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17 mars 2014 1 17 /03 /mars /2014 05:25
hunt.jpgL’Amérique au XIXème siècle. Au milieu du siècle. Le Sud de cette Amérique, modeste et humble, travailleuse, esclavagiste. Où rôde encore le souvenir des batailles sanglantes pour la conquête de la Fédération. L’Amérique des cabanes, des grandes propriétés foncières qui se mettent en place à coups de fouet et de pendaisons maniaques. L’Amérique de la grande misère humaine. Un couple de fermiers. Whasp. Modestes encore, mais bien décidés à s’enrichir. Ils travaillent moins dur cependant qu’ils ne mènent une vie effroyable à leurs cinq esclaves noirs. L’horreur accorte de l’Amérique raciste. De celle des élevages de porcs, où la vie des porcs importait plus que celle des noirs qui aidaient à bâtir des fortunes. Le porc comme allégorie d’une Amérique blanche et glauque. Et puis Horace, Ulysse, Cleome, Zinnia et Alcofibras, «leurs» noirs. Enfin, les témoignages, des deux femmes surtout, deux voix saisissantes qui s’entrecroisent. Ennemies sanglées de violences. Mais plus vraiment de méchanceté. L’une blanche, l’autre noire. La blanche a fait payer très cher à la noire d’avoir été l’objet sexuel de son mari pendant des années. Pendant des années elle lui aura fait vivre un véritable martyre, jusqu’à la mort de Linus, le mari en question, tué un jour d’un croc de boucher dans la nuque. Alors l’esclave noire s’est retournée contre sa maîtresse, pour lui infliger à son tour une violence inouïe.  La blanche raconte. Ces quelques jours de son calvaire. Dans un récit qui met à plat toutes les perspectives. Les faits. Simplement. Sans jugement de valeur. Sans même une plainte légitime. Les faits. Ce qu’elle endure. Quelques jours d’une atroce vengeance.  Elle vit dans l’Indiana aujourd’hui, où l’autre, la noire, son ancienne esclave, viendra un jour sonner à sa porte pour savoir. Et s’en ira sans avoir rien appris de décisif sur cette femme qui l’avait tant martyrisée. Cinquante ans plus tard donc, se remémorant ce comté de Charlotte où l’on pendait les noirs aux arbres presque par amusement. Entre elles, deux cadavres. Celui d’un esclave noir tout d’abord, le frère de Zinnia, Alcofibras, que Linus, le mari de la blanche, songeait à donner à manger à ses cochons. Et le cadavre de Linus, attablé une semaine entière à la table familiale, se décomposant sous les yeux de sa femme, qui le haïssait depuis des années. «La haine ne rend que la haine», mais l’Amérique d’alors n’était qu’un lieu de douleur et de meurtre. En particulier pour les noirs, dont nul ne saura jamais ce que c’est que d’avoir été dans les chaînes. C’est ce corps supplicié de la mémoire noire que Hunt nous restitue avec une force incroyable. Dans une écriture souvent en retrait de toute émotion, d’une émotion qui de toute façon n’atteignait en rien les consciences d’une Amérique qui n’a jamais rien expiée. Impossible conscience, cinquante ans plus tard, quand la blanche ne sait que se retrancher derrière sa bonne conscience niaise : «mes parents étaient de bons chrétiens», qui torturaient par habitude les noirs du comté de Charlotte.
Les Bonnes gens, Laird Hunt, traduit de l’américain par Anne-Laure Tissut, Actes Sud Editions, collection Lettres anglo-américaines, 5 février 2014, 242 pages, 21,80 euros, ISBN-13: 978-2330027513
 

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