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10 avril 2014 4 10 /04 /avril /2014 04:21

 

 

Martin-JayUn hommage à cet intellectuel inclassable que fut Kracauer, par l’un des universitaires américains les plus intéressants qui soit dans l’univers des cultural studies. Martin Jay nous livre ici non pas une biographie de Kracauer mais une approche épistémique d’une intelligence volontairement soustraite à son marquage identitaire. L’œuvre de Kracauer en témoigne, multiforme, résistant à tout classement, celle d’un intellectuel qui a renoncé à se travestir en universitaire, tout autant qu’en journaliste, celle d’un intellectuel free-lance dirait-on aujourd’hui, marginal,  refusant les fermetures spéculatives qui débitent la réalité du monde en tranches d’expertises sans grandes significations théoriques. Car on ne peut comprendre le monde en le découpant mathématiquement, ce que Kracauer avait saisi très tôt, lui aux yeux duquel la catégorisation ne témoignait que d’une réponse angoissée face à la complexité du monde, pour dévoiler très vite son vrai visage : celui d’un mode de domination et de contrôle voué à la répression des êtres qui peuplent ce monde. Toute sa vie, Kracauer se sera posé la question de savoir comment sauver la complexité du fait social, un véritable enjeu pour les sciences sociales aujourd’hui encore. Et toute sa vie il aura tenté de conformer sa démarche intellectuelle à ce questionnement, rédigeant des articles plutôt que des thèses, quelques rares essais, fragmentant ses idées, ses pensées, livrant de simples sentiments parfois en guise de démonstration, pour plonger au plus trouble de cette Allemagne de Weimar dont l’époque, à bien des égards, nous dédicace ses symptômes qui font signes dans nos scoiétés à court d’Histoire. Un intellectuel nomade en somme, comme le fut à bien des égards Benjamin, passeur à l’éclectisme débridé, livrant un corpus de textes inégaux d’écrits en tous genres, articulés tout de même par sa détermination à dénoncer le spectacle du Capital et les leurres de l’idéologie dominante, cette marchandisation du monde qui bousculait déjà les vies avec férocité –on se rappellera sa merveilleuse étude sur les employés de Berlin, décryptant le fonctionnement du système de domination du monde de la bourgeoisie allemande. La variété même des sujets abordés par Kracauer dessine ces contours d’une pensée habitée et marginale, qui du piano au port des bretelles, de la machine à écrire aux cris de la rue, de la carte postale au cinéma, a su observer le monde sans le subsumer sous  un ordre pré-conscrit. Philosophe, sociologue, historien, grammairien, Kracauer avait le don de traquer cette réalité qui nous échappe tant pour en dessiner une totalité fragmentée capable d’en interroger en retour les fondements. Ce qui l’intéressait au fond, c’était de déchiffrer la situation historique de l’Esprit, comme l’affirma de lui très justement Adorno. Un esthète du cogito en quelque sorte, mettant en scène une pensée dialectique, toujours entre théorie et praxis, pour mieux appréhender chaque fois les processus à l’œuvre et ne voir dans la société et les hommes non une totalité accomplie mais en cheminement d’elle-même. Exilé toute sa vie, faisant de cet exil le fondement de son acuité intellectuelle, Kracauer travailla cet «estrangement» comme le nomme avec raison Martin Jay comme un mode spécifique de connaissance, qui fait de l’historien un étranger. C’est cette exterritorialité qui nous importe aujourd’hui, apte à nous aider à récuser l’idéalisme simplifiant d’un monde intrinsèquement signifiant.

