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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 09:24

torture-algerie.jpgL’Algérie demeure le point aveugle de notre Histoire, l’aveu du non-achèvement du projet démocratique français.

 

 

Voici un livre qui pourrait se montrer embarrassant, tout à la fois pour la conscience française et les Pouvoirs Publics. Ces derniers en effet, à travers les déclarations de Jacques Chirac ou de Lionel Jospin refusant l’un et l’autre l’ouverture d’une procédure judiciaire et se contentant d’en appeler aux historiens, n’ont jamais fait que réaffirmer la non-responsabilité de l’Etat français. La Loi du 10 juin 1999, requalifiant les "événements" d’Algérie en "Guerre", n’a quant à elle entamé en rien le malaise ni les souffrances héritées de cette période honteuse de l’histoire nationale. Certes, elle nous éloigne du mensonge de la Loi d’amnistie de 1962, qui affirmait une prétendue logique de conflit interne. Mais toutes les deux dispensent également l’Etat d’avoir à assumer ses responsabilités. Or ce livre nous met, collectivement et individuellement, face à ces dernières et nous rappelle que non, les comptes de cette guerre ne sont pas soldés.

L’Algérie demeure le point aveugle de notre histoire. Il ne s’agit dès lors plus de remuer un passé clôt mais un présent entaché, ce à quoi ce livre s’attache, par-delà l’effort de l’historien.

 

 Effort au demeurant considérable. Car ce que décrit l’auteur avec une minutie incroyable, c’est l’unité d’un système qui fut le produit d’une vision du monde. Au-delà de la revue de détail, qui examine pourtant avec soin l’élaboration des normes collectives qui ont permis à de simples soldats de se muer en tortionnaires, c’est tout notre imaginaire colonial qui est en jeu. Un imaginaire construit autour de l’idée d’une culture algérienne fondée sur le respect de la force et n’hésitant pas à recourir à la cruauté. De ce modèle découla le primat de la violence comme moyen de communication suprême avec les membres de la communauté algérienne. Le poids incroyable de ces images fantasmatiques offrit ainsi tout naturellement la légitimation au défoulement d’une violence gratuite.

algerie-guerre.jpg

Entendons-nous : ce ne sont pas seulement les dysfonctionnement graves de la République Française, où se brouillait la frontière entre violence et droit, que ce travail révèle. Ce serait du reste déjà terrible et mériterait que l’on se pose la question de savoir quelle conception du politique l’autorisait. Ce ne sont pas seulement le commandement militaire et la circulation des règles et des repères au sein de l’armée qui sont pointés. C’est, derrière ces "crimes par obéissance", quelque chose de plus grave et de plus constant qui est désigné. Quelque chose que l’Etat n’a cessé de vouloir taire et que la société française n’a cessé de rouvrir comme une plaie qui ne pouvait cicatriser. Quelque chose qui semble appartenir en propre au fonctionnement de l’Administration Française, que l’on a cru déjà dénoncer à travers le Procès Papon, voire celui du sang contaminé. Non seulement un manque de transparence comme l’on dit pudiquement, mais l’inachèvement du projet de démocratie inscrit dans les carences mêmes du fonctionnement de cette Administration.—joël jégouzo--.

 

La torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie de Raphaëlle Branche, Gallimard, août 2001, 474p., 26, 60 euros, ISBN : 2070760650.

La Guerre d’Algérie : une histoire apaisée ?, Raphaëlle Branche, Seuil, coll. Points Seuil Histoire, septembre 2005, 11 euros, EAN : 978-2-2020589512.

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