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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 05:25

chris-hedges.jpgCar la seule vraie question reste de savoir pourquoi la social-démocratie n’a pas voulu éviter le désastre auquel nous sommes confrontés aujourd’hui et dans lequel nous a précipité l’économie néo-libérale.

Chris Hedges en étudie la trahison aux Etats-Unis, qui viennent d’élire un républicain modéré. Pourquoi donc les démocrates ont-ils renoncé à leur fonction morale ? Passant au crible toutes les institutions, des universités aux centres d’art, qui constituaient les territoires d’expansion de cette élite, son constat n’est rien moins qu'affligeant : toutes ont succombé à l’appât du gain, toutes se sont inclinées devant la Finance pour défendre désormais l’idéologie navrante du Capital dans son expression la plus crue. Naufrage volontaire des contre-pouvoirs de la presse, des artistes, si la grande entreprise a si bien pu démanteler l’Etat-Providence, c’est bien avec la complicité de cette élite, qui n’a pourtant pas renoncé aux éléments de langage qui lui étaient si chers, comme ceux de Justice par exemple.

Après avoir aidé à liquider la philosophie libérale attachée encore au take care, après avoir liquidé le socialisme historique, elle s’est attaquée à la liquidation de l’Etat-Providence, à celle de l’indépendance de la Justice, à celle de l’idée de l’unité morale de l’espèce -le racisme anti-musulman qui déferle aujourd’hui sur la planète en est l’exemple le plus manifeste, qui transcende les anciens clivages Gauche-Droite.

Et de liquidation en liquidation, elle a fini par briser jusqu’à l’optimisme économique du libéralisme, faisant ainsi place nette à un profond pessimisme, sinon au cynisme amusé comme seule culture possible de l’espèce humaine…

L’Etat-Entreprise est devenu son credo. Ne reste que la sphère juridique comme ultime refuge de sa bonne conscience. La loi comme prétendu outil pour mener des réformes. Cette même loi qui a abouti, aux Etats-Unis, au pillage du Trésor Public au bénéfice de Wall Street !

Cette élite, observe avec justesse Chris Hedges, n’a cessé de se transformer en classe de courtisans qui n’ont rien d’autre à offrir que leur rhétorique creuse sur l’injustice, le mérite, le talent. Des courtisans enfermés dans des pratiques cyniques, artistes, cadres intellectuels grappillant les miettes du festin capitaliste, journalistes relayant complaisamment les mensonges de la propagande néolibérale. Silence radio sur la misère. Mais leur piété individualiste ne parvient même plus à cacher cette mièvrerie morale qui est leur marque de fabrique, tandis que leur spiritualité du "comment-je-me-sens-aujourd’hui" exprime à la perfection l’inutilité politique de cette élite progressiste.

Chris Hedges ne passe certes au crible que les trahisons du Parti Démocrate américain. Mais l’enjeu idéologique en dépasse les frontières : il n’y a pas qu’aux Etats-Unis que les chômeurs sont en passe de devenir une vraie classe sociale !

"L’élite progressiste n’est plus qu’un appendice inutile et méprisable de la hiérarchie capitaliste", affirme-t-il. N’attendons rien d’elle en effet, son rôle historique est achevé.

Mais la mort de cette élite progressiste pose de vrais problèmes cruciaux désormais : les colères à venir ne pourront plus s’exprimer qu’à l’extérieur des institutions démocratiques par trop confisquées par ces élites, au mépris des règles de la civilité propres à lé démocratie libérale. Le déclin de l’élite progressiste inaugure au fond d’un contexte politique terrifiant, avec d’un côté l’Etat-Entreprise (voire l’UE comme Etat-Entreprise) démolissant bon gré mal gré les derniers vestiges de la protection sociale, et de l’autre les poussées identitaires populistes prêtes à jeter des nations entières dans leur délire national. Reste l’espoir surgi aux Etats-Unis dans la résurgence de la Gauche radicale qui a toujours été de tous les grands rendez-vous historiques des States, et en Europe, celui de la timide émergence d’une contestation populaire qui compte encore ses forces.

  

 

La mort de l'élite progressiste, Chris Hedges, traduit d el’américain par Nicolas Calvé, éd. Lux, coll. Futur proche, octobre 2012, 300 pages, 20 euros, isbn : 978-2895961505.

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 05:47

 

 

tchernobyl.jpg26 avril 1986. L’ex plus grave accident nucléaire se produisait à Tchernobyl. Vingt-deux ans plus tard, Emmanuel Lepage y est allé, pour en revenir avec ce poignant documentaire en Bande dessinée.