 

Kracauer l'exilé, de Martin Jay, préface de Patrick Vassort, traduction de Stéphane Besson, Danilo Scholz, Florian Nicodème, éd. Le Bord de l'eau, 13 février 2014, Collection : Altérité critique, 246 pages, 22 euros, ISBN-13: 978-2356872753

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 04:18

 

Atlantide.jpgEncyclopédique, du cinéma à la littérature en passant par la bande dessinée ou la peinture, l’ouvrage se présente comme le vaste catalogue des interprétations du mythe de l’Atlantide. De Platon à Jurassic Park, il s’agit en effet moins d’en étudier les fondements que d’en explorer le corpus. Un corpus particulièrement éclaté, témoin de l’extrême vitalité du mythe. Les variantes mises à jour se révèlent ainsi tout à la fois signifiantes et savoureuses. Les auteurs parviennent même à exhumer de véritables bijoux de la science-fiction, et rappellent à notre bon souvenir des auteurs oubliés, tel l’abbé Brasseur. Ce n’est d’ailleurs pas le mince charme de cet ouvrage que de nous donner à découvrir, à travers des notules précises, la géographie littéraire d’un thème millénaire. Mise en perspective dans l’histoire, celle-ci témoigne par ailleurs d’une incroyable universalité. Tout à sa lecture vagabonde, le lecteur se laisse autant séduire par le pittoresque que le savant. Certes, l’on peut toutefois reprocher le parti pris d’un tel classement. L’entrée alphabétique produit une sorte de mise à plat qui n’aide guère à s’orienter intellectuellement. Subordonnée à l’ignorance, la lecture se fait vite hasardeuse, buissonnière. Mais n’est-ce pas comme de s’aventurer dans un continent inconnu ? Dictionnaire, guide, ce livre offre tout de même une formidable introduction aux mystères qu’il évoque, dont celui qui n’est pas des moindres, d’une pareille production de continents perdus de la littérature. 

 

Atlantide et autres civilisations perdues de A à Z, de jean-Pierre Deloux et Lauric guillaud, éd. E-Dite, coll. Histoire, 19 novembre 2001, 302 pages, 34 euros, ISBN-13: 978-2846080620.

 

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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 04:57
 
 
role-social-patronat.jpgOn ne sait trop par quel bout prendre l’ouvrage. Conceptuellement consacré à l’étude des réalisations sociales du patronat français, le découpage historique est trop clairsemé pour autoriser une vision d’ensemble. Centré sur la question de l’habitat, appréhendé essentiellement à travers l’histoire d’une ville, Le Creusot, l’essai fait fond sur les rapports entre la production du discours des sciences sociales et les politiques patronales de maîtrise des rapports sociaux, paraissant ainsi relever davantage d’une propédeutique que d’une démarche totalisante. Quant aux pratiques vertueuses du patronat du Creusot, à elles seules, elles ne permettent pas de tirer de conclusions décisives sur à la manière dont le patronat français a traité dans son ensemble la question urbaine. Si bien que l’on se trouve en fin de compte face à une défense en creux du paternalisme patronal qui tire parti des politiques urbaines plus récentes des Pouvoirs Publics, effectivement plus contestables encore. cela dit, lorsque l’auteur s’en réfère aux pratiques mêmes au Creusot, force lui est d’avouer qu’en fait il s’agissait déjà, essentiellement et sous couvert d’un discours vertueux, de contrôler les lieux de production des pratiques quotidiennes ouvrières. Le regard compatissant et condescendant des patrons français sur la classe ouvrière trouve ainsi comme un écho dans l’essai, fort soupçonneux à l’égard d’une classe toujours jugées rétrospectivement avec mépris. Rien en particulier n’est jamais dit sur les initiatives ouvrières, nombreuses, qui ont jalonné le XIXème siècle, comme la création de caisses de Prévoyance que les patrons s’employèrent systématiquement à détruire, de peur que les ouvriers ne parviennent à s’organiser eux-mêmes… La fabrique de l’habitat par le patronat, elle, ainsi que l’auteur ne peut le cacher, aura tout de même relevé pour l’essentiel de la relégation : il fallait le réduire strictement au logement de survie, caserner la classe ouvrière et l’isoler du reste de la population de peur que ses révoltes n’y trouvent un écho. On fit ainsi très tôt le vide autour, ce qui est l’expression d’un paternalisme pour le moins suspect. Quant aux ruraux qui débarquèrent jour après jour pour grossir le rang de la classe ouvrière, ils furent traités comme des immigrés dans leur propre pays, auxquels le droit à la ville, sinon à la vie, leur fut purement et simplement dénié. Rien d’étonnant alors que dans ce prolongement idéologique, lorsque les Pouvoirs Publics prirent le relais des patrons, la morphologie urbaine ait conservé la trace de cette pensée. Contrôler la centralité urbaine demeura le réflexe salvateur, même si, l’évolution du tissu industriel aidant, on s’engagea à créer des équipements dans ces zones de relégation : c’est qu’il y avait alors nécessité, pour les patrons du XXème siècle, de puiser dans une main-d’œuvre endogène à la population de la ville où s’installaient leurs usines.  Le plus intéressant de l’ouvrage reste le seuil sur lequel il s’arrête : quid de la ville aujourd’hui, sous la pression du devenir désindustriel ? Jusque dans les années 1970, l’heure était à la territorialisation des groupes sociaux dévolus aux usines. Un marquage social qui a conduit à cette faillite que nous connaissons, livrant des territoires entiers au déclassement. La mobilité exigée aujourd’hui par ce même patronat conduit désormais le capital à disloquer l’espace urbain, à le désarticuler. L’errance territoriale des entreprises conduit ainsi à la mise à sac des territoires, interdisant leur appropriation par les populations qu’on y loge, non sans rencontrer leur farouche résistance, tant l’habitat est devenu identitaire. Une vraie question en somme, à laquelle les réponses du Grand Paris ne semblent pas en mesure de répondre encore
 
