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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 05:40

drome.jpgOn voudrait pouvoir s'arrêter là.

 

Rester à la ferme du haut avec une vie dure et sédentaire,

Païens dans nos croyances toutes pleines des histoires qu'on raconte.

 

 

 

Ne plus s'entendre dire bougre d'âne de la ville.

 

 

 

 

 

Cependant, l'appréhension d'une mélancolie

à nulle autre pareille nous en détourne et nous demeurons à la ville pressés de nous perdre.

 

 

 

 

 

 

La Drôme des, tendresses -voyage au coeur d'un terroir, poèmes de Alain Cha^tre, photos de Dominique Errante, éd. Peuple Libre, 96 pages, ean : 9782907655187.

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 05:09

La Toussaint résonne désormais dans la discrétion d'un paysage sonore tout entier sous le joug du flux continu des bruits automobiles. Le reste du temps, l'on n'entend guère que le son "civique" de l'instrument municipal par excellence : la sirène des pompiers. Seuls semblent devoir survivre dans nos mémoires le clocher de Saint-Hilaire, ou l'église de Combray, prenant dans l'œuvre de Proust et pour l'éternité conscience d'elle-même dans "l'effusion de sa flèche"… Curieux, tout de même, combien le jour des morts ramène à nos mémoires l'existence exotique du terroir, qui semble ne devoir survivre que dans ces moments d'effacement...
Quand donc a eu lieu ce basculement de la culture sensible ?
Le langage des cloches rythmait les relations entre individus. Comment imaginer aujourd'hui leur puissance émotionnelle, la complexité des codes alors en jeu ? Comment comprendre le fonctionnement de la sonnerie communautaire comme marqueur symbolique des identités ? C'est tout ce système d'affects disparus - quand l'espace des sons était fragmenté et qu'il n'existait pas de bruits continus comme ceux de l'avion - que Corbin décrit magistralement dans son étude. La désacralisation de l'espace et du temps, le double système temporel du XIXè siècle (cloche contre horloge), le lent transfert d'émotion du rythme cosmique au temps civil… En lisant ce travail, on ne peut pas ne pas songer à l'étude non moins splendide d'Eugen Weber sur La fin des terroirs. Mais là où ce dernier posait le transfert du sentiment de la localité vers l'identité nationale, Corbin, très justement, parle de sa captation, la République n'ayant jamais cherché à l'éradiquer. Une étude splendide !

Les Cloches de la terre, de Alain Corbin, Broché: 356 pages Editeur : Flammarion (18 avril 2000) Collection : Champs Histoire Langue : Français ISBN-10: 2080814532 ISBN-13: 978-2080814531

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2 novembre 2012 5 02 /11 /novembre /2012 05:09

 

 

nuit-chestov.jpgUne lecture de Pascal intelligemment problématisée sur son caractère profondément paradoxal, pointant sans concession l’embarras qui constitue l’horizon de cette œuvre, embarras qui est, à tout prendre, le seul lieu depuis lequel une pensée authentique  puisse s’énoncer.

Pascal comme Macbeth, voulait tuer le sommeil. Jugement monstrueux quand on y songe, dans l’esprit d’un penseur convaincu que seule l’insomnie guette en vérité celui qui fait vœu de rester éveillé… Aucun soulagement donc, dans cette philosophie du fragment, persuadée qu’on ne peut chercher de certitude que dans l’impossible, et que l’ineptie est le camp de Dieu…

Aucun soulagement dans cette philosophie poussant aussi loin qu’il est possible les pouvoirs de la Raison, pour l’humilier in fine, et s’amuser de ce qu’au vrai, personne ne s’intéresse vraiment à la vérité. « Nous courons sans souci dans le précipice après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir» (Pascal) –la Raison, aussi bien.

Quelle manière étrange, en effet, de suivre les philosophes que celle de Pascal, moquant Platon qui ne cesse d’ouvrir plus de chausse-trappes sous les prouesses de la Raison que de raison, pour offrir au final une voie royale au mythe. Le retournement auquel Pascal procède, nous dit Chestov, c’est de se monter en fin de compte indifférent aux idées, quand la Grèce antique, elle, ne savait se montrer indifférente qu’au réel.

L’autre paradoxe qui le retient est celui de la question du Moi, dont nous n’avons retenu que la haine apparente que Pascal semblait lui vouer. C’était mal le comprendre, affirme Chestov, quand Pascal ne s’en saisissait que pour tordre le cou à la morale, dont il voyait la place à l’étable, elle qui porte au plus haut point la haine du moi humain. Le moi est haïssable, certes, mais il est indomptable, affirme Pascal, comme un événement qui ne cesse de surgir, capricieux, irrationnel, et le seul à pouvoir dissiper la torpeur dans laquelle nous plonge la vérité mathématique.