Jamais de blanc. Jamais de couleurs franches et moins encore primaires. Tout est délavé, marron, brun, gris cendré. Parfois, si, l’échappée d’une couleur vite rattrapée. Le tout comme enduit de fines couches de pellicules décollées. Tout a brûlé en 86. Les peaux, les bras, les jambes. Les gens n’étaient plus les uns pour les autres que des objets radioactifs. Leurs chairs détachées des os, les morceaux de poumon, de foie, recrachés par la bouche. Là-bas. On ne sait plus vraiment où. Abandonnant leurs maisons, grattant le sol, les poteaux, les palissades, griffant leurs noms d’une signature affolée. Là-bas : ce dont personne ne parle plus. Même si le nuage radioactif glisse encore, de case en case. Et ce rappel : l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, l’Autriche, l’Italie, etc., avaient interdit la consommation du lait sur leur territoire. Pas la France. Alain Madelin affirmait alors : "Il n’y a aucun problème en France". Il ne fallait pas fragiliser la filière du lait. EDF ouvrait grand ses portes aux journalistes : "Il n’y a aucun problème en France", le pays le plus nucléarisé du monde par habitant pouvait dormir tranquille. Mais à deux jours de train de Paris, on évacuait par centaines de milliers les gens. Le baptême du feu de la fameuse Glasnost de Gorbatchev. Déjà les liquidateurs déshabillaient leur sacrifice. Combien furent-ils ? On ne saura jamais. Entre 500 000 et 800 000. Certains ont survécu. Ils touchent 67 euros de pension par mois. Emmanuel Lepage les a rencontrés. La thyroïde arrachée, leurs enfants difformes. Trois millions d’enfants devraient subir un traitement à vie. Beaucoup mourront avant d’arriver à l’âge d’homme. C’est aujourd’hui. Entre 1986 et 2004, plus d’un million d’ukrainiens sont morts des suites de l’accident. C’est aujourd’hui. Pas hier. Et demain donc. D’autres meurent déjà. Encore. Toujours. Tchernobyl. Des artistes se sont installés tout près du périmètre interdit. Emmanuel Lepage est membre de leur association. Ils témoignent. La zone autour d’eux est décharnée. Défigurée. Désagrégée. Partout traînent des carcasses d’animaux abattus par l’armée. Contaminés. Mais des paysans sont revenus habiter leur terre. Malgré le crépitement des compteurs Geiger. Sur la grand place de Tchernobyl trône toujours la fête foraine. La grand roue grince toujours au vent. Partout règne l’illusion d’une région sous contrôle, avec ces hommes en uniforme qui tentent de donner le change, quant tout échappe tellement à l’homme.

  

 

Un printemps à Tchernobyl, Emmanuel Lepage, Futuropolis, octobre 2012, coll. Albums, 168 pages, 25 euros, isbn : 978-2754807746.

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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 05:16

 

banlieue-change.jpgCes territoires équivoques dont on ne parle qu’à l’occasion des événements tragiques qui les animent, ne semblent plus faire problème aujourd’hui, tant le silence est assourdissant autour de ce que les banlieues vivent.

L’essai publié sous la direction de Régis Cortéséro tente de faire le point sur leur situation réelle, sous un titre optimiste : la banlieue change. Mais le livre refermé, on ne comprend pas vraiment ce qui a changé dans ces banlieues, sinon qu’abandonnées à elles-mêmes, ses habitants tentent désespérément d’inventer de nouvelles solidarités. Et certes, parce que la France se paupérise, ce qui change vraiment en banlieue, c’est que l’extrême misère qui s’est installée en France a renouvelé l’espace de l’habiter populaire, transformant les banlieues en un gigantesque système de solidarités locales : des solidarités qui, exclusivement ancrées dans l’espace territorial de la banlieue, conditionnent une logique de socialisation "enfermante". Que ce soit sur le marché de l’éducation comme sur celui de l’emploi, la banlieue joue plus que jamais contre ses habitants, l’effet de nasse complotant à plein. Ce qui change, donc, pointe un horizon sinistre, de construction d’une morale étrangère aux jeux sociaux du reste du pays, où l’ethnicité devient le seul support possible de construction identitaire, tout autant que de revendication politique. La politique de mixité ayant par ailleurs pitoyablement échouée –la ségrégation est revenue au galop dans les quartiers mixtes, les architectes de l’Etat ayant appris a posteriori qu’on ne pouvait pas fabriquer de la mixité par simple frottement avec des populations mieux intégrées, seule l’action Publique pourrait peser sur cette évolution catastrophique, à la seule condition de ne pas laisser intacte la trame de la domination sociale. Mais voilà qui est illusoire dans un pays qui, par tradition, postule une société ignorante confrontée à une administration savante. La quadrature du cercle en quelque sorte : il faudrait pouvoir écouter la banlieue, mais l’écouter aujourd’hui, c’est d’abord accepter de s’exposer à sa colère et en libérer l’énergie…

 

 

La banlieue change !, de Régis Cortéséro, éd. Le Bord de l’eau, coll. Clair et net, oct. 2012, 230 pages, 20 euros, isbn :

978-2-35687-197-8.

