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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 12:41
bac.jpgEditeur, Claire Paulhan accomplit un singulier travail d’édition, tissant la trame tout à la fois d’une vie littéraire disparue et celle d’un imaginaire constitutif d’une famille d’écrivains qui nous sont chers.


jJ : Vous avez publié le Journal de Fernand Bac, que peu de gens connaissent…
C. Paulhan : C’est un nom que j’avais rencontré en travaillant à l’édition du journal de Catherine Pozzi. Elle témoignait de son admiration pour lui. On l’avait complètement oublié, mais il avait été une figure importante du milieu littéraire français et une personnalité vraiment intéressante. Vieil européen, critique, journaliste, caricaturiste, architecte... Quelqu’un qui avait vécu plus d’un siècle : il est mort en 1952, après avoir fréquenté les cours impériales, puisqu’il était le petit-fils illégitime de Jérôme Bonaparte… Ses mémoires couvrent une période immense, des cours impériales à la guerre de 14-18. Puis dès 1919, et ce jusqu’en 39, il a tenu un journal. Ce qui m’a plu dans ce journal, c’est la qualité de la langue, la nostalgie de la réflexion. Bac est un grand diariste : le temps fuit et il en consigne la fuite en mêlant à ses souvenirs anciens des descriptions du jour présent. Il fallait vraiment redonner vie à ce personnage complètement proustien. Si Swann avait tenu un  journal, il aurait tenu celui de Ferdinand Bac ! D’ailleurs Proust a connu Bac.

hanri-thomas.gifjJ : Bac, Pozzi…Pourquoi cette génération ?
C. Paulhan : Je pense que c’est très lié à mon histoire personnelle, à mon grand-père, Jean Paulhan. Ce qui m’intéresse, c’est la mémoire du vingtième siècle, surtout celle des journaux intimes, sur lesquels on ne peut plus intervenir. J’aime aussi l’idée de contribuer à la redécouverte de quelqu’un, à lui restituer sa place. Lorsque j’ai publié Catherine Pozzi, personne ne la connaissait plus. C’était vraiment risqué mais son journal est une œuvre forte. Elle raconte ses exigences jamais récompensées, ses amours effroyablement pénibles et cela pouvait toucher les lecteurs. Et puis c’était un  personnage un peu mythique dans l’esprit des érudits, cette femme qui avait été tourmentée par Paul Valéry.

jJ : On peut imaginer que sur 20 ans, vous aurez publié tous les journaux intimes d’une famille littéraire…
C. Paulhan : Peut-être… Si le public continue à me suivre, si les libraires, etc. Oui, les journaux de cette génération se mettent en corrélation et forment une trame de plus en plus vaste. L’ensemble commence de prendre sens dans cette confrontation des journaux les uns aux autres.

jean.jpgjJ : Comment avez-vous procédé pour la publication de celui de Ferdinand Bac ?
C. Paulhan : Je me suis d’abord demandé si j’allais faire un  florilège de son journal ou si je devais tout restituer. J’ai préféré cette deuxième solution. Et je veux croire que je parviendrai à publier les vingt autres volumes !

jJ : Vous n’avez rien coupé ?
C. Paulhan : Quand je le fais, je l’indique. J’aimerais bien qu’il y ait une morale pour toutes les publications d’écrivains. Il faut que les gens sachent l’écart qu’il y a entre ce qui est imprimé et le texte manuscrit. Pour Pozzi, j’ai  coupé un certain nombre de répétitions. Mais je l’ai indiqué à chaque fois. J’en ai gardé aussi pour donner l’idée qu’elle commençait à ressasser à partir des années 30…

Propos recueillis par joël jégouzo.

Journal de Ferdinand Bac : http://joel.jegouzo.over-blog.com/article-33421610.html

Lien vers les éditions Claire Paulhan : http://www.clairepaulhan.com/

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