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2 juin 2014 1 02 /06 /juin /2014 05:05
 
Pascal-Bruckner.jpgC’est ici l’écologie radicale qui est visée, celle qui aurait entraîné dans son sillage, selon Pascal Bruckner, l’explosion contemporaine de la pensée apocalyptique dans les pays riches. L’écologie, le seul mouvement authentique apparu ce dernier siècle, héritier du romantisme dans son rapport à la nature et dans sa tentative de réconcilier l’homme avec elle, aurait ainsi conduit à sacraliser cette nature au détriment de la sacralité de l’humain. Au point d’en faire l’ennemi, à nous expliquer qu’à moins d’un changement radical, nous serions entrés dans l’histoire de la fin des temps. Pour preuve de la mobilisation massive de cette déologie catastrophiste, Bruckner recense la fulmination d’un genre littéraire nouveau dans le monde contemporain : celui de la littérature apocalyptique. Les exemples sont en effet nombreux, tant dans le champ du roman que dans celui du cinéma, et les figures abondent, qui du retour du zombie à la métaphore du Titanic en expliciteraient la métaphore. L’espère humaine serait donc entrée dans le compte à rebours. L’homme serait devenu l’ennemi de la Terre, et face à un danger de cette espèce, il n’y aurait d’autre recours que dans la réforme morale de l’homme. On devine les écueils d’un tel discours. On aurait ainsi changé de paradigme : avec la modernité avaient surgi sur la scène politique les minorités. Avec l’écologie, la terre serait devenue l’ultime recours, menaçant de reléguer toutes les catégories politiques du XIXème siècle à l’arrière-plan : la survie de l’humanité en effet, commanderait de faire passer au second plan l’éradication de la pauvreté par exemple. Et nécessiterait d’engager collectivement nos responsabilités sur des siècles dès à présent, sinon des millénaires comme dans le cas du nucléaire, commandant la mise en place d’un Pouvoir mondial autoritaire, fascistoïde. On connaît ce discours sur le fascisme vert, développé non sans raison par nombre de penseurs depuis Foucault. Pour autant, on ne voit pas qu’il faudrait nous passer d’une écologie critique tant les signaux alarmants de la situation de la planète sont nombreux, et constants. Pascal Bruckner, qui réfléchit en philosophe, se montre plus convaincant dans l’illustration des peurs qui nous affectent. Etudiant leurs figures, de celle des dieux à celle de l’homme loup pour lui-même, en passant par la technique et la science, il montre combien ces peurs affectent désormais notre environnement : elles portent en effet sur les objets les plus quotidiens, de l’alimentation à la santé. Non sans raison, malgré les mauvais exemples qu'il nous offre et qui ne parviennent pas à les éviter : certes, il y a moins de risques sanitaires aujourd’hui qu’au Moyen Age. La belle affaire… Au passage, tant pis si l’espérance de vie en bonne santé décroît en occident depuis une bonne dizaine d’années. Bruckner ne semble pas le savoir, qui veut poursuivre sa démonstration et nous réconcilier au fond avec la science plus qu’avec nous-même. Voire l’Occident avec son histoire dans un troublant plaidoyer contre ces culpabilités qui l’affecteraient par trop, du colonialisme à son impérialisme. La thèse est douteuse en fin de compte, d’affirmer que toute l’écologie serait passée sous le contrôle de cette écologie radicale qu’il dénonce. Et le plus intéressant de son intervention n’est au fond pas là. Nous vivons la fin des temps des révolutions, nous dit Pascal Bruckner. Du moins dans les pays riches. Qui sont entrés dans ceux des catastrophes. Naturelles et, pourrions-nous ajouter, politiques de nouveau, avec la promotion de cette nouvelle peste brune qui ronge toute l’Europe. Nous avons congédié l’idée que le renouvellement de l’humanité se ferait par la classe ouvrière, mais le triomphe du modèle libéral a précipité, paradoxalement, sa marginalisation. Dépourvus d’idéologies de rechange, nous vivrions ainsi une période historique où le temps aurait cessé d’être orienté : il ne porte en lui aucune promesse de renouveau, et tout se passerait comme s’il était au contraire sous l’emprise d’une menace que nous ne savons pas nommer. Il y a là du vrai dans cette sourde angoisse qui n’affecte pas que notre rapport à la nature, à notre santé ou notre devenir. Cela dit, que l'urgence ne soit pas proprement écologiste mais politique au regard des inégalités qui s'épanouissent dans le monde contemporain, le mouvement écologique lui-même a fini par le comprendre -voir le très intéressant essai de Marie Dubru-Bellet : "Pour une planète équitable". Peut-être alors que le mérite de l’écologie, dépouillée de ses ferments les plus extrémistes, aura été de nous obliger à tenir désormais les deux bouts de l’Histoire : l’histoire politique dans son environnement naturel, la polis dans son rapport au bios et à la zoê, non pour sortir de la vision politique du monde, mais au contraire pour faire entrer enfin dans la polis la zoê qui lui manquait, cette ouverture au sensible et à la contemplation qui est peut-être la secrète éthique perdue de la préoccupation après laquelle nous courons tous pour refonder le sens d'un Vivre ensemble qui serait porteur d'espoir et non de désespérance.
 
Le catastrophisme contemporain, Pascal bruckner, Une réflexion philosophique, label Frémeaux & Associés, mars 2014, 2 Cd-rom.

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Published by texte critique - dans essais
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