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12 novembre 2012 1 12 /11 /novembre /2012 05:11

 

deux-ou-trois.jpgLe ton est presque badin, Ha-Joon, professeur d’économie à Cambridge, ouvrant sur les sept façons de lire son essai, selon que l’on soit ou non informé, selon que l’on veuille ou non s‘informer. Economiste hétérodoxe, attaché au système capitaliste, il nous livre ici une réflexion réjouissante, sinon inquiétante, sur l’issue d’une crise dont on nous promet qu’elle sera bientôt presque derrière nous. C’est ce "presque", on l’aura compris, le nœud du problème, qui invite les peuples à se serrer toujours davantage la ceinture, dans l’illusion d’un sacrifice collectif salutaire…

L’économie mondiale est en lambeaux, nous dit sans ambages Ha-Joon. Ça, on le savait. Mais personne ne veut en prendre acte : on ne cesse au contraire de renflouer un navire qui est en train de sombrer. A fonds perdus donc Littéralement. Et tandis que l’argent fait défaut dans l’économie réelle, il abonde dans les places financières, qui l’ont presque totalement capté. Dans ces conditions, affirme Ha-Joon, nous avons des années de vache maigre devant nous : la pauvreté est notre horizon commun. Et il y a de fortes chances pour que l’économie mondiale connaisse de nouvelles phases de récession. Des phases que nos dirigeants politiques sauront imputer à de nouveaux secteurs d’une économie trop peu concurrentielles…

Les chômeurs ? Dans leur immense majorité, ils ne réintègreront pas les circuits économiques normaux.

Pourquoi ce désastre ? Pour une grande part à cause de la liberté totale dont jouissent les marchés financiers. Une liberté soutenue par une idéologie dévastatrice : le néolibéralisme, qui a fini par liquider totalement le "take care" du libéralisme philosophique. Et Ha-Joon, de s’employer à démontrer combien la vision du monde néo-libérale est étriquée. Malheureusement, au cynisme des économistes néo-libéraux s’est ajouté la collusion du milieu politico-médiatique. Car ce qui est arrivé n’était pas un accident : nous aurions pu l’empêcher –nous le pouvons toujours. Le marché libre, ça n’existe pas. Cette liberté se définit politiquement. Pour les banques, le choix était simple : il était possible de ne pas offrir 700 milliards de dollars, aux Etats-Unis par exemple, sinon sous condition, aux banques qui se sont empressées de les partager en dividendes…

Passons sur les démonstrations, simples et chiffrées. Ha-Joon revient sur nombre d’idées reçues concernant l’économie, qu’il faudra bien entendre un jour.

Prenez les entreprises : faut-il les gérer dans l’intérêt des actionnaires ? Il est bien évident que non : les actionnaires, contrairement à une idée reçue, ne sont pas les propriétaires des entreprises, mais les parties prenantes les plus versatiles et les moins soucieuses de leur avenir à long terme. Jetant par millions des salariés à la rue, un simple calcul rétrospectif permet de constater que depuis les années 1980, l’un des facteurs de déstabilisation le plus important de l’économie mondiale aura été l’insécurité de l’emploi, et non son manque de flexibilité.

Autre exemple : enrichir les riches n’enrichit pas les pauvres. Cette idée d’économie du ruissellement est un pur fantasme, la politique en faveur des riches n’ayant jamais permit d’augmenter la croissance d’un pays, chiffres à l’appui toujours : depuis 1980, nous n’avons cessé de donner toujours plus aux riches, en vain. La croissance par habitant, elle, n’a cessé dans le même temps de s’effondrer. Dans la même période, l’investissement des riches n’a cessé de chuter : les riches gardent l’argent pour eux. Point.

Prenez encore les systèmes de rémunération des dirigeants des plus grandes entreprises : ils sont unilatéraux, jamais fixés par leur fameux marché libre, jamais corrélés sur la moindre performance, ni moins encore sur le résultats de l’entreprise, mais bien plutôt le fruit d’un pillage systématique et ordonné des biens produits.

Et quant aux marchés financiers, contrairement à ce que l’on peut entendre dire, ils ne sont pas inefficaces, mais au contraire, particulièrement performants : avec leurs nouveaux outils mathématiques, ils ont trouvé de quoi générer des profits immenses à court terme, même et surtout en temps de crise, en fragilisant toujours davantage l’économie mondiale. Si bien qu’il n’est pas possible de concevoir autrement ces outils financiers que sous la vision d’armes de destructions massives.

