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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 04:16

cerises.jpgIl y a dans le couvent de San Marco, à Florence, une fresque de Ghirlandaio tout à fait étonnante, qui représente la Cène, avec une table parsemée de cerises. Ghirlandaio est le seul, à ma connaissance, qui ait parsemé ainsi la Cène de cerises.

 

Intrigué, j’en ai posé la question à un historien de l’art, qui m’a affirmé qu’en fait Ghirlandaio avait fait un séjour à Lyon et que c’est dans cette région qu’il en était revenu avec l’idée de peindre ce fruit sur la table de la Cène parce que la guigne, cette cerise à chair ferme, toute petite, que l’on cultivait dans la région lyonnaise, avait pris le sens qu’on lui connaît aujourd’hui, de malchance.

J’ai cherché dans d’épais dictionnaires, mais je n’ai trouvé nulle trace confirmant cette hypothèse. Furetière par exemple, pensait que le nom de cette cerise venait d’une ville de Picardie. A ses yeux, c’était principalement dans le nom de guignon que le mot revêtait ce sens du malheur, mais au jeu de cartes, et dans une France bien postérieure à celle qu’avait pu connaître Ghirlandaio.

ghirlandaio-domenico-la-cenePour d’autres, cette cerise avait d’abord poussé en région parisienne, ce qui expliquait sa taille et son acidité : elle ne parvenait jamais vraiment à maturité.

Pour Gilles de Ménage, le mot venait d’Espagne. Dans son Dictionnaire de la langue françoise, le mot espagnol guinda est référencé comme la vraisemblable origine de notre guigne. Selon lui le vocable avait bien transité par Lyon, dans le vocabulaire des médecins, mais sous la graphie de guines, que ces médecins avaient dérivé d’un grec "vulgaire, corrompu" par le turc…

D’autres ont cherché ses origines dans le terme de guignot, qui était le présent que faisaient les parrains bourguignons à leurs filleuls le premier de l’an suivant leur année de baptême.

Le mot du reste fut utilisé par Philippe Le Bon en 1424, mais on en trouvait des traces dans les registres de la Chambre des Comptes de Dijon en 1414.

Dans le glossaire des Noëls bourguignons, il était par contre inscrit sous la forme quignes.

Pour d’autres encore, le mot semble hérité du francique wihsila, terme qui désignait nos actuelles griottes, et encore, devait-il ses transformations à son passage par l’ancien haut allemand. Mais cela n’expliquait pas le n que l’on retrouve dans les formes dialectales, romanes et provençales.

Ce qui autorisa d’autres linguistes à affirmer qu’en fait il nous venait tout droit du latin vinea, qui désignait alors un fruit ayant l’acidité du vin. Les nombreux dérivés du terme pouvaient en effet rendre assez bien compte de l’ensemble des variantes que le mot a connu.

D’autres encore affirment qu’il vient du verbe guigner (1175), recueilli du gallo-romain, venu lui-même du francique via cette fois encore le détour du haut allemand, et qui aurait aussi signifié dans l’ancien français "faire signe de l’œil à quelqu’un", et dans plusieurs dialectes "loucher", regarder à la dérobée. Mais cela, bien plus tard que l’époque de Ghirlandaio.

Tous s’accordent à dire qu’il devint rare et ne survécut que dans l’expression "s’en soucier comme d’une guigne", où la guigne, sémantiquement, rappelait le petit fruit assimilé à une quantité négligeable.

La guigne, au sens de malchance, ou de malheur, n’est arrivée semble-t-il que très tardivement dans notre vocabulaire, au XIXème siècle. "Porter la guigne", "avoir la guigne"… On se rappelait encore au tout début de ce siècle qu’on l’employait autrefois pour parler des personnes qui louchaient. A Lyon en particulier, où le mot donna naissance à Guignol, celui qui cligne de l’œil, ridicule sinon horrible. Mais c’est Baudelaire qui lui donna ses lettres de noblesse si l’on peut dire, convoquant définitivement la malchance à son chevet.

Quant aux cerises de Ghirlandaio, leur mystère reste entier…

  

 

images : la fresque en question, et un détail.

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 04:14

berceau.jpgLa transmission des inégalités est, depuis 30 ans, la norme française, sinon son exception.

7 enfants de cadres sur 10 exercent un emploi d’encadrement, quelques années après la fin de leurs études.

