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12 septembre 2014 5 12 /09 /septembre /2014 07:07
 
Le-Royaume.jpgEmmanuel Carrère a cru. Ou voulu croire. Ou cru qu’il voulait croire. Mais il ne croit plus. Et peu importe : cela allait bien dans sa trajectoire d’écrivain. Y faisait sens. Offrant une nouvelle possibilité d’opus. Le Royaume donc. Qui s’ouvre sur la possibilité de la Résurrection. Moins une nouvelle manière de voir, ou de vivre, que l’occasion d’écrire encore. Un dispositif de fiction en somme. Emmanuel Carrère a voulu croire à "un truc" aussi "insensé" que la religion chrétienne. Et nous le conte. Plus qu’il n’enquête comme il le prétend. La feinte d’enquêter lui tenant lieu de forme et l’aidant à maintenir sa structure romanesque la plus ouverte possible. Comment cela a-t-il bien pu lui arriver ?, s’interroge-t-il donc. Des années plus tard nous livrant son sentiment, et ses raisons : la condition de possibilité du récit qu’il signe. Trois ans de ferveur. Voilà : un beau jour, il s’est mis à croire. Mais vraiment pas comme Claudel au pied de son pilier de Notre-Dame. Trois années de grâce, confie-t-il. On en doute. Alors il raconte. La providence. Casanova. L’histoire des premiers chrétiens. Sa culture surplombant l’ensemble, sinon l’étouffant. Pas trop la foi du charbonnier en quelque sorte. La sienne pourtant inaugurée dans un moment de crise. Why not ? Sa réflexion inaugurée tout d’abord par un curieux chapitre où il oppose la religion à la raison, oubliant Paul et son précieux enseignement. Il cherche vaguement d’où elle serait venue, évoque son enfance, l’adolescence d’un gamin riche, cultivé. Une famille distinguée. Il raconte. Aujourd’hui, le cynisme quincailler du milieu intellectuel parisien. Et puis un petit village au bout d’un sentier de montagne, un minuscule chalet et le vieux prêtre qu’il avait pris l’habitude de voir. La lecture de Jean et une phrase qui le touche un jour de plein fouet. Il écrit. Savamment. Se persuade. Enfin : à l’époque. Chaque jour un verset. Jean. Et ses trois années de «discipline» chrétienne. La foi qu’il s’impose. La lecture, la prière, ses propres commentaires des évangiles. Mais seule la littérature semble vraiment irriguer son anamnèse. La littérature, sa vraie consolation, solitaire au-devant du texte, cajolée, triomphante, mais qui ne scrute pas grand-chose et livre un être qui se refuse dirait-on à se laisser aller à l’aventure qui l’a convoqué. Nous offrant au final un récit fatigué, qui n’informe ni la foi ni la littérature et tourne autour de contritions puériles –l’auteur se désespérant que Dieu n’ait pas voulu faire de lui un Grand écrivain… N’est pas Dosto qui veut… Rien d’étonnant à ce que Carrère n’ait offert de Paul que la vulgate la plus plate, quand les textes des spécialistes étaient pourtant à la portée de son entendement. Rien d’étonnant à ce qu’il ait choisi pour matière Les Actes des Apôtres plutôt que la lecture assidue de Paul : une fiction que ces Actes, une legenda propre à émerveiller les hommes de peu de foi. Reste son bavardage érudit il est vrai. Et la pirouette finale, Carrère s’interrogeant sur le sens de ce livre : a-t-il trahi le jeune homme qu’il a été et le Seigneur auquel il a cru ? Sans conteste, non : Emmanuel Carrère semble n’avoir jamais cherché qu’à se contempler dans le mystère de la Croix.
 
Le Royaume, Emmanuel Carrère, éd. P.O.L., septembre 2014, 640 pages, 23,9 euros, ean : 978-2-8180-2118-7.
 

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