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21 novembre 2014 5 21 /11 /novembre /2014 05:42
 
chasse-a-l-ange.jpgL’île de Marøya, en Norvège. Engel Winge a fini son CDD, la voici recrutée dans le journal local. Sur l’île, on parle de fantômes. D’une maison abandonnée, léguée à une église évangélique. Engel rencontre une voyante, qu’elle accompagne sur l’île. Le monde est baigné d’énergies à ses yeux. A Marøya lui est apparue une femme, puis son bébé. Et puis un homme.  Et un chien encore. Un pêcheur et son chien. Et un enfant dans sa tombe… Mais le sujet est renvoyé par son rédac chef à l’été prochain. Un autre l’intéresse davantage, un footballer dont Engel doit faire le portrait. Elle repart donc vers d’autres horizons, avec dans la poche l’amulette que lui a confiée la voyante. Pour la protéger. Mais de quoi ? Dans cette amulette, une pierre. Lourde. De météorite semble-t-il. Engel ne peut se détacher du récit de la voyante. Des disparus de l’île. Tandis que dans la région de mauvaises drogues déferlent. L’île l’obsède. Elle part sur les traces d’un marin disparu depuis bien longtemps. Le pêcheur a bien existé. On se rappelle son petit chalutier que l’on a cru noyé au fond d’un fjord. Engel furète, fouine autour de la maison léguée à l’église évangélique. Elle cherche une tombe, finit presque par s’enterrer vivante dans une cuve au fond de laquelle elle découvre un squelette de chien, le crâne fracassé par une balle. La pierre l’a sauvée. Elle veut le croire du moins, s’y raccrocher après éperdument prié qu’on la sauve. Vive, l’île l’obsède plus que jamais. Le chien était bel et bien celui du disparu. De ce pêcheur dont elle en apprend plus, saisissant l’opportunité de rejoindre son père à Berlin pour retrouver la fille du marin disparu. Une ancienne toxico, qui lui parle de Mikael, l’étrange sauveur de l’île. Qui rêvait alors d’inonder le marché norvégien de meth… Une deuxième enquête de ce personnage pugnace, évoluant avec force dans un environnement étouffant et le climat délétère d'une Norvège décidément cousue d'ombres.
 
 
Chasse à l'ange, de Ingelin Rossland, traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud, Editions du Rouergue, coll. DoAdo Noir, 5 novembre 2014, 218 pages, 13,50 euros, ISBN-13: 978-2812607196.
 
 
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18 novembre 2014 2 18 /11 /novembre /2014 08:59
 