7 enfants d’ouvriers sur 10 occuperont toute leur vie un emploi sous-qualifié.

10% des français les plus riches concentrent 50% de la totalité des richesses connues en France. Non des richesses disponibles : ce calcul ne tient pas compte de l’argent placé dans les paradis fiscaux…

Les hauts revenus s’envolent en France et ce, depuis le début des années 2000.

La pauvreté, elle, s’étend : il y a 8 millions de pauvres en France, et ce volume croît de jour en jour.

Depuis 30 ans, l’ascenseur social est en panne en France. Mieux : les conditions de naissance déterminent plus que jamais le destin des individus.

L’école française républicaine ? Un échec. Connu. Décortiqué. Mieux : une agence de sélection destinée à produire de l’exclusion, pointée du doigt par l’OCDE pour ses mauvais résultats qui la classe dans les derniers rangs de la lutte contre les inégalités.

Un exemple ? Tout le poids de la dépense scolaire est concentré en France sur les filières prestigieuses : grandes écoles, filières élitistes des universités sélectives, classes prépas, lycée généraux d’excellence. La Nation paie très cher le coût des études de ses enfants… les plus favorisés ! Curieuse conception de la solidarité nationale…

Dans ce système les enseignements les plus fondamentaux, là où tout se joue et là où les efforts devraient être les plus importants, dans les classes maternelles et du primaire, l’OCDE observe que de tous les pays avancés, la France est celle qui dépense le moins d’argent et leur a affecté le moins de moyens humains et matériels.

Le destin des petits français est ainsi, études à l’appui, scellé très tôt, en primaire généralement.

La réalité sociale française est désormais celle du déclassement. Le parcours des jeunes d’aujourd’hui, fortement lié aux ressources économiques de leurs parents, traduit à la perfection cette réalité hallucinante.

Une réalité dont la classe politique refuse de prendre la mesure, préférant parler de crise, comme si la société était malade et qu’il fallait la soigner, psychologiquement de préférence, le morale des ménages en tour de passe-passe commode pour masquer la dynamique des politiques d’inégalités conduites jusque là.

La faillite est donc totale, en particulier de cette prétendue méritocratie républicaine qui renvoie chacun à son prétendu échec et les chômeurs à leur prétendue paresse quand le chômage de masse s’est installé en France dès le début des années 1980 !

La précarité, la pauvreté, qui sont l’empreinte de la mondialisation des échanges, a conduit à la polarisation de la structure sociale française et de son marché du travail, avec d’un côté quelques fonctions hautement qualifiés et de l’autre, l’immense réservoir des gagne-pain sous-qualifiés, rémunérés à la limite de la décence.

La société de l’intelligence, tant vantée et attendue dans les années 80, n’aura ouvert la voie qu’à la précarité de masse. C’est du reste ce que constate l’OCDE, préconisant de dépenser moins d’argent encore dans l’éducation, puisque dans leur immense majorité, les jeunes de demain n’auront besoin d’aucune formation pour survivre.

Voilà ce qu’est notre réalité politico-économique. 30 années de reproduction sociale. Une génération sacrifiée, bientôt deux. Les derniers rapports de l’OIT (organisation International du Travail) vont dans ce sens : massivement, les jeunes de demain seront chômeurs et le resteront. Et en Europe, où déjà l’Espagne compte 50% de jeunes adultes au chômage, la France figure parmi les plus mauvais élèves, sans que cela préoccupe vraiment, sinon au replâtrage à la marge…

  

 

e destin au berceau : Inégalités et reproduction sociale, Camille Peugny, éd. du Seuil, coll. La République des idées, mars 2013, 112 pages, 11,80 euros, ISBN-13: 978-2021096088.

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4 avril 2013 4 04 /04 /avril /2013 04:06

La Gauche est à reconstruire. Mélanchon en a donné le ton, Hollande le promet. L'un éclairant notre présent de nouvelles narrations politiques pour le comprendre, l'autre s'enfermant dans la vieille narration du pouvoir, pour n'en poser qu'à grand peine la question.

Quant à la droite, empêtrée qu'elle est dans son jeu de succession, on ne voit guère comment elle pourrait aider à repenser cette question...

D'autant que le problème est, aujourd'hui, de savoir comment décrire la société dans laquelle nous vivons, et avec quels outils.