Jean-Pierre Frey, Le rôle social du patronat : Du paternalisme à l'urbanisme, éd. L'Harmattan, coll. Habitat et sociétés, 3 mai 2000, 384 pages, 33,87 euros, ISBN-13: 978-2738435149
 
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7 avril 2014 1 07 /04 /avril /2014 04:57
la-capture.jpgRappelez-vous le candidat François Hollande clamant à corps et à cris qu’il avait le monde de la Finance dans le collimateur et que ces gens-là qui avaient provoqué notre malheur économique n’avaient qu’à bien se tenir… Rappelez-vous Mosconi se félicitant d’une Loi qui allait mettre les banques au pli républicain. Enfin on y était, les banques allaient cesser avec leurs mauvaises manières de mélanger les comptes. C’était fait, elles qui ne souhaitaient rien tant que gagner toujours plus d’argent dans la plus folle des libertés tout en nous faisant croire que plus elles s’enrichissaient, meilleur devenait notre vie au nom de leur fumeuse théorie du ruissellement, allaient devoir solder leur compte moral et se défaire de leur cynique «pile je gagne, face vous perdez»…  Mais rien n’a changé : les profits des banques restent privatisés et leurs pertes socialisées. Mosconi, avec un cynisme pas moins éhonté que celui de son patron Hollande pouvait se féliciter, toute honte bue, d’une Loi juste et efficace, tandis que quelques députés socialistes tombaient des nues en découvrant que ladite Loi ne concernait pas même 1% des activités des banques. La séparation tant bramée n’existait pas. Et pour cause : la Loi de 2013, rédigée par des socialistes, permet aux banques de créer une filiale, nourri par l’argent des particuliers, pour gérer leurs fonds spéculatifs… Mieux, le texte de loi introduit comme critère de distinction le concept d’utilité (sic !). «Utile» traduisant le fait de réaliser une opération avec un «client»… Les opérations de spéculation étant réalisées avec des «clients», tout est devenu «utile» désormais, y compris les opérations les plus spéculatives. Car dans cette Loi française, le montage d’une opération avec un Hedge Fund basé aux îles caïmans est désormais considéré par la Loi comme «utile», parce que réalisé avec des contreparties baptisées «clients» par la banque… Le Ministre socialiste devait même au lendemain de ce vote honteux vanter les fonds spéculatifs parce que servant «utilement» le financement des PME… Une farce quand on sait que ces fonds n’ont d’intérêt qu’à très court terme ! De fait, en 2014, les banques ont de nouveau repris leurs mauvaises habitudes et ne sont toujours pas à l’abri d’une crise financière, n’ayant pas renforcé leurs fonds à bonne hauteur. La seule prévention qu’elles aient prise aura été de complexifier leurs montages et de grossir encore, pour atteindre des seuils critiques les mettant à l’abri de toute rétorsion. La Loi de juillet 2013 expose ainsi toujours le contribuable français aux pertes privées des banques ! Mais il y a mieux en terme de cynisme. On se rappelle François Hollande, à la veille des débats européens sur les paradis fiscaux, vitupérant contre ceux-ci. En avril 2013, à la tribune de l’OCDE, un Haut Fonctionnaire français venait remettre à la suite de ce discours, discrètement, les pendules à l’heure : la France n’entendait pas les condamner. Dans cette droite ligne, en janvier 2014, l’UE voulut conduire des débats sur les mêmes questions. La France et l’Allemagne s’allièrent pour les faire échouer. Il n’était pas question de s’en prendre à la Finance… Qu’est-ce que l’Europe, dans ces conditions ? Bruxelles, nous disent les auteurs de cet essai, preuves à l’appui, est une place forte de la capture des élites politiques par les milieux de la Finance. Qui n’a du reste pas trop à se forcer : ils sortent du même moule. Une oligarchie, savourant sa victoire avec la complicité de médias stipendiés. Une place forte où les textes de Loi eux-mêmes, sur cette question, sont rédigés par les milieux de la Finance… Sans que jamais ne puisse s’exercer aucun contrôle démocratique, puisque le Conseil prévaut sur le Parlement… Le cynisme politique a de beaux jours devant lui !
 