pouchairet.jpgIl fallait toute l’audace des éditions Jigal pour oser publier un roman comme celui de Pierre Pouchairet, campant son histoire dans le théâtre du Proche-Orient. Un roman intriguant pourrait-on dire même, non la réalité proche-orientale, mais la figure publique de ce que l’on nomme toujours à tort le «conflit israélo-palestinien». Car il n‘y a pas de «conflit israélo-palestinien» : il y a une guerre d’agression coloniale menée par l’état hébreu contre le Peuple Palestinien, tout comme il n’existe pas de «négociations de paix», mais la lente agonie de ce même Peuple, orchestrée par l’état hébreu avec la complicité des puissances occidentales. Le sujet du roman n’est donc pas cette réalité dévoyée par la presse du monde occidentale. Il est à peine celui de cette figure publique si mal renseignée (à dessein) dans l’expression fautive de «conflit israélo-palestinien». Le sujet du roman est condensé dans son intrigue, policière, et dont la dimension symbolique, elle, est autrement plus intéressante au fond. Le sujet du roman est la criminalisation de l’économie proche-orientale, dessinant un horizon d’attente qui mérite que l’on s’y attarde.
L’intrigue tout d’abord. Elargie aux dimensions de la mondialisation. La Chine en ouverture, où de jeunes palestiniens sont enfermés dans l’attente de leur exécution : ils se sont rendus coupables de trafic de drogue. Naplouse ensuite. Une famille de colons décimée. Le Shabak est sur les dents et l’état hébreu veut vite conclure  à la responsabilité «arabe». Un crime odieux, d’extrémistes palestiniens, de djihadistes dirions-nous en France, d’islamistes sinon de musulmans oseraient les commentateurs français, pour satisfaire à l’hystérie collective nationale qui ne peut s’empêcher de faire passer en contrebande du mensonge d’une histoire nationale prétendument vouée aux droits de l’homme, l’idée d’une différence musulmane menaçant l’humanité blanche… Une famille juive d’origine française qui plus est. L’assignation romanesque est ici des plus percutantes, tant les liens qui nous lient à cette figure publique d’un prétendu «conflit israélo-palestinien» informent la construction de cette idéologie française néo-raciste que l‘on voit éclore partout en France, sous nos yeux. La France impliquée donc, très vite dans le roman, nouée aux ténèbres d’un crime particulièrement odieux. Un meurtre sauvage, barbare, dont les auteurs ne font aucun doute aux yeux de l’état hébreu. Dont les auteurs ne peuvent qu’être, sinon se doivent d’être arabes. L’arrestation musclée de jeunes suspects palestiniens ne satisfait pourtant guère les policiers embarqués dans cette affaire. Policiers israéliens, palestiniens, et français. Le nœud n’est pas gordien mais explosif. Parce que dans la maison de la famille assassinée, on découvre des liasses de billets bien suspectes. Uzan, le père, était chimiste. Travaillant pour l’un des fleurons industriels de l’économie israélienne ! Et ce que lèvent nos policiers n’est rien moins qu’un trafic de drogue, de meth, inondant depuis les Territoires Occupés non seulement le Proche-Orient, mais on l’a vu, la France, l’Europe et jusqu’à la Chine. C’est cela le sujet du roman. Une intrigue extraordinairement bien cousue, menée dans ce style désormais si percutant d’anciens grands flics convertis au polar. (Il faudra d’ailleurs bien un jour se poser la question de savoir comment naissent de pareils écrivains dans le milieu de la police, d’écrivains aussi doués, aussi convaincants !). D9.jpgLe sujet du roman est ce fil de l’intrigue policière, prenant ici pour cadre le Proche-Orient et bien évidemment, ne laissant pas ce cadre indemne. Il est donc aussi le prétexte à dépeindre une réalité complexe, la corruption des Autorités palestiniennes, l’instrumentalisation politique de la douleur palestinienne par le Hamas, l’étau israélien sur les Territoires Occupés, la duplicité de certaines institutions de l’état hébreu plus enclin à fabriquer de toute pièce une vérité qui l’arrange plutôt que de tenter d’en cerner les contours réels. Mais ce prétexte n’est qu’une toile de fond. Le regard posé sur la réalité proche-orientale est celui d’un «policier», non celui du journaliste d’investigation, ni moins encore celui du politicien. C’est là que le bât blesse, davantage d’ailleurs pour ces lectures critiques du roman que l’on a pu voir éclore ici et là, rapportant abusivement sa lecture à un déchiffrage géopoliticien, que pour le roman lui-même, dont l’horizon d’attente n’est pas géopolitique. Mais certes, en construisant pareillement son intrigue, renvoyant dos à dos israéliens et palestiniens, l’auteur semble consacrer la vulgate que nos médias ne cessent de marteler sous l’innocence commode du fameux intitulé mensonger : «le conflit israélo-palestinien». La réalité de l’occupation israélienne des Territoires par exemple est bien certes effleurée, mais pas dans toute son horreur. Cette horreur que les médias français se refusent à décrire et que paradoxalement, il vaut mieux aller chercher dans le quotidien israélien Haaretz dont le travail d’objectivité est sur ce plan plus remarquable que presque tout ce qui peut se lire sur la question en France. C’est même du côté des voix juives que je serais tenté de renvoyer pour construire toute l’étendue de ce qui se passe au Proche-Orient : celle de l’universitaire Norman Finkelstein par exemple, du documentariste Eyal Sivan, ou de Rony Brauman et d’Eric Hazan. Sous nos yeux se met en place un véritable apartheid au Proche-Orient, qui est le fait du seul état militaire régissant les terres qu’il s’accapare, brutalement, comme l’a montré Norman Finkelstein dans on article «The Hidden story of Israel’s assaults on Gaza». Cette réalité-là n’est donc pas l’objet du roman, qui campe plutôt dans l’ordre d’un discours plus en retrait quant à la responsabilité israélienne. Le sujet pourtant, ce trafic de drogue, cet «accommodement» romanesque dans l’espace du crime, ouvre sans cesse à l’extrapolation géopolitique. La criminalisation symbolique qu’il dessine de l’espace des communautés israéliennes et palestiniennes n’est ainsi pas sans troubler. Ce pourrait être, en effet, l’ultime impasse proche-orientale –si l‘on tient absolument à faire une lecture «réaliste» d’une œuvre dont l’horizon est avant tout romanesque. Mais… Non, la chose est mal dite : ce serait perdre de vue le caractère romanesque de l’œuvre discutée. De même que l’on a tort de fourbir une lecture géopolitique de ce roman, l’on aurait tort de le renvoyer à ses effets de réel. Que serait donc une lecture symbolique du romanesque à l’œuvre dans ce polar ? Cela revient au fond à tenter d’évaluer la capacité du roman à dire le monde, à en proposer la diagnose. gazacontrechar.jpgAvec le danger de prendre le romanesque pour miroir de la réalité, ce qu’il n’est évidemment pas, même s’il nous dit quelque chose du monde dans lequel nous vivons. M’intéresse alors ici, seulement, la singularité du regard «policier» porté sur la réalité. Car c’est au fond ce qui fonde la particularité du monde qu’organise ce roman : son regard policier, découpant dans la réalité son potentiel criminel, plutôt que géopolitique par exemple. Une contingence donc. Téléologique, c’est-à-dire présentant le danger d’exhiber et de prendre une partie de la réalité de ce monde pour sa totalité. Ce qui lui manque, c’est au fond ce que la phrase de l’historien Marc Bloch résume magistralement : «L’Histoire, c’est la dimension du sens que nous sommes». D’un sens qui ne cesse de se construire avec les aléas, les égarements, les péripéties de volontés qui ferraillent pour tenter de le clore dans la direction qui les arrange, sans jamais y parvenir. Le Hamas par exemple, ne peut aujourd’hui être trop simplement subsumé sous son histoire terroriste ni même ses discours propagandistes ou son instrumentalisation militante de la douleur palestinienne. De même la société israélienne ne peut être subsumée sous les discours de ses dirigeants. Le regard policier au cœur de l’intrigue romanesque dans ce roman est contingent donc, mais d’une contingence qui n’est pas sans portée symbolique. C’est là sa grande force et c’est là, aussi, sa grande faiblesse, là où il rejoint les contraintes du genre qui le délestent d’une partie de son efficacité discursive, cette prétention justement des «grandes constructions romanesques» à dire le monde. Pourtant, procédant à une sorte de normalisation du théâtre de la réalité proche-orientale –via le crime, ce à quoi il ouvre interroge. Cette criminalisation du Proche-Orient, symboliquement, dévoile un processus de domination sociale à l’œuvre, encouragé pour légitimer un état de fait violemment inégalitaire. La violence criminelle qui est à l’œuvre touche ici à la question politique. Venant d’en haut, elle dévoile la pyramide du Pouvoir qui, en se réorganisant, déstructure l’espace palestinien en particulier pour le vouer à des socialisations compensatoires, criminelles, pour finalement nous offrir la vision d’un monde où la violence résulterait du croisement de deux axes destinés à instaurer la domination sociale de la société palestinienne : le premier est cette volonté d’apartheid de l’état hébreu, le second est celui des guerres intestines entre le Fatah, le Hamas et l’Autorité Palestinienne pour la conquête du Pouvoir,  d’un pouvoir qui risque fort dans l’avenir de se réduire comme une peau de chagrin sous la botte de l’état hébreu. La criminalisation de cet espace s’offrant alors comme le moyen de poursuivre et de légitimer l’apartheid qui, sous nos yeux, s’organise jour après jour en Palestine. La force d’un tel roman est alors moins de clairement exprimer cette réalité ou de prendre position, que d’exhiber une violence pouvant paralyser tout jugement politique.
 
