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17 février 2012 5 17 /02 /février /2012 05:02

habitants-des-bidonvilles.jpgDans les années 60 commença la grande résorption des bidonvilles en France, plus particulièrement ceux de la région parisienne, qui restèrent visibles jusqu’au milieu des années 70.

En 2002, ils étaient de retour.

En 2005, un nouveau plan fut conçu pour les éradiquer. Vous lisez bien : les détruire, et non prendre à bras le corps le problème du logement, dont on sait tous ce qu’il est devenu avec la spéculation immobilière : 1/3 des SDF sont des salariés pauvres.

Détruire les bidonvilles donc, par des opérations de police, sans reloger leurs habitants : la logique dans laquelle s’est inscrite ce plan relevait de la seule gestion des indésirables.

Le gouvernement Sarkozy en profita pour stigmatiser au passage une population, celle des Rroms, accusés de venir "camper" aux portes de Paris, en vue d’assiéger la capitale sans doute…

Cette focalisation raciste sur une prétendue question Rrom permit, par l’ethnicisation de la pauvreté, d’éviter à avoir à interroger les causes structurelles de l’augmentation de la précarité en France, ni moins encore l’apparition de formes nouvelles d’exclusion sociale (chômage de masse vertigineux, salariat pauvre, précarité galopante, etc.), qui précipitaient des populations entières dans cet habitat de la grande misère.

On communiqua alors sur les "campements illicites".

On gomma l’ancien vocabulaire de la misère. Le mot de bidonville fut effacé des communications officielles. La presse porta de ce point de vue un secours très utile au gouvernement. Peu nombreux furent les journalistes à enquêter sur la situation des travailleurs pauvres contraints de vivre dans des abris de carton.

On entonna donc massivement le couplet des "gens du voyage", des "nomades" poussant l’insécurité aux portes de nos belles villes, saisies il est vrai par la grâce d’une gentrification accélérée, qui s’accommodait mal de la présence des pauvres dans leurs rues…

La logique publique ne déploya ainsi que le seul instrument de la répression aveugle. Il fallait punir les pauvres, les chasser toujours plus loin, les disperser. Et instrumentaliser cette pauvreté dont on savait qu’elle était récurrente désormais, pour organiser la chasse aux Rroms, objet d’une communication politique intensive.

Mais surtout pas accompagner la grande misère. Les habitants de ces bidonvilles n’étaient évidemment pas tous Rroms, il s’en fallait de beaucoup. Et quand ils étaient Rroms, il s’agissait en outre moins d’une immigration illégale que parfaitement légale : les 10 000 Rroms roumains recensés par le Ministère de l’Intérieur avaient le droit, depuis janvier 2007, de fouler notre sol à la recherche d’un travail. Rappelons que cette immigration était en fait légale depuis les années 2002, et que les contraintes formulées à son sujet étaient de longue date draconiennes : chaque migrant devait être en mesure d’exhiber 500 euros en liquide et un billet retour, souvent confisqués par des douaniers peu scrupuleux –une plainte est à l’étude au niveau européen concernant ce racket… Le taux d’émigration des Rroms en France était, lui, de tout ce temps, resté inchangé. Il n’y avait eu aucun déferlement, malgré la montée en puissance de la misère en Europe.

 

 

Image : des habitants des bidonvilles photographiés par Le Parisien…

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Published by texte critique - dans Politique
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