La capture, de Christian Chavagneux et Thierry Philipponnat, éd. La Découverte, 20 mars 2014, coll. Cahiers Libres, 131 pages, 12 euros, ISBN-13: 978-2707177865
 
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4 avril 2014 5 04 /04 /avril /2014 04:15

georges-fall.jpgNé à Metlaoui dans le sud tunisien, Georges Fall débute sa carrière dans l’univers du livre aux éditions Edmond Charlot. En 1949, il crée les éditions Falaize et inaugure la collection « Les carnets oubliés » par la publication de l’ouvrage de Rainer Maria Rilke « Les élégies de Duino », traduites au goulag par Rainer Biemel. Parallèlement il publie des poètes et sera le premier éditeur d’Edouard Glissant avec « Les Indes » et « Soleil de la conscience »*. En 1954 il crée le Musée de poche, une série de petits ouvrages monographiques d’artistes contemporains, avec des reproductions collées d’œuvres en couleurs. Georges Fall y publiera près d’une soixantaine de titres. En 1967 il vend le Musée de poche et lance « Opus International », une revue d’art contemporain avant-gardiste tant au niveau esthétique (il fera notamment appel à Roman Cieslewicz pour les couvertures) que critique. A la fin des années 90, il crée Fall édition, une maison à nouveau consacrée à des monographies d’artistes ou à des courants artistiques, publiant notamment un livre sur « Gina Pane » signé Anne Tronche, qui remettra l’artiste disparue sur le devant de la scène. 

Georges Fall a toujours travaillé en étroite collaboration avec les plasticiens. Galeriste, il a édité des « multiples » (lithographies, sérigraphies  etc.) de nombreux artistes : Vasarely, Louise Nevelson, Hérold, Paul-Armand Gette, Jean Le Gac, Gérard Garouste…

Personnalité du monde de l’art, Georges Fall était aussi un personnage. Souffrant de problèmes oculaires récurrents depuis son plus jeune âge, il avait su palier sa déficience visuelle par une étonnante acuité artistique, mélange d’intuitions géniales et d’éloquence. Son charme, sa sagacité et sa faconde manqueront à l’univers artistique.  