Pascal lui préférait l’âme, ce moi infirme, infime, dont le salut est pourtant à ses yeux l’incarnation de toutes les absurdités admises…

On le voit, Pascal n’est pas de tout repos. Et ses pensées sont bien une description de l’abîme dans lequel nous plonge la nécessaire désobéissance au souverain autocrate : la Raison.

 

 

Léon Chestov, La nuit de Gethsémani, essai sur la philosophie de Pascal, traduit du russe par J. Exempliarsky, édition de l’éclat, coll. Eclats, août 2012, 128 pages, 8 euros, ean : 978-2841622887.

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1 novembre 2012 4 01 /11 /novembre /2012 05:10
 
 
alain-1-.jpgLe prénom de Marie sur une tombe oubliée.
La vie de Marie. Le destin de Marie.
Longtemps j’ai imaginé ses petits rires d’enfants,
Ses soupirs de femme et ses rides à chagrin découvert.
Ah ! Dieu que le ciel me fait mal quand la terre est si bonne.
A-t-elle eu seulement toute sa part d’amour ?
Et son âme envolée vers les balcons du ciel, a-t-elle trouvé
Le repos dans la douceur des anges comme il était promis ?
Avant mon tour de silence et d’oubli, agenouillé à l’intérieur de moi :
Je vous salue Marie
   
 
   

Le Jardin des soupirs, poème de Alain Châtre, photos de Nicole Prival, éd. Peuple Libre, 1993, isbn : 978-2-907655-13-2

   
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31 octobre 2012 3 31 /10 /octobre /2012 09:44

 

morin-amour.jpgTrois termes qu’Edgar Morin tente de replacer dans la perspective du monde contemporain, comme les aubaines d’une vie que l’on pourrait ne pas perdre tout à fait –plutôt que réussir.

L’amour, comble de folie et de sagesse, capable de réveiller en nous ces états d’émerveillement et de ferveur que la poésie, jadis, savait allumer –on n’ose écrire, à le lire : dans le cœur des hommes.

Une morale donc plus qu’une sagesse, une visée qu’il faudrait savoir ménager, à défaut de l’éprouver. La seule à faire sens dans nos vies prosaïques. Une hygiène croit-on pouvoir ligne entre des lignes tout de même passablement mélancoliques, sinon pessimistes. Une hygiène qui consisterait à faire dialoguer en nous la hardiesse et la prudence, le détachement et l’attachement. Mais dont on ne voit pas comment, procédant d’une telle gymnastique, elle pourrait se déployer vraiment…

Une leçon de vie donc. C’est là tout le tragique du conseil, qui se risque à poser l’amour comme le dernier mythe que l’homme contemporain peut vivre, la dernière religion qu’il peut embrasser, le dernier rempart entre lui et son néant. Un pari en quelque sorte, quasi pascalien. Un risque. Un beau risque à courir…

Mais que l’on ne peut courir qu’à se laisser contaminer par la vérité de l’autre. La métaphore est forte, qui convoque dieu sait quel soubassement biologique improbable. Car où est-elle cette source que l’on pourrait dériver d’un simple effort curatif ? Elle se perd, douloureusement, dans les profondeurs d’un souci de pédagogue : espérez, il en sortira toujours quelque chose.

En attendant la révélation de découvrir que l’amour, seul, justifie nos vies, ainsi que l’affirmait déjà Saint Paul.

Mais derrière ce tragique du dernier rempart –le : je n’ai qu’un seul amour, il faut bien qu’il soit grand de l’insensé par trop conscient de son infortune-, il y a l’idée, amère, qu’il faut peut-être cesser de croire que l’on pourrait encore «civiliser» -(c’est le terme qu’il emploie)-, les hommes. « Soyons frères, nous dit Edgar Morin, parce que nous sommes perdus».Comme une dernière chance de construire quelque chose de beau entre nous, pour disparaître avec panache…

