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13 novembre 2011 7 13 /11 /novembre /2011 11:01
praticiens-art-dentaire.jpgCe n’est qu’en 1892, par la création d’un diplôme officiel, qu’est apparu le mérier de dentiste professionnel. Mais jusqu’au début de la guerre, en 1914, ces nouveaux spécialistes formés par la médecine, resteront en concurrence avec les arracheurs de dents, qui soignent en public sur les places des villes et villages, qu’une foule hilare envahit chaque fois comme au spectacle, pour se réjouir de la souffrance de leurs clients…
En 1918, enfin, le charlatan a disparu : ici encore, la guerre nous a apporté le progrès… Après la défaite de 1870-71, en effet, les analyses de l’Etat-major français avaient révélés deux facteurs de vulnérabilité des armées : la dysenterie et les maux de dents, qui avaient singulièrement décimés leurs troupes. On ne voulut point, en 1914, subir de nouveau pareille mésaventure militaire… Il fallait donc élaborer un système de soins assez efficace pour mettre les soldats à l’abri de ces maux. Une grande campagne d’éducation hygiénique fut mise en place. Pour gagner la guerre, brossez-vous les dents… Pour la première fois, des brosses à dents et du dentifrice furent distribués en masse aux soldats français. Des cours leur furent donnés, au petit matin, les troupes joyeuses mâchaient leur dentifrice. Les progrès ne furent certes pas immédiats : les enquêtes du service de l’hygiène des armées se désolèrent longtemps de l’emploi que les poilus eurent tôt fait de trouver aux ustensiles qui leur étaient confiés : la brosse à dents n’avait pas son équivalent pour le nettoyage des fusils...
L’essentiel était tout de même de lancer une dynamique : la médecine savait désormais garder les hommes en bonne santé et les retaper, presque tout organe affecté était devenu soignable. L’Etat prenait même en charge la fabrication massive de prothèses dentaires…
Accessoirement, cela voulait dire que les êtres humains savaient désormais contrôler la douleur au lieu de la subir. Mais une fois cette toute puissance acquise, de nouvelles responsabilités apparurent, installant un apport trouble entre le médecin et son patient : la douleur n’appartenait plus à l’ordre de la providence. Souffrir devenait intolérable et le malade, remis entre les mains du médecin, se chargeait d’une attente nouvelle : ne plus jamais avoir mal, pas un jour, pas une minute. Mais comment faire confiance aux dentistes, qui ne savaient toujours pas éviter la douleur à leurs patients ? –joël jégouzo--.
 
Autour de Hortense à dit je m’en fous, de Feydeau, Joël Jégouzo, Annette Geiger, éd. Intelligere, Paris, 1999, isbn : 978-2-91106008, épuisé.

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Published by texte critique - dans essais
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