 

* http://www.ina.fr/video/I05251873

Georges Fall a publié deux livres autobiographiques :
« Chroniques Nomades », éditions Archibooks, 2007
« Tunisie, désert fertile » L’Harmattan, 2012
La majeure partie de son fonds éditorial a été déposée à l’IMEC en 2003. Selon l’Imec « Le fonds est susceptible d’accroissements »

http://www.imec-archives.com/fonds/georges-fall   

Image : © Editions Georges Fall / Roman Cieslewicz

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 04:20

 

Valls-haineux.jpgFrançois Hollande a donc choisi de séduire son électorat de droite. Un calcul cynique l'a fait pencher pour un dernier virage à droite. Pour achever sans doute de convertir le Parti Socialiste en Nouvelle Droite. Le peuple de Gauche, cet électorat qui lui a fait défaut aux municipales, il s'en fiche. La vraie Gauche est aujourd'hui sans abri. Homeless Left... De renoncements en trahisons, l'élu de cette transformation se nomme Valls, persécuteur des roms, dont la pensée est un désastre moral. Un homme dont le seul souci semble de rabaisser les critères du choix moral français. Rappelez-vous ses invectives contre les roms. Qu’y a-t-il au bout de ce sacrifice de la morale républicaine ? Nous ne le savons pas encore. Sinon que leur point de vue est fort simple : cette pseudo démocratie qui est la nôtre fonctionnera -un temps encore du moins-, de gré ou de force. Moralement irresponsables, les hommes de pouvoir appellent jour après jour de leurs vœux une société divisée, où l’on aurait enfin subordonné la notion de Droit à celle de Devoirs. C’est là le signe. Celui du danger qui nous menace, celui d'une morale qui n’est en réalité qu’un simple arrangement personnel permettant de satisfaire les rationalisations les plus abjectes. Une pseudo morale qui n’éclaire en rien ce qui pourrait nous engager dans un mode de vie à partir duquel affirmer pleinement notre humanité. Au contraire : chacun devra se faire chien pour vivre dans leur République. Jamais la conviction que les désaccords profonds qui traversent nécessairement toute société sur le sens que la vie peut prendre, n’entraînera chez eux, comme il se devrait dans un régime normalement constitué, l’idée qu’il est impératif de veiller aux liens moraux qui peuvent encore nous unir. C’est tout le contraire qui les inspire : ils défont ces liens les uns après les autres. Pour n'ouvrir qu'aux issues les plus tragiques et aux opportunités qui les accompagnent : celles des lois d’exception. Le Droit lui-même ne sera bientôt plus qu’une forme de prescription autoritaire qui disciplinera les conduites individuelles. L'abaissement moral est devenu la condition même de l’exercice du pouvoir.

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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 04:44

hollande.jpgNe tergiversons pas : une escroquerie multiple ! Celle, tout d’abord, de maires qui dans la plupart des cas ne représenteront que 20% de leurs administrés. Faites le compte : 10% des français en âge de voter ne se sont pas inscrits sur les listes électorales, ils étaient 7% en 2012 selon l’INSEE. A ceux-là ajoutez le taux record au seconde tour frayant avec les 37%… Ajoutez enfin la promesse non tenue des socialistes d’accorder le droit de vote aux résidents étrangers et vous aurez le compte d’une démocratie vidée de tout contenu. Escroquerie politique en outre, d’un Parti socialiste incapable de tirer les leçons d’une défaite cuisante. Il fallait écouter hier soir les barons de l’aristocratie rose nous commenter en direct leur débâcle : un simple manque de pédagogie à les entendre ! A peine faudrait-il saupoudrer çà et là quelques euros supplémentaires de pouvoir d’achat… Décidément, aux yeux des socialistes, les français seraient trop bêtes et n’auraient pas compris leurs intentions qui demain fileront leur train coutumier… La surdité de François Hollande confine à l’autisme… Escroquerie d’une victoire sur laquelle l’UMP faisait fond dès hier, éradiquant d’un ciel par trop serein le camouflet reçu il y deux ans… Toute honte bue, le jeu des chaises musicales pouvait reprendre… Escroquerie enfin d’un Front National porté aux nues par la classe politico-médiatique –il n’est que d’analyser le temps de présence à l’antenne pour comprendre quel jeu nous jouent les médias de masse ! Un FN porté en outre au plus haut niveau par nos deux partis de pouvoir, avec l’espoir pour chacun que le réflexe républicain bien émoussé saura le jour J les préserver de sa victoire finale… Le cirque électoral, ad nauseam… Décidément, seule une révolte populaire pourra leur faire entendre raison.

