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9 octobre 2014 4 09 /10 /octobre /2014 04:39
 
ado-blues.jpgUn guide apaisant, destiné aux pré-ados et aux ados, de ces drôles d’années collège, années du fou rire incontrôlable, des premières libertés, où le monde des adultes vous ferait bien prendre l’adolescence pour un symptôme. Mais non, l’adolescence n’est pas une maladie, c’est une étape, celle de la transition il est vrai, entre l’univers de l’enfance et l’âge adulte, loin encore.  Une zone de turbulences qu’il faut parcourir dans cet espace apparu hostile soudain : le bahut, avec son labyrinthe et ses déplacements incessants… Un temps de renoncement et de prise en en charge personnelle de sa vie, plutôt que son destin, qu’une incroyable métamorphose du corps accompagne. Des modèles cinématographiques et musicaux plein la tête, mais beaucoup de solitude. L’audace excessive, le repli sur soi, l’imprudence, la trouille… Il faut faire ses preuves en permanence sous le regard des grands, au moment même où s’inaugure une nouvelle physique corporelle -pustules, bourgeonnements, les parents toujours nécessairement un temps de retard sur ce qui arrive, et l’école qui ne cesse dans le modèle français de poser des jugements de valeur sur les êtres, quand leurs prétendues aptitudes n’expriment bien souvent que son incapacité à comprendre ce qu’elle ne sait pas évaluer. Le guide est réussi, qui permet aussi de relativiser : allez, pour la plupart des ados, ça se passe finalement plutôt bien…
 
 
Ado Blues, de Michel Piquemal et Jacques Azam, La Martinière jeunesse, 4 septembre 2014, Collection : Plus d'oxygène, 112 pages, 8,90 euros, ISBN-13: 978-2732464770.
 
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7 octobre 2014 2 07 /10 /octobre /2014 04:04
 
Mileta-Prodanovic.jpg«Nous européens de l’Est », qui naissons avec une trompe et de petites cornes… D’emblée, c’est tout l‘absurde et la drôlerie des écrivains de l’ex-Est qui déferle dans les pages de ces nouvelles. Petites les cornes, certes, mais quand même. Et plus on naît à l’est de l’Est et plus ces cornes sont grandes… Bien que tout le monde se taise sur cette question. D’autant qu’on y pratique l’ablation précoce, à coup de consumérisme effréné, de foi toute religieuse dans le retour de la croissance économique, de lendemains qui, cette fois, dans ce culte divin des objets que l’Ouest a si bien su prôner, chanteraient enfin vraiment… De la nostalgie d’on-ne-sait-trop-quoi à la conscience nécessairement malheureuse, l’auteur rameute tous les poncifs qui ont nourri notre vision de l’Est, n’y ajoutant peut-être que les mains forcément sales des serbes, dont il est, et une pluie de bombes jetées négligemment par les bienfaiteurs occidentaux sur Belgrade, où il écrivit cette suite baroque. De l’Ouest auquel il feint de vouer un culte sans limite, il dessine l’immense mansuétude, et son seul vrai impératif catégorique : la différence pour nécessité existentielle, si possible la plus artificielle possible… Pensées décousues, recousues, compliquant à l’envi le fil du récit, expliquant, réexpliquant, commentant, diagnostiquant, coupant en mille des cheveux déjà coupés en quatre, alcoolique, sentimental, et souvent malade bien sûr, il déploie sans broncher toute l’idiotie du monde occidental, lui déroule son propre tapis rouge, fabriquant pour la cause l’un de ces héros proprement incompréhensible dont les occidentaux raffolent. Des chroniques donc, parfois confuses, qui par une sorte de malédiction masochiste propre à l’est, referment sur elles et pour des générations tout le piège du complexe. La nouvelle qui donne au recueil son titre évoque le loto de la green-carte. Gagné cette fois par un chien serbe que ses maîtres ont inscrit au tirage pour s’accorder une chance supplémentaire. Las, le visa en poche, le chien ne l’entend pas de cette oreille et fier d’être devenu citoyen américain, il revendique haut et fort son droit à rallier sa nouvelle patrie. Un morceau d’anthologie que ce chien bâtard jadis, multiculturel aujourd’hui, devenu d’un coup si crâne de compter parmi la nation la plus courageuse du monde, la plus avancée technologiquement, la plus intelligente. C’est hilarant, plein de digressions, c’est bavard, disert, compulsif, le tout sur fonds de bombardements alliés par le Pacte Atlantique Nord. Et qu’importe que sa niche soit détruite par un missile démocratique : seul compte pour notre nouveau patriote le vrai but de ces bombardements : il faut acheter des tonnes de marchandises chez les commerçants recommandés par les américains… Le chien s’extasie donc devant ces pilonnages du 20h, pour cause d’actualités internationales et d’effets spéciaux dans la nuit noire. Amicales bien que meurtrières, les tonnes de bombes collatérales déversées sur Belgrade pointent la bataille ultime menée par l’Occident pour un monde meilleur. Ah, l’altruisme américain !  A cinq mille mètres d’altitude, les pilotes de l’OTAN s’exercent à tuer des gens dans le noir, illuminant d’espérance notre chien repeint aux couleurs américaines…
 
