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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 05:58

occupy.jpg"Pour que l’économie fonctionne, (…) il faut qu’il y ait des humains qui acceptent de voir leurs vies conduites par les règles de l’économie", affirment les auteurs du Collectif pour l’intervention.

Des règles qui se sont mises en place à partir des années 1980. Des règles qui changèrent le visage du capitalisme, pour l’orienter non plus vers l’exploitation du travail, mais celle de la vie : il lui fallait désormais contenir les expressions de la vie pour qu’elles restent compatibles avec le maintien de son existence. A savoir : il ne devait subsister que des populations (catégorie biologique), non des Peuples (catégorie politique), des individus plutôt que des masses, entrepreneurs de leurs propres désirs, lisibles en termes de dépense économique. Des individus producteurs des dépenses qui seules détermineraient la valeur de leur être. Excluant toute autre lecture, le néolibéralisme tout comme la social-démocratie, s’employèrent à repérer les compétences des uns et des autres en termes de marchandise potentielle. Et ce n’est qu’en ces termes que la mondialisation balbutiante accepta de lire les parcours individuels, à commencer par ceux des artistes et des acteurs de la culture qui, non content de devenir une marchandise, devint le lieu d’exaspération de ce vide existentiel où nous nous abîmions, le nom de toutes ces choses que nous pratiquions désormais sans y croire : critique sociale, révoltes, révolutions, au point que nos affirmations culturelles devinrent de tragiques fausses idoles. Et quant à la politique, elle devint peu à peu l’art de l’administration experte comme politique sans politique, ainsi que l’analyse avec talent Slavoj Žižek,  tout comme la réalité virtuelle est devenue notre commune réalité, sans l’être (esse).

Et des années 1980 à nos jours, la néolibéralisme, fort de nos renoncements tout autant que de notre enthousiasme à abandonner le front des luttes sociales et politiques, a confisqué toute l’initiative entre ses mains.

collectif-copie-1.jpgLe soit-disant système économique dont on nous rebat les oreilles, loin d’être autonome, n’existe donc que parce que nos conduites le perpétuent. Tout autant qu’il n’existe pas de système capitaliste : il y a des gens à l’origine du capitalisme financier qui nous étrangle.

Ce qu’on appelle économie n’est ainsi en réalité rien d‘autre qu’une politique. Celle d’une classe au pouvoir, que l’on ne peut plus appréhender du reste à l’intérieur d’une vision strictement sociologique mais politique : la classe du pouvoir, la classe politico-médiatique.

Une classe qui n’a cessé de nous faire la guerre et contre laquelle, désormais, se dressent des millions d’humains décidés à récupérer leur être. D’Athènes à Wall street, on sent partout bouger les lignes de cette guerre mondiale.

La crise est politique, il n’en faut pas douter. Non économique.

Et d’Athènes à Wall street, en passant par Notre-Dame des Landes, ce que les révoltes ont en commun, c’est de constater l’épuisement des formes conventionnelles des luttes.

Ce qu’elles ont en commun, c’est de dénoncer le pouvoir de cette classe politico-médiatique à décider de quelle manière les 99% que nous sommes doivent conduire leur vie.

Ce qu’elles ont en commun, c’est de refuser que seul l’Etat ait la possibilité de confectionner notre monde.

Ce qu’elles ont en commun, c’est de dénoncer la fastidieuse mascarade électorale qui nous prive, toujours, de nos droits les plus élémentaires.

Ce qu’elles ont en commun, c’est de contester la séparation entre les luttes politiques et la lutte pour une vie meilleure.

Il faut cependant, ici, nuancer l’analyse : toute la culture des années 60, 70 visait au dépassement du politique pour privilégier la lutte pour l’invention de formes de vie nouvelles, sans attendre de grand soir, voir pour sortir de l’impasse dans laquelle avait fini par sombrer la lutte des classes. Des collectifs organisèrent des formes originales de sécession, d’auto-subsistance pour se passer des médiations du capital, sans s’apercevoir que celui-ci se recomposait et s’orientait désormais précisément vers l’exploitation de la vie, et non plus du seul travail.

Sans doute ces utopistes ont-ils su défricher des territoires neufs. Il faut poursuivre dans cette lignée, nous passer autant qu’il est possible des médiations du Capital.

Mais ce n’est pas suffisant. Il y a aujourd’hui dans le monde une profusion de potentialités révolutionnaires. Des comités, des associations, des regroupements, des collectifs qui forgent peu à peu les outils d’une lutte enfin mature, où concrétiser des choix politiques nouveaux.

Il faut pousser à la roue, élargir la base sociale de nos révoltes, confronter nos discours, nos exigences, et ne jamais perdre de vue, ainsi que les Indignés français l’ont fait, que l’AG n’est pas le terme de la lutte. Il faut nous projeter dans des actions concrètes, prendre en main, collectivement, nos revendications. L’égalité ne peut s’imposer : elle se construit. Construisons-la.

 

 

Communisme : un manifeste, Collectif pour l'intervention, éditions NOUS, hors collection, septembre 2012, 96 pages, 8 euros, ISBN: 978-2-913549-78-4.

 

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Published by texte critique - dans Politique
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