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 05:06
 
gombrowicz.jpgWitold n'avait-il pas consigné sa biographie comme pour vider de sa substance, par avance, toute tentative ultérieure ? J.-P. Salgas avait passé outre, promettant au monde des "gombrowicziens" - non sans le mettre en émoi - la meilleure biographie existante sur le sujet. Le cercle des "ferdydurkistes" redoutait donc le pire : une biographie qui aurait enfermé Gombrowicz dans l'une de ces "gueules" qu'il redoutait tant.
 
Soulagement : la biographie de Salgas, une chronologie commentée en fait, ne s'y est pas aventurée. Elle n'offre du reste pas de grande nouveauté. Quelques touches la complètent, d'heureuses formulations et surtout, un repérage cette fois systématique des grands moments de formation. Le cercle pouvait souffler : le parti pris était dans la droite ligne des études "gombrowicziennes". Presque une Doxa, comme s'il s'installait une rhétorique du discours sur Gombrowicz, dont on pourrait décrire aisément les figures. En amont de tout projet : celle du malentendu par exemple, qui présuppose une mauvaise compréhension de l'œuvre. C'est cela le pacte passé autour de Gombrowicz, pour légitimer sans doute le cercle des savants "ferdydurkistes". En aval : parce qu'il faut bien ranger Gombrowicz quelque part dans l'histoire littéraire, l'idée de son éternelle contemporanéité. Gombrowicz est toujours adossé au modèle d'interprétation en vogue. Ici : Bourdieu, figure référente de l'époque de publication du Salgas... Mais n'en mégotons pas l'intérêt : au final, le lecteur trouvera là une intéressante introduction à l'œuvre de Gombrowicz.
 
Witold Gombrowicz, de Jean-Pierre Salgas, Seuil, 26 août 2000, Collection : Les contemporains, 283 pages, 21,70 euros, ISBN-13: 978-2020125062.
 
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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 05:41
 
