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3 décembre 2012 1 03 /12 /décembre /2012 05:20

 

mensuel.jpgProust avant Proust… Il a 15 ans, il écrit. Il écrit même depuis toujours semble-t-il. Dans le Journal du Lycée Condorcet tout d’abord, auquel il livre douze collaborations. Journal recopié à la main ou reproduit au carbone, avec une ambition absolue qu’il partage avec ses condisciples : prendre les lettres Françaises d’assaut. Par la suite il fondera la revue Verte, qui ne connaîtra qu’une livraison et ne circulera qu’à un seul exemplaire. Puis la Revue Lilas, Daniel Halévy aux commandes, entouré de Marcel et d’une poignée de jeunes gens ambitieux. Proust l’affirme dans sa montre évidemment, son grand col blanc, sa cravate flottante, ses minauderies et la cour qu’il suscite et fédère autour de ses grandes passions péremptoires. De retour du service militaire, effectué à Paris, il fréquente les salons. Celui de Mme de Caillavet tout particulièrement, avenue Hoche. Il y met en scène le désir, moins le sien propre que celui des autres, agaçant au plus haut point. Et publie enfin dans une revue qui a pignon sur rue : Le Mensuel. Véritable laboratoire de ses 19 ans. La Mode bien sûr, presque essentiellement, malgré le détour de la poésie. L’ombre de Mallarmé pèse sur le sujet, mais il y a beaucoup à guigner en intelligence, en ironie, en morgue. Proust scrute donc, la révolution du corsage tout spécialement, qui n’offre plus une vision fugitive de la silhouette féminine, ni ne se mêle de jouer encore les refuges "pour les hanches critiquables". Proust chronique bien sûr les sorties littéraires, mais ne s’affronte pas aux grands auteurs : tactiquement, il fustige surtout le dogmatisme de la critique française. C’est enlevé, c’est disert, mais cherche encore trop le bon mot, la formule qui fera mouche. La mode l’occupe mieux, qui lui offre une tribune taillée à sa mesure pour explorer son monde. Proust s’attaque ainsi à la robe de bal des jeunes filles –toute la haute société ne parle que de cela. Blâme les demoiselles de si mal comprendre la vertu de leur simplicité. Sa critique s’aiguise au fil des livraisons. L’observateur scrute, décortique, tire de son essai sur le chapeau une superbe étude de mœurs. Quelques impressions des salons lui valent un peu de réputation, et puis Trouville vient perforer de part en part la revue, livrant les premières ébauches d’un ton qu’il ne quittera bientôt plus. Ses plus belles pages, épanouies aux folies et aux apaisements d’une mer toute boréale, "sans la plus mince lacune au revers des coteaux", piquée d’aventuriers qui ont "trouvé la force de vouloir encore, les vagues couronnées de mouettes", risquer "ce loisir mélancolique de contempler la légère ceinture d’azur" où fuir "parmi l’écume inconnu et les cieux"…

   

Le Mensuel retrouvé, Précédé de Marcel avant Proust, de Marcel Proust, préface de Jérôme Prieur, Editions des Busclats, novembre 2012, 160 pages, 15 euros, ISBN-13 : 978-2361660130.

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