  

 

Deux ou trois choses que l’on ne vous dit jamais sur le capitalisme, de Ha-Joon Chang, traduit de l’anglais par Françoise Chemla et Paul Chemla, éd. du seuil, coll. Philo.Gener., octobre 2012, 356 pages, 21 euros, ean : 978-2021083736.

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10 novembre 2012 6 10 /11 /novembre /2012 05:14

cite-riviere.jpgUne histoire du peuple de Shanghai, de cette Cité de la Poussière Rouge qui traversa les âges, résistant aux Empereurs, à la dictature du Prolétariat, à la Chine néo-capitaliste d’aujourd’hui.

De ces constructions qui sont le produit du peuple qui les habite, tant leur extravagante structure paraît douée d’une logique propre à organiser hardiment sa destinée. Un peuple hétéroclite, riche de la diversité qui le traverse, le féconde, le recompose dans une identité tout à la fois multiple et unique, unanimement tenace au final, opiniâtre et roué. De ces peuples qui ont su résister à tout en s’adaptant à tout.

Une petite histoire populaire raconté par l’écrivain chinois Qiu Xialong, lequel, à l’image de cette fantastique plasticité des habitants de la Cité, fut d’abord interdit d’école sous la Révolution Culturelle, avant de soutenir une thèse sur T.S. Eliot et partir aux Etats-Unis poursuivre ses recherches.
Une histoire éparpillée en nouvelles établies selon un ordre chronologique, de 1949 à nos jours, organisant les moments clefs tout à la fois de la Cité et de l’Histoire chinoise du XXème siècle.
Et dès 49 l’on découvre la force d’inertie de cette Cité dont les nationalistes voulurent faire, avec Shanghai, une Stalingrad orientale. Le tournant qui allait les sauver, pensaient-ils. Mais rien ne put venir à bout des habitants de la cité et les nationalistes durent s’enfuirent, tandis que le narrateur passait à côté de l’Histoire terré sous son lit, vaincu par une peur très ordinaire et non moins salutaire.
Mais de toutes les histoires que narre Qiu Xialong, la plus édifiante est peut-être celle de Bao, le poète ouvrier. Histoire construite en deux temps pour enjamber la Chine de Mao et trouver son dénouement dans celle d’aujourd’hui. Tout commença pour Bao en 1958, alors qu’on exhumait la vieille conférence prononcée par Mao en 42 sur la littérature et l’art, qu’il voulait mettre au service de la Révolution. Bao fut prié d’écrire des poèmes. Pas du tout familier de la chose, lui que l’on venait déjà d’arracher à sa cuisine pour l’envoyer secourir les forces vives de la nation dans les usines du Peuple, raconta au commissaire qui tentait de l’enrôler combien la réussite d’un plat de Tofu était chose malaisée. L’histoire plut. Bao fut sommé de composer son premier poème :

Telle fève de soja produit tel tofu
Telle eau donne telle couleur.
Tel savoir faire fabrique tel produit.
Telle classe parle telle langue.


Le poème fit le tour de la Chine et Bao devint membre de l’Association des écrivains chinois. Bien plus tard, en 1996, ayant traversé toutes les vicissitudes maoïstes, dénonçant quand il le fallait, s’auto-critiquant avec non moins d’opportunité, Bao fut encore sommé d’accepter un poste de chercheur à l’Université. Un poste qui, cependant, lui laissa le loisir de faire grandir ce genre de petite échoppe que la Chine nouvelle encourageait à développer (que cent fabriques s’épanouissent, quelque slogan post-communiste de la sorte), dans laquelle il pouvait s’adonner à la seule passion qui ne l’avait jamais quitté : celle du Tofu. Si bien que dans cette Chine du capitalisme effréné, sa boutique put s’enorgueillir d’être l’une des rares à passer le cap du millénaire et produire un Tofu bien meilleur que le Tofu d’Etat
.


Cité de la Poussière Rouge, de Qiu Xialong, traduit de l’anglais par Fanchita Gonzalez Batlle, Liana Levi – Piccolo, mars 2010, 222 pages, 9 euros, isbn : 978-2-86746-540-6.

