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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 04:38

 

peuple.jpgOn se rappelle l’effroyable intendance de Pierre Rosanvallon légiférant des siècles de silence en affirmant que le Peuple était introuvable.

Dans sa lignée, ils furent nombreux à vouloir oublier que le peuple existait. C’était oublier que dans la même temps, l’Etat s’employait à transformer le peuple (dont la compréhension ne peut relever que de catégories politiques), en populations (catégorie biologique), que l’on pouvait isoler, manipuler et neutraliser à souhait.

Des collaborations qui tentent dans cet opuscule d’éclairer cette notion à nouveau frais, d’aucunes maintiennent cette idée que le Peuple n’existe pas. Certes, il est délicat de subsumer sous une pareille généralité des vécus et des sensibilités qui ne s’offrent guère à saisir qu’en rangs dispersés. La belle affaire cela dit…

Qui ne s’étonne pas de ce que Populaire soit sorti du langage politique qui lui a préféré, pernicieusement, le déploiement solennel du terme Populisme, lequel, en fin de compte, ne sert qu’une vraie cause : celle des élites bien pensantes, ahuries de voir que leur hochet prend si bien.

Des collaborations de cet ouvrage, je retiendrai surtout celle d’Alain Badiou, la plus pertinente, on verra pourquoi à mon sens.

Pour Alain Badiou, s’il y a certes une rhétorique illisible de l’appel au peuple, c’est parce que l’on a vidé ce substantif de son contenu politique. Qu’est-ce qui fait peuple au fond ? Et non "Un" peuple. On l’a vu dans le Printemps arabe : c’est son caractère d’émancipation.

Il faut d’emblée mettre de côté l’enracinement "national" de la notion : un Peuple n’est pas un Volk. Différence de taille, que ne relève pas Badiou, le Volk s’inscrit dans une durée (millénaire) et inscrit la stabilité de l'Histoire transcendant ses aléas, quand le peuple, lui, fait rupture dans l’Histoire et ne s’inscrit pas dans la durée : il n’est pas un patrimoine.

Le Peuple français, au sens de Volk, n’est au mieux qu’une catégorie de l’Etat conçue pour asseoir la légitimité de ses dirigeants.

Car à la vérité, le peuple doit être cherché du côté du surgissement : il est ce qui surgit contre l’Etat pour affirmer son désir de changement avec un ordre devenu arbitraire, une organisation de la vie qui a fini par annihiler toute souveraineté populaire.

Le peuple, c’est ce qui désigne ce processus politique émancipateur, non ce qui stagne au fond d’une mémoire nationale bien souvent obscure.

Qu’on se rappelle le Peuple de 1789, celui de 1936, voire de mai 68 : il est ce moment où les citoyens redeviennent acteurs de leur destin politique, ce moment de soulèvement où surgit non pas la conscience de représenter la majorité silencieuse, mais d’être le principe souverain conscient de lui-même, de sa force et de sa légitimité. Il est ainsi ce qui congédie brutalement l’Etat devenu illégitime et dans ce moment de crispation, il est une minorité qui ne parle pas au nom de l’ensemble, mais qui déclare, et surgit dans sa nouveauté politique.

Une minorité certes liée à l’ensemble physique de la nation et c’est du reste la qualité de cette liaison qui fonde la réalité politique de sa surrection et ses chances de succès.

On le voit, entendu comme ce moment où les hommes et les femmes décident que cela suffit, qu’il faut changer vraiment, la notion a de l’avenir.

Et entre nous, elle a aussi de la gueule, et nous avec quand nous faisons peuple et que nous ne nous laissons plus enfermer dans cette nauséabonde catégorie de "classe moyenne" qui est, selon Badiou, le nom du peuple français aujourd’hui, sacrifié à l’autel des ambitions politiciennes féroces, et devenu le bon peuple silencieux des oligarchies financières.

  

Qu’est-ce qu’un Peuple ? Collectif, La Fabrique éditions, coll. La Fabrique, 1er trimestre 2013, 124 pages, 12 euros, ISBN-13: 978-2358720465.

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Published by texte critique - dans Politique
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