loveinafallencity.jpgLa Chine à la veille de la révolution communiste. Le Quatrième monsieur reçoit une visite solennelle : le mari de sa Sixième sœur est mort. Tout le clan familial se rassemble. Certes, l’homme n’était pas fréquentable et à tout prendre, Sixième sœur s’en trouve heureusement libérée. Mais le clan est en proie à la débâcle financière, et il lui faut trouver une solution, marier Septième sœur par exemple. Le Conseil de famille avance des noms. Des situations en fait, plutôt que des prétendants. On mariera Lio-Su, qui étouffe dans le carcan des lois ancestrales, comme pour s’en débarrasser par la même occasion. On la mariera bien. Après tout, le clan des Pai reste une demeure en vue. Une vieille bâtisse délabrée à vrai dire, meublée sans goût et où le temps semble s’être arrêté. Celui d'une vieille famille chinoise qui se raconte de lointaines histoires de piété filiale, ineptes aujourd’hui. On arrange donc son mariage. Fan sera l’époux, ce riche célibataire excentrique, noceur invétéré. Il ne s’agit que de sauver le clan. Fan n’est pas immédiatement séduit par cette femme dont la principale qualité lui semble de baisser toujours la tête. C’est que Lio-Su se sait une femme parfaitement inutile. Elle ne manque toutefois ni de charme, ni de délicatesse, ni d’intelligence. Fan s’en rend très vite compte, quand Lio-Su résume à la perfection ce qu’un chinois de l’antique Cité attend d’une femme à la vertu pure : qu’elle demeure irréprochable en compagnie d’autrui, mais femme de mauvaise vie dans le secret du lit. Cette lucidité dialectique séduit Fan. Tout comme ses airs, infiniment raffinés, décrits dans le plus pur style victorien, corset et châle sur les épaules dénudées, où la tournure remplacerait la crinoline… Un monde de femmes contraintes de souligner leur silhouette sans trop aguicher le regard pour demeurer invisibles dans leur décence musquée. Etrange condition de la femme arrimée à cette sorte de puissance fragile et compliquée. Occupant de plus en plus le devant de la scène amoureuse mais demeurant sans droits, désincarnée, le corps évanescent arboré comme le réceptacle d’une âme pure et innocente, n’offrant aucune prise à la souillure des plaisirs de la chair ni aux artifices de la séduction, sinon dans ces replis voluptueux que le vêtement dissimule. Roman de mœurs, le récit dessine le portrait d’une femme piégée par l’Histoire de la Chine ancestrale, avec un classicisme de style qui étourdit quand partout autour des protagonistes le monde craque. eileen ChangjpgLio-Su, dernière «vraie» chinoise, démodée, délicate, emplie d’une retenue et d’un secret que rien ne semble pouvoir arracher, le visage rempli de pensées. Lio-Su lucide, lige d’une famille sans destin, offerte à un mariage qu’elle souhaite d’esprit plutôt que de chair, c’est cette rencontre des âmes tout d’abord que le récit privilégie avec obstination, la lente conversion de fan le séducteur à la suprême élégance de Lio-Su. Bousculée pourtant, offensée, et finissant par répondre avec passion aux injonctions de Fan de la voir se libérer des conventions qui l’entravent. Si bien qu’elle devient sa maîtresse plutôt que sa femme, au grand dam du clan Pai, aux yeux duquel Lio-Su passe désormais pour une traînée. Installée dans une belle demeure tandis que la guerre s’annonce à leur porte, oisive, Lio-Su rompt peu à peu tous les codes qui la retenaient prisonnière de cette histoire familiale échouée. La guerre achève de rompre les mentalités. Elle qui devait se faire invisible parce que maîtresse de Fan, ne cesse de monter en puissance dans le récit, résumant avec force ces temps où «les hommes civilisés, privés de mémoire, tournent à tâtons dans le crépuscule ; vacillants, en quête de quelque chose, (quand en réalité) tout est achevé».  Alors tout ce qui semblait immuable s’effondre. Il ne reste rien, que le souffle épique des êtres aux prises avec leur vie et Lio-Su qui découvre enfin qu’elle et Fan avait été jusque-là trop occupé à tomber amoureux pour prendre vraiment le temps de s’aimer. La chute de Hong-Kong enseveli leur monde devenu indéchiffrable, et dont le terme reste introuvable, sinon qu’au milieu des décombres, deux êtres ont fini par se trouver.
 
 
Love in a Fallen City, Eileen Chang, Roman traduit du chinois par Emmanuelle Péchenart, éditions Zulman, mars 2014, 160 pages, 16,50 euros, ISBN 978-2-84304-692-6.
 
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27 mars 2014 4 27 /03 /mars /2014 05:04

Herve-Le-Bras.jpgL’ouvrage est ancien, écrit en 1992, mais actualisé. Quoi qu’il en soit, il est intéressant à reprendre de bout en bout, tant l’analyse est féconde, et  accablante. Hervé Le Bras s’est fait volontiers historien  de la longue durée pour asseoir son propos, décryptant dans l’épaisseur du temps cette invention d’un terme qui aujourd’hui enferme trois générations de français dans sa circularité, les condamnant à rester des immigrés toute leur vie et à léguer bien malgré eux le vocable infâmant à leurs descendants… Du plus loin qu’on remonte, force est tout d’abord de reconnaître que l’hexagone fut en tout premier lieu une terre de migrations et de peuplements étrangers… A ce titre, nous sommes d’une filiation de migrants… Même si certes, on peut évoquer un enracinement bien réel de populations ayant fait souche dans ce petit arpents de terre… Mais le français de souche, lui, demeure bien introuvable… Et une invention éminemment récente, quand l’INSEE et l’INED se mirent en tête de manipuler les statistiques pour donner raison au Front National en réarticulant le concept d’immigré dans les années 1990, définit désormais comme personne née étrangère à l’étranger, faisant fi des naturalisations : nul ne pouvant changer ni son lieu de naissance, ni sa nationalité de naissance. Mais passons, nous reviendrons sur ces manipulations que Hervé Le Bras dénonce avec vigueur et intelligence.