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9 novembre 2012 5 09 /11 /novembre /2012 05:21

chine.jpgMémoire de Chine. Mémoires plutôt, plurielles, fragiles. Mémoires enfouies, biffées, jamais révélées, risquées là pour tenter de recomposer l’imaginaire collectif d’une nation. Mémoires en forme d’hommage, superbe travail d’anamnèse, et d’identité, conduit par la journaliste Xinran autour de la génération de ses parents et de ses grands-parents, en forme de traversée du XXème.
Mémoire ambitieuse donc, résolue, rien moins que cela, à forcer la vieille «culpabilité» chinoise venue du fond des siècles, pour dire une autre histoire que celle des musées anthropographes… Travaillant au corps cette culpabilité surgie à la suite d’une réforme juridique qui, dès le IIème siècle, étendit la faute à la famille du criminel. Par parenthèse, cette idée de la responsabilité collective dans le droit pénal fut introduite en France en 1670 par le roi louis XIV, avant d’être abrogée.
Mémoire difficile, affrontant des siècles d’inhibitions savamment orchestrées. Travail de Mémoire plutôt que Devoir de Mémoire, scrutant avec force un passé ravagé par la Révolution Culturelle, revisitée aujourd’hui par toute une nation un peu trop prompte à se moquer des idéaux des générations précédentes.
Un travail de mémoire pour établir des vérités, les explorer du moins, dans un livre tendu en miroir à la nation chinoise, l’un de ces ouvrages que l’on aimerait voir surgir chez nous, à propos de « Nous »…
Les témoins proposés dans l’ouvrage ont ainsi plus de 70 ans. Des bandits de la Route de la Soie aux rescapés de la Longue Marche, ils confessent ce que furent leurs temps, marqués par l’un des plus grands événements du siècle : la Révolution maoïste.
Comme celui de la Longue Marche. Ouvert par le puissant témoignage de M. Changzheng, né en 1916, qui participa d’un bout à l’autre au périple, aujourd’hui disqualifié, nombre de jeunes chinois se demandant même si cette Longue Marche a eu lieu, et si elle fut vraiment aussi longue qu’on l’a prétendue : plus de 12 000 kilomètres…
A ces deux questions, les historiens répondent oui. Mais il vaut la peine d’entendre ce témoignage pour comprendre que loin de l’historiographie officielle, elle fut à bien des égards moins un événement fondateur qu’une tragédie pour les centaines de milliers de chinois qui y ont pris part.
Rappelons en à grands traits les moments. Dès 1933, le Guomindang mobilisait 1 millions de soldats pour attaquer chacune des bases rurales de la guérilla communiste et 500 000 supplétifs pour lancer leur attaque sur le soviet du Jiangxi.
A cette époque, le secrétaire du PCC, Qin Bangxian, se rallia à la stratégie de Li De (l’allemand Otto Braun), qui préconisait une attaque frontale du Guomindang. Attaque qui échoua : Otto braun ne disposait que de 100 000 hommes mal équipés et 30 000 guérilleros. Si bien que l’année suivante, l’Armé Rouge ne savait plus que faire, ni où aller. Les officiers, désemparés, ordonnèrent un repli désordonné, véritable fuite hagarde au gré de décisions contradictoires. Ainsi démarra la Longue Marche, en une fuite éperdue, incohérente, en incessants allers-retours, jusqu’en janvier 1935, date à laquelle, seulement, les choses s’organisèrent un peu mieux, Zou Enlai reprenant le commandement militaire tandis que Mao devenait son second. Un Mao qui ne devait pas y prendre part en fait, contrairement à ce que l’Histoire officielle martela pendant des années…
Rares ceux qui l’ont faite en entier, et à pieds : les officier montaient des chevaux.
Quelle vision ce témoignage nous offre-t-il alors, d’une marche insensée, folle à bien des égards, hallucinée et terriblement coûteuse en vies humaines. Ils furent des milliers à fuir leurs colonnes, errants, jetés dans les campagnes sans plus savoir que faire. Comme ces hommes venus du Nord du Sichuan, une région dans laquelle on ne mangeait pas à sa faim, et qui ne s’étaient enrôlés que parce que l’Armée Populaire promettait de les nourrir. Des femmes aussi, des enfants essaimés sur le bord des chemins. Et des milliers de disparus, des milliers d’égarés dans les franchissements douloureux des pics enneigés (le mont Jiaping culminant à plus de 4000 mètres, franchi dans tous les sens en allées et venues dispersées, ses sentiers jalonnés des morts des précédentes ascensions).  La pluie, la grêle, la neige, la glace, le froid, les steppes marécageuses, hommes et femmes épuisés, affamés, mangeant l’herbe des routes, les racines des buissons et le cuir de leurs ceintures, marchant souvent en une longue file de somnambules accrochés à la queue leu leu dans le brouillard. Des témoignages poignants, fascinants, une époque livrée sans fard à notre compréhension avec en arrière-plan une Chine surprenante, celle d’aujourd’hui, à scruter aussi résolument son Histoire.