D'autant que les médias (de pouvoir eux aussi), en sont restés à la description d'une France coupée nécessairement en deux, et dans laquelle la seule question valable serait celle de mieux "réguler" les rapports entre France d’en haut et France d’en bas, ce que les hommes politiques, de Droite comme de Gauche, parvenus au Pouvoir, nomme "pédagogie" (du pouvoir)...

Un pouvoir que la classe politico-médiatique ne parvient plus à identifier et qu'elle imagine toujours comparable à ce qu'il était au sortir de la Révolution Française, avec un Etat supposé identique à la société. Or il ne l'est plus. Et ne peut guère en conséquence la représenter.

L'Etat n'est plus identique à la société. Et parce qu’il ne lui est plus identique, tout le problème depuis aura été celui de la limitation de son pouvoir.

C'est en divisant ce Pouvoir entre gouvernement et opposition qu’on a cru réussir à le limiter. Force est de constater qu'on y a échoué, parce que cette division n'aura été en réalité qu'une séparation de surface entre des concurrents identiques à la course au pouvoir.

Ce qui a échappé au sens de nos dirigeants, c'était la philosophie d'une telle partition, qui tenait à ce que la vérité de tout état démocratique réside dans la nécessité d’un sommet contingent, labile.
Cette déstabilisation fondatrice de la puissance suprême aurait dû être l’essence même du caractère démocratique de nos sociétés
, incluant dans le pouvoir politique la particularité de valeurs nécessairement opposées.
Car ce qui est fondamental, en politique, c’est la fonction d’opposition.
Or, encore une fois, en France, cette fonction n’est pas assumée. Sinon dans l'horizon politicien, comme course au pouvoir et non vertue de la réflexion politique.

C’est pourquoi l’électorat a dû récupérer et devra récupérer demain pour son propre compte ce principe d’opposition.
Et soyons certain qu'il le fera, pour porter cette fois au pouvoir un gouvernement inédit, dans un dernier virage à droite sans doute, terrain que nous prépare de longue date la classe politico-médiatique au pouvoir, depuis bien trop longtemps.

Quand à la Gauche de pouvoir, qu'en attendre, elle qui n’aura été qu’un social-libéralisme en trompe-l’œil ? Que faire de cette Gauche qui s'est convaincue depuis longtemps qu’elle ne pouvait changer la vie ? Que faire de cette gauche qui a tenté de battre la droite sur son propre terrain : plus de richesse, moins de protection sociale. Que faire d'une gauche qui a cru que la classe moyenne avait définitivement triomphé non pas de la misère, mais des pauvres ?

Déjà elle rêve de conduire une politique soustraite du fardeau des pauvres. Un vrai Speenhamland dont l’idéal se mesure à l’aune de la poussée de la précarité en France et de son acceptation : la dissolution du peuple de gauche. Dissolution aidée, accentuée par les médias, lesquels, à quelques rares exceptions prêt, n’ont plus voulu assumer non plus leur fonction d’opposition pour goûter à leur tour aux ors du pouvoir...

Bande à part, de Jean-Luc Godard, 1964.
Deux jeunes marlous se hasardent dans un hold-up minable en compagnie d'une jeune fille candide – à voir comme un hommage aux séries B hollywoodiennes, plutôt qu’une allusion aux escroquerie minables de la classe politique française contemporaine.

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 11:13

fraude-fiscale.jpgAssez ! L’histoire serait savoureuse s’il n’y avait autant de misère et d’injustice en France !

Donc le Ministre socialiste du Budget, en charge de la lutte contre la fraude fiscale, était un fraudeur…

Comment un tel homme a-t-il pu parvenir au sommet de cette hiérarchie administrative ?

Un homme dont, en outre, on connaissait les fonctions, tant privées que publiques, et dont nul n’ignorait qu’il était au centre de conflits d’intérêts inadmissibles…

Une brebis galleuse aujourd’hui. C’est bien commode.

Peut-on s'en sortir aussi commodément ?!

Assez de déclarations vertueuses ! Assez d’éléments de parole offusqués, outragés !

Rappelons le contexte –il est franco-français- : le 12 avril 2012, trois semaines après la première parution du livre d’Antoine Peillon, le Parquet de Paris désignait (enfin) un juge d’instruction pour mener une information judiciaire sur l’évasion fiscale en France… Et c’était tout. La Représentation républicaine refermait le dossier.

