualisme liberticide qui régit les marchés et qui ne saurait en rien convenir aux exigences de la politique internationale. A quelques années de distance, la crise financière survenue, on ne peut qu’admirer la clairvoyance de l’historien !


Les enjeux du XXIe siècle, Eric J. Hobsbawm, entretien avec Antonio Polito, traduit de l’anglais par Lydia Zaïd, éditions Complexe, coll Questions à l’Histoire, mars 2000, 200p., 14,50 euros, EAN : 978-2870278123.

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 04:00

Bhabha.jpgDans l'entretien accordé à Jonathan Rutherford autour de son concept de "Third Space", Homi Bhabha actualisait avec conviction la distinction capitale entre le concept de diversité et celui de différence culturelle, en soulignant que la notion de diversité avait pour principal effet de contenir la différence culturelle à l’intérieur d’un horizon hégémonique subsumant l’autre sous les traits du même.

Un recyclage en quelque sorte, de pseudos différences à la manière d'un musée exotisant l'autre pour ne pas en accepter l'altérité, sinon dans cette distance de l’exotique, qui la ré-enferme dans l’horizon identitaire par le biais d'un acte "civilisateur" hypocrite.

A l’opposé de cette conception d'une culture littéralement  muséographique, la notion de différence culturelle, comme voulait l'entendre Bhabha, prétend articuler des lieux de production et non de reproduction, où la culture pourrait enfin se construire en différences et non en nuances, "in the spirit of alterity or otherness". Mais bien évidemment, Bhabha soulignait dans le même temps qu’aucune culture n'était "full unto itself", non pas uniquement parce que toujours poreuse aux autres cultures qui malmènent son autorité, mais parce que, dans ses conditions de possibilités même, il n’existe pas de moment séminal qui en constituerait les origines. Toute culture est toujours, déjà, le résultat d’un processus complexe d’hybridation démentant l’idée d’une origine localisable, fermée sur elle-même.

C’est la raison de la formation, chez Homi Bhabha, du complexe de «tiers espace», qu’il substitue à la notion d’identité culturelle plénitudinaire, nous obligeant à repenser nos catégories culturelles dans l’horizon d’une problématique nouvelle, celle de la traduction, où les questions de culture se voient heureusement déplacées vers d’autres espaces intellectuels, celui de l’hybride en particulier : "[...] for me, the importance of hybridity is not to be able to trace two original moments from which the third emerges, rather hybridity to me is the 'third space' which enables new positions to emerge".

Il est donc vain, comme le pratiquent les musées, de vouloir isoler les cultures les unes des autres, tout comme il est vain, dans d’autres domaines, de vouloir séparer le propre de l’impropre. La logique de la vie sociale est celle de l’hybride. Isoler une communauté en tentant de la réduire à quelques traits spécifiques est non seulement vain, artificiel, mais coupable, car trahissant à tout le moins la volonté de confiner les cultures pour mieux exclure celles dont l’influence pourrait être jugée néfaste. Territorialiser les cultures ne trahit en fait rien d’autre qu’une volonté d’exclusion. Assigner ouvrant moins à la reconnaissance de traits de caractères culturels spécifiques, qu’à la tentation de s’accrocher becs et ongles à l’affirmation forcenée, commodes et suspectes, de l'existence d'identités culturelles.

 

Homi K. Bhabha. The Location of Culture. London/New York: Routledge, 1994.

Homi K. Bhabha. "The Third Space" in Jonathan Rutherford (ed). Identity. Londres: Hayward Gallery, 1990.

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29 mars 2012 4 29 /03 /mars /2012 04:17

bilan.jpgLa très libérale revue Alternatives Economiques a publié un volumineux dossier dans son numéro de janvier, consacré au bilan de la Présidence Sarkozy. L’heure des comptes a sonné, mais d'une sonnerie de détresse, car qu'il s'agisse d'éducation, d’emploi, de pauvreté, de sécurité ou encore des finances publiques, le moins qu’avouent les éléments les plus lucides de son propre camp, c’est que ces comptes ne sont pas bons. Mais alors, pas bons du tout… Ils sont tellement mauvais même, qu’à leurs propres yeux il faudrait être sacrément myope pour ne pas voir que la crise n’y est pour rien, ou si peu, dans ce désastre, autant moral que politique, social qu'économique. Et pour la revue, ce sont avant tout les politiques conduites depuis 2007 qui sont en cause. Des "erreurs" s’efforce-t-elle d’excuser. On voudrait bien le croire, n’était une volonté politique très sûre au contraire, qui aura par exemple joué en toute connaissance de cause du bouclier fiscal contre la Nation pour enrichir le camp de celui que des sociologues avertis ont qualifié à juste titre de Président des riches.