Mémoire de Chine, de Xinran, éd. Philippe Picquier, janvier 2010, Collection GRAND FORMAT, 672 pages, 23,50 euros, ISBN-13: 978-2809701494

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 05:10

 

 

 

freedom-summer-copie-1.jpg1964. Les trois mois qui vont faire basculer l’Amérique : 959 gosses de riches vont adhérer au Summer Project, et descendre inscrire les noirs du Mississippi sur les listes électorales de l’état le plus réactionnaire de l’Union. 959 gosses de la Heavy League : Harvard, Yale, le M.I.T., plutôt libéraux politiquement, issues des familles les plus riches des Etats-Unis (c’était l’un des critères de leur sélection !), vont vivre chez l’habitant : les familles les plus pauvres des Etats-Unis. Ou dans des Freedom Houses, dans la plus grande promiscuité, qui vont très vite se transformer en phalanstère où la parole ne cesse de ciculer, où les sens ne cessent d’être sollicités, filles, garçons de bonnes familles soudain mélangés entre eux et avec les populations noires -et découvrir la liberté sexuelle. Ils vont se voir confrontés à l’extrême misère de populations toujours quasiment réduites à l’esclavage, en prendre la mesure, créer des écoles libres, des dispensaires libres, des maisons communes, et se heurter à l’extrême brutalité des blancs, que le KKK, toujours vivace, va déchaîner contre eux dans une haine totale. Libéraux, chrétiens, issus des familles les plus prestigieuses de l’Union, ils vont connaître la Terreur, vont se voir kidnappés, battus à mort pour une dizaine d’entre eux, se faire tabasser, le tout avec la complicité de la police de l’Etat cédant à l’arbitraire aveugle. Et moins d’un mois après leur arrivée, ils vont se radicaliser. Les courriers qu’ils envoient à leur parent en témoignent, alertant d’un coup par l’intermédiaire de ceux-ci, grands magnats de la presse, puissants capitaines d’industrie, l’opinion publique américaine (blanche) qui ne peut supporter de voir ses enfants battus à mort par une bande de fascistes furieux. De nouveaux volontaires débarquent, des communautés se forment, la rupture est totale avec leur ancien mode de vie et de pensée. Une grande partie des leaders de la contestation américaine va sortir du Freedom Summer. Trois mois. On kidnappe toujours, on bat toujours à mort, mais par centaines des journalistes descendent dans le Mississippi relayer les événements, faire une publicité énorme aux modes de vie expérimentés par ces jeunes étudiants blancs. L’Amérique n’en croit pas ses yeux. Une Nouvelle Gauche émerge, radicale, qui se rappelle soudain ses aînés communistes, réprimés dans le sang, se met à leur écoute dans ces communautés libres où l’on ne veut plus vivre comme avant. Les attentats à la bombe n’y font rien. Les volontaires restent et expérimentent dans la foulée de nouveaux discours politiques, culturels, idéologiques, un autre mode de vie sans classes, sans races, sans différences sexuelles. Et cette jeunesse réformiste au départ, idéaliste, met à bat non seulement le libéralisme américain, mais cette pseudo Gauche qui veut leur confisquer leur lutte. Ils étaient l’apogée du mouvement libéral américain, celui-ci s’écroule comme un château de cartes. Dans un an, le Black Power surgira. La violence change de camp. 1965 : les émeutes de Watts, à L.A., terrifiante réponse des blancs conservateurs qui enverront les chars dans les rues de L.A.

Il n’y a pas de changement possible sans violence révolutionnaire. C’est ce que nos volontaires ont appris.

Et c’est cette expérience qu’explore le livre. Une enquête sociologique menée des années durant. L’auteur a compulsé les archives, les lettres de motivation étonnantes de candeur au départ, et puis les courriers envoyés par ces gosses à leurs parents. Il a retrouvé les vétérans du Freedom Summer, a mené ses entretiens, décrypté les discours, les idées, les cultures, enregistré les trajectoires, les vécus, qui nous étonnent encore et nous éclairent sur ce tournant invraisemblable et la surrection de cette Gauche radicale. Trois mois. La création d’un réseau social à l’échelle des Etats-Unis, porteur d’un message qui allait transformer toute la jeunesse américaine. Trois Mois d'où vont surgir le féminisme, la contre-culture américaine, le mouvement hippie et les comités Viernam. Freedom Summer : le canevas d’une grande partie des mouvements des années 60.

 

 

Freedom Summer, Luttes pour les droits civiques Mississippi 1964, Doug McAdam, traduit de l'américain par Lélia Izoard, éd. Agone, coll. l'Ordre des choses, 474 pages, 26 euros, ean : 978-2-7489-0164-1.