 
Ça pourrait bien être votre jour de chance, de Mileta Prodanović, éditions Intervalles, coll. Sémaphores, traduit du serbe par Chloé Billon, 19 septembre 2014, 185 pages, 19 euros, ISBN-13: 978-2369560098.
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6 octobre 2014 1 06 /10 /octobre /2014 04:57
 
Fritz von UnruhL’ouvrage, écrit au cours de la bataille de Verdun, fut immédiatement censuré. Il ne paraîtra qu’après la guerre. L’état-major allemand avait confié à l’auteur la tâche d’écrire une chronique de cette bataille. Devant l’horreur et l’absurdité de l’engagement, Fritz von Unruh choisit de dénoncer la cruauté de cette guerre à travers le destin d’une compagnie dont les hommes allaient devoir affronter la terreur de l’assaut.
Tout commence par la préparation d’artillerie. Un millions d’obus sont tirés en vingt-quatre heures… L’assaut sera donné sur les bois des Fosses, Beaumont. En face, l’état-major français a décidé de conserver Verdun. Coûte que coûte. Fer sur fer, ordre barbare sur ordre barbare. La compagnie de Fritz prend donc le chemin du sacrifice.  «Nous mangeons et engraissons pour fertiliser cette aube qui approche en nous, dévoilant sa poigne : Verdun». La nuit des temps, en chair et en os. Partout déjà des crânes défoncés, des corps pourris et «la grande fraternité des tombeaux à ciel ouvert». C’est cette communauté solennelle des morts que nous décrit l’auteur, tandis que les gaz exécutent leur danse macabre autour des survivants. Le roman croise une foule de personnages que l’auteur ne parvient pas à prendre le temps de nommer. Ils tombent aussitôt, ne font que courir et mourir. Le vicaire, le serveur, le tambour, le comédien et tant d’autres. C’est quoi l’honneur, dans ces conditions ? Celui de parvenir à verser son sang parmi le flot continu du sang versé ? L’objectif des troupes d’assaut est simple, efficace : mourir. Les ordres donnés, personne ne sait où aller vraiment, sinon tout droit, courir quelques mètres avant de s’écrouler. C’est cette géographie sinistre que décrit le roman : des montagnes de cadavres qu’un général grandiloquent observe derrière ses jumelles. Verdun n’est la promesse de rien. Place pour ceux qui ont entre leur main la foi des autres… D’une tranchée l’autre, un soldat allemand hurle : «Vous tenez à rester ennemis ?» En vérité, il n’y a plus rien à faire qu’aller au bout de l’absurde pour sceller le massacre de toute la jeunesse européenne. C’était ça 14-18 : le massacre légalisé de la jeunesse. Cet inéluctable sanglant. Chacun simplement à la recherche d’une sépulture sur le champ de bataille, à l’abri des vagues de rats qui l’envahissent sitôt la mort installée. Les seuls à guetter avec impatience le feu de l’assaut. Le champ de bataille ressemble bientôt aux viscères à nues du festin des rats. «Beaumont, dans quelle nuit as-tu sombré?», s’écrit Fritz. La mort a recouvert tout le destin européen.
 
