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13 avril 2010 2 13 /04 /avril /2010 08:06

sophie.jpgRecueil de nouvelles au fond désirantes, ébouriffées et piquantes, éprouvant, littéralement, la difficulté d’aimer, de l’être, d’y souscrire pour se porter au devant de soi ou d’autrui, introduites par l’énoncé divinateur de Fernando Camon : «Il est difficile d’être une femme, toutes s’en plaignent. Il est impossible d’être un homme, aucun n’y parvient.»
Nouvelles écrites au féminin, récidivant d’une aventure l’autre, de mal en pis si l’on osait, pour autant que le pis a, ici, cédé la place à la calamité de vivre entre mari alcoolique, compagnon infidèle et dragueur éreintant. Des histoires pleines de futurs ex-maris et d’une vision du monde assez juste pour tout dire, dans sa placide épouvante. Un monde où l’on se ment beaucoup, où l’on foire beaucoup, un monde dont l’érotique confine au grotesque, le cocasse disputant au bouffon son attirail fumeux. Un monde dont la gîte est celle d’un clochard échoué le nez dans le ruisseau, à tenter de déboucher une bouteille qui lui résiste.
Dans l’autre, ma folie me guette et ma vie pourrait bien se défaire, n’était le réconfort d’un poème de Nerval, qui assuma pour nous la folie dont aucun être humain ne parvient à se délivrer, sinon dans la poésie, dont la parole si intrigante borde nos frontières effarantes.

Des nouvelles qui peu à peu montent en puissance, dès qu’on a passé le cap de Julio ou de la touche bis. Et montent sous la pression de la pulsion descriptive. Tempêtes de Normandie. Les falaises d’Arromanches battues d’un ressac organique. Corps à corps avec les éléments, c’est dans cette dilection de la matière pour l’humain que la narratrice se découvre le mieux, réalisant sans trop savoir qu’en faire, que le monde est resté plus grand qu’elle. Superbement, deux espaces contigus se font face soudain : l’univers et nos mondes minuscules. Le Pneuma battant la roche Tarpéienne, d’avoir si grand ouvert nos portes à de si piètres amours.

 

C’est dans l’art de la description que ces nouvelles révèlent leur nature profonde. Face au monde, ainsi que l’impose sa récollection comme paysages, l’alentour décliné en façades. Comme si, dans ce rapport de frontalité au monde, la narratrice avouait mieux que dans sa relation aux hommes, cette solitude égologique dans laquelle la vie nous a jeté. Là-bas le monde, l’Autre. Territoire indu, donné dans une frontalité excessive.joël jégouzo--.

Le fou de l'autre, de Sophie Képès, les éditions Noir sur Blanc, avril 2010, 232 pages, 12 euros, isbn : 978-2-88250-231-5

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