Le XIXème siècle colonisateur nous retiendra tout particulièrement aujourd’hui. Hervé Le Bras a étudié dans le détail les discours qui se faisaient jour alors : il ne s’agissait pas seulement de conquérir des terres et des peuples, mais littéralement, d’inséminer ces peuples, de les «blanchir». Et pour ce faire, on encourageait les français  à se répandre dans le lit des "indigènes"… Il s’agissait d’une part de revivifier le pays par l’excitation coloniale ainsi qu’on l’écrivait textuellement à l’époque, et, bénéfice secondaire, de repeupler leur monde : de métissage en métissage, allez, on finirait bien par avoir raison de leur couleur de peau… L’émigration coloniale française était même devenue l’expression de la puissance, sinon de la virilité du pays... mais quand ces anciens pays sous domination française se libérèrent, il y eut d’un coup comme une lueur d’angoisse qui traversa le monde intellectuel français. Le monde intellectuel ai-je bien écrit. Pas les populations. Car il en a fallu des efforts, pour convertir ces populations au racisme d’Etat ! Contraintes d’abandonner leurs colonies donc, ces élites finirent par prêter à leurs habitants leurs propres intentions de conquête raciale…  «Preuves» à l’appui, démographes et politiques calculèrent et recalculèrent, cherchant le bon vocabulaire pour faire passer leurs thèses odieuses : nous allions être submergés… Ils puisèrent dans le vocabulaire hydrologique leurs métaphores : elles parleraient sûrement au peuple… Ils racontèrent donc des histoires de flux, de déversement, en attendant que le langage des biologistes ne leur prête main-forte et que ce langage déjà exécrable ne glisse vers la microbiologie de l’idéologie nazie…  Il allait être impossible d’endiguer ces flux. Le péril jaune menaçait. Auquel bien vite se substitua, puisqu’il n’arrivait décidément pas, le péril musulman. L’Algérie libre, on y puisa d’abord ces travailleurs dont on avait besoin. Certains s’installèrent, qui étaient souvent déjà français au demeurant… Très vite, le thème des vases communicants permis de cristalliser les phobies racistes de nos élites : c’était mathématique. Leur fécondité était telle, leur économie si fragile, qu’ils ne pouvaient que «s’écouler» chez «nous». Leur surplus de populations déborderait. C’était mathématique. Mais seule déferla cette logorrhée de nos élites racistes. Avec une permanence incroyable jusque dans les années 2014 ! L’invasion allait être musulmane… On en comptait tant chez nous (sans aucune considération pour la réalité des chiffres), que par glissement la métaphore devint militaire : on parla de cinquième colonne, il ne pouvait se profiler qu’une confrontation entre «eux» et «nous»… Un discours construit sans aucun contact avec la réalité : entre 1980 et 2013, les chiffres permettent d’observer une singulière stabilité de l’émigration en France…  Ainsi, depuis plus de quarante ans, un discours promu par les élites de notre beau pays n’a de cesse de camper sur des tenants odieux, qui ont plus à voir avec les discours sur la fécondité nazie et l’eugénisme qui l’accompagnait, que sur toute construction intellectuelle argumentée en raison. Et aujourd’hui encore, nul ne s’avise dans le champ politique de se pencher sur la complexité des mouvements humains pour ne conserver que les arguments qui correspondent à des dispositifs idéologiques abjects…

 

Hervé Le Bras, l’invention de l’immigré, Editions de l'Aube, 8 mars 2012, 160 pages, 13,20 euros ISBN-13: 978-2815904544.

 

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