Le chemin du sacrifice, de Fritz von Unruh, La Dernière Goutte Editions, coll. Littérature générale, 13 mars 2014, préface de Nicolas Beaupré, traduction de Martine Rémon, 239 pages, 19 euros, ISBN-13: 978-2918619185.
 
 
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3 octobre 2014 5 03 /10 /octobre /2014 04:50
 
guerre-d-Algerie.jpgLa Guerre d’Algérie racontée aux collégiens, par un écrivain et un dessinateur qui ne l’ont pas connue (le plus âgé est né en 1955), mais en ont héritée à travers leurs parcours familiaux en particulier. De cette guerre dont on se refusait à dire le nom, ils ont conçu une histoire sans fard, affrontant ses dimensions les plus viles, dès le début de la colonisation dévoilant enfin l’état de misère absolue dans lequel cette conquête plongea les autochtones. Tout y est bien sûr, de cette vérité que l’on refusa d’écrire longtemps en France. Les dates essentielles, l’empire colonial, Jules Ferry déclamant que «les races supérieures ont le devoir de civiliser les races inférieures», tout comme de la résistance très précoce des populations civiles. Avec, déjà, bien avant la torture, les exactions sans nombre que subirent les algériens, dont cette pratique ignoble des «enfumages» de paysans gazés dans les grottes où ils se réfugiaient. Les grandes figures de la résistance algérienne prennent aussi dans cet ouvrage une dimension réelle, d’Abd el-Kader à Lalla Fatma, l’égérie de Djudjura. Le tout signant une souvenance sans appel, qui nous convie par exemple à réaliser que de 1830 à 1871, la population d’Algérie chuta de moitié, victime de la famine imposée par le colonisateur, et ses exactions. Mémoire oubliée aujourd’hui, qui voudrait opposer la période barbare de la guerre proprement dite à un temps édénique de valorisation et d’organisation de la colonie de l’autre côté de la Méditerranée, quand dès les années 1830 fut mise en place une politique de repeuplement du territoire inaugurée par la confiscation des terres des algériens et la construction de villages «blancs» exigeants de leurs serfs l’abjuration de leur religion. Ce jusqu’au code de l’indigénat de 1881, qui scella une fois pour toute le déshonneur français. L’histoire se poursuivit ensuite comme l’on sait, avec la montée de l’insurrection et la torture élevée au rang de stratégie militaire, dénoncée dès 1955 par une poignée de journalistes courageux.
 
 
Algérie 1954–1962, la sale guerre, Gérard Dhôtel, Jeff Pourquié, Actes Sud Junior, septembre 2014, 112 pages, 15 euros, ISBN 978-2-330-03464-1.
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2 octobre 2014 4 02 /10 /octobre /2014 04:09
 
