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20 mai 2011 5 20 /05 /mai /2011 06:14

tigresOlivier Rollin raconte. Les années 50 et leur mélancolie historique, cette époque sans TGV, sans internet, sans ordinateur. Olivier Rollin raconte et contourne l’Histoire qui s’épuise ici en anecdotes brillantes, exhibant la pertinence convenue d’un essayiste qui aurait lu le Barthes des mythologies, émaillé d’une lucidité toute d’à propos à confier, après tant d’autres, que la Seconde Guerre mondiale aura été comme le trou noir déviant toute la trajectoire d’une génération née intellectuellement d’un événement qu’elle n’avait pas connu. Du bout de sa plume élégante Olivier Rollin réveille les années soixante, le quartier latin et ses faux airs canailles de petits bourgeois affairés à une révolte de pacotille, dit-il, le Che en bandoulière, le poing haut bradé pour une révolution soldé à prix coûtant, nostalgique de l’ère du stencil, des rouleaux encreurs, des ronéos. Il se rappelle, tout doux, les tracs de l’époque que l’on faisait sécher sur des fils d’étendage comme du linge de maison, les tracts comme une main tendue en désespoir de Cause (du peuple), dit-il, et Gédéon, leur grand dirigeant maoïste.

manifeste-chapL’engagement ? Olivier Rollin parle de la haine des notables dont il était pourtant, des Comités Vietnam, ce bout du monde convoqué au chevet de leurs nuits enfiévrés pour justifier l’érosion, déjà, d’un engagement auquel il semblait ne pas croire. Au fond, Olivier Rollin nous parle des enfants de Juin 68, qui refusaient de voir disparaître les drapeaux rouges et les portes des usines de leur imaginaire d’adolescents. Il le raconte à la fille de Treize, son vieux pote décédé comme par maladresse, tout comme Battisti s’adressait à sa fille, à croire qu’ils étaient vieux déjà, déjà désabusés, revenus de tout et seulement soucieux de leur lignage. Olivier Rollin raconte l’époque du SAC, les nettoyeurs de Mai 68, mais n’a rien à dire sur le présent. Sinon qu’il se serait rétracté sur lui-même. Sinon que les immigrés d’aujourd’hui, à l’en croire, ne seraient pas fréquentables à faire régner leur terreur de Lumpenproletariat…

Une autobiographie assommante en somme, saturée de sarcasmes où les faits d’armes des maos sont ramenés au pur grotesque d’actions désordonnées, mal pensées, mal préparées, mal ficelées et justifiant après coup que l’on biffe et se moque de tout engagement politique, à gauche. Redevenu le bourgeois qu’il n’a jamais cessé d’être, mais sans complexe aujourd’hui, voici qu’il réduit, comme tant d’autres avant et après lui, cette histoire du militantisme français aux quelques facéties des petits-bourgeois de la rue d’Ulm. Il est curieux, vraiment, de voir comment, dans cette prétendue Gauche des élites françaises, l’Histoire ne peut s’entendre que de celle des élites et de leurs héritiers. Curieux que nul n’ait songé à écrire une histoire "populaire" de l’ultra-gauche française, à la manière d’un Howard Zinn par exemple. Curieux qu’aujourd’hui encore la liquidation du peuple de Gauche par les élites de Gauche se soit autant accommodée d’une histoire aussi sirupeuse que celle dont on nous berce, oublieuse de ce peuple des militants de base férocement engagé, lui, dans la traduction politique de sa "haine de classe", et non cette soit disant aversion dont tente de se prévaloir Olivier Rollin pour avouer à mi-mot que l’Histoire, il n’en a rien à faire : railleuse et héritière, la seule Histoire qui vaille semble-t-il, dans cette France nauséabonde, c’est l’histoire de soi comme seule histoire au monde… --joël jégouzo--.

 

Olivier Rolin, Tigre en papier, Seuil, Fictions et compagnie, 2002, Points Seuil, 2003.

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Published by texte critique - dans en lisant - en relisant
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Dominique 20/05/2011 11:46


Cette histoire -populaire- a parfois été écrite par le cinéma (entre autres le groupe Medvedkine)


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