 
Une terre pas si sainte, Pierre Pouchairet, éditions Jigal, coll. Polar, 15 septembre 2014, 296 pages, 18,50 euros, ISBN-13: 979-1092016260.
Images : les D9 de Caterpillar, engins de destruction de l’habitat palestinien.
 
 
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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 05:01
 
pour-les-palestiniens.jpgRony Brauman était israélien. Il n’a pas voulu le rester. Il lui reste la nationalité française. Et israélienne pour un temps, de force : l’état hébreu fait durer la procédure qui lui aurait permis, déchu de sa nationalité, d’entrer dans Gaza et dans les Territoires occupés pour témoigner de ce qu’il y aurait vu. L’état hébreu fait traîner la procédure car il ne veut pas le voir entrer dans ces Territoires occupés. Aussi témoigne-t-il avec force de ce qu’il sait, de ce que tout le monde peut observer, à commencer par l’infamie de ce faux processus de paix qui «n’est plus, depuis longtemps, que le code d’une politique du mensonge et de la violence». Il faut, nous dit Rony Brauman, rayer absolument de notre vocabulaire, de nos discours, cette idée de négociation qui met en péril le Peuple palestinien : il n’y a pas de négociations. Il n’y a qu’un long travail de sape de l’état hébreu orchestrant la longue agonie du Peuple palestinien. Sa nationalité française, Rony Brauman pourrait bien y renoncer un jour, lui qui ne cesse de dénoncer l’hypocrisie des autorités françaises, Droite/Gauche confondues, face à cette situation d’apartheid organisée en Israël. Tout le monde sait où conduit la politique ethnocratique du gouvernement israélien : vers un état unique frappé du sceau de l’apartheid. Apartheid décidé de longue date. Et Rony Brauman de décrire alors cette guerre coloniale que mène l’état hébreu, avec la bénédiction des puissances occidentales, qui continuent de voir dans le colon le «vrai indigène» du pays, quand l’immense majorité des juifs ne vit pas en Israël, ni n’espère un prétendu retour. A quoi ressemble le nationalisme israélien ?, nous interroge Rony Brauman… Qui aura l’audace de le regarder en face ? Certainement pas François Hollande, qui adressa en 2013 un véritable «chant d’amour» au gouvernement israélien, alors composé de militants d’extrême-droite… Un gouvernement d’apartheid. Apartheid… Le mot est lâché, que Rony Brauman nourrit non pas d’observations personnelles, mais de faits, entrés dans la Loi israélienne et que n’importe quel juriste ou sociologue pourrait relever, comme cette discrimination quant aux salaires par exemple, ou l’interdiction faite à un israélien d’épouser un(e) palestinien(ne) des Territoires occupés ! Voire cette absence de Constitution de l’état hébreu, bien en peine d’en rédiger une qui ne serait pas ouvertement raciste… Rony Brauman rappelle très à propos la définition donnée par l’ONU en 1973 de l’apartheid : «Le crime d’apartheid désigne les actes inhumains commis en vue d’instituer ou d’entretenir la discrimination d’un groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci»… D9-IsraeliBulldozers.jpgOn y est : routes réservées ou fermées aux palestiniens, des heures d’attente aux checkpoints selon le bon vouloir des soldats en poste. On y est avec le «mur de séparation». On y est avec la saisie des terres, des maisons, des biens, la destruction de quartiers entier au bulldozer D9. On y est. Et demain Israël pratiquera purement et simplement l’annexion de la Palestine, travaillant dès à présent au corps la société juive pour qu’elle l’accepte et qu’elle accepte cet apartheid qui sera alors son fait. Entendez les discours de l’extrême-droite israélienne, à travers la bouche du Ministre des Affaires Etrangères qui déclarait il y a peu qu’il fallait «traiter Gaza comme les Etats-Unis le firent du japon en 1945, avec des bombes nucléaires»… Cela, sans lever la moindre protestation dans les chancelleries des démocraties occidentales…
 