Etrange fraternité, étranglée dans la nasse de la subjectivité occidentale. Etrange appel à la compassion, à la miséricorde, devant le peu que nous sommes il est vrai… Etrange éthique d’infortune, qui se résume à deux conseils : éviter la bassesse dans nos vies, ne pas être méchant… Deux conseils inscrits déjà dans la morale paulinienne : quand on demandait à Saint Paul s’il existait une morale chrétienne, celui-ci en restait coi. Non. Je ne sais pas. Eviter la bassesse peut-être. Ne soyez pas méchant. Rien de bien nouveau, disait Paul. Vraiment. Une éthique de l’introspection donc, et de la compréhension. Que chacun scrute son cœur…

 

 

Amour, poésie, sagesse, de Edgar Morin, Points Seuil, janv. 1999, 96 pages, 4,50 euros, ean : 978-2020361958

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30 octobre 2012 2 30 /10 /octobre /2012 07:47

 

 

la-touusaint.jpgEn 1869, le Littré définissait le loisir comme un temps disponible. En 1930, le Dictionnaire d’Augé parlait cette fois des loisirs, qu’il décrivait comme un univers de distractions. Entre-temps, on aura créé en France, en 1910, un Office National du Tourisme, chargé d’ordonner des pratiques qui, malgré leur diversité, paraissaient relever de cet usage social du temps inédit qui se faisait jour dans les sociétés du monde occidental pour y instaurer une culture originale : celle des loisirs.

Parler de l’avènement des loisirs, c’est justement évoquer l’apparition d’un usage social du temps inédit dans le monde occidental, au 19ème siècle.

Et sans doute, pour en parler de manière conséquente, faudrait-il étudier de plus près la manière dont se sont créés ces usages modernes du temps libre et celle dont se sont mises en place les nouvelles logiques de ce temps libre. Comment le désir de voyage par exemple, la soif d’aventure et de sensations nouvelles sont-ils apparus dans les sociétés industrielles du 20ème siècle ? Répondre à ces questions supposerait de préciser tout d’abord ce qu’étaient les usages sociaux du temps avant cela. Ce serait aussi tenter de comprendre que travail et loisir forment un système, tout bouleversement de l’un entraînant celui de l’autre. Enfin, ainsi que l’illustrent magistralement les deux exemples de définition, «du» à celle «des» loisirs, ce serait tenter de comprendre comment on est passé d’une conception du loisir prescrit à une conception du loisir conçu comme un divertissement libre. Encore que la définition proposée par le Dictionnaire d’Augé fasse illusion, car il faudra attendre en France les années 1950 pour que s’affirme vraiment cette conception ludique des loisirs.

 

La Toussaint, tableau du peintre nancéien Emile Friant (1863-1932).

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 05:10
 
 
est-ce-ainsi.jpgQue reste-t-il d’actuel dans ces doléances éditées en décembre 2011 ? Tout…
De la création des banques privées tournées exclusivement vers les français les plus riches, à l’indifférence des nantis face aux noyades des clochards au large de Deauville, les témoignages recueillis de ville en ville témoignent toujours d’une seule réalité : la France souffre. Les rescapés du cancer doublement stigmatisés, les décrochés de la vie sociale, naufragés sans espoir, les précaires à perpétuité, les chômeurs, l’impossible loyer, l’impossible fin de mois, les soins inaccessibles pour des millions d’entre nous, les dents qui se déchaussent, les lunettes qu’on rafistole, tout y est, tout y passe, et tout est resté d’une actualité toujours prégnante, révélant l’effarante étendue des catastrophes qui se sont accumulées depuis des décennies sur les français. Du prix des légumes aux 811 000 enfants qui ne prennent de repas protéiné qu’une fois tous les trois jours, en passant par les enquêtes parlementaires laissées lettres mortes (qui se souvient de celle intitulée : Les banlieues françaises sont des ghettos ?), tout y est, tout est toujours d’actualité. Le règne de la sauvagerie économique n’est pas derrière nous. L’école est toujours un problème, le sous-emploi frappe toujours des millions de gens en France. Mis à disposition du public, ce diagnostic effarant de l’état des lieux en France a conservé toute son actualité. Certes, on sait bien que Hollande vient d’être élu. Mais on sait bien aussi que ce n’est pas d’une politique de symboles dont nous avons besoin.
Par parenthèse enfin, ce travail de mise à jour des doléances populaires est demeuré très lacunaire en France, au regard de celui qui est pratiqué aux Etats-Unis et que tout le monde peut consulter et enrichir sur le site
http://wearethe99percent   
De quoi s’interroger, aussi, sur notre conduite du vrai changement, trop aisément confié à la classe politique.
  