Le 17 avril 2012, ce même Peillon était (enfin toujours) auditionné par la commission d’enquête sénatoriale sur l’évasion fiscale. L’auteur exposa ce que tout le monde savait : la police et la Justice françaises disposaient d’une masse invraisemblable d’informations sur la question -dont elles n’avaient jamais rien fait.

Et pour cause : le 23 mai 2012, le Juge témoignait à son tour devant la même commission sénatoriale, pour révéler l’existence d’un verrou politique : il devait attendre une plainte du Ministre du Budget (le nouveau, Cahuzac) pour instruire officiellement son enquête. Jamais aucun ministre du Budget, en France, ne s’était soucié de porter plainte contre l’évasion fiscale. On le comprend mieux aujourd’hui…

Le 3 juillet 2012, Jean-Marc Ayrault promettait de régler une fois pour toute la question de l‘évasion fiscale. On a vu comment.

Le 24 juillet 2012, la commission d’enquête sénatoriale livrait ses conclusions : 50 milliards font illicitement défaut au Budget de la France. La commission faisait 59 propositions pour contrôler cette évasion fiscale. Le rapport de ladite commission devait être remis au Ministre de l’économie (Mosconi) et proposé à l’Assemblée nationale dans le cadre du débat budgétaire.

On attend toujours.

On a inscrit dans la Constitution la règle d’or, mais on refuse de mettre un terme à la fraude fiscale.

Une fraude qui est l’un des facteurs majeurs de la crise économique, avec au cœur de ces agissements l’UBS, banque suisse, artisan majeur de l’évasion fiscale dans le monde.

La République est notre bien le plus précieux, affirme François Hollande. Peut-être pas la Vème République…

 

Ces 600 milliards qui manquent à la France : Enquête au coeur de l'évasion fiscale, Antoine Peillon, Points, novembre 2012, 184 pages, 6,30 euros, isbn 13 : 978-2757830901.

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 04:44

brueghel_retour_chasse.jpg

Tout était neige. La neige elle-même n’avait plus de rivage.

 J’ai connu cette année la Toscane sous la neige, son paysage biffé sous un ciel opaque, au loin les arches fantômes des branches ployant sous les paquets de neige et puis cette lumière blanche, liserai finement découpé dans le blanc du ciel.

La neige ne cessait de peaufiner son travail d’ensevelissement.

Sur l’autoroute, des mastodontes attendaient le secours des chasse-neige. De longs cortèges de voitures coulissaient en patientes processions. Partout des capuchons neigeux recouvraient les installations humaines.

Dans le ciel, de lourds oiseaux cherchaient leur vol, solitaires.

Roncobillaccio. Dans le creux des vallées, les villages sont des ombres dormantes.

A Florence il ne restait que des paquets de neige sale et l’Arno embourbé dans ses eaux, coulant entre deux berges aux verts sublimes.

Je n’ai pas le souvenir d’un seul tableau de la Renaissance italienne représentant la Toscane sous la neige. Quelle saisons les peintres représentaient-ils donc ?

Peut-être parce que la neige ne cesse de défaire ce qu’il reste d’humain et que l’humain devait déployer au centre de ses toiles son puissant telos ?

Animaux, plantes, fruits, paysages, campagnes, écroulements de montagnes, les vents soufflant leur forge terrible, les rivières cambrée de fougue, la mer, parfois la tempête, mais pas de neige.

Peut-être faut-il accepter l’idée d’Hubert Damisch selon laquelle les peintres écartaient de leur art ce qui pouvait désintégrer la lisibilité de l’image, la neige recouvrant tout espoir perspectif ?

Les historiens de l’art témoignent du caractère exceptionnel de la représentation des phénomènes atmosphériques au Quattrocento et au début du Cinquecento. Tout juste la tempête y était-elle entrée, timidement.

Il y a bien cette Novicella de Giotto. Et le souvenir toscan de cette neige tombée en août 356. Mais elle était avant tout un miracle marial qui témoignait de la souffrance de la Vierge accablée par la vindicte des hommes.