edwy-plenel-musulmans.jpgPour être franc, je n’aime pas Edwy Plenel. Je ne l’aime pas depuis son long article du Monde contre le «non» majoritaire des français au projet de Constitution européenne du 29 mai 2005, insultant ses propres lecteurs quand la bêtise était justement de vouloir cette Europe qui nous a conduits dans le mur que l’on sait. Je ne l’aime pas, mais peut-être que le livre qu’il vient de signer sera-t-il de quelque utilité à une cause des plus urgentes : celle de la lutte contre le racisme anti-musulman.
C’est donc aux élites et à la banalisation de ce racisme que s’en prend Edwy Plenel. Une islamophobie qui, à ses yeux, rappelle le prétendu «problème  juif» d’avant la catastrophe européenne, la préparant aveuglément. Une prise de position salutaire, dans un pays tout entier inféodé  à «la langue de la bienséance des discriminations». Finky en tête de gondole, parti grotesquement en croisade au nom de ses «souchiens» de compatriotes, rejoint sur son sentier de peu de gloire par un Renaud Camus vociférant son «grand remplacement», et l’on en passe, de ceux que l’ère buisson-sarkozy a pu ravir. Ce sont ainsi surtout les passions de la France raciste d’en haut qu’il relève, à juste raison, encourageant une montée spectaculaire des violences contre les français d’origines maghrébine, boucs émissaire du XXIème siècle. Un racisme qui est le fruit conscient d’une politique sciemment conduite, déguisé sous le terme hypocrite d’islamophobie, inventé pour dissimuler l’ampleur de cette discrimination qu’il désigne en vrai. Le marqueur musulman aura ainsi supplanté le marqueur juif dans une France d’en haut décidément douteuse. Une France crapuleuse, hypocrite, autorisant derrière sa prétendue défense de la laïcité toute cette nouvelle droite (socialiste) à user des mêmes bon vieux réflexes de la pire nation que nous ayons portée en nous… La laïcité… Un cache-sexe pour autoriser d’être raciste sans avoir encore à trop l’exposer. Un cache-sexe spécifiquement républicain, socialiste, sanctifiant l’hégémonie du discours raciste de la classe politique. C’est une alarme donc, que lance Plenel : l’engrenage est en place, qui engage la responsabilité des médias et des politiques. Un engrenage alimenté aujourd’hui par Valls après Buisson, désignant une religion comme ennemi de la démocratie. Valls parti en guerre à son tour contre une partie de la population française, celle qui réside dans ces fameux quartiers dits «sensibles», parce que «populaires» sans doute. Que l’on comprenne bien le sens de ces transgressions qui, de la Droite à la Gauche n’ont suscité aucun remous dans la classe politique : même dérive générant des tensions sociales sans précédent, Valls évoquant désormais un «ennemi intérieur», sans rire : une idée qui avait fait florès au temps de la Guerre d’Algérie !  La triade UMP, PS, FN solidaire sur ce front, a fait sienne le conseil d’un Carl Schmitt, ce théoricien du nazisme, confiant aux hommes politiques de son temps qu’est «souverain celui qui décide de la situation exceptionnelle» (Théologie politique, 1934). A ce compte, oui, ils sont bien souverains, avec la complicité des médias, de tant travailler à créer de toute pièce les conditions de l’exception française : la chasse aux rroms et aux musulmans…
 
Pour les Musulmans, Edwy Plenel, LA DECOUVERTE, 18 septembre 2014, Collection : CAHIERS LIBRES, 135 pages, 12 euros, ISBN-13: 978-2707183538.
 
 
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30 septembre 2014 2 30 /09 /septembre /2014 04:51
 
Esclavage-reparation.jpgEn 2001, Christiane Taubira voulut très officiellement reposer la question des réparations aux descendants de l’esclavage français, toujours plongés pour la plupart d’entre eux, par-delà les siècles, dans une situation sociale précaire. Son texte de Loi fut jeté aux poubelles. Le gouvernement français refusait de se situer dans une perspective d’indemnisation. Archaïque, incongru, trop tard…Des siècles avant elle, Tocqueville avait donné le La, qui allait être la doctrine de la France en la matière : «Si les nègres ont droit à devenir libres, il est incontestable que les colons ont droit à n’être pas ruinés par la liberté des nègres»… Sans commentaires…. Une affaire de gros sous donc. Indigne. Et masquant le peu de lumière d’une décision passant outre ce fameux esprit des Lumières françaises, le salaire dû à l’affranchi pour son travail d’esclave leur paraissant indu… Mais la France fit bientôt mieux : la IIème République dédommagea les colons pour leur manque à gagner du fait de libération de leurs esclaves ! Balayant d’un revers méprisant de la main la question essentielle des fondements politiques de la Justice, aux yeux de laquelle les réparations ne trouvaient pas leur place… Que l’on y songe : en France, on n’a cessé d’abolir l’esclavage, à de nombreuses reprises, jetant dans une liberté précaire des êtres humains sommés de se débrouiller seuls dans leur misère… Hors propos, anachronique n’a –t-on cessé de clamer depuis, et ce jusqu’à Christiane Taubira. Anachronique ? L’essai de Louis Sala-Molins montre en fait combien cet anachronisme a été construit… Car dès le XVIIème siècle, quelques rares voix éclairées posèrent avec force la question des réparations ! Deux capucins en particulier, que l’auteur sort de l’anonymat. Francisco José de Jaca et Epiphane de Moirans. Deux hommes d’église que l’Histoire officielle s’est empressée d’ignorer, pour nous filer aujourd’hui le récit de l’anachronisme… L’un était aragonais, l’autre jurassien. «Les Noirs, affirmaient-ils dès 1678, qu’on marchande et qu’on tient pour des esclaves sont libres. Leurs maître sont obligés de les libérer à l’instant, et de leur payer ce qui leur est dû pour leur travail.» Le Pape reçut copie de ces mémoires, qui décrivaient par le menu tout l’ignoble système en place. Le Roi d’Espagne reçut ces mémoires, toute la hiérarchie cléricale et la noblesse européenne également. Rien n’y fit. On les jeta en prison, on leur confisqua leurs manuscrits, leurs papiers, ils furent envoyés en exil et pour réponse, le Code Noir (1685) vint clôturer le débat. Bien avant les Lumières donc, et leurs interminables moratoires, Francisco José de Jaca et Epiphane de Moirans avaient démontré l’évidente liberté naturelle des noirs, et pointé la réparation économique comme seul moyen de reconnaître entièrement leur droit naturel à la liberté et la dignité…
 