 

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Cahier de doléance contemporain, Luce Faber, les Prairies ordinaires, janvier 2012, 143 pages, 12 euros, ean : 978-2350960647

Tout au long de l’année 2012, Mediapart et le collectif Luce Faber ont proposé des doléances filmées. Les 36 vidéos sont rassemblées toutes ensemble, à cette adresse :

http://www.mediapart.fr/content/2012-un-cahier-de-doleances-semaine-2

   
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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 04:09

 

balai.jpg«Nous ne savons jamais ce que nous pouvons devenir pour d’autres, à simplement être.» (Lettre de Martin Heidegger à Hannah Arendt, le 10 novembre 1925).

 

 

Jeté dans le monde, exposé, sans jamais pouvoir parvenir à aucune situation de maîtrise, comment accéder à soi-même ?

Est-ce la question au demeurant ? Ne serait-ce pas plutôt l’injonction séminale, à laquelle nous ne savons jamais répondre ?

On ne peut être au monde qu’à se poser la question de l’être, affirmait Heidegger. Une question pour laquelle il n’existe pas de réponse préconçue. Ou bien, si, sous les formes de ces divertissements, de ces grimaces aurait dit un Gombrowicz, que nous arborons plein de foi en leur consolation.

Il n’y avait pas d’illustration plus belle de la philosophie d’Heidegger que la vie d’Alain, jeté dans le monde, s’y décochant lui-même, prenant à bras-le-corps ce tout un chacun de la réalité quotidienne où l’être fonde ses possibilités pour faire sens, plutôt que le compulser.

Etre là, dans la quotidienneté d’être, non à partir des idées mais de la sollicitude pour ce monde où il accourait nuit et jour, fuyant, le visage entre les mains, ces gueules qu’on lui faisait.

Être-là. Jeté et exposé à l’Être, Alain découvrant et redécouvrant qu’il était au monde sans disposer d’aucun cadre consolateur.

La littérature ? Pas même, qu’il interrogeait sans cesse, sans cesse reprenant le fil d’une conversation interrompue, La Rimbe, Artaud le Momo, passants considérables qu’il saluait d’un geste désinvolte.

 

La nature de l’homme n’indique rien, ne pointe rien. On ne peut rien savoir à partir d’elle. D’où partir dans ces conditions ? De l’esprit ?

Bios Theoretikos. Les grecs anciens avaient ce joli mot pour qualifier ces êtres voués à la vie contemplative, soustraits à la Polis dans une large mesure, et dédiés aux études savantes. Mais Alain n’était pas de ceux là non plus. Son amor mundi l’avait conduit ailleurs. Il se débattait. Non seulement avec ses gueules, mais avec l’illusion qu’être ne pouvait compter que d’être exposé en permanence à l’être-avec. Être avec d’autres au monde, cette réalité incontournable pourtant, dont il avait fait comme nous tous son credo, marmonnant toutefois ses dangers, quand cette manière d’être là prenait la forme d’un «on» mondain, impersonnel. On le voyait alors mimer son semblable, le refaire jusqu’à l’exaspération de l’autre mimé, se vautrant dans ce «on» fratricide, partout présent quand on y songe, partout se dérobant, pour le surmonter enfin en le poussant à n’être que jeté envers soi.

Dépasser l’être-avec, dans cette frugalité que les années 60 avaient tracée et après laquelle déjà, les années 70 ne couraient plus.

Dépasser l’être-avec de la Polis pour un être-pour maculé de son seul souci du monde. Alain parcourait le monde dans cette éthique de la préoccupation que pointe Heidegger encore.

 

Comment sortir, donc, de la vision politique du monde ?

Cette question, nous nous la posions souvent, sans parvenir à y répondre. La cité des grecs anciens avaient posé la nécessité d’un dialogue qui ne nous satisfaisait pas : celle d’une parole que Platon avait établi à une hauteur telle, qu’elle écartait de son champ tous ceux qui n’en faisaient pas profession.

Restait, dans la langue de Platon, le mythe pour donner à entendre la présence mystérieuse de l’origine de la parole dans la vie des hommes. Le mythe écrasant, barbare, imposé aux hommes par une nécessité supérieure.

Où s’origine la parole ? C’est à cette origine qu’Alain avait adossé sa vie et qu’il faisait retour sans cesse, reformulant toujours, épiant et posant au final la seule question qu’il fallait poser : qu’en est-il de la nécessité du politique ?

Nous nous étions séparés là. J’y reviendrai un jour.

Socrate avait pointé cette force qui traversait le politique : le défi d’existence.