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7 novembre 2012 3 07 /11 /novembre /2012 05:38
 
 
nous-les-negres.jpgTrois entretiens de 1963, avec une préface inédite d’Albert Memmi, posant d’emblée que les Noirs d’Amérique ont subi deux traumatismes : celui de l’esclavage, et celui de la décolonisation, mais oubliant le troisième traumatisme : celui de la décolonisation, qui n’aura été qu’une privatisation de la colonisation, et dont un pays comme la France porte toujours les stigmates.
Trois entretiens menés par Kenneth B. Clark, interrogeant des trajectoires individuelles, suscitant chaque fois un récit de vie, réticent dans le cas de Malcom X, souvent exaspéré par ce ton de conversation qu’il refuse à juste titre, contredisant Kenneth Clark pour le ramener à ce qui seul compte à ses yeux : l’état des lieux de la souffrance noire, quand Clark voudrait construire autour d’eux une sorte de mythe, en faire des effigies commodes derrière lesquelles dissimuler, justement, et la souffrance et la colère noire.
Trois courts entretiens qui livrent cependant les traits marquants de ces personnalités, Malcom X pugnace, inquiétant, rigoureux à l’excès, pesant chaque mot et dont on voit combien les deux autres le redoutent. Martin Luther King par exemple, prenant garde de ne jamais le critiquer ouvertement, et bien que Malcom X ne se prive pas de dénoncer en lui une démarche préjudiciable à la nation noire. C’est James Baldwin avouant que sans doute Malcom est le seul porteur du discours de dignité des noirs d’Amérique. Malcom X si radical quand on relit ces entretiens, dans sa volonté de faire sécession et d’engager avec lui les Noirs américains à rompre avec des blancs qui ne renonceront jamais à les enfermer dans leur souffrance et leur humiliation.
Trois trajectoires édifiantes sur cette Amérique qui n’a de fait toujours pas cessé de construire autour des noirs ses murs terrifiants. Malcom X avait sans doute raison, sans doute la lutte aurait-elle dû être plus radicale que ne le voulait Luther King. Reste le témoignage plus mesuré et superbement émouvant de Baldwin, évoquant la schize dans laquelle on verrouille les mentalités noires : ils étaient américains, oui mais, bien qu’ils étaient là par la volonté des blancs, et bien qu’ils ne pouvaient plus être ailleurs, là où ils étaient, les blancs n’en voulaient pas. Baldwin interrogeant une société capable de produire cinq agents de police battant une femme à mort dans les rues d’une grande ville : "cette société a accepté d’être monstrueuse". Superbe plaidoyer du même enfin, non pour contraindre l’état américain à s’engager moralement auprès des noirs, mais auprès de la nation américaine elle-même. "On ne peut pas survivre à tant d’humiliations sociales". Obama ferait bien de l’entendre de nouveau, tant la situation des noirs d’Amérique est restée douloureuse.
 
 
Nous les nègres, James Baldwin, Malcom X, Martin Luther King, entretiens avec Kenneth B. Clark, traduit de l’américain par André Chassigneux, éd. La Découverte, coll. Poche, mars 2008, 101 pages, 6,60 euros, ISBN-13: 978-2707154392.
 
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6 novembre 2012 2 06 /11 /novembre /2012 05:03
 