La Madone de la neige, de Gorolamo di Benvenuto en témoigne. La neige n’y est qu’un signe inscrit à la surface du tableau. Un signe, un symbole, dépourvu de toute matière, de toute sensibilité. Dans le polyptyque de Masolino da Panicale, à Naples on trouve également la trace de cette même neige désincarnée. 

Mais il faudra attendre l’année 1567 pour que la neige fasse enfin son apparition sur une toile, loin de l’Italie, sous le pinceau de Pierre Bruegel l’Ancien, dans son Adoration des mages. D’un coup elle occupe la toile, elle est présence, matière, flocons épars inscrivant leur existence tangible au cœur de la surface picturale. 

Brueghel_adoration.jpgQue s’est-il passé pour qu’enfin la neige pût nous sauter aux yeux ? Outre la difficulté technique de la représenter, c’est que d’un coup la vie humaine changeait de sens : l’homme découvrait sa condition dans cette contingence où Dieu, jadis extérieur au monde, s’était fait homme lui même pour venir éprouver la chair du monde et naître dans cette Bethléem exposée aux rudesses de l’hiver. La neige de Bruegel révèle l’intrication des états du monde dans le déroulement de la vie humaine et nous rend solidaire de ce monde dont nous sommes enfin. Pas d’abstraction ici, la neige est vraie et rend sensible l’inéluctable effet du temps. Et si le paysage ne s’est pas encore affranchie pour devenir le lieu du sublime qu’un peintre pourrait choisir comme seul objet de son art, c’est que le sublime, ici, relève de l’histoire des hommes et que cette histoire est devenue celle d’une rencontre de l’homme et de sa nature, dans l’étreinte sans écart de la chair du monde, dans l’auto-révélation pathétique de sa propre chair au monde.

 

Images : Bruegel l’Ancien, retour de chasse et Adoration des mages.

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 04:26

jac-epis.jpgVoici à présent le terrible décompte qui se met en place !
Cela fait déjà si longtemps que nous voyons partir nos aimés.

Je ne supporte pas de le faire pour toi.
L'heure des "jamais plus" commence a prendre fin et laisse la place aux souvenirs qui ne se gênent pas pour encombrer même de force mon esprit.
Parler comme tu le faisais avec ton pote Patrick.

Cela aussi j'ai pu le faire.
Parler de toi sans un sanglot est très difficile mais je vais y arriver c'est promis,

pour que tu sois libre,

enfin .
Le temps fait son œuvre dit-on.
A présent je me souviens de toi enfant, adulte,

on se souvient même de ce que nous n'avons pas vécu ensemble et de ce que nous aurions pu vivre si…
Alors pour me consoler je me suis souvenue du "je t'aime" que je t'ai dit un jour,

du nous t'aimons Jacky,

Pour te garder…
Mais, promis, je ne t'emprisonnerai pas dans mes souvenirs.

Ils seront libres comme toi de venir ou pas
Et de ce qu'ils seront
Je t'aime.

Josy, le 25 mars 2013.

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 04:54

 

jack-portrait-giroflee.jpgMe voici confrontée à la nuit
Noire
Froide .....
Triste, si triste
J'ai peur!
Du calme, du silence, du rien
Du vide, de cet espace subitement inconnu.

Un mois et demi.

J'espère que le passage obligé que tu as pris était moins difficile pour toi que pour nous, qui restons là sous le choc de ta disparition.

Le printemps.
Parce que je suis souvent en noir,
Là maintenant, je choisi la couleur bleue, pour toi.
Joël a écrit :
«Mon frère est mort le lundi 11 février 2013.
Je suis parti en Toscane porter son deuil.
La Toscane est une belle terre,
à vrai dire,
pour arpenter les territoires de ce qu'il reste, d'être.»

Moi.
Un sourire,
Une pensée.
Regardez, voyez,

et comme des papillons laissez vos souvenirs s'éveiller, s'envoler,

et dans un sourire,

laissez-vous guider.
Un sourire.
Une pensée.

 

Josy, ce 27 février 2013.

 

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30 mars 2013 6 30 /03 /mars /2013 05:01

 

jack-bateau.jpgPour toi Jacky.
Pour toi mon frère.
Mes pensées mes souvenirs,
Mes regrets.