 
Pour les Palestiniens, sous la direction de Rony Brauman, illustrations de Guy Delistre, Autrement éditions, coll. Manifeste, 8 octobre 2014, 144 pages, 19 euros, ISBN-13: 978-2746736122
image : les D9 entrant dans Rafah…
 
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13 novembre 2014 4 13 /11 /novembre /2014 05:59
 
expulsions-occupations.jpgUn guide pour rappeler les droits à occuper des terrains vacants, ainsi que pour préciser les lois en vigueur en matière d’expulsion et d’évacuation de ces mêmes terrains, dans un contexte particulièrement tendu en France aujourd’hui. Un ouvrage qui s‘adresse aux militants engagés dans ces luttes qui fondent la dignité d’une nation, rédigés par des juristes professionnels, pour protéger ces populations qui n’ont d’autre choix que d’occuper «par défaut» et «sans titre» des espaces abandonnés, par les pouvoirs publics ou des particuliers. Un guide rappelant en outre que la France dispose de fonds spécifiques alloués par l’Union Européenne pour régler ces situations dramatiques, fonds passablement détournés de leur affectation d’origine. Un guide pour rappeler donc ce qui a lieu en France, aujourd’hui, expulsion après expulsion : la persécution pure et simple d’une population particulièrement fragile –les rroms bien évidemment. Des populations plongées, expulsion après expulsion, dans une précarité et une pauvreté chaque jour plus dramatiques. Une précarité qui ruine bien souvent tous leurs efforts entrepris en matière de scolarisation de leurs enfants tout spécialement. Des populations victimes d’une politique arbitraire, raciste, que l’Union Européenne a condamnée à de multiples reprises. Un guide détaillé, articles de lois à l’appui, pour défendre ces populations des bidonvilles que l’on avait éradiqués dans les années 70 et qui ont ressurgi avec une brutalité inouïe. Des bidonvilles rasés au bulldozer, qui détruisent sans état d’âme les maigres biens sauvées d’un exode inacceptable. Un guide pour détailler ces procédures d’expulsion bafouées la plupart du temps par l’état lui-même. Un guide pour rappeler que presque toujours, aucune solution d’hébergement n’est envisagée après le passage des bulldozers. Un guide convoquant la Loi française, les Lois européennes et le Droit International, ratifié par la France, dessinant au final un arsenal juridique impressionnant mis à la disposition des associations qui viennent en aide à ces populations stigmatisées. Une véritable boîte à outils facilement exploitable pour concourir à refuser pareil indignité.
 
 
Défendre les droits des occupants de terrain, collectif, association JURISLOGEMENT, éd. La Découverte, 23 octobre 2014, coll. Guides, 214 pages, 14 euros, isbn 13 : 978-2707183675.
 
 
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11 novembre 2014 2 11 /11 /novembre /2014 06:35

editee-en-1914.jpgDe 1830 à 39-45, 1.000.000 d’africains sont morts pour la France.

