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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 04:08

Otto.jpg"La psychologie de l’inconscient est la philosophie de la révolution", affirmait le plus tranquillement du monde Otto Gross, l’enfant terrible des pères fondateurs de la psychanalyse viennoise. La psychanalyse, école de la Révolution ? Mais alors : permanente. Presque au sens où un trotskiste saurait l’entendre : Otto Gross était persuadé que toute l’éducation reposait non seulement sur le refoulement, mais sur la soumission des passions, et que ce refoulement était le produit d’un système culturel qu’il fallait d’abord déconstruire si l’on voulait permettre aux individus de libérer en eux l’éros créateur. Il fallait d’abord changer le monde si on voulait changer l’homme. Mais pour y parvenir, il fallait former des caractères anti-autoritaires capables de mettre à bas les structures répressives de la société patriarcale. Pour ce faire, il existait au sens d’Otto Gross deux alliés de premier plan : les femmes tout d’abord, sur qui s’abattait la plus forte répression sexuelle de la société, et les enfants. Les femmes, c’était annoncer là tout le programme de la gauche freudienne des années à venir, qui vit dans la montée en puissance du combat des femmes pour leur émancipation la possibilité concrète d’une révolution non seulement sexuelle, mais sociale.

Les enfants, parce que pour Otto Gross, le vrai problème n’était pas d’ordre sexuel, mais subjectif : la solitude était le vrai lieu de l’aliénation humaine. Parce que l’enfant est tout entier tournée vers la demande de contact, tant physique que psychique, qui le place dans une situation de dépendance totale vis-à-vis d’autrui, la solitude devenait le vrai obstacle à son épanouissement. En elle s’enracinaient toutes les angoisses névrotiques à venir, qui verraient la pulsion du moi se retourner contre elle si rien ne venait lui barrer la route. La sexualité même de l’enfant soumis à la terreur de la solitude pouvait s’égarer dans l’acceptation du chantage affectif, dont la demande morbide pouvait ainsi le conduire à adopter des réponses masochistes, ou sadiques lorsque cette angoisse rencontrait sur son chemin la volonté de puissance. Malades d’une société qui isole, nos enfants oscillaient ainsi fatalement entre masochisme et sadisme. Otto Gross devait non pas en faire la démonstration magistrale, mais l’étude intelligente au travers de ses recherches sur le masochisme féminin. Malades de la société… On voit se profiler là les thèses de Rousseau, Otto Gross les réactualisant pour dessiner assez étrangement les contours d’un âge d’or de l’humanité, situé dans la préhistoire humaine et les vertus d’une sorte de communisme primitif, le conflit intérieur, propre à chacun, s’énonçant finalement comme celui entre l’inné et l’acquis…

Cela dit et malgré cette réserve, on lui doit de superbes pages sur le sens de l’éducation à offrir aux enfants : "L’amour doit être prodigué à l’enfant absolument sans condition et sans aucun lien, même en apparence, avec une exigence de quelque ordre qu’elle soit, comme une pure approbation de l’individualité pour elle-même dans toute son originalité naissante". --joël jégouzo--.

 

Psychanalyse et révolution, Otto Gross, traduit de l’allemand par Jeanne Etoré, préface de Jacques Le Rider, éd. du Sandre, août 2011, 230 pages, 22 euros, ean : 978-2-35821-061-4.

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Published by texte critique - dans essais
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