Aujourd'hui
Te voir avec ce sourire... Figé.
Tu es là, mais toi où es-tu parti ?
Je sens bien que tu n'es plus avec nous et tu me manques.
Tu nous manques...
Viennent les souvenirs, les cocasseries que tu nous offrais, ces situations mémorables, extrêmes parfois.
Toute notre vie ensemble…
Désormais je reste là a me demander quelle est ta nouvelle vie, dans cette nouvelle forme?  
Apprends tu à devenir un ange ?
Qui t'aide à cela , nos parents ?
Vas-tu nous faire un signe ?

Rien rien rien ...

Adieu Jacques.

 

Josy (après le 14 février)

 

  

 

images : Jacques sur le Giroflée, avec un pote. Jacques porte son bonnet de marin sur la tête.

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29 mars 2013 5 29 /03 /mars /2013 05:43

patti-smith.jpg

Robert (Mapplethorpe) va mourir. Ils le savent tous deux. A son chevet Patti lui demande comment elle pourrait le servir au mieux en son absence. Roberte est mort. Patti passe une saison dans la douleur. Puis elle écrit ces poèmes en prose à la mémoire de son compagnon. Des fleurs dispersées sur son tombeau. Qui s’ouvrent sur une photo d’une Piéta de Michel-Ange, à Madrid. Robert adorait Michel-Ange, "démon aux chaussures de cordes". Patti s’élance dans cette courte aventure : réfléchir Robert. Moins le réfléchir du reste, que tenter de le saisir pour en revenir quelques poèmes en mains. Robert, "garnement fabuleux", dont elle se rappelle la première fois qu’elle l’a vu : il dormait. La paupière close cette fois, non pas scellée, immédiatement ouverte à l’approche de son visage, ses lèvres dessinant un sourire complice avant même qu’il l’ait connue. Patti Raconte Robert, gamin espiègle de Long Island, fasciné par l’inattendu. Elle évoque le jeune garçon timide, affable, à la poursuite de regards neufs, chuchotant Baudelaire à l’oreille étonnée. Superbe Mer de corail, ce poème en prose qui donne son titre au recueil, détaché des petits plis amers de la vie, évoquant Robert, endormi cette fois encore, "dans l’étoffe d’un voyage qui s‘étale".

  

 

La Mer de Corail, Patti Smith, éd. Tristram, coll. Souple, traduit d el’anglais (Etats-Unis) par Jean-Paul Mourlon, mars 2013, 88 pages, 5,95 euros, isbn : 9782367190105.

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 05:04

 

AmbrogioLorenzetti.jpgLe rapport indiciel.

Trace du corps dans le paysage, et l’inverse ?

Arezzo, la Légende de la Croix, de Piero Della Francesca,

les deux petits tableaux de Lorenzetti au musée de Sienne,

les graffitis de Michel-Ange dans la cave à charbon de la chapelle des Médicis.

Comment s’invente la loi d’équilibre du monde ? Quand le plan de l’écliptique semble devoir partout basculer…

La géométrie est inhérente à la construction du monde, à la domestication des forces du chaos. Mais Simone Martini… Cette infinité d’échelles. Milieu spatial plutôt qu’espace.

Et l’empreinte de mes pas dans la boue d’Arezzo…

Piero Della Francesca, homme quelconque frappé de cécité dans son vieil âge, se cogne aux murs des rues de Borgo san Sepolcro, ce qui fait rire les enfants.

Lorenzetti. L’espace pittoresque rabroue la superbe de l’espace monumental.

Là, l’émotion d’un corps. Ici une femme, générique d’une émotion qu’on ne s’avoue que dans l’intimité de son être.

Soumis à la vulnérabilité du geste qui lui révèle son audace, le peintre ne peut se sauver qu’en sauvant son geste, c’est-à-dire en lui conférant un statut dans le lieu de la toile, mais aussi hors de cette toile, là où, précisément, le surprend le regard du spectateur.

Un prodigieux dehors hante dès lors l’œuvre d’art.

Peindre, écrire, prennent appui dans ce vide.

Reflux incessants, échappées soudaines, trouées d’espaces fleurés. Rien ne soulage le peintre de l’inquiétude qui l’atteint en tant qu’individu, puisque la peinture ne résout pas les conditions de précarité de son histoire personnelle. Le tableau, comme le poème, est sans cesse un problème nouveau qui vient de surgir.

  

 

Lorenzetti, les deux petits tableaux de la Pinacothèque de Sienne, datés habituellement de 1338 ou 1339. (détails)

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