La mention "Mort pour la France" fut accordée en vertu des articles L488 à L492bis du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de la guerre, instituée par la loi du 2 juillet 1915 et modifiée par la loi du 22 février 1922 au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Les textes qui ont étendu ultérieurement ce droit sont codifiés dans l'article L.488 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre qui stipule que "doit, sur avis favorable de l'autorité ministérielle, porter la mention "mort pour la France", tout acte de décès d'un militaire ou civil tué à l'ennemi ou mort dans des circonstances se rapportant à la guerre".

Avec cette réserve que la preuve devait être apportée que la cause du décès était bien la conséquence directe d'un fait de guerre.

Par ailleurs, la nationalité française était exigée pour les victimes civiles de la guerre, y compris les déportés et internés politiques.

Aujourd’hui, le Ministère des armées se refusent à donner la liste exhaustive de tous les algériens morts pour la France, au prétexte qu’un tel fichier n’existerait pas, ce qui est évidemment faux, puisque ces algériens ont été recensés ne serait-ce que pour l’attribution de la pension à laquelle la nature de leur mort ouvrait droit.

Sur son site, 1323 mentions seulement ont été retenues, offrant noms prénoms et date de naissance, très rarement le département de naissance de ces morts, mais jamais la date exacte de la mort, ni son lieu.

L’ensemble est regroupé sous la catégorie "Afrique"… 162 310 morts nord-africains pour la France sont officiellement recensés pour la guerre de 14-18. L’immense majorité de ces hommes était algérienne. Sur un décompte de 300 000 morts de l’Armée d’Afrique. 

 

image : une carte postale éditée en 1914...

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4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 07:45
 
frederique-guetat-liviani.jpgUne révolte contre un projet de Loi, un licenciement et tout bascule. Nul ne voit le drame. Les choses passent, arrivent les gens. Les faits s’estompent. Sur quoi réfléchir ?  Que rien ne s’arrête jamais ? Que rien ne fasse jamais événement ? Depuis ce présent fini, le passé s’organise en mémoire venant clore un premier poème d’une liste qui désormais s’ouvre au souvenir.  En toile de fonds, une guerre. Non l’objet du poème, mais son écho au sortir des jeux de l’enfance. De poème en poème pourtant cette guerre se fait pressante. En rappelant d’autres et leurs conséquences, ce poids d’exode, d’exil, de déplacements sinon de déportations qui les ponctue sauvagement. Impressions premier arrondissement, au temps où les imprimeurs de quartier existaient encore. Derniers témoins d’un monde révolu, ultimes voyants peut-être. On croise dans les vers de l’auteure quelques russes égarés, un chauffeur arménien, un vieux rabbin. Aller-retour passé, présent. Elle voyage : Le Printemps des poètes. Chose fragile plutôt que mondaine. Et convoque les rafles que l’enfant dut subir. La guerre, toujours, cette fois celle d’Algérie. Les terres confisquées par les français : "Je dis les français comme je dirais les allemands", fouillant aux côtés des algériens brutalisés la mémoire juive de brutalités identiques. Elle dit alors ces "déplacements" qui affectent les petites gens. Et leur révolte. «Je dis le Peuple Algérien», car un «pays qui se soulève forme un peuple». De Beyrouth à Bagdad, cette cruauté d’un monde résolu à organiser sa violence contre les pauvres, éternelles victimes.
 
 
Le premier arrondissement, de Frédérique Guétat-Liviani, éditions Sitaudis, septembre 2013, 122 pages, 13 euros, ISBN-13: 978-1291522938
 
 
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3 novembre 2014 1 03 /11 /novembre /2014 05:19
 
