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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 04:58

ames.jpgDans un combat à mains nues, on se prend les mains. Aussi Joe n’a-t-il jamais cessé de se les muscler. Joe, 48 ans, costaud, ancien Marine, border line, moitié irlandais, moitié italien. Des yeux bleus gaéliques inquiétants.  Du moins Joe est-il conscient de n’être pas tout à fait sain d’esprit. Cleary, son patron, lui confie une nouvelle mission.  La fille du sénateur Votto  a été enlevée il y a de cela six mois. Toutes les recherches ont été infructueuses, mais le sénateur vient de recevoir des infos précises qui relancent l’affaire. La famille Votto… Une longue lignée de sénateurs corrompus, flirtant avec la mafia pour le pire plus que le meilleur. Le dernier en date voudrait devenir le boss d’Albany. Il a reçu un sms le matin même : «Votre fille est à New York, dans un bordel au 244 de la 48ème rue Est». D’un signataire «navré». Une connaissance donc, que le sénateur veut retrouver, et éliminer. La fille d’abord. Joe se rend à l’adresse indiquée. Planque toute la journée. Dans sa trousse : des gants de chirurgien, un rouleau de scotch industriel, un cutter et un marteau, son arme de prédilection. Tout au long de sa planque, Joe se raconte, passe surtout en boucle le trauma qui lui a fait quitter le FBI et les forces spéciales : il était arrivé trop tard pour sauver de jeunes chinoises asphyxiées dans leur fourgon. Depuis, il a fui tous ses amis, renoncé aux femmes et s’est forgé un idéal de maîtrise et de pureté passablement inquiétant. Ouvrant droit à une morale de la justification qui troue de part en part l’écriture même du roman pour en suspendre l’horizon littéraire. Inquiétant.  1h du mat. La rue s’est vidée, l’immeuble s’est assoupi. Joe voit un garçon d’étage sortir. Il est temps d’agir. Il le capture, l’interroge brutalement, le laisse pour mort sur le siège arrière de sa voiture quand il en sait suffisamment sur la topographie des lieux et le nombre de personnes dédiés à la sécurité. Il entre dans l’immeuble, frappe d’un coup de marteau le colosse de l’entrée, ainsi que les suivants, sans donner à quiconque le temps de réagir. Six minutes plus tard il est dans la rue avec la fille. Mal en point mais sauve. Chez Votto, un guet-apens l’attend. Tout se complique, Joe s’arrache, fracture la porte de son commanditaire, exécuté, fonce à l’épicerie où lui parviennent discrètement ses messages, rasée… Votto est aux abonnés absents, quelqu’un semble vouloir liquider tout le monde. Mais la vie d’un sénateur est publique. Joe sait le trouver, le trouve, comprend l’horreur de la situation dans cette langue sans relief déployée par l’auteur, mais combien efficace, épousant à la perfection cet univers déglingué qui semble être devenu le nôtre, où l’on ne devrait que fonctionner simplement au mieux, pour gommer sans éclat nos vies…

 

 

Tu n’as jamais vraiment été là, Jonathan Ames, traduit de l'anglais par Jean-Paul Gratias, éd. Joelle Losfeld, coll littérature étrangère, 29 août 2013, 104 pages, 12,9 €, ISBN : 9782072495328 

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