 
Esclavage / Réparation, de Louis Sala-Molins, éditions Lignes, 22 septembre 2014, 156 pages, 14,00 EAN : 9782355261329.
 
 
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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 04:54

 

dupond-dupont.jpgLa nouvelle droite (socialiste) perd ses prébendes. La vieille droite les récupère. Et deux sénateurs Fn font leur entrée au Sénat. De quoi alimenter l’effraie républicaine et préparer demain le terrain du prétendu vote républicain. C’est lassant… Prochainement sur nos écrans, la Droite récupérera vraisemblablement le pouvoir. Le jeu de bascule y pourvoira, contre la peur du FN et malgré la déferlante abstentionniste. Le PS, lui, comptera les points, ne sachant trop où camper pour récupérer des voix. Son ancien électorat de gauche lui tournera le dos, avant même qu’il ait su convaincre l’électorat de droite de voter Valls. La fin du PS, entamée par François Hollande, son grand liquidateur, interviendra sans doute trop tard : il sera peut-être pris de vitesse par la recomposition made in Sarko, elle-même sur le doute mais s’offrant comme une nécessité pour sauver le camp des postiches républicaines. Valls, un temps, pouvait espérer organiser cette merveilleuse synthèse de l’UMPS.  Mais il est sans doute trop tard. Encore que… Peut-être aura-t-il le temps de refiler le mistigri à Sarko. A vrai dire, seul le vieillissement du corps électoral parviendra à sauver nos vieux briscards de la votation… Et maintenir peut-être une dernière fois l’idée mensongère d’une partition gauche / droite. Une course est donc engagée, pour que le FN ne parvienne pas au Pouvoir mais fasse semblant d’y parvenir. Une course engagée par les partis de pouvoir : l’UMP, le PS et le FN. Qui n’est pas exclu de cette stratégie, bien au contraire : il en est la pierre de touche, fondamentalement nécessaire pour le maintien au pouvoir de nos compères de l’UMPS. Qui ne représentent plus rien, ni l’un ni l’autre. Faites le vrai décompte des suffrages exprimés, des nuls, des abstentions, vous le verrez assez ! La fin du PS est entamée. Donc. Son socle électoral se réduit comme une peau de chagrin malgré ses débordements à droite. Certes, il lui reste encore à piocher du côté des couches intellectuelles –en transit vers la droite historique. Du côté des cadres supérieurs aussi. Il lui reste bien sûr ses bobos attachés à leur gauchisme culturel, gauchisme culturel qui l’embarrasse tout de même un peu : un temps, Hollande avait courtisé les musulmans de France, mais si éloignés de nos bobos parisiens qu’il lui a fallu faire un sérieux grand écart pour tenter de les maintenir dans son giron. D’autant que le racisme souterrain des discours de Valls n’a pas non plus contribué à aider… Peut-être restera-t-il tout de même quelques fonctionnaires pour voter PS, ou sa refondation. Et quelques territoires privilégiés, dans tous les sens du terme : Paris… Mais il prend tout de même sérieusement le chemin de la disparition. Valls a beau rivaliser sur le même terrain que celui de Sarko, il lui sera difficile de séduire les abstentionnistes qui vont se compter par millions de nouveau. Ou ces français des territoires « périphériques » comme les nomme très justement le sociologue Christophe Guilluy, exclus de la richesse nationale. Reste à se partager avec l’UMP le gâteau des bénéficiaires de la mondialisation. Les derniers discours de Valls, relayés par le patronat, allaient dans ce sens. Mais il est bien tard tout de même…