kamel-daoud.jpgL’étranger. Une histoire qui a fait le tour du monde. Délestée partout du second mort du récit : « l’arabe ». Celui auquel Camus n’a pas donné de nom. Algérien. Anonyme. Le frère du narrateur… L’assassin, lui, est universellement connu : Meursault. Dépeint dans une langue propre, ciselée. Assassin parce qu’il ne savait pas quoi faire de sa journée. Il a tué, puis vite oublié l’arabe pour parler de sa mère. Du soleil. De son amante. De l’église que Dieu avait désertée. Mais plus un mot de l’arabe assassiné. Créant une immense sympathie pour l’assassin. Un Robinson qui aurait tué Vendredi par ennui. Un crime nonchalant. Et pendant soixante-dix ans, tout le monde s’y est entendu pour faire disparaître le corps de l’arabe tué. Qui est devenu comme le corps perdu de la littérature coloniale française. Moussa. Le frère du narrateur. Qui était-il donc ? Son frère en restitue l’épaisseur. Dans sa langue à lui, française. Ciselée elle aussi. Tendue. Qui raconte Moussa, capable d’ouvrir la mer en deux. Et cette guerre, gagnée d’avance dès lors que les français tuaient par insolation. Un frère qui ne cesse de raconter. Ce crime prétendument philosophique. Mais un vrai meurtre dans cette disparition symbolique d’un corps étranger à la littérature française : signe du refus d’avoir à dire le meurtre des arabes pendant cette sale guerre d’Algérie. Peut-être les algériens sont-ils tous les fils de Moussa, s’interroge le narrateur, dans ce silence qu’on leur a imposé, dans le non-lieu de cette mort refusée… La jeunesse algérienne devenue la trace du mort enfoui, nié, gommé par les lettres françaises. Pour ne connaître ensuite qu’une vie de revenants, le peuple algérien condamné symboliquement à l’errance. Reprenons. Eté 42,  un français tue un arabe allongé sur une plage. Allongé sur une plage ! C’est-à-dire prenant symboliquement la place du corps colonial, nonchalant, paresseux. Il est 14h. Le français sera condamné à mort pour avoir mal enterré sa mère, non pour avoir tué l’arabe. L’arabe qui par son audace, rappelons-le, faisait une sieste toute coloniale sur cette plage algérienne. Car voilà : on était Moussa dans les quartiers arabes, et puis à quelques mètres de là, on n’était plus rien. Voilà ce que dit le récit de Camus. Il suffisait d’un seul regard français pour tout perdre et n’être plus rien. Moussa, le crime parfait de la littérature française. Ou presque. L’étranger de Camus ouvre aussi à l’insensé de ce meurtre, à son scandale. Mais certes, il y a cette histoire de prostituée que le narrateur ne pardonne pas à Camus. A l’auteur cette fois, non le personnage. Relisez-le. Ce personnel de l’œuvre en effet si insultant à l’égard du peuple musulman. «Le monde entier assiste éternellement au même meurtre», et personne n’en dit rien. C’est un peu vrai. Alors le frère de Moussa avoue qu’il a lui aussi tué un français. Anonyme. Mais il n’y a pas de délivrance dans cet aveu romanesque. Car il faut désormais raconter le monde autrement. Ne plus jamais cesser de tourner autour de cette mort pour en comprendre le poids.
 
Meursault contre-enquête, Kamel Daoud, éd. Actes Sud, mai 2014, 160 pages, 19 euros, isbn : 9782330033729.
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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 04:05

Lenine-Linhart.jpg"Toute cette bourgeoisie qui se goberge, (...) c’est ignoble, ça me fait vomir." Robert Linhart…

 

L’avant-propos à cette réédition de l'essai de 1976 s’ouvre sur la photo de Lénine grabataire, les yeux exorbités, quelques mois avant sa mort. Sa jeune sœur est penchée sur lui. Un médecin les accompagne. "A quoi pense-t-il, au bord du néant ?", s’interroge Robert Linhart. A cette nouvelle de Jack London qu’il affectionnait tant (L’Amour de la vie) ? Et dont Linhart nous apprend qu’il se la fera relire deux jours avant sa mort, en janvier 1924. Ou bien à la brutalité de Staline, qu’il voudrait écarter du poste de Secrétaire Général ?

En 1976, Robert Linhart publiait cet ouvrage comme une réponse aux démissions des nouveaux philosophes, Glucksmann en tête, qui s’apprêtaient à liquider la contestation sociale en attendant de rallier le sarkozysme, couronnement de cette démission insalubre, en attendant le temps des grandes trahisons façon François Hollande. Mais en 76, personne ne voulait entendre Linhart. Personne ne lut l’ouvrage. Deux ans plus tard, on fut contraint de saluer du même L’établi. Un chef d’œuvre, tout court, de la littérature française. Une vision, un style, une émotion du monde et de ce qu’est écrire, proprement immenses.

Dans l’avant-propos à cette réédition, on retrouvait –enfin pourrait-on dire-, un Linhart accrocheur. Qu’en était-il de la question de la résistance à l’exploitation ? Pertinente, quand de nouveau aucune réponse ne se fait entendre à Gauche. L’URSS s’est effondrée et avec elle, les idéologies de la révolte. Mais le Tiers-monde ? Que plus personne n’appelle comme cela du reste, que Linhart est le dernier à appeler comme cela. Qu’en faisons-nous ? Les pays "impérialistes", que Linhart est le dernier à appeler par leur nom dans cette formulation lapidaire, qu’en dénonçons-nous aujourd’hui ? Quid encore de la "classe ouvrière", que Linhart est le dernier à appeler de son nom et dont il veut retenir, lui, qu’elle se bat toujours, "pied à pied pour défendre ses emplois" menacés par la mondialisation (son seul vocabulaire neuf, dirait-on). Une globalisation obnubilée par sa "course au profit capitaliste" qui non seulement ne s’est pas démentie depuis 1976, mais n’a cessé de s’amplifier sans que nos élites intellectuelles ne s’en soucient. Et pour cause : ces élites trahissaient en masse leurs engagements de jeunesse pour s’enrichir sans vergogne et se claquemurer dans leurs identités résidentielles…

