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19 octobre 2011 3 19 /10 /octobre /2011 05:22

simples-soldats.jpgDans les confins algériens, cinquante rappelés s’ennuient. L’ennemi n’est guère ici qu’une catégorie abstraite, qu’incarnent de loin en loin des bergers que nos rappelés s’efforcent de travestir en terroristes, sans jamais y parvenir : les bergers restent des bergers, exaspérés, inquiets, bousculés, mais pacifistes malgré leurs craintes et leurs colères contre ces hommes imbéciles qui veulent les voir souffrir. Nos bidasses s’ennuient finalement tellement que la tentation de fabriquer une gégène leur vient à l’esprit. Pour voir. Parce qu’ils ont entendu parlé de la gégène. Parce que d’autres sections s’y livrent avec bonheur, parce qu'on raconte qu'elle peut aider au moral des troupes. Ou alors ils aimeraient avoir des bêtes autour d’eux. La gégène ou une bête. Domestique. Un chien par exemple, parce qu’ils sont paysans, qu’ils ont perdu leurs repères et ne savent plus quels usages ni quelles règles honorer. Mais leur sous-lieutenant ne l’entend pas ainsi. Lui aimerait jouer les pacificateurs. Construire une école, instruire les enfants algériens. En français bien évidemment. De la beauté du français. Sa langue. Pas la leur. Que personne ne connaît du reste dans sa section. Alors il construit son école comme il le peut, avec des bouts de ficelle et se fait instituteur, pendant que ses camarades de guerre cherchent désespérément à faire la guerre. Tout de même, on est là pour ça, non ? Mais à défaut de guerre, la section organise une chasse au sanglier. A la mitrailleuse. Histoire de dégommer aussi un ou deux bergers. Pour voir. Des hommes ordinaires en somme, dont il faut souvent réparer les "bêtises" -l’agression sauvage d’un berger par exemple.

L’on songerait pour un peu au désert des Tartares ou à sa copie française : Le rivage des Syrtes. Le texte en possède la qualité d’écriture et s’orne de motifs proches. J’ai d’abord hésité à sa lecture. Le processus qui transforme les honnêtes gens en bourreau est banal. La cause est entendue. Reste à en éprouver l’émotion. Pour y parvenir, l’auteur crée des images, fortes : un homme dévoré par un chien. L’extraordinaire banalité du mal s’accomplit ainsi dans l’horreur. Et puis après ? Notre histoire algérienne s’est-elle épuisée là, avec cette section "presque" exemplaire, "à peine" travaillée par des interrogations morales ? Que répondre à cette question, sinon que, finalement, oui, "aussi". Le sursaut moral s’est fait attendre, en Algérie. Il y avait la France tortionnaire, la France fascisante, la France révoltée contre cette guerre, minuscule celle-là, et puis ces bonshommes embringués dans une sale histoire et qui tantôt inclinaient à jouer les bourreaux, tantôt se cachaient derrière la Raison d’Etat. Sans oublier cette France crétine, qui se paumait dans les Aurès parce que ses cartes n’étaient pas les bonnes… La France pourrie, l’Etat assassin, et des pauvres types qui dérapaient. Quelle horreur ! --joël jégouzo--.



Simples soldats, de Jean Debernard Actes Sud, coll. Un endroit où aller, août 2001, 202p, ISBN : 2742733965.

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