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28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 04:26

 

andersen.jpgIl y a une quinzaine d'années de cela, le ministère de l'Education Nationale décida d'encourager les enseignants des collèges a travailler sur le conte. Du coup, les éditeurs multiplièrent les attentions à leur égard, distribuant généreusement des petits livres cadeaux. Ces livres, pour la plupart, n'étaient que la réédition des contes les plus connus. Le malheureux Andersen ne fit pas exception, lui qui tenait en horreur sa réputation d'ecrivain pour enfants... Il est vrai que l'on avait oublié depuis beau temps qu'il fut aussi un romancier doublé d'un remarquable essayiste. Ce génie du récit court, dont l'oeuvre eut à souffrir des traducteurs qui n'acceptaient pas ses inventions stylistiques, se vit infatigablement réduit aux deux ou trois contes que l'on se rappelait... Enfin... Le Livre de Poche eut le bon goût de publier quelques récits moins connus. Ne gâchons donc pas notre plaisir, même si, là encore, ils restaient entrelardés d'incontournables dont on aurait bien pu se passer. La fable du petit soldat est d'une efficacité rare. De déboires en déboires, sur le chemin initiatique de l'amour, elle nous conte l'histoire d'un soldat de plomb unijambiste, amoureux d'une danseuse de papier. Ils finiront l'un et l'autre dans une poèle a frire, dévorés par le feu. L'un dans l'illusion d'être enfin rejoint par l'aimée, l'autre, dans l'inadvertance d'un coup de vent...

 

Le Vaillant Soldat de plomb, la petite sirene et autres contes, Hans Christian Andersen, Le Livre de Poche, septembre 2000, épuisé dans cette édition. 

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 04:34
said.jpgLes éditions Sinbad ont publié une étude d’Edward Saïd parue en 1997, fort heureusement actualisée quelques mois avant sa mort. Or de 97 à nos jours, force lui aura été de constater que le regard porté par les médias sur l’Islam a gagné en manichéisme brutal, en hostilité et en bêtise. Au point que l’Islam incarne aujourd’hui la menace suprême, la seule –un vrai complot contre l’humanité. Le sondage publié par le Figaro mercredi 24 septembre 2014 en témoigne largement (un complot pour l'occasion, en vrai, contre la communauté française musulmane), suivi de son article partisan intitulé «L’image de l’islam se détériore fortement en France»... Et de la question hallucinante posée en toute bonne conscience : "estimez-vous suffisante la condamnation des musulmans de France ?"... Et j'en passe, d'aussi insultantes, terrifiantes, attentatoires à l'idée nationale même...
Les préjugés orientalistes, révèle Saïd, les suivant au mot près pour en dresser le relevé méticuleux, balayés naguère au terme d’un effort lui-même déjà impensable, ont fait un fracassant retour et jouissent d’une popularité effarante. Rien ne lui échappe, des discours sur la pseudo mentalité arabe (comme si les mondes arabes étaient "un"), à ceux sur la religion et la culture musulmane, subsumées toutes deux sous le même générique (c’est médical) d’un Islam nécessairement radical. Or l’Islam, rappelle Saïd, ne définit qu’une petite part du monde musulman, fort de plus d’un milliard d’êtres humains, est-il bon de rappeler ! Et cet Islam, en outre, n’est pas soluble dans le terrorisme…
Aucun autre groupe religieux ni culturel, démontre Saïd, n’est soumis de nos jours à pareil régime. Et de pointer les intellectuels complices de ce laisser-faire, alors que dans le même temps, depuis 1991, aux Etats-Unis même, un groupe de recherche a été formé, doté de moyens conséquents –on l’imagine !-, qui vient de publier une première conclusion à ses travaux, et en cinq volumes encore, avouant qu’au vrai, toute définition plausible du fondamentalisme est impossible, et qu’on ne saurait l’associer à l’Islam qu’abusivement et en toute ignorance de la diversité des mondes musulmans et arabes… Mais non. Rien n’y fait. L’Islam demeure associé à la haine de toute pensée politique, à l’idée de ségrégation sociale, à celle d’infériorité civilisationnelle, à celle du déficit démocratique, etc. A croire ces médias, l’Islam serait une religion psychotique, dissimulant à grand peine une idéologie néo-fasciste, violente, irrationnelle. Bref, intrinsèquement et parce que ce serait inscrit dans son histoire comme un horizon indépassable (ses gènes, pour un peu !), l’Islam serait une menace pour le monde libre. La dernière même, c’est promis, couvrant les Unes, remplissant les vides éditoriaux. Le tout sans le moindre débat. Chacun y allant de son poncif, de son mensonge, de ses approximations douteuses quand bien même ce chacun appartiendrait à la communauté scientifique. Du reste, observe Saïd, on n’a jamais connu, dans l’histoire des sciences humaines, un tel débordement de bêtise dans le monde universitaire.
Aristotle001Qu’y a-t-il donc derrière une telle unanimité ? Qu’y a-t-il donc derrière cette insistance à souligner le caractère menaçant de la foi, de la culture, des populations musulmanes, sinon un fol aveuglement qui nous détourne de réaliser que les Etats-Unis bombardent, envahissent, occupent les pays musulmans et n’ont cessé d’être en guerre, depuis la Libération, contre les Peuples du monde pour asseoir leur domination !
La couverture médiatique de l’Islam, au fond, obéit à une logique suicidaire, au moins pour les pays qui se sont placés dans le giron des Etats-Unis, sinon génocidaire, à force de construire le musulman comme l’autre de l’humain.
Arabes, islamistes, musulmans, constituent désormais une seule et même cible qui articule une composante fondamentale de la politique de domination américaine. Placer ainsi les musulmans, comme le font les américains, au centre d’une attention thérapeutique et punitive, ne peut qu’inquiéter, ne devrait qu’inquiéter ce monde soit disant libre, qui ne sait faire la part des choses.
 