On retrouve dans cet avant-propos pourtant si bref, ce Linhart qui percutait tant dans les années 60. Qu’on daigne le lire, tout simplement : "La misère, dans nos pays, frappe avant tout les immigrés, les sans-papiers, les sans-droits, pendant que les riches affichent avec insolence leurs gains mirifiques". L’air de rien, ce que Linhart décrit dans ce constat édifiant, c’est rien moins qu’une stratégie de liquidation de toute contestation politique de gauche dans ce pays, qui n’est pas sans rappeler celle mise au point dans les années 30 par les nazis -toute proportion gardée-, nazis qui n’avaient alors qu’une certitude en tête : pour gagner, il faut d’abord, dans l’ordre, se débarrasser de l’opposition morale (chez nous, la compromission des intellectuels de gauche), puis asséner la violence sur les catégories les plus fragiles de la population (chez nous les rroms, les immigrés, les sans-papiers, les sans-droits), avant, enfin, de réprimer en grand et ouvertement toute cette fameuse classe moyenne dont l'intitulé tait la misère… Débarrassée de son menu peuple, la Nation, saignée à blanc et contrainte de vivre ce poids de culpabilité, ne saurait s’en relever. Alors de grandes ambitions répressives pourront se faire jour.

Lisez Linhart parler de "l’affreuse nuit coloniale". Relisez-le nous exhorter à convoquer "les centaines de millions d’esclaves d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine". Voyez-le rappeler cette Europe de 14 qui s’enfonça dans la barbarie. Ecoutez-le raconter, déjà, la trahison des sociaux-démocrates et lui trouver un écho dans ce moment de décomposition du gauchisme en France, qui vit s’affirmer dans nos élites une véritable haine du Peuple. La misère d’aujourd’hui en est l’héritière.

     

Lénine, les Paysans, Taylor, de Robert Linhart, éd. Du Seuil, mai 2010, 218 pages, EAN13 : 9782021027938.

 

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 04:53

 

macron.jpgIl faut sauver l'emploi des chômeurs qui le plombe, semble nous dire ce cher monsieur Macron, tout comme il faut sauver le modèle social français, nous dit-on. Le sauver des français, de ces français qui trichent sans doute, et se comportent comme des ennemis de la Nation… Et pourquoi pas la création d’une justice d’exception à l’encontre des malades imaginaires qui plombent le déficit de la Sécurité Sociale, tant qu’on y est ?  

Et tout cela sans rire… Pas la fraude fiscale, qui ampute les finances de l’Etat mais qui, soyons clairs, est l’apanage des classes nanties. Non : la fraude sociale ! Celle des pauvres, des démunis…

Alors soyons plus clairs encore : vous êtes en bonne santé ? 90 % des cadres sont en bonne santé. Tandis que les "inactifs" (qui ne cesse de s’activer pour trouver une solution à leur manque chronique d’argent), les chômeurs, les titulaires du RSA, les stagiaires, les précaires, etc., eux, accusent le coup. L’INSEE en témoigne, malgré ses statistiques biaisées. Il suffit de lire, quand on sait lire monsieur Macron. Et ce n’est pas un hasard s’ils ne vont pas bien ceux-là. Les chômeurs, selon les études de la Sécu, ont une probabilité de beaucoup supérieure à celle des actifs de développer une maladie grave. Lorsque l’on se retrouve au chômage, statistiquement, on a trois fois plus de risques de décéder prématurément qu’un homme actif. Rassurons-nous : avant de mourir, les plus démunis passent d’abord par la case maladie et la case dépression. De sacrés cumulards ! Ainsi, à leurs faibles revenus s’ajoutent l’exclusion médicale, l’angoisse, la dépression, l’impossibilité de se payer un traitement médical correct. Des nantis, pour sûr. 

Selon une enquête du Credes, 25% des chômeurs sont victimes d’une dépression, contre 13 % des actifs. 1 employé sur 5 est en dépression selon cette même étude, contre 1 sur 10 chez les cadres supérieurs…

Toujours selon cette même étude, les ingénieurs vont plus souvent chez le dentiste que les ouvriers. La proportion de cadres supérieurs qui sont allés chez le dentiste lors de cette enquête est même deux fois plus élevée que celle des ouvriers. C’est que chez les ouvriers, le suivi médical fait défaut. Faute de disposer d’une complémentaire. Toutes les études récentes montrent du reste qu’une grande partie des familles peu aisées renoncent à leur mutuelle…Sacrés "sans-dents" ! 

La France, pour la première fois depuis un siècle, s'était pourtant dotée d’un cadre législatif définissant les grands principes de la santé publique. Mais le texte adopté in fine ne prenait pas la tournure d’un texte de Loi, nécessairement contraignant, mais celle d’un simple référentiel, délivrant le sens général de l’esprit français en matière de santé… Contournant savamment toute réflexion sur la question des inégalités devant la santé.