Alain n’était pas un théoricien. Il n’écrivait pas. Il tentait simplement, jeté dans le monde, d’ouvrir une possibilité d’y être. Et si son dialogue cherchait la réconciliation, il ne trouvait au fond que l’embarras -duquel surgit la coupure de la nécessité d’existence, affirmait Benny Lévy. La zoê à mon sens, qu’aucune nécessité logique ne peut relayer. Car le logos n’a pas d’autorité : il bute sans cesse sur ses apories.

Alain était d’un lieu d’errance. Hoï Polloï. D’où doit s’énoncer au fond le politique, venant s’asseoir auprès de chacun, à tout instant, pour faire et défaire avec lui le Roi, dans l’ébranlement existentiel de soi.

On est jeté dans l’état de société sans y prendre garde. Je croyais à cet ébranlement. Mais pas au fait de vivre, tout simplement vivre, cette candeur de la vie «nue», ce soubassement contemplatif de la zoê que le monde classique a rejeté loin de nos cités, ce simple fait de vivre dans l’agréable et la douleur. Je ne croyais pas qu’il pût suffire à nous lier les uns aux autres. Alain, si.

 

«Je sais alors décidément que la vie est histoire !» (Hannah Arendt, Ombres, une sorte de réponse à Martin Heidegger).

 

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26 octobre 2012 5 26 /10 /octobre /2012 07:03

 

 

filippo.jpgNé en 1900, comédien, auteur, metteur en scène, Eduardo de Filippo fut si populaire, dit-on, qu’en Italie on ne l’appelait plus que par son prénom. Son inspiration provenait toute de l’observation de la vie napolitaine, dont les manières d’être, avouait-il, le fascinaient. La pièce elle-même fut écrite en 1922, puis remaniée en 1933. Passablement drôle, on affirme volontiers à son propos qu’elle mettrait en jeu l’opposition entre une troupe d’acteurs pitoyables, installée dans un modeste hôtel à Bagnoli, près de Naples, et la société bourgeoise qui, des plus contraintes mais sous la pression des événements, finit par échanger son masque de raison contre celui de la folie. Gennaro, le mentor de la troupe, vit avec la jeune première, Viola, enceinte. Autour d’eux Vincenzo et Florence, Attilio, le souffleur. Ils font tout ensemble, répètent, cuisinent, lessivent, lavent le linge. Alberto, l’impresario de la compagnie, tombe fou amoureux d’une jeune femme qui cache un amant transi. Elle tombe enceinte, Alberto la fait suivre, demande sa main à sa mère. Mais la jeune femme s’est mariée déjà. Alberto feint de sombrer dans la folie. La pièce se dénoue au commissariat de police dans une folie générale où chacun feint d’être fou pour se tirer d’affaire.

"Si une idée n'a pas de signification et d'utilité sociale, cela ne m'intéresse pas d'y travailler", affirmait Filippo. Mais de ce discours social, il ne reste aujourd’hui qu’une trace des plus pâlichonne… Rivé à son prochain, fasciné par la manière d'être et de s'exprimer de l'humanité, comme il le disait volontiers, il ne reste désormais que l’essentiel : ce langage qu’il a créé, et les contraintes qu’un tel langage impose à toute mise en scène, l’embarquant dans des situations compulsivement vaudevillesques. Tout, ici, répliques, personnages, événements, se met au service de ce ressort unique, qui connaît une accélération brusque dès qu’entre en jeu, justement, le principe de folie. Ouf !, se dit-on quand cela prend fin, tant la situation théâtrale paraît vouloir se compromettre elle-même comme théâtre. Echos pirandelliens, certainement, dont ce bonnet de fou dont la pièce est l'écho. Eduardo ne vouait-il pas une grande admiration à Pirandello, avec qui il finit par travailler ?





 

Eduardo De Filippo, discours et théâtralité : dialogues, didascalies et registres dramatiques, janvier 2005, 27 euros, Editions L'Harmattan, janvier 2005, 308 pages, ISBN-13: 978-2747572897.

Homme et galant homme. Angers, Nouveau Théâtre d'Angers, 21 mars 1991, L' Avant-Scène Théâtre, 23 février 1994, Collection : Quatre-vents, 96 pages ISBN-13: 978-2907468244.

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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 04:35

 

 

 

lyre - copieNovembre.

 

 

Ce désastre est une merveille.

Puis la neige dévoilera l'insondable

enchevêtrement des pas.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

tiré à part, extrait : 12 poèmes de La Lyre du jour, dessins de Marfa Indoukaeva, aux amis des éditions Héros-Limite, à paraître (bientôt)...

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