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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 12:58

sukkwan.jpgRoy, treize ans. Et son père.
Lui et son père.
Seuls au milieu de la forêt, des ours, du froid polaire.
Perdus, littéralement, quelque part sur une île du sud de l’Alaska où Jim, le père, a entraîné le fils dans une aventure qui aurait dû leur prendre une année entière.
Une initiation, une quête, l’espoir de se retrouver, d’apprendre à vivre de nouveau.
Roy et son père.
Un père qui ne sait pas, n’a jamais su.
Un père qui pleure la nuit.
Un père défaillant, fragile.
Un père qui s'embourbe en lui comme dans un monde désolant, improvisant leur vie au cœur d’une nature hostile, où l’on ne peut rien improviser. Un père qui joue à mourir, à aimer, qui se confesse sans pudeur à son fils, incapable de lui parler la langue des pères sans parvenir à lui parler celle des fils et qui se hisse sur les épaules du fils pour l’écraser de tout son poids de désespérance. Un père chevillé à son fils dans le grand nulle part des âges, la confusion des générations soudain imbriquées pour le pire à l’écart du monde. Huis clos, certes, mais sans la ligne de fuite d’un face à face interdit au fils par la conjuration de ce père plongé dans l’immanence de ses déroutes. Emphatique, à dramatiser et mettre en scène ses abaissements, jusqu’à tendre au fils le revolver dont il n’a su tirer sa délivrance, dans un geste doucereux, et que le fils retourne contre sa tempe.
Ô l’étrangeté absolue de ce roman ! Roy s’est tiré une balle dans la tête. Roy ne s’est pas suicidé : il s’est tiré dans la tête la balle que son père n’a pas osé tirer dans la sienne. Ensuite la dérive du père. Tantôt fou, tantôt rusé. Jamais lucide. Le père heurté cependant enfin par quelque objet tenace, la mort de son fils le réconfortant, en un sens, car elle l’arrime enfin au monde dont il a décroché. Roy, au fond, n’était-il pas venu sur l’île pour tenter de sauver son père ? Ce père exaspérant, seul lieu d’une vie trop courte pour avoir pu dresser les contre-feux disputés à l’aulne d’une existence à peine contractée. Et puis la nature derrière tout cela. L’impossibilité d’y vivre dans une pure immanence. Quel singulier roman au sein d’une maison d’édition dédiée au Nature Writing, convoquant ici toute l’étrangeté du monde naturel où rien ne semble plus pouvoir tenir de ce qui est humain, pas même après une lutte âpre, parce que les choses n’y sont que d’être, de toute éternité, ce qu’elles sont loin de nous.
joël jégouzo--.


Sukkwan island, de David Vann, Traduit de l'américain par Laura Derajinski, Editions Gallmeister, Collection NAT WRITING, 7 janvier 2010, 212 pages, 21,70 euros, ISBN-13: 978-2351780305.

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commentaires

Nico 01/12/2012 19:19

Un roman qui m'a beaucoup déçu. Quel ennui! et même le rebondissement de la fameuse page 113 ne m'a pas tellement convaincu (il semble arriver comme un cheveu sur la soupe). Bref, je n'ai pas été
emporté par ce texte.

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