Mieux : parmi les "cent objectifs de santé publique" que se donnait l’État dans ce document, un seul concernait "la réduction des inégalités devant la maladie et la mort" ! Pire : aucun indicateur d’évaluation n’était envisagé pour mesurer les disparités devant la santé… Et mieux que mieux : la directive recommandait de ne prendre en compte que "des résultats globaux"…

Tout est clair : la diminution des inégalités sociales devant la santé n’est pas une priorité de l'Etat français. Elle ne l’a jamais été. La seule préoccupation de la République n’est peut-être même pas tant la maîtrise des dépenses de santé que la stigmatisation forcenée des populations "à risque", que l’on a précipitées depuis des décennies dans la misère et dont on voudrait à présent délégitimer par avance toute velléité de révolte. Et la journaille d’exhiber la très bonne place obtenue par la France dans le classement de l’Organisation mondiale de la santé, du point de vue de sa performance globale, tout en taisant son mauvais rang au sein de l’Europe en termes d’inégalités sociales devant la santé… Comme d'oublier, en passant, cette bien curieuse comptabilité des chômeurs : 2,8 millions, quand toute catégories confondues l'Insee en dénombre 5 millions, auxquels ajouter les 1,760 millions de "foyers français" percevant le RSA "socle", non celui du complément de salaire pour atteindre le SMIC... Une comptabilité bien obscure là encore, dénombrant 2 à 3 personnes par foyer, réduites au RSA puisque fort éloignées du smic... Sans oublier les 2 millions de salariés pauvres qui en France perçoivent moins de 800 euros par mois, les 3,6 millions de mal logés, les 3,5 millions de français qui reçoivent une aide alimentaire, les 50 000 salariés français SDF, les 6 millions de français percevant les minima sociaux, les 9 millions de français pauvres percevant moins de 900 euros par mois, et Monsieur Bernard Arnault, PDG de LVMH, dont la fortune se compte en 1,9 millions d'années smic... Il suffit de lire, mais certes, l'INSEE ne fournit pas les lunettes.

 

Observatoire des inégalités : http://www.inegalites.fr/

"Un aveuglement face aux inégalités sociales de santé", entretien avec Didier Fassin, directeur d’études à l’EHESS :

http://www.inegalites.fr/spip.php?article777&var_recherche=fraude%20sociale&id_mot=42

 

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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 05:56

octobreMardi 17 octobre 1961, Paris. Trente mille Algériens manifestent en famille contre le couvre-feu raciste qui leur est imposé par le préfet de police : Maurice Papon. Une répression d'une férocité barbare va s’abattre sur eux. La police a reçu l’ordre de tirer sur la foule. 15 000 manifestants sont raflés, parqués dans des stades, encagés dans des sous-sols d’immeubles, affamés, battus, torturés, assassinés. Nombre d’entre eux seront jetés dans la Seine par des miliciens sortis du plus glauque de l’histoire française, sous le regard complaisant de la police. Jusqu’à aujourd’hui, on ignore le nombre exact des victimes. Officiellement : 300 morts. L'État colonial sait mener sa vile guerre ! Et dès le lendemain, silence radio. Le 17 octobre n’a jamais existé. Il faudra attendre les années 90 pour que, sous l’impulsion de quelques associations et d’une poignée d’intellectuels, le silence soit rompu. Les signataires de cet opus témoignent, pensent, livrent une réflexion que l’on a attendu longtemps. Trop longtemps pour que l’on n’attende pas toujours plus d’explications. Quand donc l’Etat français reconnaîtra-t-il toute l’étendue de son crime ?

Le 17 octobre 1961, une aube de fin d’humanité s’était levée. Des hordes barbares avaient lancé leurs hurlements. Tout Paris fut témoin que le jour s’aventurait en longs cris de douleur. Dans les sous-sols des immeubles, on enfouissait déjà les membres épars des manifestants. Au soir de cette journée, il ne devait rien rester du monde des hommes : ici désormais, au cœur même de l’une des villes les plus célébrées pour sa culture, venait d’être installé le territoire des chiens. A l’assaut d’enfants, de femmes, d’hommes, des hordes barbares avaient assassiné, avaient massacré. Une violence ahurissante venait de s’épanouir en plein Paris, sans qu’aucune belle âme n’y vit rien à redire. Vertige : la France livrée à ses débauches meurtrières. Dans un halètement sauvage, la vie a reflué. On a jeté des hommes vivants à la Seine, pêle-mêle, les cadavres s’amoncelaient, observateurs pétrifiés de la bestialité d’un temps abject. Où sommes-nous donc morts ce jour-là ? 

 

 

Le 17 octobre 1961 : UN crime d’Etat à Paris, collectif, sous la direction de Olivier Le Cour Grandmaison, éditions La Dispute, coll. Essais, août 2001, 282 pages, 19 euros, EAN : 978-2-843030475.

 

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