 
haine-usa.jpgLa moitié des électeurs américains va confier son destin à un républicain modéré (Obama), ou radical (Romney). Un vote de dépit titrait très justement aujourd’hui Libération. L’autre moitié n’ira pas voté. Elle sait qu’il n’en ressortira rien de bon pour elle. Elle sait que le calendrier électoral est l’une des formes qu’a prise dans le monde la liquidation de la démocratie.
L’électorat américain, lui, a franchement glissé à droite. Sous l’impulsion du Tea Party, largement télécommandé par les factions les plus extrémistes du parti républicain. On connaît la chanson : la France a voté Hollande, mais du bout des lèvres.
Les plus riches s’en félicitent. Qui vivent sur ce que les américains nomment désormais le sixième continent. Le leur, exclusivement, tandis que l’espace de la citoyenneté ordinaire, lui, s’est rétréci comme une peau de chagrin. Là-bas comme ici du reste : sitôt le vote dépouillé, nous ne décidons jamais de rien.
En réinstallant la haine et la peur au cœur de la société américaine, les républicains ne poursuivent en fait qu’un seul objectif : passer tout le pouvoir politique entre les mains du secteur privé. Partout on les entend vanter la supériorité intellectuelle et morale du milieu des affaires sur le reste des hommes : nous. Déjà leurs mercenaires (et ce n’est pas une image) s’affairent à liquider le peu qu’il reste de démocratie dans le monde.
La rationalisation de la haine, aux Etats-Unis, s’inscrit dans cette perspective. On brûle les livres désormais, on pend des effigies –non pas en Iran : aux Etats-Unis. Une atmosphère de curée s’est installée, vraie manifestation de cette alliance entre les intégristes chrétiens et les barons de la finance. Partout on entend les membres du Tea Party affirmer qu’il est grand temps de se débarrasser de ces déchets humains qui encombrent la société américaine : les gays, les enfants déficients, les handicapés sans travail, les chômeurs, etc. La morale intégriste ne s’embarrasse pas de nuances, la discipline économique en appelant à la discipline religieuse. Et partout bien sûr, le laissez-faire totalitaire du néolibéralisme se cherche des complices dans le camp démocrate. Et en trouve.
L’ouvrage de Nicole Morgan est sans doute par trop touffu, décousu, mal ficelé. Mais il montre bien cette continuité de la politique américaine, tous partis confondus, et son glissement réactionnaire aujourd’hui. Le zèle du Tea Party est constant. Ses moyens, énormes, décrits ici avec beaucoup de précision. Et sa vindicte, ahurissante : une déferlante continue de mensonges, de contrevérités, de fadaises abjectes. Comme celles de Michèle Bachmann racontant sans rire qu’elle a rencontré Dieu par deux fois et qu’à deux reprises, celui-ci lui a fait part de sa colère. Le fondamentalisme chrétien, on l’aura compris, s’est lancé à l’assaut de la nation américaine, ne cessant de réinterpréter les événements qu’elle traverse à la lumière d’une lecture débile des livres de l’Apocalypse et, pour plaire aux riches, travaillant au corps la mauvaise conscience des citoyens à l’égard des pauvres pour l’éradiquer enfin…
 
 
Haine froide, à quoi pense la droite américaine, de Nicole Morgan, Seuil, septembre 2012, Collection : H.C. ESSAIS, 254 pages, 19,50 euros, ISBN-13: 978-2021076226.
 
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Published by texte critique - dans Politique
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5 novembre 2012 1 05 /11 /novembre /2012 05:23

 

 

ardenne.jpgLa passion de l’Histoire, incarnée. Comme une vérité intime, personnelle, charnelle. Comme un événement duquel on ne peut plus sortir. L’histoire de rapines des commerçants français par exemple, qui se sont jetés sur l’Afrique avec une seule idée en tête : devenir des nababs blancs. De La Rochelle, par vaisseaux entiers ils partaient s’enrichir sauvagement et Paul Ardenne, enfant de la Rochelle, ne pouvait pas ne pas réaliser ce que cela signifiait concrètement.

L’Histoire comme une sensation, physique. Avant que d’être une couleur, elle est tel champ de bataille et la terre retournée, où l’historien met genou en terre pour ausculter ses cicatrices. Pas d’Histoire sans ce lien intime aux événements. Voilà le lieu qu’il nous avoue superbement, n’ayant depuis lors cessé d’en vivre l’intimité : l’anfractuosité d’une roche affleurant sous la végétation, vestige qu’il faut à présent déterrer pour comprendre. Les ruines, vivantes d’un coup, surgies là, sous la main. C’est Paul Ardenne déambulant dans Berlin Est et voyant de ses propres yeux ce qu’il en coûte de fuir, les quelques mètres stoppés net par la ronce métallique. Ou ce Berlin du début du XXème, "qui grandissait à la vitesse d’une carriole, avec ses banlieues gorgées de ressources humaines". Lisez Berlin AlexanderPlatz, lisez Ardenne, vous comprendrez et cette passion et sa nécessité. L’humiliation sociale toujours recommencée, les rudes militants Spartakistes égorgés la nuit et puis Berlin envahit des décennies plus tard par l’herbe qui signe l’arrêt de mort du communisme. Paul Ardenne porte partout son regard chaviré. L’Afrique, toujours, depuis le commencement, une passion qu’il n’a cessé d’affronter. Storytelling poignant, celui de vivre, tout simplement, au creux d’un monde immense et habité de ses semblables. L’Histoire comme un destin personnel au fond, livrant le monde aux êtres humains. Un Paul Ardenne qui n’en oublie jamais le pathétique de nos vies, comme dans cette sortie de l’histoire sous la pression de l’âge ou de la maladie, évoquant Jean-Luc Nancy écoutant les battements de son cœur malade au plus fort de l’engagement en Irak. L’Histoire est poésie, au sens fort. Reconnaissant envers Jacques Valette qui lui a tout enseigné : la beauté d’être de ce monde.

 

 

 

L’Histoire comme une chair, Paul Ardenne, éd. Le Bord de l'eau, coll. La Muette, septembre 2012, 154 pages 15 euros, ISBN-13: 978-2356871886.

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Published by texte critique - dans essais
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