Edward W. Saïd, l’islam dans les médias, éd. Sinbad, Actes Sud, traduit de l’anglais (américain) par Charlotte Woillez, sept. 2011, 282 pages, 24 euros, ean : 978-2742-782406.

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26 septembre 2014 5 26 /09 /septembre /2014 04:36
 
flou-corneille.jpgIl semble que le flou soit apparu comme une nécessité dans la vie de Colette Corneille. Son équivoque stridence surgit un jour de la confrontation brutale à ce qui ne se dévoile jamais à nous qu’en se dérobant : la mort d’un proche. Au moment où s’estompa ce qui liait « l’inconnaissable à l’existant », elle nous raconte comment le flou assura néanmoins une sorte de couture entre le monde et elle. Il fallait bien se tenir sur ce seuil, en marge de réserves que l’on devine immenses, d’amour, de chagrin, de volonté, d’éparpillement de soi et de révolte contre une société qui exige des actes nets. Le flou permettait en quelque sorte de verrouiller l’événement, de le corroder lentement pour le polir et le rendre «recevable».
De cette expérience depuis laquelle, provisoirement, le flou pouvait avoir raison d’elle, elle tira cependant bien d’autres vertus. Il était nécessité, elle en fit un destin. Quel peut-être le statut de ce qui n’en a pas ? Qu’aurions-nous à gagner à vivre dans le flou ? Parce que le flou refuse la coupure du concept, Collette Corneille comprit très vite le bénéfice qu’elle pouvait en tirer. Elle se mit à le défendre «contre les exigences de la culture actuelle», et explorer ses lieux, sa grammaire. Depuis quand par exemple, dans l’histoire de l’humanité, s’est effectué ce passage à l’évanouissement du sujet dans l’anonymat du «on» ? Mais elle le fit en nous livrant moins une austère méditation qu’un récit, dont la construction n’est pas sans rappeler la très belle étude de Pierre Sansot (Poétique de la ville).
Les liaisons généreuses du flou en quelque sorte, une superbe méditation en forme de récit.
 
 
Flou de Colette Corneille, éd. Le bruit des autres, oct. 2000, 150 p., 10,67 euros, ISBN 978-2909468914
 
 
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