Il suffit au fond de lister les engagements de campagne et de les comparer aux résultats en fin de mandat pour s’en rendre compte. Le président a beau tenté de s’abriter aujourd'hui derrière la crise et les problèmes de sécurité (en faisant au passage comme s'il n'en était pas comptable après 10 ans de pouvoir !), la situation de la Nation est particulièrement dégradée : 4,8 millions de personnes inscrites à Pôle emploi (un record pour la Vème), une dette publique de près de 1 700 milliards d'euros (500 de plus qu'en 2007), sa responsabilité est totale…

Et c’est bel et bien le programme qu’il a mis en place dès le printemps 2007 qui a dégradé le pays. Il n’est pas jusqu'à la question de la sécurité qui n’y échappe : le bilan est là aussi nul, aucune amélioration n’a été constatée sur le terrain.

Aux yeux de la revue, c’est évidemment surtout en matière de finances publiques que les décisions de Nicolas Sarkozy auront été les plus pénalisantes pour la Nation. Et le numéro de constater qu’en fait, c’est le modèle social tant vilipendé par le président des riches qui a, dans les faits, permis d’amortir le choc de la crise ! Les RTT en particulier, qui ont permis aux entreprises de limiter la casse en jouant sur l’aménagement du temps de travail ! Le monde à l’envers ! Toutes les mesures prises par le chef de l’Etat ont, de ce point de vue, joué contre l’emploi : c’est l’exemple de la défiscalisation des heures supplémentaires, qui ont contribué à casser le marché de l'emploi. Le président des riches n'aura cessé de mener sa guerre contre la Nation française, renvoyant au passage l’Administration française à ses heures les plus sombres… L’Ecole ? Détruite. La Santé ? Détruite. L’Emploi ? Détruit. Ne restent que de nouvelles annonces, de nouvelles promesses et de nouveau la stigmatisation des étrangers et du monde arabe, ouvrant une béance dans les mentalités et créant les conditions d’une rupture civique si grande qu’elle est aujourd’hui lourde d’une menace atterrante.

 

Alternatives Economiques n° 309 - janvier 2012

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28 mars 2012 3 28 /03 /mars /2012 04:13

ulysse.jpgDans la quête de toute identité, Au delà serait le concept fondamental, impliquant l’idée d’un déplacement physique redoublant tout dépassement existentiel : Ulysse, figure de la Mètis. Ni trop masculin, ni trop féminin, brouillant les genres et les causes : non exclusivement grec en fin de compte, à l’arrivée de son périple, et un  temps, la mauvaise voile hissée par mégarde, ni mort ni vivant…

Soit une représentation de soi qui ne s’expose que dans ce processus de répétition qui suppose qu’il y ait de la contiguïté entre le présent et le passé, et non de la continuité (le temps du maintenant selon Walter Benjamin, qui ne peut être celui de l’ici, mais celui d’un va-et-vient spatio-temporel).

Un au delà (et non le simple «au-delà») que nous ne pourrions pas déduire de catégories apprivoisées, et que l’on ne pourrait situer que dans les discontinuités des micro-histoires (du genre de celles des minorités) – pour déjouer les fondements culturels de toutes les études sur la question, adossées par commodité au concept de culture organisée, alors qu’il nous faut digérer des mondes inégaux, asymétriques, chaotiques. Et faire en sorte que par exemple dans ce nouvel internationalisme que nous avons à fabriquer, la transition du particulier au général demeure un problème, non une transcendance.

Au delà organiserait ainsi une sorte de processus sans totalisation de l’expérience. Un inconvénient en somme. Une faiblesse.

Au delà : notre problème à nous français, par exemple, serait qu’une grande partie de notre histoire récente aurait eu lieu au delà des mers (outremer).

Au delà encore : les grandes narrations nationales n’offrent plus de références solides pour fonder des modes d’identification culturelle.

Au delà toujours, l’espace politique à l’intérieur de chaque nation est à la fois une réalité locale et transnationale.

Au delà en bref et non pas pour finir : impossible de construire une communauté enracinée dans le temps homogène et vide des discours identitaires.

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