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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 04:42

nous-la-cite.jpgIls sont quatre, d’une vingtaine d’années, enfants de la cité. Non, cinq avec leur éducateur. Cinq acteurs d’une banlieue parisienne qui, pendant plus d’un an, ont participé à un atelier d’écriture. A la clef, ce livre. Mais cinq années de travail éducatif en amont, quotidien, pour parvenir à cette écriture qui a fini par bousculer leur vie. Le travail de rue en somme, quand il est bien fait. Un travail qui ne peut s’accomplir que grâce à l’ordonnance de 45, que la Droite voulait balayer d’un geste rageur, ne masquant plus sa haine d’une jeunesse qu’elle s’est efforcée de perdre jusqu’au dernier. Une ordonnance dont l’ouvrage rappelle ici combien elle est précieuse, qui veut voir dans ces adolescents des mineurs encore, qu’il est possible de sauver. On en a la claire démonstration ici. Celle d’un travail difficile, jamais gagné, mais dans lequel ils sont nombreux à s’engager.

Récit, roman, journal de bord, journal intime, ce qu’il en coûte d’écrire n’y est jamais contourné, qui nous offre au final un résultat exemplaire. Exemplaire en tout premier lieu d’un lien social qu’il laisse remonter à la surface, quand on le prétendait volontiers anéanti dans les cités, escamoté qu’il était par des politiques barbares.

Exemplaire encore, leur prise de conscience dans le retournement des perspectives, quand nos quatre garçons décident d’aller chercher la voix des policiers pour parler d’eux et poursuivre leur histoire commune.

Exemplaire toujours dans son questionnement du fonctionnement de la rumeur dans la cité, de cette réalité que les facondes construisent, mur contre lequel s’anéantir ou échappée belle d’une jeunesse jamais à court d’elle-même.

Exemplaire enfin dans son usage de la langue, et jusque dans ce lyrisme, ce bien parler qu’ils brandissent, la formule de politesse exsangue revendiquée ici pour rétablir leur dignité bafouée, l’inspiration auquel on veut croire, auquel il faut croire.

"L’histoire, c’est la dimension du sens que nous sommes", affirmait Marc Bloch. Quelle leçon d’histoire nous donnent-ils !

  

 

NOUS… LA CITÉ " On est partis de rien et on a fait un livre ", Rachid BEN BELLA Sylvain ERAMBERT Riadh LAKHÉCHENE Alexandre PHILIBERTJoseph PONTHUS, Postface de Jane Sautière, éditions Zones, septembre 2012, 250 pages, 15 euros, ean : 2-355-22042-5.

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Published by texte critique - dans essais
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Yann 16/01/2013 18:14

Après avoir lu le livre, mon opinion est partagée: les textes des jeunes sont saisissant, très intéressant, et leur plume est fine. Enfin des textes vrais qui nous expriment l'envers du décor, la
réalité des psychismes et du vécu. Ma critique négative tient surtout au positionnement de l'éducateur spécialisé qui, s'il a fourni un travail conséquent, très riche... a un positionnement parfois
douteux, concernant son engagement. Etre éducateur ne signifie pas être "entre le flic ou le voyou"...et certains propos écrits par lui sont discutables au regard d'une posture éducative... Il
l'aura voulu authentique sans doute, simplement, ce livre est lu, et les idées sont transmises.
Bravo néanmoins pour cette oeuvre.
Yann

Joseph Ponthus 27/09/2012 21:48

Merci Joël pour cette tendre lecture et ce joli billet.

Bien à vous,

Ponthus.

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  • : "L'Histoire, c'est la dimension du sens que nous sommes" (Marc Bloch) -du sens que nous voulons être, et c'est à travailler à explorer et fonder ce sens que ce blog aspire.
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